II. — Traitement symptomatique
Nous serons bref sur le traitement symptomatique de la chlorose, car la plupart des symptômes (céphalée, névralgies, troubles menstruels, vertiges, palpitations, etc.), pour lesquels les malades réclament les soins du médecin, cèdent au traitement ferrugineux, institué comme nous l’avons indiqué, il est nécessaire néanmoins que nous accordions une mention spéciale à quelquesuns de ces symptômes, notamment aux troubles digestifs, qui, dans certains cas, présentent une intensité assez marquée pour nécessiter un traitement spécial.
Chez les chlorotiques les troubles digestifs sont la règle ; mais dans un assez grand nombre de cas ils se réduisent à l’anorexie, à la pesanteur stomacale, à la lenteur anormale de la digestion. Dans certains cas, au contraire, des symptômes plus inquiétants se manifestent: des vomissements alimentaires surviennent, fort irréguliers dans leur mode d’apparition, ou bien des douleurs intenses, séparées par des périodes de calme complet et coïncidant ou non avec des digestions normales.
Très souvent la dilatation de l’estomac accompagne la chlorose; M. Ilayem, chez 57 chlorotiques, a trouvé 27 fois l’estomac dilaté. Beaucoup de chlorotiques n’ont d’ailleurs, malgré leur dilatation de l’estomac, que de légers troubles fonctionnels de la digestion.
Citons d’autre part l’ulcère rond comme pouvant compliquer la chlorose; peut-être sa fréquence a-t-elle été exagérée; peut-être certaines chloroses avec ulcère rond n’étaient-elles en réalité que des anémies secondaires à l’ulcère (Rosenheim) ; quoi qu’il en soit, on ne peut nier la coïncidence de l’ulcère et de la chlorose.
L'examen du suc gastrique apprend que le chimisme stomacal est bien rarement normal au cours de la chlorose ; sur 72 cas où l’examen du suc gastrique a été fait, deux fois seulement celui-ci était normal ; 42 fois il y avait hyperpepsie et 28 fois seulement hypopepsie. La chlorose n’a donc pas de type chimique uniforme; les hypopepsies graves, comme les hyperchlorhydries, appartiennent aux chloroses anciennes. Enfin les fermentations anormales existent dans 50 pour 100 des cas, quel que soit le type chimique. Ce qu’il faut retenir, en somme, c’est que, dans la majorité des cas, on trouve une hyperpepsie de moyenne intensité et un certain degré de dilatation par trouble évolutif.
11 importe de savoir, au point de vue pratique, que très souvent la transfor-
MALADIES DE LA NUTRITION
mation de la chlorose simple en chlorose dyspeptique est due à l’application mal conçue du traitement martial (emploi d’une préparation ferrugineuse irritante pour l’estomac) et d’autre part à l’abus du vin de quinquina et à l’observation d’un régime alimentaire irrationnel (abusdu vin pur, des viandes rouges, etc.).
Le traitement ne doit pas d’ailleurs toujours être incriminé : la dyspepsie peut survenir sous l’influence d’autres causes : influence héréditaire (maladies de la nutrition chez les parents), maladies de l’enfance ayant retenti sur l’estomac, mauvaise hygiène alimentaire à laquelle sont exposées les chlorotiques de la classe pauvre, enfin port du corset.
La chlorose est dite dyspeptique lorsqu’à l’anorexie, à la lenteur de la digestion qui sont la règle chez toutes les chlorotiques s’ajoutent les vomissements, les douleurs, etc.
Ces chloroses dyspeptiques se jugent par les effets du traitement. L’administration d’emblée du fer aux chlorotiques dyspeptiques est suivie rapidemenl d’intolérance (hyperpepsie), ou bien ne détermine aucune amélioration (hypopepsie), ce qui se conçoit aisément, puisque dans l’hypopepsie et l’apepsie, types chimiques ordinaires des chloroses graves, la sécrétion de l’acide chlorhydrique est nulle et que, par suite, le fer ne peut être transformé dans l’estomac. Il faut donc, de toute nécessité, améliorer l’état de l’estomac avant d’instituer le traitement martial.
