‹ Traité élémentaire de clinique thérapeutiqueChapitre 172 sur 274 · C. — Conduite à tenir pendant la convalescence · texte numérisé non relu

C. — Conduite à tenir pendant la convalescence

Au déclin de la fièvre typhoïde et pendant la convalescence, on voyait autrefois survenir fréquemment différents accidents connue les escarres, les furoncles, les abcès sous-cutanés, la parotidite, etc., que l’on n’a plus guère l’occasion d’observer aujourd’hui, depuis que l’antisepsie de la peau et des muqueuses et que l’emploi des bains sont devenus d un usage courant.

La phlegmatia alba dolens peut survenir chez des malades qui ne présentent pas d’autre accident d’infection secondaire; elle guérit assez rapidement et n’exige d’autre traitement que l’immobilisation temporaire et l’enveloppement ouaté du membre qui en est le siège.

MALADIES INFECTIEUSES

Les différentes paralysies, dues à des névrites périphériques, que l'on observe parfois à la suite de fièvre typhoïde, plus rarement d’ailleurs qu’après d’autres maladies infectieuses, guérissent sous l'influence de la faradisation, à laquelle on joint plus tard le massage, les bains sulfureux (Ludion, Barèges) ou salins (Balaruc, Lamalou, etc.).

L’alopécie n’exige pas de traitement particulier; on sait en effet qu’elle est passagère et que les cheveux ne tardent pas à repousser. Un pourra prescrire des frictions avec un Uniment excitant.

La question la plus délicate à résoudre pour le médecin est celle de V alimentation. Il est certain qu’une alimentation trop précoce et trop abondante peut favoriser les rechutes, alors que la cicatrisation des ulcérations est incomplète. Il faut savoir résister aux sollicitations du malade qui cric la faim el dont l’unique préoccupation est de satisfaire son besoin d’aliments. Chez les malades baignés, la sensation de faim se manifeste d’une façon précoce, avant le retour de la température à la normale; aussi est-il tout particulièrement difficile de leur faire prendre patience.

Ajoutons cependant, pour atténuer ce qui précède, (pie la crainte de la rechute ne doit pas retarder trop longtemps la reprise de l’alimentation, car la rechute n est pas toujours, il s’en faut, liée à une alimentation prématurée. On peut sans danger reprendre l’alimentation dès que la température est à 57 degrés, ou au-dessous, dès que le pouls est ralenti et que les urines sont redevenues claires et abondantes (elles le sont d’ailleurs souvent, malgré la fièvre, chez les malades baignés). Il importe seulement que l’alimentation soit judicieusement réglée et que les aliments solides, formant des blocs plus ou moins volumineux, soient éliminés.

Au bout de deux jours d'apyrexie absolue, on peut ajouter au lait, aux potages sans pain, du riz au lait, permettre un œuf peu cuit, un peu de gelée de viande, ou bien une très petite quantité de viande crue, râpée, passée sur un fin tamis et incorporée au potage au tapioca. La première ration de viande crue ne devra pas dépasser 50 grammes. Si elle est bien tolérée, on pourra la doubler le lendemain, et le quatrième ou cinquième jour, on permettra un ou deux œufs, toujours sans pain, 100 ou 150 grammes de viande crue et quelques huîtres.

Du sixième au huitième jour, on autorise la cervelle, le blanc de poulet, le poisson léger comme le merlan, et, connue desserts, les pruneaux cuits, la pomme cuite, débarrassée des pépins, qui pourraient déterminer une perforation de l’intestin ulcéré. Comme boisson, le vieux vin de Bordeaux ou de Bourgogne est de rigueur. Le huitième jour, on permettra la côtelette, objet de tous les vœux du convalescent affamé! et enfin la mie de pain.

A ce moment, le malade, pourra commencer à se lever pendant quelques heures dans la journée.

Dans le cas où une élévation de température se produirait, élévation progressive, ascendante, annonçant une rechute, il conviendrait de supprimer immédiatement tout aliment solide et de revenir au laitage. Cette fièvre ne doit pas être confondue avec les élévations passagères qui peuvent s’observer

FIEVRE TYPHOÏDE

au début de la reprise de l’alimentation carnée (fièvre carnée) ou avec la fièvre de fatigue, à la suite de longues conversations, d’émotion, fièvre qu'il est si facile de constater à l’hôpital (fièvre du jeudi et du dimanche); il faut se garder aussi de prendre pour une rechute la fièvre due «à la coproslase et qui cède à un lavement ou un purgatif.

Enfin dans d’autres cas, la fièvre est (lue à des complications (suppurations osseuses par exemple) qui ne contrc-indiquent pas l’alimentation.

II faut non seulement surveiller la température, mais encore surveiller les urines, et, si l’albumine ne disparait pas, continuer à prescrire le régime lacté exclusif pour prévenir le passage de la néphrite à l’état chronique.

Les fonctions digestives ne se rétablissent pas toujours dans leur intégrité; des vomissements peuvent survenir, indice d’une atonie de l’estomac, qu’il faudra combattre par les moyens généraux : hydrothérapie, massage, vie au grand air, et qui exige un régime alimentaire approprié : lait, viande crue. Cette atonie de l’estomac peut être passagère ou devenir permanente.

La constipation est fréquemment l’indice d’une atonie semblable de l’intestin; elle nécessite l’emploi des lavements, des laxatifs doux : magnésie, crème de tartre, etc.

La diarrhée est moins fréquente; elle cède habituellement à l’emploi des préparations de bismuth et à une alimentation composée dé œufs, de viandes rôties, de laitage.

La bronchite, dans les cas exceptionnels, peut persister pendant la convalescence, surtout chez les malades débiles, prédisposés à la tuberculose. Un emploie contre elle les balsamiques (terpine, eucalyptol), V arsenic (un demiverre d’eau de la Bourhoule avant chaque repas, 1 iode (sirop iodo-tannique).

Le changement d'air et le repos sont conseillés à tous les convalescents. Lorsque au bout de quelques jours d’apyrcxie la fièvre recommence sans qu’on puisse mettre l’ascension thermique sur le compte d’une complication, comme un abcès par exemple, il s’agit d’une rechute. On traite les rechutes connue la première atteinte de la maladie, c’est-à-dire qu’on remet le malade à la diète et qu’on le soumet de nouveau à la balnéation.

Chez l’enfant, la fièvre typhoïde revêt habituellement une forme bénigne, moins bénigne cependant qu’on ne l’admet généralement. Chez lui, connue chez l’adidte, le bain doit constituer le principal traitement. MM. Variot et Barbier (novembre 1899) reprochent au bain froid de provoquer chez les enfants des « chocs nerveux violents, des phénomènes de collapsus cardiaque, de la tendance à la syncope ». M. Netter ( Soc de Pédiatrie, 9 janvier 1900) préfère les bains chauds aux bains froids.

M. Glénard. 1 ardent vulgarisateur delà méthode de Brand en France, considère au contraire que cette méthode ne présente aucun danger d’application chez l'enfant et (pie les accidents de collapsus ne sont ni plus ni moins fréquents que chez l’adulte. Si ces accidents surviennent, c’est que la méthode n’a pas été appliquée systématiquement ou que les bains froids ont été donnés tardivement. Glénard recommande le bain à 25 degrés, de 10 minutes de durée, avec affusions froides, ou le bain à 22 degrés, de 8 minutes de durée.

MALADIES INFECTIEUSES

Si le cœur est suspect, on donnera avant et après le bain une cuillerée de vin de Bordeaux ou de vin d’Espagne et l’on massera l'enfant pendant le bain. Le premier bain sera donné à 52 degrés et l’on arrivera graduellement en 12 heures, à la température indiquée, c’est-à-dire pour le quatrième bain. La mortalité qui est de la pour 100 chez les enfants soumis au traitement non systématique par les bains froids, tombe à 2,5 pour 100 avec le traitement systématique. M. Ausset (Soc. de Pédiatrie, janvier 1900) arrive à des conclusions sensiblement analogues. 11 est utile de reprendre l’alimentation le plus vite possible, chez l’enfant.

La quinine est le seul médicament qui puisse être utile chez l’enfant. M. Marfan fait prendre à la fin de la journée, si la température dépasse 59 degrés, 0 gr. 75 de chlorhydrate de quinine, en trois doses, chacune à une demi-heure d'intervalle, pour un enfant de plus de 5 ans. La médication est continuée si la quinine exerce une action favorable évidente; sinon, M. Marfan emploie la balnéation, en commençant parle bain à 52 degrés, dont la température est progressivement abaissée, pour les bains suivants, à 25 degrés.

Chez le vieillard, la fièvre est peu intense; ce qui domine, c’est l’adynamie, la tendance aux complications broncho-pulmonaires. Chez lui, l’indication essentielle est de stimuler l’organisme, de relever l’énergie du cœur, plutôt ipie d’abaisser la température. Donc pas de bains froids, mais uniquement quelques lotions froides, des bains tièdes; et surtout de l’alcool larga manu, de la digitale ou de la caféine, de la spartéine, de Y huile camphrée en injections dès que le cœur faiblit.

La grossesse n’est pas une contre-indication à l’usage des bains froids; bien au contraire, ceux-ci constituent le seul moyen préventif contre l’avortement. « En maintenant l’organisme maternel, pendant toute la durée de la période fébrile, dans un état d’apyrexie relative, l'eau froide peut transformer une fièvre grave, hyperthermique, dans laquelle l’avortement est à peu près inévitable, en une fièvre moins sévère, à température fébrile modérée, et dans laquelle l’avortement est beaucoup plus rarement observé » (Tripier et Bouveret). La quinine, en raison de son action sur l’utérus, doit être absolument proscrite.

TYPHUS EXANTHÉMATIQUE

Contrairement à la fièvre typhoïde, le typhus est presque exclusivement transmissible par la contagion directe; le grand nombre de médecins, d’infirmiers, de religieuses qui ont succombé aux atteintes de cette maladie, est une preuve trop évidente de la facilité avec laquelle s’opère cette contagion; aussi les mesures prophylactiques à prendre ont-elles une importance plus grande encore que dans les autres maladies infectieuses.

L 'isolement des malades doit cire rigoureux; on évitera de les accumuler

TYPHUS EXANTHÉMATIQUE.

dans une seule salle , et, quand la chose sera possible, on les placera sous des tentes ou des baraquements provisoires. Ces mesures faciliteront l’ aération, qui joue un grand rôle dans la prophylaxie et le traitement de la maladie.

La désinfection des vêtements, celle des locaux sera appliquée avec la plus grande minutie; enfin, les personnes appelées à donner leurs soins aux malades revêtiront des blouses en toile, qu’elles quitteront quand elles sortiront de la salle et qui seront désinfectées chaque fois; elles feront de fréquents lavages des mains avec la solution de sublimé et se rinceront la bouche avec une solution antiseptique.

