GENRE SOIXANTE ET UNIÈME
GAIiÉOMME. Galeomma J Turlon.
^ ‘ Pl. II. fig. i3 à 17.
CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal ovale , transvefsè, tronqué dans toute la longueur de son bord inférieur, enveloppé d'un manteau très large et débordant la coquille dans toute la circonférence. Trois ouvertures palléales : la première très grande, antérieure et inférieure; deux postérieures, inégales, à peine exertiies , et remplaçant les siphons. Bouche petite, garnie de lèvres larges et membraneuses , Terminées par une paire de palpes étroites, oblongùes, subtrigones. Branchies très grandes , presque égales , soudées en arrière de la nmsse abdominale et prolongées dans la cavité du manteau. Pied cylindraeé, subvermiforme, fendu en sou bord inférieur et portant quelques fils de bÿssUs dans un crypte situé à sa base.
LES GALEüMMinES.
Coquille ovale , transverse , équivalve , subéquilatérale, largement bâillante dans toute la longuéur de son bord inférieur. Crochets petits , â peine saillants. Charnière simple , à bord calleux, présentant au-dessous des crochets une petite fossette triangulaire pour un ligament interne. Deux impressions musculaires petites, inégales : Tantérieure subcircuîaire , la postérieure ovalaire; l’impression palléale simple.
sTOONYMiE GÉNÉRIQUE . — PsammoMa^ Lamarck , Quoy et Gaimard. — Hiatella , Costa, Delle Chiaje. — Parthenojoe , Scacchi.
OBSERVATIONS. Lamarck a connu une des espèces du genre Galeomrna, mais il l’a confondue parmi celles de son genre Psammobie. M.Turton, en 1820, proposa le genre dans le 2* volume du Zoi)hgicat Journal; bientôt après M . Flemming f adopta dans son Histoire des animaux de la Grande-Bretagne , le renferma dans la famille des Myes. Comme nous le disions tout à l'heure, noos avons proposé de rapprocher ce genre des Glycimères , supposant que le bâillement de la coquille était destiné à donner passage à de gros siphons réunis.
Les observations zoologiques de M. Scacchi sont de 1833; le savant italien ne connaissait pas encore, à ce qu'il paraît-, â celte époque, le travail de Turton. En découvrant le Galeomma dans la mer de Naples , il crut avoir dans la main un genre nouveau ; il le décrivit sous le nom de Parlhenope. Le savant observateur rechercha , d'après les caractères de l’animal , la place qu’il d,oil occuper, et il conclut à rétablissement d’une famille nouvelle intermédiaire entre les Conebifères , Crassipèdes et Ténuipèdos de Lamarck; elle se trouverait, par conséquent, intercalée entre les Myaircs et les Mactracées.
M. Philippi observa également l'animal du Galeomma dans la mer de Naples; ne trouvant pas qu'il fût suffisamment connu par la courte description de M. Scacchi, il publia, à son sujet, des renseignements plus étendus accompagnés d’une bonne figure dans les Archives de Wiegman. Ces documents , très importants dans l’bistoire du genre , furent, presque immédiatement traduits dans les Anmles des sciences naturelles de Londres.
Lorsqu'on 1835, à l’occasion du Psammobia auranlia de Lamarck , nous introduisîmes le genre Galeomma dans les additions à la seconde édition de l’ouvrage du célèbre naturaliste, nous n’avons pas osé rap •
DIX-NEUVIEME EAMILLE.
porter à ce genre la Psammobie vitrée de M. Qaoy.; nous ne connaissions pas alors les observations de M. Scacchi : et quand nous les aurions connues , il nous aurait été difficile , en l'absence de figures , de les rapporter au genre deTurton; nous avons donc pu nous livrer aux conjectures que les caractères delà coquille nous ont suggérées, et c*est ainsi que nous avons été conduit à proposer le rapprochement des Galéommes et des Glycimères, rapprochement que n’onl point justifié les observalions subséquentes.
Sous le nom do Psammohia vitrea , M. Quoy a décrit et figuré dans \q Voyage de l’Astrolabe, un petit Mollusque qui, sans aucun doute , doit appartenir au genre Galeomma. La description du savant naturaliste laisse quelques doutes à ce sujet, mais la figure représentant l’animal ne permet pas de le placer ailleurs. Malheureusement la description et la figure sont insuffisantes sous plusieurs rapports, car elles laissent ignorer, d’un côté, si la coquille est ouverte dans son bord inférieur, et d'un autre si l'animal a exactement tous les caractères intérieurs de celui des mers de l’Europe. Néanmoins le peu que M. Quoy nous a appris sur cet intéressant animal était plus que suffisant pour le faire sortir des Psammobies , et faire abandonner pour toujours l'opinion de Lamarck.
M. Swainson, dans son petit Traité de' malacologie , n'adopta aucune des opinions publiées avant lui; il proposa d’introduire le genre qui nous occupe dans la famille des Saxicaves. Il existe, en effet, dans les Saxicaves des espèces dont la coquille est très bâillante; mais ces coquilles sont couvertes d'un épiderme épais, tandis que les Galeomma en sont à peu près dépourvus. Iæs Saxicaves sont irrégulières , les Galeomma ont une coquille beaucoup p!us symétrique. Aussi M. Reeve préféra revenir à l’opinion de Lamarck , et il rangea le genre Galéomme dans la famille des Nymphacées. Cependant si l’on compare les caractères des coquilles de cette famille à ceux du nouveau genre , on y remarque des différences très profondes. Dans les Nymphacées , le ligament est extérieur; la charnière est articulée ; les impressions musculaires sont en proportion plus grandes, et l’impression palléale offre toujours une profonde sinuosité postérieure. Ainsi les caractères distinctifs des Nymphacées ne se retrouvent point du tout dans le genre Galeomma. M. Reeve n’a donc pas lui-même trouvé la place que ce genre doit occuper dans l’ordre naturel.
