‹ Traité élémentaire de clinique thérapeutiqueChapitre 90 sur 274 · grammes · texte numérisé non relu

grammes

EMPHYSÈME

La lésion de l’emphysème étant irréparable, on ne peut qu’atténuer les conséquences de cette lésion au moyen d’une hygiène bien entendue et de quelques moyens thérapeutiques dont la valeur s’épuise à la longue, car ils ne

MALADIES DU POUMON

parviennent pas à préserver l’emphysémateux des complications bronchopulmonaires ou des accidents d’asystolie qui constituent pour lui une menace toujours imminente.

Le malade atteint d’emphysème doit exercer une profession sédentaire ; il abandonnera toute occupation exigeant de grands efforts ou exposant à l’absorption de poussières, de vapeurs ou de gaz irritants. Il se gardera de plus des intempéries, évitera de sortir par les temps de brouillard ou de pluie froide et de grand vent. Ceux qui pourront émigrer l’hiver pour gagner un climat tempéré ne devront pas hésiter à le faire; ce sera pour eux la meilleure sauvegarde contre ces bronchites tenaces qui, pendant la saison froide, atteignent d’une façon persistante les emphysémateux et contribuent à aggraver et à étendre la lésion primitive.

\Y hygiène alimentaire doit être surveillée; les malades doivent s’abstenir d’alcool, éviter la constipation et ne faire usage que de mets de digestion facile. Parfois la flatulence, le tympanisme sont le point de départ d’accès d’asthme emphysémateux.

Il faut encore faire Y antisepsie du naso-pharynx, par les moyens déjà indiqués à plusieurs reprises. Les malades pourrontainsi se mettre en garde, dans une certaine mesure, contre les infections broncho-pulmonaires dont le nez et la gorge sont le point de départ.

La méthode thérapeutique considérée comme la plus efficace dans les premières phases de l’emphysème, est Y aérothérapie, au moyen de laquelle on sc propose de faire inspirer le malade dans Pair comprimé, ou de le faire expirer dans l’air raréfié, ou bien, ce qui vaut encore mieux, de combiner ces deux pratiques.

L’emploi de l’aérothérapie est justifié par l’examen des conditions de la ventilation pulmonaire dans l’emphysème.

A l’aide du spiromètre, on peut se rendre compte que la capacité vitale du poumon, c’est-à-dire le volume d’air que peut expulser une expiration maxima après une inspiration maxima, est notablement diminuée. Estimée à 3 ou 4 litres chez l’homme, à l’état normal, la capacité vitale s’abaisse de moitié environ chez l’emphysémateux; il en résulte que la quantité d’air résiduel se trouve en plus forte proportion. Il faut en outre se rappeler que la pression sous laquelle l’air est inspiré et expiré présente, chez l’emphysémateux, un type inverse du type normal; la pression inspiratoire est ici plus grande que la pression expiratoire, contrairement à ce qui se passe chez l’individu sain. En somme, l’élasticité pulmonaire est amoindrie et la ventilation respiratoire insuffisante, et c’est pour remédier aux conséquences de ces désordres fonctionnels, que l’on a recours à l’aérothérapie ; cette méthode thérapeutique n’est malheureusement accessible qu’à un nombre limité de malades.

Elle comprend deux procédés : 1" le bain d’air comprimé; c2° la pneumothérapie.

Le bain d’air comprimé a été appliqué pour la première fois par Pravaz et Berlin. Le malade doit séjourner pendant un temps variable (une heure à une

EMPHYSÈME

heure et demie) dans une cloche où l'air a été refoulé avec un excès de pression de 50 centigrammes de mercure environ. Ce bain aurait double action : il agirait mécaniquement en facilitant 1 inspiration et l'expiration, et chimiquement en activant les oxydations par suite de la tension plus grande de l’oxygène. On a cependant objecté que, loin de favoriser l’expiration, il pouvait au contraire la gêner, le poumon ne pouvant rejeter l’air inspiré sous pression. En fait, le bain d'air comprimé n’a donné que des résultats contestables et a été abandonné au profit d’une méthode de traitement plus récente, la pneumothérapie.

Cette méthode a été imaginée par Hanke en 1870; elle consiste à faire inspirer dans l’air comprimé, et à faire expirer dans l’air raréfié. De nombreux appareils ont été construits dans ce but; les plus connus sont ceux de Waldenburg et de Dupont. Les bons effets de la pneumothérapie sont confirmés par ce fait que la quantité d’air expiré se trouve plus grande que la capacité vitale du poumon : l’excès d’air appartient donc à l’air résiduel et le maximum de ventilation pulmonaire se trouve ainsi obtenu. On a lancé certaines critiques à l’adresse de la pneumothérapie; on a dit que l’expiration dans l’air raréfié a pour effet de congestionner la muqueuse bronchique et peut même déterminer des hémoptysies.

Afin d’éviter tout accident, on a proposé de faire expirer les malades à l'air libre, ou dans un air moins comprimé que celui de l’inspiration. La pneumothérapie n’est d’ailleurs pas praticable dans tous les cas d’emphysème: on devra s’en abstenir chez les emphysémateux âgés, atteints de lésions cardiaques ou artérielles.

On ne peut rapprocher de l’aérothérapie les inhalations (Voxyyène (pii soulagent momentanément les malades lors des crises pseudo-asthmatiques, mais (pii ne prétendent pas à un effet curatif.

La mécano thérapie, la kinésithérapie (gymnastique respiratoire avec ou sans appareils) ont une influence des plus favorables que l’on ne saurait négliger.

Les médicaments internes n’ont sur l’emphysème qu’une influence palliative.

G. Sée était un grand partisan de l’ioduration continue, qu'il considère presque comme une médication spécifique. Nous ne reviendrons pas sur le mode d’emploi de ïiodure, qui a déjà été exposé à l’occasion du traitement de l’asthme. Il est certain que l’emploi prolongé de l’iodure de potassium amende la dyspnée permanente et dégage les bronches, lorsque celles-ci sont encombrées de mucosités adhérentes, car l’emphysème se complique toujours de « catarrhe bronchique », à un moment donné de son évolution.

L’iodure, à la dose moyenne de 1 gramme, constituera donc le meilleur remède à prescrire aux emphysémateux, pendant les périodes de calme; on pourra lui associer I arsenic, faire prendre par exemple deux granules de Dioscoride au milieu de chaque repas et une cuillerée de la solution iodurée (0 gr. 50 par cuillerée) au début, ou bien encore administrer simultanément les deux médicaments :

MALADIES DU POUMON

Iodure de potassium 5 grammes.

