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II. — Traitements locaux

Traitement du chancre. — Le chancre est l'accident primitif de la syphilis; c’est dans cette lésion que paraît se localiser, au début, le virus syphilitique; aussi n’est-il pas étonnant que de tout temps ont ait cherché à empêcher le développement de la syphilis en pratiquant Y ablation du chancre.

Dès 1514, Jean de Yigo écrivait qu’il fallait, au début du mal français, se hâter de détruire les pustules de la verge par les moyens les plus violents pour empêcher l’irradiation du mal.

Les nombreux échecs éprouvés avaient fait renoncer à l’excision, lorsqu'on 1877, Auspitz, de Vienne, publia un mémoire contenant l'exposé de trentetrois excisions; cc mémoire rappela l’attention sur le traitement abortif de la syphilis et de tous côtés on excisa des chancres.

Par excision du chancre, on entend l’ablation complète, au bistouri, de la région où siège le chancre; cette excision doit comprendre une certaine partie de la peau avoisinante et par suite dépasser de quelques millimètres la circonférence du chancre; elle doit être, de plus, assez profonde pour qu’il ne reste aucun vestige de la lésion; on fait suivre l’excision d’un raclage de la plaie avec la curette; on suture ou bien on se borne à faire un pansement avec une poudre antiseptique (iodoforme par exemple). L’excision ne peut être appliquée à tous les chancres; certains d’entre enx, en vertu de leur siège, ne peuvent être excisés, tels sont les chancres du méat ou du frein; ceux du prépuce i sont au contraire très facilement excisés.

Les statistiques les plus nombreuses relatives à l’excision du chancre sont celles de Crivelli et d’Ehlers.

Sur 455 cas, Crivelli compte 102 succès, 559 insuccès.

Sur 584 cas, Ehlcrs compte 157 succès, 447 insuccès.

Ces résultats seraient des plus encourageants, si l’on était certain que tous les chancres excisés étaient bien des chancres syphilitiques; en réalité, la plupart des chancres excisés étaient des chancres simples (Fournier); c’est ainsi (pie l’on a considéré comme chancres syphilitiques des chancres survenus 10 ou 12 jours après le coït suspect.

D’autre part, nombre de malades n’ont pas été suivis un temps suffisant après l’opération, pour que l’on ait pu affirmer qu’ils étaient préservés de la syphilis. M. Fournier estime que dans la plupart des cas on a excisé sans savoir ce que l'on excisait. Ce qui confirme dans cette opinion, c’est que dans tous les cas où l'on a pu établir la certitude du diagnostic de chancre induré, par une confrontation avec la personne qui avait contagionné le malade, l’excision a échoué. Des chancres manifestement syphilitiques ont pu être excisés, cinquante et même douze heures après leur apparition, les accidents secondaires ne se sont pas moins développés.

On s’explique aisément l’échec des tentatives d’abortion si l’on admet que

SYPHILIS

le chancre est non pas la localisation initiale de l’infection, mais la première manifestation tangible d’une affection déjà généralisée.

L’excision peut-elle au moins atténuer les manifestations ultérieures de la syphilis? A cette question il est impossible de répondre, puisqu’on ne peut prévoir ce qu’aurait été la syphilis si l’excision n’avait pas eu lieu.

Au surplus, comme dans la plupart des cas, la syphilis a évolué, après l’excision, avec la même régularité et la même intensité qu’elle présente d’ordinaire, il est douteux que l’on puisse accorder une influence quelconque à l’excision sur l’évolution des accidents secondaires.

En résumé, si l’excision du chancre peut être tentée sans inconvénients, il ne paraît pas que l'on puisse compter sur elle pour mettre le malade à l'abri des accidents secondaires, même si l’excision est pratiquée dans les meilleures conditions, c’est-à-dire dans les premières heures qui suivent l’apparition du chancre.

Le chancre peut exister sans aucune complication, ou bien il peut être irrité par suite de négligence dans les soins de propreté, par les pansements intempestifs, etc., et, en ce cas, se compliquer d’ulcérations, de suppurations abondantes, etc.

Dans le premier cas, le chancre n’exige pour ainsi dire aucun traitement puisqu’il tend naturellement vers la guérison.

