GENRE SEIZIÈME
CORBUI.Z:. Corbnla, (Brug.)
PL 7- f. 9 a. 1 1. pl. 8. f. D a. 9.
CAHACTKREs génériqves. — Animal ovale , assez épais , les lobes du manteau réunis dans presque toute leur circonférence , une ouverture antérieure très petite , pour le passage
LBS MTATRKS.
d’un pied rudimentaire en mamelon ; siphons réunis ^ complètement rétractiles; branchies courtes, inégales, soudées à la base.
Coquille inéquivalve, inéquilatérale , close ou peu bâillante; la valve gauche la plus petite , charnière ayant , sur chaque valve, une dent horizontale, conique, et à côté une fossette.
Ligament interne inséré sur la dent de la valve gauche et dans la fossette de la valve droite.
. SYNONYMIE GÉNÉRIQUE. — Cardium , Walker. Mya, Montagu. Dilhvyn , de Gerville.T’eZ/f/za, Olivi , Brander, Brocchi. Erodona , Daudin, de Roissy. Jloldis .M.egexAe. Eivilia.Tnxiow , Thompson. Sphœ7iia,TlvLX\or).. Leiiiidiwn, Cristofori. Potamomya ^ Sowerby , Erycina{yxiX^.). Lamk.
OBSERVATIONS. — Avant que Bruguières créât le genre Corbule dans les planches de l'Encyclopédie, plusieurs espèces, appartenant à ce genre , avaient été signalées par les zoologistes. Chemnitz en avait représenté une sans savoir à quel genre il devait la rapporter. Olivi en trouva une autre dans TAdriatique, et il la mit au nombre des Tellines, cherchant ainsi à se rapprocher de l’opinion de Linné, qui avait introduit la Pandore dans la douzième édition du Système de la nature, sous le nom do Tellina ine~ quivaîvis. Montagu , dans sa Conchyliologie britannique , décrivit l’espèce commune dans l’Océan européen, et la. plaça parmi lesMyes. Bruguières se rapprocha beaucoup de l’opinion do l’auteur anglais; car, en créant le genre Corbule, il le mit à la suite des Myes. Malheureusement cette opinion do Bruguières fut entièrement oubliée , et les naturalistes, après avoir long-temps tâtonné pour trouver aux, Corbules des rapports plus naturels, ont été forcés de revenir à l’opinion de Bruguières, en y apportant de très légers changemens. Nous allons indiquer, do la manière la plus concise qu’il nous sera possible, les changemens que le genre Corbule a supportés dans sa classification : Bruguières n'ayant rien écrit sur son genre Corbule, nous devons croire que ce savant naturaliste aurait' justifié convenablement les rapports qu’il établit entre les Corbules et les Myes. Lorsque Lamarck, après avoir prison rang des plus distingués parmi les botanistes, se livra à letudede la zoologie , et plus spécialement â celle des animaux sans vertèbres, la science ne possédait qu’un potit nombre de
t8o CINQUIEME FAinUÆ.
