‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 123 sur 127 · GENRE SOIXANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

GENRE SOIXANTE-DEUXIÈME

IiUOINE. Lucina^ Brug. •

PI, 14 bis, f. 7. 8. g. pl. i5, f. 4. 5, 6. pl. i6. f. i à r4. pl. 17, f. t à 5,

CARACTERES GENERIQUES. — Animal ovale ou arrondi, lobes du manteau minces et rcilnis postérieurement dans le tiers de leur longueur. Un seul siphon anal court, membraneux, rétractile. Siphon branchial sessile réduit à une simple fente. Bouche très petite, ayant, au lieu de palpes, quatre petits tubercules. Une seule branchie, grande, épaisse, ovale de chaque coté du corps. Un pied très long, cylindracé, vermiforrne.

Coquille suborbiculaire, inéquilatérale. Charnière variable, présentant tantôt deux dents cardinales et une ou deux dents latérales, tantôt des dents cardinales seulement , et quelquefois à bord cardinal simple et sans dents. Deux impressions musculaires séparées, inégales; Tantérieure étroite et très longue. Impression palléale simple.

Synonymie générique. — Vénus, Linné, Chèmnitz, Gmelin, Schrœter, Born, Kœmmerer, Montagu, Maton et Racket, Dorset, Dillwyn , Wood, Donovan. — Tellina, Montagu, Maton et Racket, Wood, Linné, Chèmnitz, Schrœter, Gmelin, Dillwyn. — Cytherea [expai'ie], Lamarck. — Strigiïla, Turton [eic parlé). — Myriea, Turton, Sowerby, Fleming. — Orfygia, Brown. — Crypiodon, Turton, Macgillivray, Moller. — Plychina , Philippi. — Axinus, Sowerby, Loven , Nyst , de Koninck, King. — Amphidesma , Lamarck. — Loripes , Poli, Cuvier, Blainville, Rang, Mcnke, LatreÜle, Oken, Swainson, Fleming, Gray, — Leniillaria , Schumacher. —Thiaiyra, Leach, Sowerby. ^ — Codakia. Scopoli, Gray.— Codok, Adanson, — Orbicuhis, Megcrle. — Aycr/rt,Lca. — Edmondia, de Koninck, Morris, Gcinilz.

LES LUCINES

OBSERVATIONS. Pou de genres offrent autant d'intérêt que celui des Lucines. Vivant dans toutes les mers , il est fossile dans tous les terrains de sédiment. 11 so montre dans les plus anciennes couches déposées à la surface de la terre ; il est du petit nombre de ceux qui , depuis ces temps reculés , n’ont pas cessé d'exister jusqu’aujourd’hui • et sont représentés dans les diverses formations par de nombreuses espèces. Ce genre ne doit pas avoir moins d'intérêt aux yeux du zoologiste ; les Mollusques qu'il renfernie ont des caractères tellement particuliers que l’on peut les considérer comme un groupe à part qui mérite de former un embranchement spécial sur la lige commune de la classification. Nous avons vu, en traitant de la famille des Lucines , comment il fallait envisager aujourd’hui les rapports du groupe tout entier, et ceux des Lucines en particulier. Nous n’aurons donc pas à revenir sur cette question , ayant employé pour la discuter tous les documents dont la science s’est enrichie relatifs, non seulement aux Corbeilles , aux Ongulines et aux Cyrénelles , mais encore , et surtout , aux Lucines.

Communément répandues dans presque toutes les mers , un certain nombre d'espèces de Lucines ont été connues des anciens conchylio logues. Gesner, Bonanni, Lister, Rumphius, Guallieri , d’Argenville , en ont figuré plusieurs' dans leurs ouvrages; mais parmi eux, c’est Lister qui en a fait connaître le plus. Dans le temps que Linné , dans la \ 0“ édition du Systema naiurcBj introduisait ces coquilles , les unes dans son genre Telline, les autres parmi les Vénus, un savant observateur, Âdanson , en faisait connaître plusieurs espèces dans son Voyage au Sénégal. Il les place dans son genre Came, supposant quales animaux , qu’il n’a pas eu occasion d’examiner, sont semblables à cçux des Vénus. Depuis Linné, dont la 10® édition du Sysima est de lYSS , jusqu’à Bruguière, tous ceux des naturalistes qui eurent occasion de parler dos Lucines,. imitèrent Linné, et les rangèrent sans exception dans les Tellines et dans les Vénus. Le. nombre de ces auteurs est considérable, et il nous paraît peu nécessaire de les mentionner ; ils sont déjà connus par la citation que nous en avons faite dans Thistoire de plusieurs autres genres.

En préparant les planches de V Encyclopédie méthodique ^ Bruguière, le premier, institua le genre Lucine. Nous insistons à dire qu’il est le premier, parce que plusieurs auteurs veulent faire remonter l'origine du genre , les uns à Poli , les autres à Scopoli; mais nous pensons que celte opinion peut être contestée, surtout à l'égard de Poli. En effet, si le savant napolitain a eu le mérite de faire connaître le premier un animal

du genre Lucine , et de lui imposer le nom de Loripes, on ne l’a pas vu, généralisant les faits de la science, rattacher à son genre les autres espèces qu'il connut et qu‘il continua à ranger parmi les Tellines; par conséquent Poli a fait connaître un fait particulier, mais on ne peut guère le considérer comme le créateur du genre Lucine, et cela est si vrai , que Cuvier et un grand nombre d’autres naturalistes, ont adopté à la fois * dans leur méthode et le Loripes de Poli et les Lucines de Bruguière.

Les observations qui précèdent pourraient s’appliquer en partie au genre Codakia de Scopoli. Par la manière dont il est èaractérisé par l’auteur, on voit que ce naturaliste éminent a senti le besoin de séparer des Vénus de Linné , la Came Codok d’Âdanson. Cette Came n'esl autre chose que le Venus tigerina de Linné; Scopoli on indique les caractères d’une manière tellement brève, qu’il est impossible d'y retrouver ceux d’un genre suffisamment bien observé. Il se borne à dire, en effet: a Testa bhalvis submnbomila , cardo valvæ iinius trîdentatus^ alterius bidentatus. » Ainsi, pour lui, la différence résidait dans la charnière, partie éminemment variable, comme chacun le sait, dans le grand genre Vénus, et il néglige les véritables caractères génériques, ceux que présentent les impressions des muscles et du manteau. Il résulta de cette imperfection que les naturalistes , malgré l'opinion de Scopoli , continuèrent à ranger au nombre des Vénus , le Codok d’Adanson et les espèces qui s’en rapprochent. Lamarck, lui-même, ne put se soustraire à l’opinion de Linné, et comme dans les coquilles dont il est question, la charnière porte une dent latérale antérieure , Lamarck les entraîna dans son genre Cythérée, lorsqu’il les détacha des Vénus de Linné, ün autre reproche que l'on pourrait adresser à Scopoli, c’est d’avoir adopté un nom barbare pour l'introduire dans une méthode pour laquelle Linné avait créé un langage harmonieux ; mais ce motif ne serait pas suffisant pour rejeter le'genré Codakia, si ce genre avait été convenablement généralisé par son auteur. Nous pouvons donc conclure que Bruguière est le véritable créateur du genre, quoi qu’il l’eût publié en 4 792, tandis que l’ouvrage de Scopoli est de 1777, et celui de Poli do 1791.

Dès ses premiers travaux sur la conchyliologie , Lamarck s'empressa d'adopter le genre Lucine de Bruguière; il le rangea entre les Cyclades et les Tellines, et conserva une opinion analogue dans tous scs autres travaux à mesure qu'il les perfectionna. Cuvier oublie d'abord le genre dans son Tableau du règne anîmat; il no le mentionne pas non plus dans son Tableau de classification qui fait partie du T'’ vol. des Leçons d'anatomie comparée; mais dans Ï'A édition du Règne animal, il

LES LUCINES

répare tardivement cet oubli , et il comprend les Luçines dans sa famille des Cardiacées , à côté des Loripèdes entre les Tellmes et les Vénus , se rapprochant par là, sous quelques rapports, de la manière de voir de Lamarck, et s’en éloignant aussi en comprenant les Vénus dans la même famille.

Tandis que les deux grands zoologistes français consacraient dans leurs travaux le genre établi par Bruguière , d’autres naturalistes , plus étroitement attachés au système de Linné, continuaient à ranger les Lucines, les unes dans les Vénus et les autres dans les Tellines. Cet attachement au système do Linné se remarque particulièrement parmi les naturalistes anglais du commencement de ce siècle; il y en a même quelques uns qui le conservèrent jusqu’en 1828.

Le genre Lucine , considéré dans son ensemble , est des plus naturels; mais quand on vient à examiner de petits groupes d’espèces , soit vivantes , soit fossiles , on a une tendance à le démembrer en plusieurs genres , et c'est à quoi se sont appliqués un certain nombre de conchyliolôgues depuis la publication du dernier ouvrage de Lamarck. Indépendamment du genre Loripes de Poli , que plusieurs ont voulu conserver, M. Schumacher a rétabli le genre de Scopoli sous une autre dénomination; il en fait son genre Lentillaria ; puis, pour les espèces qui ont trois dents à la charnière, c’est-à-dire deux d'un côté et une de l’autre, il en fait son genre Tridonta, que nous verrons rentrer sans difficulté dans le grand type des Lucines. Bientôt après, M. Turton, dans ses Coquilles bivalves de l' Angleterre, proposa de retirer des Lucines de Lamarck, sous le nom générique ÔQStrigella, celles des espèces qui sont ornées à l’extérieur de stries divergentes. A l'exemple de Lamarck, M. Turton laissa subsister dans son genre une confusion que le premier nous avons rectifiée; en effet , dans ïaStrigilla de cet auteur, de véritables Tellines , Tellina carnaria, par exemple, sont confondues avec des Lucines, Lwcma divaricata. En même temps il séparait sous le nom de Cryplodon celles des espèces qui ont un corselet profondément sinueux. Déjà ce genre avait été proposé sous le nom d’j^jrmtis , par Sowerby dans son Minerai concology. Nous ne parlerons pas des différents genres proposés par M. Lcÿch. Ceux des auteurs qui les connaissent le mieux conservent encore des doutes au sujet de plusieurs d’entre eux. Ils ont été cités avec des variantes, soit par Lamarck, qui en a reçu communication deLeach lui-même, soit par M. Brown. D'ailleurs ces genres ne peuvent être admis ; fondés sur des caractères contestables, ils perdent beaucoup de leur intérêt et ne méritent pas une discussion approfondie. Nous rangerons à peu près dans la même caté-

gorie les genres proposés par M. Brown. Un autre genre, qui a pour type le Tellina rolundata , a été proposé par M. Bronn, en 1831, sous le nom de diplodonla : il mérite un plus sérieux examen parce qu’il a été admis par M, Philippi et par plusieurs autres conchyliologues de mérite; pour nous, nous retrouvons en lui les principaux caractères des Lucines. L’animal lui-méme , si nous en croyons quelques observateurs , ne différerait pas d’une manière notable de celui des Loripes : ses caractères sont empruntés à la coquille, et nous verrons bientôt combien ils sont variables tout en conservant un certain degré de fixité, la limite des variations génériques se trouvant resserrée dans un cercle assez étroit. Nous avons déjà indiqué le genre j^ormus de Sowerby; M. Phillippi, qui ne le connaissait pas , le reproduisit sous le nom de Plycliina , dans ses Mollusques de Sicile ; mais un peu plus tard, il supprima ce nom et préféra celui plus ancien de Cryptodon, donné par Turton ; do sorte que pour l’auteur dont nous parlons, les Lucines devraient se diviser en trois genres, ce qui, pour nous, n’est point admissible.

Dans ses Etudes critiques sur les Mollusques fossiles de la famille des Myaires , M. Agassiz a proposé un genre Mactromya^ dans lequel il introduit des Lucines , dont il n’a pas reconnu les caractères génériques. Il est vrai que le savant naturaliste n’a jugé de ces espèces que d’après le moule intérieur seulement, ce qui pouvait entraîner de l’incertitude chez une personne qui n’est pas encore très habituée à reconnaître la nature des genres d’après des matériaux quelquefois incomplets. Cependant les figures de M. Agassiz sont suffisantes pour opérer la réforme que nous proposons dans sou genre Maclromya.

Dans sa dernière classification des Mollusques , M. Gray adopte sans difficulté plusieurs des genres que nous venons de passer en revue; ces genres , nous les avons cités dans nos généralités sur la famille des Lucines, nous n’avons donc pas à y revenir actuellement, car nous aurons encore l'occasion de les mentionner, lorsque nous exposerons les modifications que subissent les Lucines et les caractères peu importants d’après lesquels ces genres ont été limités.

Telle est Thistoire succincte du ^rand genre Lucine de Bruguière et de Lamarck. Nous aurions pu lui donner une bien plus grande étendue , si nous avions voulu mentionner dans l'ordre de leur publication tous ceux des ouvrages dans lesquels il est question des Lucines. Celte tâche ingrate, en allongeant notre travail , ne nous conduirait pas à do meilleurs résultats, parce que, dans ces ouvrages, les mêmes opinions se reproduisent et se répètent : elles n’ajoutent donc rien à la science ,

LES LUCINES

souvent elles n’ont même pas le mérite d’être préférées à la suite d’un contrôle suffisamment approfondi. Aussi riiisloiro des Lucincs peut-elle se résumer do la même manière que celle de plusieurs autres genres. Ces coquilles n’ont point été reconnues par Linné; elles ne le sont pas davantage par le plus grand nombre de ses successeurs. Bruguière les sépare ; Lamarck d’abord , Cuvier, beaucoup plus tard , adoptent cette séparation en conservant au genre toute son étendue ; mais bientôt ces grands philosophes , qui ont aimé à conserver à leurs genres des caractères larges et profonds , sont débordés par les observateurs minutieux qui cherchent sans cesse à faire de nouveaux genres aux dépens de ceux qui existent, et malheureusement sans se préoccuper assez si ces nouvelles créations sont fondées sur des caractères zoologiques d’une assez grande valeur pour être acceptés dans une méthode. On comprend aussi qu'il est infiniment plus facile de créer des genres nouveaux que d’entreprendre des études approfondies et de rassembler l’immensité des matériaux nécessaires pour arriver à la démonstration de l'inutilité de ces mêmes genres.

