C. — Traitement du paludisme chez l’enfant
Les manifestations aiguës du paludisme sont fréquentes chez les enfants de tout âge; elles présentent certaines particularités qui peuvent donner lieu à des difficultés de diagnostic sur lesquelles nous n’avons pas à insister ici; bornons-nous à mentionner les doses et le mode d’administration des sels de quinine, appropriés aux différentes périodes de l’enfance.
Chez les enfants à la mamelle, au-dessous d’un an. Jules Simon donnait le sulfate de quinine, à la dose de 5 à 15 centigrammes, en lavement laudanisé (une goutte de laudanum).
D’un an à deux ans, il donnait 10 à 20 centigrammes de la même façon. On peut encore administrer le sel en suppositoires contenant chacun 1 gramme de heure de cacao.
Au-dessus de deux ans, J. Simon faisait prendre le sulfate de quinine à la dose de 20 à 50 centigrammes soit dans du café, soit dans de la glycérine sucrée avec du sirop tartrique.
Si l’enfant se refuse à prendre le café ou la glycérine, ou bien encore le sirop de Tolu chargés de quinine, on lui donne le médicament sous forme de petites pilules de I centigramme, argentées et noyées dans de petits amas de confitures de groseille. On peut encore avoir recours à la voie rectale. Dans ce dernier cas, on portera la dose à 40 centigrammes pris en deux fois, un lavement le matin, un le soir.
A partir de quatre ans, Jules Simon donnait 50 à 40 centigrammes de sulfate de quinine dans un mélange de sirop tartrique et de sirop de codéine:
Sulfate de quinine 50 à 40 centigrammes.
Eau 100 grammes.
Acide sulfurique I goutte.
Sirop tartrique q. s.
— de codéine 5 à 10 grammes.
Aujourd’hui on emploie surtout chez 1 enfant le bichlorhydrate et le chlorhydro-sulfate (ce dernier soluble dans son poids d’eau), en raison de leur solubilité. La dose moyenne à prescrire est autant de fois 10 centigrammes que l’enfant a d’années. L’injection sous-cutanée de chlorhydro-sulfate ou de bichlorhydrate est à prescrire sans hésitation dans les cas graves, nécessitant une intervention rapide et énergique : hormis ces cas on épargnera aux jeunes patients la douleur causée par l’injection et l’on administrera les sels de quinine soit par la bouche (pilules, cachets très petits, solution dans du café très sucré, du sirop de quinquina, un mélange à parties égales de sirop de groseille et de sirop tartrique), soit en suppositoires ou en lavement(60 à 100 grammes de véhicule).
ACTINOMYCOSK.
ACTINOMYCOSE
Bien que l’actinomycose soit une maladie peu répandue, en France tout au moins, son traitement doit être mentionné ici, car c’est une des rares maladies où la thérapeutique peut exercer une iidluence décisive.
On sait que chez l'homme l’actinomycose trahit son existence, à de rares exceptions près, par des loyers suppures, alors que chez les animaux les lésions consistent en tumeurs dures, analogues au sarcome ; si chez l’homme le processus présente des caractères particuliers, cela tient à ce qu’au parasite végétal, l’actinomyces, s’associent habituellement des microbes pyogènes dont l’action vient s’ajouter à la sienne.
Chez l'homme, le siège le plus fréquent des lésions est au niveau du cou et de la cavité buccale, puis du thorax, enfin des organes abdominaux. La maladie présente une ténacité désespérante, une marche fatalement envahissante, si un traitement approprié ne vient l'entraver.
Avant d’en jeter les bases, il convient d’indiquer sommairement la prophylaxie de l’affection.
L’actinomycose se transmet presque uniquement par les végétaux, et plus particulièrement par les céréales. La plupart des malades qui en sont atteints sont des gens qui ont avalé accidentellement des épis de blé ou des grains d'orge, ou bien qui avaient l’habitude, dans leurs promenades, de mâchonner des fétus de paille, des épis de graminées.
Cette étiologie explique la localisation habituelle des lésions à l’angle du maxillaire inférieur ou dans l’épaisseur des joues. Il est à noter que la carie dentaire joue un rôle dans l'étiologie, soit en donnant asile au parasite, soit en lui servant de porte d'entrée.
Dans la forme thoracique primitive, ce sont les poussières introduites dans les poumons avec l’air inspiré qui jouent le rôle de vecteur du parasite.