principes, résultant du pou d’observations cpi’elle avait acquises par les travaux des naturalistes. Aussi, Lamarck, dans son premier essai de classification , se contenta do partager les ^ïollusques bivalves en deux classes principales : la première comprenant les coquilles irrégulières, et la seconde les coquilles régulières. C’est à la fin de cette seconde division que Ton trouve les Corbules, parmi les coquilles inéquivalves, entre les Peignes et les Térébratules. Comme on le voit, Lamarck ne tenait alors aucun compte du nombre dosmuscles, caractère dont il se servit par la suite avec beaucoup d’habileté. Quelques années apres, dans le Système des animaux sans vertèbres , le célèbre zoologiste dont nous parlons, ■nlercala quelques gmires entre les Pandores et les Corbules, mais, au fond, n’apporta aucun changement notable dans les rapports du genre dont nous traçons rinstoire. .lusque-là, Lamarck avait eu soin d’associer les Pandores aux Corbules, mais M. do Roissy, qui probablement avait eu connaissance de l’ouvrage de Poli , transporta les Pandores dans le voisinage des Solens, et mit les Corbules entre les Cames et les Gryphées. Ce fiitâ-pcii-près à cette époque que Lamarck commença à apprécier la valeur caractéristique du nombre des muscles dans les Mollusques acéphales; et Ton voit, dans sa Philosophie zoologique, qu’il utilisa ce moyen de classification , car on trouve les Corbules dans la famille des Camacées, dans laquelle sont rassemblés ceux des Mollusques diinyaires qui ont la coquille incquivalve, régulière ou irrégulière. Lamarck maintint la même opinion dans l’Extrait du cours. Cuvier fut le premier qui, selon nous, eut le mérite de revenir à un arrangement meilleur, et qui se rapproche beaucoup plus do celui de Bruguières que de celui de Lamarck. ^En effet , il comprend le genre Corbule a la fin do sa famille des Cardiacées, à côté des Mactres, et non loin des Myes qui commencent la famille suivante. Lamarck, dans son Histoire des animaux sans vertèbres, saisit avec empressement les indications de Cuvier, et proposa enlin sa famille des Corbulées, composée des deux genres Corbulo et Pandore, et qu’il plaça entre les Maclracées et les Lithopbagcs. Voulant concilier deux méthodes dont les principes fondamentaux sont différons, M. de Férussac, dans ses Tableaux systématiques des Mollusques , intercala maladroitement les Corbules parmi les Lithophages, de sorte que ce genre se trouve plus éloigné de ses rapports naturels que dans les classifications précédentes. Lalreillo eut au contraire le bon esprit d’imiter Lamarck, lorsqu’il donna sa Classification des Mollusques dans ses familles naturelles du règne animal. M. de Blainville se rapprocha beaucoup plus do la manière de voir de Cuvier. Dans le traité de Jlalacoiogie, le genre Corbule fait partie de la grande famille des Concbacées , où il est singulièrement interposé , ainsi
LDS iMYAll^ES.
itil
que les Clüliios et les Splièiies, entre les ün^ulines et les Vénérupes.
Nous avons vu , dans les généralités sur la famille des Myaires , par quelles séries d’observations nous avons été conduit à apporter des clmngemens notables dans les rapports du genre Corbule. Lorsque l’on a un grand nombre d’espèces sous les yeux , on en trouve quelques-unes qui se rapprochent extrêmement des Myes, et qui servent à lier les deux genres. Parmi ces espèces, se trouvent celles avec lesquelles M. Turton a fait son genre Sphœnia. Quelques autres, telles, par exemple, que le Corbuïa corn,’- 2)Ia7îaîa de M. Sowerby, ont beaucou[) d’affînHé avec les Pandores , et montrent les rapports qui existent entre ce genre cl les Corbules. Enfin , comme dans plusieurs autres familles , il existe plusieurs Corbules qui jouissent de la propriété de vivre dans les eaux douces, et ce sont ces espèces qui , pourM. Sowerby, sont devenues le prétexte de son genre Puiamomya. Comme ou le comprend sans peine, nons réunissons aux Corbules ces deux genres que nous venons de mentionner.
Quoique dans la plupart des espèces, la coquille des Corbules soit parfaitemeul close, l’animal a cependant la plus grande analogie avec celui des Myes.