Grâce à l’observation rigoureuse de ces différentes précautions prophylactiques, on a pu circonscrire rapidement l’épidémie de typhus qui est survenue en France en 1895.

Si la prophylaxie du typhus ne laisse plus rien à désirer, en revanche la thérapeutique est encore réduite au traitement des symptômes. Il est inutile d’énumérer ici les nombreux traitements qui étaient en vigueur jusqu’à l'époque actuelle et dont les uns étaient dangereux, les autres absolument inefficaces.

La balnéation froide constitue la ressource la moins précaire que nous possédions contre le typhus ; elle a été employée par la généralité des médecins, lors de 1 épidémie de 1895; mais ses résultats ne sont pas comparables à ceux qu’elle donne dans la fièvre typhoïde.

Le vin, Y alcool h doses modérées, sont employés partons les médecins pour soutenir les forces.

La quinine, que l’on a parfois administrée à dose très élevée, n’a qu’une utilité contestable.

En somme, la balnéation est le seul mode de traitement qui s’adresse avec quelque chance de succès à l’ensemble de l’infection.

A la balnéation on associe quelques moyens accessoires qui s’adressent aux principaux symptômes de la maladie :

La constipation est la règle dans le typhus, d'où l’indication d’évacuer I intestin, soit avec les purgatifs, soit avec les lavements, mais la plupart des médecins préfèrent ces derniers; comme purgatifs, on peut utiliser le. calomel, le sulfate de magnésie à petites doses.

Contre les troubles respiratoires (adynamie, délire), la balnéation est préférable à tout autre moyen; on pourra cependant user du camphre (50 centigrammes en lavement), de Y acétate d' ammoniaque , de la caféine, de Y éther.

11 va sans dire que la propreté de la bouche sera assurée par les moyens habituels : lavages avec des solutions boriquées, etc.

L’ alimentation peut être plus variée que dans la fièvre typhoïde; sans doute le lait, les grogs, le café, l’eau rougie, les boissons acides en constituent la base; mais on peut, sans danger, y joindre des potages épais et même des œufs.

MALADIES INFECTIEUSES

GRIPPE

« Grippe, invention de gens sans le sou et de médecins sans clients qui, n’ayant rien de mieux à faire, se sont amusés à créer ce farfadet »

Cette boutade de Broussais a été rappelée à plusieurs reprises lors des dernières épidémies de grippe et les événements lui ont donné suffisamment de démentis pour qu'il y ait lieu d’en démontrer la fausseté. Une maladie essentiellement contagieuse et diffusible, aux atteintes de laquelle bien peu de personnes échappent, lors d'une épidémie, une maladie qui charge dans une proportion considérable les statistiques de mortalité et qui, lorsqu’elle guérit, rend souvent indisponible pendant de longues semaines ou même des mois entiers celui qu’elle a frappé, une telle maladie ne saurait être raisonnablement considérée comme bénigne.

Les recherches elfeetuées lors de récentes épidémies nous ont appris à mieux connaître cette maladie essentiellement protéiforme, ses multiples manifestations si propres à dérouter le praticien. Elles ont définitivement établi sa contagiosité, que la découverte de l’agent infectieux spécifique est venue confirmer. A l’heure actuelle, ces notions sont, pour ainsi dire, banales, mais si l’on se rapporte aux premières publications qu’a suscitées la grande épidémie de 1889-1890, on verra qu’à cette époque nos connaissances relatives à l’influenza étaient encore bien vagues.

Les recherches bactériologiques, avons-nous dit, ont permis d’isoler l'agent causal de l’influenza; d’autre part elles ont révélé la part considérable que prennent les infections secondaires dans la pathogénie des innombrables complications de la grippe.

11 est inutile de rappeler les recherches antérieures à celles de Pfeiffer, car la spécificité du bacille décrit par lui ne saurait être contestée. Dans plusieurs travaux (Deutsche medicinische Wochenschrift , 1892 et Zeitschrift fiir Hijgiene, 1 897» ) Pfeiffer a attribué les caractères suivants au bacille qu’il a rencontré constamment dans la grippe et exclusivement dans cette maladie :

Ce bacille est très court, très fin et ses dimensions sont les plus petites des bacilles connus ; il est à peine plus long que large, aussi mérite-t-il ce nom de cocco-bacillc. 11 est arrondi à ses deux extrémités et parfois associé par couples (diplobacille). On le rencontre en grande abondance dans la salive, le mucus bronchique et le suc pulmonaire des grippés. 11 prend mal les couleurs basiques, se colore bien au contraire par la fuchsine phéniquée et se décolore par le Gram.

S’il a passé longtemps inaperçu, cela tient sans doute aux difficultés que l’on trouve à le cultiver.

En effet, il ne pousse pas sur les milieux de cultures usuels (bouillon, gélose, gélatine, pommes de terre). Il pousse seulement sur le sang ou la gélose recouverte d'une mince couche de sang, notamment de sang de lapin ou de pigeon. Sur le sang de pigeon, il pousse en vingt-quatre heures, à 57 degrés, et ses colonies, extrêmement petites, ne se voient qu’à la loupe. Elles sont arrondies, transparentes et dans les cultures vieilles présentent un polymorphisme très net (formes filamenteuses).

Au bout de quelques jours on ne peut le repiquer. Enfin ce microbe n’est pas pathogène pour les animaux, sauf pour le singe; il le tue seulement par toxémie, après injection intra-veineuse de doses très considérables de cultures vivantes ou stérilisées.

Après Pfeiffer ce bacille a été retrouvé par de nombreux bactériologistes, pour la

GRIPPE

plupart étrangers, notamment par Tizzoni, Kitasato, Pfiihl, Babes, Klein, Weichselbaum, Canon, Chiari, Bruschettini-Kruse, Pribram, Baumler, Huber, Pielicke, Yoges, etc. En France, les travaux concernant le bacille de Pfeiffer sont assez clairsemés. Citons ceux de Chantemesse et Cornil. de Netter, de Mossé, celui de Meunier ( Archives 1 générales de médecine, 1897). Ce dernier a retrouvé le bacille de Pfeiffer dans dix cas de broncho-pneumonies infantiles. Chez les dix malades qui font l’objet de ces observations, Meunier a isolé le bacille 15 lois pendant la vie et 9 fois après la mort. Pendant la vie il a été retiré du sang delà veine, du mucus pharyngé ou par ponction du poumon au niveau d’un foyer broncho-pneumonique. Meunier a constaté, contrairement à ce qu'avait avancé Pfeiffer, que le bacille est pathogène pour le lapin, au moins dans certains cas et que d’autre part, on peut parfois le retirer du sang, chez le vivant. D’ailleurs, Bruschettini, Canon, Bouchard ont fait à plusieurs reprises cette dernière constatation.

En ce qui concerne les infections secondaires, il nous paraît inutile de rappeler ici les innombrables travaux qui ont mis en lumière le rôle joué par le streptocoque, le , pneumocoque, le pneumobacille de Friedlaender, les staphylocoques dans les diverses complications surajoutées.

11 serait de la plus haute importance pour le médecin de savoir quels sont les j symptômes que l’on peut rapporter en propre au microbe de la grippe et à ses toxines, et quels sont, d'autre part, ceux qui sont déterminés par les microbes surajoutés. Si l’on peut rattacher sans hésitation les complications suppuratives, comme les J otites par exemple, aux microbes pyogènes, il est plus difficile de faire la part de ce (pii revient au bacille de Pfeiffer et au streptocoque ou au pneumocoque, dans les manifestations pulmonaires, les plus fréquentes et les plus graves.

A cet égard, on manque encore de renseignements bactériologiques précis, mais la clinique supplée dans une certaine mesure à cette insuffisance d" faits positifs et nous permet de rattacher à la grippe, avec une quasi-certitude, un certain nombre de symptômes que, de tout temps, pour ainsi dire, on a considéré comme la signature i de la grippe. Ainsi, en ce qui concerne les symptômes observés du côté de l’appareil 1 respiratoire, il est à peu près certain que le catarrhe initial des yeux, du nez, de la : gorge, des premières ramifications bronchiques est sous la dépendance exclusive du bacille de Pfeiffer. Il en est de même, sans nul doute, pour ce qui a trait à la congestion pulmonaire qui est souvent l’un des premiers symptômes, souvent aussi le seul que l’on constate du côté des poumons. Le bacille peut faire plus encore, il peut ! être considéré comme l’agent responsable de certaines broncho-pneumonies, ainsi qu’en témoigne le travail de Meunier que nous avons cité. D’autre part, le rôle des toxines doit être prépondérant en ce qui concerne l’atteinte du système nerveux, l’asthénie, qui se prolonge si longtemps après la période fébrile, les névralgies multiples qui constituent l’un des traits distinctifs de la grippe. Au contraire, les ; troubles nerveux tardifs, les myélites, les polynévrites sont imputables à des infections surajoutées.

A la toxine revient encore un rôle dans la production des accidents cardiaques et pulmonaires, véritables cardioplégies et bronchoplégies qui sont sous la dépendance 1 du pneumogastrique; enfin la toxine grippale «ferme» le rein, et si l’anurie s'observe l à des degrés divers dans toutes les infections, la grippe est certainement celle où l’arrêt de la sécrétion urinaire est le plus marqué. Enfin, l’action du poison grippal i sur la muqueuse digestive peut seule expliquer les localisations de la grippe sur | l’appareil digestif telles que les vomissements incoercibles, l’inappétence absolue et i opiniâtre, etc.

MALADIES INFECTIEUSES

Ainsi donc, le bacille de la grippe peut être considéré, dans l’état actuel de nos connaissances, comme déterminant les phénomènes initiaux de catarrhe, la congestion pulmonaire, la bronchoplégie, certaines broncho-pneumonies, comme déterminant d’autre part les troubles cardiaques, l’anurie, certains troubles digestifs et surtout l'asthénie nerveuse à toutes les périodes de la maladie. Trouvant une porte d’entrée au niveau des premières voies respiratoires, il détermine le plus souvent une inflammation superficielle de ces premières voies, qui amène la desquamation de l'épithélium, et c’est à la faveur de cette desquamation que les autres germes, hôtes habituels de ces voies, peuvent entrer en scène à leur tour, avec une virulence exaltée. Dans un certain nombre de cas, le bacille ne détermine pas de lésions appréciables, au moins cliniquement, au point où il pénètre dans l’organisme, et il traduit uniquement sa nocivité par les phénomènes généraux de toxi- infection (nerveux, digestifs, etc.).