L’animai des Lucines offre dans son organisation des particularités remarquables , et comme le genre lui-même constitue le type principal de la famille , nous sommes obligés d'entrer dans des détails plus approfondis à son sujet. Toutes les espèces vivantes connues sont suborbiculaires, quelquefois aplaties en forme de lentilles, quelquefois plus globuleuses et même sphérbïdales. L’animal conserve très approximativement la forme de sa coquille; il est enveloppé d’un manteau mince, d’un blanc laiteux, et dont la surface contracte, avec celle delà coquille, une adhérence plus grande que dans la plupart des autres genres. Celte jonction , plus intime , provient particulièrement de la présence dans le manteau d’organes particuliers ordinairement subcirculaires, et qui laissent leur impression sur le disque intérieur de la coquille. Un muscle orbiculaire, étroit, occupe la circonférence du manteau. Il est d’une épaisseur uniforme , et son bord intérieur donne naissance à une large mémbrane qui s'étend dans toute la partie postérieure de l'animal et sert de commissure au manteau. Le manteau est donc en réalité pourvu de deux bords , l’un extérieur, qui s'applique sur le pourtour de la coquille , et l’autre intérieur, plus ou moins exsertile, selon la volonté de l’animal. En avant , par exemple , lorsque l'animal est contracté , le bord membraneux se renverse en dedans , et il forme de chaque côté une poche incomplète dans laquelle la branchie vient se placer naturellement. La commissure antérieure du manteau se produit vers le milieu de la longueur du muscle adducteur antérieur. La commissure posté-

VlNCxTIEME FAMILLE.

rieure se montre vers le milieu de la longueur du bord ventral. Cette commissure est très large, membraneuse, et par la hauteur qu’elle acquiert, elle réduit de beaucoup l'ouverture antérieure du manteau destiné au passage du pied. En arrière, cette commissure est percée de deux ouvertures : la première,, destinée à remplacer le siphon branchial, est complètement sessile, l’animal ne la fait jamais saillir au dehors ; elle est subcirculaire dans sa dilatation , mais lorsque les valves sont rapprochées , elle prend la forme d’une petite boutonnière ; l'autre ouverture est séparée de la première par' un intervalle assez largo, elle est d'un diamètre plus petit., et elle se prolonge en dehors en un tube membraneux, mince et transparent, cylindrique, et dont l’ouverture terminale est simple et dénuée de tentacules. Cet organe peut se contracter, quoiqu’il jie possède aucun muscle rétracleur comparable à celui des Tellines ou des Vénus; mais il se contracte de la mémo manière que les tentacules des limaçons, par exemple, qui, au moyen de fibres annulaires et longitudinales comprises dans leur paroi , peuvent faire. rentrer le tentacule sur lui-même et le mettre ainsi à l'abri d'un contact dangereux. Ces Lucines agissent do môme pour faire rentrer dans la cavité du manteau le siphon anal au moindre attouchement. Cet organe se contracte et rentre sur lui-même exactement comme un doigt de-gant que l'on retourne.

La masse abdominale est assez considérable : elle est d’une forme subquadrangulaire , et c’est de son bord inférieur et postérieur que se détache un pied , le plus singulier qui existe dans toute la série des Mollusques acéphalés dimyaires. En effet, il est complètement vermiforme , cylindracé, obtus au sommet; sa base forme une espèce do talon comparable à celui du pied humain. Cet organe est susceptible do mouvements très divers ; mais nous ignorons comment l’animal en fait usage ; car les Lucines que nous avons vues vivantes ne s’on sont jamais servies , quoique nous ayons essayé de les replacer dans des conditions favorables pour les observer vivantes. Elles ont fait sortir leur pied de la cavité du manteau , mais elles n’ont jamais tenté de creuser le sable, quoiqu’il soit possible, par exemple, de supposer qu'elles peuvent y réussir aussi bien que les Solens. Cependant il faut dire que la coquille de ces derniers a une forme qui favorise singulièrement l'action du pied , tandis que chez les Lucines , au contraire , la fortne orbiculaire doit présenter un obstacle assez considérable à l’action d’un organe aussi grêle. H faut, au reste, que cet organe ait une bien grande souplesse dans ses mouvements, puisque nous avons trouvé un individu chez lequel le pied portait. un gros nœud très serré vers la base. Nous

LES LUCINES. ^ 7^7

en avons donné la figure dans la partie conchyliologiqne de l’expioralion scientifique de TAIgérie.

Les muscles adducteurs des valves méritent une attention particulière , parce que leurs impressions laissent, sur la coquille des caractères impérissables d’une très grande valeur pour déterminer le genre auquel on doit la rapporter. Le muscle adducteur antérieur est très allongé : il descend dans la région ventrale de la coquille de manière à être compris dans l’intérieur de l'impression palléale. Par sa position et sa longueur, ce muscle forme en avant une sorte de capuchon au-dessous duquel la bouche est profondément cachée, son bord inférieur tombant jusque dans la région ventrale, il en résulte un rétrécissement considérable de l’ouverture antérieure du manteau ; mais on conçoit que pour donner passage à. un pied aussi grêle que celui que nous venons do décrire, il ne faut pas une ouverture très étendue. Le muscle adducteur postérieur est oval ou subcirculaire; il est situé tout près du bord postérieur et au-dessus du siphon anal. Les muscles sont en proportion plus grands que dans les autres Mollusques , et ils offrent ce caractère remarquable d'être compris dans l’intérieur de l'impression du manteau.

La bouche est très petite : elle est garnie de deux lèvres très étroites , dépourvues de palpes labiales, et l’absence de ces organes, si constants chez tous les Mollusques acéphalés,, est un caractère d’une grande valeur pour distinguer les Lucines et en former un groupe distinct de tous les autres.

Les organes de la respiration ont aussi une organisation toute particulière ; un seul grand feuillet branchial existe de chaque côté; ces branchies sont ovales - quadrangulaires ; elles sont soudées à la masse abdominale en avant et dans toute la longueur du bord dorsal. En arrière, elles se réunissent et se terminent en pointe, dont l’extrémité est soudée au manteau , dans la partie de la commissure qui sépare le siphon branchial de l’anal , de sorte que la grande cavité palléale est toujours séparée de la cavité du siphon anal. Les feuillets branchiaux sont très épais; et, si l'on opère sur eux diverses sections, on s’aperçoit qu’ils sont composés do deux épaisseurs égales, renversées l’une sur l’autre , disposition que l’on pourrait comparer à celle d’une feuille de papier pliée en deux. Aussi en brisaul les lamelles transverses qui servent à rattacher une paroi à l'autre, on déploie facilement cette double branchie en une seule lame dont on parvient à effacer les plis. Nous avions donc raison de dire que chez les Lucines il y a réellement deux branchies sous l’apparence d’une seule. Cette manière d’envisager ces organes est confirmée par leur structure anatomique, et ici nous arri-

vons à dos détails que ne comporte pas un traité élémentaire , par conséquent noos renvoyons le lecteur à des ouvrages qui traitent spécialement de celle matière.

Presque toutes les coquilles du genre Lucine sont orbiculaires ; nous n'en connaissons qu'un petit nombre d'ovales et de subtransverses, et celles-là se rapprochent de la Corbeille par certains caractères de leur charnière. Si quelques unes sont très bombées et globuleuses , il y en a un plus grand nombre d’aplalies et qui affectent la forme lenticulairev La surface extérieure est couverte d’um épiderme plus ou moins apparent , quelquefois très pâle et transparent , quelquefois grisâtre ou brunâtre , et plus ou moins écailleux. Sur le bord du test, cet épiderme le dépasse un peu de manière à abriter la bord interne du manteau. Les accidents extérieurs sont de diverses sortes; un assez grand nombre d'espèces sont lisses , mais le plus grand nombre est chargé de stries et de côtes concentriques qui affectent quelquefois une grande régularité ; enfin , un petit groupe d’espèces se distingue par une surface découpée par des stries longitudinales et transverses à peu près égales. Presque toutes les Lucines sont blanches ou d'un blanc jaunâtre ; quelques unes sont rosées ou rougeâtres , et , en général , elles sont plus colorées à Tintée rieur qu’au dehors. Les teintes dont elles sont ornées passent du rose pourpré à l’orangé, au jaune fauve très pâle. Les bords des valves sont généralement simples. Cependant il existe des' espèces chez lesquelles on remarque de très fines crénelures au moyen desquelles la clôture des valves devient encore plus exacte.

Les Lucines sont généralement inéquilatérales , mais elles le sont d'une petite quantité , par conséquent, le bord dorsal est divisé en deux parties presque égales par la saillie des crochets; ceux-ci sont généralement petits, déprimés, rapprochés, médiocrement saillants; ils s'inclinent obüquemwit du côté antérieur et viennent dominer une lunule presque toujours nettement circonscrite, souvent profonde et quelquefois superficiello et peu marquée. Le corselet n’existe pas dans toutes les espèces : aussi sous ce rapport les Lucines pourraient facilement se partager en deux groupes. Lorsque celte partie existe, elle est limitée au dehors par une ligne déprimée qui descend du crochet jusque vers l’extrémité postérieure du bord inférieur. Dans ces espèces , la 'lunule est presque aussi grande que le corselet d’où résulte que la surface est divisée en trois parties inégales: à la lunule appartient la plus petite ; la seconde est occupée par le corselet , et la troisième est réservée au centre des valves. LesLuema columbella jamaicensîs peuvent donner un très bon exemple de ce groupe remarquable de Lucines. Chez

LES LUCINES. 769

les aiilres, on voit la lunule et le corselet s’effacer insensiblement, et lorsque la lunule subsiste encore, le] corselet 'a complètement disparu.

La surface intérieure est moins lisse que dans la plupart des autres genres : elle n’est jamais nacrée, et l'on y remarque très souvent de petites impressions arrondies ou bien des lignes longitudinales comme bâchées, plus ou moins profondes. Ces lignes ou ces impressions, comme nous le disions tout à l’heure, résultent d’une structure particulière du manteau. Cet organe laisse encore dans l'intérieur des valves de la plupart des espèces, une ligue oblique et déprimée dont nous ne connaissons pas l’origine. Il faudrait en rechercher la cause dans l’animal du Lucina tigerina , par exemple , chez lequel celte ligne est fortement imprimée. On la trouve dans le Lucina jamaicensis ^ et nous l’observons dans un très grand nombre d'espèces fossiles.

La charnière est très variable , ainsi que nous l’avons répété plusieurs fois, et en cela ce genre ressemble à celur des Bucardes et à celui des Mulettes. Ainsi, on peut commencer la série par des coquilles dont la charnière est absolument simple et sans dents. L’une d'elles , à cause de cela, a été appelée Lucina edentula par Lamarck. Dans ce groupe des édentés se rangent des coquilles généralement minces et globuleuses; cependant il est des espèces plus aplaties qui sont également dépourvues do dents cardinales ou latérales, et qui , par conséquent, doivent faire ])artie de la même section. Tontes ces espèces n'ont pas les mômes caractères extérieurs , car les unes sont sans corselet et ont une lunule très petite, tandis que les autres ont la lunule et le corSelet très grand. Pour bien comprendre les divisions du genre Lucine , il ne faut pas se contenter de l’examen des espèces vivantes, il faut Pétendre aux espèces fossiles.

A la fin du genre, on pourrait composer un groupe, dans lequel se réuniraient toutes les espèces ayant à la fois des dents latérales et des dents cardinales. Nous trouverions encore dans ce groupe des formes extérieures semblables à celles du premier, c'est-à-dire des coquilles globuleuses, des coquilles aplaties : les unes ayant une grande lunule et un grand corselet, les autres n’ayant plus qu’une très petite lunule. Entre ces deux groupes se classeraient, dans une série non interrompue, tous les intermédiaires que l'on peflt imaginer. C’est ainsi que les dents cardinales se montrent d’abord à l’état rudimentaire. Elles prennent successivement do l’accroissement, il en est de même des dents latérales, soit qu'elles naissent simultanément, soit que Tune d’elles apparaisse d’abord. Elles prennent leur accroissement tantôt sans être accora- T. I. PAUTIE, 49*

pagnées de dents cardinales, tantôt lorsque la charnièré porte ces parties dans un étal plus Ou moins complet de développement. On comprend dès lors de (combien de combinaisons est susceptible la charnière des Lucines, puisqu'elle peut être sans dents, avoir des dents latérales sans dents cardinales , une seule dent latérale sans autre dentelure, une dent cardinale et une dent latérale tantôt antérieure, tantôt postérieure; enfin , la charnière présente encore celle combinaison des deux dents cardinales et des deux dents latérales.

Le ligament est toujours extérieur, il s’étend sur une partie assez considérable du bord supérieur et postérieur, et il est presque toujours recouvert par les lèvres saillantes du corselet. Par ce fait, il est pou apparent à l'extérieur; il arrive assez souvent que les nymphes, en s’enfonçant sous les bords du corselet, cachent tellement le ligament que l’on pourrait le croire intérieur; mais aussitôt que Ton en étudie la structure , on lui reconnaît toutes les parties constituantes des ligaments extérieurs. Trompé par cette apparence, Lamarck avait cru trouver dans les Ongulines un ligament interne, mais ayant étudié de nouveau ce ligament sur des individus bien entiers , nous Pavons trouvé soutenu par des nymphes très aplaties sur lesquelles vient s’attacher sa tunique externe et fibreuse.

Il existe quelques espèces vivantes dans lesquelles le ligament pourrait être considéré comme intérieur, car il est caché dans une rigole profonde, comparable au cuilleron des Amphidesmes, mais située moins en dedans de la coquille et complètement cachée par la lèvre saillante du corselet. Déjà le Lucma lactea présente dans sa charnière une modification analogue à celle-ci, mais le ligament reste encore plus près de la surface que dans d'autres espèces qui, comme le L. Crypteîla d’Orb., ont cette partie complètement intérieure. Les espèces vivantes dont nous parlons ont pour nous un très grand intérêt , parce qu’elles conduisent insensiblement à un genre proposé par M. de Koninck que nous voulions d'abord conserver. Ce savant observateur, qui a déjà rendu de très grands services à la science , et dont les opinions jouissent d’une autorité que leur ont méritée ses travaux consciencieux, a proposé le genre Edmondia, pour des coquilles fossiles qui sont le dernier terme des Lucines à ligament subintérieur. Dans les coquilles de ce genre, la charnière porte une lame assez large, creusée on gouttière, sur laquelle le ligament vient s'attacher, en sc cachant derrière la lèvre très proéminente du corselet. Aucune dent cardinale ou latérale n’existe sur celte charnière , mais les impressions du manteau et des muscles sont conformes à celles des véritables Lucines; d’où il suit que

ce genre Edmondid doit venir encore se confondre dans le grand type des Lucines, et son nom s’ajouter h la synonymie générique.

