GENRE SEPTIÈME
PHOXiABE. Pholas (Linné).
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal conîque , subcylindracé , à corps épais, les lobes du manteau réunis, si ce n’est antérieurement, pour le passage d’un pied court, large et tronqué; un petit lobe palléal dorsal ; les deux siphons réunis dans toutê leur longueur, palpes labiales allongées, étroites et pointues , branchies très inégales.
Coquille obronde, ovale ou allongée, mince, équl valve, très inéquilalérale, très bâillante, des callosités sur les crochets et couvertes par une ou plusieurs pièces testacées dorsales. Un cuilleron dans les crochets , point de ligament , remplacé par des expansions du manteau.
SYNONYMIE GÉNÉRIQUE. — Pholas? titkenœus? Coucha longa} Rondelet. — Donax swe dacty'lus mas; Belon. — Pholas; Lister. — Balanus et Üaetylus; Bonanni. — Baille; Réauinur. — Pholas; Linné et tous, les auteurs modernes.
Le mot générique de Pholade, appliqué par Lister et par Linné à un genre parli-^-ulier de Mollusques bivalves, a une origine beaucoup plus ancienne. En effet, les Grecs avaient un adjectif cooXaç qui signifie qui se cache , qui habite dans les trous ou les cavernes ,
DEIÎXIKME PAMILLK.
et un substantif, pour désigner une caverne, un trou, un antre. Aussi, chez les anciens, le nom de 9o>.a; était appliqué indistinctement a tous les animaux qui se cachent dans les trous ou les cavci’ues; mais aucun coquillage u’est mentionné particulièrement par eux sous cette dénomination. Alhenæus nous paraît être le seul qui, en parlant d’une coquille qui perce les pierres, et d’un goût agréable, l’ait indiquée sous le nom de Pholas ; mais il est bien à croire que cette coquille d’Alhénée n’est aiilre que la Modioh Uthopiwgc des auteurs modernes. Les premiers auteurs qui écrivirent sur l’histoire naturelle au renouvellement des lettres, employèrent le mot Pholas, mais ne furent pas toujours d’accord sur son application. C’est ainsi que Rondelet , dans son Traité des poissons , appelle Pholas les Modioles lilhophages, et Coucha longa les véritables Pholades. Aldrovande, dans son Traité des animaux à sang blanc, adopte sans changement l’opinion de Rondelet, tandis que Bélon , sans que nous puissions en deviner Je motif, donne le nom de Pholas Tiwx Patelles, et préfère le mot de Donax ^we Daclflus mas pour les Pholades proprement dites. Gesner revient à l’opinion de Rondelet qui, à celte époque, paraît l’emporter sur celle des autres naturalistes. Cette nomenclature de Rondelet et do Gesner subsista jusqu'au moment où Lister, par les travaux considérables de conchyliologie qu’il publia, imprima à cette science une nouvelle direction et la rendit plus facile et plus rationnelle, par la manièi'e dont il la présenta. Lister fut le premier qui imposa aux coquilles qui nous occupent le nom qu’elles portent encore aujourd’hui. Il les distingua et en forma un groupe très naturel dans l’ouvrage qu’il publia sous le titre de Synopsis conchyllorunij en 1681. Peu de temps après Bonanni, dans ses deux ouvrages sur la conchyliologie, proposa le nom de Balanus pour les Pholades, et il croit que celui de Dactylus leur conviendrait également. Bonanni, qui aimait à se livrer à l’observation, avait déjà fait des remarques intéressantes sur l’habitude qu’ont la plupart des Pholades, de s’enfoncer , soit dans la pierre, soit dans les argiles durcies, et d’y être enfermées sans en pouvoir sortir. Réaumur, dont les immenses travaux l’ont rendu l’un des meilleurs observateurs des temps modernes, s’appliqua, pendant quelque temps, à l’élude des mœurs des Pholades, et publia en 1712 , sur ce sujet intéressant, un mémoire que l’on trouve parmi ceux de l’Académie, Dans ce mémoire, Réauniur ne considère les Pholades que dans le but d’expliquer la nature du mouvement au moyen duquel elles
LKS FHOLADA.IRES.