Liqueur de Fowler C gouttes.

Eau distillée 500 grammes.

Une cuillerée à soupe le matin, dans un bol de lait.

Le cacodylate de soude, le rnêthylarsinale disodique peuvent être substitués aux préparations habituelles d’arsenic (à la dose moyenne de cinq centigrammes pro die, en solution concentrée au vingtième, soit dix gouttes de la solution à chaque repas).

Lors des accès de pseudo-asthme emphysémateux, la morphine est le remède suprême comme dans l’asthme vrai; les malades peuvent encore user des autres moyens que nous avons déjà indiqués, comme atténuant la dyspnée paroxystique des asthmatiques, à savoir les inhalations de pyridine, les cigarettes de dalura, etc.

La surcharge de l’estomac est parfois la cause provocatrice des accès; rappeler cette cause, c’est indiquer le moyen d’en supprimer les effets.

L’emphysème peut se compliquer de deux façons ; ou bien survient une bronchite aiguë, compromettant rapidement le jeu de la respiration, et déterminant des accès de dyspnée angoissante; ou bien, par suite du progrès des lésions emphysémateuses et du rétrécissement du champ de l'hématose, le malade s’achemine lentement vers l’asystolie; il revêt peu à peu l’aspect d’un cardiaque; les œdèmes, les congestions passives surviennent et la mort est déterminée par l’asphyxie.

Dans les cas de bronchite aiguë, l’indication la plus urgente est de calmer la toux si pénible qu’éprouvent les malades et qui contribue à entretenir la dyspnée; on prescrira par exemple ;

Sirop de morphine 20 à 50 grammes.

Alcoolature de racines d’aconil ’ \ gouttes.

Eau de laurier-cerise 15 grammes.

Eau distillée 60 —

A prendre dans les vingt-quatre heures.

Au bout de quelques jours, quand les râles muqueux se mêlent nombreux aux râles secs, sibilants et ronflants, du début, il faut faciliter l’expulsion des mucosités bronchiques et fluidifier les sécrétions.

Pour évacuer les mucosités, la médication vomitive est tout indiquée; on prescrit 1 gr. 50 ou 2 grammes d'ipéca; ensuite, ou prescrit de la terpine si les sécrétions sont visqueuses :

Terpine . .

Alcool à 85°.

Eau ....

Prendre aux repas trois cuillerées par jour (G. Séc).

10 grammes

EMPHYSÈME

5 grammes,

70 grammes.

2 centigrammes.

Deux cuillerées à café de cet élixir (0 gr. 25 de terpine) répétées deux ou trois fois par jour.

On peut encore prescrire les capsules d 'eucalyptol (6 par jour).

On peut aussi faire prendre le sirop suivant, à la dose de 2 ou 3 cuillerées par jour, pour favoriser l’expectoration :

Sirop de tolu ....

— de térébenthine

— d’ipéca. . . .

L'alcool à doses modérées, 40 à 60 grammes par jour, donne aux malades la force d’arracher leurs crachats.

Les révulsifs n’ont qu’une utilité relative, cependant les applications réitérées de ventouses sèches peuvent amener un certain soulagement.

Si la bronchite devient capillaire, il faut employer la médication cardiaque dont il va être question, les inhalations d'oxygène.

Lorsque la bronchite aiguë est terminée, les malades peuvent retirer quelque bénéfice d’un séjour au Mont-Dore ou à Royat. Saint-Honoré est préférable au Mont-Dore chez les emphysémateux sujets à des bronchites congestives (emphysème des arthritiques). Les emphysémateux artério-scléreux devront s’abstenir de tout traitement thermal.

Lorsque chez l’emphysémateux ancien, atteint de bronchite chronique, on constate des signes de défaillance cardiaque, on institue la médication de 1 ’asyst olie, c’est-à-dire que l'on prescrit la digitale, la caféine, le slrophantns, la strychnine en injections sous-cutanées.

L'emphysème des artério-scléreux se distingue de l’emphysème vulgaire consécutif à des bronchites répétées, à la broncho-pneumonie, en ce qu’il est le plus souvent sec, sans catarrhe « surajouté », en ce que les troubles cardiaques le compliquent de bonne heure, le cœur étant lui-même atteint de sclérose. L'iodure de potassium est ici le remède de choix; on prescrit en même temps le traitement hygiénique applicable à l’artério-sclérose en général.

Les malades devront s’abstenir de toute cure thermale.

L'emphysème infantile n’est pas irrémédiable. Tout d’abord, il convient de traiter la bronchite chronique qui en est le point de départ et qui l'accompagne; Y huile de foie de morue , les préparations iodées (sirop iodotannique), Yiodure d'arsenic (0 gr. 002 — 0 gr. 01, en solution au 100e, suivant l’àgc), le cacodylate de soude (0 gr. 01 — 0 gr. 03), le carbonate de gaïacol (0 gr. 05—0 gr. 10 en cachets) feront les frais du traitement. S’il

^ aâ parties égales.

ou :

Terpine

Glycérine / ââ

Sirop simple )

Yanilline

MALADIES DU POUMON

existe simultanément des lésions telles qu’hypertrophie des amygdales, végétations adénoïdes, on v remédiera par les moyens appropriés.

Les accès de dyspnée paroxystique seront calmés par 1 éther, la teinture de grindelia robusta, la pyridine en inhalations :

Teinture de lobelia inflala ) ~

Teinture de grindelia robusta )

Liqueur d’Hoffmann

Eau de fleurs d’oranger

— de tilleul

Par cuillerées à café jusqu’à cessation de l’accès.

XX gouttes.

1 gramme.

50 grammes

TUBERCULOSE PULMONAIRE

Les découvertes de Villemin et de Koch, démontrant que la tuberculose est une affection contagieuse, inoculable, et que l'agent du contage est un micro-organisme bien nettement spécifié, ces découvertes donnèrent l'espoir à nombre de médecins qu’elles seraient le point de départ d’une rénovation dans le traitement de cette maladie.

Mais c’est en vain que l’on s'adressera aux divers agents réputés bacillicides; tous les essais de bactériothérapie ont échoué, et la tuberculine, abandonnée presque aussitôt que proposée, est aujourd'hui reléguée, à juste titre, parmi les médications qui relèvent du jugement de l’histoire.

D’immenses progrès ont cependant été réalisés dans le traitement de la tuberculose; en effet, les moyens hygiéniques, la cure d'air, sont considérés aujourd’hui comme ayant une influence curative prépondérante, ou, pour mieux dire exclusive. Les merveilleux résultats obtenus par leur application méthodique ont confirmé la curabilité de la tuberculose, et la moyenne des cas de guérison dans les sanatoria n’est pas inférieure, en moyenne, à 25 pour 100.

