IV. — Traitement de la syphilis infantile
A l’étude du traitement de la syphilis infantile se rattache celle de la prophylaxie de la syphilis héréditaire.
Nous avons vu que le mariage ne pouvait être permis aux syphilitiques qu’après trois ans au moins d’un traitement régulier.
Toute femme enceinte dont la syphilis ne remonte pas à plus de quatre ou cinq ans doit être mercurialisée. Il en est de même de toute femme saine qui a été fécondée par un homme dont la syphilis est encore à la période active. Sans doute la procréation d’un enfant syphilitique n’est pas une règle absolue dans ce cas, car l’on a vu des hommes dont la syphilis n est pas éteinte procréer des enfants exempts de toute tare spécifique; mais, dans le doute, on ne doit pas s’abstenir. On sait que l'iodure de potassium et le mercure passent facilement à travers le placenta et peuvent, par suite, exercer leur action sur l’organisme fœtal.
Pendant la grossesse, on doit tenir compte, dans l’administration du mercure, de l’état de la bouche (la gingivite étant particulièrement fréquente chez les femmes enceintes) et de celui des voies digestives; aussi les frictions ou les injections de préparations solubles (notamment de benzoate de soude. Gaucher) constituent-elles les procédés de choix pour la mercurialisation ; cependant Fournier reste partisan de la méthode par ingestion (pii n’est pas forcément dénonciatrice, comme les précédentes. On peut administrer le protoiodure ou bien le biiodure associé à l’iodure de potassium (Pinard) :
Biiodure d’iivdrargyre 10 centigrammes.
Iodure de potassium 10 grammes.
Eau distillée ou sirop simple 250
Eau de' menthe 50 —
Deux cuillerées à bouche pour la solution; deux cuillerées à entremets seulement pour le sirop.
De petites doses de protoiodure suffisent en général (a centigrammes par jour); ce traitement doit être poursuivi tout le temps de la grossesse avec des interruptions de 10 jours par mois.
MALADIES INFECTIEUSES
Si la femme ignore que son mari est syphilitique, on dissimulera la nature du traitement en qualifiant les pilules mercurielles de pilules ferrugineuses, toniques.
Si la femme est albuminurique, on institue le régime lacté et le traitement mercuriel, qu’il s’agisse de néphrite syphilitique ou de néphrite gravidique, distinction d’ailleurs difficile à établir et qui ne donne aucune indication spéciale pour le traitement. L’existence d’une grande quantité d’albumine dans l'urine est en faveur de l’origine syphilitique de la néphrite. L’administration du mercure exige certaines précautions; le degré de perméabilité rénale doit régler l’intensité du traitement. On doit commencer par les injections de henzoate de mercure à doses réduites (1/2 centigramme par jour, puis 1 centigramme). Le pronostic de la grossesse chez les syphilitiques albuminuriques présente une gravité particulière.
Lorsque l’enfant vient au monde, il peut avoir les apparences de la bonne santé, on bien présenter déjà des signes de l’infection syphilitique.
Faut-il instituer le traitement dans le premier cas, en l’absence de tout signe de syphilis, sur la simple présomption de la contamination?
M. Mauriac n’hésite pas à se prononcer pour l’affirmative, si toutes les probabilités sont en faveur de la transmission héréditaire.
Il n’y a pas grand inconvénient à instituer ce traitement préventif, car la médication hydrargyrique est très bien supportée par les jeunes enfants.
Le mercure est le remède par excellence de la syphilis héréditaire infantile. On peut adopter, suivant les cas, la méthode d’ingestion par la bouche, celle des frictions, celle des injections.
La seule préparation à donner par la bouche est la liqueur <le Van Swieteu dont on fait prendre d’abord XX gouttes par jour au nouveau-né, dans du lait, en quatre fois, puis XXX, XL, L et LX gouttes.
A deux ans, on peut donner 5 grammes de liqueur de Van Swieten, soit ù milligrammes de sublimé.
