‹ Traité élémentaire de clinique thérapeutiqueChapitre 92 sur 274 · IT · texte numérisé non relu

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trer, comme à l’espérance ; bourrelets aux portes, bourrelets aux fenêtres, épais rideaux enveloppant le lit, où le malheureux phtisique mijote à l’étuvée dans sa moiteur et dans son air vingt fois respiré, vingt fois souillé déjà par le contact de scs poumons altérés. »

Ce n’est que depuis vingt-cinq ans environ que la question de la cure à l’air ou, pour mieux dire, de l’aération continue a pris corps, grâce aux travaux de Brehmer, le fondateur du sanatorium de Goerbersdorf en Silésie, à ceux plus récents de Dettweiller, à ceux d’il. Bennett qui, « devenu tuberculeux à Londres, se voyant condamné, par ses confrères, à vivre dans une chambre surchauffée et étroitement close, à boire du bouillon de poulet et des tisanes tièdes, partit pour Menton, s’étendit au soleil sur les rochers, mangea de la viande, du beurre, du pain, but du lait et de l’alcool, et se lotionna avec de l’eau froide » (Daremberg).

On reconnut donc, à la suite des travaux des uns et de la guérison des autres, que le séjour permanent au grand air pouvait déterminer la guérison, sans qu’il fût même besoin de prescrire l’émigration vers un pays ensoleillé et chaud; on reconnut que respirer au grand air, c’est pour le phtisique, sous quelque climat qu’il se trouve, respirer la vie et dès lors ce ne fut plus au climat, mais à l’air seul que l’on demanda la guérison.

Toutefois, si la cure d’air peut se faire partout, il est évident que certains climats sont plus favorables que d’autres pour la réalisation de cette cure. L'influence climatérique a été beaucoup trop dédaignée, dans ces dernières années, sous l’influence des idées qui ont couru en Allemagne.

En Allemagne, pays moins favorisé que la France sous le rapport des conditions climatériques générales et de la variété des climats, on est arrivé à négliger complètement l’influence climatérique pour accorder une importance exclusive au traitement dans un établissement fermé, dans un sanatorium. Nous sommes parmi les partisans convaincus des avantages du sanatorium dans un grand nombre de cas; mais, tout en accordant ajuste titre une importance considérable à ce traitement, nous ne croyons pas qu'il soit permis de faire fi des conditions climatériques. D’ailleurs, nombre de malades peuvent éviter le séjour dans un sanatorium, séjour dont les avantages ne doivent pas faire oublier les inconvénients, et c’est avec raison que les médecins français ont élevé la voix récemment en faveur de la « cure libre » préférable pour les malades intelligents, disciplinés et pourvus d’une aisance suffisante.

Traitons d’abord la question de l’aération continue, examinons les conditions dans lesquelles elle peut se faire, soit librement, soit dans un établissement fermé. Nous passerons ensuite à l’étude de l’influence respective des

climats.

Ainsi qu’il a été dit plus haut, l’aération continue peut se faire partout, sous n’importe quelle latitude ; mais encore faut-il l’accommoder aux nécessités climatériques ou saisonnières. Il importe d’en indiquer les règles aux malades avec une précision absolue.

Voici comment doit être faite la cure libre, ou cure en « home-sanatorium »

MALADIES DU POUMON

(Landouzy), par les malades assez dociles et intelligents pour n’avoir pas besoin de la discipline el de l’entrainement du sanatorium.

Dans la journée, le meilleur moyen d’habituer le malade à l’air est de l’y exposer étant couché (Dettwciller).

En hiver et dans les villes le malade sera étendu sur une chaise longue, dans sa chambre, dont la fenêtre sera largement ouverte. Celle-ci ne sera fermée que pendant les périodes de pluie et de brouillard, ou en cas de vent violent; l’intensité du froid ne constitue en aucune façon une contre-indication à l’aération continue (des fébricitants ont été exposés sans inconvénients à un froid de 12 degrés). D’ailleurs il sera utile, si la température est notablement basse, de réchauffer l’air au moyen d’un feu de bois, ou du calorifère à eau chaude ou à vapeur à basse pression, si l’appartement en est muni; les calorifères à air chaud doivent être bannis. D’autre part, la position horizontale, obligatoire pour la cure de repos, atténue la sensation de froid pour les malades (pii devront d’ailleurs être couverts de vêtements chauds, emmaillotés dans des couvertures et dont les plus faibles auront des boules d'eau chaude aux pieds.

Dans le midi méditerranéen, il est recommandé aux malades de fermer leurs fenêtres ou de rentrer au moment du coucher du soleil, moins à cause de la baisse thermométrique (pii est faible que pour éviter l’humidité résultant de la condensation brusque de la vapeur d’eau. Berlhelot a démontré que la saturation brusque de la vapeur d’eau échauffe le sang pulmonaire et favorise les congestions. La cure libre ne peut se faire au dehors, pendant l’hiver, que dans les localités où le malade peut disposer de jardins et où le climat est peu rigoureux; elle est donc particulièrement facile sur le littoral méditerranéen; elle n’est possible dans les stations d’altitude que si elle est faite dans un sanatorium où les malades trouvent les vérandas abritées qui les mettent à l’abri des intempéries. L’un des grands avantages du sanatorium est qu’il permet la cure d’air en hiver, dans les meilleures conditions de sécurité et d’efficacité pour les malades. En été, la cure libre peut se faire aisément en tous lieux. Dans son jardin, si le malade ne dispose pas d’un kiosque, d'un abri quelconque, ou même d’une simple tente, il peut tout au moins se procurer soit un sun-box, une vaste guérite de bains de mer en osier capitonnée et dépourvue de siège, où l’on pourra introduire sa chaise, ou bien encore le paravent-abri (préconisé par Lalesque), sorte de châssis mobile, en bois. Scs diverses valves (deux latérales, une supérieure) peuvent s’écarter ou se rapprocher indifféremment, prendre un grand nombre de positions, selon les exigences du moment. 11 importe, en effet, que le malade ait la tète et le tronc protégés contre le vent et contre le soleil; l’action directe des rayons solaires est nuisible, même en hiver ; le malade doit voir la lumière du soleil, mais ne doit pas être vu par lui (Sabourin).

L’exposition directe au soleil peut, en elfet, amener une élévation de température, parfois même une hémoptysie. Si même la température s’élève, sous l’abri , au-dessus de 20 degrés, ce qu’indiquera le thermomètre qui doit toujours être fixé aux parois, le malade fera bien de le quitter momentanément.

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Dans le midi les malades qui s’exposent dans l’après-midi aux rayons du soleil ont très fréquemment des accidents congestifs. La cure libre, en été, peut se faire non seulement dans un jardin, mais en plein air, en forêt, au moyen d’un hamac suspendu à deux arbres; elle peut se faire encore en bateau, mais toujours sous la réserve que le malade sera préservé des rayons solaires.

Pendant la nuit, l’aération doit être également permanente. La chambre qu’a quittée le malade au matin doit rester ouverte tout le jour; on ne ferme la fenêtre que pendant le temps nécessaire au malade pour se coucher, puis on rouvre la fenêtre. Il est préférable, pour assurer l’aération, d’ouvrir simplement la fenêtre plutôt que d’avoir recours au système des impostes, des vasistas, des stores, des verres perforés, etc — Le lit sera situé le plus loin possible de la fenêtre, le pied étant tourné vers elle; il peut être utile, si l’air arrive trop directement sur le lit, de s’en défendre au moyen d’un paravent. Le malade qui s’habitue aisément à l’aération continue de jour a plus de peine à accepter l’aération pendant la nuit. Si le traitement est commencé pendant l’été, l’accoutumance est facile à obtenir, mais s’il est commencé pendant l’hiver, certains malades pusillanimes ont de la répugnance à s’y soumettre. On commencera par laisser une ouverture très petite, qu’on limitera au moyen

de crochets Au bout de quelques jours, la fenêtre bien fixée sera laissée

largement ouverte. En aucun cas on ne doit laisser les rideaux fermés.

Pendant la nuit le malade doit avoir une chemise de nuit, en flanelle, et, si le froid est très vif, un maillot en tricot de laine avec col et manches fermés, par-dessus cette flanelle. 11 est inutile de se couvrir la tète ou de s’envelopper le cou avec un cache-nez. Un édredon recouvrira la partie inférieure du corps et des boules d’eau chaude seront placées aux pieds. La chambre sera chauffée par la cheminée (feu de bois) ou le calorifère.

Contrairement aux préjugés si répandus dans le vulgaire, l’habitude de coucher la fenêtre ouverte ne prédispose ni aux ophtalmies, ni « au refroidissement »; la toux diminue de fréquence, les sueurs diminuent également; le sommeil est paisible, profond, sans rêves ni cauchemars. Le malade se réveille dispos, sans éprouver la céphalalgie qui est si fréquente lorsqu’on a dormi dans une chambre où l’air n’est pas renouvelé. La fièvre enfin peut tomber progressivement sous l’influence de l’aération continue, alors que tous les antithermiques sont impuissants contre elle ; ajoutons qu’il n’est pas non plus de meilleur moyen pour combattre l’anorexie et mettre un terme h des vomissements rebelles. Hormis le cas de pluie persistante, d’humidité pénétrante, la fenêtre doit rester ouverte, quel que soit l’abaissement de la température ; il est à remarquer d’ailleurs qu'il n’existe aucun parallélisme entre la température de l’air extérieur et celle de la chambre; celle de la chambre est parfois élevée de plus de 10 degrés que la température extérieure.

La cure d'air dans les sanatoria a constitué un progrès considérable dans le traitement de la tuberculose; les avantages de ce mode de traitement ont paru tels, il y a quelques années, que l’on oublia ceux qui sont inhérents audimat. Aujourd’hui on est revenu à une plus saine appréciation des choses, et tout en reconnaissant la supériorité du traitement dans les établissements

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fermés, on n’est plus disposé à méconnaître les avantages inhérents au climat.

11 est vrai que la plupart des sanatoria s’élèvent dans les stations de montagne, que les malades y peuvent faire la cure d’air en hiver, en y bénéficiant des qualités du climat d’altitude, qui se manifestent surtout pendant la saison froide, tandis que la cure libre ne peut être pratiquée dans les stations d’altitude, en dehors d’un établissement spécialement aménagé à cet effet.

C’est là un des avantages du sanatorium, mais il en est un plus important, c’est que le traitement hygiénique, cure d'air et de repos, suralimentation, etc., y est placé sous la surveillance constante du médecin, et qu’aucun détail de ce traitement n’y est laissé au hasard. Grâce à cette surveillance, le malade est initié rapidement à tous les détails du traitement; il peut ainsi apprécier l’importance de précautions qu'il négligerait de prendre, s’il était abandonné à lui-même; vivant au milieu de malades déjà initiés, subissant l’entrainement de l’exemple; abandonnant, en entrant, toute velléité d’initiative pour se plier à la discipline commune, le tuberculeux qui vient d’arriver au sanatorium puise dans cette « é.cole mutuelle des tuberculeux » des idées précises sur les moyens de parvenir à la guérison et de la maintenir; sorti du sanatorium, il pourra continuer à se soigner en observant les règles du traitement qu’il a pratiqué et vu pratiquer autour de lui.