Moins on fait au chancre, mieux il s’en trouve et mieux il guérit. « Il y a moins, dit Fournier, à chercher un remède pour guérir le chancre, qu’à s’abstenir de toutes les interventions qui pourraient contrecarrer cette disposition naturelle. »

Au point de vue général, on doit recommander au malade d’éviter les marches forcées, les fatigues, de s’abstenir des boissons alcooliques et de tous les excitants.

Comme moyens locaux on emploiera les grands bains et les bains locaux , surtout les lotions avec des solutions antiseptiques faibles (liqueur de Van Swieten dédoublée, solution de chloral a 10 pour 1000, solution de coaltar saponiné, solution d’acide phénique à 10 pour 1000, etc.). Dans l’intervalle des lavages on recouvrira le chancre d’une couche d’ouate hydrophile saupoudrée de dermatol ou d'aristol, de sous-carbonate de fer, d'oxyde de zinc, de sous-nitrate de bismuth. Les poudres isolantes sont préférables aux pommades et notamment aux pommades mercurielles (pommade au calomel) que l’on prescrit quelquefois. Quant à l’iodoforme, il est à rejeter comme ayant une odeur insupportable et dénonciatrice.

Il faudra éviter les topiques irritants : alun, sulfate de cuivre, acide phénique et les cautérisations au nitrate d’argent.

A la suite du chancre il reste parfois, notamment à la rainure glando-préputiale, de grosses indurations saillantes. On se gardera de toucher à ces noyaux que le traitement mixte suffit à faire disparaître.

Les chancres de la rainure balano-préputiale exigent des soins de propreté particulièrement minutieux, parce que la rainure est normalement le réceptacle de nombreux saprophytes qui peuvent devenir des agents d’infection

MALADIES INFECTIEUSES

secondaire. Dans le cas de chancre sous-préputial, il y a grand avantage à faire la circoncision, pour éviter la formation de phimosis induré.

Les chancres du méat deviennent souvent ulcéreux, parfois même phagédéniques; aussi est-il nécessaire de faire à leur surface des lotions fréquentes. On préviendra l'atrésie du méat en y introduisant de petits cylindres d’ouate comprimée qu’on enduit d’un corps gras ou des crayons d’iodoforme. Si l’atrésie s’est produite, on dilatera le méat à l’aide de bougies, et si la dilatation obtenue n’est pas suffisante, on pratiquera un déhridement.

En cas de chancre urétral, il faut se garder d’introduire dans l’urètre des mèches enduites de topiques ou de pratiquer des injections.

S’il s’agit d’un chancre buccal, il faut recommander des soins minutieux de la bouche, des gargarismes antiseptiques et supprimer d’une façon absolue l’usage du tabac et des liqueurs.

Chez les nourrices, le chancre du sein peut prendre de grandes dimensions et son évolution est particulièrement lente; il faut faire suspendre définitivement l’allaitement dès que le diagnostic est établi, car la reprise de l’allaitement après la guérison du chancre pourrait être l’origine de la formation de syphilides ulcéreuses du mamelon, douloureuses et difficiles à guérir.

Le traitement général est le complément nécessaire du traitement local; au mercure il faut associer l’iodure dans les cas de chancre volumineux, à induration excessive. Quoi qu’on ait dit, il n’est d’aucune utilité d’attendre l’apparition de la roséole pour instituer le traitement mercuriel.

Le chancre s’enflamme quand il n’a pas été protégé et lavé, ou quand il a subi des applications de topiques irritants, des cautérisations répétées.

Les bains généraux et locaux, les enveloppements humides de la verge, les lotions avec des solutions antiseptiques font disparaître en quelques jours les phénomènes inflammatoires. S’il y a complication de balano-posthite, on fait ■ des injections sous-préputiales d’eau bouillie ou boriquée (à l’aide d’une sonde en caoutchouc rouge n° 14 ou 15), et deux fois par jour un lavage avec un verre à bordeaux d’une solution de nitrate d’argent à 1 pour 100.

En cas de paraphimosis, on tente la réduction après mouchetures multiples à l’aiguille flambée.