Ce qui entretient la difficulté de rapporter au bacille de la grippe les déterminations morbides qui lui appartiennent en propre, c’est, la multiplicité des formes de la maladie. Un peut avancer, sans être taxé d’exagération, que chaque grippé réagit à sa manière à l’égard de l’agent infectieux. Sans doute, les phénomènes de catarrhe des voies respiratoires, la congestion pulmonaire, sont des symptômes pour ainsi dire pathognomoniques, mais ces symptômes ne sont rien moins que constants. Chez beaucoup de grippés, la fièvre, l'abattement, la céphalalgie, des douleurs dans les membres sont les seuls symptômes; chez d’autres, la grippe se localise uniquement et primitivement sur l’appareil digestif, etc. Pour rattacher à la grippe ces manifestations si diverses de la maladie, il a fallu mettre à profit l’expérience acquise par l’étude de nombreuses épidémies.

L'état antérieur du sujet paraît avoir une grande influence sur la localisation de la grippe sur tel ou tel appareil. Chez un névropathe, les phénomènes nerveux seront prédominants, chez un dyspeptique l’appareil digestif sera surtout touché. Aussi est-il fort important pour le médecin de connaître le terrain sur lequel s’est greffé l'agent infectieux; son pronostic s’en trouvera plus assuré; et si, en ce qui concerne le traitement, il ne pourra toujours se flatter de mettre à l’abri le point de moindre résistance, parfois cependant, il pourra seconder l'organisme dans sa lutte contre l’infection. Chez un cardiaque l’indication capitale est de renforcer immédiatement l’action du cœur par l’emploi des médicaments tonicardiaques pour prévenir l’apparition de l’asvstolie aiguë, de la parésie primitive du myocarde et de celle qu’entraînerait l’obstacle à la circulation dans un poumon congestionné.

Ces prémisses posées, il convient de se demander si l’on dispose de moyens d'action suffisamment efficaces contre le bacille de Pfeiffer, et tout d’abord si la piîophvi.axie de la grippe est réalisable.

La contagion que niaient encore la plupart des médecins au début de l'épidémie de 1889-1890, dont Colin, Bouchard à l'Académie de médecine (17 décembre 1889), dont Furbringer contestaient la possibilité est, aujourd’hui, admise par tous. La transmission directe du contage de l'homme est prouvée par d’innombrables exemples; lorsque la grippe éclate dans une petite localité, on observe d’abord quelques cas isolés, disséminés dans le voisinage du foyer; ultérieurement la diffusion se fait, très rapidement, il est vrai, mais on peut, en général, en reconstituer les étapes successives. Quant à la diffusion par l’air, peut-être existe-t-elle également; mais à cet égard, on est réduit aux hypothèses; en tout cas, l'influence « du vent qui passe » n’est rien moins qu’exclusive.

L’ isolement est théoriquement une mesure efficace contre la contagion, comme il

GRIPPE

l’est pour toutes les maladies infectieuses transmissibles par contact; mais en pratique, l’isolement est illusoire, car il est exceptionnel qu’on puisse le réaliser, en raison de la rapidité avec laquelle se propage l'agent infectieux et des contacts multiples que nécessitent les relations sociales. On cite seulement quelques exemples indiscutables d'immunité due à l’isolement.

Ces exemples concernent exclusivement des collectivités, par exemple, des membres de congrégations religieuses auxquels les règles de leur ordre défendent toute communication avec l’extérieur. En 188‘J, à Charlottenburg, où l’influenza sévissait avec violence, tous les habitants d’un couvent de femmes, parmi lesquels se trouvent un très grand nombre de sujets maladifs, voire même de phtisiques, restèrent indemnes, les membres de ce couvent ne pouvant jamais franchir le seuil de la porte, et les communications avec l’extérieur se faisant seulement d'une façon indirecte (Hirsch).

Les mesures prophylactiques les plus essentielles consistent à isoler des malades i toutes les personnes qui ne leur sont pas indispensables pour les soins à donner. 11 faut éloigner d’eux particulièrement les vieillards, les tuberculeux, les sujets atteints de maladies chroniques, tous ceux, en un mot, qui sont particulièrement aptes à contracter la grippe et chez qui, de préférence, cette maladie peut revêtir une forme I grave.

Si la prophylaxie de la grippe ne peut être obtenue par un isolement, qui est irréalisable en la pratique, elle ne peut l’être non plus par aucune médication, quelle qu’elle soit.

Il est possible que les soins antiseptiques de la bouche et des fosses nasales constituent des mesures prophylactiques efficaces, puisque la porte d'entrée du bacille de Pfeiffer est incontestablement située dans les voies respiratoires, mais ce n'est là qu’une hypothèse dont il est bien difficile d’établir le bien fondé.

Disons encore que si la grippe frappe volontiers les sujets surmenés, épuisés et que si, par conséquent, l’observation d’une vie régulière contribue certainement à rendre l'organisme réfractaire dans une certaine mesure, il n’existe cependant d'immunité pour personne; aucun individu jeune ou vieux, malade ou bien portant, n’est à l'abri de la contagion; enfin, et c’est là un point important à noter, une première atteinte de grippe ne confère en aucune façon l’immunité.

A. — Traitement général.

Tous les cas de grippe ne réclament pas un traitement uniforme ; d’ailleurs, il ne saurait être question de médication spécifique et l’on est réduit à la médication des symptômes.

Cette médication n’est, d’ailleurs pas inefficace et il ne faut point affecter à | cet égard un trop grand scepticisme. Lorsque Peter disait que les grippés « guérissent les pieds sur les chenets », il voulait dire seulement, ce qui est exact, que beaucoup de malades très légèrement atteints guérissent sous 1 influence, pour ainsi dire exclusive, du repos au lit ou à la chambre, mais il n’entendait sans doute pas recommander l’expectation comme une formule générale de traitement applicable à toutes les formes de la maladie.

En réalité, le traitement doit être actif et s’adapter étroitement aux indications symptomatiques fournies par l’examen du malade, à celles aussi que

MALADIES INFECTIEUSES

donne la connaissance de son état antérieur, des points minoris resistentiæ qu’il présente. Ainsi que l’a fait observer judicieusement le professeur Grasset, la grippe est, de toutes les affections, l une de celles où l’analyse clinique est le plus utile et où la médecine des indications rend les plus continuels services. Cette médecine est forcément très variée et très complexe, car la grippe est une maladie essentiellement protéiforme, et n’était la notion d’épidémie, rien ne permettrait de rapporter à la même maladie la forme pulmonaire de la grippe par exemple et la forme nerveuse pure. Un lien commun relie cependant, entre eux, tous les cas de grippe, quelle que soit la localisation principale, en chaque cas particulier, c’est l’épuisement nerveux, l’asthénie si caractéristique, qui ne fait défaut, pour ainsi dire jamais, qui peut s’observer et persister longtemps, même après une atteinte de fièvre légère et fugace et permet parfois un diagnostic rétrospectif, alors que pendant la phase fébrile on était resté hésitant à ce sujet. On sait qu’il est ordinaire de voir des malades chez qui la période aiguë, fébrile, de la maladie n’a duré que quelques jours, présenter une convalescence fort longue, caractérisée par une inaptitude absolue à tout travail, par une faiblesse extrême, des douleurs généra Usées, des névralgies rebelles, etc., en un mot, par un véritable état neurasthénique d’origine infectieuse, qu'il est souvent fort malaisé de combattre.

11 ne suffit pas de traiter les symptômes actuels, il faut encore prévenir certaines complications que permet de prévoir la connaissance de l’état antérieur du sujet; cette observation que l’on peut faire au sujet du traitement de toutes maladies infectieuses, est particulièrement juste et importante, lorsqu’on l’applique à la grippe. Il est certain qu’il est de la plus haute importance chez un cardiaque ou un bronchitique que frappe la grippe, de renforcer dès le début l’énergie du cœur pour s’efforcer de prévenir l’asystolic aiguë qui peut survenir sous l’influence de l’encombrement bronchique ou bien directement sous la seule influence du poison grippal frappant le myocarde. De même, chez un sujet dont les reins sont suspects, il faudra, avec plus de persévérance encore que chez tous les autres malades, mettre en œuvre tous les moyens propres à maintenir la dépuration urinaire, toujours si compromise dans la grippe.

Le traitement général de la grippe, indépendamment des indications que peuvent fournir, soit immédiatement, soit ultérieurement, les localisations de l’infection sur tel ou tel appareil, ou les complications, comprend trois grandes indications :

1° Combattre la fièvre et les phénomènes généraux concomitants qui relèvent directement de l’infection grippale;

2° Assurer l’antisepsie des muqueuses pour prévenir dans la mesure du possible U envahissement des voies respiratoires par les agents d’infection secondaire;

3° S’efforcer de prévenir les complications que peut favoriser l’existence d’une affection antérieure, générale ou locale.

Tout sujet grippé doit garder le lit. La recommandation est superflue pour

GRIPPE

les malades fortement atteints; elle est de la plus haute importance pour ceux qui sont atteints de fièvre légère et croient pouvoir reprendre leurs occupations après un jour de repos et l’absorption de deux cachets de sulfate de quinine! Ce sont ces imprudents que guettent de préférence les pneumonies, les broncho-pneumonies.

Le malade sera donc maintenu au lit jusqu’à la chute définitive de la fièvre, il devra garder la chambre jusqu’à disparition absolue des signes stéthoscopiques, s’il existait quelque localisation broncho-pulmonaire. Le séjour au lit même après la défervescence, peut d'ailleurs être nécessité par certaines indications comme l’asthénie extrême, les vomissements incoercibles.

V alimentation du grippé ne diffère pas de celle des autres fébricitants; pendant toute la période fébrile elle doit être exclusivement liquide et consister en lait (coupé ou non d’eau alcaline), en bouillon dégraissé, café, grogs, limonade vineuse. L’alcool, sous quelque forme que ce soit, doit être prescrit à petites doses seulement. Il faut se garder de l’administrer avec exagération et de forcer les doses sans indications formelles, telles qu’une pneumonie ou une broncho-pneumonie. Par contre il est indiqué de faire boire abondamment les malades pour assurer l’élimination des toxines.

A ces diverses mesures hygiéniques, il faut associer les moyens médicamenteux qui tendent à combattre la fièvre et les autres symptômes liés directement à l'infection grippale : céphalalgie intense, douleurs dans les articulations, notamment dans les genoux, asthérfic précoce, phénomènes congestifs du côté des muqueuses des voies respiratoires, tels que coryza, angine, enrouement, toux quinteuse, pénible signe révélateur de la trachéo-bronchite.

