DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
MALADIES DU NEZ
CORYZA AIGU
A. — Coryza chez les adultes.
Nous ne nous occuperons dans ce chapitre que du coryza aigu, primitif, du vulgaire « rhume de cerveau », et non des coryzas secondaires de la grippe, de la rougeole, etc., ou do ceux qui sont détermines par l'ingestion de certains médicaments (iodures).
Le coryza est une affection microbienne, tout comme les angines. A l’état normal, le mucus nasal contient, comme la salive, de nombreux micro-organismes, dont les uns sont de simples saprophytes, dont les autres sont des microbes pathogènes, mais dépourvus momentanément de virulence. Von Bosser, Netter et d’autres bactériologistes ont isolé le streptocoque, les staphylocoques, le pneumocoque, le bacille encapsulé de Friedlænder, le bacille de Koch (Straus). Pardone les a retrouvés chez les sujets atteints de coryza, mais on ne sait si l’un d’entre eux peut être considéré comme le microbe pathogène du coryza.
En tous cas, le coryza est manifestement infectieux, ainsi que le prouve sa contagiosité (transmission de la nourrice à l'enfant).
La cause déterminante paraît être le froid. L’arthritisme est une cause prédisposante indéniable, chez l'adulte.
Il est considéré par le public comme une affection tou jours bénigne, qu’il est inutile de traiter et (pie d’ailleurs les médecins sont impuissants à guérir.
C'est là une double erreur qui doit être relevée.
Sans doute le coryza est bénin, si l’on n’envisage que scs conséquences immédiates; mais il peut laisser à sa suite une rhinite chronique ou prédisposer par ses récidives à la rhinite hypertrophique. D’autre part, il peut y avoir des effets à distance, tels que la suppuration des sinus de la face, du sac lacrymal, l’otite moyenne, sans compter qu’il peut être la première étape des infections broncho-pulmonaires descendantes.
CORYZA AIGU
Ces conséquences fâcheuses peuvent être évitées le pins souvent; on peut même enrayer le coryza tout à son début. Dans tous les cas, on peut atténuer ses symptômes les plus pénibles.
Tout d’abord, chez les individus sujets au coryza, ou peut instituer un traitement prophylactique. On cherche à les aguerrir contre les intempéries en leur prescrivant Y hydrothérapie, Y exercice au grand air, en leur conseillant de porter des bas et des caleçons de laine épais. On doit en outre traiter les lésions chroniques du nez qui sont la cause des récidives : ce sont ! les végétations adénoïdes dans l'enfance , la rhinite hypertrophique, les déviations de la cloison, chez l'adulte.
Le traitement abortiî comporte l’emploi de divers moyens locaux et l'usage à l’intérieur de certains médicaments; il n’a chance de succès que s’il est appliqué, dès le début, à la période où il existe simplement un peu de sécheresse et de chatouillement; si les moyens abortifs échouent au bout de douze heures, on doit les mettre de côté, car ils n’auraient plus d'autre effet que d’augmenter l’intensité du coryza par leur action irritante prolongée.
On a conseillé l’inhalation d’un liquide volatil (Brand).
Acide phénique.
Ammoniaque. .
Alcool à 90° . .
Eau distillée . .
Il)
Verser X gouttes de ce mélange sur du papier buvard et en respirer les vapeurs pendant quelques secondes (à répéter toutes les demi-heures).
On a encore utilisé les inhalations de teinture d iode, de chloroforme pur ou mentholé (1 p. 10), d'alcool mentholé (1 p. 50), d'ichthyol en solution éthéro-alcoolique (Unna) :
Ichthyol .
Ether. .
Alcool . .
Kr. 25
;îa 25 grammes.
Plus actives sont les nombreuses poudres abortives préconisées; citons entre autres les suivantes :
a) Chlorhydrate de cocaïne
.Menthol
Salol
Acide borique
50 centigrammes.
15 grammes.
b) Salol 10 grammes.
Acide salicyliqne 2 —
Tanin I gramme.
Acide borique 40 grammes.
Priser une pincée toutes les heures (chez les arthritiques le salol provoque parfois des éruptions eczémateuses).
MALADIES DU NEZ
La douche nasale, à la température de 45 à 50 degrés, donnée au moyen du siphon de Weber, avec 5 ou 400 grammes d'eau salée ou boriquée, serait un moyen abortif puissant, d’après Courtade; mais ce moyen est loin d’être inoffensif.
Le traitement abortif interne n’a qu’une valeur relative. Cependant, chez certains malades, Y atropine (2 granules de 1/4 de milligramme) ou la teinture de belladone associée à parties égales avec V alcool ature de racines d'aconit (XXX gouttes du mélange à prendre en 2 fois) donne de bons résultats.
D'après Ruault, le remède abortif le moins inconstant serait le benzoate de soude à hautes doses (4 à 0 grammes chez l'enfant; 6 à 10 grammes chez l’adulte).
N’oublions pas de citer un dernier moyen bien connu du vulgaire et consistant à provoquer une sudation abondante par l’ingestion de boissons alcooliques chaudes, le séjour au lit et la révulsion sur les membres inférieurs. On peut encore, pour favoriser la sudation, donner Yacétate d' ammoniaque (6 à 10 grammes) dans du sirop de punch, ou la poudre de Dover (0 gr. 50 à 0 gr. 50).
Si le coryza n'a pu être enrayé, on peut cependant rendre service au malade en instituant un traitement palliatif destiné à atténuer les symptômes les plus pénibles : l’obstruction du nez, la céphalagie, l’état infectieux.
