DÉFINITIONS
Il peut convenir quelquefois que les transformations et les accroissements ou diminutions de capitaux soient constatés en détail et quelquefois qu’ils soient constatés en somme seulement. Mais il faut toujours que des comptes complets montrent la somme de capitaux à laquelle ils s’appliquent et les mains auxquelles ces capitaux se trouvent.
On confond à tort quelquefois la comptabilité avec l’art de diriger les entreprises industrielles et plus souvent avec la tenue des livres. L’art du comptable se borne à combiner les comptes destinés à constater les opérations de l’entreprise dont il est l’iiistoricn. L’art du chef d’entreprise est tout autre : il consiste à réunir et grouper des capitaux et des hommes de manière à produire et acquérir la plus forte somme de richesses possible, à faire des affaires et à les faire bonnes. Il se trouve, relativement
au comptable , dans la situation de l’homme d’État relativement à riiistorien qui raconte ses actes. On peut être excellent comptable et détestable homme d’affaires ; on peut être, quoique plus rarement, un homme d’affaires très-distingué et un médiocre comptable.
Le comptable se rapproche davantage du teneur de livres et on les confond souvent. Cependant les fonctions de fun sont aussi distinctes de celles de l’autre que celles de l’architecte sont distinctes de celles du maçon. Pour être un bon teneur de livres, il suffit de tenir les livres établis par le comptable exactement et proprement, de connaître la méthode générale qui enseigne la manière de les tenir. Pour être comptable, il faut être capable de trouver la combinaison de comptes la meilleure pour une entreprise donnée, de juger quels détails peuvent être omis impunément, tandis que d’autres doivent être relevés avec soin, pour satisfaire le mieux possible à la double fin de la comptabilité. Le propre du teneur de livres est de suivre fidèlement un chemin tracé, tandis que le comptable doit savoir tracer le chemin et le rectifier au besoin. La teneur de livres est routinier sans inconvénient et peut-être même convient-il qu’il le soit, tandis que le comptable doit être inventif et exempt d’esprit de routine. On peut être un excellent teneur de livres et un comptable nul ; on peut être un excellent comptable et un médiocre teneur de livres.
L’art du comptable n’est qu’une parlie et une dépendance do l’art des affaires, et l’art du teneur de livres n’est qu’une branche dépendante de l’art du comptable. La comptabilité fait partie de l’tu t des affaires et la tenue des livres est une partie de la comptabilité.
Il existe une méthode excellente et généralement adoptée pour l’a' rangement des écritures avec des comptes complets et on l’enseigne indifféremment sous les noms de comptabilité et de tenue des livres. La connaissance de cette méthode est bien indispensable au comptable et au teneur de livres, mais elle ne suffit pas au premier, pour lequel elle n’est qu’un instrument dont il doit savoir se servir selon les besoins variables des entreprises auxquelles il s’agit de l’appliquer. Au contraire, cette connaissance suffit au teneur de livres, à condition qu’il ait appris et sache avoir appris une méthode, non une routine.
La confusion de la comptabilité et de la tenue des livres dans l’enseignement vulgaire a pour résultat habituel de fomenter l’esprit de routine en persuadant aux élèves qu’il n’y a qu’une manière d’établir et de tenir les écritures, celle que le professeur leur a enseignée. De là vient que les bons comptables sont rares et qu’un grand nombre de teneurs de livres sont routiniers, présomptueux et rétifs à toute innovation.
Il est utile à toute personne de tenir des comptes, ne fùt-ce que pour se rendi e raison de ses revenus et de ses dépenses, afin de mesurer les secondes sur les premiers, de considérer les unes et les autres dans leur ensemble, afin de rectifier les erreurs commises. Dès qu’on veut tenir des comptes, il importe de savoir les tenir correctement et de connaître la méthode par laquelle on peut trouver les meilleures combinaLons. Touteluis, on comprend à la rigueur la négligence que montrent en cette matière H les personnes qui ne sont engagées dans aucune entreprise indus-
H triel'e, commerciale ou agricole, qui vivent de revenus fixes ou
H d'honoraires et peuvent se contenter de notes plus ou moins in-
H formes consignées sur quelques livrets. Mais il en est autrement
I des personnes engagées dans l’industrie, qui dépensent pour pro-
I duire et ont besoin de se rendre compte à toute heure des mou-
I vements et des transformations des capitaux quelles emjiloient.