Pour combattre la fièvre, on a utilisé les différents antithermiques: sels de quinine, antipyrine, phénacétine, salipyrine, pyramidon, etc. La quinine et l’antipyrine sont les seuls qui présentent le maximum d’efficacité avec le minimum d inconvénients. L’antipyrine a été employée larga manu; on en a même ahusé, lors de la grande épidémie qui a sévi en Europe, et notamment en France en 1889-1890. Si l’on put constater à cette époque les effets utiles de ce médicament qui, mieux que tout autre, triomphe des phénomènes douloureux si pénibles, on a pu aussi en mesurer les effets nuisibles, surtout accentués quand on donne l’antipyrine à forte dose et que l’on vise particulièrement son action antipyrétique. Pour obtenir un abaissement de température de quelques heures, on exposait le malade à des accidents désagréables, sinon dangereux : sueurs profuses, état lipothymique, vomissements, anurie étaient souvent la conséquence de la médication par l’antipyrine. Aussi le professeur Landouzy, avec beaucoup d’autres médecins d’ailleurs, s’est-il élevé avec raison contre l’abus de l’antipyrine. Ce médicament rend, il est vrai, d’incontestables services, mais à la condition d’être prescrit à petites doses et d’être associé au sulfate de quinine ; l’antipyrine sera indiquée moins comme antithermique que comme sédatif de la céphalée, des douleurs dans les membres, etc. Le sulfate de quinine répondra surtout à l indication d’abaisser la température ; l’action tonique de ce dernier médicament permettra de contre-balancer les effets déprimants de l’antipyrine.

MALADIES INFECTIEUSES

En fait, le sulfate de quinine est l’agent antithermique par excellence pour les grippés. Le professeur Mossé (de Toulouse), à la suite de diverses expériences, considère même ce médicament comme un véritable spécifique de la grippe. Ayant injecté par voie veineuse, chez le lapin, du sulfate de quinine, immédiatement avant l’inoculation à l’animal du bacille de Pfeiffer, il a constaté que, dans plus de la moitié dos cas, les troubles consécutifs à l’inoculation étaient supprimés ou atténués. Déjà Gellie (de Bordeaux), en 1889, avait vanté les bons effets du sulfate de quinine.

Il nous parait excessif d’attribuer à la quinine une action spécifique, car il est de nombreux cas de grippe où elle ne paraît exercer qu’une faible action sur la fièvre, et en général, elle ne modifie pas les allures du cycle fébrile ; il est certain cependant que le sulfate de quinine est supérieur aux autres antithermiques chez les grippés.

Chez l’adulte, il est nécessaire de l’employer à doses moyennes, c’est-à-dire de 0 gr. 80 à 1 gramme par jour. Il nous paraît utile de diviser cette dose en trois que l’on administre à six heures d’intervalle l’une de l’autre. Lorsque la température est redevenue normale le matin, il est indiqué d’administrer encore la quinine vers onze heures ou midi, car il est fréquent d’observer une reprise de la fièvre, pendant quelques jours, au milieu de la journée.

Par la bouche, on fait prendre le sulfate de quinine en cachets, en ayant soin de faire avaler en même temps quelques gorgées de thé légèrement alcoolisé.

Si la grippe a touché l’appareil digestif, si les vomissements sont fréquents, il faut avoir recours à la voie rectale pour l’administration de la quinine (lavement de 0 gr. 50 de bichlorhydrate dans 40 ou 50 grammes d’eau, ou suppositoire).

L antipyrine se prescrit soit en cachet ou en solution dans l'eau de Vichy, soit en lavement. Il nous parait inutile de dépasser la dose de 2 grammes en vingt-quatre heures, répartie en deux ou trois prises. Lorsqu’on l’administre conjointement au sulfate de quinine, on associe les deux médicaments en cachets.

Sulfate de quinine 0 gr. 25

Antipjrine 0 gr. 75

Pour l cachet; 2 à 5 par jour.

Pour atténuer les effets déprimants de l’antipyrine on peut l’incorporer à une potion de Todd :

Antipjrine 2 grammes.

Sirop simple 50 —

Potion de Todd 120 —

Aux sels de quinine on peut également associer, soit la phénacétine (0 gr. 50 à 1 gramme) par jour, soit le pyramidon, très efficace contre les névralgies des grippés (0 gr. 50 à 1 gramme).

GRIPPE

Comme sédatif du système nerveux. Grasset prescrit 1 aconit en même temps que l’antipyrine; d’ailleurs, l’aconit agit aussi sur le catarrhe initial de la muqueuse laryngo-trachéo-bronchique :

Antipyrine

Teinture d’aconit . . .

Eau de tilleul ....

Sirop de fleurs d’orangei

Une cuillerée toutes les deux heures.

Aux moyens précédents, il faut joindre l'emploi des boissons chaudes, sliinulantes, légèrement alcoolisées. Le thé au rhum constitue assurément la meilleure des « tisanes »; il importe seulement de ne pas abuser de l 'alcool dans les formes ordinaires; 40 ou 50 grammes de vieille eau-de-vie constituent une dose bien suffisante. Les boissons chaudes, le thé en particulier, j assurent* mieux que tout autre moyen, la diurèse, qui est compromise dès le début de la grippe.

Nous avons vu qu’il suffit souvent de deux ou trois doses de quinine pour provoquer la défervescence, mais qu’il est indiqué de ne pas supprimer immédiatement ce médicament, car il faut craindre les retours offensifs de la fièvre. Souvent, après quelques jours d’une fièvre oscillant entre 58", 5 le matin et J 59", 5 le soir, survient un collapsus thermique avec sueurs profuses, diarrhée I abondante, polyurie, suivie d’une reprise de la fièvre. Il faut se garder de prolonger sans raison suffisante l’emploi des antithermiques, car le plus clair résultat de cet abus est de maintenir les voies digestives en mauvais état.

Il est des formes fébriles prolongées où le thermomètre est le matin à la normale ou au-dessous de la normale et remonte dans l’après-midi à 58". 5 ou I 59 degrés pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Ces formes fébriles prolongées, particulièrement rebelles à l’action de la quinine, peuvent ! simuler la tuberculose aiguë, pour peu qu elles s’accompagnent de bronchite ou qu’elles s’observent chez les sujets malingres.

Il est, d’autre part, des formes graves caractérisées par l’élévation et la i constance de la température, en dehors de toute complication. Le thermomètre peut se maintenir à 40 degrés pendant plusieurs jours, avec des rémissions insignifiantes; ces formes simulent assez bien la fièvre typhoïde. Ici | encore la quinine n’a que peu d’influence sur le cycle fébrile. Il faut employer,

’ en pareil cas, la balnéation tiède qui calme l’agitation, abaisse légèrement la température et surtout contribue à maintenir la perméabilité du rein. Manasséine (de Saint-Pétersbourg) s’est bien trouvé de l’emploi des bains tièdes. Les bains froids sont mal supportés et ne produisent pas les effets salutaires que l’on en retire dans la fièvre typhoïde. Les grands lavements froids, répétés matin et soir, sont également indiqués.

L antisepsie de la bouche, du nez et des oreilles doit être pratiquée dès le début, dans tous les cas, même dans ceux où la grippe paraît très bénigne.

‘2 grammes.

XII à XV gouttes.

90 grammes.

(Grasset)

MALADIES INFECTIEUSES

Deux ou trois fois par jour, ou fera pratiquer un lavage de la bouche avec une solution d’acide thymique (au 4000e) ou de phénosalyl (une cuillerée à café par litre d’eau). On assurera l’antisepsie nasale en instillant dans les narines quelques gouttes d’huile mentholée (à 2 ou 5 pour 100) ou bien au moyen de pommades à base d’acide borique, de résorcine et de menthol :

Vaseline 50 grammes.

Acide borique 5

Itésorcinc 2

Menthol 50 centigrammes.

Introduire trois fois par jour gros comme un pois de cette pommade, dans chaque narine.

Enfin, dans les oreilles, on instillera, trois fois par jour, quelques gouttes de :

Liqueur de Van Swieten

Glycérine

• ou :

Menthol 5 centigrammes.

Glycérine 25 grammes.

Nous avons déjà indiqué la nécessité de veiller au forfetionnement des organes qu’une altération antérieure prédispose particulièrement aux atteintes du poison grippal. Aux cardiaques, on administrera préventivement la digitale; chez les malades dont les reins sont suspects, on maintiendra le régime lacté intégral pendant un temps suffisamment prolongé; on emploiera les bains tièdes, les lavages intestinaux, on évitera toutes les médications susceptibles d’irriter le rein. Chez les dyspeptiques, on se gardera de prescrire les boissons alcooliques, les médicaments irritants; chez ceux qui sont atteints de colite chronique avec constipation, on assurera l’évacuation de l’intestin et l'on insistera également sur l’emploi du lait, car il ne faut pas perdre de vue que l’appendicite est une complication tardive assez fréquente de la grippe.

B. — Traitement des principaux symptômes et formes cliniques.

L’Appareil respiratoire est le plus souvent touché, soit seul, soit en même temps que d’autres appareils.

Le coryza du début n’exige pas de traitement spécial; si l’enchifrènement est particulièrement accentué, on peut faire priser une petite quantité de la poudre suivante :

Sous-nitrate de bismuth Benjoin pulvérisé . . .

Acide borique

Menthol

| au 0 grammes.

20 centigrammes.

GRIPPE

Dans quelques cas une sécrétion purulente abondante s’établit; il faut se garder de faire des lavages du nez avec le siphon, ce qui exposerait presque infailliblement le malade à l’otite.

Du côté du larynx le catarrhe est habituellement passager; des compresses chaudes au-devant du cou constituent un moyen à la fois révulsif et sédatif.

Dans des cas très rares on a vu survenir le syndrome de l'œdème glottique avec dyspnée intense, tirage susternal, etc. Bien que la guérison soit habituelle, la trachéotomie a été nécessaire dans quelques cas.

La trachéo-bronchite est la localisation la plus fréquente de la grippe sur les voies respiratoires. Pour calmer la toux particulièrement fatigante de la trachéite, on a employé tous les calmants : l 'aconit, la belladone, l 'opium, I eau de laurier-cerise , etc Grasset fait prendre plusieurs cuillerées à dessert de la préparation suivante :

Sirop de tolu 500 grammes.

Eau distillée de laurier-cerise 100 —

Teinture d’aconit G gouttes.

On peut encore prescrire trois ou quatre cuillerées à soupe de :

Sirop de codéine .

Sirop de Tolu. . .

Eau de laurier-cerise 50

Alcoolalure de racines d'aeonil

Teinture de belladone . . .

Parmi les préparations opiacées il faut donner la préférence à l’extrait thébaïque, en pilules, et surtout à la poudre de Dover que l’on associe au sulfate de quinine. On fait prendre 20 à 50 centigrammes de poudre de Dover p)-o die. L’association des deux médicaments donne les meilleurs résultats. Les vaporisations d’eau additionnée de teinture de benjoin sont particulièrement utiles pour calmer la toux et favoriser l’expectoration.

Le benzoate de soude, les sels d'ammoniaque, chlorhydrate, acétate sont fréquemment utilisés pour favoriser l’expectoration; Marrotte considérait le chlorhydrate d’ammoniaque comme un spécifique.

Le benzoate de soude se prescrit à la dose de 2 à 4 grammes :

Eau distillée • 500 grammes.