C’est dire que le séjour du sanatorium, utile pour tous les malades, mais non indispensable pour tous, est particulièrement indiqué pour les indisciplinés qui ne peuvent se résigner à observer d eux-mêmes les prescriptions médicales, pour les malades riches et mondains qui ne savent pas résister aux entraînements des plaisirs dans leur milieu habituel, pour les découragés qui ont besoin d’être à toute heure du jour sous la tutelle morale du médecin (Legendre), et ces découragés sont légion parmi les tuberculeux. Enfin le sanatorium, bien qu’obligeant à une dépense assez élevée, est cependant accessible, en général, aux bourses moyennes, à ceux qui peuvent faire un sacrifice pécuniaire temporaire, et qui ne pourraient faire face aux dépenses nécessitées par la location d’une maison avec jardin pour y faire la cure d’air. Il va sans dire que l’on doit adresser dans un sanatorium les malades seuls qui sont susceptibles, sinon d’une guérison complète, tout au moins d’uni1 amélioration. Le déplacement ne pourrait que hâter la fin des malades cachectiques. En somme, les avantages du traitement dans un sanatorium sont d’ordre physique et d’ordre moral; le tuberculeux y reçoit une leçon de choses qui le convertit à deux idées : la curabilité de la maladie d’une part, son évitabilité d’autre part (Landouzy). Il y apprend à se soigner par l’hygiène, lui qui était enclin à se soigner uniquement par des médicaments; il y apprend à respirer, à se reposer, à manger intelligemment, à ne pas tousser inutilement, à ne pas cracher autre part que dans un crachoir. Il est soustrait à ses préoccupations, à son milieu, dont l'influence peut être néfaste pour la direction de son traitement et réciproquement, ses proches échappent à la contagion. Il y puise enfin une confiance dans la guérison qui est déjà un commencement de guérison.

On a émis l’opinion que les tuberculeux pouvaient se contagionner récipro-

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quement dans les sanatoria et que d'autre part ils pouvaient répandre la tuberculose autour d’eux. On a peine à comprendre que l’adjonction de quelques bacilles nouveaux aux bacilles déjà renfermés dans les poumons d’un malade puisse aggraver sensiblement son état; d’ailleurs la contagion entre malades est prévenue dans la plus grande mesure possible par la désinfection des locaux et des objets qui ont servi aux malades : literie, linge, vaisselle, argenterie, crachoirs; par l’obligation rigoureuse, sous peine d’exclusion, de cracher ailleurs que dans les crachoirs fixes, dans l’intérieur du sanatorium, dans les crachoirs de poche pendant la promenade. En fait, les sanatoria ne paraissent pas être des foyers bien actifs de dissémination des bacilles, car la mortalité par tuberculose, à Davos, à Falkenstein, n’a pas augmenté.

Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails de construction et d’aménagement des sanatoria. Rappelons que tout y est combiné pour faciliter la cure d’air el la désinfection. Les chambres, chauffées en général par la vapeur à basse pression, y sont dépourvues de rideaux, de tapis, de toutes les tentures qui peuvent entraver l’accès de l’air ou servir de réceptacle aux bacilles; le plancher est recouvert d’un linoléum permettant le nettoyage humide; les murs sont recouverts d’un vernis, qui permet également le lavage, tous les angles sont arrondis de façon à ne pas receler de germes. Un crachoir, muni d'un couvercle, à demi rempli d’une solution antiseptique, existe dans chaque chambre.

La cure d’air se fait dans de vastes vérandas couvertes, exposées au midi; dans les sanatoria ouverts toute l’année existent également des pavillons mobiles, fixés sur pivot, et pouvant être ainsi orientés contre le vent ou le soleil. Dans ces vérandas ou ces pavillons les malades restent étendus, tout le jour, sur des chaises longues, protégés contre les intempéries par les moyens que nous avons indiqués précédemment. A portée d’eux sont le crachoir, des

livres, des journaux, etc La cure d’air et de repos est ainsi pratiquée dans

toute sa rigueur et avec le maximum de commodité; aussi malgré les longues heures d'immobilisation, les malades ne ressentent pas trop vivement la monotonie de cette existence nouvelle pour eux.

Les malades ne sont pas seulement initiés à la cure d’air et de repos : on les entraîne encore à la suralimentation méthodique, tout en surveillant celle-ci et en modifiant le régime si la suralimentation est mal supportée; on leur apprend à discipliner leur toux, à supprimer la toux inutile, celle qui n’est pas suivie d’expectoration; effectivement, et ce n’est pas là l’un des moindres sujets d’étonnement pour les visiteurs, on n’entend que très rarement tousser dans un sanatorium.

Enfin les soins hygiéniques de la peau ne sont pas négligés; les pratiques hydrothérapiques, sous les formes auxquelles elles sont applicables chez les tuberculeux, sont imposées à la majorité des malades et leur sont facilitées par des installations complètes de bains et de douches.

D une façon générale, l’emploi du temps est réglé d’une façon précise. Le lever a lieu à heure fixe; après le premier déjeuner, les malades qui ont l’auto-

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risation de marcher font la promenade, puis tous se retrouvent dans la galerie de cure, jusqu’au second déjeuner après lequel la cure de repos est reprise. Le goûter est suivi de la promenade, toujours par ceux à qui l’immobilisation absolue n’est pas imposée. Après la promenade, on retourne à la chaise longue jusqu’à l’heure du souper. Une dernière séance de repos a lieu après le dîner. Les malades n’ont d’autre distraction que la lecture et quelques jeux peu absorbants; encore la lecture ne leur est-elle pas permise pendant un temps trop long. Cependant, nous l’avons dit, malgré la monotonie de l’existence dans le sanatorium, les malades s’y accoutument aisément, encouragés par l’amélioration qu’ils éprouvent assez rapidement et par le spectacle de malades déjà avancés dans la voie de la guérison. D’ailleurs, dans les sanatoria d’altitude, la contemplation des vastes horizons, le tableau grandiose de la montagne, ont leur charme pour beaucoup de malades.

Les premiers sanatoria ont été construits dans des stations d’altitude : aussi n’étaient-ils ouverts que pendant la saison d’hiver, saison pendant laquelle le malade bénéficie au maximum des avantages du climat d’altitude; dans les dernières années, sous l’influence des idées courantes sur les avantages du sanatorium, avantages indépendants de toute influence climatérique (?), on a construit des sanatoria en plaine, ou tout au moins sur des plateaux peu élevés, en ayant soin seulement de les établir dans des sites, à l’abri du vent et des brouillards, bien exposés au soleil, adossés de préférence au liane d’une colline et offrant une pente suffisante, une vue étendue, à. proximité de bois et de sources d’eau pure. Dans ces sanatoria la cure peut être poursuivie en toute saison, ce qui supprime pour les malades l’obligation d’émigrer, alors que l’amélioration dans leur état n’est encore qu’imparfaite.

Disons cependant que dans les sanatoria d’altitude, comme à Leysin par exemple, la cure peut être poursuivie sans interruption pendant toute l’année; seulement, dans les saisons intermédiaires, automne et printemps, saisons de pluie, de vent et de brouillard, ou de fonte des neiges, les malades n’y peuvent faire la cure d’air qu’en prenant de grandes précautions, et les malades assez valides pour se promener sont souvent obligés de se calfeutrer pendant des semaines entières.

En somme, pour les partisans quand même du sanatorium, cet établissement est utile partout où il s’élève; si le climat est favorable par surcroît, cela n’en vaut que mieux, mais l’indication climatérique n’est qu’accessoire.

Nous reviendrons plus loin sur les avantages et les indications de chaque climat, qui ont été trop dédaignés dans ces dernières années; pour l’instant nous devons enregistrer les résultats du traitement dans les sanatoria, résultats que les statistiques, quelles que soient leurs imperfections, permettent d’apprécier. Dettweiller sur 1022 malades traités a constaté 152 guérisons absolues; cette proportion d'un dixième de guérisons (tout au moins cliniques) est certainement supérieure à celle des cas de 'guérison des malades qui sont abandonnés à eux-mêmes. Cette proportion serait même plus élevée puisque chez les tuberculeux jeunes, la moyenne des guérisons serait de 20 à 25 pour 100.

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Le nombre des sanatoria est encore très limité; il est infime par rapport à la proportion des tuberculeux. En France, pour diverses raisons qu’il est inutile d’énumérer, on est resté, jusqu’à ces dernières années, tributaire de l’ Allemagne et de la Suisse; cependant on n’oserait soutenir que la France est moins riche en ressources climatériques; nul pays au contraire ne jouit de climats plus variés, plus propices au traitement des différentes formes de tuberculose. M. lluchard, plaidant la cause de la cure libre dans notre pays, a rappelé, ce que l’on oubliait quelque peu, les conditions climatériques si favorables qu’offre la France. « Nous avons, a-t-il dit, un vaste et superbe sanatorium étendu du golfe de Gascogne aux belles Pyrénées, à la côte d’Azur et aux Alpes grandioses, où les malades jouissent en liberté d’une aération plus complète, d’une température plus clémente, d’une plus éclatante lumière, que ces sanatoria installés jusque dans la froide Silésie, véritables postes avancés de médecine vers la Russie. »

Cependant, ces régions de la France, si propices à l’établissement de sanatoria où les malades bénéficieraient à la fois des avantages du climat et des ressources de l’établissement fermé, sont encore presque totalement dépourvues de ces établissements.

Les rares sanatoria qui existent ne sont accessibles qu’aux malades aisés, et c’est à peine si l’on songe maintenant à faire bénéficier de leurs avantages des malades pauvres qui constituent l’immense majorité, tandis qu’en Allemagne les sanatoria qui s’adressent à cette classe de malades se multiplient.

Le plus ancien des sanatoria, celui que l’on peut considérer comme le type du genre, est l’établissement de Falkenslein, fondé en 1874, et placé sous la direction du Dr Dettweiller. Falkenstein est situé à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur le versant méridional du Taunus, bien abrité par les montagnes contre les vents du Nord, de l’Est et de l’Ouest. Le climat de Falkenstein n’offre d’ailleurs aucune qualité spéciale.

Un sanatorium plus luxueux, mieux aménagé, parce qu’on l’a fait bénéficier des améliorations suggérées par l’expérience antérieure, est celui de Hohenlionnef, situé à une très faible altitude (158 mètres seulement), sur la rive droite du Rhin; le climat de la petite ville de Honeff est renommé pour sa douceur. L'établissement, dirigé par un ancien assistant de Dettweiller, le Dr Meissen, contient 74 chambres.

Le sanatorium de Gôrbersdorf, en Silésie, est l’ancien sanatorium du l)r Brehmer, dirigé actuellement par le D1 Robert.

Citons encore les sanatoria de Reiboldsgrün (Saxe), de Saint-Blasien (112 mètres) au pied du Feldberg (Forêt Noire), le sanatorium nouvellement créé de Wehrawald (801 mètres), également situé dans la Forêt Noire, etc

Les sanatoria de Suisse attirent particulièrement la clientèle française; celui de Leysin, dirigé par le D1 Excbaquet, est le plus fréquenté. Leysin est situé à 1450 mètres d’altitude (canton de Vaud) ; un chemin de fer électrique en permet l'accès depuis Aigle. Dominé par une montagne qui le surplombe de plus de 600 mètres, l’établissement est parfaitement protégé contre les vents.

c.-n. lyon.