Quand les lésions siègent au niveau de la peau, la contamination s'est effectuée par l’intermédiaire des crevasses, des ampoules siégeant aux mains, ou grâce à un traumatisme.
Si l’étiologie végétale est hors de toute contestation, par contre l’étiologie alimentaire, bien que des plus vraisemblables, ne peut être établie sur aucun fait précis.
Sans doute, dans la variété abdominale primitive, l’infection ne peut s’expliquer autrement que par une origine alimentaire, mais la preuve directe manque ; certains cas d'actinomycose des joues ne semblent également reconnaître d’autre cause que l’alimentation.
Si l’ingestion des végétaux est une cause indubitable d’actinomycose, celle de viande d'animaux contaminés est moins certaine, en tout cas ne doit être en jeu que très rarement; en effet, de l’avis de la plupart des vétérinaires, les organes seuls où il existe des lésions d’actinomycose, chez les animaux, sont dangereux, et ces lésions ne peuvent échapper .à l'examen.
Le lait, d’après Bollinger, serait une cause possible de contamination; il en serait de même des œufs. M. Stephen Artault ( Société de biologie, 21 janvier 1893), a rencontré l’actinomyces dans l'intérieur de l’œuf.
Outre l'origine alimentaire qui est en cause dans l’immense majorité des cas, on peut incriminer parfois la contagion directe. Parmi les personnes atteintes, la proportion des laboureurs, des cochers, des valets de ferme, est relativement considérable.
I Ô6tî
MALADIES INFECTIEUSES
La contagion peut se faire d'un animal à l’homme ou de l’homme à l’homme; celle dernière éventualité est des plus rares : cependant Baracz ( Wiener med. Presse. n° 19, 1889) a cité un cas où un cocher aurait contagionné sa fiancée en l’embrassanl sur les lèvres. Le plus souvent, c’est en donnant des soins à des animaux, ou bien en maniant les objets servant à leur usage, que la contagion s'effectue.
Il ressort des considérations précédentes que, pour éviter l’actinomycose, il faut s’abstenir de mâchonner les tiges de céréales, les épis, surtout quand ces fragments proviennent d’un milieu plus ou moins entaché de moisissures, et que, d’autre part, on doit soumettre à une inspection rigoureuse les viandes provenant d’animaux suspects d'actinomycose, en raison de leur provenance. Les personnes appelées à soigner les animaux malades doivent éviter le contact direct avec les animaux, des parties de leur corps présentant une excoriation quelconque. Toute solution de continuité, plaie, écorchure, devra être immédiatement lavée avec une solution antiseptique et recouverte d’un pansement occlusif.
Le traitement de l’actinomycose est à la fois chirurgical et médical.
Lorsque le foyer d’actinomycose est accessible au chirurgien, foyer buccal ou cutané, foyer osseux ou même cérébral, une intervention radicale s’impose; s’il est possible, on pratiquera l’ablation du foyer; sinon, on en fera l’ouverture, et, après évacuation de son contenu, on raclera la poche à l’aide de la curette de Volkmann, comme s’il s’agissait d’un abcès froid tuberculeux. Un lavage avec une solution de sublimé balaiera tous les fragments de tissu morbide qui auront échappé à la curette. Les os seront grattés et, s’il y a lieu, réséqués partiellement.
Parmi les formes viscérales, la forme abdominale et la forme cérébrale seules sont justiciables d’un traitement, car les foyers situés dans l’épaisseur du parenchyme pulmonaire ne sont pas accessibles.
Lorsqu'un foyer pondent vient faite saillie dans l’une des fosses iliaques, la laparotomie s'impose. Parfois même, il est nécessaire de pratiquer l’entérotomie s’il existe des accidents d’occlusion intestinale; si le point de départ est l’appendice iléo-cæcal, on liera et on réséquera cet organe.
Enfin, dans le cas d’actinomycose cérébrale diagnostiquée, en raison de la présence de foyers d’actinomycose en d’autres points de l’économie, on ne devra pas hésiter à pratiquer la trépanation, comme dans un cas d’Otto Relier.
One l’on intervienne ou non chirurgicalement, il est nécessaire d’administrer dans tous les cas un médicament auquel on a attribué une valeur spécifique : c’est Yiodure de potassium . dont l'action curative chez les animaux avait été reconnue plusieurs fois, avant qu’on ne l’appliquât au traitement de l’actinomycose chez l'homme. Signalée par le vétérinaire hollandais Thomassen (1885), l’action curative de l’iodure de potassium a été maintes et maintes fois vérifiée chez les animaux.
