DÉFINITION DE L'ANIMAL
zoologistes, pour distinguer fondamentalement les animaux des végétaux, il n’en reste qu’un seul qui était pour eux de peu de valeur, le mouvement. En effet, ce caractère a peu d’importance, à moins qu’il ne se rattache, comme nous allons le voir, à une condition plus essentielle de l’animalité.
D’après ce qui précède, il ne faut donc pas s’étonner de l’embarras qu’ont dû épi’ouver ceux des naturalistes qui, adoptant sans examen des définitions reçues, ont cherché à les appliquer, et à séparer nettement les deux grandes séries des êtres vivans.
Cette difficulté disparaît aussitôt que l’animal est rigoureusement défini ; et ce qui le caractérise de la manière la plus fondamentale, c’est l’ irritabilité ; l’ irritabilité manifestée par le mouvement est donc le caractère essentiel de tous les animaux; puisque tous , depuis les plus simples jusqu’aux plus composés , ont cette irritabilité , et la manifestent par des mouvemens, soit partiels, soit de totalité. Nous pourrons donc, et ceci est important, définir l’animal : un corps vivant, irritable, et manifestant cette irritabilité par des mouvemens chaque fois qu’elle est excitée. Dans le végétal, il n’y a point d’irritabilité, ou si clic existe, elle ne se manifeste par aucun mouvement instantané et réitéré, soit partiel sur la partie irritée, soit de la totalité.
Nous espérons que l’on sentira que ces définitions simples suffisent pour séparer les deux grandes séries des êtres vivans , et que dans la série animale doivent venir se ranger ces Psychodiaires, qui, par quelques points, réellement intermédiaires entre les végétaux et les animaux, appartiennent cependant aux derniers, parmi lesquels ils sont placés plus haut que les animaux des éponges, par exemple.
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§ IV. Echelle animale.
Lorsque l’on considère la grande série des animaux, on s’aperçoit facilement qu’ils n’ont pas tous la même composition organique , et ce qui précède en est déjà une assez forte preuve; on voit bien aussi que les différences entre les points extrêmes ne s’établissent pas brusquement, mais par degrés, par nuances, qui sont autant de modifications ou de dégradations d’un système plus élevé d’organisation vers un inférieur. Ces modifications, ces nuances, ont etc représentées d’une manière fictive par une échelle graduée, sur laquelle on suppose les animaux placés selon leurs degrés d’organisation et d’après leurs plus grands rapports naturels. C’est de cette disposition méthodique qu’est venue cette dénomination si usitée et si généralement connue d’échelle animale.
§ V. Deux grands groupes d’animaux.
En disposant tous les animaux, depuis l’homme jusqu’à l’éponge, dans une seule série linéaire décroissante, l’observation démontre qu'ils forment des groupes plus ou moins enchaînés par des rapports, ou , ce qui revient au même, par des analogies d’organisation; mais il est un point où la série est pour ainsi dire brisée, où il existe entre ces deux parties un grand hiatus qui indique que la nature, après avoir suivi un plan d'organisation qu’elle a modifié d’une manière très surprenante, a suivi d’autres lois pour la deuxième partie de l’échelle animale, dans laquelle on remarque des modifications plus étonnantes encore que dans la première; en un mot, il existe entre les animaux une différence fondamentale : c’est que les uns sont vertébrés et ont un squelette
UNITÉ DE COMPOSITION
intérieur, et les autres sont invertébrés et n’ont point de squelette.
Ces dénominations si simples, qui sont actuellement entrées dans le langage de la zoologie, sont dues à notre illustre Lamarck, qui, avec son génie et sa sagacité profonde, a découvert et exprimé en deux mots ce qu’il y a de capital et de fondamental dans ces deux séries d’animaux. Nous aurons bientôt occasion d’apprécier davantage la valeur de ces dénominations, lorsque nous verrons ce qu’il y a de plus intime dans l’organisation se lier à la présence ou à l’absence des vertèbres. Ces deux premières divisions admises, les naturalistes ont établi quatre grandes coupures dans les animaux vertébrés; elles sont connues sous les noms des animaux qu’elles renferment : mammifères, oiseaux, reptiles et poissons.
