III. — Traitement de la dyspepsie initiale
l.e traitement doit consister presque exclusivement dans la réglementation des tétées chez le nourrisson, dans la surveillance de l'alimentation chez 1 enfant sevré. La diététique suffit habituellement à rétablir l’ordre, san* le secours des médicaments, dont il convient d’ailleurs d’être très sobre.
Chez le nourrisson élevé au sein, on diminue la durée des tétées si les pesées faites avant et après plusieurs d’entre elles montrent (pie l'enfant absorbe une quantité de lait trop grande pour son âge: d’autre part, on veille à ce que les intervalles normaux entre les tétées soient respectés. Souvent.
1 unique cause de la dyspepsie tient à ce fait que la mère ou la nourrice donne le sein deux ou trois fois à 1 enfant dans le courant de la nuit, pour apaiser ses cris. Il suffit alors de revenir à la règle, c’est-à-dire de ne permettre qu’une seule tétée au milieu de la nuit, pour améliorer les digestions. Dans la journée, si l'enfant vomit, on ne le fera téter momentanément que toutes les quatre ! heures. Dans l'intervalle de ces tétées espacées, on lui donnera quelques cuillerées à café d’eau bouillie. On ne doit rétablir la fréquence et l'abondance normales des tétées qu’après disparition des régurgitations et des vomissements et modification des selles.
La dyspepsie peut être due uniquement à la qualité du lait de la nourrice ou à l’insuffisance de son lait: mais on ne tiendra pour réelle cette insuffisance
MALADIES DE L’ESTOMAC
qu’après avoir réglé les létées et pesé un assez grand nombre d’entre elles, car bien plus souvent la diminution de poids de l’enfant est l’effet d’une alimentation excessive que de l’insuffisance réelle de l’alimentation.
La dyspepsie du nourrisson élevé au biberon peut tenir également à la surabondance de l’alimentation et au défaut de réglementation des tétées; elle tient aussi à la mauvaise qualité du lait ayant subi différentes falsifications ou des altérations provenant de ce qu’il n’a pas été stérilisé ou l a été longtemps après la traite. Le lait stérilisé dans des conditions irréprochables peut ne pas être digéré s'il est coupé d’eau en proportion trop grande ou s’il est donné pur prématurément; dans ce dernier cas, les selles sont épaisses et fétides. II suffit alors de couper le lait, ainsi qu’il a été indiqué plus haut, pour faire disparaître les troubles digestifs.
Il peut se faire qu’en dépit de toutes les précautions, l’allaitement au biberon ne soit pas supporté. C’est alors qu’il faut se résigner à donner une nourrice à l’enfant.
Quand un enfant élevé au sein présente des troubles digestifs, une augmentation de poids insuffisante, les parents n’ont que trop souvent tendance à incriminer la qualité du lait de la nourrice ou bien à supposer «pie celle-ci « perd son lait ». Le médecin se rappellera que le changement de nourrice est souvent plus préjudiciable qu’utile, et qu avant de mettre les malaises de l’enfant sur le compte de la nourrice, il faut s’assurer si ceux-ci ne doivent pas être attribués uniquement à une réglementation insuffisante des tétées. Ce n’est qu’après avoir modifié l’alimentation de l’enfant que l’on pourra se prononcer en connaissance de cause sur la qualité de la nourrice. L’enfant continue-t-il à avoir de la diarrhée, à perdre de son poids, quelques jours après une distribution rigoureuse des tétées, c’est alors seulement que l’on devra tenter l’expérience parfois décevante du changement de nourrice.
Alors même que le lait de la mère ou de la nourrice paraîtrait insuffisant, on peut remédier à cet état de choses en adoptant un compromis, c’est-à-dire en conseillant l'allaitement mixte.
Lorsque l’enfant est sevré, c’est encore en réglant l’alimentation, en la conformant scrupuleusement aux indications énoncées plus haut, relativement à l’alimentation pendant la période du sevrage, (pie l’on arrivera à rétablir le bon fonctionnement de l’appareil digestif.
L’hvgiènc alimentaire joue donc un rôle prépondérant dans le traitement de troubles digestifs qui sont causés par des inlractions à cette hygiène; les médicaments, surtout chez le nourrisson, ne jouent qu’un très faible rôle dans le traitement.
Les alcalins rendent cependant des services qu’on ne peut méconnaître. Quand l’enfant a des régurgitations, des selles acides et vertes, l’administralion, quelques minutes avant chaque tétée, d une cuillerée à café d’eau de Vichy ou d’eau de Valu, celle d’une cuillerée à sel (une pincée) de carbonate de magnésie est indiquée. L'eau de chaux est plutôt utile quand les selles sont abondantes, très liquides, franchement diarrhéiques; on peut encore donner en pareil cas une pincée de sous-nitrate de bismuth.