Le premier cas d’actinomycose humaine traité par l’induré de potassium a été relaté par le I)1' Van Iterson, de Leyde (1882). Les plus remarquables observations de guérison d’actinomycose par ce médicament sont dues à M. Netter, et l'une d’entre elles est relative à un cas d’actinomycose thoracique [Soc. méd. des hôpitaux . 1895).
RAGE
Dans les Dois cas de M. Netter, la guérison fut obtenue par l’usage exclusif de l’iodure de potassium administré à la dose quotidienne de 2 à 5 grammes: les formes viscérales de l’actinomycose, que le traitement chirurgical ne peut atteindre, sont donc curables par un traitement interne.
Pour obtenir de l’iodure tout l'effet qu’il est permis d'en attendre, il esl nécessaire que son administration soit précoce.
Il est impossible de déterminer par quel mécanisme agit ce médicament ; ce n’est pas, en tout cas, par une action directe sur l’actinomycose, car « une culture d’actinomycose (sur gélose glycérinée) n’est en rien modifiée, quant à sa richesse ou sa rapidité d évolution, par l’addition de fortes proportions d’iodure de potassium » (Nocard). L’action locale de l'iodure de potassium ne saurait être utilisée.
D’après Poucet et Bérard, il faudrait beaucoup rabattre de la valeur attribuée à l’iodure de potassium. Poucet en a constaté l'inefficacité presque absolue dans 18 cas sur 25. 10 sujets sont morts de récidive locale et do généralisation. Poucet met au premier rang le traitement chirurgical*, l’iodure, administré avant l’opération, délimite les lésions en diminuant l’étendue de l’œdème. Après l’intervention, il hâtera la guérison et pourra prévenir les récidives. Dans les formes viscérales, il n’a d’utilité qu’au début seulement.
RAGE
L’admirable découverte du traitement de la rage par l’inoculation de virus rabique atténué est une œuvre française à laquelle sont attachés les noms de l’immortel Pasteur et de ses collaborateurs Roux et Chamberland.
La rage se transmet habituellement à l’homme par la morsure d’un animal enragé, exceptionnellement au cours d’une autopsie ou bien par la bave d’un animal rabique lorsqu’elle est projetée sur la peau, à la condition que celle-ci présente une solution de continuité. Expérimentalement la rage est transmissible aux animaux par l'inoculation sous la dure-mère d’une parcelle de bulbe provenant d'un animai enragé ( Pasteur) , par l'inoculation dans un nerf périphérique (Di Yestea et Zagari) ; le virus peut encore être introduit par voie intra-veineuse ou par la mise au contact d’une muqueuse (Galtier).
Parmi les humeurs de l’organisme, le liquide céphalo-rachidien, la salive sont celles dont la virulence est constante; le lait ne serait que rarement virulent; il en est de même de l’urine (Bouchard), du sperme. Par contre, le sang d’un animal enragé n'est jamais virulent (Pasteur).
Parmi les tissus, les diverses glandes possèdent la virulence, mais les centres nerveux surtout la possèdent au plus haut degré.
11 est d’ailleurs prouvé que le virus rabique se propage depuis le point d’inoculation jusqu’aux centres nerveux par l’intermédiaire des nerfs périphériques; ce serait une toxoneurose (Bomberg). La rage est jusqu’à présent la seule maladie connue qui se généralise par cette voie.
MALADIES .INFECTIEUSES
On ne connaît pas l'agent figuré de la rage, ni ses produits de sécrétion; mais toutes les probabilités sont en faveur de l’hypothèse d’une toxi-infeclion ; l’inoculation d’une émulsion de moelle filtrée sur une bougie de porcelaine détermine chez le chien des phénomènes paralytiques (De DIasi et Dusse).
Dès 1881, M. Pasteur et ses collaborateurs Roux, Cbamberland, Thuillier curent l idée d’inoculer sous la dure-mère des chiens une émulsion du bulbe rabique.
L’année suivante ils annoncèrent que sur 5 chiens inoculés 1 avait survécu. Cet animal était devenu réfractaire; réinoculé à deux reprises par trépanation, il n’avait pas repris la rage.