Benzoate de soude 20 —

2 à 4 cuillerées à soupe par jour, dans une infusion chaude de tilleul et d’oranger, ou :

Benzoate de soude. .

Acétate d'ammoniaque

Sirop de codéine. . .

Eau de tilleul

2 à 4 grammes.

| âa XXX gouttes.

| âa 80 grammes.

4 à 5 cuillerées à soupe par 24 heures.

G. -R. LYON. — 5e ÉDITION.

MALADIES INFECTIEUSES

On peut encore incorporer le benzoate de soude à la potion de Todd, avec ou sans antipyrine, suivant les cas.

Le chlorhydrate d’ammoniaque se prescrit à la dose de 2 à 5 grammes et peut être administré dans une potion légèrement alcoolisée :

ou :

Chlorhydrate d’ammoniaque

Sirop d’écorces d’oranges amères

Eau-de-vie vieille

Teinture de cannelle

Eau de laurier-cerise

Infusion de tilleul q. s. pour

2 grammes.

Julep gommeux

Sirop diacoae

Alcoolat de mélisse. . . .

Teinture dejusquiame. .

Chlorhydrate d’ammoniaque

80 grammes.

| ââ 20 —

I cuillerée à dessert toutes les deux heures.

II est des cas où, sans que l’on puisse déceler le moindre signe du côté des voies respiratoires, survient une toux quinteuse, coqueluchoïde, particulièrement rebelle aux médications; cette toux peut persister longtemps après la période fébrile. Les médicaments qui ont relativement le plus d’action sur cette toux sont le bromoforme et Y aconit :

Broinoforme 1 gramme.

Alcoolature de racines d’aconit 1 —

Alcool à 00° 20 grammes.

Sirop de codéine 100 —

Sirop de Tolu 150 —

(J. Bernaud.)

5 cuillerées à soupe par jour.

On peut encore prescrire la quinine associée à l’aconit :

Sulfate de quinine A

„ , n . > aa 0 gr. 10

Extrait de quinquina ) °

— de racines d’aconit 0 gr. 005

(Uuciiard.)

Pour 1 pilule; 5, deux fois par jour.

Au début de la bronchite, quand il existe surtout des phénomènes congestifs, que l’expectoration est rare, difficile, on peut utiliser avec avantage la poudre de Dover, la scille, le chlorhydrate d’ammoniaque déjà mentionné :

Poudre de Dover )

— de scille > âü 0 gr. 10

Sulfate de quinine )

Pour 1 cachet; 5 à 5 par jour.

GRIPPE

Contre la bronchite avec sécrétion purulente précoce et abondante, la terpine est le médicament de choix :

Vanilline 2 centigrammes.

Terpine 5 grammes.

Glycérine \

Alcool à 95° - ûa 70 grammes.

Sirop simple S

1 cuillerée à entremets, 5 fois par jour,

i ou :

Terpine 2 gr. 50

Elixir de Garus 200 grammes.

5 cuillerées à soupe par jour,

Terpine

Acide benzoïque

Poudre thébaïque ....

10 centigrammes.

I centigramme.

Pour 1 pilule; 6 par jour, en trois fois.

La forme bronchoplégique entrevue par Graves, qui avait écrit que les malades succombent parfois à une « paralysie pulmonaire », a été signalée à nouveau par M. Iluchard, lors des dernières épidémies de grippe; c’est une véritable parésie des bronches, caractérisée par une dyspnée intense et l’ absence de tout signe physique; elle entraîne la mort par asphyxie ou syncope.

I Cette forme est surtout justiciable de l’emploi de la strychnine :

Sulfate de strychnine 1 centigramme.

Eau-de-vie vieille 50 grammes.

Hvdrolat de mélisse 00 —

Sirop de quinquina 50

11 est une forme de bronchite qui , par sa localisation et sa persistance, peut en imposer pour la tuberculose; c’est la forme pseudo-phymique ; qu’ont particulièrement signalée Lemoine au Congrès de médecine interne de | Lyon en 1894 et Egger (Thèse de Lyon, 1894). Les signes stéthoscopiques sont localisés au sommet; l’expectoration est abondante, tenace; les crachats revêtent l’aspect nummulaire. II faut se garder d’administrer la créosote qui n a aucune action, mais qui est, par contre, particulièrement irritante pour les voies digestives. Les pointes de feu peuvent exercer une révulsion salutaire en pareil cas.

La congestion pulmonaire est la localisation caractéristique de la grippe sur l’appareil respiratoire et parait liée directement à la présence du bacille de Pfeilïcr dans les poumons. Parfois fugace, mobile, elle est, en d’autres circonstances, fixe et persistante.

Elle est insidieuse dans son évolution et doit être recherchée, car elle se

MALADIES INFECTIEUSES

traduit rarement par des symptômes fonctionnels caractéristiques, notamment par un point de côté. Il est une forme de congestion qui s’accompagne cependant de symptômes bruyants, nous voulons parler de la forme hémoptoïque, véritable congestion active avec raptus sanguin, dont le pronostic n’est point particulièrement grave, mais qui peut donner lieu à une erreur de diagnostic et faire porter indûment le diagnostic de tuberculose.

Parfois enfin la congestion pulmonaire a une marche envahissante; les deux poumons sont remplis de râles crépitants extrêmement fins, éclatant sous l’oreille comme une fine pluie. Ces congestions pulmonaires peuvent entraîner la mort par asphyxie; elles sont heureusement fort rares.

La congestion pulmonaire doit toujours être combattue, alors même qu’elle est peu étendue; en effet la congestion n’est souvent que le prélude de la pneumonie ou de la broncho-pneumonie, les germes pathogènes venant se développer volontiers au niveau des parties du poumon qui sont le siège de la congestion.

Chez les sujets jeunes, d’une bonne santé habituelle, on en triomphe aisément par l’emploi des divers moyens révulsifs : applications répétées de cataplasmes sinapisés, de ventouses sèches. Le moyen qui a réussi le mieux entre nos mains est Y enveloppement du thorax par des compresses imbibées d'eau froide, recouvertes d’un tissu imperméable (taffetas chiffon, taffetas gommé) et fréquemment renouvelées. Par le même moyen on calme également les points de côté thoraciques qui sont si fréquents au cours de la grippe. L’enveloppement humide ne se borne pas à cette action locale. Par voie réflexe il détermine un certain abaissement de température, une urination plus abondante, le relèvement de l’énergie cardiaque. Ces faits sont aujourd’hui classiques; cependant beaucoup de praticiens ignorent encore l’efficacité de ce moyen de traitement.

On combat encore, indirectement, la congestion pulmonaire, par les boissons caféiques, par Y alcool, à petites doses. Chez les vieillards, chez tous les sujets dont le cœur, en raison d’altérations antérieures, peut être soupçonné de défaillir facilement, chez les emphysémateux, les bronchitiques chroniques, il faut joindre aux moyens précédents l’emploi de la digitale, et cela, dès que l’on a constaté la congestion, car il est plus facile de prévenir l’asystolie aigue que de l’enrayer quand elle s’est produite. On peut faire prendre — c’est le mode d’emploi le plus commode — XL à L gouttes de solution de digitaline cristallisée au 1000e, en une seule fois, pendant un jour seulement. Si plus tard néanmoins le cœur fléchit, on devra avoir recours aux injections de caféine, de strychnine.

On peut encore prescrire Yergotine associée à la strychnine :

Ergotine 1 à 2 grammes.

Sulfate de strychnine 0 gr. 002 à 0 gr. 005

Julep gommeux 120 grammes.

(Grasset.)

1 cuillerée à soupe toutes les deux heures.

GRIPPE

Le professeur Grasset est partisan de Y ipéca à hautes doses, comme moyen de traitement de la congestion pulmonaire; ce serait, d’après lui, le remède de choix. 11 prescrit :

Ipcca 2 grammes.

Écorces d’oranges amères 4 —

Eau 100 —

Faire bouillir jusqu’à réduction à 90 grammes, laisser infuser, filtrer.

Ajouter :

Sirop de polygale ou de fleurs d’oranger 50 grammes.

1 cuillerée à bouche toutes les deux heures.

Cette potion est généralement bien supportée et ne détermine, dit Grasset, quand l’indication est formelle, ni vomissements, ni nausées. Nous croyons cependant qu’il faut être très réservé sur l’emploi de l’ipéca dans une maladie où l’asthénie, la dépression du cœur constituent la note dominante, d’autant plus que les moyens précédemment indiqués ont fait leurs preuves d’efficacité et d’innocuité.

Contre la congestion pulmonaire à forme hémoptoïque, il est indiqué d’employer, outre les moyens révulsifs déjà mentionnés : cataplasmes sinapisés, i ventouses sèches, etc., Yergotine en potion ou en pilules ou de préférence en injections sous-cutanées. On peut associer l’ergotine, la quinine, la digitale •

Sulfate de quinine

Extrait aqueux d’ergot de seigle

Poudre de digitale

Extrait dejusquiame

Pour 1 pilule; 6 par jour.

Les pneumonies grippales se caractérisent par des particularités cliniques sur lesquelles il est inutile d’insister. Les crachats ne sont pas franchement fouillés; ils sont muco-purulents. Le début est insidieux, la marche irrégulière, traînante, caria pneumonie procède souvent par poussées successives; elle se comporte en somme comme la broncho-pneumonie d’avec laquelle il est bien difficile de la différencier. Dans certains cas il s’agit de pneumonies massives, avec peu désignés stéthoscopiques, mais une dyspnée intense résultant de l’oblitération des bronches. Enfin la pneumonie peut affecter une marche foudroyante et aboutir très rapidement à l’hépatisation grise, comme chez les diabétiques.

En somme, quelle que soit la marche et les symptômes de la pneumopathie grippale, celle-ci se distingue surtout par sa gravité, par sa tendance à évoluer vers I hépatisation grise, parfois vers la gangrène.

Les ressources du médecin sont assez limitées en présence de pareilles

aa

aa

MALADIES INFECTIEUSES

complications, encore faut-il qu’elles soient judicieusement mises en œuvre.

Contre la lésion pulmonaire on ne peut opposer de moyens directement efficaces. Les enveloppements froids ont cependant une utilité incontestable si les sujets sont jeunes et pas trop déprimés; chez tous on emploiera avec avantage les applications réitérées de ventouses. Il faut se garder en tous cas du vésicatoire dont l’utilité avait déjà été contestée par un clinicien dont l’autorité ne saurait être suspecte. « Lorsque la maladie est très violente, dit Graves, les vésicatoires ne produisent que des résultats douteux, souvent même ils ajoutent aux souffrances des malades, sans modifier en rien les symptômes pulmonaires ni la dyspnée; cette impuissance du vésicatoire est une des particularités les plus remarquables de l’histoire de la grippe; pour moi j’y ai complètement renoncé. »

11 faut encore se garder d’employer les expectorants, les antimoniaux, kermès, tartre stibié qui ont pour effet de déprimer le cœur; la saignée, qui est formellement contre-indiquée par l’adynamie.