Les animaux invertébrés ont été divisés par Lamarck en dix classes; mais il serait possible, à ce que nous pensons, de les réduire à six groupes principaux : les mollusques, les articulés, les vers, les radiaires, les polypes et les infusoires.
Tous les zoologistes sont aujourd’hui d’accord sur la place que les mollusques doivent occuper à la tête des animaux sans vertèbres. Ce sont en effet ceux de ces animaux qui ont l’organisation la plus complète. Ce point n’est plus contesté, et il est appuyé, comme nous le verrons plus tard, sur un grand nombre de faits.
§ VI. Les mollusques et d’autres animaux dits invertébrés, ont-ils unité de composition ?
Quelques zoologistes ont pensé que la grande lacune qui se trouve entre les animaux vertébrés et les invertébrés n’était point aussi vaste qu’on le croyait. Guidés par des idées théoriques et préconçues plutôt que par de bonnes
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observations , ils ont cru qu’il serait facile de démontrer qu’agissant d’après un plan unique d’organisation, la nature avait laissé dans les premières classes des animaux invertébrés des traces non équivoques des vertèbres. C’est de là qu’a pris naissance cette question importante : les mollusques et les animaux articulés sont-ils des animaux vertèbres?
Cette question, très importante à ne la considérer que dans ses rapports zoologiques, ne l’est guère moins peut-être pour la géologie; car il est bon de savoir juste à quel degré d’organisation appartiennent les débris fossiles si universellement répandus dans les couches de la terre. Ce motif nous a déterminé à présenter ici de la manière la plus concise les réflexions que nous avons pu faire depuis long -temps sur ce sujet intéressant.
M. Geoffroy Saint-Hilaire est l’un des zoologistes qui se sont le plus occupés de cette question, et il a constamment, cherché à la résoudre en faveur d’un principe qu’il posa dans sou ouvrage d’Anatomie philosophique, principe qu’il nomme Unité de composition dans les animaux. D’après lui, on devrait retrouver les mêmes élémens organiques dans tous, seulement rudimentaires dans ceux-ci, plus développés dans ceux-là. Cette opinion ne nous semble point admissible, et il suffirait presque pour la combattre victorieusement de mettre l’une à côté de l’autre la définition de l’animal vertébré et celle de l’invertébré. Probablement que , si les personnes qui ont discuté cette matière, avaient procédé d’abord avec cette simplicité, la question serait restée dans de sages limites; et c’est ce qui n’est point arrivé.
Nous pensons que, dans une discussion comme celle-ci, le premier soin , pour éviter tout malentendu , pour conserver à la question toute son intégrité, le premier soin, disonsnous, est de donner une rigqureu.se définition des choses
DMTÜ DE COMPOSITION.
qui doivent être examinées. Nous devons ajouter que nous ne prétendons pas donner ici toutes les connaissances préliminaires nécessaires pour bien juger la question, nous les supposons acquises aux personnes que cela intéresse ; il est nécessaire qu’elles aient des idées justes sur l’organisation des animaux, considérée d’une manière générale, et en particulier sur ceux qui ont été comparés, et que nous aurons occasion de mentionner. Puisqu’il s’agit ici de comparer un animal vertébré avec un animal sans vertèbres , caractérisons d’abord ces deux sortes d’animaux :
i ü L’animal vertébré est celui qui est pourvu à l’intérieur d’un squelette articulé qui sert de point d'appui ou de moyen de protection à tous les organes; il est toujours muni d’un cerveau et d’une moelle épinière ; (i)
1 ° L’animal invertébré est celui qui est toujours dépourvu d’un squelette articulé intérieur, et qui n’a ni masse médullaire intérieure (cerveau), ni moelle épinière.