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Une vaste forêt de sapins, sillonnée de nombreux chemins, est à proximité et constitue un but de promenade assez facile pour les malades valides. De la terrasse on aperçoit un admirable panorama dont les glaciers de Trient forment le dernier plan. L’établissement contient 1 10 chambres dont 90 orientées au midi. Il existe de plus une annexe (sanatorium du Mont-blanc) qui contient 120 chambres.

A Davos (Engadine) où depuis longtemps les tuberculeux faisaient la cure librement dans les hôtels, existe depuis 1887 un sanatorium dirigé par le I)' Turban. Davos est à 1500 mètres d’altitude.

Plus élevé est le sanatorium d’Arosa, situé à 1856 mètres, non loin de Coire, dans l’Engadine.

Arosa est bien abrité et entouré de grands bois de sapins; toutefois le séjour d’Arosa, en raison de l’altitude élevée, ne saurait convenir qu’aux tuberculeux jeunes, encore vigoureux, exempts de tachycardie.

Citons encore, en Suisse, le sanatorium de Montana (1520 in.), à 2 heures 1/2 de voiture de Sierre, au-dessus de Crans, dans le Valais. On peut y faire aisément la cure pendant toute l’année. Ce coin du Valais est renommé pour la douceur de son climat.

En France les sanatoria sont encore rares. Le plus ancien est celui du Canigon (650 m.) à Vernet-les-Bains, inauguré en 1890, fréquenté pendant l’hiver seulement. Primitivement il n’existait pas de sanatorium à proprement parler, mais seulement des vérandas où les malades se rendaient des hôtels voisins pour y faire la cure d’air. Depuis on a fondé un hôtel de 70 lits, près des galeries; le traitement y est dirigé par le I)' Giressc.

Le sanatorium de Durtol, à 5 kilomètres de Clermont-Ferrand (520 ni.)., a été fondé par le D1 Sabourin en 1897 ; il est ouvert toute l’année et comprend 24 lits seulement. Le climat de Durtol, en raison de la faible altitude de la localité, ne présente aucun avantage spécial; il est un peu rude en hiver, avec des pluies assez fréquentes. Le sanatorium, installé dans un ancien château du règne de Louis XIV, ne présente pas tous les aménagements que l’on trouve dans les constructions spécialement édifiées pour le traitement de la tuberculose.

Le sanatorium d Aubrac (1556 m.), dans l’Aveyron, a été fondé en 1895 par le D' Saunai.

Répondant à tous les desiderata est le sanatorium récent de Gorbio (250 m.), situé sur le liane d’un diverticule du val de Gorbio, à 4 kilomètres de Menton et de la mer, placé sous la direction du Dr Malibran ; il est suffisamment encaissé pour défier toute atteinte des vents du Nord, de I Est et de l’Ouest. Les malades v bénéficient des admirables qualités du climat méditerranéen. Le sanatorium contient 55 chambres, dont quelques-unes avec loggia, constituant autant de galeries de cure particulières.

Citons encore le petit sanatorium de Trespoey, près de Pau (D1 Crouzet), comprenant seulement 10 chambres, ouvert d'octobre à mai; le climat est celui de Pau, c’est-à-dire que les pluies y sont assez fréquentes, la neige rare, le degré hydrométrique élevé. C’est un climat sédatif et calmant par excellence,

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convenant particulièrement aux malades nerveux, sujets à 1 insomnie; le sanatorium de Meung-sur-Loire (Loiret), à 600 mètres de la Loire, installé au château du Petit-Gouffauld, est un sanatorium de plaine, ne présentant aucun avantage climatérique (directeur, le Dr Leriche); celui de la Motte-Beuvron (Loire-et-Cher) est également un sanatorium de plaine.

Pour les tuberculeux appartenant aux classes laborieuses il n’existe encore que trois sanatoria ; celui d’ Hauteville, dans l’Ain, à 1000 mètres d’altitude, celui d’ Angicourt (Oise), appartenant à l’administration de l’Assistance publique de Paris; le sanatorium de Itligny (près de Limours).

La tendance actuelle est de construire de petits sanatoria, pour un nombre restreint de malades (15 à 50) de façon que la surveillance médicale puisse s’v exercer efficacement.

La cure de repos est le complément indispensable de la cure d’air, à laquelle elle est étroitement associée.

Combattue d’abord par Brehmer, elle a été vulgarisée par Dettweiller, qui a montré que, sans elle, les avantages de l’aération continue seraient, pour ainsi dire, annihilés.

Le repos apparaît comme une loi générale de thérapeutique; il diminue I accumulation des déchets et favorise l’élimination; la fatigue est au contraire une source d’auto-intoxication et de dépense de forces. Or, il ne suffit pas de réparer les forces des tuberculeux par la suralimentation, il faut encore diminuer chez eux les dépenses et supprimer toutes les causes d’auto-intoxication.

Le repos, et c’est là une particularité bien mise en lumière par le trailement des tuberculeux, est régulateur de la fonction thermique. Chez ces malades le moindre effort provoque une ascension de température; et la fièvre vespérale chez eux n’est souvent que la fièvre de surmenage. Les exercices qu’on leur recommandait autrefois pour favoriser la fonction respiratoire, la ventilation pulmonaire, augmentent, il est vrai, les mouvement respiratoires, mais au prix d’une élévation thermique; d’ailleurs, c’est moins une suractivité de la ventilation pulmonaire que l’on obtient par l’exercice, qu’une forme de dyspnée. Ajoutons que l’exercice détermine non seulement l’élévation de la température, mais peut favoriser la production d’accidents congestifs, d’hémoptysies.

En somme, le repos permet la réparation rapide des forces, diminue les déchets organiques, source d’auto-intoxication, régularise les fonctions du cœur et détermine l’abaissement de la température. Quant à la ventilation pulmonaire, elle n'est nullement amoindrie sous l’influence du repos, l’aération permanente incitant continuellement le réflexe respiratoire, par l’apport d’un air pur et vif.

Le repos, au début du traitement tout au moins, et pendant une période souvent fort longue, doit être absolu. Il comprend aussi bien l’abstention du travail intellectuel (pie des efforts physiques. Le malade doit donc s’abstenir des études, des affaires qui sont d’ailleurs incompatibles avec le repos physique. Ce repos, étant combiné à la cure d’air, est pris sur la chaise longue.

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car la situation horizontale seule est compatible avec l’ immobilisation prolongée à l'air. Nous avons déjà indiqué les détails de la cure, soit dans le home-sanatorium, soit dans les établissements fermés; nous n’y reviendrons pas. Les seules distractions compatibles avec le repos sont la lecture, le dessin, la photographie, les jeux peu absorbants; il faut exclure tout ce qui exige une tension cérébrale soutenue.

Le repos, pour si prolongé qu’il doive être, ne peut cependant être maintenu indéfiniment. A quel moment peut-on autoriser la reprise de l’exercioe, sous sa forme la plus simple, la marche, la promenade? Le thermomètre seul peut donner la réponse à cette question. Le tuberculeux doit prendre régulièrement sa température trois fois par jour (température buccale, s’il fait la cure d’air en commun) ; si cette température du matin au soir ne présente pas un écart supérieur à 0°,5; si la température prise vers cinq heures de l’aprèsmidi ne dépasse pas 57°, 2 — 57°, 4, il peut être considéré comme non fébrile et autorisé, au bout de quelques jours de statu quo, à faire de courtes promenades matin et soir; ces promenades seront dosées comme des médicaments; leur durée sera progressivement augmentée, si l’apyrexie se maintient. La température doit être prise immédiatement après le retour de la promenade : dépasse-t-elle le maximum indiqué, c’est là une indication que la cessation du repos absolu était prématurée.

Si la fièvre, nulle le matin, est très légère le soir (au-dessous de 58 degrés), on peut encore permettre aux malades une courte promenade, pendant la période d’apyrexie.

Il va sans dire que si la lièvre existe dès le matin, l’obligation du repos est absolue.

La fièvre n’est pas la seule contre-indication à la reprise de l’exercice : la tachycardie en est une non moins formelle. Lorsque la fréquence du pouls s’élève après une promenade, il faut de nouveau imposer le repos.

Alors même que la période de repos absolu a pris lin, il est nécessaire pour les femmes de se remettre au lit ou tout au moins sur la chaise longue au moment de l’époque menstruelle ou même pendant quatre ou cinq jours avant son retour présumé. On sait, en effet, qu’à ce moment les femmes sont particulièrement prédisposées aux congestions et aux hémoptysies.

De tous les exercices, le seul qui soit inoffensif ou même utile pour le tuberculeux apyrétique, est la marche; encore la durée de celle-ci devra-t-elle être graduée avec soin. Au début elle sera très courte, de quelques minutes seulement ; progressivement elle atteindra une heure à une heure et demie au maximum. Une promenade de plus longue durée aboutirait à la fatigue, qu’il faut toujours éviter.

Tous les sports : escrime, canotage, pratique de la bicyclette, équitation, sont nuisibles, tant par la fatigue qu’ils déterminent que par les autres accidents qui peuvent en résulter, tels que ruptures musculaires ou vasculaires, ruptures d’adhérences pleurales, etc., ou par les refroidissements qu’ils peuvent occasionner et qui donnent un coup de fouet à l’infection bacillaire assoupie. Dans les sanatoria d’altitude, on autorise le patinage aux malades, déjà

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suffisamment valides et habituellement apyrétiques; ce sport, en somme peu fatigant, ne sera cependant pratiqué qu’avec précaution.

Le séjour dans le sanatorium facilite notablement la cure du repos, et ce u 'est pas là l’un de ses moindres avantages. Le temps parait moins long au malade qui se sent entouré et qui, de plus, peut s’absorber dans la contemplation d’un beau paysage.

Sous le climat méditerranéen, les malades qui pratiquent la cure libre oui de la peine à résister à la tentation de se promener au soleil, lorsqu’ils viennent d’abandonner un climat froid et humide, un appartement obscur. L’inobservance du repos sur le littoral méditerranéen est la cause principale des insuccès fréquents du traitement chez toute une catégorie de malades peu dociles.

Nous avons indiqué incidemment quelle doit être l'existence du tuberculeux pratiquant la cure d’air et de repos; il n’est pas inutile cependant de revenir sur ces différents points et de présenter le tableau de la journée du tuberculeux, l’emploi du temps variant suivant que le malade est apyrétique ou non, que la fièvre est rémittente ou continue.

lu Journée du tuberculeux, sans fièvre, au début de la maladie :

Abandon de toute occupation fixe.

Habiter pendant l’hiver soit le Midi, soit les altitudes; en été toute campagne, non humide, avec des bois à proximité, est bonne pour la cure; mais le séjour à la montagne est cependant préférable pour éviter les fortes chaleurs.

Se lever entre huit et neuf heures; déjeuner.

Se promener de dix heures à onze heures et demie ; se reposer avant le second déjeuner.