Ce résultat considéré comme exceptionnel, il s’agissait de le rendre constant, en d’autres termes il s’agissait de trouver un moyen sur de préparer un virus incapable de tuer le chien, tout en le rendant réfractaire à des inoculations de virus de plus en plus actif. Pour atténuer le virus-vaccin, Pasteur eut l’idée de transporter la rage du chien au singe; plus les passages sont nombreux, plus l’activité du virus est atténuée, ce que démontre l’augmentation du temps de l’incubation. Mais, si ce virus atténué provenant du singe est reporté sur le lapin, il reprend progressivement sa virulence, et la période d’incubation devient de plus en plus courte; finalement elle atteint un minimum au-dessous duquel elle ne peut s’abaisser; ce délai minimum d’incubation est de six à sept jours et n’est obtenu qu’après le centième passage environ; le virus est alors fixe.
Si l’on inocule aux chiens ces moelles de lapin à virulence progressivement croissante, en commençant par celles qui sont le moins virulentes, on ne détermine aucun accident, mais on confère l’immunité contre le virus le plus virulent introduit par trépanation.
Ce résultat fut annoncé à l’Institut le 19 mai 1884, et confirmé par les expériences de contrôle faites sur 42 animaux inoculés et sur un nombre égal d’animaux témoins, en présence d’une commission composée de Béclard, liouley, Det, Vulpian et Villemin. Aucun des animaux vaccinés ne succomba, la plupart des témoins succombèrent après qu’on les eut fait mordre par des chiens enragés.
Le principe de la vaccination antirabique était trouvé; il restait à appliquer à l'homme le procédé de vaccination et surtout à le simplifier pour le rendre plus pratique. Pasteur, Roux et Cbamberland découvrirent que les moelles de lapins morts de virus fixe perdent leur virulence quand on les soumet à la dessiccation. Les moelles étant détachées avec des précautions antiseptiques rigoureuses, on les suspend dans un flacon fermé avec de l’ouate et contenant au fond des fragments de potasse; à partir du 15e du 14e jour, elles ont perdu leur virulence; les moelles qui ont subi la dessiccation pendant un temps moins long possèdent une virulence d’autant plus considérable que la durée de la dessiccation a été plus courte.
La première tentative de traitement antirabique chez l’homme fut pratiquée sur le berger Joseph Mcister, mordu le 4 juillet 1885, qui fut inoculé deux jours après; cette inoculation dont le succès fut si retentissant a été suivie jusqu’à notre époque de plusieurs milliers d'autres qui ont consacré définitivement la valeur spécifique du traitement.
Le procédé employé primitivement par Pasteur a subi ultérieurement quelques modifications. Au début, Pasteur inoculait les moelles en dessiccation depuis quatorze jours, c’est-à-dire dont la virulence est nulle; les jours suivants il inoculait successivement les moelles du 15e, du 12e, du 11e jour, etc., etc., jusqu’aux moelles du 5e jour; chaque moelle étant injectée une fois, le traitement durait donc 10 jours. Celle méthode était insuffisante dans les cas graves, notamment dans les cas de mor-
RAGE
sures de la l'ace, ou chez les personnes mordues par des loups enragés, dont les blessures sont toujours très profondes.
Les procédés utilisés aujourd’hui diffèrent de celui qui vient d’être exposé; le traitement normal adopté aujourd'hui est le suivant : on pratique le premier jour deux inoculations de moelles desséchées depuis quatorze et treize jours; le second jour, on inocule des moelles de douze et onze jours. A partir du sixième jour, on inocule seulement une moelle par jour, et l'on s’arrête à la moelle du troisième jour. Lorsque celte première série de traitement est terminée on inocule de nouveau, pendant deux jours de suite, chacune des moelles, depuis celle du sixième jusqu’à celle du troisième. Le traitement complet dure ainsi quinze jours. Chaque inoculation est faite avec trois millimètres de moelle triturée dans un centimètre cube de bouillon ou d’eau stérile; le lieu d’élection pour l’inoculation est la région de Fbypocondre. L’inoculation est un peu douloureuse, mais ne détermine aucun accident local de quelque importance; c’est tout au plus si dans les derniers jours les patients éprouvent une sensation de démangeaison au siège de la piqûre, qui présente une teinte érythémateuse.
Le traitement intensif (pie l’on applique dans les cas de morsure de la face ou de blessures très profondes (morsures du loup), diffère du précédent en ce qu’on fait au début quatre injections quotidiennes, au lieu de deux, jusqu’aux moelles du cinquième jour. Ensuite celles de cinq à trois jours sont inoculées chacune successivement quatre fois; le traitement intensif dure vingt jours.