Dans son Manuel do conchyliologie, M. Sowerby le jeune eût encore, au sujet du Galeomma , une opinion différente de celle que nous venons de rapporter ; il rapproche ce genre des Pholades , et le comprend dans
LES GÂLEOMMfDES.
la famille des Pholadaires. M. Philippi n’était guère mieux inspiré , lorsque, dans le second volume des Mollusques de la Sicile , il proposa de rapprocher les Galéommes des Corbules , et de les introduire dans la famille des Corbulées. Enfin, nous rappellerons encore l’opinion de M. Gray qui, en établissant la famille des Galéommides , la met dans l’ordre général entre celle des Solémyes et celle des Érycines. Nous ne comprenons pas facilement les motifs d’après lesquels M. Gray s’est gui^é dans cette nouvelle classification. M. Gray connaissait sans doute, non seulement le travail de M. Miltre, mais il ne pouvait ignorer les recherches de M. Scacchi et celles de M. Philippi; en 1847, l’animal décrit et figuré par M. Quoy trouvait alors sa place ; par conséquent , savant anglais se trouvait en étal de juger de la valeur des caractères zoologiques du genre et d'apprécier ses rapports d’après son organisation. En présence des faits que la science possède, nous ne pouvons nous expliquer le rapprochement proposé par le savant anglais des Solémyes et des Galeomma. Co dernier genres plus de rapport avec ceux de la famille des Érycines ; néanmoins il s’en éloigne, et il mérite de former un embranchement particulier sur la lige principale de la classification. Nous regrettons sincèrement qu'un savant aussi éminent que M. Gray se soit contenté de l’exposition toute sèche d’une méthode , sans déduire les raisons , probablement très judicieuses , à l’aide desquelles il a formé son opinion au sujet d'un grand nombre de genres et de familles. Lorsque Ton propose des changements considérables dans une méthode, on court le risque de n’être pas compris, si l’on ne prend pas le soin d’exposer les principaux faits sur lesquels ces changements reposent.
Nous rappellerons, en passant, qu’un savant italien, M. Costa, trompé sur les caractères du genre Hyatetle de Lamarck, crut le retrouver dans l’espèce de .Galeomma de la Méditerranée. Ce naturaliste paraît avoir ignoré le travail de M. Turton , publié en 18 25; car, s’il l’eût connu , il aurait évité cette méprise.
L’animal des Galeomma est un des plus singuliers Mollusques que nous connaissions ; il est ovale-transverse; il est enveloppé d’un très grand manteau , mais cet organe peut se diviser en plusieurs portions distinctes. L’une revêt l'intérieur de la coquille; elle est d’un blanc subnacré ; elle se termine sur le bord du test par un petit bourrelet peu saillant garni d’un trè.s grand nombre de fines papilles on plutôt de dentelures comparables à celles qui terminent le bord de la coquille elle-même. L’autre portion du manteau continue la première; elle forme une large zone plissée, toujours saillante en dehors de la coquille, Vers
DlX-iNKÜVlEME lAMlLLK.
le bord inférieur et interne de cette zone , se montre une série d’organes oculiformes, que M. Mitlre compare judicieusement à ceux du nianleau des Peignes. Enfin, le manteau se continue encore en une portion membraneuse qui , semblable à un voile, ésl déployée au-devant de l'ouverture inférieure, et sert à clore fa grande cavité palléaîo. Dans l’espèce figurée par M. Quoy, ces diverses parties du manteau no sont pas aussi distinctes, parce que toute la surface de cet organe qui est en dehors de la coquille est couverte d'un grand nombre do petites papilles irrégulièrement disséminées. Les deux lobes du manteau sont réunis en arrière, et ils sont percés de deux ouvertures peu saillantes', dont l’une, qui est aussi Pa plus grande, remplace le siphon branchial ; l’autre, un peu plus proéminente , lient lieu du siphon-anal. Nous devons faire observer que la commissure de la première ouverture n'a point de solidité : elle s'ouvre spontanément a la mort de l'animal , et celte ouverture se confond alors avec celle qui donne passage au pied. Nous devons même ajouter que dans plusieurs des individus que nous avons observés vivants,, l’ouverture branchiale n'existait pas, l’animal la formant avec son manteau, sans que les lobes en soient réunis.
Le pied des Galéommes ressemble beaucoup à celui des Congéries, et surtout à celui des Érycines : il est allongé, ver’miculaire , subcylindracé; sou bord inférieur est fendu peu profondément, ei cette fente aboutit à un crypte peu profond , dans lequel s’attache un petit nombre de fils soyeux et très fins d’un byssus peu volumineux. En arrière , ce pied se prolonge quelquefois en une sorte dé talon comparable à celui des Érycines. L'organe locomoteur que nous venons de décrire est attaché au sommet d'une masse abdominale assez épaisse , dans laquelle l’ovaire prend une place considérable.
La boucheest petite, trarisversc ; elle est cachée par de larges lèvres fort courtes qui se changent très vite en une paire de palpes labiales inégales, ovales, subtrigones.
Les branchies sont très grandes; elles ont de l’analogie avec celles deè Gastrocliènes : elles sont coftiposées de chaque côté de deux feuillets presque égaux, minces, très finement striés. Les feuillets internes sont un peu plus longs et un peu plus larges que les externes; ils se rétrécissent subilemenl en avant, et se prolongent en une pointe aiguë qui s’interpose entre les palpes labiales. Les feuillets externes naissent audessous des palpes labiales, ils sont un peu plus étroits que leurs congénères. Les quatre feuillets branchiaux se réunissent en arrière de la masse abdominale et se prolongent dans la cavité palléale beaucoup plus que celles des Vénus, des Lucines et des Érycines. A celte extrémité pos-
LEb GALKOMMlüES.
térieure, ces organes restent plus larges qu’à l’ordinaire, ce qui augmente considérablement la surface au moyen de laquelle ils agissent sur le liquide ambiant.