Repos absolu sur la chaise longue jusqu’à quatre heures et demie, soit en plein air, soit dans la chambre suivant la saison. Pendant ce temps, quelques lectures comme unique occupation; de cinq à six heures, promenade en voiture ou à pied, pendant l’été; jeux divers pendant la saison froide lorsque la promenade est impossible.

Ensuite repos jusqu’au soir.

Coucher peu de temps après le dîner.

Suspendre les promenades pendant un ou plusieurs jours si la température vespérale dépasse 57°, 2 à 37°, 4.

2° Journée du tuberculeux convalescent d’une poussée aiguë, fébrile :

Les indications sont les mêmes; l'alimentation doit être moins abondante; le lait, les œufs, la viande pulpée, le poisson, les crèmes, les légumes en petite quantité doivent en faire exclusivement les frais; comme boisson, de l’eau ou de la bière légère. Le vin pur, le café sont interdits.

3° Journée du tuberculeux ayant une légère fièvre vespérale :

La promenade du matin seule est permise; à partir de midi, le malade restera au repos absolu.

Le repas du midi sera le plus copieux. A quatre heures le malade fera une collation légère : 2 œufs ou 2 cuillerées à soupe de viande pulpée; thé ou grog. A sept heures, repas léger composé d’un peu de poisson ou de jambon, d un légume ou d une compote.

MALADIES DU POUMON

4° Journée du tuberculeux dont la fièvre est subcontinue et légère (entre 38 degrés et 58°, 5) :

Suppression absolue des promenades. Cure de repos à l’abri du vent et du soleil. Le séjour à la montagne est indispensable pendant l’été, le séjour dans le Midi est préférable pendant l'hiver, à la cure d’altitude.

3° Journée du tuberculeux dont la fièvre atteint ou dépasse 39 degrés.

Dans ce cas le repos au lit, de jour et de nuit, est nécessaire. Le problème de l’alimentation est difficile à résoudre : le lait, la viande pulpée, les hachis, les œufs à peine cuits doivent en faire les frais.

\j hygiène de la guérison n’est pas moins importante à connaître que celle de la période d’état de la maladie.

Le tuberculeux ne peut maintenir sa guérison qu’à la condition de ne pas se croire guéri, c’est-à-dire d’observer la plupart des règles hygiéniques qui lui avaient été prescrites pendant la période active de traitement. Celui qui reprend son mode d’existence habituel est à peu près certain d’une rechute.

Le tuberculeux guéri, c’est-à-dire exempt de toux et d’expectoration, ayant repris ses forces et son embonpoint, mais surtout exempt de fièvre depuis un temps suffisamment long, peut se livrer de nouveau à ses occupations professionnelles, à la condition toutefois qu’elles n’exigent de lui ni dépense exagérée de forces, ni tension cérébrale excessive. Tous les sports dont nous avons mentionné l’interdiction continuent à rester défendus, y compris la danse, la chasse. II en est de même du séjour dans les salles de spectacle, dans les cafés, dans les cercles, dans tous les endroits où l’air est confiné, surchauffé, chargé de poussières.

D’ailleurs les veillées sont nuisibles, ainsi que les émotions du jeu. Le tuberculeux se couchera de bonne heure et ne se lèvera pas trop tôt; en un mot, tout en reprenant la vie active nécessaire pour sa subsistance, il réduira au minimum ses fatigues et supprimera toutes les « fatigues de luxe ». Son alimentation devra rester aussi substantielle que possible. S'il a une existence sédentaire, il travaillera chez lui les fenêtres grandes ouvertes et continuera à pratiquer l’aération nocturne.

La question du mariage est des plus délicates à trancher. Certes on ne peut ériger en règle absolue l’interdiction du mariage à un tuberculeux dont la guérison clinique se maintient depuis plusieurs mois. II n’en est pas moins vrai que le mariage est une cause de fatigues multiples, de préoccupations bien propres à réveiller la maladie. De plus, en autorisant le mariage, le médecin doit envisager l’avenir non seulement de son client, mais de son conjoint, susceptible de contracter à son tour la tuberculose.

En somme on ne peut tracer au médecin une ligne de conduite uniforme: ['appréciation de chaque cas en particulier peut seule régler son attitude, s'il est consulté.

La question des climats, reléguée au second plan, après l’étude de la cure d'air qui peut être faite en toute saison, sous tous climats, avec les variantes que nous avons indiquées, ne peut cependant être négligée, car le climat est un facteur qui intervient puissamment dans la guérison.

'ITBKKCULOSE ITLMONA1RK.

Los climats les plus différents ont été proposés pour le séjour des phtisiques, ce qui prouve bien que les malades peuvent s’améliorer partout à la condition de vivre au grand air. Cependant, il est de toute évidence que certains climats sont moins favorables que d’autres à la guérison. D’une façon générale, les pays froids, les climats humides et ceux qui sont particulièrement exposés aux vents ne conviennent pas aux phtisiques.

Les pays où règne une grande chaleur sont également contre-indiqués; il peut être dangereux pour les tuberculeux qui ont émigré en Algérie, en Egypte ou simplement dans le midi de la France de prolonger leur séjour pendant les mois d’été. Sous l’influence de la grande chaleur, l'appétit se perd, les forces diminuent et le moindre effort peut être suivi de l’hémoptysie.

Parmi les climats qui ne présentent pas les contre-indications précitées, il en est dont les qualités ont particulièrement attiré l’attention; nous passerons successivement en revue les climats d’altitude, les climats maritimes, les climats terriens ou de plaine. Les climats d'altitude ont eu, depuis vingt ans environ, une vogue considérable, au détriment des climats maritimes qui jusqu’alors avaient attiré la clientèle des tuberculeux. Jusqu’à une époque toute récente, les sanatoria ont tous été construits en pays de montagne, non seulement parce que l’air des hauteurs est plus pur, moins riche en germes, mais encore parce qu’en hiver les malades peuvent y faire la cure d'air, malgré le froid, grâce aux radiations solaires qui se manifestent pendant certaines heures do la journée, parce qu ils y sont protégés contre le vent.

Si la cure d’altitude n'est devenue classique que depuis peu d'années, si les qualités physiques, chimiques et bactériologiques de l’air des hauteurs n’ont été déterminées scientifiquement qu’à l’époque contemporaine, on n’en doit pas moins rappeler que les avantages du climat d’altitude étaient appréciés depuis longtemps et que l’immunité relative des montagnards à l'égard de la tuberculose était un fait connu.

En 1850 le pasteur Kraenbiihl, qui évangélisait les villages du Deatcnberg, remarqua la différence extraordinaire qu'il y avait entre les enfants des montagnes et les êtres chétifs qui fréquentaient certaines écoles de Jîerne et de Zurich. Il eut l'idée de prendre en pension les plus malingres et vil avec plaisir qu’au bout de quelques mois ils étaient métamorphosés.

En 1802, le docteur Spengler (de Davos) fit la remarque que les habitants des liantes régions des Grisons (Davos, Engadine) sont indemnes de tuberculose. Quelques malades se rendirent à Davos, s’v guérirent, et c'est ainsi que commença la vogue de la cure d’altitude. Il est incontestable que la tuberculose est de moins en moins fréquente à mesure que l’on s’élève. Jordanet, en 1805, a établi que la tuberculose est beaucoup moins fréquente à Mexico, situé à 2000 mètres d’altitude, que dans d autres capitales. On n’y compte qu'un décès par phtisie sur 18 décès, tandis que la proportion est de 1/8 à Londres, de 1/5 à Paris. Il ne s’agit pas d’une immunité phtisique absolue, car le bacille peut exister à ces hauteurs, mais son développement y est manifestement entravé.

Quelles sont donc les qualités de l’altitude?

MALADIES DU POUMON

Tout d'abord il convient de définir l’altitude et de ne comprendre comme stations d’altitude que les localités d’une élévation supérieure à 1200 mètres. Au-dessous, les qualités de l’air ne sont pas suffisamment différenciées, bien qu’à 900 ou 1000 mètres déjà, les malades bénéficient souvent des avantages du climat.

Ce n’est pas dans la composition chimique de l’air des hauteurs qu’il laid chercher le secret de son efficacité thérapeutique ; en effet, la composition est identique à celle de l’air des plaines, il contient toujours 21 pour 100 d'oxygène ; seulement si le volume des gaz diminue, leur poids est différent, la pression baissant d’autant plus que l’altitude est plus élevée.

Ainsi que nous l’indiquerons plus loin, la diminution de la pression a pour effet d’accélérer les mouvements respiratoires et rend l’hématose plus active.

L’air des hauteurs contient 2 dix-millièmes d’acide carbonique en moins ; mais cette différence minime ne parait avoir aucune importance. Peut-être convient-il au contraire d’attribuer une certaine influence à l’ozone qui existe certainement en plus grande quantité.

En somme, si l’air des montagnes ne présente pas de différences très sensibles dans sa composition chimique, il est très pauvre en germes et c’est là pour le tuberculeux une condition très favorable, les infections secondaires pouvant se développer moins facilement chez lui.

C’est surtout dans les conditions physiques qu’il faut chercher les avantages du climat d’altitude : tout d’abord il faut tenir compte de la pression barométrique ; cetle pression, qui est de 0 m. 76 au niveau de la mer', baisse d’environ 1 centimètre cube de la colonne de mercure par 115 mètres d’élévation ; elle est de 0 m. 62 à Davos (1560 m.) ; de 0 m. 60 à Saint-Moritz (1856 m.). De la raréfaction de l’air résulte pour le poumon la nécessité d’une respiration plus active, afin d’introduire la quantité d’air suffisante pour que les échanges gazeux s’accomplissent convenablement. On sait que le mal des montagnes résulte de la nécessité brusque de s’accommoder à la raréfaction de l’air.

L’état hygrométrique de l’air est une sécheresse remarquable pendant l’hiver ; souvent l’hygromètre dans cette saison ne marque que 15 à 20 degrés; par contre, en été, l’humidité est souvent aussi considérable qu’en plaine el les brouillards sont communs en automne et au printemps. La sécheresse habituelle de l’air en hiver a pour conséquence habituelle et favorable la disparition rapide des coryzas, des trachéo-bronchites.

Par suite de la faible teneur de l’air en vapeur d’eau, l’atmosphère est d’une grande limpidité.

La lumière et l’insolation prennent une intensité extrême, l’air sec laissant passer presque tous les rayons calorifiques et les rayons étant réfléchis sur la surface blanche du sol. 11 en résulte que l’on peut marcher ou stationner sur la neige sans avoir la sensation de refroidissement, que l’on peut y rester sans pardessus et que l’ombrelle est nécessaire alors qu’en des points voisins, mais où le soleil ne pénètre pas, le thermomètre marque plusieurs degrés de froid au-dessous de zéro. Il faut encore tenir compte, au point de vue calori-

TUBERCULOSE PULMONAIRE

fique, de l’influence de l’inclinaison ou du terrain; on sait, en effet, que les pentes s’échauffent davantage, parce que les rayons solaires les frappent perpendiculairement.

La température n’en diminue pas moins, en raison directe de l’altitude, puisqu’elle baisse de 1 degré par 166 mètres d’élévation. Cet abaissement de la température est un avantage puissant du séjour sur les hauteurs en été.