Les impressions musculaires exigent une étude toute spéciale dans le genre des Lucines; quoiqu’elles subissent aussi des modifications dans la série des espèces, néanmoins elles sont d’un secours considérable pour distinguer le genre lorsque la charnière vient à manquer. On conçoit , d’après ce que nous avons dit des muscles eux-mêmes , que leur impression sur la coquille doit offrir des particularités que l’on ne saurait rencontrer dans d’autres genres : elles sont fort écartées et occupent les extrémités de la coquille. L’impression antérieure est la plus remarquable : on y distingue facilement deux parties, l'une supérieure, très rapprochée du bord , quelquefois subovalairc et occupant la place de l'impression antérieure des autres Mollusques; l'autre partie consiste en une ligule assez étroite qui se détache de l’extrémité inférieure de la première partie, pour s’avancer obliquement à l’intérieur des valves, quelquefois jusque vers le milieu du bord ventral, ainsi que le Lucina mutabilis de Lamarck en donne un exemple. Cette impression n’eSt pas toujours aussi allongée , elle diminue insensiblement de longueur dans une série considérable d’espèces, et déjà elle est très réduite dans l’une des coquilles confondues parmi les variétés du Lucma divaricata de Lamarck. A mesure que cette portion de l’impression musculaire diminue , la portion supérieure devient de plus en plus ovale, et, enfin , il arrive un moment où toute la portion inférieure a disparu , ainsi qu’il arrive dans celles des espèces pour lesquelles M. Bronn a établi son genre Diplodonte. Malgré ce changement, on reconnaît à ces coquilles les caractères des Lucines , parce que l’impression musculaire est toujours en dedans de l’impression palléale, et que son extrémité inférieure s'incline toujours vers le disque intérieur de la coquille. 11 existe même des espèces de ce groupe chez lesquelles l'impression musculaire tout entière descend le long de l’extrémité antérieure et inférieure du bord ventral. Entre cette position et celle de l’impression, telle quelle se trouve dans les autres Lucines , il existe quelques nuances intermédiaires que l'on peut observer particulièrement sur des espèces fossiles, et notamment sur le Lucina unguis de Bonelli , qui se trouveassez abondamment dans les marnes argileuses de Tortone. Entre l’impression musculaire et celle du manteau, il reste ordinairement un intervalle plus ou moins large selon les espèces. Cet intervalle diminue peu à peu , et dans l’espèce que nous venons de citer, presque toute l’impression musculaire est confondue avec celle du manteau ; une très petite portion s’en détache , et par cette disposition toute spéciale ,

TP

cette coquille r^ittache aux Lucines le genre Diplodonte de M. Broun. L’impression musculaire postérieure reste toujours courte et ovalaire , située tout près du bord , elle se voit à l’extrémité de la charnière et dans celle des espèces dont le corselet est limité par une inflexion , elle est toujours comprise dans la largeur de ce corselet. Cela arrive aussi chex les especes dont le corselet est fortement sinueux , et pour lesquelles le genre Axinus a été créé par M. Sowerby. Dans ces coquilles singulières , les caractères des Lucines persistent , la charnière est sans dents , ainsi que dans beaucoup d’autres espèces. L'impression musculaire antérieure est ovalaire , comme dans les Diplodontes , et l’impression postérieure est petite et ovale, ainsi que dans toutes les Lucines. Il n’y a donc point de raisons suffisantes pour admettre le genre Axinus d’après les caractères qui lui ont été assignés. Pour le détacher des Lucines, il faudrait trouver dans l’animal des caractères suffisamment distincts ; mais jusqu’ici l’animal de ces espèces est resté inconnu.

L’impression palléale est toujours ‘simple dans les Lucines : elle est parallèle au bord ventral , et elle en est rapprochée. On voit par les empreintes musculaires qu’elle porte et par sa largeur inaccoutumée, , que le muscle orbiculaire du manteau s’y attache avec une grande solidité. Parvenue à l’extrémité inférieure do l’impression musculaire postérieure, il semble qu'en se continuant, elle couperait cette impression en deux parties égales. Comme il arrive souvent au paléontologiste de n'avoir à examiner que des moules intérieurs de coquilles bivalves, nous avons cru nécessaire d’insister sur tous ces minutieux détails, au moyen desquels il évitera de confondre les Lucines avec les Vénus , des Cypnnes , des Aslartes et des coquilles de tout autre genre.

Comme nous l’avons annoncé au commencement de cette discussion des caractères des Lucines, presque tout est variable dans ce genre; cependant dans des limites assez étroites pour qu’on le reconnaisse par un ou plusieurs des caractères énoncés et que l’on no retrouve pas dans les genres voisins. C’est ainsi que la forme orbiculaire est dominante; la charnière est variable, sans doute, mais elle ne prend jamais le caractère de celle des Cyrônes qui ont aussi des dents cardinales et des dents latérales. Dans le cas où, par exception , une Lucine aurait une charnière de Cyrèno, les impressions des muscles et du manteau la distingueraient facilement de ce genre. Quelques espèces ont une charnière qui so rapproche assez de celle des*. Cythérées: cependant, il faut en convenir, cette charnière n’a pas la régularité do celle du genre en ({uestion ; mais cette confusion ne saurait subsister aussitôt que Ton compare les impressions musculaires et celles du manteau , car dans les Lucines,

LES LUCINES

en question, elles ont des caractères propres au genre et no peuvent se confondre avec les Cytliérées. On voit par là do quelle importance sont les impressions musculaires pour caractériser les Lucines, et nous avons vu que les variations de ces parties sont réellement peu considérables relativement à celles de la charnière, par exemple.

La limite des genres n'est point une chose inditTéronte à quelque point do vue que se place le zoologiste. S’il envisage l’ensemble philosophique delà classification, il doit faire en sorte que tous les genres soient comparables entre eux et qu’ils soient fondés sur'dos caractères équivalents. Si , d'un autre côté , il considère la zoologie dans ses rapports avec la géologie, il doit encore conserver les mômes tendances et chercher à maintenir les genres dans la limite que la nature elle-même leur a imposée. Il comprend combien il est important qu'un genre représente fidèlement un type particulier d’organisation , puisque c’est l’existence de ce type dans les anciens âges du monde qu'il s’agit do constater. Nous avons déjà fait pressentir dans l'histolro du genre Pholadomye , tous les avantages qui résultent pour les sciences de la bonne conception des genres; car selon qu’ils seront plus ou moins étendus, plus ou moins découpés, ils existeront ou n'existeront pas dans certaines couches de la terre. Que l’on restreigne, par exemple, Ips Lucines, tel que le voudraient certains conchyliologues , à l'instant môme vous allez modifier la distribution des espèces dans les couches de la terre. Si , au contraire , vous conservez au genre toute l’étendue que comportent ses caractères , il devient alors facile de tracer fhistoire de son développement à travers les périodes successives de la création. Aussi nous ne cesserons de conjurer les sincères amis de la science d’éviter avec un soin scrupuleux ces démembrements inutiles des grands genres naturels. Le résultat le plus positif de ces découpures est de jeter la confusion dans la nomenclature, de troubler profondément l'harmonie de la science , d’en écarter pour un temps plus ou moins long les résultats les plus précieux ; et , enün , do rendre son accès difficile en hérissant la nomenclature d’une foule de noms qu’il faudra ensuite oublier. Les zoologistes et les paléontologistes agissent trop souvent dans l’éloignement les uns des autres ; ils perdent de vue rintérèt le plus sacré de la science, celui de son ensemble et de son unité ; ils oublient qu’ils tendent les uns et les autres au môme but , et que ce but ne pourra être atteint qu’au moyen do l’adoption définitive des principes uniformes qui doivent les diriger.

Toutes les Lucines sont des coquilles marines; elles habitent les rivages , elles se plaisent sur les fonds sableux et légèrement vaseux.

Quelques unes i^réfèrenl les lieux tranquilles et complètement vaseux ; elles se cachent alors sous les racines des plantes marines en se, creusant dans la vase un trou peu profond où elles ne font d'autres mouvements que de se rapprocher de la surface du sol pçur aspiVer dans la cavité du manteau l’eau qui est nécessaire à leur nnlrilion et à leur respiration. On comprend que ces animaux , dénués de siphons postérieurs, ont besoin de vivre dans une eau tranquille, car sans cela, enterrés sous le sable cl n’ayant pas un pied robuste pour en sortir, ils- périraient inévitablement dans les mouvements si fréquents que le sable éprouve sur les fonds de cette nature.

Les Lucines se rencontrent dans toutes les mers; quelques unes remontent très haut vers le nord , mais les plus p;randes sont propres aux régions chaude.s de la terre; c’est aussi dans ces mêmes régions que l’on trouve le plus grand nombre des espèces , et l’on peut dire qu'une faune riche en Lucines s'est produite dans une mer chaude. Ceci n’est pas tout à fait sans imporlanco pour l'étude des espèces fossiles, puisque leur rareté ou leur abondance permet à l'observateur d'estimer approximativement la température primitive des lieux où ces Lucines ont été recueillies. C’est ainsi , par exemple, que les Lucines étant très abondantes dans le bassin de Paris, on peut croire que ce bassin s’est comblé à une époque où la température de la France était au moins égale à celle de l'équateur, car dans aucune mer équatoriale actuelle ou no trouve rassemblé dans un espace aussi étroit un aussi grand nombre d’espèces de Lucines. Il en est de même pour le bassin de Bordeaux, et, en général, pour le second étage tertiaire. Il est également très riche en Lucines , et ce fait se joignant au reste de la faune accuse aussi pour cette période géologique une température équatoriale. Beaucoup moins nombreuses dans le troisième étage tertiaire , on s’aperçoit à l’instant môme qu’il s'est opéré un changement notable dans la température des mêmes lieux , et cette conclusion paraît d’autant plus rigoureuse qu’elle s'appuie sur l'identité d'un assez grand nombre d’espèces fossiles avec celles qui vivent dans nos mers.

Le nombre des espèces vivantes de Lucines connues de Lamarck était peu considérable, même en y ajoutant celles des espèces qu’il avait égarées dans d’autres genres, telles que les Amphidesmes, les Vénus, les Cylhérées. En 1843, mademoiselle Catlow en comptait 33 espèces dans son Conchological iwmenclator. Aujourd'hui nous en trouvons le double inscrites dans les divers ouvrages de conchyliologie. 11 est vrai que pour nous le genre Lucine est plus étendu que pour la plupart des autres naturalistes , puisque nous y faisons rentrer, ainsi

LES LUCINES

qu'on l'a vu, plusieurs autres genres qui en avaient été démembrés. Ces espèces se distribuent dans toutes les mers; il en est quelques unes, qui occupent de grands espaces, soit en Europe, soit en Amérique; il en est d’autres qui sont beaucoup plus localisées. Elles semblent davantage attachées à certaines circonstances ,de lieux et de localités. Parmi toutes ces espèces, il en est quelques unes qui jouissent de la singulière propriété de se trouver presque partout dans la zone inlerlropicale. C'est ainsi que le Lucina tigerina , par exemple , habite à la fois le Sénégal , la mer Rouge et le canal de Mozambique, tout le grand océan Indien. Il existe aussi dans le grand Archipel austral , et, enfin, se retrouve dans l’océan Atlantique, aux Antilles, et même, dit-on , sur le continent américain. Si dans les âges futurs de la terre, de nouveaux terrains sont soulevés sur divers points de la surface de notre globe, leur contemporanéité se trouvera naturellement établie par la présence du Mollusque dont nous venons de signaler la distribution à l’attention des naturalistes.

Les espèces fossiles sont plus nombreuses. Nous en comptons 242 réparties dans toutes les formations. Leur nombre s’accroît à mesure que l'on remonte des plus profondes aux plus superficielles. Mais quelle que soit la richesse des formations prises en particulier, aucune ne contient autant d'espèces qu’il y en a dans la nature actuelle. Ce genre , témoin de tous les changements qui se sont succédé à la surface de la terre, présente un intérêt particulier, et nous avons dû en rechercher avec soin toutes les espèces pour les constater d'une manière irrévocable et pour en établir la nomenclature définitive. Nous avons comparé les descriptions, et nous avons pu souvent les comparer aux espèces ellesmêmes. De ce grand travail . il est résulté de nombreuses rectifications dont nous présenterons seulement les principales à mesure que nous indiquerons le nombre des espèces et leur distribution dans chacune des formations géologiques. Mais avant d’en venir à ces détails importants, il nous semble utile de jeter un coup d’œil rapide sur quelques uns des ouvrages dans lesquels les espèces de Lucines fossiles ont été mentionnées d’une manière toute spéciale.

Après avoir relevé un grand nombre d’erreurs dans l’ouvrage de Goldfuss, dans les genres Vénus, Cythérée, etc., il nous est agréable d'en rencontrer beaucoup moins parmi les Lucines. Nous ferons remarquer seulement que parmi les espèces inscrites dans ce genre par le savant paléontologiste de Vienne , il en est une qui ne saurait y rester : c’est le Lucina lœvis qui doit passer parmi les Cardinia. Une autre, Lucina solida, est une véritable Vénus^ dont la charnière a été détériorée. Nous

77fi

aurons encore quelques observations à faire au sujet des Luema divaricMta^ uncinata, dentala et saxorum. Elles se trouveront mieux à leur place lorsque nous parlerons de ces especes en particulier.

M. Agassiz a traité des Lucines particulièrement dans son /co?tOj;raphio des coquilles terlîan'es , réputées identiques avec des espèces vi~ vantes; il a également mentionné plusieurs espèces de ce genre parmi ses Mactromya, dans un ouvrage non moins important, ses Éludes critiques sur les Mollusques. M. Agassiz est trop haut placé dans la science pour laisser ses travaux sans examen , ses opinions sans critique. Il jouit d'une trop grande autorité pour permettre à des erreurs de s'abriter sous son patronage, pour s’introduire dans le domaine de la science. Elles deviendraient d’autantplus nuisibles qu’elles s'appuieraient sur un plus grand nom pour se maintenir et persévérer longtemps.

Le premier des ouvrages de M. Agassiz , que nous venons de citer, est rempli d'excellentes observations , ainsi que nous l’avons déjà dit en diverses occasions. Nous regrettons, pour noire compte, que cet ouvrage no soit pas plus étendu , et que son auteur n’ait pas appliqué ses investigations à un nombre de genres beaucoup plus considérable. Néanmoins il a posé les vrais principes d’après lesquels on doit procéder à l’examen minutieux des espèces que l’on compare , et il a donné de bons exemples des erreurs qui surviennent à la suite d’un examen moins approfondi. Il faut dire que la science se perfectionne chaque jour. Il faut dire que celte question des analogues , que nous avons rendue si considérable par les nombreuses applications que nous en avons faites , était à peine aperçue il y a un© trentaine d’années par ceux des natu ralisles qui s’occupaient le plus de l’étude des fossiles. Ils prenaient sans difficullé pour des analogues incontestables des espèces dont les différences s’apprécient aujourd'hui avec la plus grande facilité. A cette époque on se bornait à l’ensemble ; aujourd’hui on descend à l’élude des plus minutieux caractères. Le premier, nous avons donné ce cachet de certitude à l’examen des espèces analogues. Cependant, arrivant dans un temps où des^méthodes moins rigoureuses jouissaient d’un grand crédit, il nous est quelquefois arrivé de nous attacher trop scrupuleusement à des opinions de Lamarck, que nous aurions dû abandonner. C’est ce qui nous est arrivé à l'égard de quelques unes des espèces examinées par M. Agassiz. Nous citerons particulièrement le Lucina divaricata , que nous croyions retrouver dans toutes les mers et fossile dans tous les terrains tertiaires; mais déjà depuis plusieurs années des observations sur un plus grand nombre d’individus de toutes les localités avaient profondément modifié notre opinion.