Les bubons suppurés doivent être ouverts le plus rapidement possible.

Le phagédénisme est un accident rare et infiniment moins grave que le phagédénisme chancrelleux, car il dure peu de temps et se circonscrit aisément. On a même admis l’opinion que la plupart des cas de phagédénisme syphilitique primitif sont le résultat d’un chancre mixte (Rollet). Quoi qu il en soit, voici la conduite à tenir dès qu’un chancre syphilitique creuse et s’étend sur une notable étendue :

On emploie les bains prolongés et répétés (bains de trois heures, à 36 degrés); ces bains sont donnés d’abord tous les jours, puis tous les deux jours, en réduisant la durée du bain à une heure. Avant le pansement on fait prendre un bain local de vingt minutes de durée, et l’on se sert comme topique de 1 ' iodoforme, soit en poudre, soit incorporé à de la vaseline; une fois les phénomènes inflammatoires en voie de résolution, on badigeonne le chancre

SYPHILIS

une ou deux fois par semaine avec de la teinture d'iode. Pas plus que le chancre non compliqué, le chancre phagédénique ne doit être cautérisé avec le nitrate d’argent ou d’autres topiques irritants.

Au traitement local du phagédénisme il est indispensable d'associer le traitement général sous forme de traitement mixte. Le malade doit conserver un repos absolu.

Traitement des syphilides cutanées. — Contre la roséole, les syphilides papuleuses et papulo-squameuses disséminées, on n’emploie pas de traitement local; cependant il ne serait pas inutile, si l’on tient compte de ce fait qu’une roséole traitée par des frictions mercurielles sur une moitié du corps disparait trois semaines plus tôt que la roséole du côté non traité.

Les applications d c pommade au calomel (à 10 pour 100), ou d'emplâtre de Vigo ne doivent pas être négligées quand les éruptions sont localisées à la face.

Si les syphilides sont psoriasiformes, les pommades soufrées , les sanonnages avec le savon mou de potasse , le glycérolé cadique et les emplâtres mercuriels faciliteront le décapage. L’huile de eade réussit bien dans la syphilide palmaire psoriasiforme; on peut l’associer à l’onguent napolitain de la façon suivante ;

Vaseline

Huile de cade f

Onguent napolitain )

On peut aussi employer le topique de Paroni, c'est-à-dire la traumaticine au calomel (solution d’un quart de calomel dans trois quarts de traumaticine au chloroforme) ; ce topique constitue un vernis protecteur que l’on renouvelle deux ou trois fois par semaine.

Les bains locaux avec la liqueur de Van Swieten dédoublée (renouvelés matin et soir, pendant dix minutes chaque fois) sont également utiles.

Les syphilides cutanées érosives et suintantes se traitent par les lavages avec les solutions de sublimé, avec l'eau phagédénique plus ou moins étendue, la liqueur de Labarraque coupée de trois ou quatre parties d’eau, et mieux encore par les applications pendant la nuit de compresses imbibées d’une solution de sublimé. Pendant le jour on poudrera avec l'oxyde de zinc pur ou additionné de calomel dans la proportion de 1 pour 10, avec l’aristol ou l’iodol.

Dans le cas de syphilides ulcéro-croûteuses, on fait tomber les croûtes à l’aide de bains, de cataplasmes et l’on panse avec Y emplâtre rouge de Vidal ; les ulcérations sont touchées avec la solution de nitrate d'argent.

Sur les syphilides tuberculeuses on appliquera Y emplâtre de Vigo ; le même traitement est applicable aux gommes et aux ulcérations tertiaires; Y iodoforme est souvent nécessaire pour hâter la cicatrisation de ces dernières.

Les cautérisations au thermocautère hâtent la guérison des gommes ulcérées qui tardent à se cicatriser.

50 grammes.

MALADIES INFECTIEUSES

On a dans quelques cas injecté autour de foyers gommeux des solutions aqueuses d'iodure de potassium à 2 ou 5 pour 100, à la dose de ‘2 centimètres cubes par jour (Labadie-Lagrave et Rollin).