Nous avons eu occasion d’observer deux espèces vivantes de la Méditerranée, le Corbula Mcdiltiranea et le Corbula 7incleus ; la première appartient à la section des Corbules aplaties, la seconde à colle des Corbules subglobulcuses. Ces mollusques sont ovulaires, assez épais; les lobes du manteau sont inégaux comme les valves do la coquille ellû-mèmc : ces lobes, épaissis sur le bord, font saillie en dehors de la coquille, et cette partie saillante est niiiico et membraneuse. \ voir l’animal à Pœil nu, il semble que le bord du manteau soit simple; mais, en l’examinant à l’aide de la loupe, on voit que ce bord est découpé en une frange à lobes festonnés qui vont graduellement en diminuant de profondeur, depuis le milieu jusqu’aux extrémités. L’extrémité postérieure de ce manteau se prolonge en deux siphons courts, gros, épais, inégaux, détaches au sommet et soudes dans le reste de leur étendue. Lorsque l’animal les fait sortir, ils se maintiennent dans une position constante, l’un par rapport à l’autre ; et si l’on fait passer une ligne [>ar leur axe, ces deux ligues se rencontrent à la base en formant un angle droit. Le siphon inférieur, ou branchial, est très difierent de l'autre; non-seulement il est plus gros, mais son bord est découpe eu nombreux tentacules digilés qui se recourbent et forment uii véritalfie dôme au-dessus do rouvcrtui-e. Les digitations de ' tentacules sccroiscntsouventet laisseutenlre elles de très faibles espaces à travers lesquels l’eau, destinée û lu respiration, est, t>üur ainsi dire, tami
sée avant de pénétrer dans l’intérieur du manteau. Aussi l’animal, au moyen des tentacules très sensibles qui garnissent son siphon, est averti dé la présence des moindres corps étrangers. Ces tentacules sont en nombres pairs et symétriques ; les plus petits alternent avec les plus grands. Le siphon anal est conique; son ouverture est rétrécie et faiblement festonnée sur son bord. Outre ces parties que nous venons de mentionner dans le Corbüla Mediterranea, il y a de plus, dans le nucléus, à la base des deux siphons, une série de très petits tentacules cylindriques qui se renversent en dehors, en rayonnant.
Les lobes du manteau sont réunis dans une grande partie de leur étendue; ils sont séparés dans le tiers anlérieur de leur longueur pour donner passage à un pied petit, sublinguiforme , ou lancéolé, et dont ranimai se sert avec beaucoup d’agilité pour remuer le sable et s’y cnfoticor. Une fois qu’il a creusé son trou, il se tient dans une position perpendiculaire, la bouche en bas, et il vient ou^Ti^ ses siphons à la surface du sable. La niasse abdominale est assez grosse, et dans les Corbnles subglobulèuses elle occupe presque toute la cavité dé la coquille. Si l’animal est contracté, son pied apparaît sous la forme d’un petit mamelon inséré sur la partie antérieure de cette masse viscérale. Pour voir la bouche, il faut détacher l’animal de sa coquille, séparer les deux lobes du manteau et renverser en arrière le muscle abducteur antérieur derrière lequel se cache une petite fente buccale transverse, garnie d’une paire de petites lèvres qui se terminent de chaque côté en une paire de petites palpes labiales allongées et étroites, libres dans presque toute leur étendue, et chargées de fines la melles à leur face interne. Dé chaque côté du corps se trouve une paire de fouillets branchiaux ; ces branchies sont inégales, comme dans les Myés. L’antis est placé en arrière et se débouche, comme à l'ordinaire, dans le siphon anal.
Si nous examinons acUielIement les coriuiües, nous les trouverons sans exception, régulières, transverses, inéquivalvcs, ordinairement closes et rarement un peu bâillantes à l’extrémité postérieure. Presque toutes les espèces sont striées transversaeraent. On n’en connaît encore qu’un petit uombreayant des côtes ou des stries longitudinales. A prendre les Corbules les mieux caractérisées, on trouve à la charnière une structure toute particulière. Une grande dent pyramidale assez souvent courbée dans sa longueur s’élève perpendiculairement sur le bord cardinal de la valve droite. Cette valve est toujours la plus petite. A côté de cette dent on trouve presque toujours une petite cavité. Sur la valve gauche, on remarque une échancrure profonde qui coupe carrément le bord cardinal et dans laquelle vient so placer la grande dent de la valve opposée. Sur le côté antérieur
LES MYAIKES,
iS’à
