GENRE SIXIÈME
TXBXBINE. Têredùia. (Lanik.)
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES- — Animal jnconnu.
Coquille globuleuse , équivalve , rc%ulière, a crochets saillans couverts par une pièce dorsale ( écusson ) , ovalaire , médiane; point de ligament; des cuillerons épais dans les crochets. Cette coquille extérieure fixée à l’extrémité d’un tube conique , ouvert postérieurement.
OBSERVATIONS. — Lauiarck avait d’abord compris le genre qui va nous occuper parmi les Fistulanes, lorsqu’en 1806, il commença à publier ses mémoires sur les Fossiles des environs de Paris. Ce ne fut qu’en 1818, dans le tome v de ses Animaux sans vertèbres, qu’il pensa à créer, pour le Fistulana personata, un genre particulier auquel il donna le nom de Teredine. Il l’introduisit naturellement dans sa famille des Tubicolés, ou il est dans des rapports naturels, entre les Cloisonnaircs et les Tarets. Depuis cette époque, ce genre a été généralement adopté, et il a en effet des caractères assez importans pour être conservé dans une bonne méthode. Les premiers auteurs qui se sont occupés de ce genre, et M. Férussac d’abord, l’ont maintenu dans la famille des Tubicolés; M. de Blainvillo, dans son Traité de Malacologie, est le premier qui l’en ait tiré pour le joindre aux Pholades et aux Tarets, dans sa famille des Adesmacés. Bientôt après, dans le Dictionnaire classique , nous avons fait voir que ce genre avait d’abord plus de rapports avec les Tarets qu’avec les Gastrochènes, et dès-lors , nous l’avons rangé dans la famille à laquelle nous avons conservé le nom de Pholadaire. Convaincu des rapports de cette coquille avec les Tarets, M. Sowerby , dans le Minerai conchology^ proposa de réunir le Fistuîana personata aux Tarets proprement dits, et nous pensons que cet auteur a changé d’opinion , puisque nous trouvons le genre Teredine dans le Généra oj skeîîs qu'il publie.
La coquille des Teredines est certainement une des plus singulières que Ton puisse imaginer. Elle est, comme les Tarets, formée de deux parties ; un tube calcaire à l’extrémité antérieure duquel
DKUXli^ir F.4;«ÏU:E.
est soudée et inlimement unie, clans une position tout-à-fait immobile , une coquille bivalve, régulière et symétrique , semblable à celle des Tarels, mais portant sur les crochets un écusson assez large, seinblable à celui de certaines Pliolades. Ainsi, la Teredine offre cette combinaison remarquable des caractères propres aux Tarets et aux Pholades. Lorsque Ton examine attentivement une Teredine d’un certain volume , on est surpris do lui trouver une épaisseur aussi considérable, et de voir que la cavité que l’animal a dû habiter en dernier lieu , était devenue très petite et fort irrégulière. Dans ces individus, nous avions remarqué que le tôt est formé de couches concentriques, k stries rayonnantes, comme si elles eussent été le résultat d’une cristallisation. Ces observations nous avaient Fait poser la question suivante : les Teredines étaientelles, pendant la vie de l’animal, dans l’état où nous les voyons, et les valves avaient-elles l’immobilité qu’elles ont actuellement. Nous nous adi'essions cette question , pensant que des infiltrations calcaires, faites pendant la fossilisation, avaient pénétré dans le tube, sous forme de couches concentriques, et que c’étaient ces couches qui avaient rendu la coquille immobile à l’extrémité du tube. Mais il restait une explication fort embarrassante, relativement à la présence constante, dans tous les individus, de ces couches d’infiltration; et bientôt nous eûmes occasion de faire des observations qui nous éclairèrent entièrement au sujet du genre Teredine. Déjà plusieurs fois, on avait représenté des individus de Teredines, terminés postérieurement par une portion de tube d’un calcaire noirâtre et subcorné; nous pensions d’abord que quelque marchand, industrieux à se créer des objets rares pour son commerce, avait eu l’art de joindre deux corps qui n’avaient d’autres rapports que ceux que l’industrie mettait momentanément entre eux; mais, après avoir visité Courlagnon , et examiné, avec toute l’attention qu’elle mérite, l’intéressante et précieuse collection de M. Arnoud de Châlons, nous avons reconnu que cette extrémité noirâtre et subcornée était bien celle des individus entiers de la Teredine; nous avons reconnu aussi, dans des individus mutilés, comment les couches de la portion blanche , de la Teredine, viennent s’intercaler entre celles de la portion subcornée. Enfin , après l’étude de divers fragmens du tube de la Cloisonnaîre formé , comme nous l’avons dit, d’un tôt à stries rayonnantes, très épais et souvent très irrégulier, nous avons été convaincu que le tube de la Teredine n’avait subi d’autre altération que celle résultant de
LES PaOT.AnATEF-S.
