‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 9 sur 127 · GENRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

GENRE QUATRIÈME

CXiOlSOM’STAIRE, Septaria. (Lamk.}»

PL 2. fig. 9, 10.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal allongé, cylindracé, ayant les lobes du manteau réunis, terminés postéz'ieurement en siphons courts, portant à la base deux palettes osseuses aplaties ; opposées et destinées à fermer l’extrémité postérieure du tube , l’extrémité antérieure protégée par une coquille courte, aiTOudie , semblable à celle des Tarets,

Un tube testacé très long , conique , ouvert à sou extrémité antérieure, terminé postérieurement par deux trous sur lesquels sont fixés deux tubes grêles, subarticulés.

SYNONYMIE GÉNÉRIQUE. — Sole/i arenariits ^ Rumpliius. Tuhidus radiciformis ; Lesscr. — Tabulas verniicalaris ; Sebao — Serpida arenaria; Linné. — Genre Caphe^ Kaphus ; Guettard. Serpula polyîhalamia; Linné. — 7eredopaUas;V,yQV, Hom., Dilbvyn. — Genre FurceUe^ Fnrcella; Lamarck. Syst. des a. s. vert. 1801, p. io4- Obs, — Genre Clolsonnalre ^ Septaria ; Laniartkf Anim. s. vert. 1818. Blainville , Férussac, etc» 1

LES l’iïOLADAIBES f

OBSERVATIONS. — On doit la connaissance du genre curieux des Cloisonnaires à Rumphius, et cet auteur reconnut à cette époque la ressemblance de la coquille qu’il nomma Solen arenarius^d^yGC. lesTarets. La figure de Rumphius est assez complète pour faire connaître les caractères principaux de la coquille singulière et gigantesque, pour laquelle Lamarck a proposé son genre Cloisonnaire. Dans son petit traité desTubes marins, Klein a formé un genre particulier pour la coquille de Rumphius, à laquelle il conserve du reste le nom de Solen arenarius, Ebeinslreit a également mentionné celte coquille dans le muséum Richterianum. Lesser, dans sa Testaceothéologie, ne l’a point oubliée et lui a donné le nom de tuhulus radici-foimisj geniculatas ramosus; mais ces auteui's n’ont point compris, comme Pallas, la nature du genre qui nous occupe. Pallas , en eifet, à la page i4o àetesMiscellanques zoologiées, publiées en 176G, dit positivement que le Solen arenariiis de Rumphius ne diffère en rien du Teredo namlis, si ce n’est parce que son tube, au lieu de s’enfoncer dans le bois , vit dans le sable. Pallas ajoute qu’il adopte l’opinion judicieuse de Rumphius, auquel on doit, commja^ nous l’avons vu , le premier rapprochement de son Solen arenarius avec les Tarets; mais Pallas va plus loin, et il est persuadé que le Serpula pénis de Linné, dont on a fait depuis le genre Arrosoir, est très voisin des Tarets , et particulièrement de l’espèce figurée par Rumphius.

Dans la dixième édition du Systema naturœ^ ainsi que dans le muséum de la princesse Ulrique, Linné avait confondu, sous le nom de Serpula arenaria^ des choses entièrement distinctes. Les unes appartiennent actuellement au genre des Vermets, les autres aux Serpules, et enfin le Solen arenarius aux Mollusques. Depuis, Linné a rectifié sa Synonymie et a distingué la coquille de Rumphius sous le nom de Serpula polythalamia. Martini ne lui a pas conservé ce nom, lorsqu’il l’a mentionnée dans son Conchylien cabinet; confondant dans un seul genre toutes les Serpules, l’Arrosoir et la coquille de Rumphius, il lui donna le nom de Tuhulus vcrmicularisj et fit avec lui deux espèces : Tune, pour l’extrémité postérieure ; l’autre, pour un tronçon de l’cxlréniilé antérieure. C’est à cette seconde espèce que Martini rapporte la bonne figure donnée par Seba, dans son muséum. Celle figure de Seba, moins complète que celle de Rumphius, est cependant très bonne; elle donne une idée exacte de la grandeur que peuvent acquérir les individus de cette coquille. Outre les ouvrages que nous vepons de

D£DXiè]|E vmittt,.

citer, nous devons mentionner encore les mémoires do Guettard, dans lesquels ce savant naturaliste, dès *774? proposa, pour ce Solen arenarhis^ un genre particulier qu’un nom fort peu scientifique sans doute fit oublier; il proposa pour son genre le nom de Cupbe, Kuphus, Plus tard, en 1801, dans son Système des animaux sans vertèbres , Lamarck, dans une note à la page io4j proposa un genre Furcelle, Furcella, pour le môme Solen arenarius, dout lui-mème fit dans son dernier ouvrage le genre Cloisonnaire, et le plaça, comme nous l’avons vu, dans la famille des Tubicolés. Depuis cotte époque, il a été adopté par la plupart des zoologistes, et nous avons vu les légères modifications qui ont été apportées récemment dans ses rapports avec les genx'es environnans.