La liqueur de Van Swieten peut être administrée aisément aux enfants svphililiques élevés au sein, dont la nutrition est relativement satisfaisante; mais, chez les enfants élevés au biberon, chez ceux qui ont des troubles digestifs, il faut avoir exclusivement recours aux frictions qui sont parfaitement bien tolérées : la gingivite fait défaut puisque les dents manquent, et la salivation est exceptionnelle.
Les frictions se font chaque jour sur l’une des parties latérales du thorax avec 1 gramme d’onguent napolitain (associé ou non à 2 grammes de vaseline blanche).
Les injections commencent à être employées assez fréquemment. On peut utiliser les injections de préparations solubles (de henzoate de mercure par exemple, à la dose de 1 ou 2 milligrammes ou le biiodure aux mêmes doses) et les injections massives de calomel ou d’oxyde jaune (1 à 2 centigrammes suivant l’àge). On observe dans certains cas graves avec cachexie svphilitique, pseudo-paralysie de Parrot, de véritables résurrections (Parrot).
Viodure de potassium n’est pas toujours bien toléré par les nourrissons;
SYPHILIS
en tout cas on ne doit le prescrire qu’au bout de trois mois environ; les doses sont de 20 centigrammes à six mois, de 50 centigrammes à un an.
Parrol remplaçait l’iodure de potassium par la teinture d iode associée à un sirop, chez les enfants sevrés ;
Teinture d’iode .
Sirop de gentiane
I ou 2 cuillerées à café par jour.
Pour le traitement mixte, on peut utiliser le sirop de Gibert dont nous avons déjà signalé les inconvénients, ou l’une des préparations suivantes :
Biiodurc de mercure 25 milligrammes.
Iodure de potassium I gr. 25
Sirop de quinquina 175 grammes.
8 déeimilligrammes de biiodurc et \ centigrammes d’iodure par cuillerées à café.
I gramme.
100 grammes.
Ou :
Biiodurc de mercure 10 centigrammes.
Iodure de potassium i v
1 [ aa o grammes.
Sirop simple 240
On donne chez les enfants à la mamelle un quart à une demi-cuillerée à café de ce sirop en quatre ou cinq fois; à 2 ans, une cuillerée à café; de 5 à 5 ans, deux cuillerées; de 5 à 8 ans, trois cuillerées, etc.
M. Balzer a utilisé un sirop iodo-lanniquc au mercure dont voici la formule:
Iode 2 gr. 05
Tanin 15 grammes.
Eau 200 ' —
A cette solution ajoutez 1 gramme de bichlorure IJg dissous dans 20 centimètres cubes d’eau. Si la liqueur reste louche, ajoutez 1 gramme de Kl. On complète le litre de la solution avec du sirop de sucre aromatisé :
Chaque cuillerée à bouche contient l centigramme de tannate de mercure.
Chez les enfants athrepsiques, on ne peut instituer le traitement mixte qu’en faisant des frictions et en administrant F iodure à la mère ou à la nourrice.
Le traitement local des syphilides chez l’enfant ne diffère pas de celui qui est applicable chez l’adulte.
Les surfaces suintantes doivent être lotionnées à l'eau boriquée et ensuite, recouvertes d’une poudre isolante (poudre de riz, de talc, de lyeopode, de dermatol, etc.).
MALADIES INFECTIEUSES
Les bains généraux seront administrés fréquemment.
Le coryza sera traité par l’application dans les narines d’une petite dose de pommade au calonud à 2 pour 50. répétée plusieurs fois par jour.
Il est aussi important d’assurer un bon lait au petit syphilitique que de lui donner du mercure. L 'allaitement par la mère est de rigueur dans tous les cas où il est possible. La mère peut allaiter son enfant sans encourir la moindre chance de contagion. Colles, en effet, a montré que la mère d’un enfant syphilitique ne court aucun danger d’infection en lui donnant le sein. Si la mère se refuse à allaiter son enfant, on bien si, malgré sa bonne volonté, elle ne peut poursuivre l'allaitement en raison de l’insuffisance de la sécrétion lactée, d’une malformation des mamelons, etc., il faut s’efforcer de procurer à l’enfant une nourrice ayant eu la syphilis.