Les nombreuses objections faites au début de la méthode pastorienne sont aujourd’hui réduites à néant devant les résultats de la statistique : avant la mise en pratique des inoculations antirabiques, la mortalité des personnes mordues était d’environ 80 pour 100 pour les morsures de la face et de 20 pour 100 pour celles des membres; en 1898, sur 1465 personnes traitées à l’Institut Pasteur, 1402 ont été préservées de la rage; la mortalité a donc été de 0,20 pour 1 00.
L’efficacité pour ainsi dire constante du traitement ne peut donc être niée; mais si le traitement est efficace, ne comporte-t-il pas des dangers; ne peut-il déterminer la rage, s’il est appliqué chez un individu que l’on croyait à tort avoir été mordu par un animal enragé? A cette question, la plus grave évidemment que l’on pouvait poser, l’expérimentation répond victorieusement : si l'on inocule à un lapin le bulbe d'un individu mort de rage pendant ou après le traitement, on constate que la rage éclate chez l’animal après une incubation souvent fort longue, tandis que s'il s’était agi du virus fixe, l’incubation n’aurait pas dépassé la limite de sept jours.
Le traitement pastorien n’est donc pas passible du reproche si grave qu'on lui avait fait de pouvoir conférer la rage; mais, ce que l’on ne peut nier, c’est qu il échoue parfois. La raison de ces échecs, exceptionnels, d’ailleurs, est «pie le virus peut, dans certains cas, avoir eu le temps de gagner les centres nerveux, avant que le virus modifié et destiné à rendre réfractaire le sujet
MALADIES INFECTIEUSES
inoculé, n’ait eu le temps de gagner les centres. Plus tôt les inoculations seront faites, plus grandes seront les chances de succès.
Comment agit l’inoculation pasteurienne; est-ce par atténuation du virus ou par une autre mécanisme? A vrai dire la question est assez obscure et l’on ne saurait en aucune façon comparer l’action du virus antirabique inoculé à celle du sérum antidiphtérique par exemple.
La certitude de trouver dans l’inoculation pasteurienne un remède certain contre la rage ne doit pas empêcher les personnes mordues de prendre, immédiatement après la morsure, les précautions propres à entraîner au dehors le virus qui a pénétré dans la plaie. Celle-ci devra donc être lavée à grande eau, après ligature faite au-dessus du siège de la morsure, puis cautérisée avec le fer rouge; seulement on évitera de faire des cautérisations trop profondes (pii produiraient des délabrements inutiles.
PESTE
Cantonnée aujourd’hui dans l'Inde où elle vient de sévir avec violence (épidémie de Bombay, 1897), en Chine, ainsi que dans d’autres contrées de l’Asie, la peste a sévi en Europe à plusieurs reprises, tout récemment à Oporto (1899), et chaque fois a fait d’innombrables victimes, de sorte qu’elle apparaît comme plus meurtrière encore que le choléra; une des plus récentes des épidémies qui aient atteint la France est celle qui a enlevé à Marseille 50000 habitants en 1720 et qu’a illustrée l’héroïsme de l'évêque de Belsunce.
Jusqu’à l’époque contemporaine, tout ce que l’on savait au sujet de la peste, c’est qu’il s’agissait d’une maladie éminemment contagieuse, transmissible à la fois par l’air (cas de pneumonie pesteuse), et par le contact direct (malades, vêtements et objets infectés), par inoculation (infection par piqûre anatomique); par piqûres de j puces provenant de rats malades [Simond], atteignant certaines espèces animales (rats, souris, porcs, etc., qui sont des agents actifs de transmission, en émigrant au loin), entraînant la mort dans le plus grand nombre des cas (70 à 90 pour 100 de mortalité), en un court délai (six à sept jours en moyenne). L’agent infectieux était inconnu et, quant au traitement, il était limité à l'emploi des médications symptomatiques, c’est-à-dire qu'il était nul.
Aujourd'hui nous connaissons non seulement l’agent infectieux qui engendre la peste, mais nous sommes en possession d'un traitement. spécifique au moins aussi efficace que le sérum antidiphtérique; la peste n’est plus, comme le disait Rochard,
« la grande inconnue du cadre nosologique ». C’est à un médecin français, élève de Pasteur, au D' Yersin, que revient l’honneur d'avoir découvert le microbe de la peste et le sérum curateur.
