GENRE CINQUIÈME
TARET. Tcrcùo,
CARACTÈRES GENERIQUES. — ■ Animal vermiforme : manteau tubuleux , terminé posterieurement par deux siphons inégaux; une petite ouverture antérieure pour le passage d’rn pied court et tronqué; branchies en ruban dans presque toute la longueur du manteau; anus en avant des branchies; un anneau musculaire , à la base des siphons , il fixe Tanimal à son tube et donne insertion à deux palettes latérales.
Coquille épaisse , globuleuse ou annulaire , équivalve , régulière, largement ouverte de chaque côté, point de charnière , point de ligament , un cuilleron dans les crochets. Cette coquille est contenue dans un tube calcaire flexueux, conique, toujours ouvert postérieurement, clos à sa partie antérieure dans l’age adulte ; ouverture postérieure divisée en deux par une cloison médiane. Deux palettes calcaires
DF^UXïfeME famille;
simples ou dentelées destinées , à fermer l’ouverture des siplions.
SYKONYMiE GÉNÉRIQUE. — Tentliredo ; Aristote. — Teredo ; Pline. — XilophagusiV\\xi^,— Branca délia «rtPe;Vallisnieri. — Llgniperda ; Sellius. — Taret^ Teredo ^ Adanson, Linné, Bruguière 5 Lamarck, Cuvier , Blainville, etc., etc.
■ — Le Taviev I Guettard. — Genre Upérode; Pars. Guettard. — Fisiulane; Cuvier, Blainville.
OBSERVATIONS. — Il est peu de genres qui offrent autant d’intérêt que celui- ci, non-seulement parce qu’il a été connu des anciens et mentionné par eux d’une manière non équivoque, mais encore parce que, envahissant les constructions maritimes, il est devenu l’un des plus redoutables ennemis des navigateurs. La Hollande surtout, menacée par la rupture de ses digues, partout détruites par les Tarets, les redoute comme le plus dangereux des fléaux.
Les anciens, et Aristote lui-même, donnaient le nom de Ten~ thredo à la plupart des animaux qui perforent le bois, ou qui se creusent des galeries plus ou moins profondes dans l’épaisseur des corps durs, lis confondaient ainsi, avec des animaux marins de plusieurs classes , plusieurs espèces de larves d’insectes. En parlant des mêmes animaux, Pline conserve cette confusion. Il est à présumer que le mol Teredo, appliqué aujourd’hui aux Tarets proprement dits, n’avait point autrefois celte signification. Chez la plupart des peuples anciens, aussi bien que chez les Romains, ou avait la persuasion que les maladies des os, que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de carie ^ étaient occasionées par un ver rongeur , et c’est à cet être imaginaire que dans l’origine on appliqua lo nom de Teredo, Par extension, ce nom a été appliqué à plusieurs animaux , comme nous l’avons vu tout-à-l’heure ; mais , quand au milieu de ces animaux on voulait eu désigner un en particulier, il recevait une épithète caractéristique, et c’est ainsi que Pline désigne le Tard proprement dit, par le nom de Tetedo xilophaga. Peut-être que si le Tavet n’eÛL point été si redoutable aux constructions maritimes, les anciens ne l’eussent point mentionné ; car c’est toujours à l’occasion des dégâts qu’il a causés, que l’on trouve aussi bien dans Aristophane et dans Ovide, que dans Pline et Vitruve, des preuves non équivoques que les anciens ont connu ce mollusque destructeur. Ce serait donc bien à tort, comme on
I,KS rdOTADAlRFS.
J’a proLenJu vers le milieu du dernier siècle , que l’on croirait à Tenvahissement tout récent du Taret rapporté, disait-on, de rindo par la navigation moderne. Le Taret existait dans les mers d’Europe avant la navigation de Tlnde, et on en a la preuve indépendamment du témoignage des anciens. On trouve le Tarot à l’état fossile, dans les terrains tertiaires de l’Europe appartenant à la troisième période, et comme ces terrains ont été déposés avant que l’homme existât , nous pouvons avoir par là la preuve la plus irrécusable que le Taret n’a point été apporté récemment dans nos mers.
Dans les ouvrages des naturalistes du seizième siècle et du commencement du dix-septième, à peine si le Taret s’y trouve mentionné, Aldrovande, qui avait compilé avec tant de soin tout ce que l’antiquité nous a légué de ses écrivains, ne pouvait pas laisser échapper ce qui a rapport au Taret; mais, trouvant à ce sujet beaucoup de confusion, et n’ajant aucun guide certain pour la dissiper, il la laissa subsister tout entière dans son ouvrage. En 1715, Valisnîeri publia son Recueil de diverses observations d’histoire naturelle ; il y mentionna le Taret ; il le nomma Branca délia nave. Branca signifie la pierre du martyr , et l’on conçoit facilement le sens que l’auteur italien appliquait aux manœuvres d’un animal qui attaque les vaisseaux et les détruit.
