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I. — Traitement général de la syphilis

Le traitement général de la syphilis comporte l’emploi de la médication spécifique, et celui des moyens accessoires (hygiène, médication tonique, etc. ).

La médication spécifique est constituée par l’emploi de deux agents médicamenteux, le mercure et l’iode, qui doivent intervenir successivement, parfois simultanément dans le traitement.

Mercure. — On peut utiliser pour l’administration du mercure diverses voies d’absorption : la muqueuse digestive, la peau (frictions, emplâtres, bains), le tissu cellulaire sous-cutané, les veines.

Ad mini s Irai ion du mercure par la voie buccale. — La méthode d’administration du mercure par la voie buccale est la plus employée, ce qui sc conçoit aisément, en raison des inconvénients pratiques inhérents aux autres procédés; néanmoins ceux-ci doivent lui être préférés dans certains cas que nous aurons à préciser.

Par la bouche on administre le mercure métallique, le sublimé et le protoiodure. Le mercure métallique était très employé autrefois; il est à peu près inusité aujourd’hui.

Rappelons que le mercure métallique se prescrivait aux doses de 5 centigrammes à 15 centigrammes par jour et qu’il entrait dans la composition des pilules bleues et de Sédillot.

a. Pilules bleues :

Mercure purifié 5 grammes.

Conserve de roses 7 gr. 50

Poudre de réglisse 2 gr. 50

Pour 100 pilules. Chaque pilule contient 5 centigrammes de mercure.

G. -R. LYON. 5e ÉDITION. 87

MALADIES INFECTIEUSES

b. Pilules de Sédillot :

Pommade mercurielle double 5 grammes.

Poudre de savon médicinal 2 —

— de réglisse 1 gramme.

F. S. A. des pilules de 20 centigrammes. Chaque pilule contient 5 centigrammes.

Le sublime entre dans la composition des pilules de Dupuytren et de la liqueur de Van Swicten.

a. Pilules de Dupuytren :

Bichlorure d’hydrargyre Extrait d’opium . . .

— de gaïac . . .

Pour 1 pilule.

1 centigramme.

2 centigrammes.

On formule plus simplement aujourd’hui :

Sublimé ) r

Extrait thébaïque ) aa

Pour 1 pilule.

I centigramme.

(Fournier.)

Le sublimé s’emploie à la dose de 1 à 5 centigrammes par jour. b. Liqueur de Van Swieten :

Eau distillée 900 grammes.

Alcool à 90° 100

Bichlorure d’hydrargyre . 1 gramme.

Cette solution qui est au 1000e contient par cuillerée à soupe 15 milligrammes environ de sublimé. Elle s’administre dans du lait. Il est préférable d’employer la solution sans alcool, beaucoup moins irritante pour l’estomac.

Le proloiodure, préparation la plus usitée, s’emploie à des doses qui varient de 5 centigrammes à 15 centigrammes; la première est trop faible d’une façon générale, la dernière trop forte. Chez la femme, la dose moyenne à prescrire est de 6 centigrammes: chez l'homme de 10 centigrammes.

Étant à peu près insoluble dans l’eau, le proloiodure se donne exclusivement en pilules.

Pilules de Ricord :

Proloiodure d’hydrargyre 5 grammes.

Extrait thébaïque. 1 gramme.

Thridace 5 grammes.

Conserve de roses 6 —

Pour 00 pilules. Chaque pilule contient 5 centigrammes de protoiodure.

SYPHILIS

Aujourd’hui on se borne à prescrire le protoiodure en pilules de 5 à 5 centigrammes, suivant les cas, et à associer à chaque dose de protoiodure I centigramme d’extrait thébaïque, pour prévenir la diarrhée, et quelquefois de l’extrait de gentiane ou de quinquina (10 centigrammes).

On a récemment proposé l’emploi de deux autres préparations mercurielles : le tannate et le salicvlate, mais comme elles ne présentent aucun avantage sur les précédentes et que d’autre part il ne s’agit pas de composés absolument définis, il n’existe aucune raison plausible de les employer.

L 'hermophényl (mercure-phénol-disulfonate de sodium) peut être employé à la dose de 6 à 10 centigrammes par jour en pilules, sirop, solution.

Le lactate neutre de mercure a été employé en solution au millième, c'està-dire au même titre que la liqueur de Van Swieten (Gaucher); cette solution a l’avantage d’être insipide, alors que la liqueur de Van Swieten a un goût atroce. La dose à prescrire est de 20 grammes par jour, soit 4 cuillerées à café, prises dans un peu d’eau sucrée ou de lait, et espacées à intervalles à peu près égaux dans la journée.