Ce qu’il faut s’efforcer de réaliser, c’est de renforcer l’énergie du cœur et celle du système nerveux, car, si la maladie est au poumon, le danger est au cœur, ainsi que le répète volontiers M. Huchard, et aussi dans le système nerveux.

La digitale est donc nécessaire ; on doit la prescrire dès le début et à dose forte et massive pour en obtenir des effets certains. iVI. Huchard prescrit de préférence la digitaline cristallisée en solution au 1000e dont il fait prendre en une fois, pendant un jour, XXX, XL et mêmes L gouttes (1 milligramme).

Chez les sujets âgés, au myocarde plus ou moins altéré, la caféine convient mieux que la digitale; elle a, en tout cas, l’avantage d’agir plus rapidement. On aura recours exclusivement à l’administration par la voie hypodermique.

Contre l’asthénie nerveuse on peut lutter au moyen de Y alcool à petites doses et du champagne , du thé , du café, de la kola et de la coca, de la strychnine et des stimulants diffusibles : éther, huile camphrée, acétate d' ammoniaque .

On peut faire prendre deux ou trois fois par jour une cuillerée à café d’un mélange à parties égales de teinture de kola et de teinture de coca, soit dans du lait chaud et sucré, soit dans un peu de curaçao étendu d’eau.

La strychnine s’emploie à la dose de 2 à 5 milligrammes par jour en injections sous-cutanées :

Eau distillée. . . .

Sulfate de strychnine

Injecter 2 à 5 centimètres cubes par jour.

Quant à l’huile camphrée, on injecte deux à quatre seringues par jour de la solution au 10e.

Les bains froids, dont il a déjà été question, sont mal supportés dans les grippes compliquées de pneumopathies; quant aux bains tièdes, ils ont au

10 grammes.

1 centigramme.

GRIPPE

moins l’avantage d’être inoffensifs et sont indiqués pour calmer l’agitation,

le délire.

En somme, le traitement des pneumopathies grippales ne diffère pas de celui qu’il est de règle d’appliquer dans toutes les infections pulmonaires graves. Le point sur lequel il convient d’insister, c’est qu’il faut employer hâtivement les moyens précédemment énumérés. Une thérapeutique énergique mise en œuvre dès le début, pourra atténuer le pronostic souvent si sombre des complications pulmonaires de la grippe.

La pleurésie grippale est séro-fibrineuse ou purulente. La première se comporte comme les pleurésies séro-fibrineuses en général ; elle guérit sous l’influence de la Ihoracentèse , souvent même spontanément. 11 importe seulement de répéter fréquemment les ponctions exploratrices, car le passage à la purulence peut se faire insidieusement : on doit craindre d’ailleurs la transformation purulente quand l’état général devient franchement mauvais, que

le malade est pris de frissons répétés, que le teint devient terreux, etc

Quant à la pleurésie purulente, quel (pie soif le résultat de l’examen bactériologique, il conviendra de lui appliquer le seul traitement rationnel : Yempyème précoce.

11 n’est pas rare de constater des pleurésies sèches, bilatérales, persistantes, s’accompagnant de douleurs thoraciques des plus pénibles, pleurésies sèches sur lesquelles Morel-Lavallée a appelé particulièrement l’attention et qu’il faut combattre par les applications répétées de pointes de feu, la gymnastique respiratoire , etc. On poursuivra les points pleurodyniques au moyen de badigeonnages de gaïacol, de salicylale de méthyle, etc.

L’Appareil cardio-vasculaire est fréquemment touché au cours de la grippe; i sans doute le cœur peut n’ètre intéressé que secondairement, par l’intermédiaire de la congestion pulmonaire ou d’une pneumonie (principalement chez les malades âgés, entachés d’artério-sclérose); mais souvent aussi le myocarde est atteint primitivement soit par altération de la fibre musculaire, soit par troubles du pneumogastrique.

On constate chez beaucoup de malades, soit une tachycardie considérable j (150-140 pulsations), soit au contraire de la bradycardie, parfois même de l’embryocardie (rythme fœtal des bruits du cœur); en tous cas, ce qui frappe,

I c’est la diminution de la tension artérielle, la dépression, la mollesse, l'instabilité du pouls.

Le café, qui stimule la fibre myocardique, le lait, qui élimine les toxines, contribuent à combattre la défaillance du myocarde; mais il est souvent nécessaire d’administrer la caféine, soit en potion :

Benzoate de soude Julep

1 gramme.

120 grammes.

i soit en injections sous-cutanées; parfois même de pratiquer les injections I d'étlier ou d'huile camphrée précédemment indiquées. Quant aux injections de sérum artificiel, elles ne relèvent la tension artérielle qu’autant qu’elles

MALADIES INFECTIEUSES

sont employées à doses massives. L’antipyrine est formellement contre-indiquée quand les signes d’hypotension artérielle sont particulièrement marqués.

L’endocardite infectieuse, la péricardite suppurée, les artérites, complications rares, sont au-dessus des ressources de la thérapeutique.

L’Appareil digestif n’est jamais indemne dans la grippe; mais il est des cas où les déterminations gastro-intestinales sont particulièrement accentuées et dominent la scène.

L’anorexie commune à toutes les pyrexies est particulièrement marquée dans la grippe et peut se prolonger longtemps après la chute de la température. 11 est inutile de chercher à combattre cette anorexie qui est rebelle à toute médication; l’appétit ne revient que lentement et lorsque l’organisme a fini d’éliminer le poison grippal; le lait est le seul aliment que les malades tolèrent, encore faut-il souvent l’additionner soit d’eau de chaux, soit d’une eau minérale alcaline (Vais, Vichy). Lorsque la langue est couverte d’un enduit épais, ce qui n’est pas la règle, lorsqu’il existe un état saburral manifeste, il peut être indiqué d’administrer un vomitif, mais on n’aura recours à ce moyen que si le malade n’est pas trop déprimé, le vomitif contribuant à augmenter l’adynamie.

Si l’anorexie est de règle, on ne peut en dire autant des vomissements habituels, qui constituent une véritable complication très rebelle et particulièrement pénible. Certains malades ont un état nauséeux continuel et rejettent toutes les boissons qu’ils absorbent, y compris le lait. Cette intolérance de l’estomac peut survenir sans cause appréciable; d’autres fois, elle est provoquée par l’abus des médicaments, par celui des grogs et autres boissons alcooliques ou favorisée par l’existence d’une gastropathie antérieure ou bien encore par l’état névropathique du sujet.

Les médicaments que l’on emploie d’ordinaire contre les vomissements n’ont aucune action sur les vomissements « incoercibles » de la grippe. La classique potion de Rivière, qui a du moins le mérite d’être inoffensive, constitue le meilleur moyen à employer; on fait prendre du champagne frappé étendu d'eau, du lait à très petites doses, additionné d’eau alcaline et glacée. Si le lait est rejeté, il est nécessaire d’instituer temporairement la diète hydrique, c’est-à-dire de faire prendre exclusivement de l’eau bouillie ou bien une eau minérale indifférente comme l’eau d’Évian à raison d’une cuillerée à soupe tous les quarts d’heure; ensuite on substitue un peu de bouillon à l’eau pure et l’on revient finalement au régime lacté avec une lente progression.

Lorsque l’on reprend l’alimentation, il peut être utile d’administrer de petites doses de belladone ( 0 gr.02 à 0 gr. 04 d’extrait en potion gommeuse). On fait prendre avant chaque tasse de lait une cuillerée à soupe de la potion. 11 est encore utile de faire appliquer sur la région épigastrique des compresses imbibées d'eau froide et fréquemment renouvelées ou de faire des pulvérisations de chlorure de méthyle ou de chlorure d'éthyle.

Ou côté de l’intestin, on peut observer soit de la constipation, soit de la diarrhée profusc, fétide. Dans certains cas, la diarrhée s’accompagne de crampes, de refroidissement, de cyanose ; il existe un véritable syndrome cholérique.

GRIPPE

Enfin, on a signalé une forme dysentérique de la grippe et une forme où les déterminations gastro-intestinales simulent la fièvre typhoïde, car à la diarrhée, à la douleur dans la fosse iliaque se joignent les épistaxis, l’albuminurie, la prostration, l’hypertrophie splénique ; avant l’épreuve du séro-diagnostic, . il était malaisé de différencier ces grippes à forme typhoïde d’avec les infections I eberthiennes.

La constipation doit être surtout combattue au moyen des lavements ou plutôt des grands lavages intestinaux faits à l’aide du bock; d’ailleurs, ces lavages doivent être employés systématiquement dans tous les cas, car ils con- ^ stituent le meilleur moyen de réaliser l’antisepsie intestinale. On peut employer l'eau pure ou l’eau additionnée de glycérine, parfois de borate de soude (une cuillerée à café par litre d’eau).

Il peut être utile d’administrer au début une dose de calomel, mais il est inutile d’insister sur l’emploi des purgatifs salins ou autres, s’il n’existe pas un état saburral manifeste des voies digestives.

Le calomel, les purgatifs salins sont surtout indiqués quand existe la diarrhée fétide signalée plus haut; la diarrhée ne doit être combattue que si la fréquence et l’abondance des selles constituent une cause d’affaiblissement manifeste pour le malade; on peut alors prescrire le sous-nitrate, le salicylate ou le benzoate de bismuth, associés ou non à la craie, au phosphate de chaux.

On peut faire prendre trois ou quatre cuillerées à café, par jour, de la poudre composée suivante :

Magnésie calcinée .

Phosphate de chaux

Charbon pulvérisé .

Fleur de soufre. .

Il faut se garder des antiseptiques intestinaux : naphtol, bétol, etc., dont 1 action est problématique et qui ont le grave inconvénient d’irriter l’estomac, et user surtout des lavages de l'intestin.

Dans la forme cholérique, il est indiqué d’employer les injections souscutanées de sérum physiologique ou de sérum caféiné (à 0 gr. 10 pour 100).

On a observé dans quelques cas une forme pseudo-péritonitique avec vomissements bilieux, météorisme excessif, sensibilité abdominale très vive, faciès grippé, etc. Les applications chaudes sur le ventre, la belladone à 1 intérieur, la diète hydrique, les lavages nous paraissent être les moyens à recommander contre de semblables accidents.

Les bains tièdes sont particulièrement utiles dans la forme typhoïde.

Le Système nerveux est particulièrement atteint par la grippe. Ce fait a frappé de tout temps les observateurs. Dès 1837, Lombard (de Genève) écrivait : « La grippe est une maladie dont le caractère est essentiellement nerveux et qui parait agir sur les fonctions cérébrales d’une manière identique à celle des poisons animaux qui constituent le germe du typhus et des autres fièvres graves. » II a déjà été question de l’asthénie qui manque rarement, qui

;ïTi parties égales.

