VI. — Bronchites pseudo-membraneuses
Les bronchites pseudo-membraneuses peuvent être aiguës ou chroniques. Les premières surviennent dans le cours de la diphtérie, et les fausses membranes expectorées présentent alors la constitution histologique de toutes les fausses membranes diphtériques, quelle que soit leur localisation ; elles peuvent survenir encore dans le cours de la pneumonie et surtout de la pneumonie massive, ou bien de la tuberculose pulmonaire; enfin elles peuvent survenir primitivement. Les bronchites aiguës, pseudo-membraneuses non diphtériques paraissent dues le plus souvent, sinon toujours, au pneumocoque, qui possède, avec d'auLres micro-organismes, la propriété de produire des fausses membranes en certaines circonstances ; ces fausses membranes sont fibrineuses comme celles de la diphtérie. Contre la bronchite pseudo-membraneuse due au microbe de Loffler, un seul traitement s’impose : f injection de sérum-, on sait que l’un des effets les plus saisissants du sérum est de provoquer le détachement des fausses membranes. Quant aux autres bronchites aiguës pseudo-membraneuses, elles guérissent habituellement au bout d’un temps relativement court, la virulence du pneumocoque s’atténuant rapidement.
Les bronchites pseudo-memhraneuses chroniques peuvent être primitives ou survenir au cours de la bronchite chronique liée à l’emphysème, ou de la tuberculose pulmonaire; elles se distinguent anatomiquement des précédentes par la composition des fausses membranes qui sont formées à peu près exclusivement par de la mucine, alors que celles de la diphtérie ou de la pneumonie sont fibrineuses ; elles présentent une évolution apyrétique interrompue par des poussées fébriles, survenant irrégulièrement et à longs intervalles. Leur origine microbienne ne saurait être mise en doute aujourd’hui, mais leur étude bactériologique est encore à faire. Dans un cas, Claisse a pu attribuer au streptocoque la production des fausses membranes et s’est appuyé
MALADIES DES BRONCHES
sur la constatation de ce fait pour instituer un traitement pathogénique, qui a paru donner de bons résultats.
Jusqu’ici on a essayé de nombreux traitements qui ne pouvaient être que palliatifs; on a employé des expectorants, les balsamiques, les inhalations de vapeur d'eau, le calomel, etc., tous moyens destinés à faciliter le décollement des fausses membranes. Un seul médicament parait doué d’une réelle efficacité, c’est Yiodure de potassium. Sous l’influence de ce sel, donné à la dose quotidienne de 1 à 2 grammes, les malades expectorent des pelotons de fausses membranes ramifiées et éprouvent alors un grand soulagement ; une accalmie se produit qui peut durer longtemps, mais fait toujours place à de nouveaux paroxysmes.
Claisse a eu l’idée d’employer le sérum antistreptococcique pour arrêter la production des fausses membranes. Neuf injections de 10 centigrammes chacune furent faites par lui à sa malade dans l’espace de deux mois environ. Les premières injections déterminèrent le rejet de grandes quantités de fausses membranes, ainsi qu une légère réaction fébrile; puis la malade entra dans une période de calme et accusa une amélioration caractérisée par l’absence de toux, d’oppression, d’expectoration, amélioration qu elle n’avait pas ressentie jusqu’alors. La sérothérapie serait donc un moyen très efficace d’arrêter la production des fausses membranes. Toutefois des observations ultérieures sont nécessaires pour la confirmation de ce fait; d’ailleurs, on ne saurait dire que ce traitement convient à tous les cas de bronchite membraneuse chronique, car rien ne permet de conclure que toutes les bronchites membraneuses chroniques relèvent de l’infection streptococcique. Peut-être, parmi celles-ci, comme parmi les formes aiguës, existe-t-il plusieurs catégories dues à différentes espèces microbiennes?
B. — Bronchite chronique chez l'enfant.
La bronchite chronique est beaucoup plus rare chez l’enfant que citez l'adulte ; elle peut succéder à la bronchite aiguë (bronchite dite a frigore, bronchite de la grippe, de la coqueluche, de la rougeole), à la broncho-pneumonie; mais ce passage à l’état chronique est favorisé par toutes les causes de débilitation (misère et mauvaise alimentation, syphilis héréditaire, scrofule), par l’arthritisme héréditaire; M. Comby insiste sur ce point. D’autre part le rachitisme, l’auto-intoxication digestive, les lésions naso-pharyngées chroniques (végétations adénoïdes, rhinite hypertrophique) contribuent à entretenir la chronicité de la bronchite; il y a, de ce dernier chef, une indication thérapeutique importante.
L’emphysème est la véritable cause de la bronchite chronique chez l’enfant ou plutôt des poussées de bronchite à répétition que l’on observe chez certains d’entre eux, car dans l'enfance la bronchite n’est pas chronique au sens absolu du mot.
Le traitement général par Y huile de foie de morue, le sirop iodo-tannique, Yarsenic, est plus efficace dans la bronchite chronique des enfants que le
BRONCHITES CHRONIQUES. 625
traitement de la bronchite elle-même. Le séjour à la campagne est toujours
indiqué.
On peut associer avantageusement l'iode et l’arsenic, en prescrivant l'todure d'arsenic préconisé par le D' R. Saint-Philippe.
On peut formuler ainsi :
lodure d’arsenic Eau distillée. .
Faire dissoudre à froid.
Débuter par V gouttes à chaque repas, augmenter d’une goutte matin et soir et arriver progressivement à XV et même XX gouttes à chaque repas. Rester à la dose maxima pendant environ un mois. Redescendre en sens inverse et en suivant les mêmes proportions jusqu’à X gouttes. Se reposer huit à dix jours et recommencer comme avant.
On peut prescrire l’arsenic associé au sirop de quinquina :
Sirop de quinquina 150 grammes.
Arséniate de soude 5 centigrammes.
Une cuillerée à café deux fois par jour.
Aux enfants plus âgés on peut donner l 'huile de foie de morue créosotêe. Comme modificateurs de l’état local, on emploie la terpine, la créosote, la teinture d' eucalyptus :
50 centigrammes.
50 grammes.
Créosote 50 centigr. à 1 gramme.
Alcool à 90° 10 grammes.
Vin de Banyuls 100 —
Une ou deux cuillerées à entremets par jour, avant les repas, aux jeunes enfants (Barth).
Teinture d’eucalyptus 2 grammes.
Sirop de polygala 15
Infusion d’hysope 100
Par cuillerées à café dans les vingt-quatre heures (R. Blache).
Pour calmer la toux nocturne on prescrira la belladone, le chloral, les bromures :
Hydrate de chloral . .
Bromure de strontium.
Eau de fleurs d’oranger Sirop de polygala. . .
1 gramme.
2 grammes.
Au traitement médicamenteux il faut adjoindre le« pratiques hygiéniques:
G.-n. LYON. — 0e ÉDITION. 40
MALADIES DES BRONCHES
frictions sèches au gant de crin, frictions à l'alcool; le traitement thermal (Mont-Dore, La Bourboule, Royat, Eaux-Bonnes, Ems, etc.).