L’alopécie syphilitique n'exige pas grand traitement, car la repousse des cheveux se fait spontanément. On pourra prescrire des lotions avec un mélange de liqueur de Van Swieten et d'eau de Cologne au tiers , avec la lotion excitante de Saint-Louis :

Alcool camphré 125 grammes.

Essence de térébenthine 25 —

Ammoniaque liquide 5 —

avec une solution alcaline :

Carbonate de soude . .

Borax

gramme.

grammes.

avec une solution alcoolique de salol et de salicylate de mercure (Brocq) :

Salicylate de mercure 25 centigrammes.

Salol 5 grammes.

Alcoolat de lavande 250 —

On peut également appliquer sur le cuir chevelu l une des pommades suivantes :

ou :

Sulfate de quinine Turbith minéral .

Moelle de bœuf. .

Jj ;îâ 50 centigrammes.

50 grammes.

(Mauriac.)

Calomel. 2 grammes.

Vaseline 50

Soufre ....

Acide salieylique Vaseline . . . .

5 grammes.

1 gramme.

50 grammes.

(Besnier.)

Ces pommades sont surtout utiles quand il existe des sypbilides papulocroûteuses du cuir chevelu.

Contre l’onyxis syphilitique on emploiera les bains locaux de liqueur de Van Swieten dédoublée ci le pansement occlusif avec des bandelettes imbriquées d'emplâtre de Vigo ou d'emplâtre rouge de Vidal.

Traitement des syphilides des muqueuses. — Les plaques muqueuses anales et vulvaires guérissent rapidement dès que l’on prend des

SYPHILIS

soins de propreté, et (pi on les préserve des contacts par une poudre isolante. Il faut donc prescrire des bains généraux, des lotions biquotidiennes arec des solutions faibles de sublimé, avec la liqueur de Labarraque étendue d’eau :

Eau '250 grammes.

Liqueur de Labarraque 60

ou des applications de compresses de tarlatane imbibées des mêmes solutions.

Dans l’intervalle des bains et des lotions, les malades saupoudreront les plaques avec une poudre inerte, poudre de talc, d’oxyde de zinc, additionnée de sous-nitrate de bismuth, de dermatol, (‘te. L’iodoforme, d’une odeur si pénétrante et dénonciatrice, n’est pas recommandable. Si les plaques revêtent le type végétant, hypertrophique, il faut les toucher avec la teinture d’iode ou une solution de nitrate d'argent au 50e.

Les plaques muqueuses buccales sont en général plus rebelles. Tout d’abord ceux qui en sont porteurs doivent s’abstenir de tabac et de boissons alcooliques. Ils doivent tenir la bouche en parfait état de propreté par le savonnage des dents et l’usage d’un gargarisme antiseptique (au phénosalvl, par exemple). Le traitement des plaques consiste dans les attouchements répétés tous les quatre jours avec la teinture d’iode, le nitrate d’argent en solution au 20e, V acide lactique au 10e, la solution d’acide chromique officinal au 20e. Si Ton veut se servir du nitrate acide lie mercure, il faut pratiquer soi-même les cautérisations; on aura soin de se servir d’une allumette vulgaire pour porter le topique et de toucher légèrement les plaques en évitant de laisser le liquide fuser au voisinage. Le nitrate acide de mercure convient pour les plaques muqueuses des gencives ou du palais, régions peu sensibles; le nitrate d’argent doit être préféré pour les plaques muqueuses du bout de la langue, région extrêmement sensible.

Après chaque cautérisation, les malades doivent prendre des bains de bouche répétés et prolongés, avec une décoction de guimauve.

D’une façon générale on doit éviter de répéter trop fréquemment les cautérisations ; car, si Ton en abuse, les plaques muqueuses, bien loin de rétrocéder, deviennent de plus en plus rebelles au traitement. En moyenne, les cautérisations ne doivent pas être répétées plus de deux fois par semaine.

Dans l’intervalle des cautérisations, on utilisera des collutoires, tels que le suivant :

Glycérine 50 grammes.

Borate de soude 10 —

avec lequel on badigeonnera les plaques deux fois par jour, au moyen d’un pinceau d’aquarelle.

En cas d’éréthisme douloureux, on emploiera un gargarisme préparé avec les feuilles de coca (2 grammes pour 200 grammes).