pénètrent, soit dans les couches d’argile, soit dans celles de calcaire. Réaumur se figurait que les Pholades, auxquelles il donne le nom de Daille, ne pouvaient creuser les trous dans lesquels elles se trouvent, que pendant la mollesse de la matière qui, durcie par la suite, ne leur permettait plus de s’échapper de la prison qu’elles s’étaient faite. Il rapporte une expérience qui vient à l’appui de son opinion. Ayant placé une Pholade , extraite de son trou , sur une boue argileuse un peu épaisse, il la vit bientôt s’enfoncer et disparaître; mais il nous semble que ce fait ne prouve pas d’uno manière assez satisfaisante que les Pholades ne peuvent s’enfoncer que dans les matières molles. Si quelques espèces cherchent des matières de peu do consistance pour s’y loger, il y en a d’autres qui criblent de leurs trous les calcaires les plus durs.
Dans son voyage au Sénégal, Adanson consacre un genre Pholade, et il le place dans les conques muUivales, k côté desTaretsi Il rapporte deux espèces dans son genre pholade : à une il donne le nom de Juland, à l’autre celui de Tiigon. Cette dernière espèce n’est point une Pholade; elle avoisine les Myes, et Lamarck en a fait une Analine. Nous aurons occasion d’en parler plus lard.
Il est à présumer que Liuué comprenait les Pholades dans sa section des Concha, dans la première édition du Fauna sitecica. Nous voyons en effet plus lard , dans la quatrième édition du Sfstema natarœ , apparaître le genre Pholas h côté dés Moules et des Solens, dans le môme groupe que les Conques. Ce qui a droit de nous étonner , c’est que , dans la septième édition du Systema turœ J Linné ne mentionna plus le genre Pholas; nous le retrouvons dans la dixième, faisant le commencement des coquilles bivalves. Ce genre resta dans les mêmes rapports, dans le muséum de la princesse Ulricque, tandis que, dans la douzième édition du Systema naturœ ^ il fut compris dans la section des Mnltivalves. Schrœter, Gmeiin, Dill-wyn, et beaucoup d’autres auteurs, adoptèrent, comme nous l’avons vu, cet arrangement de Linné; et c’est à Cuvier , ainsi qu’a Lamarck, comme nous l’avons déjà dit aussi , que l’on est redevable de la réforme de ce groupe peu naturel des Mullivalves de Linné. Olivi lui-même, qui eut occasion de faire sur ces animaux des observations intéressantes, adopta pour eux la classification de Linné. Dans sa Zoologie adriatique, il prétend avoir vu des morceaux de lave, long-temps plongés dans la mer, perforés par des Pholades et d’autres animaux lilhophages. Mais cette observation est aujourd’hui contestée, parce qu’elle éta>
BLÜX1ÈM£ FAMILLE.
bÜrait une exception unique à une règle jusqu’à présent invariable : c’est (pic ïcs Mollusques peiroralcurs ne pénètrent jamais que clans les substances calcaires ou argilo-calcaires. On est aujourd’hui d’autant plus convaincu de l’universalité de ce fait, que l’on sait que ce n’est pas par le frottement de la coquille contre les parois du trou, que ce trou s’agrandit, mais que sa cavité est augmentée au moyen d’une sécrétion de l’animal, sécrétion probablement acide, mais dont la nature n’est pas parfaitement connue.
Jusqu’au moment où Poli publia son grand ouvrage sur les Mollusques des mers de Sicile, on ne connaissait pas d’une manière complète l’organisation des Pholades : leur coquille seule avait été étudiée. Poli donna une excellente anatomie de l’animal , et ce travail est assez parfait, puisque, depuis lors, l’observation n’a presque rien eu à y ajouter. Il est bien à présumer que ce travail de Poli a été d’un grand secours à Cuvier, pour réformer , comme il l'a fait, la classe indigeste des Multivalves et reporter les pholades parmi les Acéphales testacés.
Nous avons vu, en Iraiiaut de la famille des Pholadaires , les changemens peu nombreux qu’a subis le genre Pholade depuis la publication, en 1798, du Tableau élémentaire de Zoologie, par Cuvier. Tous les auteurs sont d’accord sur ce genre, non-seulement pour ce qu’il doit renfermer, mais encore pour la place qu’il doit occuper dans la série.
