CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La Conchyliologie est cette science qui s’occupe des coquilles et des animaux qui les produisent. Le mot de Conchyliologie , introduit depuis long-temps dans le langage, doit être préféré à celui de Malacologie qui a été nouvellement créé; nous pensons que le choix des mots, en apparence de peu d’importance, n’est cependant point indifférent, car les mots représentent des idées, et dans les sciences, par leur composition, ils sont des définitions abrégées. Si Conchyliologie, dans son acception rigoureuse, signifie la science des coquilles, Malacologie veut dire étude exclusive des Mollusques ou plutôt des animaux mous ; mais comme ce sont les Mollusques qui produisent les coquilles, il est impossible de faire deux sciences de deux choses inséparables. Entre deux mots qui ne définissent qu’unepartie delà science, et qui, par conséquent, sont également mauvais, nous croyons que c’est le plus ancien, le plus usité, qui doit être le préféré. Aussi en adoptant la dénomination de Conchyliologie pour la science dont nous allons nous occuper, nous ferons toujours entrer dans sa définition l’étude des Mollusques et des coquilles dont ils sont couverts.
Nous pensons que, pour bien comprendre les rapports
des animaux mollusques avec les autres êtres organisés, il ne sera pas inutile de reproduire quelques idées générales qui sont familières à la plupart des personnes qui cultivent les sciences naturelles, mais sur lesquelles il est cependant nécessaire de bien s’entendre pour que, plus tard, nous n’éprouvions aucune difficulté dans l’application que nous aurons à en faire.
§ I. Les trois règnes.
Il est difficile de concevoir comment les idées les plus simples sur la distinction des corps que nous observons à la surface de la terre, ne sont pas encore fondamentalement établies dans les ouvrages élémentaires. Partout ou parle des trois règnes de la nature: cette division est admise dans tous les ouvrages ; il semble en effet que rien ne s’oppose à ce qu’elle soit toujours reçue : pourtant, si l’on veut y faire attention, on reconnaîtra facilement que partout, autour de nous, nous ne voyons que des corps, de la matière : d’un côté, de la matière inerte; et de l’autre, de la matière soumise à certaines lois auxquelles nous donnons le nom de vie. Il ne faut donc admettre que deux règnes, deux divisions primordiales entre les corps que nous pouvons saisir par l’observation.
Qu’est-ce que la matière ? qu’est-ce que la vie eu ellemême? Nous l’ignorons: pour nous, la vie se réduit dans sa plus grande simplicité aux phénomènes d’accroissement et de reproduction , dans les corps qui la possèdent. Cette définition peut s’appliquer sans exception à tous les êtres vivans, et ils sont de deux sortes, ou plutôt la vie se manifeste par deux ordres particuliers de phénomènes dont les uns sont propres aux végétaux et les autres aux animaux.
ZOOl'IIÏTKS.
§ II. Des zouqihytes.
Distinction des animaux et des végétaux. — Règne Psychodiaire.
Il n’est pas aussi facile qu’un pourrait le croire, au premier aperçu , de distinguer nettement les végétaux des animaux : on a parlé autrefois des animaux plantes ou zoophytes; personne ne conteste aujourd’hui que ces êtres ne soient des animaux, et qu’ils n’aient des plantes que certaines formes extérieures. On est plus embarrassé pour placer convenablement certains êtres, qui semblent participer réellement de la nature des animaux et des végétaux. Observés avec soin par M. Bory de Saint -Vincent, et d’autres micrographes , ces corps singuliers, après avoir présenté la forme de filamens subarticulés , à une certaine époque de leur existence, laissent échapper de ces filamens ouverts des animaux microscopiques qui sont libres et exercent des mouvemens spontanés.
M. Bory de Saint-Vincent groupant auprès de ces êtres selon lui, alternativement plantes et animaux, les spongiaires et les polypiers, proposa de faire de cet ensemble une des grandes divisions primordiales ou un quatrième règne, auquel il donna le nom de psychodiaire.
Nous ne pouvons admettre ce nouveau règne puisque nous rejetons, comme non rationnelle, la séparation des végétaux des autres corps vivans; mais comme on pourrait nous taxer de légèreté en rejetant sans examen l’une des créations de ce célèbre naturaliste , nous allons examiner la définition du règne psychodiaire. La voici telle que la donne M. Bory de Saint-Vincent à la page 2^7 du tome vu du Dictionnaire classique, article Histoire naturelle , et au mot Psychodiaire du même ouvrage.