Les muscles adducteurs des valves sont d’un médiocre volume ;
l’antérieur surtout est fort petit ; le postérieur est plus gros : tous deux
sont cylindracés; le postérieur est un peu plus aplati , ce qui lui donne
une forme un peu plus ovalaire. Le pied a deux muscles qui lui sont
propres: l'un, antérieur, extrêmement grêle, produit en avant, au-
dessous du bord cardinal, deux très petites impressions. Le muscle postérieur est beaucoup plus gros; il est bifurqué à son extrémité, et l’on trouve en dessous du bord cardma! deux impressions musculaires qu’il a laissées sur le lest.
La coquille estoblongue, trans^^erse ; elle est mince , demi-transparente et fragile. Cette coquille est équivalve , équilatérale ; et ce qui la rend !e plus remarquable, c’est qu’elle est ouverte dans toute la longueur de son bord inférieur, comme si elle avait été coupée artificiellement. Que l’on prenne, en effet, une coquille close, du genre Vénus, par exemple , et qu’on l’use par son bord inférieur du tiers de sa hauteur environ , on obtiendra une ouverture arlicificielle comparable à celle des Galéommes. La surface extérieure est dépourvue d'épiderme, si ce n'est le long du bord dorsal où il passe d'une valve à l'autre, simulant ainsi un double ligament : les bords de Ta coquille sont clos en avant et en arrière; ces bords sont minces, simples, dans quelques espèces, très finement dentelés dans d'autres. Ce sont les espèces finement striées à l’extérieur qui portent des dentelures sur les bords. La surface interne est blanche, non nacrée : elle présente deux impressions musculaires assez éloignées des bords et comprises toutes deux dans la région dorsale. La forme et la grandeur de ces impressions est en rapport avec celle des muscles qui les produisent. Une impression palléale, peu apparente; toujours simple, s'étend d’une impression musculaire à l’autre. La charnière est peu épaisse, elle est simple; elle présente un simple bourrelet décurrent dans lequel se découpent quelquefois des inégalités comparables à des dents cardinales ; mais ces inégalités ne sont point articulées : au-dessous des crochets, est creusée une petite fossette triangulaire, peu profonde, dans laquelle s'attache un petit ligament interne, dont le bord supérieur s aperçoit au dehors entre les crochets des valves, lorsqu'elles sont réunies.
L’animal des Gakomma a une manière de vivre qui s’éloigne de celle de la plupart des Mollusques acéphalés. Les individus que nous avons trouvés étaient attachés aux liges des fucus marins auxquels ils se sus-
pensent au moyen de leur byssus; mais ces animaux, ainsi que ceux des Peignes , peuvent rompre spontanément les fils de leur byssus , et alors ils so mettent à marcher à peu près de la même manière que les Gastéropodes. Lorsqu’ils marchent , les valves de la coquille sont largement ouvertes et étalées comme un bouclier sur le dos de l’animal. La preqiière zone du manteau est elle-même étalée en dehors du pourtour de la coquille, tandis que le voile palléal est reployé en dessous et ne laisse plus en avant qu’une ouverture médiocre par laquelle passe l'organe locomoteur. Cet organe se porte en avant ; il s'aplatit en arrière, et se change ainsi en une sorte de disque comparable à celui qui existe au-dessous du pied des Mollusques gastéropodes. C'est à l’aide de cette disposition que le Galeomma peut ramper avec facilité sur les tiges cylindriques des plantes marines et sur d’autres corps solides , môme des plus lisses , tels que le verre et la porcelaine. Lorsque l’animal trouve dans sa marche un endroit favorable où il veut s’arrêter, il s’y attache au moyen de deux ou trois fils de byssus; mais s’il veut se déplacer, il rompt avec la plus grande facilité les fils par lesquels il était suspendu. Par ses mœurs, le Galeomma s’éloigne considérablement de presque tous les Mollusques des familles précédentes. If ne s'enfonce point dans la vase ou dans le sable; c’est un animal qui marche et se déplace comme les Érycines , mais il ne nage pas en voltigeant comme les Limes et les Peignes ; il aime les eaux peu profondes, et il s’expose volontier^ux rayons du soleil. Ces animaux s’épanouissent, pour ainsi dire, sur les plantes marines exposées à la plus vive lumière. Il est à remarquer que presque tous les autres Mollusques se cachent pendant le jour et choisissent le crépuscule ou la nuit pour sortir de leur retraite.
Un fait que nous ne devons pas passer sous silence a été signalé par M. Mittre. En ouvrant les ovaires, ce naturaliste les a trouvés remplis d’œufs très volumineux, dans lesquels l’embryon était déjà très développé, muni d’un rudiment testacé, et par conséquent prêt à éclore. Il est donc certain que chez ces animaux, les œufs, au sortir de la mère, ne subissent pas l'incubation branchiale, et probablement éclosent très peu de temps après avoir été pondus.
Nous venons d'exposer les faits qui sont indispensables pour juger la question relative à la classification définitive du genre Galeomma dans une méthode naturelle. L'animal constitue à lui seul un type particulier. En effet, la structure de son manteau, la forme de son pied, la grandeur remarquable des organes branchiaux , et enfin la disposition des ouvertures palléales ne se montrent dans aucune autre famille des Mollusques acéphalés. Le Galeomma présente donc une combinaison
LES GALÉOMMIDÉS. 749
spéciale d’organisalion , et pour cela seul il devait constituer une famille distincte.