Pour rétablir, au moins momentanément, la perméabilité nasale, on recommandera avec grand avantage les pulvérisations (avec l’appareil de Richardson) faites toutes les trois heures avec une solution de chlorhydrate de cocaïne à 1 pour 100 ou la projection dans le nez d'huile de vaseline mentholée à 1 pour 20 si la cocaïne détermine de légers incidents d’intoxication, les inhalations d'eau bouillante additionnée par bol de XXX gouttes de :
Menthol 2 grammes.
Alcool à 90" 40 —
Ou bien encore une poudre a priser non irritante :
Chlorhydrate de cocaïne,
Menthol
Salicylate de bismuth.
Sucre de lait ....
Ou :
Sous-nitrate de bismuth
Benjoin
Acide borique
Menthol
Ou :
50 centigrammes.
;ïâ 5 grammes.
(Lermoyez.)
^ aa 6 grammes.
20 centigrammes.
Acide borique 50 grammes.
Accto-tartrate d’alumine 5 —
CORYZA AIGU
Sous-nitrate de bismuth
Poudre de taie
Lactose,
Camphre
b grammes.
40 centigrammes.
Par contre, il faut interdire absolument les lavages du nez, qui augmentent l'imperméabilité nasale et peuvent provoquer les otites.
Pour remédier à la céphalalgie et au malaise général, on prescrit Y antipyrine et la quinine associées.
Le contact des sécrétions nasales avec les narines et la lèvre supérieure détermine un érythème que l’on peut prévenir par l’application de la pommade suivante :
Sous-nitrate de bismuth 5 grammes.
Vaseline J r
Quand les phénomènes aigus ont pris fin et qu’il persiste seulement un écoulement purulent abondant, on est alors autorisé à pratiquer les lavages avec une solution de biborate de solide ou de salieylate de soude à
5 pour 1000.
B. — Coryza chez les enfants.
Bénin chez l’adulte, le coryza peut être grave au contraire chez l’enfant, qui, ne pouvant ni respirer ni s’alimenter, dépérit rapidement.
On a conseillé de désobstruer les fosses nasales à l’aide de lavages.
A cet effet, on se sert d’une seringue en verre que l’on remplit d’eau tiède additionnée de bicarbonate de soude (5 p. 1000).
D ailleurs, il peut suffire de débarrasser le nez des sécrétions à l’aide de la douche d'air donnée avec la poire dePolitzer munie d’un petit tube de caoutchouc (pie l’on introduit dans la narine; on lait successivement dans chaque narine une insufflation modérée, avant chaque tétée.
Ensuite il est utile d’instiller dans les fosses nasales quelques gouttes d huile mentholée à 2 pour 100 ou d'huile de vaseline ré sor ciné e (1 p. 40) ou de glycérine boratée (5 p. 50) qui détachent les croûtes, provoquent des éternuments et déterminent la rétraction des cornets. Ce pansement doit être renouvelé toutes les deux heures. On peut encore insuffler une petite quantité de la poudre suivante ;
Acide borique Sucre de lait.
Résorcine. .
j sla 10
grammes.
Il faut avoir soin d’enduire de vaseline le pourtour des narines et la lèvre supérieure pour prévenir l’érythème.
MALADIES DU NEZ
11 est utile de laii-e dans la chambre des vaporisations d'eau additionnée de quelques feuilles d' eucalyptus.
I/enfant sera tenu au lit, les jambes étant garnies de bottes d'ouate recouvertes de taffetas gommé.
L’enfant dont le nez est obstrué ne peut se livrer à la succion sans être menacé d’aspbyxie; à peine sa bouche est-elle appliquée hermétiquement sur le mamelon ou sur l’ampoule du biberon qu’il se congestionne, se cyanose et est obligé de dégager sa bouche (Rayer). 11 rejette alors sa tète en arrière et fait une inspiration qui amène souvent la pénétration du lait dans le larynx. 11 faut donc Y alimenter à la cuiller tant que le nez n’est pas redevenu perméable à l’air.
G. — Sinusites.
Les sinusites constituent avec les otites les complications les plus fréquentes du coryza aigu: quand elles sont récentes, elfes guérissent aisément sous l’influence d'un traitement médical très simple, tandis que, quand elles passent à l’état chronique, elles sont rebelles au traitement et peuvent entraîner la mort par méningite.
Malheureusement, les sinusites aiguës, surtout quand elles sont bénignes, sont le plus souvent méconnues.
Deux signes permettent de les reconnaître : la suppuration nasale par une narine (parfois le pus est fétide) et la névralgie faciale. Tout individu qui souffre de la tête en même temps que son nez suppure a une sinusite aiguë. Souvent l’écoulement du pus se produit par gouttes quand la tête est penchée en avant.
Lermoyez conseille le traitement par le menthol qui, par son action vasoconstrictive, diminue la tuméfaction de la muqueuse nasale et rétablit la perméabilité des orifices sinusaux; qui, de plus, est analgésique et antiseptique.
Pour porter le menthol jusqu’à la muqueuse sinusale, on utilise sa volatilité à. basse température.
Dans un bol d’eau très chaude, mais non bouillante, on jette, en P y mêlant bien, une cuillerée à café de la solution suivante :
Alcool à 90° 100 grammes.
Menthol 4 —
Un coiffe le bol d’un inhalateur quelconque, dont le plus commode est le « bocal rhi ne de Moura », ou d’un entonnoir renversé, dont on introduit la petite extrémité dans la narine du côté malade. L’inhalation doit être renouvelée toutes les heures pendant 5 ou G minutes. L’inhalation provoque un flux nasal abondant qu’il faut moucher doucement et en maintenant une seule narine fermée. On complète le traitement par l’application de compresses humides chaudes sur le front (sinusite frontale) on sur les joues (sinusite maxillaire). La douleur et l’écoulement disparaissent en b ou 0 jours.