INTRODUCTION
« Il renferme, dit-il, dos corps naturels, organisés, pète rissables , végétant et vivant successivement; où chaque « individu apathique se développe et croît à la manière des « minéraux et des végétaux, jusqu’à l’instant où des pro- « pagules animées répandent l’espèce dans des sites d’élec- « tion. »
Non-seulement cette phrase caractéristique n’est point dans la forme habituelle, ce qui, par le fait, a peu d’importance; mais, comme définition, elle n’est exacte dans aucune de ses parties et il nous sera facile de la réfuter.
Nous rappellerons d’abord que, dans une définition comme celle-ci, il ne doit point y avoir de mots superflus; cependant nous trouvons : corps organisés périssables, tout corps par cela même qu’il est organisé est nécessairement périssable. Cette propriété de périssable est tellement inhérente aux corps organisés ou aux corps vivaus, ce qui est la même chose, que l’on ne peut concevoir leur existence sans elle.
En suivant la définition , nous trouvons végétant et vivant successivement. Il est évident que l’auteur ne s’est pas souvenu que la végétation est la vie propre aux plantes et que les plantes vivent à leur manière, comme les animaux à la leur, par conséquent, végétant et vivant successivement ne représentent toujours qu’une seule idée, celle de la vie; mais il faut faire attention qu’il est dit au commencement : corps organisés périssables; or un corps organisé ne peut être que vivant, parce que le phénomène de la vie ne peut exister que dans la matière organisée; parce que la mort rend aux élémens des corps vivans, toutes les qualités des corps inertes ; par conséquent, qui dit corps organisé, dit qu’il est vivant et périssable. Toutes ces épithètes seraient oiseuses dans une définition rigoureuse. Nous supposons qu’eu disant corps végétant et vivant successivement , l’an-
ZOOI'ilïTES.
leur a entendu que ces corps jouissent des deux manières de vivre; d’abord comme les végétaux, et ensuite comme les animaux; mais il nous semble, qu’avant d’assurer que certains corps organisés vivent successivement, comme les animaux et les végétaux , il faut savoir positivement ce que c’est qu’un végétal , et ce que c’est qu’un animal, et à cet égard, nous pouvons assurer qu’il n’existe aucun accord entre les définitions données par les naturalistes les plus célèbres.
Nous avouons qu’il est difficile de comprendre la suite de la définition du règne Psychodiaire; il semble que chaque mot aurait eu besoin d’une définition faite par l’auteur pour qu’il parut en rapport avec les autres, car nous ne pouvons nous faire une juste idée d’un individu apathique qui se développe à la manière des minéraux et des végétaux; il y a une si énorme différence entre la manière dont s’augmente une masse minérale, et s’accroît un être vivant, celle différence est fondée sur des idées si simples et si élémentaires quenous sommes convaincu que l’auteur a laissé échapper sans le vouloir une faute faite probablement par quelque imprimeur. Quant aux propagules animées qui répandent l’espèce dans des sites d’élection , nous avouons que , n’ayant pas fait un très grand nombre d’observations microscopiques, sur la génération de ces êtres infiniment petits, sur lesquels il reste encore bien de l’incertitude, malgré le beau travail de M. Ehrenberg, il nous est impossible de nous prononcer sur ces propagules ni sur les propriétés dont elles jouissent.
Tel qu’il a été présente, le règne Psychodiaire est inadmissible, c’est du moins notre opinion. Si après avoir rigoureusement défini les animaux et les végétaux , on s’était aperçu que certains corps vivans n’ont pas parfaitement les caractères des uns ou des autres, il eût été très rationnel
INTRODUCTION
alors de créer pour eux une division particulière qui servît de liaison entre ces deux grands groupes; mais ce qui aurait été bien préférable, c'était d’examiner si la définition de l’animal était convenablement établie et si elle était capable d’embrasser dans son universalité, tous les êtres qui ont des propriétés différentes de celles des végétaux.
§ III. Définition de l’animal.
Pour faire sentir toute la difficulté de la question, nous devons rappeler que les plus grands naturalistes ont entièrement échoué dans ces définitions, cependant si fondamentales. Linnée et ses imitateurs, Cuvier lui-même, et à leur exemple presque tous les autres naturalistes , dans leur définition de l’animal, n’ont compris que les animaux les plus parfaits.
Lamarck lui seul, cet homme si justement célèbre, et pourtant si simple et si modeste, a su développer les véritables principes, à l’aide desquels on peut déduire avec facilité, les caractères vraiment fondamentaux qui séparent entre eux les êtres vivans.
