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II. — Traitement général

Nous négligerons à dessein l’historique des moyens bactériothérapiques qui ont été proposés dans ces dernières années, notre but étant de démontrer ce que la thérapeutique peut faire efficacement, et non ce qu’elle est impuissante à réaliser. Nous ne parlerons donc pas des essais de vaccination expérimentale faite avec des cultures de virulence affaiblie, ni de ceux qui ont été tentés avec les cultures de tuberculose aviaire, non plus que des inoculations de sang de chèvre ou de sérum de chien. Quant à la première tuberculine de Koch, son échec retentissant nous dispense d’en parler; la nouvelle tuberculine désignée sous le nom de tuberculine T II est plus maniable, beaucoup moins dangereuse que la première, la lymphe de Koch, mais ses propriétés curatives sont des plus contestables. Dans quelques cas elle a paru avoir quelque effet général (accroissement de poids, réveil de l’appétit, diminution des sueurs) et des effets locaux tels que la diminution de la dyspnée, de la toux, de l’expectoration, du nombre des bacilles. « Il semblerait, dit M. Landouzy, que T R puisse prétendre à la qualité d’adjuvant à donner aux tuberculeux, pour les placer dans les meilleures conditions de réactions spécifiques vis-à-vis de leur toxi-infection » (Rapport présenté au IVe Congrès pour l’étude de la tuberculose, Paris, 1898). Ces conclusions sont encore trop indulgentes, car il n’existe encore aucune observation indiscutable de guérison pouvant être attribuée exclusivement à l’emploi de la tuberculine.

Est-ce à dire cependant que les nombreuses et patientes recherches faites dans le but de vacciner les tuberculeux, de donner à leur sang des propriétés bactéricides, doivent être frappées fatalement d’impuissance ? Non, sans doute, et c’est plutôt dans cette voie qu’il faut persévérer que dans la poursuite du spécifique médicamenteux, toujours insaisissable; mais, pour l’instant, aucun résultat pratique n’ayant été acquis, nous devons garder le silence sur ces divers essais pour nous consacrer uniquement à l’étude des modificateurs de la nutrition, que l’on utilise avec avantage dans le traitement général de la tuberculose, mais dont il faut se garder d’abuser, ainsi que tant de médecins ont tendance à le faire, car il faut éviter avant tout de rendre le tuberculeux dyspeptique ou d’aggraver sa dyspepsie préexistante par l’usage prolongé de médicaments, tous plus ou moins irritants pour l’estomac.

Ces médicaments sont : 1 huile de foie do morue, la glycérine, l’arsenic, Diode, le soufre, les chlorures, les phosphates, la lécithine, le tanin. Ensuite,

nous signalerons d'autres médicaments qui sont, non pas des modificateurs de la nutrition, mais des agents antiseptiques s’éliminant à la surface de la muqueuse bronchique. Leur action antibacillaire est nulle, mais ils combattent efficacement les infections secondaires, ce qui a pu faire croire parfois à leur action spécifique. La créosote et ses dérivés, l’eucalyptol, sont les principaux médicaments de cet ordre.

V huile de foie de morue, que Perce val avait recommandée dès 1790, est moins un médicament qu’un merveilleux aliment, facilement assimilable. Outre l’oléine et la margarine, elle contient de nombreux composés phosphorés, des acides biliaires, des alcaloïdes isolés par Gautier et Mourgues; une cuillerée d’huile contient jusqu’à 10 milligrammes d’alcaloïdes, dont deux milligrammes de morrhuine. Ces alcaloïdes (butylamine, amylamine, morrlniine, etc.), qui excitent l’appétit, stimulent les fonctions de la nutrition, ne se rencontrent que dans les huiles colorées; il faut donc rejeter l'usage des huiles blanches. Outre les principes mentionnés, l'huile contient encore des traces d'iode et de brome ; mais on ne peut attribuer à la présence de ces corps les propriétés qu’elle possède ; c’est essentiellement comme aliment gras qu’elle agit. L’huile blonde obtenue par le premier traitement des foies frais est la seule qu’il convient de prescrire; l’huile brune est nauséabonde et ne présente d’ailleurs aucun avantage sur la précédente.

L huile de foie de morue détermine rapidement une augmentation du poids el des forces, une amélioration sensible de l’état général, mais elle n’est réellement utile que si elle est prise pendant longtemps et à dose suffisante, c’està dire à la dose de cinq à six cuillerées à soupe par jour.

« C’est le début surtout qui est scabreux; quand on a réussi à faire accepter deux cuillerées à bouche, chaque jour, on n’a guère plus de peine à arriver au double, puis à six cuillerées, qui est le minimum de la dose que je considère comme vraiment utile » (Jaccoud). Certains malades arrivent à prendre des quantités considérables d’huile ; ils la boivent non à la cuiller, mais au verre.

Il vaut mieux faire ingérer la dose totale en une ou deux fois, que la répartir en plusieurs doses fractionnées ; quant aux heures d administration, elles varient suivant le gré des malades. Les uns la prennent le matin au réveil ou en se couchant, d’autres avant ou après le repas. On a recours à divers artifices pour masquer la saveur désagréable de l’huile : on peut l’additionner d’eau-de-vie, de liqueurs aromatiques, de sirops de quinquina, d ’iodure de fer, de gentiane, d'écorces d’oranges amères, d'éther.

Grasset prescrit :

Huile de foie de morue Eau seconde de chau'c .

Eau de laurier-cerise

o a 6 cuillerées à bouche.

Quelques personnes versent dans un verre de bière mousseuse la quantité

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voulue d’huile de morue; plus légère que la bière, celle-ci se place à sa partie supérieure au-dessous de la mousse; elle traverse ainsi la cavité buccale entre, la mousse qui affaiblit la sensibilité de la muqueuse et la bière qui fait rapidement disparaître la saveur de l’huile. On peut encore s’humecter la bouche avant et après l’ingestion de l’huile avec de I eau, du cognac, du jus de citron, ou prendre simplement une pastille de menthe; ou avaler, après l’huile, un peu d’eau aromatisée avec de l’eau de laurier-cerise, de l’essence de menthe, etc. La saveur de l’huile est entièrement dissimulée par l’essence d’amandes amères :

Huile 6e foie de morue 600 grammes.

Essence d’amandes amères XX gouttes.

— de Wintergreen XX —

Sucre pulvérisé 190 grammes.

Gomme arabique 5 —

— adragante 5 —

Hypophosphite de chaux 10

— — ■ soude 5

(Gay.)

2 à 5 cuillerées à soupe par jour.

On a fabriqué des cuillers très effilées permettant de verser l'huile presque directement dans l’arrière-bouche, ou bien on a renfermé l’huile dans des capsules ; un autre moyen consiste à avaler l’Imile dans du pain azyme, mais il n’est guère praticable, quand il s’agit d’absorber plus d’une ou deux cuillerées d’huile.

L’usage de l’huile peut être prolongé pendant plusieurs mois, mais il importe de supprimer la prescription pendant huit jours chaque mois. Pendant l’été on cessera complètement cet usage, car l’huile est mal digérée, lorsque la température devient élevée. Tous les phtisiques peuvent digérer l'huile, s’ils ne sont pas atteints de troubles digestifs graves (vomissements fréquents, diarrhée rebelle) ou de fièvre ; encore l’existence d’une légère fièvre vespérale n’est-elle pas une contre-indication formelle ; il suffit, pour amener la tolérance, de réduire la quantité journalière à deux ou trois cuillerées.

M. Dieulafoy recommande, dans certains cas, de la donner refroidie, au moyen d’un mélange réfrigérant.

Lorsque l’huile détermine une diminution marquée de l’appétit et surtout lorsqu’elle provoque la diarrhée, il faut en suspendre l’emploi, car il faut veiller avant tout à l’intégrité des fonctions digestives.

L’augmentation de volume du foie est un indice avant-coureur de la saturation de l’organisme; il faut donc palper de temps en temps l’organe et supprimer l’usage de l’huile, si l’on constate une augmentation de volume prononcée.

On peut administrer l’huile en lavements, sous forme d’une émulsion (pii est absorbée, ainsi que le prouve l’augmentation progressive du poids et

l’amélioration de l’état général des malades soumis à ce traitement. Le IK Revillod, qui l’a proposé, emploie l’émulsion suivante :

Huile de foie de morue 000 grammes.

Jaunes d’œufs n° ‘J.

Eau de chaux 400 grammes.

On injecte au début 60 à 70 grammes, dans la suite on élève progressive- ! ment les doses jusqu’à 100, 150 et parfois même 200 grammes. Le lavement | nutritif doit être gardé toute la nuit ; on le fait précéder d’un lavement évacuateur. Pour l’administrer, on se sert d’une seringue munie à son extrémité i d’une sonde molle qu’on introduit doucement dans le rectum jusqu’à une profondeur de 15 centimètres au moins, le malade étant couché sur le côté. Une fois l’injection terminée, le malade se place dans le décubitus dorsal.

On a voulu remplacer l’huile de foie de morue par quelques-uns de ses principes constituants, par l’acide oléique, par le morrhuol, etc.; la substitution de ces corps à l'huile ne présente aucun avantage marqué; l'huile constitue un ensemble alimentaire et médicamenteux que rien ne saurait remplacer (Daremberg).

Dans ces dernières années, quelques médecins ont tenté de substituer la glycérine à l’huile de foie de morue ; mais la glycérine n’est en aucune façon un succédané de l’huile de foie de morue; c'est un alcool polyatomique qui agit en tant qu’alcool ; on a constaté que l’usage quotidien de la glycérine déterminait l’augmentation du poids du corps (G. Sée), mais passé certaines doses, la glycérine est plus nuisible qu’utile; elle détermine des phénomènes d’excitation, parfois de la diarrhée; l’existence de la fièvre constitue une contre-indication à son emploi. On ne doit pas dépasser la dose de 40 grammes par jour. M. Jaccoud prescrit le mélange de 40 grammes de glycérine avec 10 grammes de cognac ou de rhum et une goutte d’essence de menthe; il fait prendre le mélange en deux ou trois fois dans la journée.