Déjà, à plusieurs reprises, on avait signalé, comme capable de détruire les bois plongés dans la mer , une Annelide que l’on rencontre quelquefois dans les galeries qu’elle s’y creuse. Deslandes, en 1720, dans un mémoire publié dans rhisloire de l’Académie , avança ce fait qui alors ne reçut point de contradiction, que le tuyau duTaret est formé parcetteAnnelide,eten est constamment babité. Mais il ne fallait qu’un bien petit nombre d’observations pour détruire les assertions de Deslandes, et bientôt elles furent assez nombreuses. Roussel, Massuet et l’auteur du Muséum Hoffmannianum, Léopold Frisch, publièrent, sui leTarel, des ouvrages qui, par un singulier concours, parurent dans la meme année, en 1723. Les observations contenues dans ces ouvrages ont toutes un but commun, celui de faire connaître le Taret dans ses diverses parties et sa manière de vivre. On concevra que ces ouvrages durent élre bien accueillis, puisqu’ils furent publiés dans le temps où l’on venait de constater les dégâls des Tarets dans les pilotis des digues des Polders.
Ces ouvrages, que nous venons de citer, étaient incomplets sous
DEUXIFME FAMÏLIK.
le rapport scientifique. Les personnes qui s’étalent jusqu’alors occupées du Taret, lui avaient donné le nom de ver de mer, de phaga; mais elles n’avaient point reconnu !a nature de ce ver et ses rapports avec d’autres animaux analogues. Sellius fut le premier qui donna un traité complet sur le Taret. Ce livre, plein d’érudition , parut en 1^53 , sous le titre de Ilisloria naturalis Tercdinis seu xilophagi marîni. L’auteur a eu le mérite , avant Adanson , de déterminer rigoureusement la nature du Taret et d’indiquer, avec justessé, sa place dans la classe des Mollusques. Les historiens qui se sont occupés de cette matière, ont eu le tort d’attribuer à Adanson le méiile d’avoir, le premier, déterminé les rapports des Tarais. Mais le mémoire d’Adanson ne fut publié qu’en 175g, dans les mémoires de l’Académie, six ans après la publication de l’ouvrage de Selüus. En rétablissant ainsi les faits, nous sommes loin de contester au travail d’Adanson son importance ; la question y est plus nettement posée et résolue, d’après une comparaison plus approfondie des divers animaux. On retrouve, dans le Mémoire d’Adanson, la netteté, la précision qui caractérisent la plupart de ses travaux. Ce mémoire n’est pas le seul de ses ouvrages où il ait parlé du Taret. Déjà, en 1757 , dans son voyage au Sénégal, ce naturaliste avait placé le Taret dans le voisinage des Pholades.
En nous astreignant à l’ordre chronologique rigoureux, nous aurions dû déjà mentionner quelques-uns des travaux de Linné; mais il nous a paru plus convenable d’examiner , dans leur ensemble, les opinions du célèbre professeur d'Upsal.
Ce n’est pas sans raison qu’Adanson reproche à l’auteur du Sys~ tema natarœ^ sa première classification du Tarot. On trouve en ' effet, dans la première édition du Fauna stwcica, 1746, le Taret compris dans le genre Dentale, à titre d’espèce de ce genre < Ce rapprochement est extraordinaire de la part de Linné, qui connaissait cependant l’ouvrage do Sellius. Mais alors , il ne faisait que répéter ce qu’il avait déjà préparé deux années auparavant, dans la quatrième édition du Sfstcma natum, où l’on trouve, p. 100 , parmi les Dentales, le Taret et l’Arrosoir. Dans les éditions suivantes, jusqu’à la dixième, Linné conserva la môme opinion sur les Tarets. Mais alors, plus éclairé par le mémoire d’Adanson, il introduisit dans sa mélliode un genre Taret, dont il fixa la place à la fin des vers intesLinaux, à la suite des Sangsues et des Mixines , avant le tort , malgré les observations cl’Adanson , de consi-
I,rs PHOIADAÎRES.
dorer les valves comme des macJioiros. Plus lard, tians la douzième édition àa Systema naturcv , il détacha le genre Tarel des vers testinaux et le transporta dans la classe des Toslacés sans spire régulière, à la suite des Patelles, des Dentales et tles Serpules.
A l’exemple d’Adanson, Guetlard, dans le tome 3 de ses mémoires divers , a adopté le genre Tarel, auquel il donne le nom de Tarier, Mais, abusé sur la valeur des caractères do ce genre , il no pense pas qu’il doive se rapprocher des Pholades, et le conserve parmi les Serpules et autres tubes tcstacés, soit vivans, soit fossiles.