Des deux préparations usuelles, le sublimé et le protoiodure. en est-il une qui emporte la préférence?

Toutes deux présentent des avantages et des inconvénients.

Leurs effets thérapeutiques sont égaux, mais cependant on peut obtenir avec le protoiodure des effets plus marqués parce qu’on peut élever plus facilement les doses, alors qu’on est arrêté rapidement avec le sublimé en raison de l’intolérance gastrique. Le sublimé n’a que peu d’action ptyalique, mais il est très mal supporté par l’estomac; il détermine à peu près constamment des douleurs qui contraignent souvent à en interrompre l’emploi. La femme est particulièrement sensible à son action; aussi vaut-il mieux s’en tenir chez elle à l’emploi du protoiodure.

Le protoiodure, bien que déterminant facilement la salivation, est mieux toléré d’une façon générale. Quand il produit des troubles, c’est plutôt l’intestin qui souffre que l’estomac; la diarrhée est le symptôme dominant. Il faut d'ailleurs distinguer entre la diarrhée d’accoutumance et la diarrhée intercurrente (M. Fournier). La première se produit dans les premiers jours du traitement, puis disparaît. La seconde peut se manifester à plusieurs reprises au cours du traitement; elle dure deux ou trois jours, puis disparaît pour recommencer au bout de quelques jours. En somme, avec le protoiodure on peut élever plus facilement les doses et par suite obtenir des effets plus marqués qu’avec le sublimé; il convient surtout aux malades déjà dyspeptiques; par contre le sublimé est préférable quand le malade est atteint de gingivite.

En ce qui concerne les doses du protoiodure, voici l’opinion de M. Fournier : « lu A la dose quotidienne de 5 centigrammes, le protoiodure est absolument inoffensif dans la majorité des cas; 2° très souvent une dose de 8 centigrammes reste inoffensive chez l'homme; 5° huit ou neuf fois sur dix, une dose de 10 centigrammes est tolérée sans dommage par l’homme à condition d’observer une bonne hygiène buccale; 4U il n'est pas rare que, pendant huit à quinze jours, une dose de 12 à lo centigrammes puisse être supportée par

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l’homme. La dose de 10 centigrammes constitue donc en général une dose moyenne bien tolérée par la bouche de l’homme.

« Il n’en est pas de même chez la femme. Chez elle : 1° une dose quotidienne de 5 centigrammes est presque toujours inoffensive, mais déjà les exceptions sont moins rares que chez l’homme. Quelquefois, chez la femme, une dose de 5 centigrammes provoque du malaise vers les gencives et les dents et un certain degré de fluxion gingivale. Chez quelques femmes, 5 centigrammes de protoiodure produisent une stomatite vraie, pas intense, mais légère en moyenne. Il est donc toujours essentiel, quelle que soit la dose de protoiodure prescrite à une femme, de surveiller la bouche avec soin; 2° au delà de 5 centigrammes la tolérance est variable. Elle s’arrête vers 7 ou 8 centigrammes (pii sont la limite de la tolérance chez la femme; 5° au delà de 7 ou 8 centigrammes, l’intolérance apparaît. Peu de femmes supportent sans dommage 10 centigrammes de protoiodure. Presque toujours il se produit de l’inflammation buccale, du boursouflement des gencives, etc. ; 4° des doses de 15 à 20 centigrammes ne sont supportées qu’exccptionnellement. Donc la tolérance buccale est plus faible chez la femme que chez l’homme. La tolérance moyenne pour ce dernier est de 10 centigrammes et pour la femme de 7 à 8 centigrammes; ce sont ces doses qu’il faudra prescrire. »

Quelle que soit la préparation mercurielle prescrite, celle-ci doit èlre prise au moment des repas, car le mercure est mieux toléré quand il se trouve mélangé aux aliments. Si la dose est de deux pilules par jour, on les fait prendre à intervalles aussi éloignés que possible, c’est-à-dire l’une avant le petit déjeuner du matin et l’autre avant le dîner du soir. Ainsi qu’il a été dit, la liqueur de Van Swieten se prend dans du lait.