MALADIES INFECTIEUSES

Dès la période secondaire peuvent apparailre sur la langue et la face interne des joues des plaques leucoplasiques, chez les sujets fumeurs ou non fumeurs, plaques qui sont réfractaires à tout traitement général et local. Il s’agit d’une lésion parasyphilitiquc contre laquelle les seuls moyens utiles sont les bains de bouche répétés avec les décoctions émollientes (guimauve, orge, graines de lin), les badigeonnages borates, et l’antisepsie buccale rigoureuse: entretien des dents, suppression du tabac, de l’alcool, des mets épicés.

III. — Traitement des localisations viscérales de la syphilis.

Au risque de nous exposer à des redites, nous devons exposer le traitemenl des différentes localisations de la syphilis, sujet que nous avons déjà effleuré au chapitre des médications.

Le chancre et les syphilides cutanées ou muqueuses de la période secondaire sont en général justiciables du mercure employé seul; toutefois, l’iodure doit lui être associé si les syphilides deviennent ulcéreuses.

Pendant la période secondaire, certains accidents réclament un traitement mixte; telle est la céphalée, bien que le mercure suffise souvent à la faire disparaître; mais, dans ce cas, il peut être nécessaire de faire des injections hydrargyriques insolubles; c’est même, suivant M. Du Castel, une des principales indications de cette méthode thérapeutique : chez les malades atteints de céphalées intenses et rebelles, il fait volontiers une ou deux injections de préparations mercurielles insolubles et reprend ensuite le traitement ordinaire par la voie stomacale.

L’iodure est indiqué contre les autres phénomènes douloureux de la période secondaire, les névralgies diverses, les douleurs osseuses et articulaires. 11 est indispensable contre les périostites.

Nous avons déjà eu l’occasion de signaler la néphrite syphilitique et d'en indiquer le traitement. Nous avons vu que le mercure pouvait et devait être appliqué au traitement des néphrites syphilitiques secondaires diffuses à évolution aiguë ou subaiguô, et qu’il faut lui adjoindre l’iodure de potassium. Ce dernier médicament est l’agent thérapeutique par excellence de la syphilose tertiaire du rein; mais les gommes du rein sont rares, et les lésions de néphrite banale, la dégénérescence amyloïde, si fréquente dans la syphilis ancienne, sont rebelles à tout traitement.

Dans les néphrites avec cachexie extrême, dans le rein amyloïde en particulier, le régime lacté exclusif est plus nuisible qu’utile. Il est au contraire nécessaire de donner une alimentation substantielle ; de faire alterner d’autre part les préparations iodo-tanniques ou l’iodure de fer avec l’iodure de potassium.

Contre l’ictère secondaire on prescrit habituellement le traitement mixte, en même temps qu’on maintient le malade au régime lacté, qu’on lui administre des purgatifs salins, qu’on emploie les lavements froids.

La syphilis du cœur est rarement diagnostiquée, car la nature de la car-

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diopathie ne se traduit par aucun signe révélateur. Chez un sujet en puissance de syphilosc et présentant des signes de myocardite, il sera toujours indiqué d’instituer le traitement mixte, surtout si les accidents (palpitations, tachycardie, syncopes, accès angineux) surviennent brusquement, sans causes provocatrices appréciables.

Le sarcocèle syphilique est justiciable du traitement mixte, l’ar contre, 1rs affections oculaires sont presque exclusivement justiciables des préparations mercurielles que l’on administre sous forme de frictions ou d'injections de sels solubles. Quelques oculistes y joignent les injections sous-conjonctivales de sublimé, à la dose d’une ou deux gouttes d’une solution au 1000e, dans le cas d’iritis grave, de gommes de l’iris, de choroïdites. Contre l’iritis, on associe au traitement mercuriel l’usage du collyre à l’atropine (5 à 1 0 centigrammes de sulfate neutre pour 10 grammes d’eau distillée dont on instille deux à quatre gouttes par jour), les compresses froides, etc.

Contre les ulcérations et les gommes du voile du palais, des amygdales et du pharynx, on emploie le traitement mixte ; de plus on louche les ulcérations avec une solution d'iode iodurée :

E;m 100 grammes.