Maintenant nous devons nous demander quelle place la famille et le genre doivent occuper. L’animal n’a point de siphons saillants réunis ou disjoints; ce sont de simples perforations , encore Tune d’elles paraît temporaire et formée à la volonté de l’animal. Par conséquent , d'après ce seul caractère , le genre Galeomma ne peut rester dans la famille des Pholadaires, comme M.Sowerby l’a proposé, ni dans celle des Glycimérides , comme nous l’avons cru ; pas davantage dans celle des Myes, comme M. Flemming l’a proposé. Il ne peut non plus réster dans la famille des Saxicaves, selon l'opinion de M. Swainson ; car, dans toutes les familles que nous venons de citer, les Mollusques portent en arrière deux siphons plus ou moins gros , toujours saillants en dehors de la coquille et toujours réunis, de la basé au sommet, en une masse cylindracée. Le genre Galeomvia ne peut non plus rester dans la famille des Corbules, ainsi que le propose M. Philippi, parce que l’animal de ce genre est terminé en arrière par deux siphons, fort courts à la vérité, mais qui, malgré leur brièveté, conservent tous les caractères de ceux des Myes. Enfin, pour terminer cet examen rapide, le genre Galeomma doit être repoussé de la famille des Nyinphacées , contre le sentiment de MM. Reeve et Hanley, parce que dans les Mollusques de cette famille le manteau est terminé en arrière par deux très longs siphons très grêles et désunis dans toute leur longueur. Si nous comparons actuellement l'animal du Galeomma à ceux des Conques fluviatiles de Lamarck, nous reconnaîtrons qu’il s’en éloigne par* les mômes raisons qu’il se détache de toutés les autres familles où l’on a essayé de le placer. Il résulte dô ce que nous venons de dire , qu’aucune des opinions publiées jusqu’à ce jour, au sujet de la classification du genre Galeomma, ne peut être acceptée. 11 faut donc rechercher au genre des analogies dans d’autres familles , et particulièrement dans celles chez lesquelles les siphons ont une tendance à disparaître , comme dans la famille des Érycines , dans celle des Lucines, et môme dans celle des Cardiacées.
L’absence ou la brièveté des siphons entraîne presque toujours la disparition du muscle spécial de ces organes , et par conséquent aussi l’absence de la sinuosité postérieure de l'impression palléale. Il faut donc encore placer le genre Galeomma parmi ceux des Mollusques qui offrent aussi ces mômes dispositions, c’est encore vers les familles des Érycines et des Lucines qu’il faut remonter pour rencontrer, sous ce rapport , une organisation semblable.
Si nous consiclérôns maintennnt l'organe locomoteur, nous n’y Iroü-
7^0 DIX-NECVIKME FAMILLE.
vons a.ucune analogie avec celui des premières familles de la classe à laquelle le genre appartient ; c'est dans le genre Congeria que nous trouvons le premier exemple d'un pied semblable 4 celui des GaleQinma et fonctionnant à peu près de la même manière. Nous trouvons dans les Pisidium , et surtout dans les Eryçines, un pied analogue à celui des, Galéorames. Enfin, le pied des Lucines et des Cardium, mais des Lucinps surtout, a une grande analogie, avec celui du genre qiii nous occupe. Quant à la bouche, elle offre tant de ressemblance dans tous les Mollusques de la classe, que nous devrions à peine en parler. Cependant nous remarquerons la petitesse relative, des palpes labialçs exactement comme dans les Érycines , et nous verrons dans les Luciqes ces organes d,irainuer encore d’importance.
Nous avons maintenant a parler des orgapes branchiaux. Pour ceux-ci, nous devons le dire, ils sont dans le Galeomma très différents de ce que nous les avons vus chez les Érycines , et plus différents encore de ceux des Lucines. Par leur longueur, ces organes se rapprochent de ceux des Myes ou des Lulraires. Ainsi voilà le seul caractère qui entraînerait le genre vers ces familles; mais, selon nous, il est insuffisant, puisqu'il est seul contre les autres. Or, dans la formation des familles naturelles et dans l'appréciation de leurs rapports, il ne faut pas seulement compter les caractères, il faut aussi en peser la.valeur, et pour ce qui a rapport au Galeomma^ le nombre et l'importance l'emportent de beaucoup pour entraîner le genre et la famille dans le voisinage des Érycines et des Lucines, Si M. Mitlre avait pesé, ainsi que nous venons de le faire, tous les caractères du genre qu'il a étudié , il n’aurait pas proposé de le rapprocher des Bénitiers , et de le comprendre dans la famille des Tridacnées. Nous verrons bientôt en quoi dilfèreut très essonliellement les genres que M. Mittre propose de rapprocher.
jLes caractères de la coquille confirment, en partie du moins, les rapports que l’animal détermine. Quoique très bâillante, elle ne l'est pas de la môme manière que chez ceux des Mollusques qui sont pourvus de gros siphons. Le Gaslrochène seul aurait de l’analogie par le bâillement antérieur et inférieur de ses valves ; mais les Gastrochènes , les P^olades , .les Glycimènes, les Saxicaves, les Corbules, les Myes, ont le manteau fermé en avant et percé d'une très petite ouverture antérieure pour le passage du pied, tandis que le Gu/eomma a cet organe ouvert dans toute la longueur du bord inférieur , exactement comme dans les Érycines, les Lucines, etc.
Quant à la charnière, nous la voyons déjà réduite à une grande simplicité chez les Érycines. Nous lui verrons subir des lransformations
IVS GALDOMMlDgS. 70 1
bien plus considérables dans le seul genre Lucine. Far conséquent, la simplicité à laquelle elle est réduite, la position du ligament, ne sont pas des obstacles à rapprocher les Galéotnmes des Érycines et des Lucines. Nous pensons dotic avoir déterminé d'une manière rigoureuse les rapports naturels du petit genre si intéressant que nous venons de décrire. I! est à présumer q^ue ^toutes les vacillations cesseront à’son sujet . et que les classificateurs adopteront l'opinion que nous venons d'appuyer par une discussion approfondie.