LES LUCINES

Rï. Agassiz, malgré lout son soin, n’a pu se soustraire à quelques erreurs d’un autre genre. C’est ainsi , par exemple , qu’il conteste l'analogie- des individus vivants et fossiles du Lucina colutnhella; mais heureusement M. Agassiz donne luL-môme le moyen de remonter h la source de son erreur : il prend pour le Coîumhella vivant, uno coquille qui provient des Antilles, différente sans le moindre doute de l’espèce du Sénégal, et de son représentant fossile dans le second étage tertiaire de l’Europe. II est à présumer que si M. Agassiz avait eu sous les yeux le Lxicina columbelta du Sénégal, il aurait reconnu avec nous son identité parfaite avec l'espèce fossile , si communément répandue dans le bassin de Bordeaux, dans les faluns de la Touraine , etc.

Dans ses études critiques , M. Agassiz a proposé un genre Mactromxja sur des caractères qui ne sont pas semblables dans toutes les espèces qu’il y a introduites. Dans les unes , en effet, nous voyons des impressions musculaires médiocres et une impression palléale profondément sinueuse en arrière; dans les autres, au contraire, les impressions musculaires sont très grandes et l’impression palléale est toujours simple. Ce sont ces dernières que nous relirons des Mactromya pour les introduire parmi les Lucines , quoiqu’elles soient généralement plus ovales et plus transverses que ne le sont les autres espèces du même genre. Par leur forme, elles sont intermédiaires entre les Lucines et les Corbeilles, mais elles appartiennent plutôt au premier de ces* genres. Nous avons été conduit au changement que nous proposons par l’étude de charnières parfaitement dégagées et de moules intérieurs d’une parfaite conservation. Ces coquilles, répandues dans les couches inférieures de la grande formation jurassique, commencent à se montrer dans le lias inférieur et quelques unes remontent jusque dans les étages supérieurs connus sous le nom de Kimmeridgo-Klay des géologues anglais. L’une de ces espèces, trouvée dans le lias inférieur d’Hermanstadt, a été prise pour une Cyclade par M. Dunker.

Douze espèces nous sont connues dans la série paléozoïque : deux descendent jusque dans les couches siluriennes, ce sont les Lucina antiquissima et Hisingert; la première a été découverte en Esihoniepar M. Eichwald ; la seconde vient de Gothland, où elle a été trouvée par M. Murchison. Sept espèces se répandent dans le terrain dévonien; il serait possible que ce nombre se réduisît à six, s’il était prouvé que le Liicina îineata deGoIdfuss n’est qu’une variété de VAntiqiuila du même auteur ; le plus grand nombre a été trouvé dans l’Eifel ; le Diifrcsnoyi , Verneuil, existe à la fois dans l’Eifel et en Russie; le GriffUhi est propre à la Russie, comme le Dedivis do M. Rœmer n’est encore cité

que dans le Hartz. Le terrain carbonifère contient trois espèces : l’une d’elles, Lucina unioniformiSf est le type du genre Edmondia do M. de Koninck; elle est à la fois en Angleterre, en Belgique et dans l'Oural,

Le Muschelkalk ne renferme que deux espèces de Lucines ; elles sont très différentes de celles des terrains sous-jacents, elles proviennent toutes deux de SainL-Cassian ; l’une d’elles , le Duplicata., Munster, est remarquable par une lunule très grande, séparée par un sillon aigu et profond.

La longue série des terrains jurassiques n'a jusqu’ici révélé l’existence que de vingt-quatre espèces de Lucines. Quatre sont dans le lias ; celle qui apparaît la première est le Lucina liasina, Mactromya liasina d’Agassiz; elle se montre dans le lias inférieur d'Hettange, près Thionvilie , où elle est citée par M. Terquem ; elle passe dans les assises moyennes et supérieures de ce terrain, et nous la retrouvons dans les couches les plus inférieures de Toolite. Cette espèce a de l’importance parce qu’elle existe à peu près partout où le lias se rencontre ; elle peut aider à le caractériser. Il en est de môme à peu près du Lucina œqualis , Mactromya œqUalis , Agassiz: il commence seulement plus tard dans la partie moyenne du lias. Si l'on rapproche les figures que Zielen et Goldfuss ont données du Lucina plana , on est surpris de leur trouver si peu de ressemblance, à ce point que l'on pourrait croire qu’elles représentent deux espèces très différentes, et cela est fâcheux, car l'espèce de Goldfuss est assez communément répandue dans le lias. Quant au Lucina elegans de MM. Koch et Dunker, il devra changer de nom, parce que depuis très longtemps, 1827, M. Defrance avait imposé ce nom à une espèce du bassin de Paris; nous proposons pour celle du lias le nom do Lucina Dunkeri.

Le groupe oolitique inférieur recèle sept espèces seulement, parmi lesquelles nous devons particulièrement citer \g Lucina cardioides (Corbula cardioides, Phillips, Mactromya, Agassiz). H est très répandu en Allemagne, en Suisse, en France et en Angleterre; nous devons citer encore le Lucina lyrata ûq M. Phillips, qui se rencontre plus spécialement dans le Kelloways-Rock en Angleterre , en Lorraine et en Allemagne,

Dans le groupe oolitique moyen nous comptons dix espèces, huit dans les couches oxfordiennes, deux dans le coral-rag: il esta remarquer que presque toutes celles de l'oxford proviennent de la Russie, spécialement des environs de Moscou. Il y en a une le Lucina phillipsiana , d'Orbigny, qui se montre en môme temps en Angleterre et en Russie. Celles du coral-rag sont citées en Angleterre et en Allemagne, le

LES LUCINES

Lucina aliéna de Bronn , par. exemple, Astarte aliéna de Phillips, Aslarle rotuudata de Rœmer et de Goldfuss. Le Lucmu obliqua , qui est dans le coral-rag d’Allemagne et de Frapce , devra changer de nom; celui choisi par Goldfuss ayant été appliqué par Defrauco à une espèce de. Hautevilie. Nous djOnnerons le nom de Lucina Goldfusi à l'espèce du savant paléontologiste allemand. Nous possédons quatre autres espèces encore inédites de Lucines du coral-rag : lune est de Luc (Calvados) , nous Pavons retrouvée à Commercy (Meuse) ; une autre est la géante du genre , elle vient de Sampigny ( Meuse) , elle est fort aplatie, elle a jusqu’à 4 centimètres de long et 1 0 de large. Nous connaissons cinq espèces seulement dans le groupe oolilique supérieur,- deux dans le Kimmeridge et trois dans le Portland. Quelques unes, et le Portlandica entre autres , se montrent en France et en Angleterre ; elle paraît descendre dans le Kimmeridge- Klay.

Les paléontologistes ont signalé jusqu'à vingt-neuf espèces de Lucines dans -la formation crétacée, nous en connaissons cinq dans le terrain néocomien, l'une d’elles. Lucina globiformis , Leymerie. se trouve en France et en Angleterre; s’il est vrai , comme le croit M d’Orbigny, que le Luema soUdula de M. Forbes soit la môme que le Dtipinkina, il y aurait alors une espèce de plus commune aux deux pays , et une espèce néocomienne de moins. Dans le gault et le sable vert supérieur il y a sept espèces , parmi elles la Lucmu sculpta , Phillips , passe d’Angleterre en France: il en est de môme de POrWeu/aris de Sowerby. Mais cette dernière devra changer de nom , parce que dès 1831, nous avions imposé cette dénomination à une espèce des terrains tertiaires de l’Italie et de la Morée. Nous proposons le nom de Lucina Sowerbyi, pour l’espèce crétacée ; Puue des espèces a été nommée Lucmu globosa par M. Sowerby. Si l'auteur avait consulté les catalogues , il y aurait trouvé déjà deux espèces portant le môme nom; depuis, d’autres naturalistes Pont encore employé. Cette dénomination spécifique doit rester à une espèce vivante nommée par Chemnitz. En souvenir de ses beaux travaux sur la craie de l’Angleterre, nous donnons au Gïoèosa de Sowerby le nom de Luema Fittoni. La craie chlorilée contient neuf espèces ; elles proviennent , pour le plus grand nombre, de Bohême et de AVestphalie Les paléontologistes allemands ne sont pas eux-mômes d’accord sur plusieurs de ces espèces; à en croire MM. ReusS et Bronn , il faudrait les réunir presque toutes au Lentkularis do Goldfuss ; les unes ayant été faites sur de jeunes individus , les autres sur des individus dont la forme a été modifiée par des compressions dans divers sens avant la solidification définitive de la roche; c’est ainsi que les Lucina lens , Rœmer,

Reichîi et Circuîaris de Geinitz devraient passer dans la synonymie du Lentîcularis. Cette dernière par sa distribution aurait un intérêt parliculior, car elle se trouve on Westpbalie, en Bohème et dans les craies supérieures do Maeslrichl. Les autres espèces sont do France et d'Angleterre. Deux espèces existent dans la craie blanche , Tune en Champagne, Taulre en Touraine. M. d’Orbigny les a fait connaître Tune et l'autre. Trois autres espèces ont encore été signalées dans la craie, l'une en Amérique, par M. d'Orbigny; les deux autres dans la craie do l'Inde, dans les environs de Pondichéry, parM. Forbes.

Les terrains tertiaires renferment à eux seuls beaucoup plus d'espèces do Lucines, que cette longue suite de dépôts sédimentaires qui les ont précédés. Nous en avons décrit vingt-cinq espèces dans noire Ouvrage sur les fossiles de Paris, Nous en connaissons actuellement le double auxquelles il ftuidra joindre les dix-huit espèces qui sont déjà connues on dehors du bassin de Paris , mais dans les terrains du môme âge. Aujourd’hui la faune des sables de Fontainebleau a été explorée plus complètement qu’aulrefois ; elle se distingue aussi nettement de la faune parisienne, proprement dite, que de celles de Télage tertiaire moyen entre lesquelles elle est placée. On doit à un savant et laborieux géologue , M. Hébert , des observations précieuses à ce sujet : le premier, il a entrevu l’analogie de celle faune des sables de Fontainebleau avec celle du Limbourg, et à Tavenir nous mentionnerons à part les espèces do cette faune, tout en les conservant dans l’étage tertiaire inférieur. Plusieurs espèces du bassiu de Paris méritent une attention particulièro , soit à cause de leur distribution , soit à cause des rectifications que leur nomenclature exige.

V Lucina angiiîata , Tiesh.

Axinus angulalits, Sow., Nyst, de Koninclc, Michelollî, Broun, etc., Phgchina bipUcalaj Philippi.

Nous commençons par cette espèce, l’une des plus intéressantes du genre. Sa forme singulière l’a fait considérer comme le type d’un genre particulier auquel nous avons consacré précédemment quelques observations. Par sa distribution dans les terrains tertiaires; cette coquille mérite une attention spéciale, nous la voyons apparaître, pour la première fois , dans les couches les plus basses de l’étage tertiaire inférieur. M. Sowerby l'avait signalée depuis longtemps dans les argiles de Londres ; M. de Koninck dans les argiles de Boom en Belgique , du mémo âge ; plus récemment nous l’avons découverte dans les sables de Retheuil , et M. Hébert vient d’en retrouver une variété plus gonflée dans les sables de Châlons-sur-VesIes , parallèles à ceux de Bracheux. On no rencontre plus cette espèce dans le calcaire grossier, mais elle

LES LÜCINES.

passe dans l’étage tertiaire moyen ; elle est spécialement à la Superga, , près de Turin. Elle disparaît encore une fois, elle n’est point citée dans les argiles ou les sables subapcnnins ; puis elle se montre de nouveau dans les sables supérieurs de Palermo; enfin , elle vit encore dans la Méditerranée. Voilà donc une espèce qui a traversé toutes les périodes tertiaires, sans éprouver de modifications bien sensibles, et qui est encore actuellement vivante; elle présente ce phénomène remarquable de paraître et de disparaître à trois reprises différentes. Il est à présumer cependant que des recherches ultérieures en indiqueront l’existence dans des couches intermédiaires où elle n’est pas connue aujourd’hui.

2° Les quatre espèces suivantes : Lucina sulcata , squamula , concentrica , ambiguaj sont communes au bassin belge et à celui de Paris. L'une d’elles, le Lucina squanmlat a été citée par M. Grateloup, dans le bassin de Bordeaux; mais nous pensons que celle de Bordeaux est différente. M. Defrance lui a donné le nom de Lucina lamelîosa.

3° Nous nous sommes expliqué tout à l’heure au sujet du Lucina dîvaricata. Cette espèce ne passe pas dans toute la série des terrains tertiaires ; elle y est représentée par des espèces très voisines. Celle du bassin de Paris , nommée Lucina pulchella , par M. Agassiz , se propage dans toutes les couches marines de ce bassin , et elle joue le même rôle dans les bassins de Londres et de Belgique; une autre espèce l’accompagne, c’est le Lucina milis.

Lucina saxorum , Lamk. , très commune dans les calcaires grossiers , ainsi que dans les sables marins moyens du bassin de Paris ; elle se retrouve aussi en Belgique, et dans le terrain nummulitique des environs de Nice à la Pallarea. Le Lucina saxorum de Goldfuss est une espèce distincte propre aux sables de Fontainebleau et du Limbourg ; celle de M. Michelotti est différente des deux autres et doit recevoir un nom nouveau.

5° Lucina mulahiîis , Lamk. ; elle a exactement la même distribution que la précédente. M. Grateloup la mentionne aux environs de Bordeaux ; nous ne l’y avons jamais vue , quoique nous ayons consulté les collections les plus riches de cette localité.

6° Lucina fortisiana , Def. ; celle-ci se rencontre a la fois à Valogne, à Paris et dans les calcaires grossiers de Blaye.

7° Le Lucina gîganlea , Desh., ne s’est pas trouvé à Vaîognç , mais il est en Angleterre, et comme la précédente, dans les calcaires grossiers'de la Gironde.

8” Le Lucina gibhosuïa est encore plus répandu que les précé-

dentes ; elle est connue dans le bassin de Paris, à Rdnca , h Castel Gomberto, et dans le calcaire nummulitique de la Pallerea. Nous la rapprochions autrefois d'une espèce qui eh est très voisine, et qui est propre à l’étage tertiaire moyen, M. Bronn lui a donne le nom de Luchia Iransversa.

Nous avons quelques rectifications à faire à l’occasion de plusieurs autres espèces de l'étage tertiaire inférieur. Le Lucina alhella de M. Nyst, par exemple, n’est pas identique avec celui de Paris. M. Hébert en a fait une espèce distincte sous le nom de Lucina Thierensi. Goldfuss a cru retrouver le Lucina uncinala des sables inférieurs de Paris, dans ceux d’Alzey et de Bunde. Entraîné par l’autorité de Goldfuss, M. Nyst a attribué le même nom spécifique h une coquille de Kleinspauwen qui est, en etfet, analogue à celle de Goldfuss; mais toutes deux diffèrent de celle de Paris, et devaient recevoir un autre nom. M, Hébert a reconnu l’erreur commise par M. Nyst, et a donné le nom de Lucina lenuistria à l’espèce de Belgique. Les sables deSaucats, près Bordeaux , recèlent une espèce très voisine du Lucina rennlata des calcaires grossiers de Paris. J\l. Bastérot d'abord, et M. Grateloup, plus lard , ont confondu les deux espèces ; nous proposons pour celle de Bordeaux le nom de Lucina profiinda.