Les Pholades sont des animaux assez voisins des Tarets par leur organisation. Ces deux genres diffèrent surtout par les proportions dans le développement du manteau. L’animal des Pholades est claviforme, quelquefois siibcyliadracé, et il se termine postérieurement en un long tuyau charnu, subcylindracé, dans lequel sont réunis les deux siphons sous une môme enveloppe. Les lobes du manteau, minces et transparens dans une grande partie de leur étendue, s’épaississent au bord inférieur et antérieur, et se soudent dans presque toute leur longueur, ne laissant qu’une petite ouverture ovalaire à la partie antérieure , pour le passage du pied. Ce manteau se continue postérieurement pour former les deux siphons dont nous avons pavié, et l’on remarque, dans son épaisseur, deux muscles plats et en éventail, destinés à retirer les siphons vers l’intérieur de la coquille. Ces muscles s’attachent sur la surface interne de la coquille, et y laissent des impressions dont nous parlerons plus lard. Si l’on vient à fendre le manteau , de
LES PaOLADAlRliS.
manière à en détacher les lobes en coirpant leur commissure, on aperçoit les parties suivantes en allant d’avant en arrière. Entre la masse abdominale et l’insertion de^ lobes du manteau, sous une espece de capuchon formé par lui , se remarque , dans la ligne médiane, une ouverture transverse ; cest celle de la bouche. Elle est pourvue de deux lèvres minces qui se continuent à droite et à gauche en une paire de palpes labiales allongées , lancéolées et soudées dans une partie de leur longueur sur les parties latérales du corps. La masse abdominale est assez grosse j elle est surmontée, à son extrémité antérieure, d’un pied court, large et tronqué, ayant un peu la forme d’une ventouse de Céphalopode. De chaque côté de la niasse abdominale, se trouve une paire de feuillets branchiaux. Immédiatement au-dessous de la masse abdominale, les branchies du coté droit se soudent a celles du côté gauche, dans une petite portion de leur longueur, se détachent ensuite, pour se continuer dans l’intérieur du siphon branchial. C’est vers l’extrémité postérieure du corps que Ton remarque un muscle très puissant, transvei'se, qui sert a rapprocher les valves de la coquille. Outre ce muscle postérieur, il en existe encore un autre à la partie antérieure j mais ses fibres ^ très courtes, s’insèrent sur quelques points du bord cardinal et y laissent des impressions qu’on aperçoit facilement dans quelques espèces. Outre ces diverses parties , il en existe une autre toul-à-fait propre au genre Pholade, et qui consiste en un appendice plus ou moins grand du manteau, qui, de l’extrémité antérieure, so réfléchit sur le dos, couvre les callosités des crochets et sécrète une pièce postérieure à laquelle on est convenu de donner le nom d’écusson. Si l’on veut pénétrer plus avant dans l’organisation des Pholades, on voit que la cavité buccale aboutît, par un œsophage gros et court, à un estomac en forme d’ampoule entièrement enveloppé par le foie, et dans lequel la bile pénètre par un petit nombre de cryptes biliaires qui en percent les parois. C’est de la paroi supérieure de l’estomac , et au-dessus de sa grande courbure , que l’intestin prend naissance. Cet intestin, cylindrique et grêle, forme plusieurs grandes circonvolutions dans l’épaisseur du foie. Après ces circonvolutions, l’inlesiin se dirige vers la ligne médiane et dorsale; il est embrassé par le ventricule qu’il traverse , passe derrière le muscle adducteur postérieur, et se termine presque immédiatement en un anus flottant entre les branchies. Le foie est assez considérable ; il constitue à lui seul presque toute la masse abdomi-
DEUXIEME K.i?I!LLE.
«ale; J’ovaîro lui est accolé, et ce dernier oi'Qaiie ne prend un grand développement qu’au moment de ia ponte.
Comme dans tous les mollusques de la mémo classe, le cœur est parfailemeiit symétrique ; il est placé sur le dos, dans la ligne médiane, et il est composé d’un ventricule assez large et de deux oreillettes aplaties, triangulaires, qui s’ouvrent dans les feuillets Lrancinaux dont elles semblent la continuation.
Le système nerveux est assez considérable : un ganglion antérieur est placé au-dessus de la bouche, il fournit des rameaux fins et nombreux aux palpes labiales ; il donne aussi des branches viscérales parmi lesquelles une de chaque côté du corps descend vers le muscle adducteur postérieur, et vient coopérer à la formation du ganglion nerveux postérieur. Celui-ci est beaucoup plus considérable, il envoie des branches au cœur, aux branchies, au manteau. Les filets du manteau sc divisent eux-memes : les uns se portent vers la commissure, les autres dans les siphons.