Dans le tome 2 du Journal d’Histoire naturelle de Copenhague, (1792), Spengler donna un mémoire sur les Pholades et les Tarots; il adopta entièrement l’opinion d'Adanson, et distingua parmi les Tarels plusieurs espèces que l’on confondait en une seule. Walch, dans Natiuforscher , avait fait connaître l’espèce singulière à laquelle Lamarck donna le nom de Fistidana gregala^ Spengler, ne se laissant point séduire par les apparences extérieures, reconnut le premier, dans celte espèce, un véritable Tarel auquel il iirqxisa le nom de Teredo nuclvorus. Depuis le travail de Spengler, tous les zoologistes, à l’exception des imitateurs de Linné, adoptèrent définitivement l’opinion d’Adaiison ; et Bruguière d’abord , puis Cuvier, Lamarck, donnèrent chez nous cet exemple. Depuis cette époque , le genre Tarel n’a subi que de faibles modifications , soit dans sa composition , soit tlans ses rapports. Bruguière admettait encore la classe des Mullivaives : les Tarets s’y trouvent à côté des Pholades, des Oscabrions, etc. Cuvier, dans son Tableau élémentaire, eut le mérite de 'faire disparaître de la méthode celte classification artificielle , et il transporta les divers genres des Mullivaives, là où les appelaient leurs rapports naturels ; et c’est ainsi que les Tarets et les Pholades se trouvèrent placés dans la classe des Mollusques acéphalés. Lamarck, qui d’abord , dans son premier Essai des Mollusques , avait adopté les mullivaives de Bruguière et de Linné, se réforma bientôt après, et comprit les Pholades et les Tarels dans ses Mollusques acéphalés conchyliferes; mais alors, n’appréciant pas à leur juste valeur les caractères du tube des Tarels, et considérant ce lu!)e, aussi bien que celui des Fistulanes, comme une valve exagérée dans son développement, il fit un petit groupe de ces deux genres que nous venons de mentionner. Il les mit au commencement de la seconde grande division, comprenant toutes les co-
DEUXIK.ME FA3Ï1LLE
quilles iuéquivalvos, tandis que les Pliolades terminent. la première division J contenant les coquilles cquivalves. M. de Roissy, dans le Bufion de Sonuini, n’a point adopté entièrement la dernière classification de Lamarck ; il met en rapport les trois genres Arrosoir, Fislulane et Tarot, et les sépare des Pholades par un petit groupe contenant les genres Pelricole et Saxicave , dont Lamarck a fait depuis la famille des Liihophages. Lorsqu'on 1809 Lamarck publia sa Philosophie zoologique, il proposa, pour la première fois, le groupement des Mollusques en familles naturelles; et revenant à des idées qui se rapprochent beaucoup plus de celles d’Adanson , il mit les Tarets, ainsi que les Pholades , dans sa famille des Pholadaires. Ces rapports restèrent les memes dans le livre qu’il donna en 1811 , sous le titre de Cours fait au Muséum. Celte opinion, que Lamarck conserva pendant longtemps, sur le rapport des Tarets, fut encore modifiée par lui, lorsqu’il publia ses Animaux sans vertèbres ; il partagea, comme nous l’avons déjà dit, celle famille en deux parties, dont la principale devint pour lui la famille des Tubicolés. Les Tarets se trouvèrent entraînés dans cette nouvelle famille, uniquement parce qu’ils ont un tube; car, si Lamarck eût voulu donner à la coquille et à son animal , la valeur qu’ils méritent dans l’appréciation des rapports, il est certain qu’il aurait conservé les Tarets à coté des Pholades, comme nous proposons de le faire aujourd’hui. Latreille a Lien senti que les Tarets devaient être séparés de la famille des Tubicolés de Lamarck j mais, au lieu de les réunir aux Pholades, comme cela paraissait si naturel, il en fît une famille à part, sous le noui de Terediniles, dans laquelle il comprend les Tarets, les Teredines et les Clavagelles. M. de Blainville rendit beaucoup plus naturels les rapports des Tarets , en les rapprochant définitivement des Pholades, dans sa famille des Adesmacés. Nous ne ferons, au sujet de celte famille des Adesmacés de M. de Blainville, que deux remarques: la première, c’est qu’il existait déjà la famille des Pholades, dont Je nom eût été préférable, à cause de son antériorité; la seconde, c’est que, sous le nom de Fislulane, M. de Blainville introduit un genre qui n’est autre chose qu’un dédoublement inutile du genre Taret lui-mème ; nous disons inutile , parce qa’il contient la Fislulane en paquet de Lamarck, laquelle, comme nous l’avons vu, n’est autre chose qu’un Taret. Enfin , pour terminer l’hisloire de ce genre curieux et important, nous dirons que Cuvier, dans les deux dernières
LKâ l>H0L4ÜAiR£S. 53
édiiious du Règne animal , a compris les Tarets dans sa famille des Enfermées, et les a rapprochés des Pholades.