Si la méthode gastrique est la plus commode, il faut reconnaître qu elle est la moins active et la moins sure également, surtout quand on administre le mercure sous la forme pilulaire, la dissolution complète de la pilule et l’absorption de son contenu étant aléatoires, M. Brocq préfère aux pilules lcm- I ploi de la liqueur de Van Swieten, en vertu de l’axiome classique corpora I non agunt nisi solutn. Il administre quotidiennement 15 à 20 grammes de I cette liqueur, soit 1 centigramme et demi à 2 centigrammes de bichlorure, , en quatre à six fois dans la journée, avant les repas et dans leur intervalle. Chaque dose est diluée dans du lait ou de l’eau de Vichy. En cas de maux d’estomac ou de diarrhée, M. Brocq fait ajouter à chaque prise de médicament V àX gouttes d’élixir parégorique. On peut masquer la saveur de la liqueur de |j Van Swieten en ajoutant au lait quelques gouttes d’essence d’anis. Le fractionnement des doses, non seulement assure une meilleure tolérance du médicament. mais encore renforce les effets thérapeutiques.

Administration du mercure par la peau. — Les frictions constituent un excellent moyen de faire pénétrer le mercure dans l’organisme. On emploie en frictions l 'onguent napolitain qui se compose de mercure métallique et d’axonge benzoinée à parties égales. La dose moyenne est de 4 grammes chez l’adulte; on peut faire répartir chaque dose en des cartouches. Pour empêcher la fermentation de la préparation Vidal prescrivait :

Onguent napolitain Baume du Pérou. .

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(iO grammes.

Divisez en 10 boîtes de 4 grammes chacune.

Dans certains cas, il faut élever la dose quotidienne à 0, 8 el même 10 à 12 grammes; les eaux sulfureuses, a-t-on dit, exagèrent l’aptitude à la tolérance du mercure et les malades qui suivent le traitement thermal tolèrent fort bien des frictions faites avec 8 à 13 grammes d’onguent. Cependant cette action favorable des eaux sulfureuses a été contestée. Cathelineau a soumis pendant huit jours à des frictions mercurielles 10 syphilitiques n ayant pas encore pris de mercure et leur a donné chaque jour un bain sulfureux. Tandis que la moyenne du mercure éliminé en vingt-quatre heures par les urines est de 0,0044 chez les malades soumis simplement aux frictions, elle a été seulement de 0,0052 chez ceux auxquels on donnait en même temps des bains sulfureux : il y a donc diminution de près d’un tiers de la quantité du mercure éliminé, et l’on peut admettre qu'une certaine quantité de mercure se trouve transformée dans l'organisme en sulfure insoluble au plus haut point.

Les frictions se font le soir au moment du coucher, le malade peut ainsi conserver le mercure sur la peau durant la nuit; d’ailleurs la chaleur du lit semble favoriser l’absorption du mercure. Le malade peut faire lui-même la friction, ou avoir recours à un aide. Avec la main nue ou recouverte d’un linge, d’une peau très souple, parfois avec un frottoir en verre, on fait une friction énergique avec une partie de la dose d’onguent; on continue la friction jusqu’à ce que la dose tout entière soit épuisée; il faut en moyenne dix minutes à un quart d’heure pour obtenir ce résultat. Les frictions peuvent se faire au niveau des parties latérales du thorax, au-dessous des aisselles (mais non dans l’aisselle même), car les régions pileuses absorbent trop, à la face antérieure des avant-bras, à la face interne des cuisses, au niveau des mollets. 11 faut éviter de les faire porter sur les aines, le scrotum, la plante des pieds, à cause de l’irritabilité de la peau de ces régions. Suivant quelques médecins la friction ne serait pas nécessaire; il suffirait d’étendre la pommade sur une surface assez grande. Welander a montré récemment par l’analyse des urines ipie l’élimination du mercure est aussi active avec ce procédé qu’avec l'autre. Le mode d’action probable des frictions semble autoriser cette opinion.

La friction terminée, on recouvre la peau d’un linge trempé dans l’eau chaude; le lendemain matin on la savonne pour enlever la pommade, on l'essuie et on la poudre avec de la poudre de riz. La friction suivante doit porter sur une autre région du corps pour éviter I m itation de la peau.

Les auteurs sont en désaccord sur le nombre de frictions nécessaires pour une cure. Fournier prescrit en tout 13 à 20 frictions à raison d’une tous les deux jours, de sorte que la durée totale de la cure est de trente à quarante jours. Charcot prescrivait une friction quotidienne pendant quinze ou vingt jours, puis un repos d’égale durée. On peut encore prescrire les frictions

faites pendant trois ou sept jours avec un intervalle de repos égal, en tout 50 frictions.