La découverte du microbe date de 1894. Yersin et Kitasato le trouvèrent dans le bubon d’abord, puis dans le sang et les autres organes, les divers excreta. Il est particulièrement abondant dans le foie et la rate. 11 se présente sous la forme d un cocco-bacillc à bouts arrondis, souvent accouplé deux ]»ar deux, ne prenant pas le
PESTE
Gram; on le colore aisément avec les couleurs basiques d'aniline et mieux aux deux extrémités qu’au centre.
En dehors de l’homme, ce bacille se rencontre dans le sol des régions infecte'es.
il se cultive aisément sur la plupart des milieux usités en bactériologie; c’est à 57 degrés que sa culture se fait le plus rapidement et dans les meilleures conditions. Sur gélatine, il donne des colonies qui se montrent sous formes de petites taches grisâtres, brillantes, donnant l’apparence de petits grains de verre. Sur gélose, les colonies apparaissent rapidement, au bout de 4 à 5 heures. D’abord transparentes et irisées, elles s’épaississent plus tard.
Lorsqu’on ensemence une trace de liquide du centre d’un bubon pesteux dans un tube de bouillon, on constate au bout de vingt-quatre heures que le bouillon reste limpide et présente à sa surface de petits flocons clairs, nuageux, qui se précipitent au fond du tube, des qu’on lui imprime des secousses; le bouillon se trouble alors uniformément.
Au bout de deux ou trois jours, les flocons se reforment et s’accumulent au fond du tube dès qu’on touche celui-ci.
Au bacille de la peste s’associent des agents d’infection secondaire (staphylocoques, coli-bacilles, etc.) auxquels sont dus les accidents tels que gangrènes, phlegmons, suppurations diverses, qui, par eux-mêmes, sont une cause de mort ou de prolongation de la convalescence.
L’inoculation d’une culture du bacille de la peste aux animaux qui contractent spontanément la maladie, tels que le rat ou le cochon, détermine les symptômes et les lésions caractéristiques de la maladie. L’ingestion par les mêmes animaux d’une culture pure peut également déterminer l’infection.
Le bacille sécrète une toxine dont l’inoculation détermine la mort des animaux en quelques heures.
Immédiatement après la découverte du bacille et de sa toxine, on chercha à obtenir un sérum thérapeutique (Yersin, Roux, Borrel, Cahnctte). Des souris inoculées avec des cultures vivantes, mais peu virulentes, survécurent et furent peu à peu amenées à l’état réfractaire, par des inoculations successives. Ultérieurement on remplaça les cultures vivantes par des cultures mortes et filtrées.
Pour obtenir un sérum utilisable en pratique, il fallait s’adresser aux grands animaux. On est parvenu à immuniser des lapins, puis des chevaux, et c’esl le sérum de ces derniers animaux que l’on utilise actuellement pour la sérothérapie de la peste. L’animal est d’abord inoculé avec des cultures filtrées; on complète ensuite 1 immunisation par des inoculations des cultures vivantes. Il faut au moins un an, un an et demi pour obtenir un sérum efficace, car les injections mêmes de bacilles morts rendent les chevaux malades et il est nécessaire de leur donner le temps de se rétablir. L’immunisation et la récolte du sérum se font par des procédés analogues à ceux que l’on emploie pour obtenir le sérum antidiphtérique, avec cette différence toutefois que l’on est obligé de pratiquer l’inoculation dans les veines, afin d’éviter la production des abcès, inévitables quand l’inoculation a été faite dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Le sérum obtenu est préventif puisqu il immunise les souris qui en reçoi-
MALADIES ÎXFECTIKI SKS.
vent 1/1 0e de centimètre cube, et que l’on inocule 12 heures après avec une culture virulente; il est curatif, car on peut guérir les souris inoculées déjà depuis 12 heures, en leur injectant de 1 à 1 centimètre cube 1/2 de sérum; enfin il est antitoxique; l’injection simultanée de 1/4 à 1/10° de sérum et de culture filtrée neutralise la toxine.