D’autre part, la prophylaxie de la tuberculose, quoique bien imparfaite encore, n’est plus un vain mot. On se préoccupe d’enrayer les progrès incessants de cette maladie et d’opposer à sa propagation des barrières multiples.

Sans doute on s’est heurté à des difficultés pratiques considérables et l'on ne pourra se flatter de supprimer définitivement cette maladie dont le germe se trouve partout, sur le sol que nous foulons aux pieds, dans l’atmosphère où nous respirons. Mais, si l’on ne peut arriver à supprimer la contagion qui se fait à l’air libre, on peut du moins préserver l'entourage des malades; on peut supprimer les foyers d’infection localisés et. de ce chef, la théorie de la nature infectieuse de la tuberculose a reçu une consécration pratique dont on ne saurait nier l’importance.

La tuberculose est curable, avons-nous dit; tous les médecins doivent être imbus de la conviction de cette curabilité pour la faire partager à leurs malades, leur inspirer une confiance salutaire, le courage et la persévérance nécessaires pour se soigner. Laënnec, qui niait la contagion, croyait à sa curabilité, et son opinion, qui ne trouvait.

TUBERCULOSE PULMONAIRE

que des incrédules, reçut confirmation lorsqu’on eut relevé la fréquence des tubercules crétacés, c’est-à-dire guéris, aux autopsies de sujets ayant succombé à différentes affections.

Le professeur Brouardel a constaté que plus de la moitié des individus ayant succombé à une mort violente et autopsiés à la Morgue, présentaient des lésions de tuberculose active ou éteinte. M. Letulle, sur 189 autopsies, a constaté 92 fois des traces de tuberculose ancienne. Le nombre est grand, d’ailleurs, des pleurésies, des prétendues bronchites a fvigore, des embarras gastriques fébriles qui guérissent et ne sont autres que des manifestations tuberculeuses, d'ordre divers. Avec le professeur Brancher, on peut répéter hardiment que la tuberculose est la plus curable de toutes les maladies chroniques. 11 n’y a pas lieu d’insister davantage sur la curabilité fréquente de la tuberculose, que la guérison se produise spontanément, sous la seule influence de la nature, ou sous l’influence adjuvante des moyens hygiéniques. C’est là une notion éminemment consolante, en présence d’une maladie aussi répandue. Toutefois, il faut reconnaître que nombre de malades ne guérissent pas; les uns, parce qu'ils n’ont pas les ressources nécessaires pour se traiter utilement, ou parce qu’ils se résignent trop tard à se traiter — c’est le plus grand nombre; — les autres, parce que leur terrain, épuisé, n’offre aucune résistance au bacille, parce qu’ils ne peuvent tolérer aucun remède. Ce sont les surmenés, ceux qui ont brûlé les étapes de la \ie ou ceux qui. nés débiles, atteints de dystrophie constitutionnelle, sont, pour ainsi dire, irrémédiablement voués à la tuberculose.

Ainsi qu’on l’a répété avec raison, la tuberculose fait une sélection naturelle parmi ceux qui luttent pour l’existence; elle emporte les faibles, elle respecte les forts.

A. — Prophylaxie de la tuberculose.

La prophylaxie de la tuberculose ne consiste pas uniquement à empêcher la dissémination du bacille de Koch, et à poursuivre sa destruction; elle consiste encore à prévenir les causes qui favorisent sa greffe sur l’organisme.

Ces causes sont malheureusement fort nombreuses, et quelques-unes sont inaccessibles au traitement préventif.

On ne peut empêcher que certaines maladies aiguës prédisposent à la contagion de la tuberculose; on sait combien fréquemment survient celle-ci à la suite de la coqueluche, de la grippe, de la rougeole, de la variole. Encore y a-t-il quelques restrictions à faire au sujet du rôle attribué à ces maladies; peut-être ne favorisent-elles pas la contagion, mais sont-elles seulement capables de donner un coup de fouet à des tuberculoses latentes.

Quoi qu’il en soit, la convalescence de ces maladies devra être l’objet d’une surveillance attentive et le médecin devra s’appliquer : d’une part, à éviter aux convalescents les chances de contagion; d’autre part, à parfaire la guérison à l’aide de tous les moyens de la médication reconstituante.

On ne peut empêcher non plus que certaines maladies chroniques comme le diabète, certaines cirrhoses, l’anévrysme de la crosse de l’aorte, etc que certains trauma-

tismes, accidentels ou opératoires (trachéotomie), n’y prédisposent, ne se compliquent de tuberculose; mais ce que l’on peut tenter dans une cértaine mesure, c’est de combattre l’alcoolisme et toutes les causes de débilitation qui jouent un rôle effectif si considérable dans la prédisposition à la phtisie.

MALADIES 1)11 POliMOX.

M. Lancereaux professe que la plupart des alcooliques succombent à la tuberculose; c'est là une opinion parfaitement exacte, partagée par de nombreux médecins; tout ce que l'on peut accorder à ceux qui émettraient des doutes à cet égard, c’est qu’à l'alcoolisme s’ajoutent le plus souvent d'autres causes débilitantes. D’ailleurs l'alcoolisme peut être en cause indirectement ; plus l’ouvrier boit, moins il garde de ressources pour se loger, se nourrir, se vêtir. Nous n’insistons pas davantage sur les mesures préventives concernant l'alcoolisme, la misère, car il est plus facile d’indiquer leur rôle que de supprimer ces causes prédisposantes. Rappelons seulement d’un mot, l’influence nocive de la mauvaise hygiène, c’est-à-dire du surmenage, des veillées prolongées, des excès de coït, de l’alimentation insuffisante. Rappelons encore le danger du séjour dans des locaux obscurs, étroits, mal aérés, dans des ateliers où de nombreuses personnes vivent dans un air confiné, insuffisamment renouvelé, etc.

En résumé, tout ce qui met l’organisme dans une condition d’infériorité marquée, qu’il s’agisse d’une cause extrinsèque à l’homme ou d’une cause intrinsèque, constitue ipso facto une prédisposition à la tuberculose.