Le Tarel est un animal allongé et vermiforme, et Ton comprend que des zoologistes, peu habitués à déterminer les rapports d’après l’ensemble des organes, ont pu être trompés sur sa nature- Nous avons vu, en traitant l’anaiomie générale des Mollusques, que les Mollusques acéphalés étaient enveloppés d’une peau formant deux lobes, à laquelle on a donné le nom de manteau. Ces lobes, souvent désunis, sont quelquefois réunis dans divers points de leur étendue. Dans le Taret, ces lobes du manteau se soudent intimement, s’allongent et constituent un véritable tuyau charnu , terminé antérieurement par une coquille globuleuse sur le bord de laquelle ils s’attachent , et postérieurement eu deux petits siphons presque égaux, à la base desquels s’insère de chaque côté, à droite et à gauche, une paire de palettes calcaires dont la forme et les accidens extérieurs diffèrent selon les espèces. La coquille globuleuse dont nous avons parlé, est formée de deux valves qui , échancrées largement à leur partie antérieure, laissent passer , par cette ouverture , un pied court et tronqué, en forme de ventouse, semblable à celui des Pholades et des Gaslrochènes. Lorsque l’on a détaché l’animal de sa coquille , lorsqu’on i’a sorti du tube calcaire dans lequel il est contenu, si on fend le manteau dans toute sa longueur, on trouve, pn allant d’avant en arrière, les parties suivantes : Immédiatement en avant du pied et du
repli antérieur du manteau, so trouve , dans la ligne moyenne , une petite fente Iransverse, garnie d’une lèvre supérieure et d’une lèvre inférieure : c’est là l’ouverture de la bouche. 2° En suivant les lèvres de la bouche , on les voit se continuer de chaque côté du corps, s’élargir et devenir de véritables palpes labiales, adhérant, dans presque toute leur longueur , aux parties latérales du corps. 3” Le corps est très court ; il est formé par la masse des viscères qui consistent en un foie, un ovaire, dans l’épaisseur desquels 011 trouve un estomac médiocre et les ciicouvoliuions de l’intestin. 4° ïl® chaque côté de l’extrémité postérieure du corps, commencent à paraîlie les feuillets branchiaux qui forment deux bandes parallèles fort allongées, que ion voit s’étaler dans une grande partie de la longueur du tube charnu que forme le man -, teau. C’est au point d’insertion de ces branchies sur le corps, que se trouve, dans la ligue médiane et dorsale, le cœur, composé d’un ventricule et de deux oreillettes symétriques. Le ventricule
su
DEÜXIKMË FAMILLK.
est traversé par le rectum qui , se prolongeant très haut devant les branchies, vient so terminer à leur extrémité postérieure en une petite ouverture qui est celle de l'anus.
D'après ce que nous vouons de rapporter, il est évident que le Taret ne diffère des Pholadcs que par l'allongement considérable du manteau, dont les lobes soudés ont la forme d’un véritable tuyau. Le manteau sécrète, dans presque toutes les espèces^ im tuyau calcaire qui le garantit, et dans lequel l’animal finit quelquefois par se clore entièrement à la manière des Gastrochènes. Ce tuyau représente, pour nous, les pièces dorsales des Pholadcs qui, exagérées et réunies, enveloppent tout l’animal et servent à le protéger,
La coquille des Tarets est fort singulière. Elle est très courte, très bâillante de chaque côté, et se réduit quelquefois en un cercle osseux destiné à soutenir les parois du manteau. Dans le plus grand nombre des espèces, les valves sont sublrapézoïdes, et elles ressemblent à la partie antérieure d’une Pbolade bâillante, que l'on aurait séparée du reste, en coupant transversalement la coquille en deux. Les valves sont réunies à la manière de celles des Pbolades; elles n'ont point de charnière articulée et point de ligament; mais on trouve en dedans, en partant de l’intérieur des crochets, un petit cuilleron plus ou moins long, selon les espèces , et tout-à-fait semblable , quant à la position et aux usages, à celui des Pbolades. Dans la plupart des espèces , celle coquille présente un sillon médian en forme de ceinture, vers lequel aboutissent des stries , ordinairement crépues , très fines et très élégantes.
L’animal et la coquille, que nous venons de décrire, sont contenus dans un tube calcaire, plus ou moins épais, qui revêt les 2^arois des galeries que l’animal se creuse dans le bois. Ce tube calcaire n’existe pas au même degré d’épaisseur dans toutes les espèces, et il y en a môme quelques-unes qui en sont dépourvues, ou chez lesquelles du moins il est seulement membraneux. Quand , par suite de la désagi'égalion complète du bois dans lequel les Tarets ont vécu , on parvient â obtenir des tubes entiers , ils sont toujours blancs, épaissis à l’extrémité postérieure, et beaucoup plus minces à l’extrémité antérieure, extrémité occupée par la coquille. Presque toujours , les tuyaux des Tarots suivent le sens dos fibres ligneuses, mais l’animal se dévie avec la plus grande facilité, aussitôt qu’il rencontre un obstacle, Lorsque, dans leur marche, les Tarets se
LES l’UOLAliAÏREi;.
