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RACHITISME

Deux théories principales ont été émises pour expliquer le développement du rachitisme.

La première, soutenue par Parrot, a eu un moment de vogue. Parrot pensait qui' le rachitisme n’est que le dernier terme des lésions osseuses de la syphilis héréditaire précoce; ses arguments, que nous n’avons pas à examiner ici, et qui d’ailleurs, considérés en eux-mêmes, sont des plus discutables, tombent devant ce fait que le rachitisme s’observe chez des enfants dont les parents sont indemnes de syphilis, et qui eux-mêmes sont susceptibles de contracter cette maladie; ainsi M. Colrat a vu un enfant de treize mois, nettement rachitique, avec un chancre syphilitique de la lèvre.

D’autre part le rachitisme soit spontané, soit expérimental peut être observé chez les animaux, contrairement à l’opinion de Parrot qui trouvait, dans cette immunité des animaux acceptée par lui comme un fait démontré, une preuve de plus en faveur de l’identité du rachitisme et de la syphilis.

La syphilis n’exerce en réalité qu’une influence indirecte et prédisposante par suite de l’état d’affaiblissement qu’elle détermine.

La théorie alimentaire est aujourd'hui généralement adoptée; on met le rachitisme sur le compte de l’alimentation défectueuse et des troubles digestifs qui en résultent ; dès 1741, J.-L. Petit avait montré que le rachitisme survient fréquemment chez les enfants sevrés prématurément; l’observation journalière n’a fait que confirmer, jusqu'à nos jours, l'influence de l'alimentation vicieuse sur le développement du rachitisme.

Mais en quel sens s’exerce cette influence? La décalcification des os se produit-elle par suite d'un apport insuffisant des sels calcaires par les aliments ingérés ou bien au contraire est-elle la conséquence d'une désassimilation excessive des sels calcaires de l 'organisme ?

Il est inutile de rappeler ici les nombreux arguments que l’on a invoqués en faveur de l une ou de l’autre opinion, car les expériences de contrôle n’ont donné que des résultats contradictoires.

« Quoi qu’il en soit, à l'heure actuelle, la théorie digestive du rachitisme est adoptée par la majorité des auteurs. Que l’alimentation défectueuse et les troubles digestifs qui en résultent agissent en empêchant l'assimilation de la chaux, ou en

RACIUÏISaîK.

favorisant sa désassimilation, ou en créant un poison inconnu qui arrête le développement des os, il importe ]>ea ; la fréquence avec laquelle on observe les troubles digestifs et l’alimentation défectueuse à l’origine du rachitisme, donne le droii d’établir entre le premier et le second une relation de cause à effet » (Marfan, Annales de médecine, p . 172, 1893).

La prophylaxie du rachitisme doit donc consister uniquement dans l'observation rigoureuse des règles alimentaires et hygiéniques applicables à l’enfant ; pour amener la disparition du rachitisme il suffirait de supprimer I allaitement artificiel. le sevrage prématuré, etc., mais il ne faut pas se dissimuler (pie la misère est la cause principale qu’il faudrait supprimer, car c’est elle qui impose et l’allaitement artificiel et le sevrage prématuré.

Le régime du rachitique doit tendre à restituer à l’économie les sels de chaux qui lui sont nécessaires pour parfaire le développement du squelette.

Le lait est l’aliment de choix, en raison de sa richesse en phosphates calcaires. Outre le lait, on donnera, à partir de deux ans, de la cervelle (Mouchard), des œufs, des bouillies, des purées de légumes secs (de haricots notamment).

II est nécessaire que l'allaitement soit aussi méthodique (pie possible et que les tétées ou les prises de lait soient régulièrement espacées.

Le traitement médicamenteux est complexe. Il convient tout d’abord de combattre les troubles digestifs qui sont constants et (pii entravent l’assimilation des aliments.

On atteint ce but en employant le lait stérilisé et en prescrivant les alcalins.

S’il existe une dilatation de l’estomac avec fermentations intenses, le lavage pratiqué avec une sonde urétrale et de l’eau bouillie peut rendre les plus grands services.