Les Galeomma sont de petits Mollusques qui habitent Içs côtes à une faible profondeur sous l’eau. On les trouve tantôt cachés sous les pierres, tantôt entre les racines des fucus, et lé plus souvent attachés aux plantes marines exposées à la vive lumière du soleil. Nous ne connaissons jus- (|u’ici que trois espèces : l'une de l'Océan d'Europe, et particulièrement delà Méditerranée; l'autre de l'tle de Franco, et la troisième enfin de l'IIc Vanikoro, où elle a été découverte par M. Quoy. Aucune espèce fôssllo n’est connue, même dans nos terrains quaternaires les plus récents. Cependant M. Philippi, dans le second volume des Mollusques lie la Sicile , rapproche des Galéomma une petite valve fossile qu’il a trouvée dans les calcaires de Palerme. Mais cette valve, ne présentant pas exactement les- caractères du genre , ne peut y rester que temporairement.
Gîiléomme de Turton. Galeomma Turtoni , Sow.
PL 11. fig. 13 à 17.
C, Testa nîbâ ^ ovato^transversa, longitudinnliter (enuè strîùtâ ; st/Hs âichotomiSf sitbartiatïatis^ striis Cransversnlihus tewiissimè sermlatis ; cardinc incrassato ; apicibtis minimis nantis; impressione paUii simplid^ rugosâ,
Sow. Zool. jourrt. l. 2. p. 56r. pl, i3. f. i.-
Fleming, Frit, an, p. 466» ^
Parthenopea/ormosa, Sçacch», Üsser. zool, p, 8 et p.- ip.
Id. Scacrhi, Cal, conrh. regn. Neap. p. 4.
HyutcUa striata. Ddle Chiaje-, An. 5.’ vert, de la mer de Napl. pl. siippl. 80. f. 9, 10,
Galeomma Ttirtoni Desb. dans Lamk. An. s. vert, t, 6. p. iSo.
Sow. Généra of shells Galeomma, f. r. 2. 3.
Philippi, dans Wiegm. Ari h. t. 5. p. X17.
IJ. Ann. liât, hisl, ofLond. i»®22. p. 92.
Jleeve, Conch, syst. t. r. p. 78. p'. 54., f. i. 2. 3.
Sowerby jeune, Couch. man. p. i5i, f. 58,
Hanley, Descr. cat. t. i. p. 59.
Mittre, Ann. Jes sc. nat. 1847. 1, 7, p. 169. pî, 5. f, i, 8.
Desh. Explor. sc. de l’Algérie, pl. 81. f. 11. iS. pl. 8a. f. i. 7.
Habite l'Océan d’Europe, toute la Méditerranée.
Petite coquille ovale, transverse, subéquilalérale, à crochets très petits, opposés; le bord dorsal et le bord ventral sont- parallèles ; les extrémités sont arrondies ; le bord ventral est tronqué. De ce côté, la coquille est largement ouverte; l’ouverture est elliptique, pointue à ses extrémités, et cette forme, comparée par M. Turton à celle de l'œil d'une belette , a valu au genre le nom que cet auteur lui a imposé. La surface de 'cette coquille est revêtue d’un épiderme très mince et d’un blanc jaunâtre ; il passe d’upe valve à l'autre en avant et en arrière des crochets, et simule un double ligament qui, en réalité, n'existe pas. Au-dessous de cet épiderme , la coquille est d’un blanc laiteux ; elle est ornée d'un grand nombre de stries longitudinales, rendues granuleuses par le passage de stries transverses moins apparentes. Les Stries. longitudinales sont souvent divisées , ce qui leur imprime un cachet particulier. A l'intérieur, les valves sont lisses ; l’impression palléale est large et irrégulièrement plissée. La charnière est étroite ; le bord cardinal offre quelques éminences irrégulières ; et dans le milieu une petite fossette triangulaire dans laquelle s’attache un petit ligament intérieur.
Cette petite coquille a 1 ^ ou 1 4 millimètres de diamètre transverse ; elle en a 7 à 8 de large. »
lâC» liucines» ÆiUei»teœ, Desh.
CARACTÈRES DE LA FAMILLE. — Animal ovale ouobrond, plus ou moins épais , ayant les lobes du manteau courts et désunis le long du bord inférieur, terminés en arrière soit par de simples perforations, soit par un seul siphon, soit par deux siphons courts et en partie conjoints. Palpes labiales petites , q^uelquefûis rudimentaires. Pied allongé., étroit, quelquefois vernii-
LES LUCINES
forme ; une seule paire de branchies de chaque côté du corps, grandes, subquadrangulaires, épaisses ; quelqiiefois deux branchies inégales ; muscles adducteurs très grands, l'antérieure surtout étroits et descendant jusque dans la région inférieure.
Coquille ovale, transverse ou suborbiculaire , épidermée; parfaitement close, à bords simples ou crénelés. Charnière variable, ayant des dents cardiçales et des dents latérales, quelquefois munie de dents cardinales seulement et assez souvent elle est simple et sans dents; ligament extérieur paraissant parfois intérieur, étant recouvert par un rebord saillant du corselet. Impressions musculaires grandes et inégales; la postérieure ovale ou obronde , l’antérieure quelquefois ovalaire et plus souvent allongée, étroite et oblique; impression palléale simple.
PREMIÈRE SECTION. — Genres Lucina, Corhis.