Teinture d'iode .'»

lodure de potassium 5

Il est indispensable d’agir vite en cas de menace de perforation du voile: l'iodurc doit être administré largement (8 à 10 grammes par jour), et le mercure employé sous forme d’injections.

Les glossopathies tertiaires nécessitent souvent l’emploi des injections de sels insolubles.

Chez un syphilitique accusant des troubles gastriques rappelant l'ulcère, on devra songer à l’existence possible de gommes de l’estomac et instituer sans tarder le traitement mixte, surtout si le traitement habituel de l’ulcère n’amène aucune modification dans l’état du malade.

De même une diarrhée chronique chez un syphilitique de vieille date devra éveiller les soupçons si l’on ne peut attribuer une cause légitime à cette diarrhée, si elle résiste aux moyens thérapeutiques habituels, si elle coïncide avec d’autres manifestations du tertiarisme (Fournier). Ici encore letraitemenl mixte devra être institué et l’on devra avoir recours plutôt aux frictions ou aux injections hypodermiques qu'aux préparations mercurielles administrées par la bouche.

La syphilis nasale tertiaire exige un traitement local comme la syphilis bucco-pharyngée. S il n’existe pas de séquestres, on se borne à faire des irrigations nasales antiseptiques avec une solution de permanganate de potasse à 1 pour 5000 ou de phénosalyl à 1 pour 2000, suivies d’insufflation d'une poudre antiseptique non irritante :

;iïi pallies égales.

[(Lerjiovez.)

lodol ou aristol Sucre de la il .

MALADIES INFECTIEUSES

et l’on pratique de temps à autre des attouchements des ulcérât ions avec la glycérine iodée h 1 pour 1000. S’il existe des séquestres, on les enlèvera le plus rapidement possible.

Les lésions tertiaires du nez peuvent laisser des suites qui exigent également l’intervention médicale; une fois l’incendie éteint, il faut réparer les dégâts qu’il a commis (Lermoyez). Un sera donc appelé à remédier suivant le< cas à la rhinite atrophique secondaire et à l’ozène qui en est la conséquence, aux perforations palatines; quant aux déformations extérieures du nez, un traitement préventif seul peut les éviter, car la déformation du nez ne commence qu’après la cicatrisation des ulcères; elle est due à la rétractilité du tissu modulaire qui leur succède, et c’est par un traitement précoce que l’on peut restreindre l’étendue des pertes de substance et par suite des cicatrices.

Dans les laryngopathies syphilitiques, tant secondaires que tertiaires, l’iodure de potassium ne doit pas être employé, car il peut favoriser l’œdème

de la glotte. Contre les lésions secondaires on recommande les badigeonnages

avec une solution de nitrate d’argent à 1/50'', de chlorure de zinc à 1/50'’, de glycérine iodée. Contre les ulcérations tertiaires on emploie les insufflations de poudre d’iodoforme ou d’orthoforme, les badigeonnages avec la glycérine iodée ou phéniquée, etc. Le traitement chirurgical seul est indiqué contre les vieilles sténoses laryngées cicatricielles.

Les accidents cérébro- médullaires sont les plus graves qui puissent atteindre le syphilitique. Il est nécessaire d’agir aussi rapidement que possible, dès que le diagnostic est établi, et les injections sont, en pareil cas, préférables à tout autre moyen. M. Du Castel préfère les injections de sels solubles aux injections massives; les premières, dit-il, présentent une facilité, une sûreté de maniement, une possibilité de modifier les doses, qui sont de première importance chez les malades atteints d’accidents cérébraux ou médullaires. Un grand nombre de médecins cependant emploient les injections massives: ces injections peuvent être renouvelées dans les deux mois qui suivent le début des accidents, jusqu’à la dose totale de 40 à 50 centigrammes. L’iodure doit être en même temps administré larga manu. Après la période de traitement par les injections, on fait des cures alternantes d’iodure de potassium et de mercure (celui-ci administré par la bouche ou sous forme de frictions), en laissant au malade huit à dix jours de repos par mois. La durée de ce traitement presque continu ne doit pas être inférieure à un an.