Quant à l’allaitement au biberon, i! expose à peu près fatalement à la mort le nourrisson syphilitique, bien que l’emploi du lait stérilisé rende actuellement l’allaitement artificiel moins dangereux. L’allaitement au moyen d’une chèvre est une ressource précieuse dans les campagnes.
Une mère syphilitique qui a donné naissance à un enfant reconnu sain peut I allaiter, sans courir le danger de l’infecter (Loi de l’rofeta) ; toutefois cette immunité de l’enlant n’est pas absolue; on connaît actuellement un assez grand nombre d’exceptions; il existe dans la littérature médicale une vingtaine au moins d’observations d’enlants nés de mères syphilitiques et ayant conracté la syphilis à la suite de l’allaitement par la mère.
Nous ne parlons de l’allaitement par une nourrice saine que pour le proscrire de façon formelle. Le premier devoir du médecin est de prévenir les parents de l’impossibilité où ils se trouvent de donner à leur enfant une nourrice non syphilitique. On ne peut se fier sur l’absence d’accidents à la naissance, non plus <pie sur l’ancienneté de la vérole des ascendants pour autoriser l’allaitement par une mercenaire, car la puissance hérédo-infectante survit longtemps à la période où la contagion est possible, puisqu’on a noté des naissances d’enfants syphilitiques après la quinzième année.
Si la nourrice est prévenue par ia famille que le nourrisson qui va lui être confié est infecté, le médecin réclamera de la nourrice une attestation écrite constatant qu’elle accepte,' en toute connaissance de cause, de courir les chances d’un semblable allaitement.
CHANCRE SIMPLE
Le chancre mou est dû à un bacille spécial découvert par Ducrey (1889), bien étudié depuis par l ima. L’adénite, qui complique si fréquemment le chancre mou, est due, non à cet agent microbien, mais aux microbes pyogènes qui infectent secondairement l’ulcération.
L’indication thérapeutique essentielle est de détruire l'ulcération chancrel-
CHANCRE SIMPLE
leuse, à l’aide de divers caustiques, pour éviter les auto-inoculations de se produire et prévenir les infections lymphatiques secondaires; une fois l'application du caustique faite, il reste une plaie simple dont il est facile de déterminer la cicatrisation avec des pansements simples.
La destruction du chancre, habituellement pratiquée à I aide des caustiques, a parfois été demandée à V excision. Ce dernier moyen est dangereux, car la plaie peut s’infecter pendant l’opération et devenir chancrelleuse; à un chancre de petites dimensions l’excision n’aurait alors d'autre effet que de substituer un chancre opératoire beaucoup plus étendu que le chancre primitif. On doit donc se borner à l'emploi des caustiques; encore cet emploi n’est-il de mise que dans des cas déterminés. Il existe à la cautérisation des indications et des contre-indications qu’il convient d’établir avant d’indiquer quels sont les caustiques dont on fait habituellement usage.
On doit avoir recours à la cautérisation quand h* chancre est récent et petit (c’est le cas des chancres d’inoculation expérimentaux), mais les chancres récents et petits se présentent assez rarement dans la pratique, le médecin n’étant souvent consulté qu’au moment où I ulcère atteint déjà des dimensions assez grandes.
On doit renoncer à la cautérisation quand le chancre est déjà avancé dans son développement, puisque alors il touche à sa terminaison naturelle; quand il s’agit de chancres multiples (parce que le caustique ne pouvant être appliqué sur tous les chancres à la fois, la plaie consécutive à l’escarre pourrait s'inoculer de nouveau au contact du pus des chancres non détruits); quand il y a à redouter des délabrements du fait de la cautérisation (chancre du méat, de l’urètre, de l’anus), quand le malade est porteur d’un phimosis, enfin quand le chancre est trop anfractueux pour pouvoir être atteint dans toute sa surface.
La condition sine qua non du succès est d’employer un caustique énergigique. L’agent caustique doit, d’autre part être liquide ou tout au moins assez fluide pour pénétrer dans toutes les anfractuosités de la plaie.
On fait habituellement usage, à l’hôpital Saint-Louis, de la pâte carbo-sulfurique de Ricord , dont la formule est la suivante :
Poudre de charbon 10 grammes.