rencontrciUj ils ne sc corrodent pas les uns les autres, ils se contournent, et quand il y en a un grand nombre, ils s’enebevôtrent dans plusieurs sens et deviennent très iiréguïiers. Lorsque lesTarels attaquent des portions de bois dans lesquelles il existe des noeuds ou des tronçons de branches, ils se rencontrent sous des angles différens, et il devient alors presque impossible de suivre leurs galeries et de reconnaître la manière d*êlre d’un seul individu. L’extrémité postérieure du tube commence toujours à la surface extérieure du bois, et cette extrémité, ordinairement un peu saillante, se reconnaît aux deux trous dont elle est perforée, de la même manière que dans les Cloisonnaires. C’est par ces trous que l’animal fait saillir au-dehors les siphons qui le terminent postérieurement. Si, dans les vieux individus du Taret, on casse le tube à son exirémité postérieure, ou voit que le trou des siphons, d’abord simple, se bifurque absolument de la même manière que dans les Cloisonnaires, et, par une coupe longitudinale, on voit que cette exirémité, destinée aux siphons, est remplie de cloisons obliques qui résultent de l’accroissement intérieur de cette extrémité du tube. L’extrémité antérieure a les bords ordinairement minces et tranebans; elle est ouverte, et son contour est circulaire; mais il arrive souvent, sans que cela paraisse dépendre de l’âge , que celte extrémité est fermée en calotte hémisphérique, ainsi que dans les Fislulanes, et c’est un tube clos de cette manière que Lamarcka nomme Fistiilana corniformis Azx\s sa collection . Nous avions cru que le Taret ne se fermait que lorsqu’il était parvenu à tout son développement; mais dos observations ultérieures nous ont démontré que, dans quelques espèces, l’animal encore jeune se clôt dans son tube. Il faut dès-lors admettre aussi qu’il jouit do la propi'iélé de dissoudre la partie de son tubcj qui gênerait son développement.
En observant la manière de vivre d’un animal comme celui que nous venons de décrire, on s’esl demandé comment il parvenait à pénétrer dans les bois les plus durs ; et la première explication qui s’est présentée, a été de supposer que l’animal corrodait le bois avec ses valves, de la même manière que le font les insectes xilophages avec les ïbrtes mandibules dont ils sont armés. Par suite de celte première comparaison , on a prétendu que les Tarels s’en- IbnçaieiU dans le bois pour s’eu nourrir, llcstc à savoir maintenant si ces opinions sont justes et doivent être acceptées sans contrôle. Nous lèrons observer d’abord qite les valves des Tards, dans le
DEUXIÈME famille.
plus grand nombre des espèces, sont très minces et très fragiles, et , d’après l’essai que nous en avons fait , elles sont incapables de résister à i’e/Fort nécessaire pour détacher les fibres d’un bois dur comme le chêne, par exemple. Dans les jeunes comme dans les vieilles coquilles , se montrent toujours bien conservées et sans usure , ces stries fines et délicates qui disparaissent sous de très faibles froltemens. On a prétendu que l’ouverture antérieure de la coquille était très favorable pour user le bois et en emporter des fragmens, comme le ferait une tarière mise en mouvement. Nous contestons que les valves soient disposées réellement comme on le prétend , nous croyons même que leur forme est très défavorable à l’usage qu’on leur suppose, quand on pense -surtout que les accroissemens de la coquille ont lieu continuellement sur ses bords, quand on réfléchit que le bâillement, dont il est question , est constamment rempli par le pied de l’animal. D’un autre côté, il faudrait que l’animal pût faire des mouvemens rapides de torsion sur lui-même pour taroder ; il faudrait de plus qu’il eût un point d’appui au moyen duquel il pût pousser sa coquille en avant avec une force assez grande pour vaincre l’obstacle qu’il cberclie constamment à détruire. Mais ces conditions nécessaires pour taroder n’existent pas dans Je Taret. C’est un animal mou, dont le tuyau est diversement contourné; il n’est attaché à ce tuyau que par son extrémité postérieure, et l’on ne trouve , dans son manteau , ni des muscles, ni des leviers capables de pousser la coquille en avant. Enfid^ les divers contournemens du tube s’opposent à ce que l’animal puisse taroder par des mou- • vemens de torsion sur lui-inôme. Nous sommes donc parfaitement convaincu que le Taret pénétre dans le bois par un tout autre moyen que celui que l’on suppose et qui a servi jusqu’à présent à expliquer sa manière de vivre. Quels moyens un animal si faible einploie-t-il pour vaincre des obstacles si puissans? Nous l’ignorons .entièrement.
Ou a prétendu aussi que le Taret rongeait le bois pour s’en nourrir. Celte assertion u’est pas plus soutenable que celle que nous venons de combattre. Il faut se souvenir que les Tarets, comme les autres Mollusques acéphalés, ont la bouche entièrement nue ; elle est constamment dépourvue d’une partie dure quelconque, propre à broyer une matière aussi dure que le bois, quand même la coquille serait parvenue à le réduire en très petits fragmens. Aussi, ces animaux se nourrissent-ils uniquement,
LES rüOLADAlRES.
soit des animaux microscopiques contenus dans l’eau , soit des particules résultant de la décoiuposilion des animaux et des végétaux, qui s’y trouvent constamment suspendues. Toute leur organisation est préparée pour ce genre de nourriture, et lorsqu’on ouvre leur estomac, ce sont toujours ces détritus qu’on y découvre et non pas ceux du bois qu’ils perforent. D’ailleurs, les siphons qui terminent l’extrémité postérieure du manteau, ont des usages bien déterminés chez les Mollusques qui en sont pourvus, et leur présence chez les Tarets indique assez de quelle manière ils se nourrissent.