DEUXIÈME SECTION. — Genres Ünguîina, Cyrenella,
La famille des Lucines a été fondée par nous dès 1 830 dans VEncyclopédie méthodique ; nous y rassemblions alors les trois genres Corbis, Lucina et Ungulina, Ces genres étaient distribués par Lamarck dans sa famille des Nymphacées. M. de Blainville, dans son Traité de malacologie, rapportait ces trois genres à la première section d’une famille beaucoup trop étendue, celle des Conchacées. Il est évident que dans l’une et l’autre méthode, les genres dont il s’agit ^e se trouvaient pas à leur place. Ce que nous avons dit jusqu'ici prouve invinciblement que les Lucines et quelques genres voisins constituent un groupe tout particulier dans la classe des Mollusques acéphalés Dimyaires. L’examen seul des coquilles, en montrant les profondes différences qui les séparent des divers groupes qui précèdent , devaient sufûre pour en faire un groupe distinct, en attendant que la connaissance des animaux vînt nous apprendre la place définitive que la famille doit occuper dans la méthode naturelle.
Depuis qu’elle a été proposée , la famille des Lucines a subi quelques modifications.. M. d'Orbigny changea son nom pour celui de Lucinides, T. I. a" PAUTIE.
VINGTIKME FAMILLE.
et il l'a réduit aux deux genres Lucma et Corbis. Quelques années auparavant, Al. Anton, dans son lis fiai de classi/icalion des coquiiles , avait proposé le nom de Lucinacœa; il admettait quatre genres au lieu de trois , supprimant les Ongulines , et les remplaçant par les Amphidesmeset les Eryci.nes. Pour ce dernier genre , M. Anton avait touché juste, puisqu’en eCFet, ainsi que nous venons de le voir, il se rapproche considérablement des Lucines , mais il n’en est pas de môme des Amphidesmes. Ce genre , comme nous l’avons vu précédemment, se rapproche plutôt des Trigonelles et des Tellines. Dans son bel ouvrage sur les CoquiUes tertiaires de la Belgique, M. Nysl a adopté la fiimille des Lucines, à laquelle il propose d’ajouter les trois genres Axinus, Diplodonta et Hippagits. Noos ne connaissons ce dernier genre que par ce qu’en a dit M. Lea dans ses Contributions pour la géologie. Quant aux deux autres, pour nous ils rentrent dans les Lucines, ils ne portent en eux- mêmes aucun caractère assez considérable pour conserver le litre dé genre.
Dans la méthode qu’il a publiée dans le 15* volume des Procèsverbaux de la Société zoologique de Londres ^ M. Gray a proposé des changements très profonds, aussi bien dans la constitution môme de la famille , que dans ses rapports avec les familles avoisinantes. Le travail de M. Gray est trop important pour être négligé, et nous croyons éclairer la science en le discutant avec soin, à mesure que l’occasion s'en présente. M. Gray admet huit genres dans la famille des Lucinides, et cette famille elle-même est la huitième de l’ordre des Goniopodes ; elle se trouve intercalée entre la famille des Glossidées et celle des ünionidées. Pour so faire mieux l'idée des rapports de cette famille importante des Lucines, nous devons ajouter que, d’un côté, celle des Glossidées est précédée des Pholadomyes . des Astartés et des Crassateliidôes; et , d’un autre côté . la famille des ünionidées est suivie de celle des Muteladées , des Mycétopodes, desTrigonies et des Arches. A considérer cet ensemble de familles, on se demande par quels liens elles sont réunies: les Glossus de Poli ou Isocardes de Lamarck, terminés en arrière par deux siphons courts , ne paraissent guère avoir de rap ports avec les Crassatelles qui , au dire de M. d'Orbigny, n'onl plus du tout de siphons, U en est de même des Astartés; mais quant aux Pholadomyes, le large bâillement postérieur de leurs valves, la large sinuosité postérieure du manteau , annonce chez ccs animaux des j'iphons au moins aussi considérables que ceux des Lulraires ou des Myes. Si chez eux le pied est aplati, comme chez les Crassatelles et les Astartés , il a cette même forme dans les Lulraires, et nous ne voyons pas pour quel
motif ce genre, constituant une famille particulière pour M. Gray, se trouve ainsi transporté à côté des Cardites et des Aslartés.
Huit genres, disions-nous , sont réunis par M. Gray dans sa famille des Lucinidées : le premier, est celui xJes Lucines de Bruguière, mais beaucoup plus restreint que l’auteur du genre lüi-même ne l’a voulu ; le second est le genre Mysiaô& Leach. H correspond au genre Diplodontede Bronn, adopté plus tard par M. Philippi. L’animai de ce genre ne paraît pas différent de celui des Lucines. Quant à la coquille , elle ne se distingue de ce dernier genre que par l’impression musculaire antérieure, plus courte et plus ovalaire, et bientôt nous aurons à apprécier la valeur de ce caractère. Le troisième genre est celui que nous avons nommé Ctji'enella. Il mérite d’étre conservé, et il doit faire partie de la famille des Lucines. Le quatrième est le genre TIvjasira de Leach ; il correspond aux Cryptodontes de Turlon, Ptychina de Philippi et ilxinws de Sowerby. Un examen attentif des coquilles rangées sous cette dénomination générique, nous donnera bientôt la preuve de l’inutilité de ce genre, qui devra rentrer dans celui des Lucines. Le cinquième genre a été nommé Fimbria par Megerle et Corbis par Cuvier. Ce dernier nom a généralement prévalu ; et ce genre , caractérisé par l’animal et sa coquille, doit rester dans le voisinage des Lucines. Le sixième genre delà famille de Lucinidées a été nommé Loripes par Poli. 1! ne diffère en rien de celui des Lucines : il en porte tous les caractères , aussi bien dans l’animal que dans la coquille. II est donc au nombre de ceux que Ton peut supprimer sans inconvénient. Le septième genre est celui que M. Philippi a nommé Scacchia en 1 844. II est douteux pour M. Gray, il l’est également pour nous ; car nous n'avons jamais eu l’occasion d’en observer la coquille, et les caractères tels que les donne M. Philippi, nous paraissent avoir besoin d'une vérification attentive. M. Gray emprunte son huitième et dernier genre de la famille des Lucinidées à l’ouvrage de Scopoli, qui le proposa sous le nom de Cqdakia. Ce dernier genre doit encore rentrer dans celui des Lucines, ainsi que nous l’avons proposé le premier dans l'Encyclopédie méthodique. La coquille qui en constitue le type était rapportée par Linné à son genre Vénus et par Lamarck au genre Cythérée , sous le nom de Cytherea tigerina. Nous avons fait voir que dans cette coquille se retrouvent tous les caractères des Lucines.