Nous devons encore mentionner quelques espèces qui ont vécu plus spécialement dans chacun des bassins tertiaires inférieurs. Les Lucina allaviltcnsis et obliqua, Def., ne se trouvent qu'aux environs de Valogne. Les Lucina Volderiana et Galcotliana de M. Nyst, ne sont qu'en Belgique; le Lucina GoodhalH, Sowerby, ne s’est jusqu’ici rencontré que dans le bassin de Londres ; tandis que les Lucina corbarica et sulcosa sont propres aux terrains nummulitiques des Pyrénées. II est facile de comprendre que toutes celles des espèces non mentionnées précédemment sont particulières au bassin de Paris , et lu caractérisent.

Les sables de Fontainebleau et les couches qui les représentent dans le Limbourg et sur les bords du Rhin, renferment huit espèces, sur lesquelles nous devons nous arrêter un moment; plusieurs so trouvent en même temps dans le bassin de Paris et dans d'autres localités. Ce sont les Lucina squamosa , Tfiierensi et Heberti. Nous avons vu que le Thierensi est ÏAlbcHa do M. Nyst , et nous proposons le nom de Lucina Heberti pour l’espèce confondue avec le Saxorum par Goldfuss. Le Luciiia tenaislria se trouvé a AIzey et à Klainspauwen. Le Parvuîa de Munster se montre dans les mêmes lieux, et de plus à Cassel, d’après M. Philippi. Il en est de même du Slriatula de Nyst. Goldfuss a assimilé au Lucina denlala , de Bordeaux , une petite espèce qui est abon-

LES LÜCINES.

dante à Bunde el à Cassël ; cependant ces coquilles offrent des caractères qui les distinguent constamment; l’espèce de Goldfuss devra donc recevoir un autre nom , et nous lui imposons celui de Cordiformis , à cause de La profondeur de ses valves.

Quarante-trois espèces sont connues dans l’étage tertiaire moyen; déjà dans cet étage commencent à se montrer un assez grand nombre des espèces qui ont leurs représentants dans la nature actuelle. Nous les voyons apparaître dans les divers bassins du môme âge; quelques unes échappent aux dépôts plus récents , quelques autres s'y mêlent avec une nouvelle population ; parmi les espèces perdues , il y en a aussi quelques unes qui passent dans l'étage tertiaire supérieur; le plus grand nombre reste a ttaché à l’étage qui les a vus naître et qui les voit également périr.

II y a de ces espèces qui sont localisées; nous en comptons six dans les couches du Piéniont» la Superga, Tortone, etc. ; parmi lesquelles nous citerons le Luc/na miocemctt, ['Unguis^ \eTau)'inia. Sept espèces sont propres au bassin de l’Adour, el ne se montrent pas ailleurs : ce sont les Lucina dentata , Neglecta, de Bastérot, Trigonella , profunda ^ muUilameîlata , globulosa et globularis; cette dernière espèce devra recevoir un autre nom ; celui-ci ayant été employé depuis longtemps par Lamarck , et attaché à une espèce vivante , nous proposons pour elle le iiohi du savant qui en a fait la découverte , Lncina GrateloupL Deux espèces les Lucina exigua el nivea, d'Eichwald , paraissent ne pas sortir du bassin tertiaire du Nord.

Voici quatre espèces (pii méritent une attention toute spéciale, parce que, sans quitter l’étage moyen , elles se trouvent dans plusieurs localités à la fois.

1“ Lwcma îamellosa , Def., confondue par M. Grateloup avec le Sqiiamula de Paris ; se trouve en môme temps en Piémont, à Dax, à Bordeaux et dans le bassin de Vienne.

Lucina Agassisi , Michelotti , s’est rencontrée à Turin , à Dax et à Bordeaux.

3° Lucina Dujardinii , Desh. Nous donnons le nom de ce savant plein de mérite à l'espèce qu’il a prise pour le Lucina lactea; ces deux espèces sont extrêmement voisines , cependant la fossile a quelques caractères constants (jui la différencient de 1 espèce vivante; elle se trouve à Turin et dans les faluns do la Touraine.

4“ Lucina scopuloruin , Brong. Celle-ci a un intérêt bien plus grand encore que les précédentes; car elle se présente à la fois et en abondance dans tous les bassins de l’étage tertiaire moyen ; elle est du Vicentin , de Bordeaux et de Dax, des faluns de la Touraine. M. Dubois

•(le Montpëreaux l’a décrite de Wolhynie, sous le nom de Lucma incrassata; elle se trouve également aux environs de Vienne.

Nous avons trois espèces qui ont pris naissance dans l’étage moyen , et qui remontent dans l’étage supérieur pour s*y éteindre.

1° Lucma leoiiina, Bastérot; elle est à Bordeaux, k Vienne et à Asti,

2° Lncîna astensis qnl J sans sortir du Piémont, est dans les deux étages tertiaires.

3” Lucina transversa ^ Bronn, nommée plus 'lard Irregularis, par Audrzjousky, et confondue par M. Bastérot avec le Gibbosuîa de Paris. Cette espèce est particulièrement commune dans l’étage moyen, mais elle passe dans l’étage supérieur, d’après M. Phiiippi ; elle .est en Podolie, à Bordeaux, à Turin et en Sicile.

Des sept espèces encore vivantes, qui commencent dans l'étage tertiaire moyen, il y on a deux qui ne se retrouvent pas dans l'étage supérieur, ce sont le Lucina ornata, Agassiz, el Columbella , Lamie.

4® Le Lucma ornata a été séparé du Divaricala pour l’espèce qui est si abondante à Bordeaux, à Dax , en Touraine, et dans les autres bassins du môme âge, Vienne, la Wolhjmie, etc. ; il vit aujourd'hui au Sénégal; ce n’est pas celte espèce qui est en Sicile et en Italie; c’est le Bharicala véritable qui se trouve dans ces lieux.

2° Le Lucma cohmbellaest encore plus répandue que la précédente; elle est en abondance dans tous les bassins depuis la Wolhynie et la Podolie jusqu'à la Snperga près de Turin ; une variété peu importante a été distinguée sous le nom de Lucina candida, par M. Eichwald. Cette coquille est vivante dans les mers du Sénégal où elle est très abondante. M. Phiiippi en cite une valve fossile de Sicile , dans un tuf basaltique ancien, mais est-ce bien identiquement la même espèce? Nous faisons cette question parce que cette espèce se trouverait avec d’autres beaucoup plus récentes qui, pour la plupart, vivent encore dans la Méditerranée.

Les six espèces suivantes passent dans les terrains supérieurs et vivent encore aujourd'hui.

3® Lucma spmî/cra , Philjppi , Lucina hyatellokles , Bastérot, Venus spinifera, Monlagu , est une petite coquillp aplatie , ornée d’un rang d'écaillcs spiniformes sur le bord du cors?!et; elle est fossile à Bordeaux, à Turin, et dans l’étage supérieur en Sicile, en Céphalonie, etc. Elle est vivante dans l'Océan d’Europe ; nous en avons un individu de la côte occidentale de l’Afrique.

4" Lucina Inpiims (^Venus hipinus, Brocciii); elle est distribuée de la

LES LUCliNES. 786

même manière que la précédente , mais de plus elle est en Morée et à Turin ; elle vit dans TOcéan. d'Europe. «*

5“ Lucina pecten^ Lamk. Cette coquille est très abondante dans toute la Méditerranée ; elle est fossile en Sicile et en Morée. Nous la connaissons également de Saint-Avit, departement des Landes, d’où M. Hébert Ta reçue; elle est également en Wolhynie; elle nous a été communiquée de cette dernière localité par M. de Hauer.

6“ LucÎ7ia rotundata , Desh,., TeUina rolwulata , Mont,, Diplodonta, Philippi, est une coquille qui aujourd’hui vit uniquement dans la Méditerranée; autrefois elle occupait une plus vaste étendue, puisqu’elle se retrouve dans le crag d’Angleterre, au dire de M. S. Wood; elle est aussi fossile en Sicile et en Morée.

7° Lucina spurîa j Desh., Venus spuWa, Gmelin , Lucina raâula ^ Lamk,, Venus circinnata, Brocchi, Lucina anliqüata ^ Sowerby, Lucina affiiiis , Eichwald ; c’est peut-être la Venus borealis de Linné, mais nous n’avons aucun moyen de nous en assurer, la description de Linné étant insuffisante. Voilà une espèce qui a reçu cinq noms; nous avons dû reprendre le plus ancien, celui de Gmelin. Vivante dans tout rOcéan d’Europe , depuis les mers de Norwége jusqu’à la Méditerranée; elle est abondamment répandue à l’état fossile dans le crag d'Angleterre et de Belgique. M. de Hauer nous l’a communiquée de Wolhynie, où elle a été également rencontrée par M. Dubois de Montpéreux*; enflii, elle est dans les terrains supérieurs en Italie, en Sicile et à Üddevalla en Norwége.

Nous avons déjà cité deux espèces du crag; elles ne sont pas les seules qui se trouvent dans ce terrain , il y en a sept autres , dont les unes sont propres au crag d’Angleterre et les autres à celui de Belgique. Il paraîtrait qu’une seule, Luema aslartea , Nyst, serait commune aux deux pays, mais nous pensons que les rapports des espèces entre elles seront changés par une étude ultérieure que nous n’avons pu entreprendre, faute de matériaux suffisants.

En comprenant les cinq espèces précédentes parmi celles de l’étage supérieur, nous en comptons vingt seulement ; la différence dans le nombre des espèces des deux terrains est de plus de moitié , et encore pourrait-on dire de près des deux tiers , si l'on excluait les cinq espèces communes entre les deux épêques tertiaires.

Six espèces du terrain tertiaire supérieur sont déjà éteintes ; parmi elles nous remarquons deux Luema gîobosa: l’une citée par M. Sismonda dans son Stjnopsis , comme inédite du Musée de Turin , où elle a été nommée par Bonelli ; l’autre est le Globosa de Defrance , Venus T. ï. 2® PARTIE. 5o*

gîohosa de Brocchi. Nous avons dit précédemment à quelle espèce vivante ce nom de Ghhom devait être appliqué; les deux espèces fossiles que nous venons de citer devront donc recevoir d'autres noms : à la première nous donnons celui de Litchia Sismondæ; a la seconde celui de Lucina Brochii, Brocchi a cru trouver fossile en Italie l’analogue d’une Lucine des mers d’Amérique, connue sous le nom de Pensylvanica ; le rapprochement des deux types nous a fait reconnaître les différences spécifiques qui les séparent. En conséquence l’espèce fossile a dû prendre un autre nom , et noos lui avons imposé celui de Lucina orbicularis; elle se trouve en Italie et en Morée.

Des sept espèces, dont les analogues vivent encore, trois se trouvent dans la Méditerranée , et sont fossiles en Sicile : ce sont les Lucina fragilis , digitalis et commutata.

Le L«cma îaetea, vivante dans les mers d’Europe, est aussi fossile en Sicile , mais de plus à Asti et en Morée.

Les Lucina flexuosa et undata , vivantes dans l’Océan d’Europe , sont fossiles dans les terrains supérieurs de l’Angleterru.

Avant de franchir l’océan Atlantique pour examiner les Lucines du continent américain , nous nous arrêterons en Égypte pour y constater, dans les terrains quaternaires, la présence du Lucina tigerina, qui vit dans la mer Bouge ; nous nous arrêterons aussi à la Guadeloupe , où la même espèce est également fossile et vivante ; mais elle n’est pas la seule, elle est accompagnée des Lucina jamaicensis et edentula; nous avons le moule d'une quatrième espèce , qui pourrait bien être celui du Lucina punclata , mais il est plus renflé que cette espèce ne Test habituellement.

Les terrains tertiaires de l’Amérique septentrionale sont fort riches en Lucines fossiles. M. Conrad en a signalé récemment quatre espèces dans un terrain tertiaire inférieur très analogue à celui de Paris , par l'ensemble de la faune ; parmi ces espèces, il en est une, le Perîevis, qui a la plus grande ressemblance avec le Retiulala de Grignon ; les autres espèces, au nombre de quatorze, se distribuent dans les terrains plus récents. Un naturaliste américain d’un grand mérite , M. Lea , en a fait connaître six espèces (conlnhulfon on Geoîogy)^ provenant d'un terrain tertiaire moyen ou inférieur de l’Alabama ; parmi elles , celle que l’auteur nomme Corniita , a beaucoup de rapports avec le Lucina angulata (Aæfutis angulatiis, Sow.). Los autres espèces de TAmérique ont été décrites par M. Say ou par M. Conrad ; elles sont du Maryland , de Claiborne et des bords du Mississipi.

Enfin , pour terminer cette longue série d’espèces, nous dirons que

M. d’Orbigny a trouvé dans les terrains tertiaires supérieurs une espèce qui vit encore dans les mers du Chili , c’e'st \e Lxtcîna fialagonica.

Nous n'avons pu nous dispenser d’entrer dans les longs détails qui précèdent.; il nous a été impossible d’abréger davantage ce qui concerne un genre aussi important qui celui-ci, dans lequel sont rassemblées plus de trois cents espèces. Près des trois quarts dè ces coquilles sont fossiles et réparties dans toutes les formations. Nous avions aussi plus d’un double emploi à rectifier, plus d'une erreur à redresser, pour rétablir d’une manière certaine les espèces de chaque formation de chaque térrain. Nous ne suivrons jamais le fâcheux exemple de ces naturalistes qui semblent faire sortir la science toute faite de leur conception, sans aucune discussion, sans rappeler aucun précédent, dédaignant , pour ainsi dire, de s’expliquer et d’éclairer leurs lecteurs , s’imaginant sans doute par là persuader qu’ils en sont les premiers inventeurs.

Lncine d’Emond. Lucina untoniformis , Desh. , ^ .

PI. 14 Ô25. f. 7. 8. 9.

E, Testa ovato^rotunâatâ^ rugis transvhrsalibus^ tenue stnatis obâuctâ; hinula lanccolatà; umhonibus maxime recurvntis,

K/ï/owr/or/niV. Phillips, Geol, ofYo)k5, t.a.p. 209. pL 5. f. i3.

Edmondia unioniformis\ Koninck, Descript. des auim. foss. de Belg. p. 67. pl. I. f. 4.

Id, de Verneuil, Paléont. de Rassie, p. Sgo. n® i«

Habile.,. Fossile dans le terrain carbonifère de Belgique, de l’Angleterre et de l’Oural.

Celte coquille est celle pour laquelle M. de Koninck a fondé son genre Edmondia. Nous avons dit pourquoi nous n'adoptions point ce genre , il présente tous les caractères de l’un des groupes encore vivants du genre Lucina. Cette coquille est ovale, orbiculaire, gonûée, subcordiforme ; elle est inéquilatérale; sa surface extérieure est couverte de rides on de sillons inégaux produits par des accroissements. Les bords sont simples, et la coquille parfaitement close. La charnière se compose d’une lame assez large, un peu oblique, sur laquelle s’attachait un ligament externe presque complètement caché par le bord saillant du corselet. Cette lame se continue en avant au delà du crochet , et M. de Koninck a cru voir dans cette particularité un caractère d’une grande valeur de son nouveau genre ; mais si l’on vient à supprimer, par la pensée , les

petites dents cardinales du Lucina lactea j par exemple, on voit aussi la lame cardinale dépasser le crochet et s’étendre assez loin sur le côté antérieur. On ne peut juger des impressions musculaires et du manteau que d’après des moules intérieurs de la coquille. Les impressions musculaires sont grandes, ovalaires,, presque égales et assez semblables à celles des Diplodontes. L’impression palléale est simple et peu apparente.