On doit distinguer nettement les cas où il existe de l’hyperpepsie et ceux où il existe de l’hypopepsie.
Chez les hyperpeptiques le fer exagère immédiatement les douleurs et les autres troubles digestifs. 11 faut donc commencer par instituer le régime lacté', puis progressivement arriver à une alimentation mixte par la viande hachée ou pulpée, le lait, les œufs mollets, les légumes en purée et les compotes de fruits ; le pain doit être complètement supprimé pendant les premières semaines. Le séjour au lit ou tout au moins le repos absolu à la chambre est nécessaire. S’il existe des douleurs stomacales, le maillot humide, appliqué pendant la nuit, est utile.
Au bout de quinze jours environ, si une amélioration sensible s’est produite, on peut commencer l'emploi du fer, en débutant par de petites doses, et en associant la magnésie au protoxalate.
Si le fer est bien supporté, cette tolérance indique que l’état de l’estomac s’est modifié favorablement et l’on peut alors arriver à l’alimentation suivante: viandes blanches, prises froides de préférence, légumes verts très cuits, farineux en purée, œufs. Comme boisson, l’eau pure ou les infusions aromatiques chaudes.
Dans la chlorose avec hypopepsie ou apepsie, le fer est mieux toléré que dans les cas précédents, mais il ne détermine aucune amélioration parce qu’il n’est pas assimilé; c’est dans cette forme de dyspepsie chlorotique que l’emploi de V acide chlorhydrique rend des services; on peut aussi employer les acides organiques (acide lactique ou képhir).
Un moyen plus actif encore que l’association du fer et de l’acide chlorhy-
CHLOROSE; ANÉMIES
drique, c’est l’addition au fer de petites doses de phosphate de soude (20 à 25 centigrammes). S’il existe enfin des fermentations intenses, le lavage de l'estomac est nécessaire; on le pratiquera pendant une quinzaine de jours, le matin, à jeun, avec une solution antiseptique (1 pour 1000 d’acide salicylique). Le massage de l'estomac est également utile en pareil cas.
La cure de montagnes est un adjuvant indispensable, ou tout au moins très utile, du traitement de la chlorose dyspeptique.
Quand il existe des vomissements rebelles, le séjour au lit, le régime lacté, les inhalations d’oxygène, les applications de compresses froides au creux épigastrique sont rigoureusement indiqués.
Le traitement de la constipation chez les chlorotiques ne diffère pas de celui de la constipation en général. Nous avons vu que le protoxalate de fer n’entraînait pas habituellement de paresse de l’intestin. S’il existe cependant de la constipation, on pourra associer en cachets les poudres de rhubarbe et de protoxalate, ou bien prescrire le matin, soit la poudre de réglisse composée (1 cuillerée à café), soit la magnésie associée au soufre (50 centigrammes de chaque pour un cachet), etc.
Les troubles circulatoires cèdent en général rapidement au traitement général : la spartéine à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour peut être prescrite avec avantage dans les cas où existe une tendance permanente aux lipothymies.
Les phénomènes nerveux ne sont pas justiciables d’un traitement médicamenteux spécial; les bromures, en particulier, ne servent à rien.
Il faut prescrire dans le cas de phénomènes hystériformes ou neurasthéniques : l 'hydrothérapie ou tout au moins les enveloppements froids, le massage , le bain électrostatique, les frictions avec les liniments excitants :
Teinture de benjoin 10 grammes.
Alcoobit de Fioravanti 20 —
— de lavande 51) —
Alcool camphré 10 —
Contre la céphalée la douche statique réussit assez bien, ainsi que les douches chaudes appliquées au niveau de la nuque.
S’il existe de la fièvre (ce qui est très rare et ne s’observe que dans les chloroses graves avec anémie du 5e degré), on prescrira Y antipyrine et l'enveloppement dans le drap mouillé.
L’existence de la phlegmatia alba dolens ne commande d’autre traitement que Y enveloppement du membre et le repos absolu au lit.
B. — Traitement des anémies infantiles.
Les causes des anémies infantiles ne sont connues que depuis peu de temps, du moins en ce qui concerne celles des enfants du premier âge; quant aux anémies de la seconde enfance, elles reconnaissent les mêmes causes que celles de l’adulte : surmenage, séjour dans un air confiné, masturbation, tuberculose, maladies infectieuses, hémophilie, etc.