Acide sulfurique 4
C’est une pâte demi-solide qui, appliquée sur le chancre, se dessèche et tombe avec l’escarre qu’elle forme, au bout de plusieurs jours; la place laissée à découvert par la chute de l’escarre est une plaie simple, dépourvue de toute virulence. Le caustique de Ricord est énergique, d’une action sûre, mais il a l’inconvénient de diffuser parfois et d’être fort douloureux, moins longtemps cependant que la pâte de Vienne; il convient surtout à la destruction des chancres récents, de ceux que l’on a inoculés pour confirmer un diagnostic douteux.
Le chlorure de zinc est également recommandable. M. Diday emploie la pâte de Canquoin en morceaux épais de I à 3 millimètres, de forme et de dimensions égales à celles du chancre; si l’ulcère est creux, on donne au
MALADIES INFECTIEUSES
fragment la forme d’un cène; s’il est irrégulier de contour, on a soin de recouvrir exactement toutes les sinuosités ; le caustique est maintenu au moyen d’une bandelette de diachylon, ou, si le chancre siège ailleurs que sur la verge, à l’aide de baudruche collodionnée à son pourtour. La pâte de Canquoin est retirée au bout d’une heure à deux heures et demie au plus; il existe alors une escarre sèche, autour de laquelle commence le travail d’élimination qui prend lin vers le sixième ou le septième jour.
M. Balzer reproche à la pâte de Canquoin d’être quelquefois trop énergique, d’exercer une action trop pénétrante, dépassant en profondeur les tissus infectés ; en fait, on l’a vue atteindre des vaisseaux et déterminer des hémorragies graves. Elle n’est donc applicable qu'avec des précautions très grandes et seulement dans les cas de chancres uniques, petits et récents.
M. Balzer préfère l’emploi d’une pâte à base de chlorure de zinc, qui serait exempte des inconvénients précités. Cette pâte est ainsi composée :
Chlorure de zinc I partie.
Oxyde de zinc ‘J ou 10 parties.
Eau distillée rp s.
pour donner au mélange la consistance d’une pâte.
« On peut appliquer cette pâte directement sur l’ulcère ou mieux encore en imbiber un tamponnet d’ouate hydrophile qu’on maintiendra plus facilement à la surface du chancre mou. L’action de cette pâte se manifeste promptement. Elle cause des douleurs assez vives, mais supportables, souvent aussi un peu de gonflement des parties voisines, mais son action est toujours superficielle et n’oblige à aucune surveillance. Elle n’empiète pas sur les tissus sains et ne détermine jamais leur irritation. On enlève le pansement au bout de vingt-quatre heures, et l’on voit une très mince escarre blanche qui se détache très facilement et qui est constituée par le tissu tomenteux de la surface du chancre mou. Une seule application de cette pâte suffit souvent pour éteindre la virulence de l’ulcère. Quelquefois il en faut deux ou trois. Dans certaines localisations du chancre mou, au pénis, au doigt, par exemple, il est extrêmement avantageux de faire un pansement permanent et occlusif avec des bandelettes de gaze iodoformée imbibées de cette pâte et qu’on applique en faisant un petit bandage annulaire autour de l’organe. Ce pansement peut être maintenu pendant plusieurs jours, quelquefois même jusqu’à la guérison définitive. En somme, les divers modes d’application de cette pâte constituent un traitement très pratique du chancre mou (M. Balzer). »
Après les caustiques chimiques, il convient de mentionner le fer rouge ou mieux le thermocautère et le galvano-cautère (pie l’on peut également utiliser, mais qui cependant ne valent pas les précédents, parce qu’ils ne peuvent, comme eux, détruire la virulence du chancre en tous ses points.
Lorsque le caustique a exercé son action, on fait un pansement antiseptique : ou bien, s’il s’agit de chancres multiples, placés en des régions où l’on ne peut songer à faire des applications de caustiques, on combine l’emploi des
CHANCRE SIMPLE
simples attouchements de caustiques faibles avec celui des pansements antiseptiques.