Il convient de remarquer que le traitement mercuriel intensif ne donne pas toujours de bons résultats dans la paraplégie spasmodique. MM. Brissaud et Marie [Société médicale des hôpitaux, 7 mars 1902) ont même constaté que cette paraplégie peut empirer sous l’influence du traitement. Le traitement intensif n’est indiqué qu’au début des accidents, quand il n’existe qu’une parésie peu accentuée ou quand le malade est pris brutalement d’une paraplégie avec hémiplégie. On sera discret dans la mercurialisation aux périodes chroniques de la paraplégie.

Dans les cas d’hémiplégie de cause douteuse, le diagnostic est facilité par la cytologie du liquide céphalo-rachidien. Chez un sujet atteint d’hémiplégie, la

Gllll

SYPHILIS

constatation de la lymphocytose doit faire songer à l'origine syphilitique de la paralysie (Widal).

D’autre part, chez des sujets arrivés à une période avancée de la svphilis et ne présentant aucun trouble nerveux apparent, l’existence d’une lymphocytose même légère doit faire craindre l’apparition imminente d’accidents nerveux et légitime un traitement actif. L’examen cytologique est négatif chez les sujets exempts de lésion des centres. La méningite syphilitique peut évoluer d’une façon aiguë avec tous les signes classiques de la méningite (constipation, ralentissement du pouls, torpeur, délire, inégalité papillaire, photophobie, signe de Kernig, raideur de la nuque, signe de Babinski, etc.) ; l’examen cytologique est le plus souvent positif (Widal et Lesourd, Babinski et Nageotte. etc.): ce fait, joint à l’absence de virulence du liquide injecté pour le cobaye, permet le diagnostic de la nature de la méningite, que vient confirmer la guérison obtenue dans un grand nombre de cas par un traitement précoce intensif.

La céphalée de la syphilis a été améliorée dans quelques cas par la ponction lombaire (Pierre Marie et Guillain) soustrayant quelques centimètres de liquide.

Ce sont les accidents parasyphilitiques, tabes, paralysie générale, épilepsie, neurasthénie qui, par leur fréquence et leur incurabilité, rendent si réservé le pronostic éloigné de la syphilis; ce sont eux que redoutent les malades instruits, et la crainte de cette n épée de Damoclès », toujours suspendue sur leur tète, contribue souvent à provoquer chez eux un état neurasthénique très accentué, surtout chez ceux d’entre eux (pii par hérédité, par le surmenage, etc., sont prédisposés à cette névrose. La crainte exagérée des suites de la vérole, celle de ne pouvoir contracter un mariage ou d’avoir des enfants entachés d’hérédo-syphilis, enfin les troubles digestifs, les troubles généraux provoqués par un traitement long et pénible à suivre, tout contribue à provoquer cette neurasthénie qu’il est important au point de vue pratique de dépister, car ses symptômes peuvent être aisément pris par un observateur inattentif pour des manifestations nerveuses de la syphilis. La confusion expose les malades, déjà trop enclins à se soigner sans cesse, à un traitement intempestif et même nuisible. Lorsque l’on a reconnu la neurasthénie, ce qu’il sera aisé de faire si on a lu les magistrales leçons que le professeur Fournier a consacrées à la neurasthénie syphilitique, on s'empressera de faire abandonner le traitement spécifique pour instituer le traitement purement hygiénique (pii convient dans les cas de neurasthénie.

Si la neurasthénie syphilitique ne paraît pas justiciable du traitement spécifique, il n’en est pas de même du tabes, de la paralysie générale dont la réputation d’incurabilité par ce traitement n’est pas entièrement justifiée.