Enfin le vent est rare en hiver, plus fréquent en été ; les brouillards n’existent qu’en automne et au printemps ; ils disparaissent quand la neige recouvre le sol.

En somme, l’hiver est la saison qui donne à la cure d’altitude ses propriétés spéciales ; si la température est très froide à l’ombre, ce froid est bien supporté ; d’ailleurs au soleil la température s’élève considérablement. La luminosité est remarquable; l’insolation se produit pendant plusieurs heures par jour, les brouillards se condensant dans la vallée, où la couche d’air est plus froide. La pluie fait défaut et le vent est rare. Les journées à la fois humides et froides, sans insolation, sont également rares.

On conçoit qu’en hiver la cure d’air ne soit possible que dans un sanatorium convenablement aménagé pour assurer aux malades le confort nécessaire. En été, le séjour sur les montagnes est agréable, malgré la chaleur, parce que l’air y est sec et léger, alors qu’il est lourd, souvent humide en plaine. D’ailleurs les nuits sont fraîches. Par contre, en cas de mauvais temps, les malades y sont, comme en plaine, exposés au brouillard, à l’humidité. En automme et au printemps, le séjour sur les montagnes est préjudiciable au tuberculeux, en raison des pluies fréquentes ou de la fonte des neiges qui entretiennent une humidité persistante, en raison des brouillards et de la violence du vent (vent du sud ou Foelm).

Les effets physiologiques de la cure d’altitude peuvent se déduire aisément des considérations relatives aux conditions physiques de l’air. On doit distinguer une période d’acclimatement et une période d’accoutumance.

« La véritable action curative de l’air modifié par l’altitude réside dans l'effort même que l’organisme est obligé de faire pour s’y acclimater » (Lagrange).

Si l'on passe sans transition de la plaine à une altitude supérieure à I '200 mètres, l’organisme subit des modifications qui se traduisent par certains troubles fonctionnels.

Le sujet non acclimaté ressent des bouffées de chaleur à la face, sa peau devient rouge, brûlante. Il éprouve des palpitations, une oppression surtout marquée pendant la nuit, et le sommeil est souvent troublé; le nombre des respirations augmente dans l’unité de temps, ainsi que celui des pulsations. Les vertiges, les maux de tète s’observent, bien que rarement. L’appétit augmente presque immédiatement, mais la constipation survient. Le dessèchement des muqueuses se traduit par la suppression du coryza, de l’expectoration, etc.

Les urines deviennent rares, plus hautes en couleur.

L’excitation nerveuse est fréquente, surtout chez les prédisposés.

MALADIES DI POl MON.

Au bout do quelques jours l’accoutumance se fait.

La peau continue à rester rouge ; l’épiderme devient écailleux ; les palpitations, la dyspnée, disparaissent; les respirations reprennent leur fréquence normale, mais leur amplitude (fait important pour l’hématose) augmente; quant à la tension artérielle, elle ne parait pas sensiblement modifiée. L’excitation nerveuse tombe, le sommeil redevient paisible et profond. L’appétil demeure excellent et la constipation du début rétrocède. La résistance à la fatigue devient très marquée.

La modification intime la plus saillante est l’augmentation considérable du nombre des hémat ies (Viault, Egger), qui se produit dans les premiers moments du séjour; l’augmentation île la richesse en hémoglobine ne se fait que plus tard; d’après Jaquet, la diminution de pression, à l’exclusion de tout autre facteur, est la cause de cette augmentation.

Lors du retour à la plaine, le nombre des hématies diminue; mais, fail remarquable, chez les malades, il ne descend pas au-dessous du niveau moyen qu il atteint à 1 état de santé, ce qui prouve l’heureuse et durable influence de la cure d'air.

Chez les tuberculeux spécialement, la stimulation de l’organisme se traduil par une facilité plus grande à respirer, par une ventilation plus active du poumon. La diminution de la pression oblige le malade à une gymnastique respiratoire qui augmente la capacité pulmonaire et aguerrit les muscles thoraciques. D'autre part, l’introduction d’un air sec et aseptique tarit l’expectoration; corrélativement, les râles humides disparaissent.

Les autres fonctions ne sont pas moins favorablement influencées que les fonctions respiratoires. L’augmentation de l’appétit qui facilite la suralimentation a pour conséquence 1 augmentation rapide des forces et de l’embonpoint; souvent même les malades, se sentant plus forts, ne résistent pas au besoin de marcher, de faire de l’exercice. On devra cependant les mettre en garde contre cette tendance; car la marche, au début du séjour surtout, détermine presque à coup sûr une vive oppression, des palpitations et le retour de la fièvre. Pour le tuberculeux, le repos n’est pas moins nécessaire à la montagne qu’à la plaine, tout au moins pendant les premières semaines de son séjour.

Peut-on conseiller la cure d’altitude à tous les tuberculeux indistinctement? A priori, il est difficile [d’établir des catégories; tel malade que l’on jugera inapte à cette cure, en retirera un bénéfice marqué; tel autre au contraire, pour qui l'indication de cette cure paraissait incontestable, ne pourra la supporter.

D’une façon générale, la cure d’altitude convient aux sujets jeunes, exempts habituellement de fièvre ou de fièvre vespérale légère, dont les lésions sont encore peu avancées. Cependant l’état, local doit moins entrer en ligne de compte dans l’appréciation de l’opportunité du traitement que l’état général. Certains malades, déjà porteurs d’une caverne, ont encore une force de résistance qui leur permet de s'accommoder de l’altitude. D autres, au contraire, quoique atteints de lésions peu étendues, sont cependant profondément infectés, tuberculinisés, el ne peuvent faire les frais de 1 acclimatement. Il va

TUBERCULOSE PULMONAIRE

sans dire que la tuberculose aiguë ou subaiguë est une contre-indication formelle.

L’hémoptysie ne constitue pas une contre-indication ; l’hémoptysie est rare a la montagne, si les malades y observent le repos. La tachycardie oblige à certaines précautions, et lorsqu’elle est persistante et très prononcée, il sera préférable de déconseiller le climat d’altitude.

Les contre-indications générales sont tirées de l’existence de l’artériosclérose et des affections valvulaires, de l’emphysème.

Les neurasthéniques, les arthritiques ne supportent bien la cure d’altitude qu'en été, car le froid vif de l’hiver les impressionne trop vivement. A celte catégorie de malades convient plutôt le climat méditerranéen en hiver.

La cnre d’altitude a ses limites au delà desquelles le malade ne trouve plus de bénéfice à prolonger son séjour. Six mois de séjour constituent la durée moyenne de la cure dans un sanatorium, d’ailleurs nous avons indiqué que les saisons. intermédiaires (automne, printemps) étaient défavorables pour la cure. En avril commence la fonte des neiges, le brouillard, l’humidité, qui rendent le séjour désagréable ou même dangereux pour les malades. Les malades pourront gagner les hauteurs au commencement d’octobre et les abandonner au cours du mois de mars. La cure d’été peut se faire à partir de la fin de juin ou du commencement de juillet et doit prendre fin dans les derniers jours de septembre.

Les malades qui font la cure d’altitude sont astreints à certaines précautions : ils ne doivent sortir qu’après réchauffement de l’air par les premiers rayons solaires et ne pas rester au dehors après le coucher du soleil. Ils doivent se garder du vent, surtout en mars, et ne sortir qu'aux heures où le vent ne souffle pas, soit de neuf à onze heures du matin, de trois à quatre heures de l’après-midi. Ils doivent éviter enfin de passer brusquement des zones ensoleillées où la chaleur est vive, aux zones froides où le soleil ne pénètre pas. Ils doivent être chaudement vêtus, tout en évitant l’amas de châles, de cachenez, qui empêchent de respirer librement.

Enfin, nous le répétons encore, le repos n'est pas moins nécessaire à la montagne qu’à la plaine.

On peut diviser les stations d’altitude en stations d’hiver et stations d’été.

La cure d’hiver ne peut se faire, ainsi qu’il a été dit, que dans les sanaloria ou des hôtels convenablement aménagés. Les stations d’hiver sont peu nombreuses. Citons notamment Leysin (1450 m.); Davos (1558 m.); Saint- Moritz (1856 m.) ; Arosa (1 89*2 m.); Montana (1550 m.) ; Andermatt (1444 m.) ; W iesen (1454 m.); Leysin a l’avantage d’être d’un accès facile, en raison du chemin de fer récemment construit, d’être à proximité de la France et de posséder un sanatorium très bien aménagé. Davos-Platz, où l’on parvient également en chemin de fer, présente les inconvénients résultant de la vogue même dont cette station a joui; il y a trop de monde et moins de calme qu’à Leysin.

Arosa, de création récente, est une station intéressante, très bien aménagée pour les malades, mais dont l’altitude est déjà trop forte pour beaucoup de tuberculeux. Wiescn, sur la route de Davos à Thusis, est une station bien

MALADIES DU POUMON

abritée des vents et très ensoleillée. Montana, situé dans le Valais, à deux heures et demie de Sierre, commence à être fréquenté.

Pour les stations d’été, extrêmement nombreuses, on n’a que l’embarras du choix, bien que toutes ne soient pas également recommandables.

On doit, en effet, rechercher surtout celles qui sont abritées du vent, qui présentent une vue étendue, — car la limitation de l’horizon engendre la mélancolie, — un sol sec et perméable, des forêts dans leur voisinage.

En France les stations ne manquent pas, mais celles où les tuberculeux peuvent trouver des installations suffisantes sont rares, tandis qu’en Suisse les stations convenablement aménagées sont légion.

Citons en Savoie, Chamounix (1050 m.); Pralognan (1424 m.), au-dessus de Brides, au pied du glacier de la Vanoise. Le Revard (au-dessus d’Aix-les- Bains) est trop peu abrité pour que le séjour en soit recommandable. Dans le Dauphiné : La Grave (1526 m.); Le Lautaret (2070 m.); Le Monêtier (1495 m.) ne sont pas recommandables, car il n’y existe qu’un rudiment d’installation. Dans les Alpes-Maritimes nous devons, au contraire, appeler l’attention sur Thorenc (1200 m.), nouvelle station présentant l’avantage de la 'proximité pour les malades qui ont passé l’hiver sur le littoral et que la chaleur fait fuir vers les hauteurs. Thorenc est à 55 kilomètres de Grasse, distance que la voiture parcourt en quatre heures et demie. Thorenc est situé dans un beau site, au centre de forêts de pins, de sapins et de hêtres. La température moyenne est de 14°, 2; la sécheresse hygrométrique s’y maintient aux environs de 60. Il existe à Thorenc un vaste hôtel climatérique et des villas particulières. Signalons La Preste (1200 m.); Font-Romicu (1778 m.). dans les Pyrénées-Orientales; enfin, en Corse, La Foce, dans cette admirable forêt de Yizzavona qui commence seulement à être connue.

Dans la Loire existe au Mont Pilât (1200 m.) un hôtel climatérique, non loin du Crest de FŒillon, à trois ou quatre heures de voiture de la gare de Chavanay (ligne de Teil).

Les stations d’altitude, propices pour la cure d’air et de repos, en été, sont innombrables :

Tableau des principales stations d’altitude de la Suisse.