Le système musculaire des Pholades peut être divisé en deux parties bien distinctes : les muscles adducteurs des valves, les muscles propres du pied, et enfin deux muscles particuliers pour le mouvement des diverses parties du manteau. Nous avons parlé des muscles adducteurs. Ceux du pied consistent en deux petits faisceaux, dont une partie s’insère sur les ciiillerons, et l’autre dans la profondeur des crochets. De ce point d’insertion , ces fibres musculaires vont en s’épanouissant sur la surface de la masse abdominale , lui forment une enveloppe solide , entre les fibres de laquelle viennent s’insérer celles du muscle propre du pied. Les fibres qui s’insèrent sur les cuillerons, traversent la masse abdominale, et contribuent à consolider les. divei's organes dont elle est composée. Tout le boi'd antérieur du manteau, toute la masse des siphons, sont formés de muscles à fibres courtes , et qui servent à l’allongement ou à la contraction de ces parties. Les siphons surtout qui , lorsqu’ils sont contractés, sont courts et très épais, sont susceptibles d’un allongement très considérable pendant la vie de l’animal, et c’est alors que les parois s’amincissent, et que les fibres musculaires semblent glisser les unes sur les autres, pour fournir à l’allongement considérable dont ces parties sont susceptibles. Dans la plupart des espèces, la coquille étant brûllanle, diverses parties de l’animal restent à découvert, mais elles sont revêtues d’un épiderme assez solide^ subcorné, coriace, qui s’insère sur la coquille elle-même , et se prolonge sur toutes les parties dénudées de l’ani-
L£S rBOLÀDAlUES.
mal* Il est un certain nombre d’espèces aussi qui présentent un autre phénomène dont il est nécessaire de parler, parce qu’on pourrait commettre des erreurs s’il n’ciait pas suftisarament connu. On observe, dans la plupart de ces espèces, une troncature antérieure à laquelle correspond un bâillement considérable de la coquille. Celte troncature et ce bâillement persistent dans tous les âges; mais il arrive dans d’autres, qu’après avoir été bâillant jusqu’à un certain point d'accroissement, l’animal se modifie et continue la sécrétion de sa coquille en faisant cesser la troncature. Aussi, l’on voit les stries d’accroissement prendre une nouvelle direction et le bâillement de la coquille semble fermé par une pièce de rapport.
Presque toutes les Pholades ont une coquille mince , blanche et diaphane; presque toutes sont allongées, ovalaires, très bombées et subcylindracées. Les valves d’une même coquille ne se louchent quelquefois que par un petit nombre de points de leur circonférence, étant largement bâillantes du côté antérieur et du côté postérieur. Quelques-unes cependant sont parfaitement closes à tous les âges, et leurs valves, plus rapprochées, sont fermées à la manière de celles des autres concbifères. Toutes les Pholades sont équivalves , et presque toutes très inéquilalérales; elles sont presque toujours ornées, à l’extérieur, de côtes rayonnantes, qui sont plus particulièrement placées sur la partie antérieure, la postérieure restant constamment lisse ou presque lisse. Les crochets sont très protubérans; ils sont roulés vers l’intérieur et saillans audessus de la cavité interne des valves. Ces crochets sont garnis, à Textérieur, de singulières callosités que l’on ne rencontre dans aucun autre genre. Ces callosités sont fermées par une lame calcaire qui s’étale en dehors et se trouve soutenue par des petites voûtes qui vont en rayonnant du sommet à la circonférence. Cette lame et les arceaux qui la soutiennent , sont sécrétés par cet appendice supérieur du manteau dont nous avons parlé , et qui se renverse, comme nous l’avons dit aussi, sur le dos de la coquille et couvre ses callosités. Celle portion charnue est garnie , sur son bord libre, de petits appendices quadrangulaires qui s’enfoncent, en forme de crochets, dans l’intérieur des arceaux de la callosité. C’est pour couvrir celle portion du manteau, que se trouvent audessus d’elle et sécrétées par sa surface supérieure , une ou deux pièces symétriques, calcaires j quelquefois subcornées, auxquelles on est convenu de donner le nom d’écusson. Lorsque l’animal çst
DlUXlisJE FAMILLE.