Il est une autre cause prédisposante qui n’est ni extérieure, ni personnelle au malade, mais qui lui vient d’héritage, c’est la tuberculose des parents. On peut hériter du bacille (Baumgarten) ; le fait est rare, mais il est prouvé par des autopsies récentes (Birch-Hirschfeld) ; le plus souvent on hérite, non de la graine, mais d’un terrain, c’est-à-dire que les tissus et les humeurs d’un fils de tuberculeux sont éminemment favorables à la pullulation bacillaire. On ne naît pas tuberculeux, mais tuberculisable (Koch, Villemin, Charrin). A côté des cas d’hérédo-tuberculose directe, il en est, ce sont les plus nombreux, d’hérédo-tuberculose atypique, dystrophiante. Dans ces cas « ce n’est plus la bacillose qui est en jeu, mais la tuberculinose transmise de la mère au fœtus en franchise placentaire » (Landouzy). Les enfants de tuberculeux naissent dystrophiques, comme peuvent naître dystrophiques les fils de vieillards, d’alcooliques, de syphilitiques, de saturnins, de neurasthéniques, par altération plasmatique et vitale de l'œuf...; ils sont prédisposés par droit de naissance. Ces prédisposés seront éloignés du milieu familial et soumis à une éducation spéciale; autant que possible on les élèvera au grand air, à la campagne; on s’efforcera de les fortifier par une alimentation substantielle, par des pratiques hydrothérapiques, par la gymnastique raisonnée, et par l’usage des médicaments reconstituants. Concluons qu’il faut tout mettre en œuvre pour rendre le sujet tuberculisable réfractaire à l’infection bacillaire : nous verrons plus loin quels sont les moyens à employer, quand nous traiterons de la scrofulo-tuberculose infantile.

Examinons auparavant comment on peut combattre les dangers de la contagion. La notion de la contagion de la tuberculose n’est, pas récente, puisque Morton, Morgagni, Valsalva, Van Swieten, Ilufeland (1805) croyaient la tuberculose transmissible, et le bon sens populaire, dans certains pays, avait ratifié cette croyance, en édictant des mesures prophylactiques qui ne diffèrent, guère de celles que l’on prend aujourd’hui. C’est ainsi qu’à Nancy, en 1750, les magistrats firent brûler sur la place publique le mobilier d’une femme morte de tuberculose; qu’en 1782, à Naples, un édit royal prescrivit la séquestration des phtisiques; qu’en Provence, au xvme siècle, on n’osait utiliser les draps de lit, les linges qui avaient servi à ces malades et, qu’après leur mort, on grattait et crépissait à neuf les murs de leur chambre, qu’on lavait les planchers et exposait au grand air, pendant une année, les meubles du logement. Cependant la notion de contagion se perdit. Laënnec lui-même ne croyait pas à la transmission de la tuberculose, et ce n’est que lors des recherches de Ville-

TUBERCULOSE PULMONAIRE

min en 1865 que la contagion de la tuberculose fut démontrée scientifiquement. Villemin affirma catégoriquement la virulence des crachats desséchés, la contagiosité par le lait

Le bacille de Koch peut en effet s'introduire dans l’économie par les voies aériennes, par les voies digestives, exceptionnellement par la voie cutanée.

La contagion par les voies aériennes s’effectue principalement par l’intermédiaire des poussières provenant des crachats desséchés; c’est uniquement dans les crachats que réside le danger de la cohabitation avec un phtisique, car l’air expiré n’est nullement dangereux; l’innocuité de l’air expiré a été démontrée par Tappeiner, par Gharrin, Karth, Cade'ac et Mallet, Cornet, etc.

Les bacilles contenus dans les poussières se répandent partout, sur les meubles, sur les vêtements; ils se logent dans les interstices des parquets et deviennent une source permanente de contagion, car leur virulence se maintient pendant un temps indéterminé.

Jusqu’ici on admettait le rôle exclusif des produits desséchés de l’expectoration; en 1897, Flügge a montré qu’un rôle non moins important dans la dissémination du contage tuberculeux doit être attribué aux particules de crachats que les phtisiques projettent autour d’eux, en parlant, en toussant, ou encore en éternuant.

Mœller [Zeistchrift fur Hygiene, p. 205-213, 1899) a confirmé la réalité des faits avancés par Flügge; il a constaté que 16 tuberculeux, sur 30 dont les crachats contenaient des bacilles, projetaient autour d’eux et jusqu’à un mètre de distance, en toussant, des particules bacillifères. Il a obtenu d’autre part l’infection directe du cobaye exposé à la projection des particules d’expectoration d’un tuberculeux placé à une petite distance.

La faculté de contamination par les gouttelettes bacillifères explique la propagation de la tuberculose parmi les vaches, dans les étables.

Nous n’avons pas à insister ici sur les innombrables expériences qui, depuis Villemin, ont été faites pour démontrer la transmission de la tuberculose par les voies aériennes, non plus que sur celles qui ont mis en lumière le mode de contagion de la tuberculose par le lait provenant des vaches tuberculeuses, ou par la viande d’animaux tuberculeux. A Paris, plus d’un cinquième des enfants âgés de moins de deux ans meurt tuberculeux; l’infection par le lait entre pour une large part dans la propagation de la tuberculose infantile.

Pour éviter la transmission de la tuberculose par la viande, transmission d’ailleurs exceptionnelle (Nocard), il suffit de porter le degré de cuisson jusqu a la température de l’ébullition. On fera cuire à fond notamment le foie, le ris de veau, la cervelle, les tripes, les rognons où siègent particulièrement les tubercules: on n’oubliera pas que la viande des petits animaux, comme le lapin élevé dans les villes, est plus souvent peut-être contaminée que celle des animaux de l’espèce bovine.

Si 1 on prescrit de la viande crue aux dyspeptiques, il faut recommander de se servir exclusivement de la partie musculaire proprement dite; il faut aussi combattre cette absurde habitude qu’ont certaines personnes d’aller boire du sang frais aux abattoirs, dans le but problématique de se fortifier, car la vache la plus saine en apparence peut être atteinte de pommelière.

Koch (Congrès anglais de la tuberculose, 1901), s’appuyant sur ce fait que la tuberculose intestinale primitive est exceptionnelle chez l’enfant (16 cas sur

MALADIES DU POUMON

5104 autopsies d’enfants tuberculeux, Biedert), estime que la propagation de la tuberculose par le lait ou la viande est un danger négligeable et que des mesures prises contre ce mode de tuberculisation sont inutiles; supposition qui a été vivement combattue.