Cette coquille a 22 millimètres de diamètre transverse et 20 de hauteur. ,

Lucine changeante. Lticzna mutabilisy Lamk.

PI. 16. f. G.

X. Testa orbicniato-ovaiâ^ obliqua, oompressâ ; intiis. valvîs radiaùin striatis ; cardine edentuîo^

Venus mutahiVis.'LtimV^ Ann. du Mus. vol. 7. p.ôr.et t. 9. pl. Si. f. 9.

Luctnajnutabills, Lamk. ans. vert, t, 5, p. 540, n®4.

ldi Defr. Dict. sc. nal. t. 3

Desh. Descr. des Coq. foss. de Paris, t. i, p. 92 pl. T4, f. 6, 7.

Id, Encycl. mélli. Vers. t. 2. p. 573. n® 4.

Sow. Gener. of shells. n® 27. f. 5,

Desli. Lamk. Anim. s. vert, 2*2 édit. l. 6. p. 224, n® 4*

De lïurf, Orycl. de Brux. pl. 18. f. e.

Galeotti, Géog. du Brab, Mem. acad. Brii.\, t. r2. p, 157. n**

Oral. Cat. anim. foss. de La Gironde, p. 64. n® 719.

Eoliez et MicliauJ, Cnl. Moll, de Douai, t. 2. p. 199. ti" 4,

Nyst, Defcr. coq. foss. Belg. p; 120. n° 78.

Habile... Fossile dans le bassin de Paris, dans celuideValogne, en Belgique, aux environs de Nice, à la Pallarra , dans le terrain nummnlilique.

Cette coquille est trop connue pour avoir besoin d'ôtre décrite de nouveau. Nous ferons observer seulement que Lamarck confondait avec elle une espèce qui en est voisine, d’où lui est venu probablement le nom 4e MtUahilis que lui a imposé le célèbre professeur. Cette coquille n’est pas plus variable que les autres Lucines ; il suffit de l’avoir vue une fois pour la reconnaître toujours avec la plus grande facilité. Sa charnière est sans dents ; son impression musculaire antérieure est excessivement longue, et, enfin, la surface interne des valves est profondément découpée par des sillons nombreux et rayonnants. Cette coquille acquiert quelquefois un volume assez considérable.

Les grands individus ont 0 à îO centimètres de longueur.

LES LÜCINES,

Lucine dts rochers. Lucina scopulorum^ Brong.

PI. 16. f. 7. 8.

Testa QrbicuJarl^ îçnticuîarî ^ dcprcs^â obliqua transversim irregulariter striata^ ninbombus minimis obliquis; îunuîâ parva^ ovato^lan^ ceolatâ; cardine edentulo } impressione muscuîari anticâ angustâj subperpendicuîari,

Brongniart, Terr, viceàt. p. 79.

Bastérot, foss, de Bord. p. 87. 11° 8.

Lttcuia incrassata. Dubois de Mootp. Foss, de Wolhy« p. 58. pl. 6« f. I, a, 3.

Dujardin, Foss. de Tour. p. aSg, n® 5.

Graleloup, Cal. zool. p. 64. n° 7.

Habile... Fossile dans le Yicenlrn, à Bordeaux, à Dax, dans les faluns de la Touraine, en Podülie , en Wolhynie, aux environs de Vienne.

Coquille très répandue dans l'élage tertiaire moyen, elle est commune dans toutes les localités où ce terrain existe; elle peut donc servir à le caractériser, et à cause de cela, elle mérite d’Ôtro connue des géolo' gués. Elle est obrondo , circulaire, déprimée et lenticulaire; sa surface extérieure est couverte de stries peu régulières d'accroissement. Les crochets sont petits , obliques ; ils s’inclinent au-dessus d’une lunule très petite , ovale , lancéolée , et profondément creusée. Au-dessous de cetto lunule, quelques rides irrégulières semblent séparer une lunule plus grande. Le èorselet n'est point marqué; les bords des valves sont simples : le bord cardinal est étroit , il ne porte aucunes traces de dents , soit cardinales, soit latérales. Une rainure, assez profonde, détache la nymphe du ligament, et elle est dominée par un bord fort saillant du corselet. L’impression musculaire antérieuro est étroite et peu allongée ; elle se dirige perpendiculairement de l’extrémité du bord cardinal vers le bord inférieur. Ce caractère est l'un de ceux qui distinguent le mieux cette espèce et la fait reconnaître parmi ses nombreuses congénères.

Cette coquille a 40 à 45 millimètres dans scs doux diamètres.

Lucine colombelle. Lucina columbella^ Lamk.

PL 15. f. 4. 5. 6,

Z. Testa aîbà, suhorblculatâ , convexo^gibbosâ, transversim multilaineüata; lunttlâ magna ^ cordatd y sulco profundo separatu: ano magna y ovafo, lamelloso; sulco distincto^

Bastéroi. de la Sôc, d’hi'l. tiat. de Paris pi. 5. f. ir.

MatheroD, Gat. méth. p. i45, n° 102.

Schmidt, Petref. Buch. p. i55.

Smith, quart. Jouro. geol, soc. t. 3. p. 412.

Philippi, Moll. Sicil. L i, p. 35. n® 7 ; t. 2. p. 26. 8.

Lucina Basterotî, Agassiz, Etud, crit. p. 58. n° 2. pl. 2. f. i à 6,. Lucina vulnerata, DeFrahce. Dict. sc. nat. t. 27. p. 275.

Liicina candida. Agassiz, Élud. crit. p. Sq. n® 3. pl, 2. f. 7 à i3. Lucîna Sismonda, Syu. Ped. foss. p. 16.

Dubois de Monip., Foss, de Wolhy. p. 57. no 3. pl, 6, f. 8, 1 1 . Lucina candidù. Eichwald, Arch. de Karst. t. 2. p. i3i.

Dujardin, Tour, p, 258. ii“ i.

Desh. Encycl. mélh. Vers, t, 2, p. 383,

Pusch, Pol. paléout. p. i83.

^roun, Lelb. geogu. t. 2. p. gSg. pl. 37. f. i3,

Hauer, Jahrb. 1837, p. 423, 661,

Grateloup, Cat. zool. p. 64. u** 6*

Geioitz, Giundriss, t. 2. p. 439. pl. x8. f. 9.

Habite le Sénégal. Fossile à Bordeaux , Dax , Turin , faluns de la Touraine , la Podolie , la Wolhynie , les environs de Vienne.

Cette coquille, très abondante dans les mers du Sénégal, présente Tanalogie la plus incontestable avec les individus que l’on trouve fossiles en grand nombre dans toutes les localités où se montre l’étage tertiaire moyen. Lorsque l’on rassemble un grand nombre dindividus, soit vivants , soit fossiles , on remarque quelques variétés parmi lesquelles on distingue celle pour laquelle M. Eiohwald a fait son Lucina candida. Celte même variété a été acceptée comme espèce par M. Agassiz , ce qui nous prouve que ces savants naturalistes n'avaient pas sous les yeux un nombre suffisant d’individus provenant de localités diverses. 11 n’est pas nécessaire que nous reproduisions ici la description d’une coquille aussi connue que le Lwcina co/um6ei/a. Les individus jeunes sont plus aplatis, les vieux sont presque sphériques, La surface est ornée de lames Iransverses courtes , régulières , concentriques plus ou moins serrées selon les individus , toujours plus rapprochées vers le bord des valves des vieux individus. Cette coquille est remarquable par la grandeur de sa lunule et de son corselet qui sont presque égaux , et l’un et l’autre séparés par un sillon profond. Les bords des valves sont finement dentelés. La charnière porte deux petites dents cardinales inégales et deux grandes dents latérales. La dent latérale antérieure de la valve

LES LÜCINES. 791

droite est conique , pointue et un peu comprimée à la base. Cette coquille est toute blanche en dedans ; elle est jaunâtre en dehors.

Les grands individus ont 27 millimètres do hauteur et 24 de largeur.

Lucine spinifere. Luçina spinifera^ Philippi.

PL 17. f. 3. 4. 5.

Z. Testa ovatâ^ transversâ ^ lenticularî ^ compressiusculâ , striis conccn" tricis numerosis lamelltformibus ; îunidâ impressâ îanceolatâ ; area utrinque squamis brevibits spinosis cinctâ; cardine dentibus latera^ îibns remotis,

Thomp, Fauna Jreî, (Invert,), p, a6i.

Venus spinifera. Mont. Testac. Brit.

Lucina hiateîloides. Ba&t. foss. de Bord, p. 87, pl. 5« f, i3.

Uicina hiateîloides, Sismonda, Synop. Ped. foss. p. 17.

Lucina spinifera, Slrickland, quart. Jour. geol. soc, t. 3. p. iio.

Lucina hiateîloides, Michelotti, Faune miocène, p. 116. pl. 4. f. ii,

Catlow, Couch. nom. p. 27.

Hanley, Desc. cat. p. 78.

Lucina hiateîloides, Phil. Moll. SicÜ. t. i. p. 32. 11® 2. p. 34. n“ 3.

Lucina spîrifera, Phil. Moll. Sicil. t. 2. p. 25. n'’ 3. p. 26, n® 3.

Lucina hiateîloides, Gratel. Cat. zool. p. 64. n® 727,

Jd. Dujardin, foss. de la Tour, p, 259.

Habite les mers d^Ëurope, la Méditerranée.. Fossile à Bordeaux, à Turin, en Touraine, dans l'étage moyeu; en Sicile, dans Pile de Céphalonie, étage supérieur.

Petite coquille fort intéressante; elle passe de la Méditerranée dans les profondeurs de l’Océan, et gagne aiusi la mer du Nord. Elle est ovale , transverse , très comprimée ; sa surface externe est couverte de fines lames transverses assez régulièrement espacées , mais peu rapprochées vers les bords. Les crochets sont petita, rapprochés, comprimés; ils partagent le bord dorsal en deux parties à peu près égales ; ils dominent une petite lunule étroite et lancéolée. Le corselet est lui-même très étroit et allongé sur son bord externe ; les lames s’y terminent en une écaille spiniforme. Le bord cardinal est étroit ; il présente deux petites dents cardinales et deux dents latérales petites et peu saillantes. Les impressions musculaires sont médiocres, l’antérieure est bilobée, à peine prolongée, à son extrémité inférieure.

Les grands individus ont jusqu’à 1 ë et 1 8 millimètres transverses.

Lucine lactée. Liicina lactea, Laink, PL 17, f. 1. 2.

Jv, Testa lentiformiy gibbâ, albâ ^ yellucidà^ transversïm tenuiter striata ; natibus tumtdis uncinatis,

Tellina îactea, Linn, Syst. nat. p. 1119.

Chemn. Concli. t, 6, p. i3o. pl. i3. f. i25,

Scrot. EinI, t. 2. p. 659. .

Gmel. p. 3240. U® 69,

Moulag. Test. Brit. p. 70. pl. 2. f. 4.

Matou et RacLut, Trans. Ihin. t. 8. p. 56»

Dorset, Cat. p, 3o. pl. 5, ï. 9.

Wood, gener. Couch. p. 187. n® 76.

Dilhv. Cat. l. r. p. 99. n® 62.

Amphidesina laccea. LamU. An. s. vert. t. 5. p. 49 r. u® 3. tuciniL Iactea, Id, An, s. vert. t. 5. p. 642. n“ 12.

Id. Payr, Cal, des Moll, de Corse, p. 4x. n® 67.

An eadcmp Loripède lacté. Blainv. Malac. pl. 72. f. n.

Lucina amphidesmoides. Desh. Encycl. méth. Vers. î. 2. p. 375. Lucina Iactea» Desli, Lamk. An. s, vert. 2' édit. t. 6. p. 228. n° 12, Amphidesina lucinaîis, Larak, An. s. vert. t. 5. p. 491. n® 6.

Tellina îactea, TuiTou, Linn. Syst. t. 4* p. igS.

IJ^ Id, Brit. fauna. p, i5i.

Id. Id. Concli. dict. p. 176,

Turlon, Concli. insul, Brit. p. 112. pl. 7. f. 4, 5.

Wood, Ind. test. pl. 4* k 76- Encycl. méth. Vers, pl, 286. f, i,

Philippi, Mol!. Sicil. t, i, p, 33. 34. n° ü. t. 2. p. 20, 26.

Callcw, Concli. nom. p. 26.

Jlanley, Descr, cat. p. 76,

Krauss, Sudafr. Moll.^p. 5,

Fossilis, Philippi, Loc, cit» t. i. p. 34* 11® 6. ,

Desh. Expéd. sc. de Morée. Moll. p. gS. 11® 89.

Habite rOcéan d’Europe, la Méditerraucç. Fossilç à Asli^ en Morée, en Sicile.

La Lucine lactée est une coquille bien connue , qui est devenue cependant le sujet de plusieurs erreurs. LamarCk, par exemple, la rapporte en môme temps à deux genres différents, les Amphidesmes et

LKS LUCINES.

les Lucines ; il confond avec elle une espèce qui en est distincte , quoique très voisine et provenant dos mômes mers. Nous avions pensé autrefois qu’une coquille des faluns de la Touraine est analogue à l’espèce vivante. M. Dujardin a adopté celle opinion, mais nous avons reconnu depuis que l’espèce fossile a des caractères qui lui sont propres. Le Lucina lactea est une coquille orbiculaire, lenticulaire , dont la surface est irrégulièrement striée par des accroissements ; les crochets sont petits, rapprochés, peu obliques; la lunule est à peine marquée ; elle est très petite ; les bords sont simples , minces et tranchants ; la charnière est étroite , elle porte au centre les rudiments d’une ou deux dents cardinales et des vestiges de dents latérales. Un sillon profond est creusé au-dessous du bord du corselet pour recevoir le ligament. L’impression musculaire antérieure est étroite , elle est assez régulièrement courbée dans sa longueur, et elle so détache de l'impression palléalo en formant avec elle un angle très aigu.

Cette coquille a 23 à 30 millimètres do diamètrè,

JjUcine obronde. Lucina rotundata^ Desh.

L. Testa convexâ^ lamisciila^ margine subundato ^ valvis bidcntatis,

Teîlina rotundata. Mont. test. Brit. p. 71, pl. 2. f. 3.

Id, Maton et nacket, Linn. trans. t. 3. p. 56.

id, Dorset, Cat. p, 3o. pl. 5. L 8.

Id, Wood, gener, Conch. p. 187, n® 77.

Id, Dillw. Cat, t. I. p. 99. 11° 63.