mort, cette pièce se détache facilement du reste de la coquille, et l’on voit que sa surface interne est lisse , tandis que sa surface extérieure présente des stries d’accroissement qui lui sont propres. Outre celte première pièce des Pholades, on en trouve une seconde dans un certain nombre d’espèces. Celle-ci s’étend sur le dos de la coquille , et sert à fermer l’intervalle qui sépare les deux valves dans la ligne dorsale et médiane. Ces pièces reçoivent des modifications assez notables, suivant les espèces ou on les observe. Quelquefois très petit, l’écusson se développe peu-à-peu et finit par embrasser, sous la forme d’une grande calotte, toute la partie supérieure et auléricure des valves. Quelquefois, il se prolonge aussi du coté postérieur, remplace la seconde pièce postérieure dont nous avons parlé, cl finit par s’emboîter sur toute la longueur du dos de la coquille. Dans ces espèces à longs écussons , et même dans quelques-unes dont l’écusson est d’une médiocre étendue, on voit les callosités cardinales se prolonger postérieurement en petits crochets, lesquels s’engagent au-dessous de petites lames relevées au centre de l’écusson, de sorte que, par ce mécanisme, l’écusson reste attaché à la coquille , même après la mort de l’animal. Il est d’autres espèces chez lesquelles l’écusson a une forme très singulière. C’est particulièrement dans le Pholas orientalis et dans le PAoîas clausa que l’on remarque cette disposition. Dans ces espèces, la callosité cardinale , au lieu de s’étaler sur les crochets et de s’y attacher, se relève à son extrémité postérieure , et c’est à celte extrémité que se trouvent deux pièces en petit capuchon, et qui semblent destinées a accrocher les valves rune à l’autre. La partie du bord dorsal , que l’on pourrait nommer bord cardinal , ne ressemble pas à celui que l’on voit dans les autres Mollusques conchiféres. On n’y observe aucune trace de dent cardinale j une surface inégale et calleuse se remarque au point de contact des deux valves qui, comme il n’existe aucune trace de ligament, ne sont mainloDues en contact qu’au moyen des muscles de l’animal, et qui se séparent aussitôt que cet animal en a été retiré. Si l’on examine leur intérieur, on les trouve lisses, polies, et l’on voit à la partie antérieure des callosités , quelques petites impressions qui sont celles du muscle adducteur antérieur. Une autre impression beaucoup plus grande, ovale, arrondie, se montre vers le bord dorsal , à-peu-près au tiers postérieur de la coquille. Celle impression est celle du muscle adducteur postérieur. C’est de l’extrémité inférieure et antérieure de cette impression musculaire que l’on
LES rHOLADAlRES.
voit partir une ligne remontant assez haut dans rintérieur des valves , se recourbant ensuite pour se diriger en arrière et en bas. Cette ligne, à laquelle on est convenu de donner le nom de sinus palléal postérieur, est le résultat de l’insertion du muscle rétracleur des siphons.
L’un des caractères les plus particuliers des coquilles' de la famille des Phoiadaires, consiste en ce que, chez toutes, on trouve dans la cavité des crochets un appendice osseux parlant du sommet du crochet lui-méme, et auquel on donne le nom de cuilleron. Constant dans sa position , ce cuilleron ne l’est pas autant dans sa forme. Dans certaines espèces , il est subcylindracé et presque égal en diamètre à ses deux extrémités. Dans d’autres, l’extrémité libre s'aplatit et s’amincit ; elle s’élargit successivement et prend la forme d’un véritable cuilleron , à la surface duquel on aperçoit des stries d’accroissement. Ce cuilleron s’enfonçe, comme nous l’avons dit, dans l’épaisseur de la masse viscérale de l’animal; il est revêtu d’une duplicalure du manteau qui pénètre avec lui , et nous avons vu qu’il sert à donner attache à des fibres musculaires qui soutiennent les organes digestifs avant de se rendre au pied. Nous avons dit ailleurs, en traitant de la théorie de la charnière, ce que nous pensions de ces appendices des Pholades , et comment nous pouvions les rattacher aux dents cardinales des coquilles qui en sont pourvues , par une succession de modifications. Enfin , pour terminer ce qui a rapport à la coquille des Pholades, nous devons ajouter qu’il existe, dans quelques espèces, des pièces de rapport soudées à l’extrémité postérieure des valves et qui sont tantôt onguiformes, comme dans le Pkolas clausa, tantôt infundibuliformes, comme dans le Phoîas papyracea. En apercevant ces modifications si notables des pièces des Pholades, nous concevons comment toutes, exagérées, soudées çnlre elles, elles ont enfin pris la forme du tube du Taret , et sont ainsi , d’accessoires qu’elles étaient , devenues la partie principale de l’enveloppe générale de l’animal. Ceci n’est point seulement une théorie destinée à rendre compte de la présence du tube des Tarets. On voit te tube se former par degrés, C'est ainsi, par exemple, qu’en prolongeant les appendices postérieurs du Phoîas papyracea ^ on a le tube des Teredines, et qu’il suffit ensuite d’ajouter aux Teredines , l’énorme écusson de quelques espèces de Pholades pour avoir le tube complet desTarets.