Parmi les caustiques faibles, le chlorure de zinc liquide, en solution au 10°, est l’un des plus recommandables; on en badigeonne la surface du chancre, soit tous les jours, soit tous les deux ou trois jours seulement; on peut aussi se servir de l’éther zingué ou de l’alcool zingué au 10e. M. Fournier emploie volontiers le nitrate d'argent, en solution à 5 pour 100 ou en solution plus concentrée. Un imbibe un tampon d’ouate hydrophile de la solution de nitrate d’argent et on le maintient en permanence sur le chancre.
M. Du Castel se sert d’une solution alcoolique d'acide phénique ;
Alcool à 90° 10 |t;irlies.
Acide phonique I partie.
C’est là un excellent topique, qui a Davantage de ne pas déterminer de douleur. On peut renouveler tous les jours les attouchements avec cette solution phéniquée, et dans l’intervalle on fait le pansement avec une poudre antiseptique.
L’acide pyrogallique , en pommade an dixième, enlèverait rapidement au chancre sa virulence; deux ou trois pansements suffiraient pour amener ce résultat. La douleur consécutive à son application est modérée et la réaction inflammatoire limitée.
Le per chlorure de fer a été préconisé en attouchements passagers, ainsi (pie le naplitol et le salol camphrés. On peut aussi utiliser la teinture d’iode.
D’autres antiseptiques liquides ont encore été vantés, mais ils ne présentent pas de supériorité marquée sur ceux qui ont été cités en tète de la liste, c’està-dire sur le chlorure de zinc, le nitrate d’argent et l’acide phénique. C’est à l’un de ces trois topiques que l’on devra donner la préférence. '
Avant d’indiquer les substances médicamenteuses que l’on peut employer pour les pansements permanents, dans l’intervalle des attouchements caustiques, il faut mentionner le traitement par la balnéation , (pie le D' Aubert (de Lyon) a préconisé, il y a quelques années, pour détruire la virulence du chancre; ce traitement est fondé sur la propriété qu’ont les températures élevées de détruire la virulence du chancre simple : à 42 degrés cette virulence disparaît rapidement ; une température de 57 ou 58 degrés maintenue pendant dix-huit heures détermine les mêmes effets; mais il est impossible de faire supporter une température semblable, et surtout pendant un temps aussi long, dans un bain entier; aussi a-t-on donné aux malades (Martineau et Lormand) des bains où la moitié inférieure du corps seule était plongée; en dépit de cette précaution, ces bains sont souvent difficilement tolérés; il faut couvrir la tête des malades de compresses froides et surveiller constamment ceux qui, en raison d’une affeciiondu cœur, pourraient être pris d’accidents graves dans le bain. Pour ces raisons, la méthode du D' Aubert n’est pas devenue d un usage courant. Récemment, MM. Arnozan et Vigneron ont proposé de substituer aux bains généraux mal tolérés des bains locaux d’eau phéniquée à
MALADIES IM'EGTIE! SES
1 pour I0U, à 40 degrés (trois bains par jour d'une demi-heure de durée), (les bains sont donnés jusqu’à guérison complète.
Le pansement permanent du chancre mou, dans l’intervalle des applications caustiques, se fait avec des poudres douées de propriétés antiseptiques ou simplement isolantes; — l’isolement du chancre est de beaucoup le point le plus important. On doit s’abstenir d’appliquer à la surface les pommades mercurielles qui sont éminemment irritantes. Il est bon de savoir que tous les topiques indurent le chancre simple.
Parmi les topiques pulvérulents, l’agent le plus généralement employé est Y iodoforme. C’est incontestablement le meilleur; à lui seul, il peut guérir le chancre sans l'aide d’aucun caustique. Son odeur pénétrante en rend malheureusement l’emploi souvent impossible, en dépit des divers artifices proposés pour masquer cette odeur ; addition de poudre de café (1 partie pour 2 d’iodoforme), de coumarine (1 pour 5), d'essence de menthe, d’eucalyptus, de bergamote (Y à X gouttes pour 10 grammes d’iodoforme), etc.