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Ja fossîlisaûon. A cos observations, nous en ajouterons encore une qui n’est point sans inlérôl : nous avons observé, dans la collection de M. Arnoud, une valve de Teredine très jeune, et cette valve est libre , isolée et sans aucune connexion , avec un tube quelconque; mais, ce qui nous a surtout surpris, c’crt que celle valve, pour sa forme et ses caraci(:res, a la plus grande ressemblance avec celle du Xilophaga dorsalis de M. Sowerbj. La coquille bivalve, fixée à rextrémité du tube , a , comme on le voit, une certaine ressemblance avec celles des-PhoIades et des Tarels. On voit, par les stries fines et subgranuleases de la surface , que , pendant une époque de la vie de l’aniiual, celle coquille était très baillante anté-rieurement, mais que, plus tard, cet espace a été rempli par l’animal, comme cela a lieu aussi dans un asstz grand nombre de Plioîades. Les valves ont des crochets prolubérans, opposés, subcordiformes; elles ont une petite duplicaiure postérieuic sur laquelle vient s’insérer une pièce subquadrangulaire, plus ou moins régulière , et qui n’est autre chose que fécusson postérieur des Pholades, La coquille était aussi très bâillante postérieurement, mais tous les intervalles ont été remplis, et ses contours soudés sur l’extrémité antérieure du tube. Dans cette mémo coquille, nous avons trouve un bord cardinal arrondi et semblable à celui des Pholades ; nous y avons également vu, partant de rintérieur du crochet, un petit ciiilleron étroit et recourbé, semblable à celui des Tarels et des Pholades. Lorsque l’on casse une Teredine vers la coquille, on voit, malgré répaississement considérable de toutes Jes parties, les deux petits cuillcrons recourbés l’un vers l’autre, mais souvent épaissis et mamelonnés par plusieurs couches calcaires qui la revêtent. Le tube des Teredines est en proportion plus gros et beaucoup plus court que celui des Tarels, Lorsqu’il est entier, son extrémité postérieure est terminée, comme nous le disions, par une portion d’un brun corné. Cette portion est ouverte par un trou arrondi qui est presque toujours simple, mais qui, chez certains individus, offre une disposition toute particulière. On y voit en effet six crêtes longitudinales, saillantes, très aigues, espacées avec une extrême régularité, et divisant le contour en six arceaux réguliers, sous-divisés ensuite par une petite crête médiane qui règne dans le fond de chacun d’eux. Cette disposition ne ressemble en rien à ce qui est déjà connu des genres des deux familles qui comprenueut les mollusques Tubicoles.
Les Teredines ne sont connues qu’à i’élat fossile. On en a observé
66 DErSIKME FAMUXE.
une dans les terrains de craie inférieure de Saint-Paul-Trois-C bâteaux J il y en a une autre, plus généralement répandue dans ]es collections, qui est propre aux terrains tertiaires do Paris. Celte dernière avait l’habitude de s’enfoncer dans le bois à la manière des Tarots : aussi, c’est dans les terrains à lignites des environs d’Epernay et de la montagne de Reims qu’on la rencontre le plus habituellement. Nous avons eu dans les mains des morceaux de bois fossiles pétris de Teredines tellement pressées les unes contre les autres, qu’il ne restait plus entre elles le moindre intervalle , et néanmoins , on apercevait sur elles des restes évidens de la trame fibreuse du bois qu’elles avaient perforé.
Nombre des espèces :
2 fossiles.
1 de la craie inférieure de Saint-Paul-Trois-Cliâteaux, département de la Drôme.
I du terrain tertiaire de Paris.
ESPÈCES
Teredine masquée. Teredina personata. pl. 2. f. ii. 12. i3,
r. iestâ glohosâ y terccHnem simulante ^ posticè scntatdy undijvè clausâ et insertd in extremitate tuhi teretiuscuU; tuba posticè attenuato exopevto; üperlurâ tuhi subcornedy aliquando simplicij aliqumdo carinis angustis et acutisy regularibas obstructd.
Fistulana perso/iata, Laoik, Aun.dumus. t, 7. p, 429. n® 4* et t. 12^ pl. 43. f. 6. 7.
Teredo ante nautœ. Sow, Min, Concli, pl. 102. f. 3.
Besli. Coq. foss. de Paris, t. i. p. 18. n® i. pl, i, f. 23. 26. 28.
Id, Eucycl. méth. vers. l. 3. p. io3i, n® i.
Lamk. Ao. s. v. t. 5. p. 438. n® i,
Blaiiiv. Malac. pl. 81. f. 5.
Sow. Gen. of sliells. Teredina, i, i à 4*
Desh. Lamk. An s. v, 2® éd. t. 6. p. 34. n* t.
Habite...,, Fossile dans les terrains tertiaires de Paris, aux environs de Reims et d’Epernay.
Coquille fort singulière et qu’il est à peine nécessaire que nous décrivions , puisque c’est elle qui nous a servi à la description du genre. Elle est la seule, jusqu’à présent, que l’on cite avec certitude dans les lenains tertiaires; car, nous avons de très fortes rai-
LES FHOLADAIRES.
sons de croire que le Teredina hacillum de Laraarck, emprunté à Brocchi, n*est qu’une Clavagelle découronnée et dont les valves sont restées engagées a l’exlrémilé du tube. Nous avons mentionné ce fait très curieux d’une valve de cette Teredine encore jeune, trouvée tout-à-fait isolée par M. Arnoud qui, habitant Châlons , non loin de la localité où les Teredines sont le plus abondantes, a recueilli une suite considérable de variétés de celte espèce. Une autre personne de Châlons, M. Drouay, connu déjà par un grand nombre de communications géologiques intéressantes, a recueilli la plus grande Teredine que nous ayons vue; elle a 127 millimètres de longueur, c’est-à-dire 4 pouces 8 lignes, et 27 millimètres de diamètre au sommet.