Jusque dans cesderniers temps l’animal était l'esté inconnu. Un naturaliste de Marseille, M. Mathéron en a découvert une espèce dans la Méditerranée, et il a publié sur cet animal une notice intéressante dans les tomes i et 11 des Annales des Sciences et de rindusU'ie du midi de la France. Trouvé à l’état fossile dans les fouilles que l’on fit pour établir le bassin de carénage , le genre Cloisonnaire a été observé depuis à l’état vivant, non loin de Marseille; l’espèce recueillie dans la Méditerranée ii’esl pas la même que celle de l’Inde figurée par Rumpbius; elle est plus petite , et nous ignorons si le tube est pourvu de deux calamules singulières , observées par llumphius dans son Solen arenarius.

D’après M. Malhéron, l’animal de la Cloisonnaire de la Méditerranée est loul-à-fait semblable à celui du Taret. Pallas, comme nous l’avons vu, a eu la même opinion. Il est allongé, tubuleux, cylindrique; les lobes du manteau réunis forment un tuyau charnu, dont l’extrémité postérieure se prolonge en deux siphons étroits grêles et assez allongés; l’cxlrémilé antérieure ducoi*ps, la bouche, le pied, une partie de la masse viscérale sont protégés par une coquille très courte, subglobuleuso, baillante de chaque cété, semblable, par ses caractères principaux, à celle des Tarels; les valves sont appuyées l’une contre l’autre, mais non réunies par une charnière articulée ou par un ligament. Dans leur intérieur on voit des cuillerons allongés , étroits et aplatis comme dans les Tarels.

Le tube calcaire, dans lequel sont coalcnns la coquille et l’animal, est allongé, subcylinclracé, d’un diamètre moindre à son extrémité postérieure qu’à l’antérieure; dans l’espèce de l’Inde, ce tube, dout

LES PHOLAPAIIVES.

on a vu des individus de près de quatre pieds de longueur, a un épaisseur assez considérable pour lui assurer une grande solidité ; il est tantôt droit, tantôt contourné plus ou moins , selon les obstacles que l’animal a rencontrés pendant son développement; la surface extérieure est presque lisse, elle est marquée d’accroissemens transverses et quelquefois de renflemens successifs, compai’ables à ceux d’un intestin ; à l’intérieur, les accroissemens sont indiqués par des rides saillantes, Iransverses, en segmens de cercle ; elles sont irrégulièrement espacées. A son extrémité postérieure, le lest du tube s’épaissit beaucoup, et la cavité simple se partage en deux tuyaux cylindriques, dont l’entrée intérieure est séparée par un éperon saillant; ces deux tuyaux, soutenus latéralement par des cloisons, sont contenus dans l’exirémilé du tube, et leur terminaison extérieure vient saillir au-debors; ces tuyaux donnent passage aux deux siphons de l’anima’. Lorsque la Cloisonnaire est bien complète, les deux tuyaux fe prolongent en deux calamules divergentes, subarliculées, longues de cinq à six pouces; ces calamules revêtent les siphons charnus de l’animal dans toute l’extension qu’ils peuvent prendre. Les deux siphons, très contractiles, peuvent rentrer entièrement dans l’intérieur du tube, et lorsqu’ils sont ainsi retirés, l’animal peut clore l’ouverture de son tube, au moyen des deux petites palettes calcaires figurées par M.Mathéron, mais que Rurnphius n’a pas connues ; ces palettes, semblables à celles des Tarets, sont placées de même dans l’animal et remplissent les mômes fonctions; nous en reparlerons en traitant des Tarets: L’extrémité antérieure du tube s’amincit, et, jusqu’à présent, les morceaux répandus dans les collections ont celte extrémité ouverte ; Rumphius cependant et, après lui, Martini ont fait figurer des individus chez lesquels cette partie est fermée par une calotte convexe en dehors. M. Malhéron a vu aussi dans l’espèce de la Méditerranée des individus fermés. Il est à présumer que le tube des Cloisonnaires, comme celui des Tarets, est fermé lorsqu’il est parvenu à tout son développement, et qu'il reste ouvert pendant les accroissemens de l’animal.