L 'arsenic est un des médicaments les plus employés dans le traitement de la tuberculose. Il élève le nombre des hématies et exerce une action trophique incontestable par I intermédiaire du système nerveux ; agit-il comme médicament d’épargne, ainsi que l’ont avancé les médecins qui ont constaté la diminution du taux de l’urée à la suite de son emploi? Le fait est contestable, car cette diminution de l’urée n’est pas constante. On ne peut admettre, en tout cas, avec Buchner, une action bactéricide de ce médicament.

Cliniquement ses bons effets se traduisent par une stimulation manifeste de l’appétit, une augmentation du poids du corps, une assimilation meilleure des matériaux nutritifs, comme l’indique l’élévation du rapport azoturique :

Azote de l’urée . ,, ... . , ..

— 1 ou coefficient d utilisation azotee. Malheureusement son

Azote total

emploi doit souvent être interrompu par l’apparition de signes d’intolérance du côté des voies digestives : gastralgie, diarrhée ; aussi lui préfère-t-on actuellement les composés arsenicaux organiques : cacodylate de soude, méthylarsinate disodique, infinement moins toxiques, aux doses thérapeutiques,

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et qui ont sur l’arsenic minéral l’avantage de pouvoir être introduits dans 1 organisme par voie hypodermique.

L’arsenic est surtout indiqué chez les tuberculeux au début, ou bien chez ceux dont les lésions se réparent; l'existence de la fièvre, d’hémoptysies et de troubles digestifs, notamment de la diarrhée, est une contre-indication à son emploi, comme à celui de la plupart des médicaments. L’usage prolongé de l’arsenic, même à doses modérées, pouvant entraîner des troubles digestifs, il faut avoir soin d’en alterner l’emploi avec celui de l’huile de foie de morue, des phosphates, etc.

La dose de tolérance varie beaucoup suivant les malades. Les uns supportent aisément de 8 à 10 milligrammes d’acide arsénieux; d'autres éprouvent des crampes d’estomac avec des doses moindres.

On peut faire usage des granules de Dioscoride contenant chacun 1 milligramme d’acide arsénieux ; on commence par deux granules et l’on augmente progressivement jusqu’à 6. 8 ou 10. La liqueur de Fowler se donne à la dose de X à XX gouttes par jour. D’une façon générale, il vaut mieux employer une solution titrée d’arséniate de soude :

Arséniatc de soude 10 centigrammes.

Eau de laurier-cerise 50 grammes.

Eau distillée ‘200

(Cette solution contient 2 milligrammes d’arséniate de soude par cuillerée à café.) Quelle (pie soit la préparation à laquelle on donne la préférence, celleci doit être donnée au commencement ou au milieu du repas.

Les eaux arsenicales les plus connues sont le Mont-Dore et la Bourboule. L’eau de la Bourboule est beaucoup plus active que la première, puisqu’elle contient environ 1 centigramme d’arséniate de soude et 3 grammes de chlo- < rure de sodium pur, tandis que l’eau du Mont-Dore ne renferme qu’un milligramme d’arséniate de soude et 35 centigrammes de chlorure ; aussi cette dernière est-elle employée surtout en inhalations qui facilitent l’expectoration et rendent la toux moins fréquente et moins pénible. Les malades séjournent pendant une demi-heure à une heure dans une vaste salle où ils respirent la buée humide, chaude, chargée d’éléments minéraux. Les bains et demi-bains (à 39°-43°), dont on fait usage également au Mont-Dore, exercent une action utile par l’excitation cutanée qu'ils déterminent; enfin l’action des sources des Chanteurs, Madeleine, César et Ramond, utilisées en boisson, n’est pas non plus indifférente. L’eau prise en boisson parait s’éliminer spécialement à travers les muqueuses respiratoires, sur lesquelles elle exerce, chez les malades, une action comparable à celle des médicaments balsamiques (Landouzy). A ces effets s’ajoutent ceux du climat, carie Mont-Dore est àplusde 1000 mètres d altitude, et à 250 mètres plus haut que le Mont-Dore se trouve, au milieu d'une forêt de sapins, un sanatorium naturel, pour la cure à l’air libre, relié au village par un funiculaire électrique (Plateau du Capucin). Le Mont-Dore convient particulièrement aux tuberculeux arthritiques, comme d’ailleurs à toutes les déterminations de l’arthritisme sur les voies respiratoires. L’action

TUBERCULOSE PULMONAIRE

dos inhalations est essentiellement décongestive et sédative; elle porte sur l’élément nerveux et spasmodique bronchitique (Landouzy, Cours de la Faculté , 1899-1900).

Les sécrétions deviennent plus fluides, puis diminuent; l’essoufflement disparait, les foyers congestifs également et les poussées congestives deviennent plus rares dans la suite. L’eau de la Bourboule se prend à la dose moyenne de deux demi-verres par jour, immédiatement avant les repas, puis on augmente jusqu’à 2 ou 5 verres par jour ; on peut l’édulcorer avec du sirop d'écorces d’oranges amères ou du sirop de bourgeons de sapin. Tandis que le Mont-Dore convient surtout aux tuberculeux de tempérament et de réaction arthritique, congestive, on réservera pour la Bourboule la légion des scrofuleux, des hérédo-tuberculeux, des anémiques symptomatiques « c’est-à-dire toute cette catégorie de bacil lisables par droit d’hérédité de terrain, qui n’attendent qu’une cause contagionnante pour faire, d’une expectative, une réalité » (Landouzy).

L’arsenic minéral est aujourd’hui détrôné par le cacodylate de soude, dans lequel l’arsenic se trouve à l’état de combinaison organique (méthy-

lique : AS"

, dont les propriétés physiologiques sont différentes de celles

de l’arsenic. 100 parties de cacodylate de soude contiennent 54,4 parties d'arsenic métalloïdique, tandis que l’arséniate de soude en renferme 24 seulement; 0 gr. 10 d’acide cacodylique correspondent à 7 gr. 24 de liqueur de Fowler et à 0 gr. 22 d’acide arsénieux; cependant les doses d’acide cacodylique ou de soude, bien supérieures à 0 gr. 10 sont parfaitement tolérées par l’organisme, à la condition que le produit soit pur, ce qui prouve que, malgré leur richesse énorme en arsenic, ces combinaisons arsenicales organiques sont très peu toxiques.

Des expériences de Besredka paraissent donner l’explication de cette différence. Dès 1880, Selmi avait démontré que l’arsenic introduit dans le corps y forme une combinaison organique ; celles de Besredka ( Annales de V Institut Pasteur, 1899), montrent que l’arsenic, injecté sous la peau ou dans le péritoine des animaux, produit une augmentation des leucocytes pouvant dépasser le double du chiffre normal et que l’arsenic injecté est seulement retrouvé dans les leucocytes, pendant ce stade hyperleucocytaire.

Incidemment on peut se demander si l’augmentation des globules blancs et notamment des polynucléaires, coïncidant, ainsi que nous l’indiquons plus loin, avec l’augmentation des hématies, ne donne pas la clef de l’action du cacodylate de soude par lequel les oxydations et la lutte phagocytaire seraient incitées à un haut degré. Quoi qu'il en soit, l’arsenic assimilé par les globules blancs serait cent fois moins toxique que l’arsenic minéral; il n’est donc pas indifférent d’introduire l’arsenic dans l’organisme sous forme de combinaison organique. D’autre part, d’après le professeur Gautier, l’arsenic serait définitivement fixé sous forme de nucléines, jouant dans les noyaux cellulaires un rôle sans doute important. Il est possible que dans certaines affections consomptives, et dans la tuberculose en particulier, il existe un déficit d’arsenic, auquel

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on soit obligé de parer, comme au déficit d’hémoglobine dans la chlorose. « Il y a des anémies d’arsenic, comme il y a des anémies de fer ou d'iode, a dit le professeur Gautier, et je ne crois pas aller trop au delà de ce que comportent mes observations en disant que l’anémie arsenicale est la règle chez les sujets prédisposés à la tuberculose. Chez ceux-là la médication cacodylique préventive rendra les plus grands services. »

Le cacodylate de soude absorbé et assimilé s’élimine lentement, dans le délai d’un mois environ (Imbert et Baduel). Ses effets physiologiques les plus marqués sont une augmentation rapide des hématies et parfois même de l'hémoglobine (Widal, Soc. méd. des hôpitaux , 2 mars 1900) chez les sujets dont le nombre des globules ainsi que la richesse en hémoglobine de ces globules sont abaissés. Sur la température, le cacodylate de soude, aux doses thérapeutiques, exerce une action inconstante, mais indéniable, qui se traduit par un abaissement progressif et durable. Par contre, si on l’emploie à doses trop élevées ou trop longtemps continuées, il peut déterminer un état fébrile affectant les allures d’une fièvre continue. Aux doses thérapeutiques le cacodylate de soude ne produit ni albuminurie, ni exanthème, quand il est administré par la voie hypodermique; il ne détermine non plus aucun trouble digestif. Il n’en est pas de même si, au lieu d’avoir recours à la voie hypodermique, on administre le cacodylate de soude par la bouche ou par la voie rectale. Donné par la bouche, le cacodylate de soude peut déterminer une albuminurie passagère, et, d'autre part, occasionner des troubles digestifs consistant en douleurs épigastriques, anorexie, fatigue générale, quelquefois de la diarrhée; par la voie rectale il peut en outre provoquer une redite glaireuse.