En ce qui concerne le lait, la seule garantie contre l’infection est l'ébullition, ou bien la stérilisation à 85 degrés; d’après MM. Grancher et Ledoux- Lebard, la virulence des bacilles serait détruite en une minute à 70 degrés; toutefois, si la stérilisation neutralise sûrement les germes pathogènes des entérites, il n’est pas encore prouvé d’une façon certaine qu’elle mette à l’abri de l’infection tuberculeuse. Quoi qu’il en soit, ébullition, stérilisation s’imposent lorsqu’on fait usage d’un lait dont on ignore la provenance. Il ne faut pas croire, en effet, que le fait de boire toujours du lait provenant de la même vache, saine en apparence, donne une sécurité absolue; une vache peut avoir tous les dehors d’une santé parfaite, et cependant être tuberculeuse; d’autre part, le lait d’une vache n’ayant qu’une tuberculose localisée, et indemne de tuberculose mammaire, peut être cependant virulent.

Une mère tuberculeuse ne doit pas nourrir son enfant; non seulement l’allaitement est une cause puissante de débilitation pour elle, mais il peut être encore l'origine de l’infection de l’enfant.

S’il est relativement facile de se préserver de l’infection de cause alimentaire, le problème se complique lorsqu’il s’agit d’éviter la contagion par les poussières ou par les objets ayant appartenu aux phtisiques.

Le phtisique doit expectorer dans un crachoir, soit à la chambre, soit au dehors. On doit lui interdire de la façon la plus expresse de cracher dans un mouchoir, car le mouchoir qui traîne sur le lit, sur les meubles, qui est manié par plusieurs personnes, est un des agents les plus actifs de la transmission des bacilles.

Le meilleur crachoir fixe est le crachoir en verre ou en porcelaine, muni d’un couvercle mobile; on le remplit d’une solution de sublimé au 1000e, additionnée de 20 grammes de chlorure de sodium, d’acide phénique à 5 pour 100 ou de solution de formol (5 grammes dans un litre d’eau) ou encore d’eau de Javelle commerciale (100 grammes pour un litre d’eau). Ou le vide dans les lieux d’aisances (et non sur les éviers de cuisine) et on le plonge ensuite dans l’eau bouillante additionnée d’un peu de [carbonate de soude, pendant quelques minutes.

Le crachoir de poche, proposé par Dctweiler et généralement employé, se compose d’un récipient en verre fermé en bas par un bouchon en pas-de-vis, ouvert en entonnoir en liant et muni d’un couvercle; pour le vider, il suffit de dévisser le bouchon inférieur.

Tous les objets tels que verres, fourchettes, couteaux, dont le phtisique se sert, doivent être stérilisés par l'eau bouillante, ainsi que les linges; on peut aussi tremper ceux-ci dans l’eau de Javelle étendue de 20 fois son volume d’eau chaude.

Le bacille se trouve encore dans les déjections des phtisiques, qui présen-

TUBERCULOSE PULMONAIRE

lent si souvent des lésions intestinales de nature bacillaire; celles-ci seront donc désinfectées, c’est-à-dire reçues dans des vases renfermant au préalable une solution de sublimé ou de sulfate de cuivre.

Les planchers de Y habitation du phtisique doivent être lavés, et non balayés ou cirés. Quant aux objets de literie, ils doivent être exposés chaque jour au soleil, qui doit d’ailleurs pénétrer largement dans la chambre pour y exercer son action microbicide. Les tapis, les tentures doivent être supprimés.

Les soins de la bouche ne doivent pas être négligés par les malades, car les lèvres, les moustaches sont souvent souillées par des crachats qui peuvent transmettre la tuberculose aux personnes embrassées par le malade. D’ailleurs, c’est là une mesure utile au malade lui-même, puisqu’elle peut le préserver de l’infection secondaire de la cavité buccale: on lui recommandera donc des lavages fréquent de la bouche avec l une des solutions antiseptiques que nous avons indiquées.

Pour la désinfection des mains on se sert d’une solution de sublimé au millième, dont devra faire usage toute personne appelée à donner des soins au phtisique.

Quant à la désinfection des locaux, elle s’impose après décès et devrait être rendue obligatoire.

Après décès, les tapis, les rideaux, la literie, le linge doivent être envoyés à l’étuve de désinfection. On fait laver le plancher et les murs à l’eau savonneuse, puis avec une solution de sublimé, avec la solution de formol commerciale à 15 grammes par litre d’eau, avec la solution de chlorure de chaux indiquée par Chamberland et Fernbach (100 grammes de chlorure de chaux du commerce mélangés à 1200 grammes d’eau, puis dilués, après filtration, au dixième). Quand la nature des objets à désinfecter exige l’emploi de précautions, aux lavages on substitue les pulvérisations de sublimé. Le blanchiment à la chaux est absolument insuffisant pour détruire les germes; en 1889, de Giaxa a étalé des crachats sur un mur, puis, après leur dessiccation et deux badigeonnages à la chaux, a pu inoculer la tuberculose aux cobayes avec l’eau du lavage. La désinfection des locaux par les vapeurs de formol est aujourd'hui pratiquée dans les villes par de nombreuses entreprises privées. Rappelons encore (pie les bacilles tuberculeux sont les plus résistants des germes pathogènes, qu’ils sont tués uniquement par la chaleur humide à 100 degrés, par l’action prolongée d’une solution caustique d’acide phénique à 5 pour 100, ou d’une solution contenant par litre 2 grammes de sublimé et 20 grammes de sel marin (Miquel). La lumière solaire possède une action microbicide d’une grande puissance; elle tue les bacilles de Koch en quelques heures, aussi n'est -i 1 pas exagéré d’avancer qu elle constitue le moyen de désinfection par excellence !

B. — Traitement de la scrofulo-tuberculose infantile.

On sait (pie le cadre des manifestations morbides attribuées à la scrofule depuis Lalouettc (1780) et Lugol s’est rétréci de jour en jour, et que la plupart d’entre elles

MALADIES DU POUMON

ont été rattachées soit à la syphilis héréditaire, soit à la tuberculose atténuée, soit même à des infections cutanées ou d’origine adénoïdicnne (Beekmann, Gallois, Hacks); poussant plus loin le démembrement, de nombreux médecins veulent rayer la scrofule du cadre nosologique pour l’identifier avec la tuberculose; d’autres admettent encore l’existence de la scrofule, en tant qu'entité morbide distincte, et lui accordent une place à part, tout en reconnaissant d’ailleurs que les scrofuleux sont spécialement prédisposés aux tuberculoses locales et à la phtisie pulmonaire. Nous n’avons pas l’intention de discuter ici celte importante question doctrinale, ni de trancher le différend; il nous suffit d’ailleurs, pour rester sur le terrain pratique, que tout le monde soit d’accord sur les relations de la scrofule et de la tuberculose, pour en confondre le traitement dans une seule et même description. Le scrofuleux tuberculisable doit être traité comme un tuberculeux.