DYSPEPSIE ET T0X1-INFECTI0NS GASTRO-INTESTINALES INFANTILES
Quand, après réglementation des tétées. 1rs selles tardent à reprendre leur aspect normal, on peut administrer avant chaque tétée, dans une cuillerée;» café d’eau bouillie sucrée, une pincée d’un mélange à parties égales de bicarbonate de soude et de craie lavée.
La constipation avec formation de scybales, les selles fétides, le météorisme exigent l’emploi des lavements ou mieux de Y entérochjse , employée pour la première fois chez l’enfant par Monti, en 1886. On se sert pour le lavage de l'intestin, chez le nourrisson, d’un entonnoir en verre auquel s’adapte un tube de caoutchouc (sonde urétrale de Nélaton, nos In à 25), que I on fait pénétrer de 15 à 20 centimètres dans l’intestin, l'enfant étant couché horizontalement sur le côté droit et le bock étant élevé de 20 centimètres seulement au-dessus du plan du lit. On lave I intestin chaque fois avec un litre ou un demi-litre d’eau bouillie pure, ou additionnée de sel. de borate de soude. La magnésie calcinée , à la dose d’une demi-cuillerée à café, I Ituile de ricin donnée à la même dose dans du lait, le sirop de chicorée (une ou deux cuillerées à café, associé ou non à l’huile d’amandes douces) permettent encore de combattre la constipation; mais l’entéroclyse est à la fois le moyen le plus sûr et le plus commode de désobstruer l’intestin et de prévenir la rétention de matières septiques.
Les coliques seront calmées par les applications de cataplasmes , et plus simplement encore par les applications de compresses humides chaudes recouvertes de taffetas gommé ou de gutta-percha laminée.
L'eau de fleurs d'oranger , additionnée de quelques gouttes d 'eau distillée de laurier-cerise , suffit en général à calmer l’agitation, à modérer l’insomnie; mais le meilleur moyen de ramener le calme et le sommeil est encore et toujours la réglementation des tétées.
A un degré de plus, la dyspepsie côtoie l'infection; quand les vomissements deviennent fréquents, que les selles sont très fétides, il faut employer des moyens plus énergiques. Tout d’abord, les tétées doivent être diminuées de fréquence (toutes les 4 heures seulement) et restreintes quanta leur abondance; la diète hydrique peut même être nécessaire pendant quelques heures. Avant chaque tétée, on donnera une cuillerée à café de la potion de Rivière rafraîchie; on donnera de plus une dose unique de 5 à 10 centigrammes de calomel suivant l'àge, ou bien 5 centigrammes à doses réfractées, c’est-à-dire en paquets de 1 centigramme chacun, donnés à une demi-heure d’intervalle l’un de l’autre.
Le calomel est un médicament précieux, mais dont quelques praticiens ont tendance à abuser; il est nécessaire de se rappeler que le calomel manié sans prudence est susceptible de déterminer des colites dysentérilormes. On ne devra en renouveler l’emploi qu’à plusieurs jours de distance. Après l’administration du calomel, il vaut mieux s’en tenir à Y entérochjse que l’on pratiquera une ou deux- fois par jour, suivant les cas.
Un autre médicament qui peut rendre de réels services, mais dont on a vanté outre mesure l’efficacité, est Y acide laclirjue, qui est surtout indiqué dans les gastro-entérites aiguës. Mar fan estime que l’acide lactique n’est vrai-
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ment utile que lorsqu’on l’administre pendant la durée de la diète hydrique. On peut administrer, toutes les heures ou toutes les deux heures, dans l’intervalle des tétées, une cuillerée à café de l’une des pétions suivantes :
«) Acide lactique pur
Eau distillée
Sirop de sucre
Essence de menthe
b) Eau distillée
Sirop d’oranges
Acide lactique pur
c ) Eau distillée . . . .
Tannigène
Acide lactique
Sirop simple
d) Pepsine
Acide lactique
Sirop de limons
Eau distillée
Une cuillerée à café avant chaque télée.
2 grammes.
Il gouttes.
. . 160 grammes.
(IlllTIINKL.)
60 grammes.
60 centigrammes.
2 grammes.
1 gramme.
2 grammes.
L'acide chlorhydrique peut être avantageusement substitué à l'acide lactique: on donnera avant chaque tétée une cuillerée à café de :
Sirop d’oranges. . . .
Acide chlorhydrique pur
250 grammes.
40 centigrammes.
(Uutixel.)