Tout récemment, la distinction établie si nettement par le professeur Fournier, entre les accidents syphilitiques et les accidents parasyphililiques, a été combattue de différents côtés. Leredde et beaucoup d'autres médecins estiment que le tabes, la paralysie générale sont des maladies directement déterminées par la syphilis; d’autre part, quelques exemples, rares à la vérité, mais très probants démontrent que le traitement n’est pas sans influence sur ces lésions nerveuses réputées incurables. S’il paraît si souvent échouer, c’est qu'on l a

MALADIES LNFECTIELSES.

institué timidement, qu’on n’a pas osé prescrire le mercure à des doses suffisantes. De ce qu’une manifestation syphilitique est rebelle à une dose donnée de mercure, il uc s’ensuit pas qu’elle sera rebelle également aune dose de mercure supérieure à la première. En ce qui concerne le tabes, si le traitement n’en fait pas disparaître les signes, il paraît cependant susceptible d’enraver la marche progressive de l'affection, de l’immobiliser; c’est peut-être parce que l’on soigne mieux et pendant un temps plus long les syphilitiques contemporains que l’on observe moins fréquemment qu’autrefois de grands ataxiques (Marie).

M. Lemoine, au Congrès de médecine de Toulouse (1902), a déclaré avoir guéri des tabétiques et des paralytiques généraux en leur injectant chaque jour de 0 gr. 06 à 0 gr. 08 de benzoate de mercure, doses contenant une proportion de mercure supérieure à celle contenue dans une injection hebdomadaire de calomel à 0 gr. 10. On peut prescrire le sublimé, le cyanure à des doses moindres de moitié, soit 0 gr. 05 (Leredde). On doit prendre pour base d’évaluation des doses ce fait que chez un adulte sain on peut injecter chaque fois 0 gr. 055 de mercure, à la condition de ne pas atteindre d’emblée cette dose. L’existence de fièvre annonce la limite de tolérance.

Il est une complication de la syphilis qui peut se produire à toutes les périodes de la syphilis et qui exige une thérapeutique énergique, nous voulons parler du phagédénisme dont il a déjà été question à l’occasion du chancre. Ses causes sont encore inconnues ; en effet, si l’on peut le plus souvent trouver comme cause prédisposante l'alcoolisme, le paludisme, la grossesse, le surmenage, la misère, la malpropreté, dans d’autres circonstances, les investigations les plus minutieuses ne permettent de le rattacher à aucune cause connue. 11 est possible qu’en outre des conditions de terrain, on puisse faire intervenir l’infection; le phagédénisme qui se développe non seulement sur les ulcérations syphilitiques, mais encore sur le chancre simple, les plaques cancéreuses, etc., serait le résultat d’inoculations microbiennes secondaires: mais c’est là une hypothèse qui, pour vraisemblable qu’elle soit, n’a pu cependant encore être contrôlée.

En présence d’un cas de phagédénisme, il faut d’abord cesser les pansements irritants , supprimer toutes les causes de fatigue, interdire les excès de tous genres, donner des toniques et une alimentation substantielle à ceux qui sont en état de misère physiologique, imposer le repos au lit dans certains cas, plus tard le changement d’air et de milieu.

Le traitement interne doit être institué immédiatement s’il ne l’était déjà, mais le mercure ne doit être administré qu'avec réserve, « car, en raison des troubles digestifs qu’il est susceptible de déterminer, en raison aussi de l’action générale qu’il exerce sur l’économie, il pourrait quelquefois devenir dangereux, alors surtout qu’on a affaire à un organisme affaibli, languissant, étiolé, sur la pente de la cachexie » (Fournier). L'iodure de potassium est le grand remède; il doit être administré à fortes doses d’emblée (de 4 à 6 gr.), doses qui seront plus tard surélevées au besoin. Quand l’iodure n’agit pas rapidement, on lui associe le mercure sous forme d’injections sous-cutanées.

SYPHILIS

En ce <[iii concerne le traitement local, Y occlusion avec le taffetas de Vigo, l’application tYiodo forme en poudre ou en pommade au 10' ou au 20e, combinée avec l’emploi de la balnéation répétée (un grand bain quotidien d'une heure et demie) donnent les meilleurs résultats.

Il faut se garder de multiplier les interventions locales : les pansements les , plus simples sont les meilleurs, et parfois le pansement avec de l’ouate hydrophile imbibée d’eau bouillie donne de meilleurs résultats que des topiques actifs. Le précepte de Ricord ne devra pas être oublié : « Etant donné un phagédénisme d’ordre quelconque, alors qu'on a tout fait et tout fait en vain, sans résultats heureux, le mieux est d’essayer de ne plus rien faire. »

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