Si, à l’exemple de Cuvier, qui a perfectionné la définition de Linnée, on voulait que l’animal fût un être doué de sentiment etde mouvement, on trouverait, et il existe réellement des animaux qui n’ont point de sentiment, et qui jouissent de la faculté de se mouvoir, soit en totalité, soit partiellement; mais qu’est-ce que le sentiment dans les animaux ? Il aurait fallu que ce mot fût défini : il est à présumer que Cuvier lui donnait une autre valeur que dans le langage habituel; car il n’ignorait pas sans doute, que cette faculté de recevoir et de conserver des impressions n’appartient qu’aux animaux les plus élevés dans J’ccbclle des êtres
DÉFINITION Dli L ANIMAL.
organisés : ainsi la définition de Cuvier n’est pas admissible, puisqu’elle exclut beaucoup de véritables animaux. Si, avec M. de Blainville , nous définissons l’animal, un être qui digère et qui se meut volontairement, l’observation nous démontrera bientôt qu’il existe une l'oule d’animaux qui n’ont point d’organes digestifs et qui ne peuvent se déplacer, les animaux des éponges , par exemple; par conséquent cette définition doit être également abandonnée.
Pour parvenir à une définition exacte de l’animal, il faudrait , en prenant la série entière des animaux, et en commençant par les plus compliqués, procéder méthodiquement, et ne point introduire dans cette définition, les facultés que l’on voit successivement s’éteindre à mesure que l’organisation se simplifie. Si nous prenons la grande série des animaux vertébrés, nous leur trouverons deux ordres de fonctions éminemment distinctives, l’intelligence et l’instinct. Ils sont pourvus de deux systèmes nerveux qui donnent lieu à ces deux sortes de phénomènes, un système cérébrospinal (cerveau et ses dépendances), et un système viscéral ganglionnaire (nerf grand sympathique). Daus les animaux qui occupent les derniers échelons dé la série des vertébrés, les fonctions de l’intelligence sont presque entièrement annulées, parce que le système nerveux cérébro-spinal est réduit à l’état le plus rudimentaire.
Dans les animaux invertébrés, où il n’existe plus de squelette, le système cérébro-spinal manque complètement : il ne reste plus qu’un système ganglionnaire. Aussi nous voyonsque tous lesanimaux sans vertèbres n’ont plus d’intelligence, mais conservent de l’instinct. Ainsi, il faut déjà exclure de la définition de l’animal, l’intelligence et tous les actes qui en dépendent et, de ce nombre, est le sentiment ne Cuvier, comme nous l’avons vu, y avait introduit.
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INTRODUCTION
Voyons maintenant si l’instinct lui-même devra rester comme l’un des caractères fondamentaux de l’animal. Nous avons dit, et la chose est mise hors de doute, que l’intelligence est subordonnée au système nerveux qui y donne lieu. Il en est de même de l’instiuct qui disparaît à son tour lorsque le système nerveux ganglionnaire est anéanti. Déjà ce système nerveux, extrêmement appauvri dans les Radiaires ne se trouve plus dans les Polypiers nommés aussi Zoophites, desorteque l’instinct ne se montre plus dans les animaux, où il n’est plus possible d’apercevoir la moindre trace d’un système nerveux quelconque; par conséquent nous devons exclure de la définition de l'animal, deux ordres de phénomènes qui ont paru jusqu’à présent l’essence de l’animalité elle-même. Comme il existe un très grand nombre d’animaux, qui n’ont ni intelligence ni instinct, que reste-t-il donc qui les caractérise?
Aussitôt que tout système nerveux disparaît , disparaît en même temps tout système musculaire général et particulier; et cependant il existe dans les animaux ainsi simplifiés une sorte de sensibilité et des moiivemens. Dès-lors, ou a supposé etavec juste raison, après des observations suffisamment multipliées, que les matières nerveuses musculaires et cellulaires, qui sont les élémens constiluans de tous les organes des autres animaux étaient entièrement confondus dans ceux-ci. Mais comme dans un certain nombre de ces animaux il existe une fonction , celle de la digestion, réduits qu’ils sont à n ôtre que de petits estomacs vivans sans tube intestinal, plusieurs zoologistes, ont cru que le dernier terme de l’animalité, était de digérer et de se mouvoir. Nous avons vu cpie M. de Blainville était de ce sentiment : nous avons ajouté qu’il existait de véritables animaux qui ne digèrent point, puisqu’ils n’ont aucun organe digestif. Ainsi comme cela devient évident, de tous les caractères donnés par les