En résumant ce que nous venons de dire au sujet do la famille des Lucinidées de M. Gray, nous voyons que les genres Mysia, Thyasira , Loripes et Codakia , peuvent être supprimés en rentrant dans le genre Lucine. Le genre Scacchia reste douteux: il est probablement voisin
des Erycines. Ces suppressions admises, la famille reste donc/comme la nôtre composée des quatre genres Litcina, CyreneUa^Unguîina et Corbis; car le genre Onguline de Lamarck, que nous avions fait rentrer autrefois parmi les Lucines, mérite d’en êlre séparé, ainsi que le prouvent les curieuses observations de M. Duvernoy, et nous ne voyons pas pourquoi M. Gray l’a annexé au groupe des Loripes.
Les animaux des quatre genres que nous conservons dans la famille des Lucines sont actuellement connus. Tous sont remarquables par un manteau fendu dans toute la longueur du bord inférieur, cet organe se terminant en arrière, tantôt par deux ouvertures sessiles, quelquefois par un seul siphon accompagné d’une fente, et, enfin, par deux siphons courts plus ou moins réunis. Chez ces animaux , le pied a une tendance à s’allonger et à s’amincir; il est môme des espèces chez lesquelles il est devenu cylindrique et a pris la forme d’une cordelette. La bouche est généralement petite, accompagnée de palpes labiales qui ont elles mêmes une tendance à diminuer de grandeur, à ce point que dans certaines Lucines elles sont réduites à l’état rudimentaire. Les branchies offrent aussi des caractères communs d’une très grande importance. Ces organes apparaissent sous la forme d’un seul feuillet branchial de chaque côté de l’animal , mais ce feuillet unique est gros , épais , très large, et l’on conçoit que dans la fonction de la respiration il puisse remplacer le double feuillet que possèdent les autres Mollusques. Nous réservons quelques détails à ce sujet au moment où nous parlerons du mémoire de M, Valenciennes. Dans les genres Cyrénelle et Onguliné, les quatre feuillets branchiaux existent ; aussi il sera nécessaire de modifier les rapports que nous proposions autrefois pour ces genres.
Les coquilles ont des caractères extrêmement divers , quoique dans l’ensemble elles conservent un cachet qui leur est propre : elles sont ovales-lransverses ou orbiculaires ; peur la plupart elles sont épaisses , solides , subglobulouses ou en forme de lentilles ; leur surface est couverte d’un épiderme plus ou moins apparent. Quelquefois cette substance manque entièrement. Leur surface extérieure est couverte le plus souvent de stries concentriques ou d’un réseau formé par l’entrecroisement de stries ou de lamelles longitudinales et transverses : la charnière est très variable dans ses caractères , tantôt elle est articulée très fortement au moyen de dents cardinales et de dents latérales, tantôt elle est simple et sans dents. Entre ces deux points extrêmes se trouvent toutes les modifications imaginables, telles que des dents cardinales sans dents latérales, ou des dents latérales sans dents cardinales. Cette disparition des parties de la charnière ne se produit pas brusquement ,
LES LUCINES
mille nuances s’établissent , dans lesquelles on voit disparaître insensiblement toutes les parties saillantes du bord cardinal jusqu’au moment où il est devenu édenté.
L’un des traits les plus caractéristiques de la famille des Lucines réside dans la forme et dans l'a position des impressions musculaires. Dans toutes ces coquilles, -en effet, ces impressions sont grandes, tantôt ovalaires et presque égales, comme dans les Corbeilles, tantôt plus étroites et subtriangulaires, commedans les Cyrénelles, et, enfin, presque toujours inégales, comme dans les Lucines. Dans ce dernier genre, l'impression musculaire antérieure mérite une attention spéciale, parce qu’elle s’allonge beaucoup et vient descendre obliquement en dedans de l’impression du manteau vers le bord inférieur des valves.
L'impression palléale est toujours simple , elle s'étend d’un muscle à l’autre en suivant parallèlement le bord inférieur des valves. Cette impression est ordinairement superficielle; cependant chez les vieux individus des Lucines et des Corbeilles , elle s'approfondit d’une manière notable. Cotte impression est placée dans les autres genres de manière à partager les impressions musculaires en deux si l’on venait à la prolonger jusqu’aux limites du bord cardinal. Dans le groupe des Lucines, au contraire, les impressions musculaires sont toutes deux situées en dedans de l’impression palléale, d’où résulte cette saillie relativement plus considérable qu'elles font vers le centre des valves. Dans presque tous les genres que nous avons étudiés jusqu’ici , toute la surface interne de la coquille comprise en dedans de l’impression du manteau reste complètement lisse. Dans les Lucinides, au contraire, on remarque très souvent des accidents particuliers qui consistent en petites ocelles ou en lignes en quelque sorte hachées , imprimées plus ou moins profondément dans l'épaisseur du test.