Il n’est pas douteux, quand on examine l’ensemble des ‘animaux vertébrés, que l’on aperçoit, comme M. Geoffroy, le plan unique d’organisation que la nature a employé à leur égard; il y a pour -eux, selon l’expression heureuse de M. Geoffroy, unité de composition. Cette unité doit s’entendre non d’une similitude exacte de toutes les parties des différens animaux, mais d’une analogie incontestable qui existe entre eux tous sur un grand nombre de points fondamentaux de l’organisation; ainsi, que l’on veuille comparer un mammifère et un poisson, ou d’autres animaux en apparence aussi différens que ceux-là, on trouvera toujours chez eux des points non équivoques de ressemblance. Ainsi une enveloppe extérieure , des membres appropriés à la manière
(i) Voir Geoffroy-Saint-Hilaire : Philos, anat., Organes de la respiration. Introduction , page 6.
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de vivre, une tête, réceptacle des sens principaux; un cerveau contenu dans cette tête, destiné à donner à cet animal la perception de ces sensations; un squelette articulé, contenant les viscères modifiés selon les circonstances de vie, toujours intérieur et protégeant dans une colonne vertébrale un appendice considérable du cerveau: voilà les points principaux de ressemblance que l’on trouvera entre ces animaux, tout éloignés qu’ils paraissent, sans que nous puissions mentionner des ressemblances de détail qui sont encore plus concluantes.
Si l’on ne peut contester la loi d’unité de composition dans la grande série des animaux vertébrés, on peut assurer que cette loi ne régit plus l’organisation des animaux invertébrés. Ces deux sortes d’animaux sont séparés, comme nous l’avons dit, par un grand hiatus; sans doute que pour les invertébrés il existe aussi une loi de composition, mais établie sur un autre plan. Si, en effet, il n’existait qu’une loi unique de composition pour tous les animaux, ou ne rencontrerait réellement aucune limite dans leur comparaison, et l’on devrait de toute nécessité retrouver dans les animaux les plus simples tous les élémens organiques de ceux qui sont plus composés. On sait que cela n’est pas ainsi; et l’on sent tout le ridicule de la comparaison sérieuse d’un animal radiaire ou d’un infusoire, avec un animal vertébré quelconque.
11 existe des animaux vertébrés qui sont enveloppés d’une carapace solide : ils ont le squelette sous la peau ; celle-ci est chargée de plaques cornées plus oumoins épaisses; telles sont les tortues. On a cherché parmi les invertébrés ceux qui paraissent avoir avec les premiers le plus d’analogie, et sans faire attention aux mollusques, qui ont cependant une organisation plus complète, on est allé prendre les animaux
UNIT K DK COMPOSITION.
articulés, parce qu’ils ont aussi le corps revêtu d’une carapace durcie. Il y avait cependant, ce nous semble, dans cette question une marche logique à suivre. Pour que l’intervalle entre les deux points de comparaison fût moins grand, il fallait prendre, non une tortue, dont l’organisation est supérieure à celle de la dernière classe des vertébrés, ni un crustacé, puisque son organisation est inférieure à celle des mollusques; mais il fallait comparer les derniers vertébrés avec les premiers invertébrés, et s’assurer par là quels sont les points d’analogie entre les derniers poissons et les mollusques céphalopodes. Les naturalistes qui soutinrent la question, sentirent bien sans doute qu’en l’amenant à ce point , elle ne pouvait plus être mise en discussion, car personne n’ignore la grande différence qui existe entre les poissons et les mollusques , et il suffirait , pour s’en convaincre, de lire le bon mémoire publié par le savant entomologiste Lalreille, dans les Mémoires de la Société d’ Histoire naturelle de Paris, ainsi que les pages éloquentes de Cuvier dans son mémoirp anatomique sur le Poulpe.
Puisque les naturalistes qui admettent l’unité de composition et l’analogie entre les vertébrés et les invertébrés, mettent la question ailleurs que là où il semblait si naturel de la trouver, nous les suivrons pour la discuter avec eux.