La constatation de l’insuffisance des phosphates calcaires chez l’enfant rachitique devait conduire à l'emploi du phosphate de chaux. 11 y a cependant une opposition formelle entre la pratique et les résultats de l’expérimentation en ce qui concerne la valeur thérapeutique du phosphate de chaux. Quelle que soit la façon dont il est administré, à l’état de phosphate tricalcique insoluble ou à celui de biphosphate, ou phosphate neutre de chaux, il est éliminé en grande partie par les matières fécales et par l'urine; son absorption est donc fort limitée.

Quelques médecins admettent cependant «pie le phosphate de chaux peut être assimilé, à la condition d’être donné en minime quantité (Bouchard).

La question de l’assimilation des préparations phosphatées, solubles ou insolubles, n’est donc pas encore définitivement tranchée. I! faut considérer d’autre part que c'est moins à l’insuffisance de la quantité des phosphates introduits dans l’organisme, qu’à leur mauvaise élaboration, par suite des troubles digestifs, qu’est dù le rachitisme. L insuffisance de la sécrétion chlorhydrique, nécessaire pour la mise en liberté de l'acide phosphorique, d’autre part la présence dans le tube digestif d’acide lactique, peut-être susceptible d’augmenter la désassimilation (.1. Teissier a vu la quantité des phosphates

MALADIES DE LA NUTRITION

terreux augmenter dans les urines après l’ingestion d’acide lactique), déterminent vraisemblablement une déviation des échanges chimiques normaux. En résumé, il est préférable de s’attacher plutôt au rétablissement du bon fonctionnement des organes digestifs, qu’à l’administration des phosphates ; d’ailleurs, chez les enfants sevrés, on insistera sur les aliments riches en phosphates, tels que les cervelles, les œufs, le poisson, etc. : le lait pur est, à lui seul, assez riche en phosphates, pour assurer la nutrition ; il ne sera pas même nécessaire de recourir aux laits dits phosphatés, dont il a été récemment question, et dont la richesse en phosphates (5 à 7 grammes par litre, au lieu de 1 gr. 50 à 2 grammes) dépend du régime particulier auquel les vaches sont soumises.

Si l’on veut recourir aux phosphates médicamenteux on fera usage des préparations solubles : soit du chlorhydrophosphate, soit du lactophosphate de chaux en sirop, dont on donnera 1 à 5 cuillerées à café par jour. On pourra aussi employer les glycérophosphates (Ogr. 05 par année d’àge) en se rappelant qu’ils déterminent fréquemment une excitation nerveuse assez vive.

Marfan associe l'huile de foie de morue au sirop de lactophosphate de chaux au moyen d’une émulsion. Cette préparation est très bien supportée; en voici la formule :

Gomme adragante 5 grammes.

Solul ion de lactophosphate de chaux à 50 p. 1000. . . 150 —

Sirop de lactophosphate de chaux à 50 p. 1000 .... 550 —

Huile de foie de morue 500

Alcoolalure de zestes de citron 20

4 cuillerées à café par jour.

Dans ces derniers temps, il a été moins question des phosphates de chaux que du phosphore.

A la suite de diverses expériences, Kassowitz, après Wegnen, a été amené à proposer l’emploi du phosphore ; il pense que le défaut de calcification dans le rachitisme est dû à une hyperémie chronique des extrémités osseuses et que le meilleur moyen de remédier à cet état est d’administrer le phosphore à petites doses (1/2 milligramme à 2 milligrammes par jour).

Kassowitz donne le phosphore dissous dans l’huile d’amandes douces et annonce avoir guéri ou considérablement amélioré en quelques semaines, par ce moyen, 560 rachitiques; sa formule est la suivante :

Huile d’amandes douces 50 grammes.

Phosphore 1 milligramme.

Gomme arabique 15 grammes.

Sucre 15 —

Eau distillée 40 —

I à 2 cuillerées à café par jour.

Les médecins qui ont eu recours à la méthode de traitement de Kassowitz,

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