Groupe du Jura. — Le Chaumont (1128 m.), à deux heures de voiture environ de Neuchâtel. Peu abrité; variations de température assez brusques.

Le Weissenstein (1284 m.), à deux heures et demie de voiture de Solcure. Vue grandiose, climat un peu frais; exposé aux vents.

Groupe de l’Oberland ; des stations bernoises et lucernoises. — Le Gurnigel (1159 m.), à quatre heures de voiture de Berne (28 kil.) ; sources sulfureuses froides.

Schimherg (1425 m.), à trois heures de voiture d’Entlebuch, sur la ligne de Berne-Langnau à Lucerne; sources sulfureuses alcalines.

TUBERCULOSE PULMONAIRE

La Lenk (1 105 m.), dans l’Obersimmenthal ; source sulfureuse.

Rosenlaui (1550 m.), à deux heures de Meiringcn.

Grimmialp (1260 m.), dans le Diemtighthal (Oberland bernois).

La Grande Scheidegg (1961 m.).

Wengeneralp (1878 m.), chemin de fer à crémaillère depuis Lauter-

brunnen.

Adelboden (1556 m.), à 51 kilomètres de Spiez (voiture). Saint-Beatenberg (1150 m.), à 11 kil. d’interlaken (chemin de fer funiculaire de Beatenbuclit).

Murren (1656 ni.), à cinquante-cinq minutes de Lauterbrunnen (chemin de fer funiculaire), situation admirable; nombreuses promenades en terrain

plat.

Rigi-Kaltbad (1441 m.), chemin de fer à crémaillère depuis Weggis. Rigi-Scheideck (1648 m.).

Groupe des stations a'audoises. — Villars-sur-Ollon (1270 m.), à une heure et demie de Bex (chemin de fer électrique). Protégé des vents, un peu

humide.

Chesières (1225 m.), à vingt minutes de Villars.

Legs in (1264 m.).

Les Plans de Frenières (1101 m.), à trois heures de voiture de Bex. Vallée des Ormonts (1200 m.), au pied des Diablerets.

Mordes (1168 m.), à deux heures et demie de voiture des bains de Lavey. Le Plan des Iles (1165 m.), à trois heures de voiture de Gsteig (Châtelet). La Comballaz (1564 m.), à quatre heures et demie de voiture de l’Aigle.

Groupe des stations vauaisanes. — Morgins (1545 in.), dans le Yal d’Jlliez, à trois heures et demie de voiture de Monthey.

Champérg (1052 m.), dans le Val d’Illiez, à trois heures et demie de voiture de Monthey.

Fins-Ilaut (1257 m.), à trois heures de voiture de Vernayaz.

Pierre à Voir (1550 m.), au-dessus de Martigny.

Crans. Hôtel du Parc-Montana (1550 m.), à deux heures et demie de voiture de Si erre.

Les Mayens de Sion (1501 m.), à trois heures de Sion.

Pralong (1600 m.), dans le Yal d’Hérémence.

Evolène (1578 m.), à six heures de voiture de Sion, dans le Val d’Hérens, Arolla (1962 m.), un peu froid à cause du voisinage des glaciers et trop difficile d’accès pour les malades (à trois heures d’Évolène, par un chemin muletier) ; excellent séjour pour les surmenés, candidats à la tuberculose. Ferpècle (1901 m.), à deux heures et demie d’Évolène; mêmes remarques. Vissoye (1215 m.), à quatre heures de voiture de Sicrre, dans le Val d’Anniviers. Un peu chaud, mais climat sec, d’une égalité remarquable, avec très peu de variations de température. Manque d’installations suffisantes.

Saint-Luc (1615 m.). au-dessus de Vissoye; séjour de repos éminemment

MALADIES D! POUMON

recommandable; d’ailleurs le Val d’Anniviers, relativemenl, peu connu (dire des ressources incomparables pour une cure d’air et de repos, dans des conditions accessibles aux bourses modestes.

Zinal (1678 m.), à trois heures de Vissoye, au fond du Val d’Anniviers.

Chandolin (1936 m.), excellent séjour de repos, avec des promenades faciles, sur terrain plat, jusqu’à Saint-Luc.

L'Hôtel Weisshorn (2545 m.), n’est pas assez abrité contre les vents pour être recommandé pour un séjour à des malades. (Val d’Anniviers.)

Gruben (1880 m.).

Meiden (1887 m.), ces deux stations sont situées dans la vallée de Tourlemagne, d’un accès malaisé.

Randa (1409 m.), sur la ligne de Viègc à Zermatt.

Zermatt (1620 m.), peu recommandable pour la cure d’air.

Riffelalp (2227 m.), à deux heures au S.-E. de Zermatt (chemin de fer du Gornergrat.

Riffelberg (2569 m.), à deux heures au S.-E. de Zermatt (chemin de fer du Gornergrat).

Saas-im-Grund (1562 m.) et Saas-Fee (1798 m.), cette dernière station dans un site admirable. Malgré l’altitude élevée le climat de Saas-Fee, pendant les mois de juillet et d’aoùt est très doux, car les hautes cimes du Dôme, de l’Alphübel, etc., etc., le protègent contre les vents. Des promenades faciles en forêt, et sur terrain plat, nous permettent d’en recommander le séjour connue éminemment favorable aux surmenés, aux candidats de la tuberculose.

Groupe des stations du Haut-Valais et du Gothard. — Révisai (1526 m.), sur la route duSimplon.

Relalp (2157 m.), à quatre heures et demie de Brigue, par un chemin muletier. Climat excitant.

Riederalp (1955 m.), à une heure de cheval de Fiesch. Ces deux dernières stations ne conviennent guère qu’à des surmenés, plutôt candidats à la tuberculose que tuberculeux confirmés.

Eggishorn (2195 m.), à trois heures de mulet de Fiesch (même observation).

Rinn (1589 m.), à trois heures de mulet de Fiesch.

Andermatt (1444 m.), séjour d’été et d’hiver.

Hospenthal (1484 m.), près d’Andermatt. Longues heures d’insolation en hiver, de sorte que le séjour en est bien supporté, malgré le froid très vif.

Groupe des stations du Saint-Bernard. — Lourtier (1125 m.), dans le Val de Bagnes.

Mauvoisin (1824 m. ), dans le Val de Bagnes, à huit heures de Martigny.

Clmmpex (1465 m.), trois heures et demie de voiture de Martigny à Orsièrcs et deux heures à cheval d’Orsières à Champex.

Fionnay (1497 m.), dans le Val de Bagne, à trois heures de Chable.

Groupe des stations des Grisons et de l'ëngadine. — Waldhaus-Flims (1130 m.), établissement de cure sur la route de Reichenau à Gœschenen.

Wiesen (1454 m.), à deux heures de voiture de Davos, sur la route du Landwasser; très bien exposé et abrité des vents; insolation remarquable.

Davos-Platz (1559 m.), à trois heures de Landquart (chemin de fer).

Arosa (1800 m.), à 51 lui. de Coire; la température moyenne est plus élevée et l'insolation plus marquée qu’à Davos, malgré la plus grande ait ilude. L'air y est d’une pureté incomparable.

Pontresina (1805 m.).

Samaden (1728 m.).

Saint-Moritz (1856 m.), n’est pas recommandable pour un lieu de repos, en été, en raison de l’aftluence des touristes. D'ailleurs en été il \ règne beaucoup de vent; en hiver, au contraire, l’air y est très calme et la température moyenne, relativement peu basse — 7°, 8 en décembre, — 5°. 8 en janvier.

Sils-Maria (1797 m.).

Silvaplana (1816 m.).

Zuoz (1712 m.), sur la route de Samaden à Nauders.

Les stations intermédiaires entre la montagne et la plaine, c’est-à-dire toutes celles qui sont situées au-dessous de 1200 mètres environ, sont innombrables; les malades n'y trouvent pas les qualités spéciales du climat des altitudes, mais ils y respirent toujours un air plus frais, plus vivifiant qu’en plaine. Ce sont exclusivement des stations d’été, car, en hiver, elles sont dans la zone des brouillards et ne bénéficient pas en général de l’insolation des hautes altitudes.

Tableau des principales stations de montagne de France et de Suisse de 600 à 1200 mètres.

Alpes. — Station des Corbières (700 m.), au-dessus d’Àix-lcs-Rains. Sainl-Gervais (650 m.).

Brides (570 m.).

Flumet (926 m.).

Mégère (1125 m.).

Chamounix (1050 m.).

Argentières (sur la route de Chamounix à Martigny).

Berthemont (850 m.), sur la route de Nice à Saint-Martin-de-Vésubie. Saint-Martin-Lantosque (950 m.), dans les Alpes-Maritimes. Roquebillière, etc.

Auvergne. — Vic-sur-Cère (670 m.).

Saint-Nectaire (784 m.).

MALADIES DU POUMON

Le Mont-Dore (1050 m . ) .

La Bourboule (846 ni.).

Pyrénées. — Le Vernet (6-9 ni.).

Eaux-Bonnes (748 m.).

Eaux-Chaudes (674 m.).

Cauterets (952 m.) (chemin de fer électrique depuis Picrrefitte ) . Ludion (628 ni.).

Bagnères-de-Bigorre (560 m.).

Saint-Sauveur (770 in.).

Ax (711 ni.).

Vosges. — Bussang (674 m.).

Gérardmer (670 ni.).

La Schluchl (1150 ni.).

Jura. — Vallorbes (768 m.).

Malbuisson (900 m.) à une heure de Pontarlicr.

Bougeailles (900 ni.).

Ballaigues (858 m.).

Le Pont (1050 ni.), sur les hords du lac de Joux, à quarante minutes de chemin de fer de Vallorbes (hôtel climatérique, ouvert toute l’année).

Le Sentier (1000 m.), sur les bords du lac de Joux.

Macolin (900 m.), chemin de fer funiculaire depuis Bienne.

Saint-Cergues (1046 m.), à deux heures et demie de voiture depuis Nyon. Sainte-Croix; Les Basses (1 108 m.), à trois heures et demie de voiture d’Yverdon.

Charmey (900 m.).

Montbarry (825 m.), à une demi-heure de Bulle.

Stations vaudoises. — Glion (600 m.), chemin de fer funiculaire de Territet aux rochers de Naye.

Les Avants (985 m.), hôtel climatérique propice pour un séjour d’hiver et d’été, dans un vallon très abrité, adossé à un contrefort de la dent de Jaman; insolation considérable en hiver. Relié à Montreux par un chemin de fer électrique qui aboutit d’autre part à Thoune par le Simmenthal.

Caux (1100 m.), sur le funiculaire de Territet aux rochers de Naye.

Corbeyrier (986 m.), à deux heures de voiture d’Aigle. Station d’été et d’hiver.

Gryon (1150 m.), sur le chemin de fer électrique de Bcx à Villars, dans un site charmant, près de l’Avançon.

Château-d'OEx (990 m.). Station d’été et d’hiver.

Bougemonl (1000 m.).

TUBERCULOSE PULMONAIRE

Stations valais ânes. — Salvan( 925 m.), sur la route do Vcrnayaz à Martigny. Saint-Nicolas (1104 m.), sur le chemin de fer de Yiège à Zermatt.

