VI. — Observations g^éntêrales
8i nous avons exposé clairement les procédés de la tenue des livres en partie double, le lecteur comprend que cette méthode, avec ses principes bien définis, très-clairs et très-fixes, avec ses formules de rédaction à peu près constantes, se prête avec une extrême lacilité à la satisfaction des besoins si variables des diverses brandies d’industrie et des diverses maisons dans chaque branche. Elle est pour l’entrepreneur d’industrie un serviteur docile, toujours prêt à porter la lumière su? les points intéressants et à laisser dans l’ombre les détails inutiles, sans cesser en aucun cas de présenter avec clarté les résultats d’ensemble.
Il serait facile, en multipliant les exemples, de remplir des volumes de modèles de livres très-nombreux et très-différents les uns des autres, qui présenteraient pourtant le caractère commun de rendre un compte exact des résultats généraux des opérations et de fournir les renseignements que l’on veut en obtenir et pas davantage. Mais ces développements ne seraient pas à leur ])lacc ici, puisqu’il ne s’agit que des principes généraux. Celui qui connaît bien ces principes ne saurait rencontrer dans la pratique aucune difficulté qu’il ne puisse vaincre sans trop de peine avec un peu de réflexion. Il suffit donc ici de faire brièvement quelques observations générales.
Dans l’usage de la tenue des livres, il convient d’éviter quelques abus auxquels les comptables n’échappent pas toujours.
exemples que nous avons cités, comment les comptes pouvaient être réunis ou subdivisés, même en cours d’exercice, sans que la comptabilité cessât d’être régulière. La plupart des comptables aiment mieux cependant, lorsqu’ils le peuvent, n’introduire de modifications graves dans leurs comptes et dans leurs livres qu’à la suite d’un inventaire; et nous ne pouvons que les approuver, parce qu’en agissant ainsi on opère plus sûrement. On court moins risque de se tromper au moment où l’esprit est occupé de l’ensemble de la comptabilité de l’entreprise que lorsqu’il est engagé dans les détails uniformes des inscriptions courantes.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES. tâ
Le premier est un attachement invincible à une routine donnée, attachement tel qu’il répugne à la clôture d’un compte d’ordre ancien, à l’ouverture d’un compte nouveau et qu’il attribue à la désignation de ces comptes une importance très-exagérée. Le comptable routinier et superstitieux appliquerait volontiers les mêmes comptes aux maisons les plus différenles et subordonnerait la direction de la maison à la comptabilité, tandis que la comptabilité et la tenue des livres doivent être rigoureusement subordonnées à la dii ection industrielle.
Entre les comptables rouliiiiers, on peut placer souvent les comptables novateurs, qui, ayant introduit quelques changements dans la pratique courante, s’y attachent avec passion et veulent partout les appliquer, sans tenir compte des besoins spéciaux des différentes maisons. Une de ces innovations, qui n’est pas sans valeur, mérite d’être signalée et examinée, c’est celle du Journal-Grand-Livre.
Un assez grand nombre de comptables ont imaginé d’établir sur un même registre le journal et le grand-livre. Dans ce but, ils ont fait fabriquer des registres très-larges, généralement oblongs, réglés par une colonne de dates à gauche, suivie d’un espace égal à celui que présente un journal ordinaire pour inscrire l’opération. Cet espace est suivi à droite et sur les deux pages d’autant de doubles colonnes de caisse que le papier peut en contenir, dix ou douze, par exemple.
Chacune de ces colonnes de caisse est affectée à un des comptes qui figurent sur les grands-livres ordinaires. Pour chaque compte, la première colonne de caisse à gauche est destinée à l’inscription des articles qui constituent le compte débiteur et la seconde à l’inscription des articles qui le constituent créditeur.
L’avantage cherché par l’introduction du journal-grand-livre consiste en ceci, que le comptable embrasse d’un seul coaip d’œil tous ses comptes sur la même page et voit facilement, par l’addition qu’il doit faire pour le report à la fin de chaque page si le Doit et l’Avoir des divers comptes se balancent exactement.
Mais cet avantage est chèrement acheté. En effet, quelle que soit la dimension donnée au journal-grand-livre et les incommodités qui en résultent, on ne peut y inscrire qu’un assez petit nombre de comptes, ce qui oblige le plus souvent, soit à tenir des
8i TRAITÉ ÉLÉMEÎSTAIRE DE COMPTABILITÉ.
livres auxiliaires supplémentaires, soit à réunir en un seul compte plus d’articles qu’il ne convient à l’intérêt de l’entreprise. Il faut en ce dernier cas que le chef de la maison sacrifie à la fantaisie du comptable des renseignements qui lui seraient utiles et que la tenue de livres ordinaires lui fournirait sans peine.
Le journal -grand-livre n’admet qu’un petit nombre de détails, à moins qu’on ne le laisse presque tout en blanc. — Enfin, il exige du comptable une attention extrême, puisque rien n’est plus facile que de commettre une erreur dans cette multitude de colonnes toutes semblables et d’inscrire à l’une l’article qui appartient à l’autre. Alors, comment éviter les grattages qui, d’après la loi et un usage très-respectable, ne doivent jamais être pratiqués sur un journal?
En somme, si le journal-grand-livre peut être toléré par un petit nombre de maisons placées dans des conditions exceptionnelles, nous ne saurions le considérer comme une innovation recommandable et nous cioyons que, dans le plus grand nombre des cas, ses inconvénients sont très-supérieurs à ses avantages et qu’il doit être écarté des maisons désireuses d’avoir leurs livres bien tenus.
Si l’on doit se servir de livres auxiliaires pour éclaircir la comptabilité tenue au moyen d’un journal-grand-livre, il vaut mieux le suppléer lui-même par un livre auxiliaire et laisser aux livres principaux la forme ordinaire.
Le livre auxiliaire qui peut remplacer le journal-grand-livre est un livre de soldes, disposé exactement comme le journal-grandlivre, avec cette seule dilférence qn’après la colonne des dates il n’y a sur les deux pages qu’une séiie de doubles colonnes de caisse auxquelles on inscrit chaque jour, à chaque compte, la somme des articles qui le constitu^’uit débiteur et créditeur. On obtient parce moyen tous les avantages du journal-grand-livre et on en évite les graves inconvénients.
11 faut prendre garde d’aideurs d’apporter plus de luxe qu’il n’est nécessaire dans la tenue des livres et de multiplier les écritures inutiles. La clarté et l’exactitude des résultats généraux sont l’essentiel : on peut sacrifier aussi très-utilement du temps et du travail à subdiviser et détailler, lorsque les détails que l’on sépare et relève peuvent éclairer le chef d’entreprise. Mais il n’y
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