Deux composés iodés, nouvellement introduits en thérapeutique, Viodol et Varistol (biiodure de thymol), ont été substitués à l’iodoforme; on peut combiner d’ailleurs l’emploi de l’iodoforme et celui de l’aristol, en faisant appliquer l’iodoforme pendant la nuit et l’aristol pendant le jour.
V acide salicylique, associé à une poudre inerte de talc ou d’amidon (9 parlies de poudre pour 1 d'acide), a été souvent employé; d’après M. Balzer, il devient facilement irritant. Le salol est des plus infidèles.
M. Balzer emploie une poudre composée d'une partie de chlorure de zinc pour 9 d'oxyde de zinc; si elle se montre trop caustique on porte à 15 parties la proportion d’oxyde de zinc.
Le sous-benzoate de bismuth (Finger) et surtout le gallate basique de bismuth (dermatol), le tartrate ferrico-polassique ont encore été proposés.
Quel (pie soit le topique choisi (nous pourrions en étendre la liste), il est nécessaire que le malade prenne des soins minutieux de propreté, et qu’à cet effet, il prenne fréquemment des bains locaux (eau boriquée), qu’il recouvre le chancre d’un pansement protecteur, après application du topique.
11 doit en outre observer le repos, éviter les contacts et les mouvements capables de déplacer les pansements ou d'amener une irritation du chancre. On ne négligera pas d’améliorer l’état général, chez les malades affaiblis, à l’aide d’une alimentation substantielle et d’une médication tonique, la débilitation étant l’une des causes qui favorisent le phagédénisme.
« Destruction rapide et graduelle de la virulence par les caustiques, antisepsie, repos et toniques, c’est en cela que se résume le traitement du chaner mou » (Balzer).
Certains chancres mous demandent des soins particuliers ;
Les chancres du méat doivent être touchés à l’acide phénique et saupoudrés de salol (Du Castel); il faut se garder de pousser des injections ou d’introduire des sondes, ce qui pourrait amener des inoculations profondes.
Le chancre peut venir compliquer un phimosis; si la réduction est impossible, le malade doit prendre un grand bain tous les jours, et des bains locaux
CHANCRE SIMPLE
fréquents; de plus, il doit faire quatre fois par jour, entre le gland et le prépuce, un lavage avec de l’eau boriquée,puis, immédiatement après, un second lavage avec une solution de nitrate d’argent au 100e, ou avec de l’eau additionnée, soit de liqueur de Labarraque, soit de coaltar saponiné.
Le chancre de l'anus ne doit pas être traité par b; nitrate d’argent; il vaut mieux le panser avec la vaseline iodoforrnée au 10e. Le malade n’ira à la selle qu’après avoir pris un lavement huileux et s’être enduit l’anus avec un corps gras.
La complication la plus fréquente du chancre simple est le bubon.
On pensait autrefois que la majorité des bubons devient chancreuse; c’esl là une erreur; le professeur Straus a montré que la transformation chancreuse est due à une inoculation de la plaie par les mains ou les objets de pansement, et qu’habituellement le bubon est une adénite simple (on évalue à 15 pour 10(1 seulement la proportion des bubons qui sont virulents à l’ouverture).
La conclusion pratique est que le traitement du bubon ne doit pas différer de celui des adénites en général.
Tout au début, on peut essayer de faire avorter l’adénite à l’aide de moyens banals : repos au lit , bains répétés, onctions d'onguent napolitain, etc.
Lorsque le ramollissement est manifeste, il faut ouvrir le bubon pour prévenir les décollements. On fait une incision perpendiculaire au pli de l’aine, on vide l’abcès, on en fait le curettage, et l’on pralique un lavage dans la cavité avec une seringue à injection urétrale chargée de liqueur de Van Swieten. ou mieux encore d’une solution de nitrate d’argent au 50e; au bout de deux minutes, on assèche avec un tampon d’ouate hydrophile, on rempli! la plaie d’iodoforme ou de gaze iodoforrnée et on applique un pansement légèrement compressif qui peut rester en place pendant trois jours. L’injection de liqueur de Van Swieten est douloureuse, aussi peut-on la faire précéder d’une application de cocaïne à 5 pour 100 (Morel-Lavallée).