Stations des Grisons et de l’Engadine. — Tarasp-Schulz (1244 m.). Klosters(\ 125 m.), sur le chemin de fer de Landquart à Davos. Climat doux : séjour de printemps, pour les malades ayant séjourné en hiver à Davos et à Arosa.

Waldhaiis-Flims (1102 m.).

Stations bernoises. — Grindelwald (1057 m.). Séjour d’été et d’hiver.

Weissenburg (840 m.).

Stations de groupe du Righi et du Titi.is. — Axenstein (710 m.), à une heure de voiture de Brunnen.

Seelisberg (845 m.), une heure et demie de voiture, depuis Treih (lac de Lucerne).

Engelberg (1019 m.), trois heures et demie de voiture, depuis Stanz.

Burgenstock (870 m.), funiculaire, depuis Kehrsiten (lac de Lucerne).

Schœnfels (958 m.), à une heure et demie de Zug. (Hydrothérapie).

Nieder-Rickenbach (1162 m.), près Stanz.

Stations des cantons de Claris, Saint-Gall et àppenzell. — Weissbad (819 m.), à trois quarts d’heure d’Appenzell.

Heiden (804 m.), chemin de fer à crémaillère, depuis Rorschach.

Trogen (954 m.).

Gais (958 m.), etc.

Les stations d’altitude ne sont nullement indispensables pour le traitement de la tuberculose, curable, nous le répétons, en plaine, comme au bord de la mer. Néanmoins, il est incontestable que dans un grand nombre de cas. la cure d’air à la montagne est suivie de résultats plus rapides et plus marqués que la cure d’air faite à basse altitude. Sous l'influence de la vie sur les hauteurs, la circulation- cutanée devient plus active, la ventilation des poumons plus parfaite, sans d’ailleurs qu’il y ait augmentation corrélative dans la tension des vaisseaux pulmonaires; aussi, ne doit-on pas redouter l’apparition des hémoptysies, si toutefois l’altitude est modérée (1000 à 1500 m.). Jourdanet, Turban, Spengler, Egger, etc..., sont unanimes sur ce point.

Les climats maritimes ont joui d’une vogue bien antérieure à celle des « climats d’altitude ». Les voyages en mer étaient recommandés dans l’antiquité (Celse) et nombre d’Anglais privilégiés de la fortune ont retrouvé la santé, à la suite de longues croisières, notamment en Océanie et sur les côtes de l’Afrique méridionale (colonie du Cap); les voyages en Chine, au Japon, aux Indes, aux Antilles ne sont pas recommandables, en raison des chaleurs excessives que les malades ont à supporter.

« Je suis convaincu, écrivait Laënnec, que dans l’état actuel de la science,

MALADIES DU POUMON

nous n’avons pas encore de meilleurs moyens à opposer à la phtisie <| ue la navigation et l’habitation aux bords de la mer dans un climat doux »

En réalité, pas plus que l’air des altitudes, l’air de la mer n’est un spécifique de la tuberculose; ce ne sont pas les traces insignifiantes de brome et d iode qu’il contient, ni celles de chlorure de sodium qui peuvent lui conférer des propriétés spéciales. L’air de la mer est salubre parce qu’il est pur. Il paraît cependant influencer particulièrement les tuberculoses des sujets jeunes, scrofulo-lymphatiques, atteints de tuberculoses ostéo-articulaircs, tandis qu'il convient mal, ainsi que l’air des grandes altitudes, d’ailleurs, aux tuberculeux arthritiques, aux nerveux, aux tuberculeux fébricitants en général.

Le séjour dans les îles permet aux malades d’utiliser au maximum l’air marin. Madère, les Canaries, Corfou, Malte, la Corse, les Baléares, Vile de Wight sont les îles fréquentées par les tuberculeux; mais le plus grand nombre des malades ne peuvent séjourner que sur les côtes du continent.

1! y a d’ailleurs lieu d’établir une distinction entre les différentes zones maritimes, et de faire une place à part au climat maritime méditerranéen.

Pour être bien toléré, le climat maritime doit offrir, autant que possible, l’uniformité de la température et de l’état hygrométrique, la rareté des vents, la douceur de l’air, caractères que l’on trouve sur le littoral Atlantique, notamment à Arcachon. Quant au climat méditerranéen, il possède plutôt les avantages d’uu climat continental. Le climat maritime du nord de la France (de Brest à Dunkerque) ne présente aucun avantage pour les tuberculeux : l’humidité est trop grande, surtout en hiver, les pluies sont fréquentes, les j vents variables et souvent violents; la température est basse et les hivers sont rudes.

Le littoral de la Méditerranée, la côte d’Azur, jouit depuis longtemps d’une réputation universelle, auprès des malades qui vont en hiver y chercher la j chaleur et le soleil, attribuant à ces deux éléments l’influence décisive dans leur amélioration ou leur guérison. En réalité, les avantages de ce climat résident uniquement dans la facilité offerte aux malades aisés de faire la cure d’air, pendant la saison d’hiver, au milieu d’une contrée pittoresque, parfumée de mille senteurs, où tout respire la joie de vivre. Cependant, dans ces dernières années, le Midi a perdu de sa vogue et les stations d’altitude ont bénéficié de la clientèle qu’il a perdue. Cette disgrâce momentanée tient uniquement aux conditions défectueuses dans lesquelles se Elisait la cure, il y a peu d’années encore, et aux piètres résultats qui étaient le plus souvent la conséquence de ce traitement.

Les malades ignoraient alors que la cure de repos doit être intimement associée à la cure d’air et que l’une est le complément indispensable de l’autre; beaucoup continuaient à mener, à Nice ou à Cannes, l’existence mondaine qu’ils menaient dans leurs résidences habituelles. Rien d’étonnant à ce que, dans ces conditions, leur maladie continuât à évoluer, souvent à s’aggraver rapidement.

Les tuberculeux qui font la cure de repos dans le Midi sont astreints à certaines précautions. Ils ne doivent sortir qu’après réchauffement de l’air

TUBERCULOSE PULMONAIRE

par les premiers rayons solaires, et rentrer avant son coucher, car à ce moment se produit un abaissement brusque de la température pouvant entraîner, nous l'avons dit, des accidents congestifs. Ils doivent, d’autre part, éviter le soleil ardent qui brille de 11 heures à 2 heures, et se garder du vent (mistral).

L’habitation au bord immédiat de la mer n’est pas recommandable, car les égouts débouchent et viennent se jeter au niveau de la plage. Nous laissons ici la parole à M. Daremberg.

« A Cannes, il faudra choisir une habitation dans la Californie, les Vallergues, Terrelial et la région du Cannet; dans cette station on évitera le bord de la mer entre la rue Hermann et le port, parce qu’à cet endroit quelques égouts viennent encore se jeter sur le rivage et répandent des odeurs fort désagréables; on évitera aussi les bords de la route d’Antibes et de la route de Fréjus, qui sont très poussiéreux. Le quartier le plus abrité est situé près du Cannet, au-dessous du grand Pin ; mais c’est justement le seul endroit où il n’y a pas d’installations confortables. A Menton il faut éviter le bord de la grande route de la Corniche, qui est très poussiéreuse, et habiter le bord de la mer ou les coteaux. Sur les collines qui entourent Menton et Cannes, on jouit d’une vue charmante et d’un air délicieux. On a voulu diviser la station de Menton en deux parties douées de climats différents; la baie orientale, appelée Garavent, serait tonique, tandis que la baie occidentale serait calmante; une telle distinction est puérile. Menton est une station tonique : c’est là qu’il faut envoyer les phtisiques affaiblis qui n’ont ni appétit, ni forces. Il faudra plutôt envoyer à Cannes les phtisiques qui se congestionnent facilement; si de tels malades préfèrent le séjour de Menton, ils devront alors habiter dans les vallées, sur le bord des torrents, dans une humidité relative.

« Les tuberculeux trouveront aussi d’excellentes installations, hôtels et villas, à Tamaris; dans la baie de Toulon, Costebelle et Svlvabelle entre Ilÿères et Carquciranne ; à Beaulieu et dans la presqu’île Saint-Jean ; sur la roche de Monaco et dans le quartier des Moulins qui est voisin de Monte-Carlo. C’est, à mon avis, ce dernier point de la côte qui est le plus protégé des vents, et, s'il n’était pas si rapproché de la maison de jeu, ce serait le meilleur refuge pour les poitrinaires. Les malades doivent fuir les casinos, et surtout le jeu qui les énerve; j’ai vu des cures, qui commençaient à donner d’excellents résultats, être complètement détruites par une dizaine de séances dans les salles de jeu. Bordigherra, San Remo offrent aussi aux phtisiques de bonnes installations d’hiver. Saint-Raphaël et Yalescure sont plus éventés que les stations précédentes, parce qu ils ne sont pas protégés des vents d’Ouest par l’Esterel et des vents du Nord par le massif des Alpes-Maritimes.

« Classe, situé à 520 mètres d’altitude, à 20 kilomètres de Cannes, n’est pas immédiatement sur la côte; il n’y fait pas aussi chaud que sur le littoral ; mais pour les phtisiques convalescents les environs de cette ville constituent un parfait séjour d’hiver. Les malades devront habiter sur la route de fonce ou sur celle de Draguignan. »

D'une façon générale les stations méditerranéennes de la côte d’Azur sont protégées contre le vent du Nord par 1 écran montagneux; mais elles sont

MALADIES DU POUMON

exposées aux vents de Sud-Est (vents de pluie), aux vents de Sud-Ouest (en général secs, excitants, soufflant en rafales). Quant au mistral il ne souffle guère qu’en mars, en rafales d’Ouest-Nord-Ouest.

Alger est en faveur depuis quelques années: mais ce n’est pas à Alger même que les malades doivent résider, car les changements de température y soûl très brusques et le séjour peut en être nuisible lorsque le sirocco vient à souffler. C’est à Mustapha-Supérieur, aux portes de la ville, que s’installent d’ordinaire les malades.

Sur la côte de l’Océan, Arcaclion mérite une mention spéciale, en raison de sa forêt de sapins qui arrête les vents et enveloppe les malades d’une atmosphère résineuse (Lalesque), de l égalité de température, de l’humidité de l’atmosphère, qui donne à son climat des qualités sédatives, enfin de la possibilité d’y séjourner toute l’année.

Pendant l’hiver, la cure d’air se fait dans la forêt. La température moyenne de la journée médicale y est de 10°, 4. Arcaclion convient particulièrement aux phtisies éréthiques. Biarritz est moins recommandable en raison de la fréquence et de la violence des vents.

Le Gulf-Stream qui baigne les côtes de Bretagne contribue puissamment à élever la température moyenne pendant l imer. Aussi les malades peuvent-ils faire la cure à l’air pendant l hiver: on peut recommander, comme particulièrement abrités, Dinard, Saint-Briac, Saint-Jacut, Erquy, Val-André.

En somme, le climat du littoral Atlantique, à part quelques différences permettant de distinguer un climat breton et un climat girondin, a des caractères fondamentaux qui découlent de l’influence plus ou moins immédiate îles courants océaniens et qui sont : une température relativement élevée el constante (ce qui explique que les camélias fleurissent à Brest en pleine terre et les figuiers à Roscoff), une humidité assez grande, d’où les qualités sédatives et la purification de l’air, un régime de vents d’Ouest, tièdes parce qu’ils emportent avec eux les vapeurs émanées des eaux chaudes de l’Océan

Les plages du littoral Atlantique sont protégées par des dunes hautes et épaisses; enfin le sol et le sous-sol y sont très perméables.