Le genre Taret se rencontre à l’état vivant dans presque toutes les mers, et tout nous porte à croire que ce sont des espèces différentes qui habitent les diverses contrées. Comme partout ces animaux ont la mémo apparence, les naturalistes voyageurs ont cru reconnaître partout notre teredo navalis y et, trop si\rs de l’avoir reconnu , ils ont toujours négligé de rapporter ceux qu’ils ont rencontrés. Aussi il existe, dans la synonymie de celte espèce, une confusion qu’il sera difficile de faire disparaître. Bien que l’on ne cite encore maintenant qu’un petit nombre d’espèces vivantes du genre Taret, nous ne doutons pas que le nombre ne s’en augmente considérablement, lorsque les observations seront dirigées vers ce genre intéressant, II est à présumer que certaines espèces attaquent de préférence des bois d’une nature particulière; il serait curieux du moins de s’assurer si le Teredo clava de Linné [Fislulana gregata^ Lamk.) est le seul qui chCsisse , pour s’y loger , des fruits à parois épaisses et dures telles que les cocos. Celte manière de vivre de cette espèce a été également propre à quelques autres que l’on connaît à l’état fossile seulement et que l’on rencontre particulièrement dans les terrains tertiaires de la Belgique.
Les Tarets fossiles sont assez rares. Ils so trouvent particulièrement dans les bois passés à l’éiat de liguites ou qui, complètement pourris, ont laissé les tubes enchevêtrés et formant des paquets. On trouve également des Tarets dans ce que l’on nomme vulgairement du bois pétrifié, c’est-à-dire devenu entièrement siliceux. Ces bois siliceux à Tarets se rencontrent quelquefois dans les alluvions de la Seine ; mais nous ignorons absolument s’ils proviennent de terrains tertiaires ou de terrains plus anciens. On a cm pendant quelque temps , et nous avons partagé celte croyance, que les Tarets fossiles ne descendaient pas au-dessous du terrain tertiaire; actuellement nous avons la preuve acquise qu’il est des
DEÜXIÈMÜ VAMILLE.
espaces qui descendent dans les formations crétacées, et qui leur sont propres. Ce fait se reproduit aussi bien eu Amérique qu'en Europe , et il ne permet plus le moindre doute. Dans ie plus grand nombre des espèces fossiles , on ouvre inutilement les tubes qui paraissent les plus entiers, on n’y trouve jamais la moindre trace de la petite coquille bivalve qui fait partie essentielle duTaret. Cette absence de la coquille paraît si constante, que plusieurs personnes ont supposé que cos espèces de Tarels étaient naturellement dépourvues d’une coquille; mais il nous semble que c’est se hâter de conclure en présence d’un trop petit nombre d’observations. Dans ces Tarets fossiles, et particulièrement dans ceux de Belgique, on trouve assez fréquemment dans les tubes, les palettes calcaires attacbées à l’extrémité postérieure de l’animal ; et ces palettes ont, dans ces espèces, des caractères tout particuliers : cc sont de petites cupules infondibuliformes, un peu comprimées latéralement, ouvertes du coté évasé , terminées au centre par un pédicule, et ces petits entonnoirs sont insérés les uns dans les autres, au nombre de douze ou quinze pour chaque palette.
D’après ce que nous venons d’exposer sur le genre Taret, il est facile maintenant d’apprécier ses rapports naturels, et de le classer d’une manière convenable dans la méthode. Ses analogies nombreusesavec lesPhoIades sont déjà manifestes ; mais elles ressortiront bien plus encore lorsque nous atn’ons examiné les Teredines et les coquilles du genre Pholade , qui ont aussi la propriété de perforer le bois. Parmi ces coquilles, il en est une qui, par sa forme, a beaucoup d’analogie avec les Tarets; et M. Soiverby, dans son Généra of sheîlsy a cru uécessaii*e de faire, avec elle, un genre particulier, sous le nom de XHophaga, Pour plusieurs raisons, nous croyons ce genre inutile : parce que, s'il a la propriété de percer le bois et d’y creuser des galeries assez longues sans sécréter de tube , il y a de véritables Tarets qui sont dans le même cas; si, au contraire, les caractères du genre sont pris dans la forme particulière de la coquille , nous trouvons en elle tous les caractèi’es d’une véritable Pholade à valves très courtes, de forme globuleuse, mais ayant les crochets garnisà l’extérieur de deux pelilespièceseu forme d’écusson ; aussi, selon nous , le genre dont il est question doit-il être placé, comme section, parmi les Pbolades qui percent le bois.
Nombre des espèces :
6 vivantes.
i4 fossiles.
LKS rUOLADAIUKS.
Ces nombres d’espèces sont loin d’ètrc défiaitifs. Nous n’avons pu malheureusement examiner la plupart de celles que nous comptons, et parmi les fossiles, nous ajoutons celles figurées dans l’ouvrage de Burtin.
Les Tarets fossiles se rencontrent particulièrement dans les terrains tertiaires. II y en a quelques-uns cependant dans les terrains crétacés, et nous n’en connaissons aucun exemple authentique dans les terrains Jurassiques.