Dans les deux cas (voie buccale et voie rectale) il peut donner lieu à une odeur alliacée intolérable de l’haleine perçue par le malade et répandue par lui, à des éruptions diverses (dermatite exfoliatrice).

En somme, le cacodylate de soude injecté sous la peau est admirablement toléré, à la condition de ne pas dépasser les doses fixées par la pratique, tandis qu’administré par la voie gastro-intestinale (bouche ou rectum) il peut, même à doses modérées, déterminer les accidents d’intolérance que nous venons d'indiquer sommairement.

La raison de l’intolérance relativement fréquente du cacodylate de soude introduit par les voies digestives doit être attribuée aux modifications que subit le médicament lors de son passage dans les voies digestives. Il y subit en effet, sous l’influence d’agents séducteurs, une transformation partielle en oxyde de cacodyle, corps d’odeur fortement alliacée et très toxique.

La conclusion à tirer est que la méthode hypodermique est bien préférable aux autres modes d’administration du médicament . Ce n’est pas à dire que l’on ne puisse observer d’accidents d’intolérance pour le cacodylate de soude administré par la voie hypodermique, quand on dépasse certaines doses, mais les phénomènes observés indiquent plutôt la saturation qu’une intoxication médicamenteuse à proprement parler; il se traduisent par des bouffées de chaleur, de la céphalalgie, une légère oppression, un sentiment de malaise.

TLBERCULOSE PULMONAIRE.

Quels sont maintenant les résultats cliniques obtenus chez les tuberculeux au moyen du traitement par le cacodylate de soude? Il va sans dire (ju’il ne s'agit pas d’une médication spéciticjue, antibacillaire, mais uniquement d’une médication destinée comme les autres à modifier le terrain, à entraver le développement des bacilles en renforçant les moyens de résistance de l’organisme. Il semble, d’après les résultats obtenus jusqu’ici, que ce traitement ait une réelle valeur, supérieure à celle des autres moyens similaires de traitement; telle est du moins notre opinion personnelle; mais, hâtons-nous de le constater, les résultats sont inconstants. Réellement surprenants dans un certain nombre de cas, ils sont peu marqués ou nuis dans d’autres. Pourrait-il en être autrement, alors que le traitement s'adresse à des malades dont les uns sont au début de la tuberculose, dont les autres sont parvenus à une période avancée, à des malades atteints de formes torpides, à tendance naturellement curable, à d’autres au contraire atteints de formes fébriles à évolution rapide, en un mot à des cas très dissemblables?

Il est difficile d’ailleurs de toujours apprécier la part exacte qui revient à la médication lorsque I on utilise en même temps les incomparables ressources de la cure d’air et de repos.

Quoi qu’il en soit, dans les cas où les effets de la médication sont manifestes, et il s’agit presque toujours de tuberculose au premier degré, avec anémie symptomatique, ces effets se traduisent par une sensation de vigueur, de renaissance des forces, par un relèvement corrélatif de l’appétit et par suite du poids; le teint se colore, dans certains cas les règles réapparaissent et deviennent plus abondantes; les sueurs diminuent ou cessent complètement de se produire. Quant à la température elle diminue et tombe chez certains malades; la diminution ne se fait que progressivement, de sorte que l’on peut se demander à bon droit si le médicament a une action antithermique xéellc ou si la chute de la fièvre n’est pas uniquement un phénomène lié à l'ohservation du repos.

L’amélioration de l’état général est incontestable, avons-nous dit; celle de l’état local est plus aléatoire. Sans doute on peut voir au cours du traitement cacodylique, et surtout dans les tuberculoses peu avancées, se produire des modifications dans l’état local, modifications consistant en la diminution de l’expectoration et de la toux, el la raréfaction corrélative des râles humides : mais, en définitive, il faut peu compter sur une transformation heureuse des -.ignés stéthoscopiques, sous la seule influence de la médication.

En résumé, de toutes les modifications s’adressant au « terrain », à l’état général, la médication cacodylique parait la plus efficace; encore ne faut-il pas compter sur des résultats rapides. Ce n’est le plus souvent qu’après plusieurs mois d’un traitement poursuivi avec méthode que les effets très nets et durables se manifestent.

Ces bons résultats sont obtenus presque exclusivement à la période prétuberculeuse où l’acide cacodvlique se montre alors le véritable médicament de choix, et particulièrement dans les formes de tuberculose à début chloro-anémique, si fréquentes chez les jeunes femmes. Chez les tuberculeux avancés on

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pourra obtenir des améliorations passagères, mais ni plus ni moins marquées que celles obtenues par la seule influence du repos, de l’aération.

Le médicament est contre-indiqué dans les formes éréthiques de la tuberculose et dans la granulie; dans les cas où le foie, les reins sont altérés.

Quelles sont les doses à employer, quels doivent être le mode d’administration et la direction du traitement?

Ce qui a été dit précédemment au sujet des inconvénients de l’administration du cacodylate de soude par la bouche ou le rectum, justifie la préférence que nous accordons à la voie sous-cutanée. Celle-ci a les avantages généraux de la médication hypodermique, à savoir qu elle respecte l’intégrité des fonctions digestives, assure l’absorption et l’assimilation parfaites du médicament; les injections ne déterminent d’ailleurs aucune réaction locale, elles sont complètement indolores. Le seul inconvénient de la médication esl d’exiger la visite fréquente du médecin; encore peut-on, dans beaucoup de familles, confier le soin de l’injection à une personne intelligente.

Dans les cas où l'on ne pourra employer la médication hypodermique, on sera contraint d’avoir recours soit à l’administration par la bouche ou par la voie rectale, dont il convient d’ailleurs de ne pas exagérer les inconvénients, beaucoup de malades n’éprouvant pas d’accidents; seulement la méthode est moins sûre.

Par la bouche on utilise des solutions aqueuses concentrées, que l’on administre par gouttes :

Cacodylate de soude 1 gramme.

Eau distillée 25 grammes.

V gouttes contiennent 0 gr. 01 de cacodylate de soude. Ou la forme pilulaire :

Cacodylate de soude 25 milligrammes.

Extrait de gentiane ou de quinquina 10 grammes.

pour une pilule.

Mais la forme pilulaire est moins recommandable.

Par la voie rectale on introduira des solutions contenant par exemple 4 à 5 centigrammes par o centimètres cubes d’eau, au moyen d’une seringue jaugeant cette quantité d’eau et munie d’un embout à tube capillaire.

M. Renaut (de Lyon) formule ainsi par la voie rectale :

Eau distillée 200 grammes.

Cacodylate de soude 40 centigrammes.

injecter le contenu d’une seringue de 5 centimètres cubes, deux fois patjour.

TUBERCULOSE PULMONAIRE

Pour les injections hypodermiques on utilise en général des solutions contenant par centimètre cube 5 centigrammes de cacodylate de soude pur. La formule généralement adoptée est celle donnée par M. Gautier :

Cacodylate de soude 6 gr. 40

Alcool phéniqué (au 10e) X gouttes.

Eau distillée et stérilisée 100 cent, cubes.

(à conserver dans un flacon de couleur, bouché à l’émeri).

Les solutions que l'on conserve pouvant s’altérer à la longue, par suite du développement de moisissures, beaucoup de médecins préfèrent se servir d’ampoules scellées à la lampe, contenant 1 centimètre cube d’une solution de cacodylate de soude dans les proportions indiquées plus haut.

Au début on a eu tendance à employer de fortes doses, surtout pour la bouche. M. Danlos a fait prendre à ses malades 0 gr. 40 par jour en moyenne.

Aujourd’hui on emploie des doses plus faibles et l’on ne dépasse pas celles de 0 gr. 10 à 0 gr. 20, par la voie buccale ou rectale. Pour les injections hypodermiques, la dose moyenne adoptée est de 0 gr. 05 par jour, mais nous considérons cette dose comme insuffisante et nous injectons habituellement (en une seule fois) 0 gr. 10 de cacodylate de soude.

Chez l’enfant on peut employer une dose de 0 gr. 01 par année (à partir de 2 ans.)

Le traitement, quelle que soit la voie adoptée pour l’introduction du médicament dans l'organisme, doit être intermittent. Habituellement on pratique les injections pendant huit jours, puis on les interrompt pendant huit jours, pour les reprendre pendant le même laps de temps et ainsi de suite. D’autres médecins ont adopté un autre mode d’intermittence, soit deux ou trois injections par semaine.

Tel est le traitement cacodylique avec les modifications qu'il a subies depuis I époque où le professeur Gautier l’a introduit en thérapeutique (1894).

Le professeur Renaut (de Lyon) a contribué puissamment à en vulgariser 1 application à la tuberculose (Académie de médecine, 50 mai 1899) et de nombreuses communications, d’innombrables thèses (celles de Sandoz, Collet, Benoist, Rétéonvan, Charasse, Monnamy, etc.) lui ont donné une consécration définitive.

En résumé, la médication cacodylique a pris, à juste titre, une part considérable dans le traitement médicamenteux de la tuberculose. Bien maniée, elle est susceptible, associée, bien entendu, au traitement hygiénique, de déterminer des transformations remarquables dans certains cas.