decette échancrure se relève une petite dent en crochet qui s’introduit dans une cavité correspondante de la valve droite. Le ligament placé à Tintérieur s’implante profondément dans Téchancrure de la valve gauche et sur la surface externe de la grande dent de la valve droite. On doit s’apercevoir que ce que nous venons de dire sur la disposition cardinale dés Corbules pourrait s’appliquer presque sans changement au genre Mye. Cette charnière présente quelques modifications qu’il est nécessaire de connaître pour bien juger les rapports du genre qui nous occupe. La grande dent pyramidale, d’abord fort épaisse, s’amincit dans quelques espèces dont le tèt est lui-méme peu épais. On la voit ensuite s’élargir, s’aplatir de plus en plus et finir par présenter la forme d’une lamelle triangulaire reçue dans une échancrure peu profonde de la valve opposée. C’est avec les espèces à charnière ainsi modifiée que M. Turton a fait son genre Sphône. Si Ton suit cette modification dans d’autres espèces, celte lamelle devient plus saillante, plus large, et offre la plusgrande ressemblance avec le cuilleron des Myes. A mesure que la dent pyramidale se modifie, la dent en crochet de la valve gauche éprouve aussi des changemens très notables. Elle s’amoindrit peu-à-peu et finit par disparaître dans celle des espèces qui se rapprochent le plus des Myes par la forme do la dent perpendiculaire de la valve droite. Ce que nous venons d’exposer se rencontre dans les espèces subglobuleuses ousubcylindracées. Si nous examinons les espèces aplaties, nous trouverons des modifications qui les rapprochent beaucoup des Pandores : dans ces espèces, en effet, la charnière a une tendance à s’allonger vers l’intérieur des valves. La dent perpendiculaire, amincie, reste courte, et à la base elle est séparée du bord par une échancrure assez profonde. La valve opposée a toujours une échancrure profonde pour l’insertion du ligament, mais les côtés do cetto échancrure se prolongent en divergeant dans l’intérieur de la valve, et le côté antérieur se relève sous la forme d’une très forte dent cardinale, pour venir s’insérer dans Téchancrure de la valve opposée. L-es impressions tnusculaires sont fort écartées, elles sont d’une médiocre étendue et elles sont réunies par une impressicm palléalo rarement échancrée aü côté postérieur, mais laissant un large espace pour l’insertion du muscle réiracteur des siphons.
Le genre Erodone de Daudiu, adopté par deKoissy, dans le BuÜbndeSunnini, est un double emploi de celui des Corbules, et pour s’en convaincre, il suffit de lire avecattenlion la description qu’ën donne le naturaliste dont nous venons de parler, dans les Suite au Buffon (tome vi, page 430 des Mollusques); peut-être que les deux esi)èce3 introduites par Laudin dans son genre, ne lui appartiennent pas ; mais le ^Jya Erodona doLamarck qui est une des coquilles de Daudiii, est une belle et grande Corbule assez voisine
1Ü4 Cli>yUIÈMt CAMILLE.
du Corbula yallica, comme nous nous en sommes assuré aulrelbis par i’exanren de l’échantillon de la collection de Lamarck.
Nous avons été en suspens sur la valeur du genre Ervilia de Turton. ÛJ. Recluz qui s’occupe avec distinction de Conchyliologie, et qui , depuis bien des années, rassemble les matériaux d’une Conchyliologie française, nous avait presque déterminé à conserver ce genre; néanmoins en examinant toutes les espèces vivantes et fossiles de Corbulcs, on en trouve parmi CCS dernières quelques-unes qui rattachent les Ervilies aux Corbules, mais en les laissant à Textrémilé du genre, vers les coquilles équivalves, puisque en effet les Ervilies sont des Corbules sensiblement équivalves, ce sont des espèces plates qui se rapprochent du Curbula Mediterranea avec laquelle M. Cristofori a fait le genre inutile (ju’il nomme Lentidium.
Les Corbules sont des animaux littoraux vivant dans le sable ou dans la vase, à une faible profondeur sous l’eau. 11 y a des parages où elles pullulent eu abondance. Ce sont des coquilles répandues dans presque toutes les mers, mais leurs espèces sont plus nombreuses dans les climats chauds quo Mans ceux qui sont froids ou tempérés. Le nombre des espèces vivantes connues est déjà considérable, puisqu’il s’élève à 52, d’après M. Reeve et le Catalogue de Mlle Gatlow.
Parmi les espèces vivantes, on en trouve quelques-unes (jui ont leurs rcprésenlans répandus à l’état fossile dans les terrains tertiaires; ce sont les suivantes.
Corbula binghami {SYÎ\ii'om'à. rar/un) .Vivante dans l'océan Européen.
Fossile dans le crag d’Angleterre, mais avec quelque doute, d'après M.S. Wood.