Certains médecins (Audry, de Lyon) préconisent l’extirpation du bubon suppuré.
Si 1 on se trouve en présence d'un bubon chancrcux déjà abcédé, il importe de débrider la plaie et d’ouvrir les trajets tistuleux avec le galvano-cautère ou le thermocautère; on panse ensuite comme précédemment.
MM. Halzer et Souplet préconisent, dans le traitement du bubon, le pansement avec b1 mélange de Socin (pâte au chlorure de zinc). On peut se contenter d’une petite incision, s’il s'agit d'un bubon suppuré bien limité. Le pus évacué, on met dans la plaie une petite quantité de pâte et on applique pardessus, de façon à déborder largement sur la peau voisine, des couches alternatives de minces lamelles de coton hydrophile et de pâte. On obtient ainsi un pansement qui est à la fois occlusif, antiseptique et adhésif; si le malade est remuant, on peut appliquer par-dessus un spica ouaté.
Lorsque le bubon est ulcéré, qu’il présente des décollements, on enfonce dans la cavité 2 ou 5 centimètres de gaze iodoforrnée imbibée de la pâte, puis on complète le pansement avec un spica. Le premier pansement est levé au bout de trois ou quatre jours, et Ton constate que la plaie est presque nette.
MALADIES INFECTIEUSES
qu’elle rougit et qu’elle bourgeonne. Dès le second pansement, la marche vers la cicatrisation est absolument assurée.
L’emploi de cette pâte dans une ulcération cavitaire peut ne pas être inoffensif, les expériences de M. Lannelongue ont montré que le chlorure de zincinjecté sous la peau peut entraîner la formation d’escarres; toutefois. MM. Balzer et Souplet n’ont pas observé d’accidents. La douleur qui suit l’application de la pâte dans la cavité du bubon est assez vive et persiste deux ou trois heures.
BLENNORRAGIE
A. — Les microbes des urétrites; le diagnostic de la blennorragie.
On donne le nom de blennorragie à une maladie infectieuse dont l’agent causal, le gonocoque, a été découvert par Neisser en 1879.
Dans l’immense majorité des cas, le gonocoque se localise primitivement chez l'homme, dans la partie antérieure de l’urètre; chez la femme, dans l’urètre et le vagin. Exceptionnellement la localisation initiale peut se produire en d’autres points de l’organisme, au niveau de la conjonctive, chez le nouveau-né, ou bien au niveau de la bouche; dans l’anus (blennorragie ano-rectale), lorsque la contamination est la conséquence de rapports anormaux, etc.
La blennorragie peut rester localisée dans les régions primitivement atteintes, mais elle peut aussi se propager de proche en proche, en surface et en profondeur, soit du fait de la virulence exceptionnelle de l’agent infectieux, soit du fait d’un traitement intempestif. L’est ainsi que chez l’homme elle gagne très souvent l’urètre postérieur, souvent la vessie, la prostate, les vésicules séminales, le testicule, les canaux déférents, etc. ; chez la femme elle peut se propager à l’utérus, aux trompes et même au péritoine.
En dehors de ces complications locales, il en est d’autres plus graves, mais plus rares, qui résultent soit du passage dans le sang du gonocoque ou de ses toxines, soit d’infections secondaires, car sous l’inlluence de la blennorragie, les microbes dont l’urètre est le réceptacle à l’état normal ou des microbes venus du dehors entrent en scène à leur tour.
Ces complications à distance sont multiples : on peut voir survenir au cours de la blennorragie des arthropathies diverses, suppurées ou non; des endocardites, des néphrites ou des pyélo-néphrites, des myélites avec atrophie musculaire, etc. Alors même que l’infection générale ne se traduit pas par ces complications, elle se manifeste encore par un mauvais état général, par la pâleur des malades, l’anorexie, la sensation de fatigue, etc. En un mot, la blennorragie est nettement infectante.