Au cacodylate de soude n’a pas tardé à s’adjoindre un nouveau composé arsenical organique, le méthylarsinate disodique (arrhénal), dont 1 introduction en thérapeutique est due au professeur Gautier; ce corps contient 54 pour 100 de son poids d’arsenic métalloïdique, répondant à 45 pour 100 d'acide arsénieux. Malgré cette teneur considérable en arsenic, il est habituellement bien toléré par la voie buccale, tandis que le cacodylate de soude, ainsi

G. -R. LYON. — a" ÉDITION. • 48

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que nous l’avons vu précédemment, détermine fréquemment des accidents d’intolérance et nécessite par suite son emploi en injections hypodermiques. Cette tolérance des voies digestives pour le méthylarsinate disodique constituerait sa principale supériorité sur le cacodylate de soude, dont il partage au surplus les propriétés reconstituantes. Ajoutons cependant que cette tolérance est loin d’être parfaite et que, pour notre part, nous avons eu l’occasion de constater des troubles gastriques manifestes, à la suite de l’usage de méthylarsinate disodique, à la dose thérapeutique habituelle (0 gr. 05 pro die) et cela, au bout de peu de jours ; de plus, ce sel nous a paru moins bien toléré par l’organisme, en ce qui concerne son action générale, que le cacodylate de soude; il détermine des accidents congestifs, des poussées fébriles; il est mal supporté, en particulier, par les malades dont le foie est insuffisant, par les cardiaques, les malades sujets aux hémorragies intestinales et pulmonaires, et nous estimons que l’on a quelque peu exagéré son innocuité; en résumé, rien à notre avis ne justifie la prééminence marquée que l’on a voulu lui accorder sur son congénère, ni l’enthousiasme avec lequel on a proclamé les effets thérapeutiques de ce médicament. Il contribue, avec la cure d’air, la suralimentation, à relever l’état général et indirectement à modifier l’état local, mais on ne saurait lui demander davantage. Son action est nulle dans les tuberculoses avancées, contrairement aux assertions de M. Gautier.

On a constaté, à la suite du traitement par l’arrhénal, une élévation plus ou moins rapide du taux de l’hémoglobine et du nombre des globules rouges, une augmentation du nombre des grands leucocytes mononucléaires, une élévation du coefficient azoturique (rapport de l’urée à l’azote total) qui s’élève souvent de 75 ou 75 à 85 et 90 pour 100 (Gautier).

L’arrhénal doit se prescrire à doses moindres que le cacodylate de soude; la dose de 0 gr. 05 par jour ne devra pas être dépassée et souvent on devra s’en tenir à 0 gr. 02. On administrera le médicament par la bouche, soit en pilules, soit mieux encore en solution concentrée (gouttes), puisqu’il est très soluble dans l’eau :

Méthylarsinate disodique 1 gramme.

Alcool phéniqué au Xe I goutte.

Eau distillée 25 grammes.

X gouttes à chaque repas.

En injections sous-cutanées, on emploiera une solution à 5 pour 100, dont on injectera un centimètre cube, une fois par jour.

Comme pour le cacodylate de soude, le traitement doit être intermittent; après cinq ou six jours de médication, on interrompra celle-ci, pour ne la reprendre qu’après un repos d'égale durée.

] j iode et les iodures sont vantés depuis longtemps dans le traitement de la tuberculose; ils peuvent faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal : aussi sont-ils difficiles à manier et pour cette raison repoussés par nombre de médecins.

TUBERCULOSE PULMONAIRE

La teinture d’iode a été donnée parfois, notamment par Queneau de Mussv, qui la prescrivait à la dose de X à XX gouttes dans du vin d'Espagne; elle parait surtout utile dans les cas de vomissements rebelles, mais n’a pas d’inïluence bien appréciable sur révolution de la maladie.

G. Séc employait volontiers l’iodure de potassium dans la tuberculose à forme torpide, apyrétique; il est certain que l'iodure rend les sécrétions plus fluides et facilite l’expectoration; malheureusement il peut déterminer des hémoptysies, aussi n’est-ce pas sans appréhension qu’il faut le prescrire. G Séc prescrivait :

Iodure de potassium 20 grammes.

Sirop de bourgeons de sapin 150

— diacode 200 —

— de térébenthine 100 —

2 à 3 cuillerées à bouche par jour :

Contrairement à ce qu’on a prétendu, l’iodoforme n'a pas d’action bactéricide; les résultats heureux annoncés par Moleschott, Semmola, etc., n’ont pas été confirmés; en revanche, il est établi que l’iodoforme détermine rapidement des troubles digestifs. Ceux qui seraient tentés de prescrire ce dernier médicament, malgré son action douteuse, formuleront ainsi :

Iodoforme 0 gr. 05

Extrait de laitue 0 gr. 05

Coumarine 0 gr. 025

Pour 1 pilule; en prendre 4 à 8 par jour (Daremberg).

Comment expliquer l’action incontestable de l’iodoforme sur les tuberculoses locales, articulaires et cutanées, alors qu’on lui dénie toute influence sur la tuberculose pulmonaire?

De nombreuses expériences ont montré que l’iodoforme, mélangé avec du pus ou avec les ptomaïnes extraites des cultures des microbes pyogènes, se décompose en divers corps, notamment en iode, en acide iodhydrique, et c’est peut-être à ces produits de décomposition qu’est due l’efficacité de l’iodoforme dans les tuberculoses locales; on conçoit qu’il ne puisse agir ainsi, lorsqu’il est transporté au niveau de tubercules non ramollis.

L'iodure de fer est une excellente préparation, que l’on peut employer chez les scrofulo-tuberculeux, chez ceux qui ont des adénites, de l’adénopathie trachéo-bronchique, etc. Puisque nous sommes conduits à parler du fer, disons qu’à part l’iodure de fer, les autres préparations ferrugineuses sont généralement bannies par les médecins du traitement de la tuberculose ; car elles peuvent déterminer la congestion pulmonaire et l’hémoptysie.

L’iodure de fer se donne à la dose de 20 à 40 centigrammes en pilules ou en sirop.

De toutes les préparations iodées, le sirop iodo-tannique (qui contient

7àO

MALADIES DU POUMON

4 centigrammes (l’iode et 16 centigrammes de tanin par cuillerée à bouche) est le plus recommandable. Pris au moment des repas, ce sirop est bien toléré par l’estomac et ses effets reconstituants sont manifestes dans de nombreux cas de phtisie torpide, apyrétique.

Pour notre part, nous prescrivons l’iode exclusivement sous forme de sirop iodo-tannique auquel nous associons le phosphate de chaux et l’arsenic dans la formule suivante :

Sirop iodo-tannique.

Biphosphate de chaux

Solution de Pearson

1 cuillerée à soupe à chaque repas.

Lorsque Kireher eut prétendu, en 1885, que les ouvriers employés dans les usines où se dégage de l’acide sulfureux ne deviennent jamais phtisiques, on soumit de divers côtés les malades aux inhalations de ce gaz ; les seuls résultats appréciables que l’on obtint furent la facilité de l’expectoration, la décoloration des crachats. L’évolution de la maladie n’était en rien entravée. Si l’emploi des inhalations d’acide sulfureux est récent, celui des eaux sulfureuses est répandu depuis longtemps. Parmi elles, la station des Eaux-Bonnes, située dans les Basses-Pyrénées, à 725 mètres d’altitude, jouit d’une réputation universelle. La quantité de soufre contenue dans ces eaux est fort minime, puisque l’analyse n’y a décelé que 2 centigrammes de sulfure de sodium par litre : aussi est-il assez malaisé d’expliquer leur action. Ces eaux seraient cependant fort actives, puisqu’on les a maintes et maintes fois accusées de provoquer la congestion pulmonaire et l’hémoptysie; aussi recommande-t-on de les employer avec une grande prudence et de commencer le traitement avec des doses très faibles : un quart de verre par jour. M. Daremberg se montre assez sceptique, aussi bien à l’égard de l’efficacité des Eaux-Bonnes qu’au sujet des dangers que peut présenter leur emploi. Il croit que les aggravations et les améliorations constatées dans l’état des malades, pendant leur séjour, dépendent plus de l’hygiène suivie par eux que du traitement. Le phtisique qui se repose et se borne à respirer l’air, verra son état s’améliorer aux Eaux-Bonnes, celui qui fera de longues excursions, qui mènera une vie active, ne retirera aucun bénéfice de son traitement. Est-ce à dire, cependant, que les Eaux- Bonnes soient des eaux indifférentes? Ce serait, croyons-nous, contraire aux faits observés. Les eaux sulfureuses paraissent déterminer une excitation, une accélération de la circulation qui peuvent avoir une influence heureuse dans les tuberculoses torpides, mais qui peuvent aussi provoquer des accidents congestifs, des hémoptysies, transformer une phtisie apyrétique en une phtisie fébrile; aussi sont-elles dangereuses pour les tuberculeux qui ont eu des accidents congestifs et des hémoptysies; ce serait une faute grave que d’y envoyer de pareils malades.

En dehors de leur action générale, les eaux sulfureuses ont une action locale incontestable sur la bronchite tuberculeuse, « il semble que l’excitation pro-

TUBERCULOSE PULMONAIRE.1

voquée par les eaux sulfureuses sur l’appareil glandulaire bronchique aboutisse à une manière de décapage endothélial, réalisant, mutatis mutandis , sur la muqueuse respiratoire chroniquement infectée, ce (pie réussit le chirurgien quand il curette une cavité muqueuse ou un trajet fistuleux enflammés » (Landouzy, Congrès de Berlin, 1809). Ce ne sont par suite que les tuberculoses apyrétiques, arrivées à la seconde période, celles du ramollissement des tubercules qui bénéficieront de ce traitement.

En résumé, les eaux sulfureuses ne sont indiquées que dans les tuberculoses torpides, non fébriles, parvenues à la période de ramollissement; elles paraissent exercer une action locale sur la muqueuse bronchique, et une action générale sur la nutrition; elles devront néanmoins être employées avec grande prudence, car elles prédisposent à la congestion et aux hémoptysies; elles sont enfin contre-indiquées quand il existe des troubles digestifs, de la dilatation de l’estomac, de la diarrhée.