Nous connaissons une espèce dans la craie inférieure de la Champagne (terrain néocomien).
Nous en connaissons une autre dans les terrains crétacés supérieurs de Maestrich.
Il y en a deux espèces dans les craies inférieures de TAmérique.
Nous eh connaissons actuellement deux propres aux terrains tertiaires de Paris , dont l’un , Teredo Burlini , se trouve aussi dans les terrains du même âge de la Belgique. Il y en a au moins cinq espèces avec le précédent dans les terrains tertiaires de Belgique, appartenant à Pépoque parisienne.
Enfin, nous pouvons citer aussi une espèce qui est très probablement le Teredo namlis^ dans le terrain tertiaire d’Italie. Il en' existe une qui est probablement la même que la précédente , dans le crag d’Angleterre.
Nous connaissons encore deux espèces trouvées dans des bois fossiles recueillis dans les alluvions de la Seine.
Parmi ces espèces, nous signalerons particulièrement les deux suivantes :
Taret commun. — Teredo navalis. Lin. Vivant dans les mers d'Europe; et fossile en Italie, en Sicile, en Morée et probablement dans le crag d’Angleterre.
Taret de Burtin. — Teredo Burtini, Desh. Fossile dans le terrain tertiaire inférieur de la Belgique , et aux environs de Paris.
ESPÈCES
Taret commun. Teredo namlis, pi. 3. f. i à g.
T* tubo ieretîuscuîof irregularîter contorto ^ solldo, aîbo ; palmulis sîmplîci^ bus, supernètruncatis. Tesid suhgîobtdosâf hiantissimd , dtnsîssîmè nuissîmeque serrât O'Strîatd.
Valisuieri. Hisl. nal. t, a. pl. 4.
DEUXIÈME EABIILLE.
Massuet. Recherch. intér. sur les vers à tuyau, pl. i. f. r. 2.
Friscli. Mus. Hoffmanniauum.’pl. i. pl. 2, f. 9. pl. 3, f. 19. ao. pl. 4, f. a. 5. 6. Sellius. Hisl. cat. Teredînis, pl. i, f. 1. 5. pl. 2. f. i. 2, 3. 5. 6. Teredo navalis,
Denlalinm, Liuné. Fauna suec, i® édit.p, 38o. n® 1829.
An eadem specics? Adanson Descript. d’une nouv. espèce de ver observée au Sénégal. Mém. de l'acad. 1 759. pl. 9. f. 1, 7.
Le Taret, Adans. “Voyage au Sénégal, p, 263. pl. 19. f. i,
Teredo navalîs, Lînu» Sysl. nat, 10® édit. p. 65i, u° 2,
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Gueltard. Mém. divers, t. 2. pl. 69. f. 4. 5.
TcrdiA? d’Acosla. Eril. Conch. p. ar.
Pholas teredo, Mull. Prodr. n® 3o34-
Pholas teredo. Fabricius. Fauna groenlendica, p, 427. n® 426.
Schrœl, Einl. t. 2, p, 57a,
Teredo navaîis, Kammerer. CaR. de Rudolslat, p, 6. pl. i.
Teredo navnlis.Kâvsleo. Mus. Leskeanum, t. i. p, 3o8,
Teredo batavus, Spengl. Mém. de la soc, d’kist, nat, de Copenh. p. io3* n® 14. pl. 2. f. 7.
Penu. Prit, Zool. n® 4. p. 367.
Teredo jiavalïs. Omel. Syst. nat. p. 3747* n i, Teredo utriculus. Guiel. loc. cit. n® 2,
An eadem spec.? Encycl, mélh. pl. 167. f. r. 2. Copiée d'Adanson,
Teredo 'vulgarh, Lamk. Syst. des an. s. v. p. 128.
Teredo navalis de Roissy. Biiff. inoll, t. 6. p. 459. pl. 432. f, 5.
Mont. Test, brit. p. 527.
Donov. t. 5, pl, 145.
Dorset. Catal. p. 60. pl. 18, f. 21.
Teredo navalis. Burow, p. 166. pl. aa, f, 4,
Dillvv. Cal, l. 2. p. 10S9, n° 2.
Teredo utriculus, Ibid, n® 3.
Brook. Intr. of Coneb. p. 143.
Teredo navalîs. Lamk. au. s. v« t. 5. p. 44u. n® x,
Blainv. Malac. p. 679. pl, 8x. f. 6.
Gervîl. Cat. des coq, de la Manche, p, 55,
Pay. Cat. des moll, de la Corse, p. 26. n® 3o.
Schum. Essai d’une classificalion. p. 94*
Delle Cliiaje. Mém. sur les an. s. v. du royaume de Naples, t. 4» P- 32, pl. 54. f. 6. 7. 8.
Blainv, Dict. des sc. ual. t. Sa. p, 267,
LES PflOI.ADAlRES.
Mfiuke. Syn* iHÛll». moll. p. 12a.
Desh. Encycl. méth. vers t. 3. p, roo3, n° r,
Pliil. Eniim. inoll. Sic.p. 2, 11° i.
Seacchi. Cal. Conchyl, regni neap. p. S .