Id, Wood, Ind. Test. pl. 4* f- 77. *

Diplodonta rotundata, Philippi, Moll. Sîcil. t. i, p, 3i. p). 4. f. 7, et t, 2. p, 24.

Teîlina rotundata, Penu. Zooî. Prit. t. 4. p. 182.

Pectuncuîus tentiis. List. Couch. pl. 294, f. i34,

Tlioms. Faitna, Irl. p. 261.

Tnrion, Brit. Biv. pl. 7. f. 3. p. 114.

Callow, Conch, nom, p. 27.

Haniey, Desc. cat. p. 76,

Turton, Conch. dicl. p. 176.

Fossîîis, Morris, Cat. of Brh. fois. p. 89.

Desli. Expéd. sc. de Morce Moll, p, 94. n® 38.

S. Wood, foss, crag. Ann, nat. List. t. 6. p. 248. n® 3.

Habite rOcéan d’Europe, la Méditerranée. Fossile dans le ciag d'Angleterre, eji Morce et en Sicile.

Celle-ci appartient au genre Diplodonte de M. Philippi; elle ne manque pas de ressemblance avec le Lucina lupmus. Elle est obronde, assez épaisse ; son test est mince et fragile ; il est partout d'un blanc laiteux uniforme; la surface extérieure présente dos stries d’accroissement peu apparentes et très multipliées. Les valves sont équilatérales; le côté antérieur est étroit ; le postérieur est beaucoup plus large et sublronqué ; les bords sont minces et tranchants; le cardinal est très étroit , il porte au centre deux petites dents cardinales divergentes surxhaque valve. Les impressions musculaires sont médiocres , presque égales , ovalaires et très écartées; elles sont jointes par une impression palléale simple très rapprochée du bord inférieur. Quoique cette coquille ne soit pas parfaitement circulaire, ses deux diamètres sont cependant égaux; ils sont de 21 millimètres.

Lucine tigérine. Lucina tigerina^ Desh.

PI. 16. fig. 4. 5.'

L, Testa lentiformiy convexiusculâ deciissatim striata , albâ; intiis margine infero purpnreo; ano trigono impresso minimo; impressione mtiscuîari anticâ , prœlongâ; impressione pallii siniplici,

List, Conch. p. 337. f» ^74*

Bonami, Becr. part. a. f. 69.

Kumph. Mus, t, 42. f. H.

Guall, Test. t. 77. f. A.

D’Argenv. Conch, pl. 21. f. E.

Venus tigerina. Linu. Syst. nat. p. ii33; Gmel. 3283. n° 69,

Knorr. Vergn. 1. 4. pl. a. f. i.; et t. 6. pi. 37. f. 2,

Le Codock. Adans- Sénég. p. 223. pl. 16. f. 3.

Fav. Conch. pl. 47- L D*

Venus tigerina. Chemn. Conch. 7. p, 6, pl. 37. f, Sgo, Sgi,

Venus tigerina, Schrot, Eiul. t. 3. p. i36, n® 25,

Encycl. pl. 277. f. 4»

Venus ligerina. Dillw. Cat. t. i, p. igr. n® 76.

Cytherea tigerina, Lamk. An. s. vert. t. 5, p. 574. no 53,

Venus, Blainville, Malac. pl. 74» h 3,

Lucina tigerina. Desh. Dict. class. d’hist. nat. t. 9, p, 528 (1826),

Id, Desh. Encycl. méth. Vers. t. 2. p. 384. 37.

Sowerby, Gener, of shelis. 4i

Lucina tigerina. Desh. dans l. 6,. p. 3i8.

Callow, Conch. nom. p, 27,

LES LUCINES

Huiiley, Descr. cal. p* 77.

Krauss, sud Afr. Moll. p. 5.

Habite la mer Rouge, Focéan Atlantique, au Sénégal, aux Antilles , les mers de Tlnde, Fossile en Égypte, à la Guadeloupe.

Cette espèce est trop connue pour avoir besoin d’être de nouveau décrite. Elle est l’une de celles que Lamarck rapportait à son genre Cythérée. Le premier, en 1 826, article Lticine du Dictionnaire classiquey nous l’avons remise dans le genre Lucine, et la connaissance'de l’animal est venue confirmer notre rectification. Cependant M. Valencienne, dans un mémoire présenté à l’Académie en 1844, s’attribue sans façon le mérite de cette amélioration que nous avons fait prévaloir dans toutes les occasions. Nous avions pensé que cette espèce avait son analogue dans le bassin de Bordeaux ; mais nous avons reconnu depuis , en examinant un plus grand nombre d’individus fossiles , que nous avions commis une erreur, ainsi que M. Agassiz l’a reconnu lut-méme. L’espèce de Bordeaux devra donc conserver la dénomination spécifique que M. Bastérot lui a donnée. Le Lncina tigerina n'a été trouvé jusqu’ici à l’état fossile que dans les terrains quaternaires en Égypte et à la Guadeloupe. Fossile ou vivante, cette coquille est très variable; les stries transverses et longitudinales, qui en découpent la surface, sont plus ou moins fines, plus ou moins serrées; la coquille, ordinairement comprimée, prend quelquefois une forme subglobuleuse en vieillissant. Mais ces variétés se rattachent les unes aux autres par une série considérable de modifications qu’il est nécessaire de rassembler si l’on veut se faire une juste idée de la variabilité des espèces dans le genre Lucine.

Cette grande coquille a quelquefois 8 à 9 centimètres de diamètre.

Lucine bord-rose. Lucina punciata , Desh.

PL 16. fig. 1. 2. 3.

X. Testa lentiformiy orhicuîatâ^ convexiusculâ ^ crassâ, ponderosâ^ longitudinalîter sulcatâ; sulcis planuîatis; limho interno Tosco; discoUiteOy subpunctato ; irnpressione musculari anticày angustd ^ prœlongày obliquatâ^

Cytkerea punctata. Lamk. An. s. vert. t. 5, p. 574. o? 54.

Tenus punctata» Linn. Syst, nat. p, ii34j Gmel. p. 3284, n® 74.

Rumph. Mus. tab. 43. f. D.

Gault. Test, tab. 75. f, D. ^

Chemn. Conch. t. 7. p. i5. tab. 07. f. 397, 898.

Schi'ot. £inl. I. 3. p. i4o»

Encycl. pl. 377. f. 3.

Desh, Encycl. mélh, hist. naî. des Vers. t. 2. p. 335, n° 38.

Lucina piuictata. Desh. Dicl. class. d’hist. nat, t. 9 p. 528.

Sow. Gener. ofshells, n® 27. f. i,

Keeve» Coneb. syst. pl. 59. f. x.

Catlow, Conch. nom. p. 27,

Hanley, Desc. cal. p. 77.

Habite l’océan Indien.

Le Lucina punctata est l’espèce la plus voisine du Tigerina. Elle est orbiculaire , lenticulaire , comprimée de chaque côté , et cependant assez épaisse. Elle est presque équilatérale ; sa surface est couverte de larges sillons longitudinaux et très aplatis. Ils sont irrégulièrement interrompus par des stries d’accroissement. Le lest est épais et solide ; il est d’un jaune soufré en îedans et d’un rose pourpré sur les bords. La charnière est très large, elle offre deux dents cardinales , inégales et une dent latérale antérieure grosse et épaisse; la dent latérale postérieure manque complètement. Les nymphes sont très aplatie^. Elles sont séparées par un sillon dans lequel s'attache la tunique externe du ligament , tandis que sur leur surface interne vient se fixer la portion cartilagineuse du même organe.

Cette grande coquille a les mêmes dimensions que la précédente.

Lucine dentée. Lucina dentata, Desh.

Pl, 16. fig. 9: 10. 11,

Z. Testa orbiculatù •lenticnlarî convexà tenui^ alba^ pellucidà^ striis divaricatis numerosissirnis ornata; urnbonibns minimîs, lunulâ patya profundè excavata; cardine angtisto bidtntato; dentibus latcralibus subnuUis; inipresstone mnsctilari anticu ati^ustâ subperpen^ dicularif marginc postico dentieuhto^

TcUhia dentata. Wood gener. conch. p. 19^, n* 88, pl, 49. f, 7.

Id, Dillw. cal. t. t, p, io3. u® 71.

/</. Wood, ind. test, p), 4. f. 88.

Id, Catlüw, conch, nom. p. 26,

Habite la Nouvelle-Zclande.

Cette coquille, confondue parmi les variétés du Lucina th’uar/ca(a, se distingue non seulément de celle-là , niais encore de toutes les autres

du même groupe. Elle est orbiculaire, lenticulaire, assez épaisse ; son test est mince, blanc et subtransparent. La surface externe est couverte d’un grand nombre de stries divergentes plus serrées qu’elles ne le sont dans la plupart des autres espèces. Le sommet de l’angle que forment ces stries est situé à la partie antérieure de la coquille, vers le tiers environ de son diamètre antéro-postérieur. Les crochets sont petits, rapprochés, à peine obliques, lis divisent le bord cardinal en deux moitiés égales; ils dominent une très petite lunule arrondie et très profonde. Le bord des valves est crénelé; la charnière est étroite, elle présente deux dents cardinales . inégales et souvent irrégulières ; c’est à peine si l'on aperçoit les vestiges d'une dent latérale postérieure. Le ligament est porté par une nymphe étroite, mais fort longue, qui so montre à l’extérieur dans presque toute sa longueur. L’impression musculaire antérieure est étroite , allongée , elle descend presque perpendiculairement vers le bord inferieur, en formant ayec l’impression palléale un angle très aigu ; elle s’arrête au-dessous du milieu du diamètre transverse de la coquille. L’impression musculaire postérieure est ovalaire et très rapproèhée du bord.

Cette coquille a 27 millimètres de diamètre transverse et 2S de hauteur.

6ENRE ÔOIXANTE-TROISIÈME.

CORBE1X.X.E. Corhis, Cuv.

CAîiACTèREs GÉNÉRIQUES. — Animal ovale, gonflé, enveloppé d*un manteau ouvert dans toute la longueur du bord ventral et terminé en arrière par deux ouvertures sessiles. Pied médiocre, (Tomprimé, très extensible. Bouche petite, munie de deux lèvres étroites terminées par des rudiments de palpes labiales. Une seule branchie, épaisse, quadrangulaire , subtrapézoïde dé chaque côté du corps.

Coquille ovale, transverse équivalve ; crochets bombés, opposés. Lame cardinale épaisse, offrant deux dents cardinales épaisses, inégales sur chaque valve; deux dents laté-

raies: Tantérieure la plus grosse et la plus rapprochée des cardinales. Ligament extérieur enfoncé sous les bords du corselet. Impressions.musculaires grandes et écartées: l’antérieure ovale, oblongue, inclinée en dedans; la postérieure, plus courte, subcirculaire. Impression palléale simple renfermant l’impression musculaire antérieure et divisant la postérieure.

SYNONYMIE GENERIQUE. — Veuus, Linné , Chemnitz , Schroeter, Gmelin, Dillwyn , Wood. — Lucina^ Bruguière, Lamarck , de Blainville. — Fimhria , Mégerle. — Idothea , Schumacher. — Corhis^ Cuvier, Lamarck, Menke, Reeve, etc. — Spheera , Sowerby .

observations'. Le genre Corbeille a été institué par Cuvier, dans la première édition du Règne animal, pour ünê coquille déjà connue des conchyliologues. En effet, on en trouve des figures reconnaissables dans les ouvrages de Lister, de Bonami, de Gualtieri et d’Argenville. Linné la mentionna parmi les Vénus, et c’est dans ce genre qu'elle resta dans les ouvrages de Chemnitz , de Schroeter, de Gmelin , de Dillwyn,et même dans ceux beaucoup plus récents de Wood. Entraîné, par l’appréciation judicieuse de ses caractères , Bruguière, dans V Encyclopédie , avait compris cette espèce dans son genre Lucine ; Lamarck , de Roissy, et plusieurs autres naturalistes, adoptèrent cet arrangement jusqu’au moment où Cuvier eut proposé le genre Corbeille, qui fut généralement adopté, quoique longtemps avant, ce genre eût été proposé, dès sous le nom de Fimbria, par M. Megerle. Au

moment où Cuvier faisait connaître son nouveau genre , M. Schumacher le publiait de son côté, dans son Esnai d’une nouvelle classifiGatign des testacés. Il proposait pour lui le nom d' Idothea, Ce nom n’a pas prévalu, et celui de Cuvier est resté, malgré la priorité de celui de Mégerle.

Les classificateurs n’ont pas été d’accord sur la place qu’il convient de donner au genre Corhis. Bruguière en faisait une Lucine , et if semblait naturel que le genre nouveau restât dans le voisinage de celui d’où il a été extrait. Lamarck pensa que les Corbeilles devaient avoisiner les Tellines , et, en conséquence, elles vinrent se ranger entre les Tellines et les Lucines. Cuvier, au contraire, rapproche le genre de ceux de la famille des Cardiacées , et il le place entre les Cyclades et les Tellines , non loin des Donaces , d’un côté, et des Loripèdes , de l'autre. Cette opinion fut partagée par tous ceux des naturalistes qui adoptèrent de

préférence la classification do Cuvier: mais pour nous, qui n'avons jamais pris d’opinions qu’après avoir vérifié les faits sur lesquels elles reposent, nous n’avons admis ni celle do Cuvier ni celle de Lamarck, et dès 4 830, nous avons fondé la famille des Lucines, dans laquelle nous avons placé les Corbeilles à côté des Lucines. En effet , ces genres sont très voisins l'un de l'autre , à ce point que nous doutons encore de Tulilité de celui qui nous occupe. Tant que la coquille seule a été connue , on pouvait trouver en elle quelques caractères propres ù la distinguer des Lucines: mais depuis que l'animal a été incomplètement décrit par M. Valenciennes , le peu qu’il en dit , suffît pour démontrer son extrême ressemblance avec celui des Lucines ; par conséquent , nous étions fondé dans notre appréciation qui , pour dater de vingt ans, n'en est pas moins juste.

L’animal de la Corbeille est grand et épais ; il est ovale , transverse , subéquilatéral; le manteau qui l'enveloppe est semblable à celui des Lucines ; il est ouvert dans presque toute la longueur du bord ventral : ces bords , épaissis par un muscle orbiculaire, sont divisés en plusieurs feuillets, dont l'un, celui qui s’applique sur le test, doit être découpé pour produire les lames frangées de la coquille. En arrière , le manteau présente deux ouvertures ; nous soupçonnons qu’elles sont semblables à celles des Lucines, et nous regrettons que M. Valenciennes ait laissé sa notice incomplète sous ce rapport. Le pied des Corbeilles n’est point tout à fait vermiforme comme il l'est dans les Loripes. II est triangulaire, étroit , un peu comprimé de chaque côté; mais ce caractère ne devrait pas faire exclure les Corbeilles des Lucines, car nous connaissons quelques espèces de ce dernier genre chez lesquelles le pied est exactement semblable. Nous citerons entre autres le Ludna pectm de la Méditerranée. La bouche, dans les Corbeilles, est semblable à celle des Lucines; elle est fort petite , garnie de deux lèvres fort étroites . terminées de chaque côté on un très petit rudiment des palpes labiales. Les branchies sont également semblables à celles des Lucines : elles consistent en un seul feuillet de chaque côté du corps ; mais qui est très épais et d’une structure semblable à celle de la branchie des Lucines. De tous les caractères connus de l'animal , nous n'en voyons aucun qui s’opposerait à la réunion des Corbeilles et des Lucines.