MALADIES INFECTIEUSES

atteint un degré extrême dans les formes graves et prolongées, qui peut se manifester dès le début et persister longtemps après la défervescence.

Les différentes médications sont d’une utilité contestable; en tout cas. pendant la période fébrile, il faut se garder de prescrire les préparations de quinquina, de kola, etc., habituellement mal tolérées. On se bornera à soutenir les forces au moyen du café, du vieux vin de Bordeaux ou de Bourgogne, ou bien encore des vins plus alcoolisés de Porto, de Malaga, au moyen de la potion cordiale qui contient de la teinture de cannelle :

Teinture de cannelle 10 grammes.

Sirop d’écorces d’oranges amères 40 —

Vin de Banvuls 1 00 —

La liqueur d'Hoffmann, Y acétate d' ammoniaque sont des stimulants dont l’action est trop fugace pour être réellement utile. La caféine en injections sous-cutanées a l’inconvénient de déterminer de l’agitation, de l’insomnie; on peut l’associer en pilules au bromhydrate de quinine et au benzoate de soude (Iluchard). La strychnine, introduite également par la voie hypodermique, est plus recommandable quand il existe une prostration inquiétante. On peut injecter dans les vingt-quatre heures 2 cà 4 milligrammes de sulfate de strychnine; si l’on ne veut avoir recours aux injections, on peut faire prendre la strychnine en solution :

Sulfate de strychnine 5 centigrammes.

2 à 5 cuillerées à café par jour, ou :

Sulfate de strychnine 5 milligrammes.

Benzoate de soude 4 ou 5 grammes.

Eau-de-vie vieille 20 —

Eau 100 —

à prendre dans les vingt-quatre heures.

Les injections de sérum artificiel, à petites doses, suivant la méthode de Chéron, ont une certaine action sthénique.

Un moyen à la fois simple et eflicace, qui n’est pas à négliger, consiste à pratiquer matin et soir des frictions avec de la flanelle imbibée d'alcool, pour stimuler les fdets nerveux cutanés.

Les phénomènes d’excitation, le délire sont assez rares et s’observent surtout chez les névropathes. Us sont justiciables de l’emploi des bains tièdes, de Y extrait de valériane administré de préférence en lavement, du bromure de camphre (0 gr. 50 à 1 gramme), des boissons chaudes calmantes (tilleul, camomille, feuilles d’oranger). Les bromures ne seront prescrits qu’avec discrétion, en raison de leur action déprimante. Si 1 insomnie est particuliè-

GRIPPE

renient tenace, on peut prescrire le Irional ou le sulfonal à doses modérées (1 gramme) et pendant un ou deux jours seulement.

Les phénomènes douloureux (céphalée, courbature, douleurs dans les membres, névralgies diverses) sont particulièrement fréquents dans la grippe et en constituent l’un des traits distinctifs. C’est pour les combattre que l’on a usé et abusé du meilleur sédatif nervin, c’est-à-dire de Y antipyrine . II est certain que ces phénomènes douloureux revêtent parfois une intensité extrême et doivent être combattus, mais il faut se garder d’employer l’antipyrine à trop fortes doses. Le sulfate de quinine, associé à l’extrait thébaïque, réussit parfois mieux que l’antipyrine. Le pyrarnidon (0 gr. 50 à 1 gramme) s’est également montré efficace. Quant aux divers médicaments analgésiques, tels que la phénacétine, le salol, le salophène, qui ont été tour à tour préconisés, ils ne paraissent pas devoir être particulièrement recommandés.

11 est des cas où les symptômes nerveux sont localisés à l’encéphale et simulent la méningite : les malades ressentent une violente céphalée; ils sont plongés dans la torpeur, ou bien, au contraire, sont atteints de délire, ont des mâchonnements, de la constipation, de l’irrégularité du pouls et de l'inégalité pupillaire (Gaucher, Sevestre).

Ces phénomènes pseudo-méningitiques se terminent par la guérison; il suffit de quelques bains tièdes et (Y applications de glace sur la tête pour dissiper ces accidents. Il n’en est pas de même des méningites vraies, suppurées, consécutives à une otite ou une pneumonie, qui peuvent survenir au cours de la grippe.

On a signalé une forme bulbaire qui peut débuter brusquement par des syncopes répétées (Duflocq), par un vertige subit, des douleurs violentes dans la nuque. La localisation bulbaire peut être confirmée par l’existence d’une dyspnée dont on ne trouve pas la raison d’être dans l’état pulmonaire, dyspnée qui revêt parfois le type de Cheyne-Stokes, par le ralentissement du pouls. Pour combattre ces accidents la strychnine est indiquée; M. Iluchard recommande également la trinilrine en injections sous-cutanées :

Solution alcoolique de trinitrine au 100° XL gouttes.

Eau distillée 10 grammes.

Injecter trois ou quatre fois par jour le quart d’une seringue de Pravaz.

Chez certains malades la localisation médullaire des symptômes nerveux est prédominante; les uns éprouvent une rachialgie des plus violentes, analogue à celle de la variole; d’autres sont pris d’une parésie subite des membres inférieurs.

Contre la rachialgie on peut user des révulsifs sous forme de ventouses sèches, de cataplasmes sinapisés appliqués sur la région lombaire et employer des liniments calmants à base de laudanum, de chloroforme, de menthol, etc., etc. Les bains tièdes constituent un puissant moyen sédatif.

Les myélites constituent des accidents d’infection secondaire, mortels, mais fort heureusement très rares.

MALADIES INFECTIEUSES

Les polynévrites ont été bien étudiées, lors des dernières épidémies de grippe (Diemer, Thèse de Paris, 1900); elles constituent plutôt une complication de la convalescence que de la période d’état. Elles sont avant tout motrices (paralysies) et peuvent affecter non seulement les membres, mais

la face, les yeux Elles sont justiciables du’ repos absolu, de la médication

antialgique , etc. Plus tard on pratiquera le massage, la faradisation et la galvanisation des nerfs et des muscles: on emploiera les frictions excitantes, les bains chauds. Une cure à Salies-de-Béar, ■«, Salins, Bourbonne-les-Bains complétera le traitement.

Si la polynévrite est relativement rare, en revanche les névralgies, ainsi qu’il a été dit, sont des plus fréquentes et c< ptribuent à donner à la grippe sa note caractéristique. Chez beaucoup de malades, elles peuvent persister longtemps encore après la défervescence.

La grippe, comme beaucoup de maladies infectieuses, peut être, chez les sujets prédisposés, un agent provocateur de l’hystérie. Celle-ci peut se manifester soit pendant le cours même de la maladie, soit lors de la convalescence, ce qui est le cas le plus habituel.

La neurasthénie est une conséquence beaucoup plus fréquente de la toxiinfection, mais elle s’accuse surtout tardivement, et c’est elle principalement qui tend à prolonger la convalescence.

L’appareil rénal n’est pour ainsi dire jamais indemne. Quand la grippe se prolonge, il est de règle de constater des traces d’albumine; en tous les cas, les urines sont toujours rares. II est donc rigoureusement indiqué de faire boire abondamment les malades, afin de faciliter l’élimination des toxines et des matières extractives accumulées dans l’organisme; il est également nécessaire d’éviter l’emploi ou l’abus des médicaments, comme l’antipyrine, qui « ferment le rein », c’est-à-dire s’opposent à l’élimination des déchets organiques. Le lait, en vertu de ses propriétés diurétiques, est l’aliment par excellence des grippés.

La néphrite aiguë avec urines rares, sanguinolentes, grande quantité d’albumine, etc., est rare au cours de la grippe; ce qui est moins rare, c’est de voir à la suite de grippes de longue durée ou compliquées, l’albumine persister dans les urines et une néphrite chronique se constituer lentement.

Comme toutes les maladies infectieuses, la grippe exerce une influence néfaste sur la grossesse et sur Fétat puerpéral. Elle provoque souvent l’avortement et l’accouchement prématuré et prédispose à l’infection puerpérale, d’où l’indication de redoubler de rigueur dans l’application des précautions antiseptiques.

G. — Traitement de la convalescence.

La grippe est une des maladies infectieuses où la convalescence est la plus longue; à cet égard on peut la rapprocher de la fièvre typhoïde. La durée de la convalescence est hors de proportion avec celle de la phase aiguë de la

GRIPPE

maladie, alors même qu’aucune complication ne vient retarder la guérison définitive.

C’est vraisemblablement parce que l’organisme ne se débarrasse que lentement et difficilement du poison grippal qui l’imprègne, que la convalescence de la grippe est si lente à s’établir.

La plupart des malades accusent une extrême lassitude, un état vertigineux permanent, se plaignent de céphalée et de névralgies diverses; ils sont incapables de se livrer au moindre effort. Cet état nerveux se rattache à une neurasthénie créée de toutes pièces par l’infection grippale. Quelques malades, d'autre part, présentent des manifestations hystériques.

Les fonctions digestives sont également très lentes à se rétablir : l’anorexie persiste, la langue reste chargée d’un enduit blanchâtre; certains malades ont de la diarrhée ou des vomissements; enfin l’appendicite n’est pas très rare à la suite de la grippe.

Chez d'autres malades, on constate la persistance de lésions pulmonaires : le passage de la bronchite à l’état chronique, la dilatation des bronches, l’adénopathie trachéo-bronchique, l’emphysème, sont au nombre des complications tardives. Beaucoup de grippés sont une proie facile pour le bacille de

Koch.

11 est à remarquer que le tempérament, les antécédents de chacun interviennent puissamment pour fixer le sens et la direction des accidents de la convalescence. Chez les nerveux par exemple s’observent de préférence les manifestations nerveuses, chez les finisseurs persiste la bronchite, etc.

On voit que les indications à remplir pendant la convalescence sont multiples. Avant tout, il faut s’efforcer de relever l’état des forces, de combattre l’état neurasthénique, mais on parviendra plus sûrement à un résultat par des moyens indirects, c’est-à-dire en favorisant l’élimination des toxines grippales qu’en administrant immédiatement les médications toniques. D’autre part, s’il est indiqué pour remédier à la dépression nerveuse de prescrire une alimentation substantielle, on ne peut toujours remplir cette indication chez un malade anorexique ou atteint de troubles intestinaux; les médecins se heurtent ainsi à des difficultés qu’il est malaisé de vaincre.

Lorsque la fièvre est tombée, la prolongation du séjour au lit peut être rendue nécessaire par l’asthénie, les malades flageolant sur leurs jambes dès qu'ils essaient de se lever et se trouvant incapables de faire seulement quelques pas.