Comme nous l’avons dit, les Pholades sont perforantes et s'établissent tantôt dans les argiles durcies, tantôt dans les calcaires
plus OU moins durs. Quelques espèces, comme certains Gastrochênes, se font, en vieillissant, un commencement de tube qui revêt la partie postérieure de la cavité qu’elles habitent. Lorsque nous traiterons de la famille des Lilhophages , nous examinerons d’une manière générale, la propriété dont jouissent certains mollusques de perforer les pierres, et nous verrons qu’il n’est plus possible d’admettre l’opinion, jusqu’ici reçue parmi les zoologistes, que ces animaux perforent les corps durs par le frottement longtemps continué de leurs valves. Lorsque l’on recueille des Pholades pendant la nuit , on les voit répandre une lumière phosphorescente assez intense, et si on les mange dans l’obscurité , la bouche paraît en feu. Ces animaux ne sont pas les seuls mollusques qui jouissent de cette propriété; nous la ferons remarquer chez d’autres appartenant à différentes familles.
On trouve assez fréquemment, dans les couches de la terre , des traces évidentes de la présence des Pholades qui ont habité les anciennes mers au fond desquelles ces couches ont été déposées. Les géologues ont attaché une assez grande importance à ces traces de coquilles perforantes , parce qu’elles indiquent un séjour assez prolongé de la mer dans les mêmes lieux. Lorsque , à la fin de cet ouvrage, nous traiterons d’une manière spéciale de l’application de la conchyliologie à la géologie, nous tâcherons d’apprécier la valeur de ces témoignages, et nous examinerons aussi ce qu’ils apportent dans la question des soulèvemens.
Nombre des espèces :
24 vivantes.
i4 fossiles.
Jusqu’à présent , on n’a observé de véritables Pholades que dans les terrains tertiaires.
Parmi les espèces, nous citerons particulièrement celles qui ont leurs analogues vivans ou fossiles.
Phoias candidat vivante dans les mers d’Europe; fossile dans le crag d’Angleterre, dans les faluns de la Touraine et dans les terrains tertiaires de la Suède et du Danemark.
Phoias crispata , vivante dans l’océan d’Europe; fossile en Suède et en Nonvège.
Phoias sculata^ fossile aux envii’ons de Paris, dans les faluns de la Touraine , aux environs d’Angers et aux environs de Bordeaux.
DES FBOLADAIRES.
Phoîas candlda i vivante dans les mers d’Europe ; fossile dans les terrains tertiaires récens de la Suède et de la Norwège-
Nous avons cité depuis long-temps le Pholas sculaia^ dans les différentes localités qui sont ici mentionnées. Dans un mémoire sur la géologie de la Touraine, M. Dujardin a décrit, sous le nom de Pholas dimidiata, la coquille que je regarde comme une simple variété plus grande de l’espèce des environs de Paris, Un nouvel examen comparatif ne nous laisse apercevoir que de si faibles différences que, malgré l’autorité d’un savant dont nous aimons à respecter les opinions, nous persistons encore dans notre opinion d’autrefois. Nous n’avons pas cru donner ici la description et la figure de cette espèce , parce qu’elle a été déjà fidèlement représentée par nous dans notre ouvrage sur les fossiles des environs de Paris, et la variété de Touraine , par M. Dujardin, dans le mémoire précité.
ESPÈCES
Pholade crépue. Pholas crispata^ Linné.