Guérin. Icon. ilu régn. an. moll. pl. 33. f. 2. Copiée de M. de Blaiuville.
Sow. Généra of shells. Teredo, f. 7,
Fossiîis, Teredo navalis, Broccli. Conch. foss. subap. p. 2oq,
Sow, Min, Conch. pl. 102. f. 5. 6. 7. ?
Habile les mers d’Europe; fossile en Italie d’après Brocchî, cl dans le crag d’Angleterre d’après Sowerby.
Nous douDons ici une synonymie très étendue du Teredo navalis de Linné, ou plutôt nous restituons à Selliiis l’origine scienlifîque du Taret commun, en rangeant, sous celte dénomination, tout ce qui, dans les auteurs, nous paraît avoir quelque chose d’analogue. Linné, comme nous l’avons vu, plaça d’abord les Tarels parmi les Dentales; plus tard, il adoptai le genre; mais en admettant l’espèce de Sellius dans sa nomenclature, il la caractérisa d’une manière si vague et si incertaine, qu’il ne serait pas étonnant que plusieurs espèces fussent confondues sous le nom de Teredo navalis. Nous pouvons même ajouter que les auteurs, qui ont eu occasion de traiter du genre Taret, auraient pu rapporter successivement toutes les espèces au Teredo navalis ^ et, en suivant les principes que nous nous sommes imposés pour la nomenclature , nous aurions définitivement rejeté l’espèce linnéenne , si nous n’avions été guidé par l’ouvrage de Sellius, contemporain de ceux de Linné. En conséquence de ce que nous venons de dire, nous prendrons , pour type du Teredo navalis^ l’espèce décrite par Sellius. Nous supposons que le Taret qu’Adanson a décrit , dans son Histoire naturelle du Sénégal, ainsi que dans les Mémoires de l’Académie des sciences, doit constituer une espèce différente de celle de Sellius. Cependant, comme nous n’avons pas eu occasion d’examiner cette espèce du Sénégal , nous suivrons , à cet égard , l’opinion commune des conchyliologisles qiu la rapportent au Teredo navalis. On trouve, dans l’ouvrage de Kammerer, la figure d’un groupe assez considérable de tubes de Tarets; Gmelin a cru devoir faire de celle figure une espèce distincte du Teredo navalis. H lui a donné le nom de Teredo utriculus. Spengler, dont les travaux sur les coquilles sont si remarquables, fit un travail sur les Tarets, dans lequel il reconnut distinctement quatre espèces, en employant, comme caractère distinctif, les palettes qui servent à fermer l’extrémité
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postérieure du tube^ mais, n\'iyant point de fjuide assuré pour reconnaître l’espèce linnéenne, il imposa son nom à un Taret dont les pièces operculaires sont subarlicidées ; et il a donné le nom de Teredo hatavus , à l’espèce de Massuel et de Sellius, espèce que nous prenons, avec plus de raison que Spengler, pour type du Teredo navalis. Nous n’avons pu vérifier si les Tarets cités par divers auteurs appartiennent réellement à l’espèce de Linné ou à celle de Spengler. II est bien à présumer qu’en faisant les catalogues des espèces de localités différentes , on aura inscrit , sous un nom commun, des choses que l’oii distinguerait si elles pouvaient être réunies et comparées soigneusement.
Le Teredo navalis se renferme dans un tube calcaire assez mince, diversement contourné , selon les accidens du bois qu’il perfore, ou selon le plus ou moins grand nombre d’individus qui s’accumulent dans un espace rétréci. Le tube se boursoufle fréquemment, devient très irrégulier, comme dans la figure de Kammerer, lorsque les Tarets sont amoncelés dans un môme moixieau de bois. En vieillissant, l’extrémité postérieure du tube s’épaissit , et la partie , destinée à recevoir les siphons, se divise en deux par une cloison médiane. Les palettes ont assez la forme de raquette ; leur extrémité élargie est subquadrangulairc, tronquée en avant, et quelquefois un peu creusée sur ce bord , ce qui rend les angles plus aigus et. plus saillans. La coquille est de laüle médiocre. Lorsque les valves sont réunies, elle est arrondie et à-peu-près de la grosseur d’un pois. Celle coquille offre, à la partie antérieure, un très large bâillement, les valves étant écbancrées de ce côté très profondément, et cette échancrure formant un angle presque droit. La surface extérieure se distingue en deux parties : l’une postérieure, très courte , est lisse ; l’autre est chargée de sli’ies très fines, d’une admirable régularité, très finement crénelées, et suivant exactement le contours de l’ouverture. Le bord cardinal est comme rongé, aplati, et il est dépourvu de bi callosité que l’on trouve sur les Pbolades, ainsi que des pièces accessoires qui caractérisent ce dernier genre. Dans l’intérieur des valves s’élève un cuilleron très grand, aplati, fort étroit et pointu à son extrémité libre. Ce cuilleron est légèrement contourné dans sa longueur, et il est plus grand en proportion que celui des Pbolades. Le tube de celte espèce a quelquefois plus de deux décimètres de longueur.
LES PHOLAOAIRES.