A côté des Eaux-Bonnes il faut citer Allevard, Saint-Honoré, Amélie-les- Bains, comme étant les stations les plus propices à la médication sulfureuse; dans ces stations ce sont les inhalations qui constituent la partie essentielle du traitement. Enghien et Pierrefonds sont aussi des stations très fréquentées.

Un produit sulfuré, Yichtyol a été employé à la dose 0,10 — 1 gr. par jour, en capsules, solution :

Ichtyol . . .

Eau distillée

XX gouttes à chaque repas.

b action bien connue du chlorure de sodium sur la nutrition devait faire utiliser ce sel dans le traitement de la tuberculose pulmonaire : son emploi est d’autant plus indiqué que les phtisiques éliminent une grande quantité de chlorures, tant par les urines que par les crachats; le chlorure de sodium n’a d’ailleurs aucune action spécifique sur la tuberculose; Israël (de Copenhague) a mélangé une grande quantité de sel à la nourriture de lapins qu’il avait rendus tuberculeux; l’évolution de la maladie ne fut pas entravée.

Le professeur Potain prescrivait la solution saline suivante, à prendre à la dose d’une cuillerée à café, le matin, dans une tasse de lait :

Eau distillée 100 grammes.

Chlorure de sodium 10

Rromure 5 —

Iodure ‘2 gr. 50

Parmi les eaux chlorurées, citons Ems, dont la vogue est très grande, et Royat; cette dernière station est très recommandable aux tuberculeux dont la maladie est peu avancée, qui présentent des troubles digestifs et de l’anémie.

Mentionnons encore TJriage, dont les eaux sont à la fois sulfureuses et chlo-

15 grammes.

MALADIES DU POUMON

rurées et conviennent particulièrement aux scrofulo-tnberculeux ; enfin la Bourboule, déjà citée.

Les phosphates sont indiqués, tout comme les chlorures, parce que les phtisiques éprouvent une notable déperdition de phosphates. Le professeur J. Teissier (de Lyon) et Stokvis ont montré que les phtisiques éliminent par les urines une grande quantité d’acide phosphorique ; d’après Daremberg, les malades qui expectorent beaucoup perdraient environ 1 gr. 50 de phosphate et 2 grammes de chlorure de sodium par les crachats.

On a beaucoup discuté l’absorption des phosphates calcaires. D’après Sanson, Caulet, les phosphates, qu’il s’agisse du phosphate acide soluble ou du phosphate tricalcique insoluble, ne se fixeraient pas dans l’économie, et s'élimineraient avec les matières fécales.

Les phosphates se dédoubleraient dans le tube digestif en sel de chaux soluble et absorbable (lactatc de chaux ou chlorure de calcium) et en biphosphate insoluble.

Cependant, si l'on administre des phosphates, on constate l’augmentation de l’élimination du phosphore par les urines; une partie en est donc absorbée. M. le professeur Bouchard admet cette absorption partielle; mais il accorde la préférence aux phosphates alcalins sur les phosphates calcaires. On a, dans ces derniers temps, réussi à obtenir des laits riches en phosphates, en mélangeant à l'alimentation des vaches une grande quantité de poudre d’os ou de phosphate de chaux (80 grammes); ces laits phosphatés contiennent environ 3 grammes de phosphate par litre; c’est là encore un fait contradictoire avec l'expérimentation, car Weiske prétend que le phosphate donné en nature n'est pas éliminé par le lait.

On ) irescrit le phosphate de chaux soluble ou les phosphate à la dose de 0,50 à 2 grammes en solution, sirop, vin; on peut également prescrire les lactophosphates ou chlorhydrophosphates de chaux :

Lacto ou chlorhydrophosphate de chaux 10 grammes.

Eau distillée 500

2 à 5 cuillerées par jour (50 centigrammes par cuillerée) ; ou mieux encore les phosphates alcalins :

Phosphate de soude G grammes.

— de potasse 5

Ain de Bagnols ‘200

Sirop d’écorces d’oranges amères GO —

Un verre à liqueur à la fin des repas.

Mar fan prescrit l’huile de foie de morue créosotéc et phosphorée :

Huile de foie de morue 500 grammes.

Créosote 15 —

huile phosphorée au 1000' 50 —

Une cuillerée à soupe à chaque repas.

TUBERCULOSE PULMONAIRE

Les hypophosphites sont préférés par de nombreux médecins, comme étant d'une assimilation plus sûre que les phosphates.

L’hypophosphite de chaux s’emploie à la dose de 10 centigrammes à 50 centigrammes par jour, en sirop ou en solution.

Le métavanadate de soude, récemment proposé, paraît déterminer chez certains tuberculeux une stimulation de l’appétit et un relèvement corrélatif des forces. C’est une substance très toxique et qui doit être maniée avec précaution. Il est prudent de ne pas dépasser la dose de 2 à 5 milligrammes par jour et d’interrompre la médication au bout de 4 jours. On peut prescrire une demi-heure avant les deux principaux repas une cuillerée à café de la solution suivante :

Mctavanadate de soude 5 centigrammes.

Eau distillée 150 grammes.

La lécithine est une combinaison organique du phosphore, une graisse phosphorée. Comme les nucléines qui paraissent devoir prendre bientôt en thérapeutique une importance considérable, les lécithines sont très répandues dans l’organisme, principalement dans la substance blanche cérébrale (11 pour 100), les capsules surrénales, les spermatozoïdes, etc.; elles constituent 6,80 pour 100 du jaune de l’œuf. La teneur d’un organe en lécithine est d'autant plus élevée que l’organe jouit de fonctions plus complexes, qu’il a une vitalité plus grande; la richesse en lécithine du système nerveux central, des spermatozoïdes, du jaune d’œuf, ne peut laisser aucun doute à cet égard; le rôle de la lécithine est vraisemblablement considérable dans les phénomènes bio-chimiques dont le cerveau est le siège, ce qui justifie l’opinion déjà ancienne exprimée par Moleschott que « sans phosphore il n’y a pas de pensée ». D’autre part Liebreich a montré que la lécithine cérébrale diminue sous l’influence du surmenage intellectuel, de la fatigue excessive, et pour le professeur Gautier la combustion de cette substance est une des principales sources de l’excès de sécrétion phosphorique pendant le travail nerveux. On était conduit par l’étude physiologique des lécithines à les employer en thérapeutique. Dès 1874, M. Gautier prévoyait que la lécithine pourrait être employée pour réparer les pertes de l’organisme laites sous 1 influence d’un travail nerveux; Danilewski (Acad, des sciences, 1895 et 1896) fit connaître les résultats de ses recherches expérimentales sur ce corps, qu’il montra comme excitant le pouvoir de croissance et de multiplication cellulaire, et en 1897, M.Serono publia un travail sur les injections de lécithine chez l’homme: toutefois la vulgarisation de l’emploi thérapeutique de la lécithine date surtout des travaux expérimentaux, et des recherches cliniques de Desgrez, Gilbert et Fournier, Claude et Zaky (1900- 1901). La lécithine employée en thérapeutique est la lécithine extraite du jaune de l’œuf où elle existe dans la proportion de 6,80 pour 100 environ (un jaune en contient en moyenne 0 gr. 90); c’est une combinaison de l’acide glycéro-phosphorique avec de la choline et deux molécules d’acide stéarique (CulI"'Ü"PAz). Desgrez et Zaky ont montré que cette lécithine injectée par la

MALADIES DU POUMON

voie sous-cutanée exerce sur les échanges nutritifs une action favorable se manifestant par une augmentation notable de l’élaboration phosphorée, une fixation plus grande du phosphore, un accroissement marqué du poids des animaux; Fournier et Gilbert ont montré qu’elle favorise la croissance et le développement des jeunes animaux; enfin les premiers essais thérapeutiques montrent que cette substance détermine nettement, chez l’homme, une augmentation de l’appétit, un accroissement des forces et du poids. Bien que le suc pancréatique décompose la lécithine (Bokay), celle-ci produit les effets indiqués, aussi bien quand elle est administrée par la bouche que quand elle est injectée sous la peau ; par conséquent son administration par la voie digestive est parfaitement justifiée.

Les premières observations de son emploi dans la tuberculose pulmonaire sont dues à Serono ; plus tard Claude et Zaky ont institué des recherches expérimentales et cliniques sur son emploi dans cette maladie. Chez les animaux (cobayes) rendus tuberculeux, l’action favorable de la lécithine s’est affirmée par la résistance plus grande offerte par les animaux ayant reçu la lécithine en injections, que par les animaux témoins; toutefois la tuberculose n’a été enrayée chez aucun de ces animaux. Les malades soumis au traitement (30 à 40 centigrammes par jour, par la voie stomacale) ont presque tous bénéficié du traitement. Dans les cas de tuberculose au début, avec peu de signes locaux, les résultats ont été des plus satisfaisants. L’état général, mauvais ou seulement languissant s’est transformé en quelques jours; les forces ont augmenté, et surtout l’appétit a été réveillé immédiatement; le poids des malades s’est accru; enfin, fait important, dans la plupart des cas on a constaté une diminution plus ou moins notable de la phosphaturie.

Le coefficient d’utilisation azotée est, d’autre part, augmenté d’une façon constante. Dans les tuberculoses au second degré, accompagnées de fièvre, les résultats sont moins nets, en tout cas très inconstants; ils sont nuis, à la troisième période. En somme, la lécithine n’a pas plus que les autres moyens médicamenteux une action spécifique sur la lésion tuberculeuse. Si l’état s’améliore dans nombre de cas, l’amélioration est la résultante du relèvement de l’état général. Nous avons, pour notre part, obtenu de très remarquables améliorations, chez des tuberculeux apyrétiques, plus tuberculinisés (pie tuberculeux, c’est-à-dire anémiés, profondément intoxiqués, sans force et sans appétit. Nous reconnaissons à la lécithine l’avantage de ne pas être nocive pour les voies digestives, ce qui lui confère une supériorité sur la plupart des autres médicaments. Pour obtenir des effets rapides et manifestes, nous estimons qu’il convient de la prescrire à des doses supérieures à celles qui ont été indiquées. On prescrit habituellement pour l’adulte la dose journalière de 50 centigrammes; on peut sans inconvénients atteindre 60,80 centigrammes, chez l’adulte; tout au plus, à cetle dose, observe-t-on parfois une excitation génésique passagère.