L’application de ce sérum dans le traitement de la peste bubonique chez l’homme a été faite pour la première fois par Yersin, le 26 juin 1896; le brillant résultat de celte tentative fut communiqué, le 11 août, par M. Houx, à l’Académie de médecine de France. Un jeune Chinois, de la mission catholique de Canton, fut inoculé 7 heures après le début des premiers symptômes, avec 10 centimètres cubes de sérum; une deuxième injection fut faite 1 heure après; une troisième et dernière injection fut enfin pratiquée 4 heures après la première. L’amélioration commença à se manifester à partir de minuit (la fièvre avait disparu, le bubon qui siégeait à l’aine droite n’était plus douloureux et avait diminué de volume); le lendemain la guérison était complète. L’efficacité du sérum reçut par la suite une confirmation éclatante. Le 7 juin 1897, M. Roux pouvait faire, au nom de M. Yersin, une nouvelle communication portant cette fois sur 26 cas du peste inoculés, ayant donné 24 succès (les deux échecs concernaient des malades arrivés au 5e jour). Yersin s’est rendu à Bombay, et. depuis cette époque, les innombrables inoculations faites par lui à titre curatif ou préventif n’ont fait que confirmer ces premiers résultats. La proportion des guérisons a été de 54 pour 100; le sérum est resté absolument inefficace chez les sujets atteints de la forme pneumonique. A Oporto la mortalité a été de 45.5 pour 100 pour les malades non traités et de 15 pour 100 pour les malades traités. Lord Hamilton et lord Onslow ont fait connaître que sur 2541 personnes inoculées préventivement à Bombay, 2 seulement avaient contracté la peste.
Jusqu’ici on n’a guère signalé d’accident sérieux imputable à 1 emploi du sérum, même quand le sérum est injecté à très hautes doses quotidiennes (40 à 60 centimètres cubes); c’est tout au plus si les malades accusent de la douleur au point d’inoculation. Une femme atteinte de pneumonie pesteuse a reçu jusqu’à 520 centimètres cubes de sérum et a guéri sans accidents.
Les accidents consécutifs au sérum sont, comme les accidents de la sérothérapie antidiphtérique, précoces ou tardifs. Les premiers surviennent vers le quatrième jour et consistent en phénomènes d’embarras gastrique, de diarrhée, de courbature, plus rarement de fièvre, parfois en une éruption d’urticaire discrète. Les accidents tardifs débutent en général après le dixième jour. Ils consistent en exanthèmes (urticaire, roséole, érythème noueux) accompagnés de fièvre légère, lumbago, état gastrique, douleurs articulaires. On a relevé dans quelques cas des accidents de névrite (Leroux).
La dose de sérum à employer varie suivant la phase de la maladie à laquelle est parvenu le malade : le premier jour il suffit, en général, d’inoculer 20 à 50 centimètres cubes dans les cas bénins, 40 centimètres cubes dans les cas graves; le deuxième jour 50 à 50 centimètres cubes sont nécessaires; le troisième jour il faut en injecter 40 à 60 centimètres cubes; enfin dans des cas
PESTE
où le début de la maladie remontait à 4 ou 5 jours, il a fallu employer jusqu'à 90 centimètres cubes. Dans certains cas d'intervention tardive ou chez des malades atteints de pneumonie pesteuse, il est indiqué d'introduire le sérum dans l’organisme par la voie intra-veineuse. On peut injecter en une seule fois 20 centimètres cubes de sérum dans les veines, avec les précautions usuelles.
On ne doit jamais craindre d’employer dès le début de la maladie de fortes doses de sérum; d’autre part, l’injection doit être renouvelée les jours suivants, jusqu’à disparition des phénomènes fébriles, à doses moindres, lt) à 15 centimètres cubes en une ou plusieurs fois. Il ne faut pas perdre de vue, en effet., que la peste est une septicémie, dans laquelle le sang et le système lymphatique sont envahis, et qu'il faut assurer la destruction des microbes qui y sont contenus, en maintenant le malade en état d’imprégnation par le sérum; celui-ci doit être injecté à doses lilées, pour ainsi dire.
Les expériences de la Commission d’Oporto ont montré que le sérum produit la phagocytose du bacille pesteux : chez les malades inoculés les microbes contenus dans le sang disparaissent; les phlvctènes sc remplissent des globules blancs et au bout de o jours on ne trouve plus que des microbes englobés dans des leucocytes polynucléaires.
L immunisation préventive est, à l’heure actuelle, le moyen prophylactique le plus sûr.
La Commission internationale d’Oporto a constaté que l’injection préventive de 5 centimètres cubes environ de sérum antipesteux confère une immunité certaine; mais la durée de cette immunité est courte; elle ne dépasse pas vingt-cinq jours et peut être de plus courte durée.