Pour aider à l’élimination des toxines, il faut continuer à soumettre le malade au régime lacté ; pendant les premiers jours de la convalescence, on fait prendre seulement quelques potages aux pâtes, au tapioca, des panades bien passées additionnées de jaunes d’œufs ; plus tard, quelques poissons de digestion facile (sole, merlan), de la gelée de viande, de la cervelle, du ris de veau, de la volaille hachée, des œufs à la coque, des compotes de fruits.

L’anorexie peut être un obstacle sérieux à l’alimentation, car dans quelques cas elle persiste pendant des semaines entières; ce fait a été noté il y a très longtemps, puisque Étienne Pasquier le signale dans sa pittoresque rela-

MALADIES INFECTIEUSES

tion de l’épidémie de 1404. « Plus de 100 000 personnes à Paris perdirent le boire, le manger et le repos — On perdait tout pouvoir de son corps, n'osant toucher à soi nullement. Sur tous ces maux, la toux était cruelle à tous, jour et nuit... . Néanmoins personne ne mourut; mais à peine paraissait personne être guéri... car avant que l’appétit de manger fust aux personnes revenu, si fût-il plus de six semaines, après qu’on fust nettement guéri » ( Recherches de la France, livre IV, chapitre xxvm, 1645). Pour combattre l’anorexie, on pourra prescrire une teinture amère, celle-ci par exemple :

Teinture de badiane

— de fèves de Saint-Ignace

dont on fera prendre X gouttes à chaque repas.

Il est utile également de faire prendre à jeun, matin et soir, un grand verre d'eau de Vichy (Célestins).

Si la diarrhée persiste, le malade doit être maintenu à un régime composé de lait, d’œufs, de viande crue pulpée; on lui fera prendre à intervalles rapprochés des purgatifs salins à petites doses.

Pour remédier à l’état neurasthénique, à la perte des forces, on peut utiliser les f ridions excitantes, les différents toniques : arsenic, strychnine, quinquina, kola, coca, phosphates, fer :

a) III ou IV gouttes de liqueur de Fowler au milieu de chaque repas, ou bien matin et soir, un verre à bordeaux d’eau de la Bourboule dans du lait tiède.

b) Sulfate de strychnine

Eau

1 cuillerée à café deux fois par jour.

c ) Eau distillée

Sirop d'écorces d’oranges

Vin de quinquina

Extrait fluide de quinquina

1 cuillerée à soupe trois fois par jour.

d) Extrait fluide de coca 120 grammes.

— — de kola 80 —

1 cuillerée à café deux ou trois fois par jour, dans du lait ou mélangée à du curaçao.

é) Phosphate de soude 15 grammes.

Extrait de quinquina 10 —

Teinture de kola 20 —

Glycérine 50 —

Vin de Malaga 000 —

1 verre à madère après chaque repas.

140 grammes.

5 centigrammes.

100 grammes.

8 grammes, o

GRIPPE

Phosphate de soude 10 grammes.

Arséniate de soude 5 centigrammes.

Eau distillée 100 grammes.

1 cuillerée à café à chaque repas.

f) Teinture de Mars tartarisée 10 grammes.

En prendre X gouttes au milieu de chaque repas.

Si le mauvais état des voies digestives s’oppose à l’emploi des médicaments pris par la bouche, on pourra utiliser les injections sous-cutanées (le cacodylate de soude (0 gr. 05) ou de fer (0 gr. 05).

Les névralgies tenaces exigent l’emploi du massage, des douches chaudes, des courants continus faibles (8 à 10 milliampères), de 1 électrisation statique, des bains d'air surchauffé (appareil de Tallerman) ou des bains de chaleur lumineuse (appareil de Dowsing), des applications de salicylate de méthyle, etc.

Vaseline

Lanoline

Gaïacol

Salicylate de méthyle Menthol

(recouvrir ensuite de taffetas gommé).

Contre la bronchite tenace, il faut utiliser les balsamiques et notamment la terpine, puis les sulfureux à petites doses. L'huile de foie de morue est également utile. Si l’on constate un début d’emphysème, on sera conduit à prescrire l’iode sous forme de sirop iodo-tannique ou à'iodure de potassium.

Dès que les convalescents seront en état de sortir, le changement d'air, un séjour à la campagne ou à la montagne constitueront le meilleur moyen de hâter l’époque de la guérison définitive. Un traitement thermal peut être, dans certains cas, rendu nécessaire par la persistance de l’une ou de l’autre des complications ou séquelles de la grippe, précédemment indiquées.

Au Mont-Dore, à Saint-Honoré, Ludion , on adressera les finisseurs; à Néris, Plombières, Baden, Saint-Moritz, etc., les malades atteints de neurasthénie, de névralgies persistantes; à la Bourboule, Royal, à Bussang, ceux qui resteront affaiblis, anémiés.

A défaut de traitement thermal, Y hydrothérapie peut être conseillée avec avantage à un grand nombre de convalescents.

| ââ 15 grammes.

I gramme.

D. — Traitement de la grippe infantile.

Le traitement de la grippe chez l’enfant ne comporte pas d’indications bien spéciales; il est à remarquer que dans le jeune âge, la grippe est particulière-

MALADIES INFECTIEUSES

ment bénigne et de courte durée. Le repos, la diète lactée, la quinine, administrée en lavements ou suppositoires, font, en général, tous les frais du traitement.

Contre les douleurs, la céphalée, Y antipyrine, particulièrement bien tolérée par les enfants, sera efficace :

Antipyrine 1 gramme.

Eau de laurier-cerise 2 grammes.

Sirop de Tolu 40 —

Eau distillée 60 —

Contrairement à ce que l’on pourrai supposer, les complications pulmonaires sont moins fréquentes que chez l'adulte, bien que dans les épidémies graves on observe assez souvent la broncho-pneumonie. On peut d’ailleurs instituer un traitement préventif le plus souvent efficace, en usant systématiquement des bains chauds répétés, suivant la méthode préconisée par le professeur Renaut, de Lyon. Contre la bronchite, outre les bains, on utilisera les cataplasmes sinapisés, la terpine :

Extrait de quinquina . .

Terpine

Cognac

Sirop de fleurs d’orangei Eau distillée de mélisse .

1 cuillerée à dessert d’heure en heure.

Pour prévenir l’envahissement de la congestion pulmonaire, Y ipéca peut être utile :

Racine d’ipéca Eau bouillante

Passez et ajoutez :

Sirop de capillaire 30 grammes.

Acétate d’ammoniaque 1 gramme.

Autant de cuillerées à dessert que l’enfant a de semestres.

Les enveloppements f roids du thorax sont particulièrement efficaces.

Les troubles digestifs sont combattus par les moyens appropriés.

Les phénomènes nerveux sont fréquents et revêtent parfois des allures propres à dérouter le praticien. C’est chez l’enfant surtout que l’on observe les accidents pseudo-méningitiques (Sevestre), que I on combattra au moyen des bains tièdes, des applications de glace sur la tète, etc.

10 à 20 centigrammes.

2 grammes, t gramme.

20 grammes.

PSITTACOSE.

PSITTACOSE

La psittacose est une maladie infectieuse qui est transmise à l'homme par des perruches ou des perroquets atteints de la même affection. Elle paraît due à un microorganisme que M. Nocard a découvert en 1895 dans la moelle osseuse de perruches et que MM. Gilbert et Fournier ont retrouvé une seule fois chez l'homme; ce bacille a beaucoup de caractères qui lui sont communs avec le coli-bacille et le bacille d’Ébertb. Il a été retrouvé, dans le contenu intestinal de psittacosés non malades, un bacille qui s’en approche, de sorte qu’on peut se demander s’il s’agit de deux microbes distincts ou d'un seul et même microbe pouvant acquérir, dans certaines conditions, une virulence particulière.

Les troubles causés chez l'homme par le développement de ce bacille se traduisent par une fièvre vive, des phénomènes nerveux graves (prostration, subdelirium), des signes de broncho-pneumonie ou de pneumonie, qui occupent souvent la première place de la scène morbide, bien que ces localisations pulmonaires soient dues seulement à des infections secondaires. La rate est hypertrophiée, l’urine albumineuse; du côté de la peau on a observé parfois des exanthèmes (Kendu). La maladie dure trois semaines environ; la mort, qui survient dans 5 7 pour 100 des cas, est presque toujours due à une pneumonie.

Pour se préserver de la psittacose, il faut éviter d’acheter des perroquets ou des perruches à des marchands ambulants, se garder de donner à manger à ces oiseaux des graines que I on tient dans la bouche.

Quand la maladie est déclarée, on prend les soins antiseptiques qui sont de règle dans toutes les maladies infectieuses. Quant au traitement, il consiste dans l’emploi de la balnéation froide , de X alcool, des toniques cardiaques (caféine). Le malade doit être mis au régime lacté absolu ; les purgatifs salins sont indiqués.

DIPHTÉRIE

« La découverte de la sérothérapie, a dit Baginsky au Congrès allemand de médecine interne de 1895, est la plus importante de notre siècle. Dans l'histoire de la médecine on ne peut lui mettre en parallèle que la découverte de la vaccination. C’est un triomphe éclatant de la science.... i)

Cet enthousiasme ne paraîtra pas excessif si I on songe combien d’existences l’application du traitement de Roux et Behring a pu déjà préserver, et, d’autre part, quelle extension le traitement par les sérums immunisés est susceptible de prendre dans l’avenir.

Il n’est pas une maladie infectieuse qui ait bénéficié plus que la diphtérie, et d’une façon plus rapide, des progrès de la bactériologie; mais, si le traitement par le sérum immunisé a été une révélation pour le public non médical, il ne faut pas oublier que

G.-R. LYON — 5e ÉDITION. 80

MALADIES INFECTIEUSES

la sérothérapie datait de quelques années déjà et que sa découverte a été la conséquence logique de découvertes antérieures procédant toutes les unes des autres. Aucune d'elles n'a été l’effet du hasard; entre la publication des recherches de Lôffler, qui isola le bacille, et la retentissante communication de Roux, existe une chaîne ininterrompue de travaux dont chacun est la déduction du travail précédent : en 1 884, Lofller découvre le bacille; en 1888, Roux et Yersin isolent la toxine, ils montrent qu’elle est la cause de la plupart des accidents généraux de la diphtérie et éclairent ainsi d’un grand jour la pathogénie de la maladie; puis on étudie les associations microbiennes si fréquentes dans la diphtérie et qui en modifient singulièrement les symptômes el le pronostic; en 1890, Cari Frankel, mais surtout Behring et Kitasato, cherchent à isoler l’antitoxine, et Behring peut imriiuniser des animaux contre la diphtérie ; enfin Behring, puis Aronson, Kossel, Wassermann, etc., osent employer chez l’homme le sérum curatif, mais ils ne parviennent pas à vaincre toutes les résistances et il faut arriver jusqu’à Roux (septembre 1894) pour voir triompher le nouveau principe thérapeutique : la sérothérapie.

Page 1