En prenant une tortue et en la plaçant à côté d’un animal articulé de la classe des crustacés, ou remarque dans leur forme extérieure quelque ressemblance; mais lorsque l’on veut pousser cet examen un peu plus profondément, on reste bien étonné de voir jusqu’où l’esprit de système peut porter l’imagination des hommes les plus distingués dans les sciences.
Tous les animaux vertébrés, sans exception, ont le système nerveux cérébro-spinal au-dessus des organes digestifs
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toujours le long du ilos. Cette position est tellement caractéristique des animaux vertébrés, qu’il suffit de la connaître pour déterminer à l’instant même si un animal anomal doit être placé parmi eux.
Il est arrivé que la partie centrale et principale du système nerveux des animaux articulés est située , lorsqu’ils sont placés dans leur position habituelle, non au-dessus des organes digestifs, mais au-dessous. Cette position si différente du système nerveux aurait pu embarrasser , et était en effet un obstacle sérieux; mais on l’a facilement fait disparaître, en disant que les animaux articulés marchent sur le dos; ils sont en conséquence toujours dans une position anomale; dès qu’ils marchent sur le dos, on n’a pu comparer les dix pattes sans compter les fausses aux quatre membres locomoteurs des animaux vertébrés : aussi il a paru tout simple de dire que ces animaux marchaient avec leurs côtes sorties de la peau , divisées dans leur longueur en divers segmens. Le sternum avait formé toute cette grande partie de la carapace nommée céphalo-thorax, tandis que les dernières vertèbres formaient la queue. Si l’on veut admettre sans examen tout ce que nous venons de dire, si l’on veut croire qu’il n’y a rien de plus naturel que de voir un animal marcher avec ses côtes, dès-lors il faudra. bien reconnaître que l’animal vertébré porte en dedans ce que l’articulé porte en dehors; que l’un contient son squelette, et que l’autre y est contenu , et que c’est là la seule différence qui existe entre eux. Tout cela est plus spécieux que juste, et c’est ce que nous allons essayer de démontrer.
Une tortue est un animal dont une grande partie du squelette est sous-dermique, et dont le derme est revêtu de plaques cornées plus ou moins étendues, régulières, et que l’on connaît sous le nom d’écailles.
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La plus grande partie de la carapace est formée par le développement excessif des côtes, cpii, très distinctes dans le jeune âge, s’élargissent peu-à-peu au point de s’articuler entre elles dans toute leur longueur, et de remplir ainsi tous les espaces intercostaux, lesquels persistent dans le plus grand nombre des animaux. Avant que l’ossification ait réuni toutes les parties de la carapace, on peut la diviser en segmens Iransverses, dont chacun est composé évidemment d’une vertèbre et de ses deux côtes. Le sternum , largement développé est soudé latéralement aux côtes, comme cela doit être dans tout état normal; il forme le plastron, et sert à protéger le dessous deTaniinal, en laissant cependant des intervalles suffisans pour le passage de la tête, des quatre membres et de la queue. La tête est supportée par sept vertèbres cervica es, dont la dernière s’articule avec la première dorsale ; les membres antérieurs ont une omoplate, une clavicule, un bras, un avant-bras et une main à cinq doigts. A la partie postérieure, il existe un véritable bassin avec toutes ses parties auquel s’articulent les membres postérieurs et la queue.
Ainsi, on retrouve dans le squelette d’une tortue tout ce qui constitue celui des autres animaux , et même dans un degré d’altération beaucoup moindre que celui des poissons , par exemple.
Si nous prenons actuellement un crustacé, et que, le posant à côté du squelette dont nous venons de donner une idée, nous voulions trouver de l’analogie entre eux, nous sommes obligés de convenir à l’instant même qu’il n’existe plus aucune similitude, soit dans la forme, soit dans le nombre des parties; et cette comparaison ne peut supporter un long examen, quelle que soit d’ailleurs la position que l’on veuille donner à l’animal articulé. Il est une raison bien simple qui s’oppose à cette comparaison, c’est que d’un côté
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