MALADIES DE LA NUTRITION
Chez les jeunes enfants, l’anémie est le plus souvent consécutive aux troubles digestifs, plus particulièrement au choléra infantile; au rachitisme, à la syphilis héréditaire, aux pyodermites prolongées, aux végétations adénoïdes à surface suppurante, au paludisme; l'anémie infantile pseudo-leucémique, qui est spéciale au nourrisson, est considérée par Marfan comme une forme grave des anémies dont les causes viennent d’être indiquées. Elle se développe insidieusement, sans cause connue (car elle ne survient ni chez les petits syphilitiques, ni phez les rachitiques): elle se caractérise cliniquement, à sa période d’état, par la pâleur, la perte des forces, 1 augmentation de volume de la rate et du foie, par la présence dans le sang d’un grand nombre de cellules rouges, c’est-à-dire de cellules fœtales, dont beaucoup présentent des phénomènes de karyokinèse, et par une augmentation modérée du nombre des globules blancs. La guérison parait possible (Von Jaksch), mais la terminaison par leucocythémie véritable, qui a été observée, assombrit singulièrement le pronostic.
11 importe, au point de vue du pronostic et du traitement, de faire le diagnostic exact delà cause des anémies de la première enfance : Un peut distinguer d'abord les anémies qui s’accompagnent de la tuméfaction de la rate et des organes lymphoïdes, et celles qui évoluent sans amener aucune modification du côté de ces organes (Luzct).
Parmi les anémies sans mégalosplénie, signalons celle qui est consécutive à une hémorragie, ou Lien celles bien plus fréquentes qui accompagnent la gastro-entérite, la syphilis héréditaire, le rachitisme, la tuberculose, les lésions cardiaques congénitales. L’anémie pernicieuse, indépendante de l’helminthiase, est d’existence douteuse.
Le traitement de ces différentes anémies doit être surtout causal : c’est ainsi < j uc l’on traitera la syphilis, que l’on combattra les troubles digestifs par une hygiène alimentaire appropriée, le rachitisme par les phosphates , Y huile de foie <le morue, etc.
Chez les jeunes enfants, atteints de troubles digestifs, avec diarrhée, on pourra prescrire les paquets suivants, à raison de deux par jour :
Bicarbonate de soude ‘20 centigrammes.
Saiicylate neutre de bismuth / . ..
Benzonaphtôl \
[’rotoxalate de 1er ! centigi anime.
pour un paquet.
S’il y a constipation, on remplace le sel de bismuth par le magnésie (0 gr. 10).
Un peut prescrire, en moyenne, ‘2 centigrammes de protoxalatc de fer par jour et par année d’âge.
Les anémies avec mégalosplénie peuvent être ducs également aux causes précédentes, ou bien au paludisme, à l’adénie, à la leucocythémie, a la pseudo-leucémie.
L’adénie se distingue de l’anémie pseudo leucémique par la tuméfaction considérable et progressive des ganglions. La leucémie infantile se caractérise pur l’augmentation du nombre des globules blancs, mais son diagnostic avec l’anémie pseudo-leucémique est d’autant plus délicat (pie cette dernière parait en constituer parfois la première période.
Comment les distinguer? Nous admettons, dit Luzct, qu’en l’absence de tout signe d’infarctus blanc (épistaxis, lésions cutanées, infarctus rétiniens), de toute modifiai-
CHLOROSE; ANÉMIES
lion évidemment néoplasique des ganglions lymphatiques, Tentant anémique et mégalosplénique, dont le sang présente une hypoglobulie grave, une leucocytose modérée, des cellules rouges nombreuses et dont les noyaux indiquent une multiplication active est atteint d’anémie pseudo-leucémique. Les leucocytes augmentent-ils progressivement de nombre, survient-il des épistaxis, des pétéchies, des lésions ganglionnaires graves, nous pensons que l'anémie pseudo-leucémique aggravée s’est transformée en leucocythémie, ou plutôt que la l'orme bénigne de la leucémie, représentée par l’anémie que nous décrivons, est devenue la forme maligne de la même affection. Car à la limite, il n’existe ni anatomiquement, ni cliniquement de différences essentielles entre les deux maladies. Dans les diverses anémies avec mégalosplénie, le fer n’a pas donné les résultats qu’on en relire dans les anémies de l'adulte; Mosler dit que son action s'est toujours trouvée nulle; on pourra donner sans grand inconvénient le sirop d'iodurc de fer, le protoxalatc de fer.