« Nous savons, dit P. Legendre, que la phtisie guette tous les débilités, que le bacille tuberculeux foisonne autour de nous, prêt à s’insinuer dans l’organisme affaibli, si quelque porte d’entrée lui est ouverte; or, ces inflammations catarrhales, en desquamant les muqueuses, ces inflammations cutanées ulcéreuses, en dénudant le derme, ouvrent à chaque instant des brèches dans le système défensif de l’organisme. Comme avec cela les humeurs et les tissus des scrofuleux paraissent favorables par leur composition à la germination des bacilles tuberculeux, il est bien facile d’expliquer que la tuberculose envahisse si souvent les scrofuleux sans être obligé d’accepter que la scrofule soit une tuberculose latente. »

Les causes de la scrofule doivent être recherchées dans l’hérédité tuberculeuse et dans l’innéité, c’est-à-dire dans cet ensemble de conditions qui président à la procréation de l’enfant. Un père trop vieux ou syphilitique, une mère malade, engendrent des scrofuleux.

D’autre part, la scrofule peut être acquise; l’allaitement artificiel mal dirigé, une mauvaise nourrice, une alimentation prématurée ou grossière, ayant pour conséquence habituelle toute la série des troubles gastro-intestinaux de l’enfance, peuvent, créer de toutes pièces la scrofule, de même qu elles peuvent déterminer le rachitisme....

Le plus souvent l’action du médecin n’est appelée à s’exercer que quand la scrofule s’est manifestée par l’un quelconque des accidents habituels ou bien, mais déjà plus rarement, quand les parents, se sachant entachés de tuberculose, réclament son avis sur les moyens propres à préserver leur enfant de cette redoutable maladie.

La prophylaxie de la scrofule chez l’enfant issu de parents tuberculeux est exclusivement du ressort de l’hygiène. Peter en a résumé les règles en d’excellents termes: « Faire de l’enfant un petit paysan, changer la vie urbaine pour la vie agreste, la vie dans les chambres pour la vie des champs, la privation de soleil par l’exposition an soleil, la crainte du froid par sa recherche, les bains chauds par les bains de rivière, le repos par l’activité, les exercices intellectuels par les musculaires; en un mot, vivre de la vie naturelle : là est en réalité la vraie prophylaxie. »

La scrofule déclarée est également justiciable d’un traitement hygiénique dans lequel l’exercice, la cure d’air jouent le plus grand rôle. Le séjour au bord de la mer est particulièrement utile; il peut amener la guérison, non seulement chez les malades qui ne présentent que les manifestations les plus atténuées de la diathèse, mais encore chez les serofulo-tnberculeux atteints

TUBERCULOSE PULMONAIRE

d’adénopathie en voie de suppuration, d’abcès froids cutanés, de lupus, de tuberculose osseuse ou articulaire, etc.

On enverra donc au bord de la mer tous les scrofuleux, sauf les enfants trop jeunes (au-dessous de trois ans), ou les enfants trop irritables, ou bien encore ceux qui sont atteints d’affection du cœur, de mal de Bright, de dermatoses étendues.

Le simple séjour au bord de la mer peut suffire à la guérison ; l’exposition permanente au grand air, les bains de soleil sur les plages de sable, l'imprégnation par l’atmosphère maritime chargée de buées salines sont en effet, à eux seuls, de puissants modificateurs de la nutrition, mais on peut y adjoindre avec la plus grande utilité le bain (le mer (bain à lame, douche, etc.) ; le bain détermine une « réaction » qui imprime aux circulations locales une activité insolite et amène dans la nutrition interne des tissus des modifications salutaires. Le bain de mer froid n’est utile qu’à la condition d’être très court: sa durée doit être de deux à trois minutes et ne doit dépasser cinq minutes dans aucun cas. Si la réaction n’a pas lieu, c’est que l’enfant est trop jeune ou trop faible; il faut alors renoncer au bain froid et avoir recours aux bains de mer chauds ou aux douches chaudes. Toutes les stations maritimes ne conviennent pas également aux enfants; les plages du Nord sont celles où l’air est le plus vif; ce sont les plus excitantes; celles de l’Ouest, mais surtout les plages du Midi (Arcachon, Royan, Biarritz), sont particulièrement favorables pour le traitement des scrofuleux dont les bronches sont facilement irritables.

Il existe des hôpitaux et sanatoria marins à Malo-les-Bains, Berck, Saint- Paul-sur-Mer, Pen-Bron, Roscofï, Le Croisic, Saint-Trojan, Arcachon, Le Moulleau, Cap-Breton, llendaye, Cerbère, Banyuls, Cette, Cannes, Ilyères, Grasse, Nice.

Lorsqu'il existe des contre-indications au séjour au bord de la mer, ou bien lorsqu’on dehors de toute contre-indication les parents préfèrent le séjour à la campagne, on prescrit pour leurs enfants un traitement aux eaux chlorurées ou aux eaux sulfureuses. De tout temps on a remarqué que les hainesalés activent la circulation sanguine superficielle, qu’ils rendent la peau moins impressionnable aux variations de température, qu’ils relèvent les forces et augmentent l’appétit. Ces heureux effets ne peuvent être attribués à l’absorption des chlorures par la peau; il est en effet prouvé que la peau ne peut absorber l’eau, car la couche d’éléidine qui existe entre le corps muqueux et les cellules épithéliales s’oppose à la pénétration; les médicaments ne peuvent être absorbés par la voie cutanée, que s’ils sont incorporés à une substance grasse, et à la suite de frictions prolongées, les corps gras, à l’inverse de l’eau, se mêlant à la couche d’éléidine. L’eau ne peut en somme déterminer qu’une imbibition des couches superficielles de l’épiderme; on a d’ailleurs constaté expérimentalement le défaut d’absorption des différentes solutions salines; car les réactifs (pii décèlent les substances salines n ont permis de retrouver ces substances ni dans le sang, ni dans la salive, ni dans l’urine, ni dans aucune sécrétion.

MALADIES DU POUMON

L’effet (les bains est cependant incontestable et cet effet est différent selon les principes minéraux dissous dans le bain, ce qui parait en contradiction avec ce qui précède. Il faut donc admettre une action de contact, une irritation des nerfs superficiels, actionnant par voie réflexe les centres nerveux, d'une façon différente suivant les cas.