Il n’existe pas un climat terrien , mais des climats terriens dont les qualités respectives varient essentiellement suivant la latitude. Dans le Sud-Ouest , Dax, Pau, Amélie-les-Bains sont des stations d'hiver fréquentées.

A Dax la température moyenne est élevée, l'humidité moindre qu’à Pau.

Pau a un climat sédatif, « bromuré », qui tient à son humidité, mais cette ville n’a pas, comme les villes du littoral méditerranéen, les bénéfices d’un ensoleillement continuel.

A Amélie-les-Bains (250 mètres d’altitude, à 52 kilomètres de la mer) la température est plus chaude et moins humide qu’à Pau. Le climat d’Amélieles-Bains convient aux sujets excitables qui ne supportent pas la mer ni l’altitude, c’est-à-dire aux arthritiques congestifs, aux nerveux à tachycardie facile. Les sources sulfureuses de cette station peuvent être utilisées avec profit contre les bronchites torpides des tuberculeux.

Le climat de Cambo est d’une douceur exceptionnelle. Cambo est une sorte

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do parc où la température moyenne de l’hiver est de 7°, 9. Le sol y est très perméable, l’insolation très marquée en hiver. Le climat de Cambo convient particulièrement aux tuberculeux nerveux.

En Suisse, Sierra (541 mètres), dans le Valais, est un séjour d'hiver renommé par la sécheresse de l’air, la fréquence des jours clairs, l’insolation vive malgré la faible altitude.

Comme séjours d’hiver renommés, situés hors d’Europe, bornons-nous à citer Le Caire, Biskra, Hammam IVIrlia, à trois heures de chemin de fer cl 45 minutes de voiture d'Alger. Cette station qui mériterait d’être plus connue est à 700 mètres d'altitude, adossée à une forêt de pins, abritée contre les vents par deux montagnes, et présente un climat très doux pendant la saison hivernale (température minima on hiver -h 15°); de plus les écarts thermiques, dans la même journée, sont très minimes. En somme climat à la fois tonique et sédatif.

Au printemps et en automne, les tuberculeux recherchent les stations riveraines du lac d’Annecy, du lac de Genève : Clarens, Montreux, Territet; celles du Valais : Aigle, Bex, etc.; du lac de Lucerne, Gersau , Vitznau, Beckenried; celles du lac Majeur : Pallanza, Baveno, Strezza; du lac de Corne : Bellagio ; Mcran , dans le Tyrol, etc. A vrai dire, il n’existe pas de stations de printemps, car le printemps est une saison variable et dangereuse partout pour les tuberculeux, tout autant que l’automne maudit par Millevoye! Là où ils sont à cette époque, les tuberculeux doivent rester en redoublant de précautions.

En été les tuberculeux se trouvent bien dans toutes les campagnes suffisaminent abritées du vent et pas trop humides. Aux environs de Paris, on recommandera particulièrement les hauteurs de Garclies à l' Étang -la- Ville, les hauteurs de Nogent, au-dessus de la Marne, etc.

Nous avons déjà indiqué sommairement les principaux effets de la cure d'air et de repos ; il n’est pas inutile de les rappeler, en terminant l’étude de ce mode de traitement. L un des eflets, sinon les plus rapides, du moins les plus saisissants pour le malade sont l’abaissement graduel, puis la chute de la température, chez les malades qui ne sont pas en proie à la fièvre hectique ou à ces formes rapides, à fièvre continue, (pie rien ne peut enrayer. La fièvre de surmenage tombe donc progressivement; disparaissent également les troubles fonctionnels qui dépendaient de cette fièvre, c’est-à-dire les sueurs nocturnes, l’anorexie. Les malades qui refusaient tout aliment, arrivent, au bout d’un temps relativement court, à absorber une quantité telle de nourriture qu’ils se suralimentent à leur insu. Les vomissements prennent fin, tant en raison de l’amélioration des fonctions digestives que de la rareté de la toux. Celle-ci en effet devient de moins en moins fréquente, sous l’influence du repos et de l’aération, et aussi parce qu’on apprend aux malades à la discipliner.

Les lésions locales se réparent, des cavernes même peuvent se cicatriser; il en résulte que l’expectoration, l'essoufflement deviennent de plus en plus rares. Les bacilles peuvent disparaître complètement des crachats.

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D’autre part les phénomènes qui traduisent l’infection, notamment la tachycardie, disparaissent; l’amaigrissement est enrayé et peut au contraire être remplacé par un engraissement très appréciable.

Les forces augmentent; le teint perd son aspect spécial, en un mot les malades se sentent renaître à la vie. Ajoutons que l’effet moral exercé par le traitement n’est pas sans avoir une influence considérable sur la guérison : l’exposition au grand air, à la lumière dissipe les idées noires; l’espoir de la guérison, inculqué par l’amélioration des premiers jours, ne fait que se confirmer par la suite. Constatant par leur propre amélioration et celle des malades de leur entourage, que la guérison est possible, les tuberculeux veulent guérir et se conforment avec persévérance aux règles, parfois pénibles à observer, du traitement hygiénique.

De ce que les lésions locales se cicatrisent parfois très rapidement, on ne peut cependant en conclure que la guérison est possible en quelques mois. En tout cas il ne s’agit que de guérisons apparentes, qui exigent, pour se confirmer, la prolongation du traitement, pendant une année encore après la cicatrisation des lésions.

Même après reprise de la vie active le malade sera tenu à observer pour ainsi dire indéfiniment les précautions dont il a été question déjà et celles que nous devons indiquer maintenant pour clore ce qui a trait au traitement hygiénique.

Au repos, à la cure d’air, il faut joindre la stimulation cutanée ; les frictions faites le soir avec de l’alcoolat de lavande, de l’eau de Cologne, de l’essence de térébenthine, sont fort utiles aux malades : elles préviennent ou diminuent les sueurs nocturnes et de plus ont une heureuse influence sur la nutrition générale ; il est donc des plus important de prendre un soin tout particulier de la peau, « cette grande surface nerveuse dont les incitations retentissent avec tant d’énergie sur la nutrition générale » (Bouchard).

11 faut recommander également les lotions fraîches faites avec de l’eau vinaigrée ou salée, dont on imbibe des éponges que l’on exprime sur le cou et la nuque des malades.

Ces lotions seront faites le matin et suivie d’une friction sèche; après quoi, le malade sera roulé dans une couverture de laine et replacé dans son lit.

Dans quelques établissements, pour le traitement des phtisiques, on donne des douches froides à la plupart des malades. 11 est certain que beaucoup supportent bien la douche; mais on ne saurait en généraliser l’emploi, et la plupart des médecins la réservent pour les phtisiques guéris plutôt que pour ceux dont la maladie est en voie d’évolution. Certaines contre-indications sont évidentes : l’existence de fièvre ou de lésions pulmonaires très étendues, celle d’antécédents rhumatismaux ou goutteux. 11 est une pratique d’hydrothérapie locale qui peut rendre de grands services quand il s’agit de calmer les points de côté si rebelles chez les malades; elle consiste à appliquer simplement sur le thorax une serviette imbibée d’eau fraîche, puis exprimée; on la recouvre d’une épaisse couche de flanelle et de taffetas gommé et on maintient le tout à l'aide d’un bandage de corps. Cette application détermine une révulsion

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énergique et exempte îles inconvénients de la sinapisation, de la vésication, etc.

Quant aux bains tièdes , ils sont d’une utilité incontestable pour nettoyer la peau qui a été couverte de sueurs et de souillures diverses; à la condition d’être courts (dix minutes), d’ètre pris dans une pièce convenablement chauffée, d’être suivis d’un essuyage et d’une friction énergiques, ils ne présentent aucun inconvénient.

Le massage est à proscrire; on l’a vu favoriser l’apparition d’accidents congestifs et d’hémoptysies. Par contre il faut apprendre aux malades à respirer et à faire circuler Pair dans les sommets pulmonaires. La gymnastique respiratoire est d’autant plus utile chez eux que le plus souvent les sujets qui deviennent tuberculeux ont pris l’habitude de ralentir leur respiration, d’en diminuer l’amplitude, en raison de leur existence sédentaire, du séjour prolongé dans un air confiné, dont l’oxygène raréfié ne stimule pas suffisamment le centre bulbaire. On sait qu’une région quelconque de l’organisme devient, par insuffisance de fonctionnement, un lieu minoris resistentiæ ; la preuve en est fournie par les tuberculeux, chez qui les sommets du poumon qui représentent la partie inerte, à faculté respiratoire faible, sont précisément envahis les premiers par les bacilles.

Deux ou trois fois par jour, pendant 5 à 10 minutes chaque fois, le malade fera 10 à 12 fois par minute, des respirations rythmées.

L'hygiène du vêtement ne doit pas non plus être négligée. Les vêtements doivent être chauds, mais sans excès, la plupart des malades ayant tendance à accumuler sur eux plusieurs épaisseurs de flanelle. Ils se borneront à porter en permanence sur la peau, été comme hiver, delà llanelle : en été, un simple gilet, en hiver une chemise complète. De plus ils porteront des caleçons et des bas ou chaussettes de laine. En été, par contre, quelle que soit la chaleur, les malades se garderont de revêtir des vêtements de toile ou d’un tissu trop léger. En hiver, et sous le climat méditerranéen, ils devront toujours être prémunis d’un châle, pour s’en couvrir quand ils passeront du soleil à I ombre. Pour la cure d’altitude la pèlerine en drap épais avec ample capuchon, la mante normande pour les femmes sont de rigueur, ainsi que les sabots dits galoches avec chaussons de drap fourrés (chaussons de Strasbourg). Des couvertures chaudes, des fourrures sont nécessaires pour couvrir les jambes.

Pour la cure d’air, la nuit, nous avons indiqué l'adoption d’un vêtement analogue au « jersey » des bicyclistes.

La question des rapports sexuels est des plus importantes à débattre. Si l’on ne peut les interdire d’une façon absolue, du moins faut-il les espacer à de longs intervalles : en outre de l’asthénie nerveuse qui les suit, ils peuvent être la cause provocatrice d’hémoptysies. 11 ne faut pas perdre de vue que la grossesse donne un coup de fouet à la tuberculose, qui revêt le plus souvent une allure précipitée après l'accouchement.

L 'allaitement sera formellement interdit; il est dangereux pour la mère et pour l’enfant. Pour la mère, parce qu’il est une cause d’épuisement; pour

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l’ onfant, parce que le lait peut être virulent, ou simplement parce qu'il est de mauvaise qualité et sécrété en quantité insuffisante.

Lorsque les règles sont conservées chez la femme tuberculeuse, il est utile de lui imposer le repos pendant la période menstruelle, qui est souvent l'occasion d’accidents congestifs et notamment d’hémoptysies. Lorsqu’elles sont supprimées, il faut s’abstenir de toute intervention destinée à provoquer le flux menstruel.

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