A mesure que l’on a une connaissance plus exacte du genre Cloisonnaire, sa ressemblance avec les Tarets devient de plus en plus évidente; il n’en diffère que par deux caractères : l’existence des calamules des siphons et la manière de vivre: ces deux caractères tiennent peut-être à quelques différences d’organisation qu’il faudra chercher particulièremeat dan$ l’espèce des Indes. Toutes

les personnes qui vivent près de la mer, connaissent les ravages que font les Tai'ets dans les bois plongés dans la mer ; les Cloisonnaires s'enfoncent dans le sable dans une position perpendiculaire, l'extrémité antérieure du tube en bas , la postérieure en haut , de manière à permettre la saillie des siphons ou des calamules au-dessus de la surface du sable.

On ne connaît encore que deux espèces de Cloisonnaires. ESPÈCES.

Cloisonnaire des sables. Septaria arenaria, Lamk.

*5. 'vaginâ maxïmâf terete cyVindraceâ^ alha^ dîversi modo contorta, radïaiim crystalllnâ^ ad cxlremilaiem posticatn septâ longîtiidinali intîis bîpartUâ^ calamuUs ducibus siibarticulatîs terminatd j intîis dissîpimentls hinc con^ vexis indè concavis interruptâ.

Serpula arenaria. Lin. Sysl. naU ed. lo. p. 787.’ syn. plur. exclus.

Setpula arenaria. Lin, Mus. Ülr. p. 700. n®, 43a.

Scrpida poîytfialamîa^ Lin. Sysl. nat. cd. 12. p. 1266.

List, Synop, Manlissa marin, Conch, pî, i. fîg. 3.

Solen arenarius , Kumph.Mus. amb. pl. 4i« f. P* H.

Seba^ Mus. t. 3, pl. 94. {tubi duo majores),

Solcn arenarius, Geuus iT. Klein, de tub. marin, p. 3,

Solen corallorum corrugatus, Klein, de lubuli. p. 5, pl. i. f. 3.

*y^r/7«/a Pallas, Spic, Zool. p. 140.

Martini. Conch. 1. I, p. 4o- ph i-f* 6. p. 46. pl. i. f. ir.

Scrpula poljthalamia, Sclirol, Einl. t. 2. p. 549, no. 12.

Serpula, no, 4, Schrol. Einl, t. 2. p. 557,

Eav. Conch. pl. 5. f. N. figure réduite.

Serptda poîythaîamia. Gmel, p. 3742. Hq. 1 3.

Serpula anguîna.y^r, B. p. 3743. u®. 14.

Teredo gtganteus,S\xli\y, Home. Xrans. phil. 1806, p, 276. pl, 10 et n;

Teredo gigantea, Dillw, Cal. t, 2. p, 1087. Uq,' i.

Septaria arenaria. Lamk. An. s. vert. t. 5. p. 43?. n®. i.

Septaria arenaria, Blainv. Malac. p. 58 1.

Desli. Encycl. mélh. vers, l, 2. p, 247.

Desh. Lamk. An. s, v. 2® édit, t, 5, p. 33,

Habile l’Océan de l'Inde, dans le sable, cnlre les racines des Mangliers, (Lamarck).

Nous avons vu, en traitant des généralités de ce genre) que

LËS PROLABATRËS;

l’espèce qui lui sert de type, connue depuis lonfj-tenips, a été le sujet de plus d’une errem* de la part des auteurs qui ont eu occasion de la mentionner. Outre les vacillations de Linné et la détermination rigoureuse et précise de Pcilas, nous remarquons que la plupart des naturalistes ont fait deux espèces pour les deux morceaux de la meme coquille, représentée par Rumphius, Klein, le premier, a donné ce mauvais exemple , et il a poussé la distinction jusqu’à ce point, non-seulement d’établir deux espèces, mais même deux genres pour deux morceaux de coquille, au sujet desquels Rumphius ne laisse pas la moindre incertitude. Martini , Schroter, Gmelin et d’autres ont adopté cette en'eur que Dillwyn, le premier, à ce qu’il nous semble , a su éviter dans sa synonymie. Gmelin ne s’est pas contenté du double emploi que nous venons de signaler chez quelques-uns de ses précédesseurs ; il a compris une partie de la synonymie dans son SeTpuîa anguîna et en a fait la variété que nous avons signalée.

Plusieurs zoologistes ont pensé qu’il était convenable de rendre à la coquille, qui nous occupe, le nom que Linné lui-même lui a imposé dans la douzième hàiûonàn Sjstemanatarœ, Pour ces zoologistes, cette espèce devrait être décrite sous le nom de Septaria Polythàlamia; mais si, comme c’est une règle invariable , nous prenons pour spécifique le nom le plus anciennement donné, nous aurons plusieurs motifs pour conserver à la Cloisonnaire le nom que Lamarck a préféré pour elle, Rumphius, antérieur à Linné, a désigné Je premier la Cloisonnaire sous le nom de Solen arenarius, et nous puisons, dans ceux des ouvrages de Linné qui sont antérieurs à la douzième édition, des motifs suflisans pour légitimer cette nomination , puisqu’il l’avait adoptée aussi bien dans la dixième, que dans le musée de la princesse Ulrique.