Les bains chlorurés produisent une action irritante sur la peau; à la suite du bain persiste pendant cinq à six heures une rougeur généralisée des téguments, d'où une puissante dérivation, et en même temps des modifications de la nutrition qui ont été constatées d’une façon rigoureuse; c’est ainsique, d'après Beneke, l’usage des bains salés détermine une augmentation considérable dans la combustion des matières albuminoïdes, c’est-à-dire une augmentation dans la proportion d urée, tandis que l’acide urique et surtout l’acide phosphorique diminuent. Un bain d’eau simple ne produit pas d effets analogues. D’autre part, Rolirig et Kuntz ont trouvé que, dans le bain salé, il v a davantage d’oxygène consommé et plus d’acide carbonique expiré. Pour un bain à 56 degrés et à 5 pour 100 de concentration, la consommation de l’oxygène était de 15,5 pour 100 plus considérable qu elle ne l’était dans un bain d’eau simple de même durée et d’égale température. L’acide carbonique exhalé était de 25 pour 100 plus abondant. « Il va de soi, dit M. Suchard, dans une intéressante étude sur le traitement de la scrofule (Revue des maladies de l'enfance, 1887, p. 214), que cet accroissement des échanges moléculaires a une grande action dans la scrofule, car les scrofuleux ont toutes les fonctions vitales lentes et paresseuses, cl ils se distinguent par une déperdition notable de phosphates par les urines. »

La présence ou l’absence d’iode et de brome dans les eaux chlorurées n'a, d’après M. Suchard, qu’une importance accessoire, car ces deux corps n’existent dans les eaux salines qu’à l’état l'induré et de bromure, sels très stables, et leur proportion y est des plus minimes, les sources salines les plus fortes en renfermant quelques centigrammes par litre, les eaux mères les plus concentrées quelques grammes pour les bromures, et quelques centigrammes seulement pour les indurés.

L’action du bain salé est essentiellement une action irritante (l’hypothèse de l’absorption saline étant abandonnée); il faut donc considérer l’action thérapeutique du bain comme directement proportionnelle à l’irritation qu’il provoque, d’où l'importance qu’il v a à pouvoir augmenter ou diminuer à volonté son degré de saturation (M. Suchard). Il y a tel malade à peau impressionnable chez qui l’on obtient un effet physiologique suffisant par le bain à 1/2 pour 100, tandis que pour tel autre il faut 5 pour 100 et plus pour le résultat équivalent. « Que le praticien n’hésite donc pas, conclut M. Suchard, à ordonner des bains énergiques aux scrofuleux, dont la peau torpide est peu impressionnable, à les graduer suivant la maladie et le terrain, comme il graduerait tout autre médicament. »

Aux enfants qui ne pourront se déplacer, on fera prendre sur place des bains salés; on prescrira tous, les deux ou trois jours un grand bain, d’un quart d’heure, contenant :

TUBERCULOSE PULMONAIRE

Sel de cuisine 1000 grammes.

Carbonate de soude 100

Amidon 250 —

L’efficacité des eaux chlorurées prises eu boisson doit être essentiellement attribuée aux chlorures qu’elles contiennent et non à la faible quantité d’iode, et de brome; est-il besoin de rappeler quels heureux résultats donne l’addition de sel à la ration alimentaire des animaux, ou bien au contraire de quelle déchéance organique est suivie la privation du sel?

La quantité de sel prise en boisson ne doit pas dépasser 15 à 20 grammes par jour, sinon surviennent des phénomènes d’irritation gastrique. Il n’est pas indifférent de boire les eaux salées froides ou chaudes. L’eau salée chaude esl rapidement absorbée par l'estomac; elle n’est pas purgative, tandis que l’eau salée froide agit sur l’intestin.

Parmi les eaux chlorurées, nous devons citer Salins-du-Jura (22 gr. 71 de chlorure de sodium par litre) employée en bains chauds ou en douches froides. On peut aussi donner des bains d’eaux mères, celles-ci renfermant jusqu'à 100 à 200 grammes de chlorures par litre, et 2 grammes environ d’iodure et de bromure. Mentionnons encore Salins-Moutiers (Savoie) contenant 11 grammes de sel par litre (température 35 degrés), Salies-de-Béarn (Basses- Pyrénées), Biarritz, Bex, Bourbonnc-les-Bains, dont les eaux sont beaucoup moins minéralisées, mais dont la liante thermalité (50 à 58 degrés) est mise à profit dans le traitement des affections douloureuses des os, dans celui des myalgies et des névralgies des scrofuleux.

Les eaux sulfureuses fortes et chlorurées faibles de Challes (Savoie) sont indiquées chez les scrofuleux atteints simultanément d’adénite énorme et d’affections cutanées ou bien d’inflammation chronique du nez, de la gorge, des bronches (J. Simon). Les eaux d’Uriage (Isère) sont au contraire faiblement sulfurées, et assez fortement chlorurées (7 grammes); elles sont particulièrement indiquées contre les scrofulides cutanées, la rhinite, la bronchite chronique.

Les eaux sulfureuses conviennent particulièrement aux manifestations bronchiques, tout en déterminant une action excitante sur la circulation, sur la peau et les muqueuses. Citons Ludion (Haute-Garonne), Cauterets (Hautes- Pyrénées), Barèges (Hautes-Pyrénées); à ces dernières eaux, on adresse les scrofuleux présentant des manifestations invétérées de la scrofule, qui ont des arthrites, des fistules, des caries osseuses.

Saint-Honoré (Nièvre) a une action marquée sur la pharyngite, la rhinite et la trachéo-bronchite chronique des scrofuleux.

A Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme) seront envoyés les scrofuleux atteints de troubles digestifs, d’adénite mésentérique, d’hypermégalie ; à la Bourboule et à Boyat, les scrofuleux anémiés, lymphatiques, mais sans manifestations graves.

L’huile de foie de morue et l’iode sont les deux médicaments par excellence de la scrofule. Un a, pendant longtemps, attribué les propriétés de

MALADIES DU POUMON

Y huile de foie de morue à l'iode qu’elle contient, mais aujourd’hui on n’accorde que peu d’importance à l’iode et aux principes minéraux, car ils y sont renfermés en trop minime proportion pour être actifs. C’est vraisemblablement en tant que corps gras, parfaitement assimilable, qu’elle exerce son influence heureuse sur la nutrition. Afin de ne pas déterminer de dégoût et de troubles digestifs, on doit recommander l’huile blonde. Pour être réellement efficace, l’huile doit être prise à haute dose; on sait d’ailleurs combien les enfants s’habituent facilement à l’huile de morue, et quelles quantités relativement élevées ils arrivent à absorber. Les doses, fai blés au début, seront rapidement élevées de façon que l’enfant prenne, suivant Page, de 2 à 4 cuillerées à bouche.