P, testa ovaîi, hitte ohtusiore, hîantissimâ ; antlcè crîspato^strîatâ, postîcè  vigatâf sulco îongitudinali unico, suèrHediano cînctâ^ 'valvidis accessoribus destUutâ^
Liûné, Mus. ulric. t. i p. 469. ü® 8.
Phoîas crispata. Lin, Sysl, nat, p, iiii.
Soîen crhpus. Gmel, p. 3228.
List, Syoop. Couch. pl. 436.
List. Hist. anim. pl, 5, f. 38 et append, pi. 2. f. 7,'
Sibalt. Scotîa illuslr. p1« 20. f, i, 2. 3.
Schrot. Einl, iu Conch. f. 3. p, 54t, 6,
Billw. Gat. t. I. p. 40. Tl x i.
Olasfen. Isl. pl. 11. f. 4, 6,
Penn. Zool. brit. 4.pl, 40, f. 12.
Chemn. Goneb. 8. pl. 102. f. 872. 874.
Dacost, Brit. Conch. pl, 16, f. 4« phoîas hïîrons',
Gerville, Cal. des coq, de la Manche, p. lo. n® 3.
Coll, des Cher. Cat. des test, du Fiuist. p. 9. n® i.
Bouchard-Chantereaux, Cat. dcsmoll. du Boulonnais, p, 7. n“ 3,
Schum, Nouy. sysl. de Conch. p, 96.
Encycl, pl. 169. f. 5. 7. Copiée de Chemnilz.
DEVXlilME FAMItLE.
Desh. Lamk. An. s. v. a* éd, l. 6. p, 46. 7.
Wood. General, Conch. p, 18. n° 5. pl. i5. f. 3. 4* *- Wood, Ind. lest, p, 9. Dq 5. pl. 2, f. 5.
Spcngî, Mém. de la soc. d’hisl. nat, de Copenh. t, a, p. 96.
Habile les mers d’Europe, la mer du nord, et se Irouve fossile dans les terrains tertiaires récens de la Suède et du Danemark*
Cette espèce est très remarquable par l’énorme bâillement de ses valves. Ces valves, en effet , ne se touchent que par deux points do leur circonférence, par les crochets et par le milieu du bord inférieur. Prise dans son ensemble , celte coquille est subcylindracée ; considérées séparément, les valves sont ovales, oblongues, subquadrangulaîres , obliquement tronquées en avant; elles sont inéquîlatérales, moins cependant que dans les autres espèces. Leur surface extérieure est divisée en deux parties presque égales, par un sillon assez large qui descend un peu obliquement du crochet et aboutit uu peu au-dessous de la partie moyenne du bord inférieur. Ce sillon se répète, à l’intérieur des valves , en une côte peu saillante qui se termine sur le bord en une espèce de bouton assez épais; c’est là le point du bord inférieur où les valves se touchent. Tout le côté antérieur de la coquille, jusque ùn peu au-dessus du sillon médian , est occupé par des stries obliques et transverses qui suivent la direction de la troncature antérieure, et sur ces stries lamelleuses se relèvent, à des distances égales, des dentelures aiguës qui semblent se succéder sur des lignes longitudinales qui parlent en rayonnant du crochet. Les bords de l’échancrure antérieure des valves sont eux-mémes garnis d’une rangée de ces dentelures. A l’intérieur, les valves sont d’un blanc opaque ; elles sont lisses et l’on y remarque, en avant de la charnière et sur le bord , les impressions musculaires antérieures, et à l’extrémité supérieure, tout près du boi'd postérieur, on voit l’impression musculaire postérieure qui est grande et arrondie. Les cuillerons sont d’un diamètre égal dans toute leur longueur; ils sont aplatis au-dessus, et se terminent, à leur extrémité libre, en une petite dépression oblongue, dépression qui est le résultat de l’insertion du muscle dont nous avons parlé. Le bord cardinal est très épais en devant; le crochet , recourbé sur lui-même, rentre dans l’intérieur des valves , et il est garni au dehors d’une callosité assez épaisse qui s’applique immédiatement sur la surface , sans l’intermédiaire du tissu poreux. Cette callosité est lisse , elle est recouverte par le petit lobe du manteau ; mais celui-ci est recouvert d’un épiderme corné,
LKS PHOtADAIRES.
et il est toujours dépourvu de pièces accessoires que Ton rencontre dans les autres espèces.
Pliolade scabrelle. Pholas candida. Linné, pl. 3. fig. i3. i4.