La vaccination préventive par le procédé de Ha f flâne donne une immunité de plus longue durée. Haffkine, au lieu d’employer le sérum d’animaux immunisés (immunisation passive), inocule des cultures du bacille pesteux chauffées à 70 degrés (immunisation active); de ce sérum il inocule 5 à 5 centimètres cubes 1/2 chez l’adulte, 1 centimètre cube chez l’enfant de plus de
10 ans; 0 centimètre cube 1, à 0 centimètre cube 5, chez les jeunes enfants.
11 est à remarquer que si l'immunité obtenue par ce moyen est plus durable, elle ne s’établit que lentement, seulement après huit à douze jours. Aussi a-t-on prétendu que la vaccination par ce procédé peut être dangereuse pour les sujets qui sont déjà en incubation de la maladie, ce que démontreraient les expériences faites sur les souris : lorsqu’on inocule simultanément des souris avec une culture vaccinale et. avec une dose de virus pesteux ordinairement insuffisante pour donner la mort, les animaux ainsi inoculés avec le virus et avec le vaccin succombent toujours, tandis que ceux inoculés avec le virus seul résistent. dans la proportion de 1 sur 5. L'explication de ce fait, est très simple. xYvec la vaccination active par les cultures chauffées, l’immunité s’établit lentement, en huit à treize jours. Pendant cette période, l’organisme animal est imprégné d’une petite quantité de toxine pesteuse qu’il doit transformer ou modifier dans ses propres cellules pour sc vacciner. Si, pendant qu'il opère cette réaction, une petite quantité de virus pesteux vient s’ajouter, l’animal
MALADIES INFECTIEUSES
n’étant pas encore vacciné et étant, au contraire, sous reflet d’une légère intoxication, s’infecte beaucoup plus vite et plus facilement que les animaux qui reçoivent la même dose du même virus seul.
Des statistiques récentes montrent cependant que des cas de peste survenus chez des sujets inoculés ont guéri plus facilement que ne guérit la peste chez les sujets non vaccinés (épidémie de peste d'Aden, du 11 mars au 14 juin 1900). Chez les juifs d’Aden, presque tous vaccinés, il y eut, pour les vaccinés, 1,9 pour 100 de cas de peste dont 54,7 pour 100 de décès, tandis que les non vaccinés eurent 8,4 pour 100 de malades avec 78 pour 100 de décès.
MM. Calmetteet Salimbeni ont proposé d’éviter l’inconvénient que présente la vaccination active par les cultures chauffées, tout en conservant ses avantages (durée plus longue de l’immunité), en mélangeant à la culture vaccinale une quantité égale de sérum antipesteux. Grâce à la présence du sérum, l'immunité passive s’établit d’abord immédiatement, protégeant l’organisme contre toute infection, jusqu’à ce que l’immunité active ait eu le temps de s’établir à son tour. Il conviendrait d’injecter le sérum d’abord, et, quarante-huit heures après, la culture vaccinale chauffée; on injectera d’abord 5 centimètres cubes de sérum et, deux ou trois jours après, 2 centimètres cubes environ de culture vaccinale (chez les enfants, doses moindres de moitié).
On sait que l’épidémie de peste est toujours précédée d’une épizootie sur les rats et les souris; la principale mesure prophylactique est la destruction méthodique de ces animaux. La preuve du danger de contagion que présentent ces animaux est fournie par la mortalité des personnes chargées d’enfouir leurs cadavres. Hankin signale que 12 coolies sur 20, employés à l’enlèvement de rats morts, dans un magasin, furent frappés de la peste, tandis qu’aucune des personnes qui visitaient le local ne fut atteinte.
Sont particulièrement dangereux les dépôts de céréales, de riz, de coton où pullulent les rats et les souris.
Dès qu’un cas de peste survient, le malade doit être isolé rigoureusement; les personnes de son entourage doivent être mises en observation pendant dix jours, l’incubation de la peste, qui est ordinairement de cinq jours, ne dépassant pas dix jours.
Les linges, les objets en contact direct avec le malade seront désinfectés; les selles seront reçues dans des bassins contenant des solutions de sublimé à 1 pour 1000. d’acide sulfurique à 1 pour 2000 ou d’acide phénique à 50 pour 1000. Enfin, après la maladie, l’habitation sera désinfectée par les moyens habituels.