Contrairement à ce que Serono a prétendu, la lécithine, absorbée par la bouche, agit aussi bien qu’injectée sous la peau, en solution huileuse (5 centigrammes par centimètre cube d’huile stérilisée). On prescrira donc le

TUBERCULOSE PULMONAIRE

médicament en pilules dosées à 5 centigrammes et prises au moment des repas. Chez l’enfant on s’en tiendra aux doses de 20 à 50 centigrammes, administrés en pilules ou sous forme de granule. (V. la thèse de Morichau- Beauchamp, Paris 1901.)

Le tanin est employé, depuis le siècle dernier, dans le traitement de la tuberculose pulmonaire. Woillez disait en avoir obtenu de très bons résultats; récemment (1887), MM. Raymond et Arthaud ont constaté que l’administration du tanin avait empêché l’évolution de la tuberculose chez des lapins inoculés avec des produits tuberculeux; le tanin pourrait même exercer une action d’arrêt sur la tuberculose aiguë. Le tanin se prescrit à la dose de 25 centigrammes à 2 grammes par jour, sous forme de vin, pilules, cachets, sirop; Arthaud conseille de prendre après chaque repas un verre à bordeaux du mélange suivant :

Tanin à l’alcool 20 grammes.

Glycérine 150

Alcool 50 —

Vin de Banyuls 800 —

On a donné également le tanin en pilules de 10 centigrammes, à la dose de 8 à 10 par jour. On peut enfin l’associer à la créosote et au phosphate de chaux.

Créosote 0 gr. 25

Tanin à l’alcool 0 gr. 50

Phosphate de chaux 0 gr. 25

Pour 1 cachet, 2 à 4 par jour, au milieu des repas.

Glycérophosphate de chaux 20 centigrammes.

Tanin ) ^ )0

Extrait de quinquina )

pour 1 cachet. 2 au dîner.

Les préparations de quinquina ou de kola peuvent être utiles, comme toniques, surtout chez les malades qui s’alimentent insuffisamment. Il importe seulement de ne pas en prolonger l’emploi, de ne pas abuser des vins médicamenteux dont la quatrième page des journaux vante les mérites!

On peut prescrire à la fin de chaque repas, dans un verre à bordeaux de vieux vin, une cuillerée à soupe de :

Extrait fluide de quinquina 20 grammes.

de kola 10 —

Glycérine pure 300 —

ou un vin composé, celui-ci par exemple (à la même dose) :

MALADIES DU POUMON

10 centigrammes.

5 grammes.

125 grammes.

ou :

Extrait fluide de quinquina

Sirop d’écorces d'oranges amères

Une cuillerée à soupe après chaque repas.

A l’occasion de l’étude des modificateurs de la nutrition, nous avons passé en revue les principales eaux minérales que l’on a recommandées aux phtisiques. L’opinion qui semble prévaloir actuellement est qu’aucune eau minérale n’a d’action curative proprement dite. Sans doute les améliorations passagères ou même durables sont fréquentes, à la suite du séjour aux eaux, mais ne faut-il pas les attribuer tout autant à l’influence combinée du repos, de l'alimentation, de la distraction et surtout du climat qu’à celle du traitement thermal? Beaucoup de médecins le croient; aussi faut-il tenir compte, dans le choix d’une station minérale, aussi bien des conditions climatériques que de la nature des eaux.

Au début, on enverra les malades à la Bourboule, à Royat, c’est-à-dire aux eaux reconstituantes. Les tuberculeux plus avancés, avec expectoration purulente, seront adressés aux eaux sulfureuses, aux Eaux-Bonnes, à Cauterets, à Allevard, etc., ou bien au Mont-Dore, pour y suivre le traitement local; mais ces eaux ne seront permises qu’aux tuberculeux non congestifs, exempts de fièvre et de la tendance aux hémoptysies. On se gardera bien d’ailleurs de déplacer ceux qui vivent à la campagne, dans de bonnes conditions hygiéniques; le voyage, la vie active pourraient leur faire perdre le bénéfice de l’amélioration acquise.

A ceux qui trouveront ces conclusions trop rigoureuses et qui nous accuseront de scepticisme, nous opposerons cette phrase du maître de la médecine française, de Laënnec : « 11 est probable que les bons effets des eaux minérales sont en partie dus au changement de lieu, car par elles-mêmes elles ont une efficacité au moins douteuse et beaucoup de phtisiques se sont très bien trouvés de l’air des montagnes, quoiqu'ils n’eussent pas pu supporter les bains de mer et l’usage interne des eaux. »

De tous les médicaments réputés bacillaires, qui ont été proposés contre la tuberculose, un seul a résisté à l’épreuve du temps, bien qu’il ne puisse être nullement considéré comme un spécifique : c’est la créosote, mélange de gaïacol et de plusieurs crésols. La créosote fut recommandée dès 1852 par Reichenbach, qui l’avait isolée; puis divers essais en furent faits de temps à autre; mais ce médicament tomba dans l'oubli, et c’est seulement en 1877 qu’il en fut tiré par Bouchard et Gimbcrt. Chez la plupart des malades à qui lut administrée la créosote, Bouchard et Gimbert constatèrent la diminution

10 grammes.

Arscniatc de soude

Gouttes amères de Baume

Biphosphate de chaux

Vin de quinquina

— de coca ) ~

- de kola i

TUBERCULOSE PULMONAIRE

de la toux, (le l’expectoration et des sueurs, le retour de l’appétit et le relèvement des forces.

Les contradictions commencent dès que l’on essaye de déterminer le mode ! d’action de ce médicament; ainsi pour quelques médecins (Sahli), elle agit uniquement comme stomachique et antiseptique stomacal ; pour d’autres, au | contraire, la créosote agit en vertu de son pouvoir antiseptique général. Ce pouvoir serait égal ou supérieur à celui de l’acide phénique (M. Bouchard);

, en ce qui concerne le bacille de Koch, 80 centigrammes pour 1000 de créosote. d’après Bouchard, 50 centigrammes d’après Guttmann, en empêchent le développement; peut-on en conclure que la créosote introduite dans l’économie entrave le développement du bacille, qu’elle va porter son action germicide sur les bacilles logés dans les profondeurs du poumon? Voici les résultats de l’expérimentation et ceux de la pratique : M. Bouchard a inoculé le même jour deux lapins de même poids et de même âge avec une même quantité de la même matière tuberculeuse. A partir de ce moment tous deux ont été conservés dans la même cage; l’un a été laissé sans traitement, l’autre a reçu quotidiennement 25 centigrammes de créosote par kilogramme. Le premier a été en dépérissant et a fini par mourir trois mois après l’inoculation. Le jour de sa mort, l’autre a été sacrifié, cl les viscères des deux animaux ont été examinés. Celui qui a été abandonné sans traitement après l’inoculation a succombé à une tuberculose généralisée. Celui qui avait été soumisà l’inlluence quotidienne de la créosote ne présentait aucune trace de tuberculose.

Chez l’homme, M. Bouchard a obtenu les résultats suivants : parmi les j tuberculeux atteints au 1er et au 2e degré, chez 20 pour 100 il a constaté la disparition des phénomènes généraux et locaux : c’étaient des guérisons apparentes; chez plusieurs, ultérieurement, la phtisie pulmonaire a reparu; chez un. M. Bouchard a vu survenir le mal de Pott. Il a constaté des amélio- 1 râlions dans 55 pour 100 des cas; en somme 55 pour 100 des malades ont tiré bénéfice de ce traitement. « Au bout de huit à quinze jours, dit M. Bouchard, l’expectoration diminue, puis la toux devient moins fréquente et moins pénible, l’appétit renaît, la fièvre est moins forte, les forces reviennent, les sueurs nocturnes se suppriment. L’amaigrissement cesse et bientôt le poids augmente. Enfin les signes locaux s’amendent, les râles bulbaires deviennent moins abondants, la matité, le souille d’induration s’atténuent et disparaissent. » En somme, la créosote détermine, dans un certain nombre de cas, une amélioration manifeste de l’état local; mais ce qu’il nous faut bien constater, au risque d’enlever aux médecins leurs dernières illusions au sujet du seul médicament auquel on accorde confiance, c’est que ces améliorations sont passagères dans l’immense majorité des cas, c’est que le nombre des 'malades traités par la créosote et guéris par ce moyen n'est pas supérieur à celui de ceux traités par l'huile de foie de morue, ou surtout par l’aérothérapie, c’est qu’à côté de ses avantages la créosote présente de nombreux inconvénients, en première ligne son action sur le tube digestif. Nous avons peine à comprendre que l’on accorde à ce médicament une vertu stomachique, alors que l’on constate journellement l’intolérance des malades pour la créosote, que

MALADIES DU POUMON

celle-ci soit administrée en pilules, ou bien sous forme de vin créosote, ou bien encore en dissolution dans l’huile. Les hautes doses, en tout cas, sont toujours mal supportées par l’estomac et c’est pourquoi, dans ces derniers temps, on s’est adressé aux injections sous-cutanées, aux lavements, aux inhalations, pour l’administration de ce médicament. Ajoutons enfin que, dans certains cas, la créosote parait favoriser l’apparition des hémoptysies, tout comme l’iodoforme, et qu’il y a là une indication dont il faut tenir compte. La créosote sera laissée de côté dans les tuberculoses à tendance hyperémique et congestive, à marche rapide et à réactions intenses; en tout cas, chez les fébricitants. Pour toutes ces raisons, on ne peut accorder à la créosote qu'une confiance relative; c’est d’ailleurs l’opinion de M. Bouchard, le promoteur du traitement créosoté. « Je crois, dit-il, l’antisepsie utile, et je considère la créosote comme le moins mauvais des antiseptiques dans la tuberculose: mais j'ai la conviction que si on se privait des ressources de l’hygiène dans le traitement de la tuberculose, on n’obtiendrait que de très minces résultats. Ce ([ui doit primer tout, c’est donc l’hygiène; mais, en associant l’hygiène et l’antisepsie, on obtient le maximum de bénéfice. » (Thérapeutique des maladies infectieuses, 1889, p. 548.)