La blennorragie guérit habituellement et d’une façon radicale chez les malades soumis à une bonne hygiène générale et à un traitement rationnel, chez ceux qui u’ont pas abusé des traitements empiriques, des antiseptiques irritants employés en injections ou en lavages. Chez d’autres malades, non traités ou traités d’une façon défectueuse, ou bien encore présentant « un mauvais terrain », la blennorragie passe à l’état chronique; les douleurs et les autres phénomènes de la phase aiguë disparaissent, mais l’écoulement, quoique peu abondant, et modifié dans son aspect, persiste.
BLENNORRAGIE
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Il contient alors des gonocoques associés à d’autres micro-organismes, ou bien seulement des microbes vulgaires (phase non gonococcique de l’urétrite).
Avant d’exposer le traitement de la blennorragie, il est indispensable de rappeler comment, à l’aide de la bactériologie, on peut reconnaître la nature d’un écoulement, comment on peut déterminer à quelle phase la maladie est parvenue, enfin quelle est l’extension en surface et en profondeur de l’urétrite.
Reconnaître la nature de l’écoulement doit être la première préoccupation des médecins; en effet, toutes les urétrites blennorragiques ne contiennent pas le gonocoque, celui-ci pouvant disparaître à une époque variable de la maladie; or, le traitement varie suivant que l’on se trouve en présence du gonocoque ou d’infections secondaires. D’autre part, bien que très exceptionnellement, l’urélrite, d’origine vénérienne ou non, peut ne pas être de nature blennorragique. Avant la découverte du microbe de Neisser, on admettait déjà l’existence d’urétrites vénériennes non blennorragiques (blennorroïdes de Diday) et celle d’urétrites diatbésiques (goutte, rhumatisme), d’urétrites dues au passage dans l’urètre de principes irritants (iodurc de potassium), etc.
Après la découverte de Neisser (1879) et jusqu’en 1884 environ, on contesta l’existence de ces diverses urétrites et l’on admit l’unité d’origine, clinique et bactériologique, c’est-à-dire blennorragique, de l’urétrite.
Des recherches postérieures semblèrent au contraire consacrer la pluralité d’origine des urétrites; Bockbart rassembla 15 cas d’urétrites non gonococciques causées par les sécrétions vaginales et M. Eraud (de Lyon) divisa les urétrites en :
1° Urétrites non gono- ( a) microbiennes, cocciques aigues ou primitives [b) amici’obiennes ou chimiques.
2° Urétrites non gono- N cocciques secondaires . . f
a) mixtes
b) post-gonococciques.
a) supputées, bactériennes ou saprophytiques.
( microbiennes.
b) muqueuses.
t .aseptiques.
Aujourd’hui on tend de nouveau à rattacher à l’infection blennorragique les cas douteux; on sait que le gonocoque est tenace, qu’il peut se localiser indéfiniment en certains points du canal urélral chez l’homme, du vagin chez la femme, que son absence d’un écoulement ne permet pas de conclure ipso facto à son absence réelle, puisqu’il peut apparaître ultérieurement sous l’influence d’irritants divers, etc.
De telle sorte que si l’on élimine des urétrites non gonococciques les cas où l’on ne trouve pas de gonocoques à un seul ou à plusieurs examens, mais où celui-ci apparaît à la suite de l’épreuve du nitrate d’argent ou de la bière, bien peu nombreux restent les cas d’urétrites que l’on peut considérer comme des urétrites non gonococciques primitives. Les cas d’urétrites attribuées à des causes internes, c’est-à-dire au rhumatisme, à la goutte, à l’ingestion d’aliments irritants sont tous discutables; ils ont été décrits à une époque où manquait le contrôle bactériologique et il ne faut voir sans doute dans ces cas que le réveil de blennorragies anciennes. Quant à l’herpélisme (herpès urétral de Didav), il ne peut donner lieu à un écoulement comparable à celui de la blennorragie, mais seulement à un écoulement séreux, incolore, très peu abondant et de courte durée, une semaine au plus.
Pour nous résumer, disons que les urétrites de cause interne sont encore à faire leurs preuves. Ce qui est indiscutable, c’est l’influence du terrain arthritique sur l’évolution, la durée et les complications de la blennorragie.
Les urétrites non gonococciques de cause externe existent, mais sont exception-