11 n’en est pas tout à fait de môme de la coquille ; elle diffère de celle des Lucines par une forme plus transverse et des valves plus bombées ; mais ces caractères extérieurs se modifient, et il existe un passage presque insensible dans un certain nombre d’espèces soit vivantes , soit fossiles. C’est ainsi que le Lucina liasina est une de ces espèces

8oo

intermédiaires qui tiennent à la fois aux Lucines et aux Corbeilles, et que l’on devrait ranger dans ce dernier genre , si leur surface était ornée de lames transverses. Il en est de môme aussi d’une coquille du bassin de Paris , que nous avons décrite autrefois sous le nom de Psammobia dubia , et qu'une appréciation plus rigoureuse de ses caractères fait rentrer dans le type des Lucines; celte coquille, avec la plupart des caractères des Lucines , a la forme Iransverse des Corbeilles, sans être ornée des lames qui les distinguent.

Les Corbeilles sont des coquilles généralement ovalaires , épaisses, bombées, subcordiformes , subéquilatérales; leur surface, dénuée d’épiderme, est presque toujours couverte d’un réseau formé de lames Iransverses plus ou moins minces et do sillons longitudinaux, réguliers et rayonnants ; les crochets sont assez grands et protubérants ; ils sont peu obliques , très rapprochés , et ils dominent une lunule ovale , lancéolée, assez profcmdément creusée. Le corselet est Jui-méme déprimé; il est allongé, étroit, et il contient., dans une partie de sa longueur, un ligament externe en partie caché par un bord saillant. Les bords des valves sont épais , finement crénolés, parfaitement clos , lorsque les valves sont rapprochées. La charnière est supportée par une lame cardinale large et épaisse; elle porte, au centre, deux dents cardinales inégales sur chaque valve ; ces dents sont courtes , larges et épaisses. Aux extrémités de la charnière se montrent deux dents latérales; l'antérieure est la plus proéminente et la plus rapprochée des dents cardinales. Les impressions musculaires sont grandes , elles sont écartées et elles occupent les extrémités de la coquille. L'antérieure est ovale , elle s’incline vers l’intérieur des valves , et c’est en cela qu’elle ressemble à celle des Lucines; la postérieure est plus courte et plus arrondie. L'impression palléale est large, assez profonde; elle est simple et elle s'étend d'un muscle à l’autre en restant parallèle au bord inférieur. L’impression musculaire antérieure est comprise tout entière dans l'intérieur de l’impression palléale, tandis que l’impressioii postérieure serait divisée en deux si la ligne palléale se continuait à tra*vers elle.

On ne connaît jusqu’ici que deux espèces vivantes de Corbeilles : l’une d’elles, le Corbis fimbriata, habite le grand Océan de l’Inde, et 80 trouve aussi dans les îles de la Polynésie ; l’autre espèce , que le premier nous avons décrite sous le nom de Corbis elegans , vient des Philippines, où elle a été retrouvée par M. Cuming.

Le nombre des espèces fossiles est peu considérable. M. Bronn , dans son Index paleontohgicüs J en indique dix-sept, parmi lesquelles deux

LES LÜCINES.

8oi

sont douteuses; pour nous elles se réduisent à quatorze, quoique nous en admettions plusieurs que ii’a pas connues l’auteur de l’ouvrage dont nous venons de parler.

On a cru longtemps que les Corbeilles fossiles ne descendaient pas au-dessous des terrains tertiaires; cependant le plus grand nombre des espèces aujourd’hui connues se distribuent dans la craie et le terrain jurassique. Si l’on en croit M. Phillips, la première apparition du genre aurait lieu dans le lias supérieur; malheureusement les caractères de l'espèce ne sont pas suffisamment constatés: le Corbis uniformis est douteux pour l’auteur lui-méme. Il faut remonter un peu plus haut dans l’oolite moyenne (Kelloways-îlock) pour rencontrer avec certitude quatre espèces de Corbeilles.

Corbis lœviSf Sowerby; elle traverse toute la série des couches de l’oolite moyenne ; elle se montre dans l’oxford-clay, le coral-rag et le calcareous-grit ou coralien supérieur. Elle conserve la môme position en France et en Angleterre. Au sujet de l’espèce dont nous venons de parler, nous devons rectifier une erreur de M. Rœracr, qui , dans son Histoire des terrains oolitiqiics du nord de l' Allemagne ^ attribue le nom spécifique de Lœvîs à une coquille qui est bâillante, très inéquilatérale et qui très certainement n’appartient pas au genre Corbeille.

2° Corbis ovalis, Phillips; elle est de Poxfordien inférieur ou kelloway-roc des Anglais , et elle ne s’est rencontrée jusqu’ici qu’en Angleterre; il ne faut donc pas confondre avec elle le Corbis ovalis de M. Buvignier; cette dernière est du terrain oxfordien des Ardennes, et nous proposons pour elle le nom de Corbis depressa ; la quatrième espèce a été découverte dans le terrain jurassique moyen de la Russie, par M. Kayserling: elle est nommée Corbis sublœvîs , par le savant géologue.

Le coral-rag de la Meuse contient deux espèces décrites par M. Buvignier ; elles viennent toutes deux des environs de Commercy et de Saint-Mihiel : à Tune d'elles M. Buvignier a donné lo'nom d'elegans, quoique celte dénomination spécifique ait été attachée par nous depuis une dizaine d’années à une espèce vivante; nous proposons en conséquence de consacrer à l'espèce fossile le nom du savant géologue qui le premier Ta fait connaître ; elle deviendra le Corbis Buvignieri.

Quatre espèces sont mentionnées dans la craie : l'une d’elles, le Corbis corrugata^ Forbes , mérite de nous arrêter un instant. En 1822, MM. Mantell et Sowerby Pont fait connaître presque en même temps sous deux noms cl dans deux genres différents : pour lo premier de ces naturalistes, c’est le Venus ringmeriensîs , pour le second, c’est le Sphœra eorrugata; depuis, la môme espèce a été mentionnée par nous- T. 1. 2® PARTIE. T)!*

VirSGTiEME FAMILLE.

même, d’après un moule imparfait , sous le nom de Venus cordiformis, ]\J. Matberon en a fait le Cardium gallo-provinciale^ et M. d’Orbigny a reconnu que notre coquille et celle de M. Matberon sont de la même espèce et dépendent du genre Corbeille ; il l'a inscrite dans sa Pa/^u(ologie française sous le nom de Corbis cordiformis. Plus récemment , M. Forbes , dans le premier volume du Journal Irimespiel de la Société géologique de Londres, 1845, a reconnu l’identité du Sphœra corrugala de Sowerby, d’un côté avec la coquille de Manlell , et d’un autre avec celle de M. d'Orbigny. Actuellement il est facile de compléter la synonymie de l’espèce, et il devient nécessaire de lui restituer son premier nom spécifique : on devra donc l'inscrire désormais sous celui de Corbis corrugata . Forbes. Celte espèce se trouve à la fois en France, en Angleterre et en Suisse, principalement dans le terrain néocomien ; elle passe cependant dans le grès vert.

Une seconde espèce de la craie mérite encore d’être mentionnée, c'est le Corbis rotundata d'Orbigny. Elle se répand sur une grande surface, et parait propre à la craie chloritée ; elle est à la fois dans les bassins du Nord et dans ceux du Midi.

Les deux espèces du bassin de Paris sont les seules qui soient connues dans les terrains tertiaires, et il est bien remarquable de ne pas rencontrer le genre dans les étages tertiaires moyens et supérieur lorsqu’il vil encore aujourd'hui. Comment n’a-t-il laissé aucune trace de son existence pendant ces deux longues périodes? 11 les aura sans doute traversées , confiné dans des régions éloignées des lieux où il s'est montré d’abord en grande abondance.

Le Corbis peclunculus est la plus grande des espèces connues; elle est assez commune dans le calcaire grossier du bassin do Paris ; elle existe aussi dans celui de Valogne, et M. Grateloup la cite dans les calcaires do Blaye.'

Le Corbis lamellosa , Lamk., est beaucoup plus commune ; elle commence avec les premiers dépôts marias du bassin de Paris (sables de Bracheux); elle remonte dans le calcaire grossier où ello est d’une extrême abondance, et elle passe dans les sables marins moyens, où elle n est guère moins commune; elle subit de nombreuses variations soit dans la forme plus ou moins bombée, soit dans le nombre des lamelles qui la couvrent ; les individus de Bracheux ont les lames plus serrées ; celte espèce ne se borne pas au bassin de Paris , elle est aussi à Valogne, en Belgique, à Blaye , à la Palarea, près do Nice, dans le terrain numniuliüquo. Une variété plus bombée, très rapprochée de celle de Bracheux , est assez commune à Castel-Gomberto. Mais ce qui rend

LES LUCINES

cette coquille plus intéressante encore, c'est qu’elle se trouve aussi, d’après M. Conrad, dans les terrains tertiaires inférieurs do l’Amérique septentrionale. -Enfin, M. Slurt l’a rencontrée dans -les terrains tertiaires qui avoisinent le port Jackson à la Nouvelle-Hollande. Si l’identité est bien établie, le fait rapporté par M. Sturt est aussi intéressant qu’inattendu.

D’autres espèces de Corbeilles ont été citéesdans les terrains tertiaires. M. Brongniart, dans son Mémoire sur le Vicenlin^ a figuré sous le nom de Corbis Aglaurœ , une belle espèce de Vénus qui se rencontre aussi aux environs de Bordeaux. M. Bronn (/(abVns tertiœr Gebilde). a cru autrefois trouver en Italie plusieurs espèces de Corbeilles , mais il a luimême reconnu son erreur. En effet, les coquilles qu'il prenait pour des Corbeilles sont dos Lucines ou des Tellines ; à ce dernier genre appartient aussi le Corbis ventricosa de M. Marcel de Serres. [Geogn. des terr. tert., p, 146, pl. 6 , fîg. 2 , 3 ).

Corbeille élégante. Corbis elegans^ Desh.

Pl. 15. fig. 7. 8. 9.

Corb, Testa trans^ersâ , tiunidâ , gibbosâ , lacteâ aut rnbellâ ; radiis loscis obsoîetis ab umbonibiis nd mnrginem divergentibus ; iamelUs transvcrsis elevaùs ^ rernotiiisculis , utrinqiie serratis ^ antice 'validioribus ; striis mtmerosis radiantibus , intra lameUas; margiiie subcrassOy profnnde crennlato ; umhonibus longitudinaîibus ^ minuits , opposite incurvis; litnuld parvâ ^ subcordatâ,

Corbis Sowerbyi. Keeve, Proced, zool. soc. 1841.

Id. Reeve, Conch. syst. pl. 58, f. 4, 6.

Cailow, Conchol. nom. p. 26.

Hauley, Desc. cat. p. 70.

Desh. dans Cuv. 3® édit. pl. 102. f. i.

Habile le.s Philippines.

T rès belle espèce que le premier nous avons possédée , etque nous avons fait connaître , en la figurant dans cet ouvrage. La priorité du nom nous appartient , sans cela nous aurions accueilli avec empressement celui de M. Reeve; car il rappelle le nom d'un savant qui a rendu d'éminents services à la Conchyliologie. Celte Corbeille est ovale , transverse, subéquilatérale, très bombée; le côté antérieur est un peu plus long, et plus large que le postérieur. Les crochets sont saillants, très rapprochés, peu obliques; ils dominent une lunule d’une médiocre étendue, ovale,

lancéolée, très nettement circonscrite , mais peu profonde. La surface extérieure est ornée d’un grand nombre de lames transverses, fines , relevées perpendiculairement, à bord simple dans le milieu des valves, crénelé en avant, festonné et tranchant en arrière ; sur les crochets les lames sont très serrées, elles sont plus écartées vers les bords ; d’un côté, en dessus, elles sont lisses, de l’autre elles sont striées perpendiculairement ; les interstices sont couverts de stries longitudinales rayonnantes qui, partant des sommets, gagnent les bords, où elles se terminent par de nombreuses crénclures. D’un beau blanc laiteux eu dedans, cette coquille a le bord supérieur teint d’un rose tendre de la plus agréable nuance; elle est également blanchn en dehors, et de ce côté elle est ornée de rayons interrompus d’un beau rose tendre d’une grande fraîcheur. Cette coquille, fort remarquable par la finesse de ses lames et la fraîcheur de sa coloration , ne manque pas d’analogie avec le Corbis îamellosa du bassin de Paris ; elle est plus bombée et plus grande ; nous avons vu un individu presque aussi grand que le Corbis pectunculiis.

Corbeille pectoncle. Corbis peciuncuhis ^ Lamk.

PL 15. fig. 10.

€• Testa rotiindatâ^ 'ventricosâ ^ crassâ ^ canceUatâ, îameUis transversis crebrîs ^ ad îatus posticiim piicato^crispis , serratis.

Desh. Descr. des coq. foss. t. r. pl, i3. f. 3 à 6,

/</, Encycl. méth. Vers. t. 2. p. 6. n“ 2.

Id, Lamlv. Anim. s. vert. 2® édit. t. 6. p, 21g. n® 3.

Lamk. Ânim. s. vert. t. 5. p. 537. n® 3. ^

Gratel. Cat. zool. p. 65. n° i.

Bronn, luJ. Pal. p, 334.

Habite... Fossile des environs de Paris et de Hauteville , dans le Calcaire

grossier.

Grande et belle coquille qui ne manque pas d'analogie avec le Corbis eîegans , actuellement vivante dans les mers des Philippines ; elle est ovale , oblongue , transverse, subéquilatérale, bombée , à lest très épais et fort solide. Le côté antérieur est un peu plus long que le postérieur ; il est large , régulièrement arrondi. La surface extérieure est couverte de lames transverses, courtes, épaisses, obtuses dans le milieu des valves, minces , plus saillantes sur le côté postérieur, très élégamment crénelées sur le côté antérieur. Les interstices de ces lames montrent

LE6 LUCINES

un grand nombre de petites côtes longitudinales , régulières , rayonnantes qui , en aboutissant sur les bords , y produisent des dentelures régulières: les crochets sont grands, peu obliques, rapprochés, opposés; ils dominent une lunule assez grande, creusée et sublancéolée; les bords sont épais, ils s’élargissent avec l'âge en formant des plans inclinés , très régulièrement plissés dans leur largeur.

Les individus qui se trouvent à Hauteville , près de Valogne , sont un peu moins larges , et les lames , qui les couvrent, sont plus étroites et plus serrées. Nous avons vu autrefois un grand individu de la même espèce recueilli à Ronca par Maraschini , et qui offrait des côtes longitudinales plus grosses que celles des individus de Paris et de Valogne.

Les grands individus ont jusqu’à 10 centimètres et demi de large et 90 millimètres de long.

Page 1