Le tube d’une Cloisonnaire a souvent plus de trois pieds de longueur, et à la base il a près de deux pouces de diamètre. Ce tube, la seule partie connue de cette espèce est blanc, un peu transparent , très épais et très pesant. Il est conique, cylindrique, augmentant de diamètre très insensiblement ; toute sa surface extérieure est couverte de rides irrégulières , résultant des accroissemens. Dans certains individus, ce tube est à-peu-près droit, dans d’autres, il est subitement coudé et irrégulièrement contourné à la manière des Tarets ; à l’intérieur, la cavité du tube est plus fisse , cependant on retrouve de ce côté des traces de l’irrégularité des accroissemens qui se traduisent en grosses rides transverses carénées^, occupant ordi-

mVXlànE FAMILLE.

nairement la moili6 ou les trois quarts de la circonférence. Tous les individus que nous avons vus jusqu’à présent do cotte Cloisonnaire avaient le tube aminci et ouvert à l’exlréinilc antérieure qui est aussi lapins largo 5 l’extrémité postérieure pi-ésente, comme dans la plupart des vieux Tarets, une cloison longitudinale qui partage en deux tubes presque égaux , celte portion do la cavité intérieure. Ces deux tubes, ainsi réunis, occupent quelquefois une longueur de huit à dix pouces. A celte partie, ainsi divisée, s’adapteraient, d’api'ès Rurnpbius , deux tubes calcaires qui vont en divei’geant, qui semblent subarliculés, étant formés de pièces surajoutées et qui s’abouchent, en s’y sondant, à l’extrémité des tubes intérieurs dont nous avons précédemment pai'lé. Si l’on casse un tube de la Cloisonnaire des sables, la cassure n’est point esquilleuse comme celle des Tarets ordinaires et celle des autres tubes testacés; elle se fait assez nettement en travers, et l’on aperçoit, avec surprise, que la matière calcaire est cristallisée en aiguilles rayonnantes.

Cloisonnaire de la Méditerranée. Septaria MetUterranea, Math. pL a. f.9. 10.

s, vaginâ teretlçyündraceâ ivregiilarîter contortâ^ postice Indiiobus tubuUs termînatâ; testé subgiobiilosd , teredinîformi^ utrînque hiaritej tenue et arcuatlm siriatât întus ossiculis cardlnaUbiis prœdltâ,

Cloisonnaire delà Méditerranée Malhéron. Mém, sur la Cloisonnaire, Ann, des SC. et deVindust, du midi de la France, 1. 1, p. 77, et t. a p. Sia. planche i.

Habite la Mcdîlerrance. Fossile dans les terrains récens des environs de Marseille,

Il est évident, d’après les observations de M. Mathéron, que la coquille qu’il a décrite sous le nom de Cloisonnaire de la Méditerranée^ a tous les caractères des Tarets. En serait-il exactement de même pour l’espèce précédente? c’est une question qui restera indécise jusqu’au moment où sera connu l’animal du Septaria arenaria. Quant à celui de la Cloisonnaire de la Méditerranée, il ne diffère en rien de celui des Tarots, si ce n’est qu’il a l’iiabiliule de vivre enfoncé dans le sable. Cette espèce est toujours beaucoup plus petite que celle de l’Inde; son tube est allongé, cylindracé, conique, d’un blanc roussâtre, très rarement droit, presque toujours irrégulièrement contourné et boursouflé, ce qui le fait

IBS PHOLADAIRBS.

rcssembier au gros intestin des mammifères. Son extrémité postérieure se divise en deux tubes étroits , soutenus , dans l’intérieur du tube commun , par une série do cloisons résultant des accroisseinens. Ces tubes ne sc prolongent pas en dehors par des tuyaux subarticulés , comme dans l’espèce précédente. Dans ce tube, ordinairement fermé à spn extrémité antérieure, on trouve une coquille bivalve très courte, assez mince et fragile, tout-àfait semblable à celle des Tarets. Les deux valves s’appliquent l’une contre l’autre sans être articulées en charnière; elles sont très largement bâillantes des deux côtés , et l’on trouve dans leur intérieur, insérés dans la cavité du crochet, des appendices recourbés en forme de cuilleron. Entre cette coquille, l’animal porte, à son extrémité postérieure , une paire de palettes triangulaires , aplaties, lout-à-fail semblables à celles du Teredo na9alis. D’après les fragmens que nous possédons de celte espèce, les grands individus ont pu avoir jusqu’à i pied ou i5 pouces de long, et 6 à 8 lignes de diamètre à l’extrémité antérieure.

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