Nous verrons plus loin par quels artifices on peut masquer la saveur de l’huile, et quels sont les moments de la journée les plus propices à son administration.

Depuis le commencement du siècle, Y iode et les iodures ont été appliqués avec le plus grand succès au traitement de la scrofule; on ne peut cependant donner l’iode à tous les scrofuleux; au-dessous de deux ans, son administration serait plus nuisible qu'utile.

La teinture d’iode a été parfois utilisée; on la donne à la dose de Y à X gouttes (I goutte en moyenne par année, une goutte contenant 0,0012 d’iode) ; mais sa saveur désagréable, son action irritante sur l’estomac l’ont fait délaisser par beaucoup de praticiens; elle est mieux tolérée quand elle est associée au sirop de quinquina, de gentiane, de raifort. J. Simon préconisait l’emploi du sirop suivant :

Teinture d’iode XXX gouttes.

lodure de potassium 50 centigr. à 1 gramme.

Sirop d’écorces d'oranges amères . . . 500 grammes.

Dose : 1 cuillerée à café ou à dessert pour un enfant de deux ans; le double à partir de quatre ans.

L’iodoforrne a été donné dans quelques cas :

Iodoforme 0 gr. 02

Extrait de gentiane q. s.

Pour 1 pilule. 2 à 4 par jour.

L’iodure de fer est un excellent médicament, permettant d’administrer l’iode avec facilité. On le donne «à la dose de 1 à 5 centigrammes en pilules (chez les enfants de six à huit ans) et, aux petits enfants, à partir de deux ans, sous forme de sirop, à la dose de 1 centigramme à 2 centigrammes par jour; le sirop contenant 10 centigrammes par cuillerée à bouche, il est facile de mesurer la dose appropriée à l’âge de l’enfant. Le sirop sera toujours donné au milieu du repas et dilué dans une certaine quantité d’eau.

Le sirop de raifort iodé et le sirop iodo-tannique sont les moyens les plus

Tl BKRCULOSE PULMONAIRE.

pratiques d’administrer l’iode; le premier contient 0 gr. 02 d’iode par cuillerée à soupe et le second 0,04; on administre de l'un ou de l’autre une à deux, cuillerées à soupe par jour, suivant l’âge.

Voici quelques formules concernant l’emploi de l’iode et les iodures dans le traitement de la scrofule :

Sirop antiscorbutique

— de quinquina

Vin antiscorbutique

Teinture d’iode

2 cuillerées à bouche par jour (six à huit ans).

lodure de potassium

Teinture d’iode

Sirop antiscorbutique

— de quinquina

1 cuillerée à café pour un enfant de trois ans (Legendre).

lodure de calcium 6 grammes.

Eau de chaux 50 —

Eau distillée de menthe 150

2 à 4 cuillerées à café (Legendre).

Teinture d’iode 6 grammes.

lodure de sodium 15 —

Sirop de gentiane 200 —

Vin de Banyuls q. s. pour 1 litre.

1 cuillerée à soupe de ce vin au milieu des deux principaux repas (Legendre).

lodure de sodium

Glycérine

Sirop d’écorces d’oranges amères

1 cuillerée à dessert à un enfant de trois ans.

On peut prescrire pendant quinze jours l’huile de foie de morue et une préparation iodée; ensuite les phosphates, l’arsenic.

On peut prescrire diverses -préparations phosphatées.

On sait combien l’action des phosphates calcaires est discutée en raison du défaut d’absorption de ces sels. Au phosphate de chaux, il faut préférer les hypophosphites de chaux ou de soude, dont on donne 10 centigrammes à 20 centigrammes par jour chez les enfants; ou bien encore les phosphates alcalins :

2 grammes, ââ 50 —

60 grammes.

XL gouttes.

ââ 1 gramme.

; ââ 125 grammes.

MALADIES Dü POUMON.

2 grammes.

a) Hypophosphite de chaux Eau

I à 2 cuillerées à bouche par jour pour un enfant de sept à dix ans.

Eau distillée

Phosphate de soude ) ~

- — de potasse $

1 00 grammes.

10 grammes.

1 cuillerée à café, à l’un des repas, dans de l’eau sucrée.

c) Phosphate de soude ) „ .

, . . aa 5 grammes.

— de potasse ) °

Sirop de gentiane 100 —

Vin de quinquina au malaga 500 —

I cuillerée à dessert ou à soupe (Legendre).

( I ) Phosphate monocalcique )

Eau distillée ) ,u

Sirop iodo-tannique q. s. pour

10 grammes.

1 cuillerée à dessert ou à soupe, suivant Page.

L 'arsenic ne doit pas être prescrit sous forme de liqueur de Fowler pure pour les enfants, en raison des erreurs possibles de dosage (II gouttes patannée; une goutte contient 0,0004 d’acide arsénieux).

Il est préférable de l’administrer dans un sirop :

Liqueur de Fowler Sirop de quinquina

1/2 cuillerée à 2 cuillerées à café par jour.

On prescrit l’arséniate de soude en solution étendue (0,0005 à 0,001 patannée), par exemple ;

Arséniate de soude 5 centigrammes.

Eau distillée 250 grammes.

— de mélisse q. s.

line cuillerée à café contient 0 gr. 001 d’arséniate de soude.

2 grammes.

\|| gouttes de solution de Pearson contiennent également 0 gr. 001 de sel. Quant à la liqueur de Boudin, qui est une solution au millième d’acide arsénieux, son titrage en permet aisément l’administration : XX gouttes contenant 0 gr. 001 d’acide arsénieux.

Aux moyens internes il faut joindre l’usage quotidien des frictions stimulantes, soit sèches, soit avec un alcoolat quelconque ;

TUBERCULOSE PULMONAIRE

Alcoolat de lavande.

— de romarin.

— de Fioraventi

Tel est le traitement général de la scrofule; ce traitement, conduit avec méthode et persévérance, parvient le plus souvent à modifier la nutrition et prévenir la tuberculisation. Sous son influence, on voit les ganglions diminuer de volume et reprendre peu à peu leurs dimensions normales; alors même qu’ils sont déjà ramollis, on voit parfois l'adénite entrer en résolution; s’il existe déjà un abcès ganglionnaire, il faut avoir recours au traitement chirurgical (injection d’éther iodoformé, curettage, etc.).

;ÎTt parties égales.

Page 1