Le sulfate de quinine est le spécifique de l'anémie paludique ; de même le mercure est le spécifique de I anémie syphilitique; sous l'influence du mercure seul ou associé à l'iodure de potassium on voit diminuer de jour en jour des splénomégalies considérables.
Dans l’anémie pseudo-leucémique on a donné V huile phospliorée au 100' (il à III gouttes par jour), V arsenic (Il à III gouttes de liqueur de Fowler), le cacodylate de soude, en injections sous-cutanées (0 gr. 01). Il faut faire peu de cas de ces divers médicaments qui sont impuissants à enrayer révolution de la maladie; effectivement, sur 70 cas connus, on a compté 08 morts. On a proposé (Fraser) l’emploi d’une médication qui donnerait les meilleurs résultats dans les cas de leucémie et d’anémie pernicieuse progressive, suivant les médecins qui Font expérimentée. Cette médication consiste à administrer aux malades de la moelle osseuse de veau. On sait (pie la moelle est l'un des organes hématopoiétiques, et c’est la connaissance de cette propriété qui a suggéré l’idée de son emploi dans les cas précités. Le D1' Combe, qui avait soigné sans succès six cas d’anémie pseudo-leucémique infantile par les moyens médicamenteux usuels, a obtenu des résultats remarquables dans deux autres cas traités par l’ingestion de moelle osseuse; l’un des malades traités de cette façon a guéri et l’autre était sur le point de l’être, au moment où il communiqua leurs observations (Réunion des Médecins suisses à Lausanne, mai 1805). (1 ou 2 cuillerées à café dans une tasse où I on ajoute 5 cuillerées à dessert d’eau bouillie froide, on triture le tout et on fait macérer pendant une heure ou deux; on passe sur un linge fin.)
Cohnstein (de Berlin) a encore proposé le suc splénique (1 à 5 grammes d'extrait aqueux de rate évoporé à consistance sirupeuse et additionné de chlorure de sodium).
Dans le traitement des anémies de la seconde enfance, outre 1 c Irait emen hygiénique (cure climatérique, exercices physiques, bains salés, bains sulfureux, régime alimentaire) on prescrira les ferrugineux; en raison de leur saveur désagréable, les préparations ferrugineuses doivent toujours être associées à des substances qui en masquent le mauvais goût. On peut prescrire le safran de Mars ou sous-carbonate de fer (0 gr. 05 à 0 gr. 25).
MALADIES DE LA NUTRITION
Poudre de safran de Mars \
— de rhubarbe ’ ââ 10 centigrammes.
Sucre vanillé )
pour un paquet qu’on peut mêler à de la confiture.
Le chlorure ferreux, le lactate de fer se donnent en dragées (0 gr. 05- 0 gr. 20) ; on peut aussi prescrire le tartrate ferrico-potassique de la layon suivante :
Tartrate ferrico-potassique ) ..
.. ' : aa la grammes.
Sirop de sucre 500
1 à 2 cuillerées à café, à huit ou dix ans.
Chez les enfants anémiques et nerveux, .J. Simon donnait le per chlorure de fer. associé à la liqueur d' Hoffmann (éther sulfurique alcoolisé) :
Perchlorure de fer 50 grammes.
Liqueur d'Hoffmann 5 —
V à X gouttes dans l’eau sucrée; humer au chalumeau pour éviter de noircir les dents.
L'iodure de fer e st généralement bien supporté, en sirop. On peut prescrire :
Sirop d’iodure de fer
— de lactophosphate de chaux, Alcoolature d’oranges
1 cuillerée à dessert à chaque repas.
V arsenic est très utile dans l'anémie des jeunes gens, à l’approche de la puberté.