La dose moyenne de créosote à administrer par la bouche chez un adulte est de 80 centigrammes à 1 gramme. Dépasser cette dose ce serait exposer le malade à des troubles digestifs, à des hémoptysies, à des poussées tuberculeuses nouvelles. Le temps est passé où l’on espérait, à l’aide de fortes doses, détruire les bacilles de la tuberculose. On emploie, par la bouche, les pilules ou bien l’huile de foie de morue créosotéc. Au début on a employé des vins créosotes :

Créosote 13 gr. 50

Teinture de gentiane 20 grammes.

Alcool de Montpellier 250

Vin de Malaga q. s. pour 1 litre.

I à 2 cuillerées à soupe dans un verre d’eau le matin à jeun, et le soir; 20 centigrammes par cuillerée à bouche (Bouchard-Gimbert).

Des élixirs :

Créosote 15 grammes.

Rhum 585 —

0 gr. 20 de créosote par cuillerée à soupe.

L’usage de ces vins est aujourd’hui abandonné parce qu’ils déterminent plus rapidement des troubles digestifs que les pilules ou l'huile de foie de morue.

On peut encore prescrire la formule suivante, préférable aux précédentes, car la créosote ne s’y trouve associée qu’à une petite quantité d’alcool :

Teinture de gentiane ou de quinquina 10 grammes.

Créosote 5 —

TUBERCl LOSE PULMONAIRE.

XV gouttes, 5 fois par jour, à prendre dans de l’eau gazeuse au moment les repas.

La meilleure formule des pilules est la suivante :

Créosote 10 grammes.

Poudre de savon ainygdalin q. s.

Pour 100 pilules, dont on donne 8 à 10 par jour, au moment des repas, i Ne jamais se servir de magnésie pour la confection des pilules créosotées).

Voici quelques autres formules où la créosote est associée à diverses substances :

Créosote de hêtre. .

Iodoforme

Arséniate de soude.

Cynoglosse

Benjoin et magnésie

5 centigrammes.

1 centigramme.

1 milligramme.

5 centigrammes, q. s.

Pour 1 pilule, 2 au milieu de chaque repas.

Créosote ....

Iodoforme . . . Poudre de benjoin Baume de tolu. .

5 centigrammes.

Pour 1 pilule (pilules capsulées ou dragéifiées), 4 par jour.

Créosote 0 gr. 10

Phosphate de chaux 0 gr. 05

Poudre de savon 0 gr. 10

Pour 1 pilule ; 6 à 10.

On peut encore associer la créosote au phosphate de chaux, en cachets.

Créosote de hêtre 0 gr. 25

Phosphate de chaux 1 gramme.

Pour 1 cachet. Prendre un cachet au milieu de chaque repas.

La solution huileuse est de beaucoup préférable au vin et aux pilules, ces dernières traversant quelquefois le tube digest if sans abandonner les principes actifs.

La formule de l huile créosotéc est la suivante :

Créosote 15 grammes.

Huile de foie de morue q. s. pour 1 litre.

Chaque cuillerée à bouche contient 0,20 centigrammes de créosote. Deux

MALADIES Dl POUMON.

Chez les tuberculeux dont l'estomac tolère mal la créosote (et ces malades sont nombreux) on a essayé de la faire pénétrer dans l’organisme par d’autres voies; c’est ainsi que Valentin Gilbert a préconisé les frictions crcosotécs faites sur le thorax avec la pommade suivante :

Créosote 5 grammes.

Lanoline \

Axonge [ âa 25 —

Huile d’olives )

Cette méthode des frictions ne s’est pas répandue; en revanche, l’administration par la voie rectale présente de notables avantages : on peut ainsi faire absorber de plus grandes quantités de créosote que par la bouche, tout en ménageant l’appareil digestif,

M. Revillet ( Semaine médicale, n° 55, 1891) est arrivé à faire prendre aux phtisiques des lavements contenant 5 et 4 grammes de créosote. La formule est la suivante :

Eau 200 grammes.

Créosote pure de goudron de hêtre 2 à A —

Huile d’amandes douces 25 —

Jaune d’œuf n* 1.

On commence par faire dissoudre la créosote dans l’huile, on émulsionne ensuite avec le jaune d’œuf. On obtient ainsi un liquide bien lié, homogène, d’apparence laiteuse et de coloration jaunâtre. Le lavement est pris ordinairement le soir, avant le coucher; il est mieux conservé par le malade la nuit que dans le jour, où celui-ci est exposé à faire des efforts. Le lavement médicamenteux doit être précédé d’un lavement simple.

Le lendemain matin, le malade a une garde-robe plus ou moins sèche, Il consistante et ne contenant guère que quelques gouttes d’huile. Les signes de l’absorption se manifestent d’ailleurs rapidement; le malade accuse presque instantanément la saveur de la créosote dans la bouche et ses urines prennent une coloration noir verdâtre. 11 se produit en outre un abaissement de température qui se manifeste au bout d’une heure environ; cet abaissement peut aller jusqu’à 2 degrés: on observe en même temps un léger ralentissement du pouls et du nombre des inspirations; l’abaissement de température, chez les fébricitants, s’accompagne de sueurs profuses, d’une sensation pénible de froid; aussi chez eux serait-il dangereux d’atteindre la dose de 5à4 grammes, car on pourrait provoquer le collapsus. Nous avons, pendant plusieurs mois, traité les tuberculeux de la clinique de l’Hôtel-Dieu avec les lavements créosotés. Nous avons constaté que ces lavements étaient le plus souvent bien tolérés, qu’ils donnaient lieu tout au plus à quelques coliques légères et de courte durée; mais nous n’avons pas obtenu d’améliorations bien marquées ni supérieures à celles que donnent le repos et une alimentation substantielle. D’autre part, chez quelques malades, des hémoptysies sont survenues peu de jours après le début de ce traitement et nous ont paru dues à cette cause;

TUBERCULOSE PULMONAIRE

chez un malade notamment, l’hémoptysie est survenue chaque lois, lors de la reprise du traitement. Aussi croyons-nous que si l’administration de la créosote en lavements est un moyen commode de l'aire absorber le médicament, chez les malades dont il importe de respecter les voies digestives, il n’existe aucune indication formelle pour la médication intensive avec plusieurs grammes de | créosote par jour, car, à cette dose, la créosote nous paraît provoquer des poussées congestives. 11 est absolument nécessaire enfin que la créosote employée soit pure, c’est-à-dire redistillée entre 200 et 210 degrés et débarrassée de toute trace d’acide phénique et d’autres impuretés.

Pour éviter au malade d’avoir recours chaque jour au pharmacien pour la préparation du lavement, on peut formuler la solution suivante de créosote dans l’huile, dont il met deux cuillerées à bouche dans un verre d’eau tiède et qu’il émulsionne avec un jaune d’œuf :

Huile d’olives. . . .

Créosote pure ....

Laudanum de Sydenham

D’après le Dr Cliahaud ( Semaine médicale, CCXL, 1891), on peut se borner à se servir de l’eau distillée comme véhicule de la créosote donnée en lavement, à la condition d’employer la créosote pure; celle-ci, en effet, se dissout dans l’eau à 15 degrés, dans la proportion de 1 gramme (ou XLI1I gouttes environ) pour 200 grammes d’eau. On emploie l’eau à la température ambiante en été et légèrement chauffée en hiver. Ces lavements seraient très facilement gardés, très rapidement et complètement absorbés ; ils présenteraient des avantages marqués sur les lavements huileux, plus difficiles à garder et d’absorption plus lente et incomplète. On peut aussi prescrire des lavements créosotés suivant les formules suivantes :

a) Créosote 10 grammes.

Teinture de quillaya 80 —

Eau 60 —

Chaque cuillerée contient 1 gramme de créosote (à mettre dans un verre d’eau).

b) Créosote de hêtre

I Savon amygdalin

Eau chaude . .

Triturez le savon dans la créosote, ajoutez l’eau chaude et filtrez; une cuillerée à bouche renferme 1 gramme de créosote. Ajoutez une cuillerée à un verre d’eau tiède pour un lavement. (Le savon amygdalin dissout son poids de créosote dans une quantité d’eau quelconque.)

On peut encore administrer des lavements de lait créosoté. On compte 40 gouttes de créosote dans un quart ou un demi- verre de lait et l’on com-

| ââ 5 grammes.

500 cent, cubes.

MALADIES DU POUMON

plète avec de l’eau. Le lait créosote se mêle très bien à l’eau sans former de coagulum.

On a proposé d’administrer des suppositoires contenant 50 centigrammes de créosote. On en fait appliquer un matin et soir.

Les inhalations de créosote sont en usage depuis longtemps; ces inhalations sont surtout bien supportées, dit M. Daremberg, par les malades qui dorment dans une chambre dont la fenêtre est entr’ouverte.

M. Tapret fait pulvériser pendant plusieurs heures la solution suivante (à l’aide d’un pulvérisateur à vapeur) :

Créosote 10 grammes.