Dans l’ensemble de notre classification des Mollusques acéphales , nous nous sommes laissé guider, non par les modifications d’un seul organe , mais par celles de l’organisation tout entière. Néanmoins nous avons cherché à placer les familles et les genres dans l'ordre qu'exige la diminution successive des siphons et l’agrandissement graduel de l’ouverture inférieure du manteau, cherchant ensuite ù placer sur des embranchements latéraux celles des combinaisons organiques qui monlrentdes déviations plus ou moins considérables dans le plan général des transformations. On ne parviendrait jamais , en effet, à faire comprendre l’ensemble des rapports si l’on empruntait les bases d’une classification è quelques organes , môme parmi les plus importants. Ainsi , les organes branchiaux , par exemple , aux yeux de certains
zoologistes, devraient servir à la délimitation des groupes les plus considérables. Eh bien, ce caractère, qui paraît si constant, souffre cependant des exceptions assez remarquables; il est impossible de s’en servir pour caractériser soit ta classe , soit môme quelques ordres en particulier. Le caractère le plus saillant des organes de la respiration, chez les mollusques acéphalés, est d’être composés de quatre feuillets parfaitement symétriques, et dont l’organisation est à peu près la même dans toutes les familles. Il existe cependant plusieurs genres chez lesquels, outre les deux feuillets principaux, il y en a un troisième qui s’élève dans la région dorsale ; mais chez d’autres Mollusques, au lieu des deux ou trois feuillets de chaque côté , il n'en reste plu& qu’un seul , tel que chez les Solèmyes et les Pandores. Un nouvel exemple se représente eifcore dans le groupe des Lucines , mais il n’y aurait pas de raisons suffisantes de détacher les trois genres dont nous venons de parler pour constituer avec eux un ordre ou un groupe d'une valeur quelconque. Ces trois genres ayant leurs rapports indiqués, non pais seulement d'après les organes de la respiration , mais d'après l’ensemble de leur organisation.
Dans une notice , sur l’organisation des Lucinès et des Corbeilles , présentée à l'Institut en 1844, par M. Valenciennes, ce naturaliste, se fondant sur de nouvelles observations, veut modifier la famille des Lucines, et la réduire aux deux genres Lucine et Corbeille, parce que les animaux de ces deux genres ne portent qu’un seul feuillet branchial de chaque côté de la masse viscérale. Par cette raison , M. Valenciennes repousse de la famille le genre Onguline lui-même , quoique depuis la discussion que nous avons soutenue à son sujet, tous les conchyliologues aient reconnu son extrême ressemblance avec les Lucines. II ne suffit pas, à notre avis, de présenter des faits d’un certain intérêt, il faut encore, en les introduisant dans la science, les poser avec soin pour en estimer la valeur. Que les Lucines et les Corbeilles possèdent un seul feuillet branchial, personne ne le conteste-; mais il faut voir si dans ce seul feuillet branchial les deux feuillets branchiaux ordinaires n'y sont pas contenus, et c’est, en effet, ce qui a lieu. Les feuillets branchiaux ordinaires sont composés de deux plans vasculaires séparés par les lacunes branchiales; ces plans se joignent par le bord libre de la branchie, et dans l’ensemble on peut les comparer à la lame d’un couteau un peu épaisse du côté du dos. Les injections , les sections longitudinales et Iransverses, les préparations produites par la macération,tous les moyens enfin employés par l'anatomiste pour s^éclairer sur la structure de l'organe branchial , donnent la preuve qu’il est corn-
LES LUCINES
posé ainsi que nous venons de le dire. Cette organisation est fort différente dans les Lucines. En effet, chaque feuillet branchial très épais et parenchymateux en apparence doit cette épaisseur insolite à un double rang de vaisseaux sur chacune des parois. II se trouve quatre rangées vasculaires superposées là où il n’y en a que deux chez les autres Mollusques. Aussi nous avons contesté à M Valenciennes , en nous appuyant sur les faits que nous venons de rappeler, la valeur de cette apparence de deux branchies chez les Lucines et les Corbeilles ; pour nous, les branchies de ces animaux fonctionnent au moyen de surfaces aussi étendues que si les quatre feuillets branchiaux existaient; en un mot, pour résumer notre opinion , nous disons que sous l’apparence de deux feuillets branchiaux , les Lucines et les Corbeilles en ont réellement quatre par l’organisation; ces deux feuillets contenant en réalité autant de vaisseaux branchiaux que dans quatre branchies d’une égale étendue, mais d’une moindre épaisseur.
Pour nous, les caractères extérieurs auxquels M. Valenciennes a attribué une grande importance , se réduisent à la proportion de caractères génériques. Nous ne croyons pas possible de séparer les Ongulines, et de les transporter, comme le voudrait M. Duvernoy, dans le voisinage des Moules. Ce genre doit nécessairement rester dans la famille des Lucines, et il deviendra possible de la partager en deux sections : dans la première , se trouveraient les Corbeilles et les Lucines , animaux à deux branchies ; et dans la seconde, les Ongulines et les Cyrénelles , animaux à quatre branchies.
Il est facile de comprendre actuellement pourquoi nous devons détacher les Lucines des Tellines pour les transporter beaucoup plus en avant dans la classification et les faire remonter jusque dans le voisinage de la famille des Cardiacées. Lamarck avait jugé de ces Mollusques, non d’après leur organisation , mais d'après leur coquille seule , ce grand zoologiste ayant cru trouver des rapports convenables entre ces genres, parce qu’un certain nombre de Lucines ont. en arrière, dans la circonscription du corselet, l'apparence d'un pli comparable à celui des Tellines ; mais on comprend aujourd'hui combien est faible ce moyen de rapprochement que no justifie , au reste, aucun fait emprunté à l’organisation.
vingtièmü: famille. ‘