P, testa ohîongâf anticè non rostratâ; undique costis strlîsque transversis, dentîcuîifens ornaiâ; vafvuUs duahus ; scttio in medio Uneâ depressâ hipariito,
Pholas candida. Lin. Syst. nat. p. un,
List, Syuop. Conch. pl, 436. f. 278.61 435, f, '»7g,
List. Hist. anim. pl. 3.f. Sg.
Encycl. pl. 168. f, ix,
Gualt, Concli. pl, io5, f. E?
Pennant, Zool. brit, pl. Sg. f, 1 1,
Chemn. Concb. 8. pl. lor. f. 861,’
Spengl, Mém. de lasc. d’hist. nat. deCopen.p. 90,
Schrot. Einl. in Concli, t. 3, p, SSg, n° 4*
Dillw, Cat. t. I. p. 36. Hq 4.
Wood, Gener, Concb. p. 79. n° 3, pl, 14. f, 3. 4.
Wood. Xnd. test, p. 8. n° 3. pl, 2, f, 3,
Desh. Encycl. mélh. vers. t. 3. p, 753. no 2.
Desb. Lamk, An. s. v. 2® éJ, t, 6. p. 44» n® 3.
Gcrville, Cal. des coq. du départ, de la Manche, p, 10. n® 2.
Coll, des Cher, cat. des test, mar. du Finisl, p. 9. n® 2. Bouchard-Chantereau. Cat. des moi), du Boulonnais^ p. 7.n® 2.
Eossile. P/jo/tw cylindricus, Sow» Min. Concli. pl, 198. f, i. 2.
Habite l’Océan européen , et se trouve fossile dans les terrains tertiaires de la Suède et de la Norwège, ainsi que dans le crag d^Angleterre.
Coquille ovale, oblongue, transverse, înéquilatérale , obtuse antérieurement et rétrécie à Textrémité postérieure. Le côté antérieur est presque fermé, le postérieur est largement bâillant. Les valves sont très convexes, et lorsqu’elles sont réunies, la coquille est subcylindracée. La surface extérieure est rugueuse, âpre au toucher ; on j remarque des stries transverses , plus ou moins régulières selon les individus, ordinairement assez écartées et relevées en lames courtes et fines. Ces lames deviennent plus saillantes et plus épaisses sur l’extrémité antérieure. Elles sont traversées par des stries longitudinales rayonnantes, parlant des crochets et for-
DEUXIEME FAMILÎ.E.
niant, avec les premières, iin réseau à mailles quadrangulaires. Au point d’intersection de ces deux sortes de stries, il s’élève une petite écaille qui devient une dentelure plus proéminente sur les stries longitudinales du côté antérieur. A l’intérieur, les valves sont lisses; le crochet, recourbé en dedans, est revêtu eu dehors d’une callosité peu épaisse, immédiatement appliquée sur lui, mais qui bientôt se relève pour se joindre avec la partie antérieure du bord cardinal. Cette callosité est recouverte par un écusson ovale, oblong qui semble formé de deux pièces soudées sur la ligne médiane; car cette ligne médiane est sensiblement déprimée. De la partie postérieure de la callosité, on voit sortir de l’intérieur des valves, et se diriger obliquement, une sorte de pli calcaire qui vient faire saillie au-dessus du bord; chaque valve ayant la même saillie, elles s’appuient un peu l’une contre l’autre, comme cela a lieu dans le Soleil 'vagina, par exemple. Le cuilleron qui se trouve dans l’intérieur des valves est très grêle et très étroit. II est cylindracé, et présente , à son sommet , une très petite impression.
L’intérieur des valves est lisse, et c’est avec peine que l’on y distingue les impressions musculaires. L’antérieure est petite, et s’appuie sur l’extrémité du boi'd cardinal ; la postérieure est ovalaire et très rapprochée du bord dorsal. Lorsque les valves sont réunies, on remarque entre elles , du côté du dos , un grand espace vide qui, pendant la vie de l’animal, est rempli par une petite pièce testacée , allongée , étroite , maintenue en place par les feuillets de l’épiderme. Celte espèce, très commune, ne devient jamais bien grande; elle a 5o et 55 millimètres de large , et 20 millimètres de long.
Pholade lîgamentine. Pholas ligamentina. Desh, pl. 3. fig.