Alcool 200 —

Glycérine 20

Eau 770 —

Les injections sous-cutanées ont etc expérimentées dès 1875, par M. Bouchard, puis en 1885 et 1884 par MM. Tapret et Du Castel; mais la quantité de créosote injectée était toujours minime; la méthode des injections de créosote à hautes doses n’est entrée dans la pratique qu’en 1886; M. Gimbert injecte chaque jour 10 à 50 centimètres cubes d’une solution au quinzième de créosote dans l’huile; ces injections sont faites avec une seringue; c’est la meilleure méthode, car elle permet seule une stérilisation parfaite. M. Burlureaux est parvenu à injecter des quantités de créosote considérables, véhiculées dans une grande quantité d’huile; il emploie la formule suivante :

Créosote 10 grammes.

Huile d'amandes douces neutralisée et stérilisée .... 150

M. Burlureaux injecte à la fois 10, 50, 40, jusqu’à 150 grammes de la solution de créosote; il est donc parvenu à introduire dans l’économie jusqu'à 10 grammes de créosote. Ces injections à doses intensives peuvent déterminer des accidents d’intoxication, notamment des (roubles nerveux simulant la méningite (Faisans) ; elles sont péniblement supportées par les malades et ne présentent d’ailleurs aucune supériorité sur le mode d’administration par voie rectale, qui est presque exclusivement employé aujourd’hui par les derniers partisans de la créosote, et se prête facilement à l’introduction de fortes doses du médicament.

Nous avons exposé les divers modes d'emploi de la créosote, et relaté les opinions souvent contradictoires des nombreux médecins qui ont fait usage de ce médicament; en ce qui nous concerne, nous ne saurions trop conseiller de le rayer du nombre des moyens médicamenteux à employer contre la tuberculose, car si nous avons constaté fréquemment ses inconvénients, il ne nous a pas été donné une seule fois d’en constater les bons effets; par contre, nous avons souvent observé des améliorations notables, imputables uniquement à la suppression de la créosote, qui entretenait l’anorexie et les vomissements; dès que le médicament était supprimé, les malades recommençaient à s’alimenter et l’estomac devenait tolérant. Donc pas de créosote chez les tuber-

TUBERCULOSE PULMONAIRE

ciilcux ; cette opinion parait être aussi celle de la plupart des médecins des hôpitaux. (Discussions du 14 février 1896.)

Le carbonate de créosote ou créosolal a été introduit dans la thérapeutique de la tuberculose par Chaumier de Tours; il a sur la créosote (dont il contient 92 pour 100) l’avantage de ne pas être caustique, de ne pas irriter l’estomac; aussi peut-on le donnera doses plus fortes que la créosote, bien qu’il se décompose dans le tube digestif en acide carbonique et en créosote. On peut le donner pur, à la dose d’une h deux cuillerées à café par jour, au milieu des repas, ou bien en solution dans l'huile de foie de morue.

Créosolal 14 grammes.

Huile de foie de morue 160 —

Chaque cuillerée à soupe équivaut à I gramme de créosotal; on peut en donner de 1 à 4 par jour.

On peut encore administrer le créosotal en lavements :

Laudanum de Sydenham V goutles.

Créosotal 5 grammes.

Jaune d'œuf n” I.

Eau chaude 150 grammes.

Pour un lavement. Un matin et soir.

Le gaïacol . qui est le principal élément constitutif de la créosote, lui a été substitué fréquemment dans ces dernières années ; proposé par Sahli (de Berne) en 1887, et Roussel (de Genève), il a été employé en France par M. Labadie-Lagrave, puis par MM. Picot, Pignol, etc. II a une action thérapeutique analogue à celle de la créosote, mais serait mieux supporté par l’estomac. Depuis 1895 on prescrit uniquement le gaïacol cristallisé synthétique, qui a remplacé les gaïacols liquides employés antérieurement. On l’administre en cachets pilules ou en capsules, solution huileuse à la dose de 0 gr. 25 à

1 gramme :

a) ‘Gaïacol cristallisé 0 gr. 50

Phosphate tricalcique 0 gr. 50

Pour 1 cachet, 5 par jour.

b) Gaïacol cristallisé 0 gr. 10

........ aa 0 gr. Oo

Lxlrail de quinquina )

Pour I pilule; 2 à 10 par jour.

c) Gaïacol cristallisé 10 grammes.

Huile de foie de morue 1 litre.

2 à i cuillerées à soupe par jour.

r,.-n. LÏOX. — 3e ÉDITION. 49

MALADIES 1H POl'MON.

(1) Gaiacol cristallisé

Ilhum

Sirop d’écorces d’oranges amères,

J cuillerée à soupe contient 0 gr. 20 de gaiacol.

e) Gaiacol cristallisé

Crème de cacao à la vanille

5 grammes.

(Debove et Gourin.)

I à 4 par jour.

. . 4 grammes.

! verre à liqueur après les repas.

On peut encore administrer le gaiacol en lavements; faire prendre chaque jour un lavement de 100 grammes de lait tiède, additionné de 40 à 50 gouttes de :

Gaiacol cristallisé ) . ,

Huile d’amandes douces stérilisée à 120° . ) aa l,ai lth ' ^ es‘

(Weil et Diamantbehger )

Le gaiacol est surtout employé en injections sous-cutanées. M. Picot (de Bordeaux) se sert d’une solution :

Huile d’olives stérilisée 100 cent, cubes.

Gaiacol 5 grammes.

lodoforme 1 gramme.

dont il injecte 2 à 5 centimètres cubes par jour, c’est-à-dire 1 0 à 15 centigrammes de gaiacol. \1. Pignol associe Yeucalyplol, le gaiacol et l’iodoforme.

Eucalyptol 15 grammes.

Gaiacol 5 —

lodoforme 1 gramme.

Huile d'olives stérilisée q. s. pour 100 c. c.

Il injecte 5 à 10 centimètres cubes par jour de celle solution huileuse.

M. Maurange conseille l’addition de spartéine au gaiacol, comme tonique cardiaque :

Spartéine 40 centigrammes.

Gaiacol cristallisé 8 grammes.

Huile d'olives stérilisée q. s. pour 100 c. c.

Injecter 5 à 10 centimètres cubes.

Weill et Diamantbergcr injectent tous les jours (dans la région fessière) I centimètre cube de :

Gaiacol cristallisé J

Huile d'amandes douces stérilisée. à 120°. )

Chlorhydrate de cocaïne

20 gi •animes.

20 centigrammes.

TUBERCULOSE PULMONAIRE

L’eucalyptol est contre-indiqué, itinsi que l’iodoforme, s'il existe des lésions rénales : la stéatose hépatique contre-indique aussi l’eucalyptol dans une certaine mesure. Il agirait surtout sur les saprophytes et les microbes pyogènes. Sur lôO cas traités, Pignol signale 22 améliorations très notables.

On a encore préconisé dans ces derniers temps le carbonate de < jaïacol (0 gr. 20 à 1 gramme par jour) qui aurait l’avantage de ne pas irriter l’estomac, le cacodylate de gaïacol, le phosphate et le tanno-phospliate de créosote , le phosphite de créosote (phosphotal), le phosphate de gaïacol. le benzoate de gaïacol, etc.

Schnirer (de Vienne) a vanté le tliiocol qui est l’ortho-sulfo-gaïacolatc de potassium. Le tliiocol renferme au moins 52 pour 100 de gaïacol; c’est unepoudre blanche, soluble dans quatre parties d’eau froide ou une partie d’eau chaude, qui, même en solution concentrée, n’exerce aucune action caustique sur les muqueuses et qui, de plus, n’est pas toxique. Les résultats obtenus sont analogues à ceux que l'on constate à la suite de l'emploi de la créosote et de ses dérivés : amélioration de la bronchite, diminution des bacilles; relèvement de l’appétit et des forces. Le tliiocol s’emploie à la dose de 5 à (i grammes par jour, en cachets ou en solution aqueuse.

Le traitement le plus récent est la zomotliérapie ou traitement par le suc de viande crue dont MM. Ch. Richet et Héricourt ont contrôlé expérimentalement les bons résultats qui depuis longtemps avaient été vérifiés en clinique. F lister (Académie des sciences, 12 juin 1865), le premier, avait préconisé la viande crue pulpée aux doses progressives de 100 à 500 grammes par jour et l'associait à l’alcool. Depuis lors, la plupart des médecins ont fait prendre de la viande crue aux tuberculeux, mais uniquement à titre d’aliment de digestion facile et riche en azote assimilable. Ch. Richet envisage la viande crue, non comme un aliment, particulièrement utile contre la diarrhée, les vomissements, la dyspepsie, mais connue un médicament, comme un agent antitoxique. Des chiens rendus tuberculeux par l'injection intra-veineuse de culture de tuberculose présentent une survie notable ou peuvent résister, quand on leur fait prendre de la viande crue, ou le suc de cette viande, obtenu par expression, tandis que les animaux témoins succombent tous dans un délai de 4 à 5 semaines. Ainsi qu'il a été dit plus haut, le suc musculaire aurait un pouvoir antitoxique vis-à-vis des toxines du bacille de Koch.

La viande crue doit être prescrite à très forte dose, d’après Richet cl lléricourt, soit de 600 à 750 grammes au moins chaque jour; et si on ne donne pas toute la viande, mais seulement son plasma, ce plasma doit être celui de 1000 grammes ou de 1500 grammes de viande au minimum (1000 grammes de viande crue exprimée avec la presse à main ordinaire donnent environ 150 grammes de plasma). Richet et Héricourt conseillent d’administrer le plasma une demi-heure avant le déjeuner et, en cas de dégoût, de le sucrer avec du sirop d’écorces d’oranses.

MALADIES DI POUMON

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