Plus les frictions sont rapprochées, plus les cures doivent être courtes. Avec une friction quotidienne, il est nécessaire de s’arrêter au bout de quinze à vingt jours. Si l’on veut faire un traitement plus long, de 50 frictions par exemple, ces frictions doivent être échelonnées sur un intervalle de six semaines.

Pour obvier à l’inconvénient qui résulte de l’emploi de l’onguent napolitain (taches sur le linge et les vêtements) on a proposé de lui substituer les pommades au calomel :

Calomel 10 grammes.

Axonge benzoïnée ou vaseline 50

et les savons mercuriels :

a) Calomel 10 grammes.

Savon neutre 20 ou 50

(Watraszewski.)

b) Savon neutre à la glycérine 50 grammes.

Mercure 10 à 50

M. Balzer a pu vérifier l’efficacité de ces traitements dans quelques essais faits à l’hôpital du Midi.

Quinquaud a recommandé l’emploi de carrés d emplâtre hydrargyrique , d’un décimètre, renouvelés tous les huit jours :

Emplâtre de diachylon 5000 grammes.

Calomel à la vapeur 1000

Huile de ricin 500 —

Mais cet emplâtre est surtout utile comme moyen de traitement local.

Enfin Pcroni et Jullicn ont recommandé les applications à la surface de la peau de traumaticine additionnée de calomel dans les proportions de 25 j pour 75.

M. Merget a proposé l’emploi de flanelles mercurielles, c'est-à-dire de flanelles trempées alternativement dans un bain mercuriel et dans l'ammoniaque; le mercure s’y dépose à l’état de poudre impalpable.

On découpe dans la flanelle un plastron de 20 à 25 centimètres carrés que l’on porte dans la journée directement appliqué sur la chemise ou bien enveloppé dans un sachet d’étoffe mince. Pendant la nuit le plastron est attaché au cou, ou bien placé sous le drap du traversin ou encore de l’oreiller. On renouvelle ces flanelles toutes les trois semaines. Le malade respire les vapeurs qui s’échappent de la flanelle ainsi imprégnée de mercure ; comme nous le verrons plus loin, c’est à l’état de vapeurs absorbées par les voies respiratoires que le mercure pénétrerait dans l’organisme.

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M. Merget a constaté le rapide passage du mercure dans les urines à la suite tle ce traitement : l’élimination quotidienne du mercure par l'urine atteindrait 0 à 9 milligrammes.

Les bains (le sublimé ne sont pas employés camme méthode de mercurialisation générale, car l’absorption par la peau intacte est insignifiante ou nulle. Les bains ne sont utiles que connue topiques dans les cas de sypbilides cutanées, de sypbilides des muqueuses de l’anus et des organes génitaux. Encore est-il plus simple d’avoir recours aux applications de compresses imbibées de solution de sublimé, à 1/1000° ou 1/5000°, suivant la susceptibilité de la peau.

La formule du bain de sublimé pour un adulte est la suivante :

Bichlorure Hg

Chlorhydrate d’ammoniaque Alcool

| ââ 10 à 20 grammes.

Pour un bain de 200 litres. Pour les enfants, la dose de bichlorure est de 2 à 4 grammes.

Administration du mercure par la voie intra-musculaire. — Il existe deux procédés bien différents : l’un consiste à injecter un composé mercuriel soluble; les injections dans ce cas, sont faites à petites doses et répétées fréquemment, soit tous les jours le plus souvent, parfois tous les jours, en moyenne pendant 20 à 25 jours ; l’autre est celui des injections de préparations mercurielles insolubles, à doses massives, dans lequel on fait des injections rares, soit une tous les (S ou 10 jours, à raison de 4 à 0 pour une période de traitement.

Avant d’énumérer les principaux composés, tant solubles qu’insolubles, «pii ont été successivement employés, il nous semble utile de donner à cette place le tableau de l’équivalence en mercure de ces composés, bien que le pourcentage en mercure ne puisse jouer un rôle exclusif dans la détermination du choix de la préparation à injecter. S’il en était ainsi, il suffirait de prendre le plus riche en mercure d’entre eux, soit l’oxyde de mercure, et de l’injecter dans tous les cas, à l’exclusion des autres composés.

On ne peut non plus injecter de chaque composé mercuriel la dose correspondant à la dose nécessaire et suffisante de mercure métallique, car cette dose pour certains d’entre eux, peut entraîner de graves accidents locaux ou généraux. En réalité, à pourcentage égal, il faut tenir compte des facteurs qui interviennent pour conférer à chaque sel mercuriel ses qualités propres, sa dose de tolérance.

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