GENRE DIX-SEPTIÈME
NZŒRA (Gray).
PL 12 bis. Gg. 6 à 12.
CAEACTÈRES GENERIQUES. — Animal iiiconnu. Coquille mince, transverse, inéquivalve, parfaitement close, à crochçts grands, opposés, presque égaux; la valve gauche est la plus grande, son bord cardinal est échancré au-dessous du crochet et en dedans, au-dessous de Téchancrure, il présente un petit cuilleron profond et oblique, bord cardinal de la valve dx’oite non échancré, un petit cuilleron spus le crochet, et en arrière une dent latérale très saillante et recourbée; impression palléale médiocrement échancrée en arrière; ligament interne, fixé dans les cuillerons, et contenant en avant un petit osselet cylindracé.
SYNONYMIE GÉNÉRIQUE. — Teïllna Oüvi , Covhula impars.')
Les coquillesdu genre, dont nous allons nousoccupcr, étaient confondues avec les Corbules. M. Gray, le premier, en reconnut les caractères et établit pour elles un genre particulier dans Fédition anglaise du Règne animal! de Cuvier, publié par Grifith ; depuis, ce genre a été adopté surtout par les conchyliologucs anglais* la valeur et la constance desescaracièrcs justifient son adoption. Quoique très voisins des Corbules, les s’en distinguent nettement, etil est è présumer que ce genre aurait été proposé plustôL si Ton eut eu, dans les collections, des individus entiers. L’animal est inconnu, etil est à croire qu’il a de nombreuses analogies avec celui des Corbules. Quant à la coquille, elle est toujours plus mince que celle des Corbules; presque toutes les espèces sont très enflées, subglobuleuses, et terminées du côté postérieur en un long bec ; les valves sont inégales, mais, dans une moiadre proportion que dans les Corbules; les crochets sont obliques, ils semblent dirigés en arrière; leur sommet, cependant, s’incline en avant;
LES MYAIUES.
la valve gauche est la plus grande, c'est la droite dans les Corbules.
r.a charnière consiste, sur chaque valve» en un très petit cuilieron qui s’enfonce obliquement, de sorte que ces parties restent fort écartés, lorsque les valves sont réunies. La partie du bord cardinal de la valve gaucho, qpi est’ au-dessus du cuilieron , présente une petite échancrure triangulaire ; elle n’existe pas sur la valvç opposée; mais o\\ trouve sur elle une dent latérale postérieure assez forte, large à la base, recourbée sur elle-même; entre elle et le bord existe une dépression, dans laquelle vient s’engager le bord simple de la valve opposée. Un ligament étroit vient s’insérer dans les fossettes du cuilieron, et dans son épaisseur en avant, comme dans lesLyonsia, se montre un très petit osselet subcylindrique et caduc.
Les impressions musculaires sont un peu différentes de celles des Corbules. L’antérieure est assez grande , superficielle, subcirculaire ou ovalaire , faiblement bilobée à son bord supérieur. L'impression musculaire poslériôurc est petite, elle est tout près du bord, et comprend une partie de !q longueur de la dent latérale. Cetïe impression est semi-lunaire, creusée et bordée en dedans par une côte oblique qui, partant du fond des crochets, vient s’évanouir à la base du bec postérieur des valves. L’impression palléale n'est pas éloignée des bords des valves, elle eu suit les contours; parvenue à la base du bec, elle remonte en se courbant faiblement en dedans pour gagner l’impression musculaire |toslérieure.
Si l’on voulait attribuer à la présence d’un osselet dans le ligament une valeur caractéristique absolue, le genre Neœra devrait passer dans la famille des Osléodesmes; mais alors, il faudrait y admettre aussi quelques autres genres qui , évidemment par rcnscmble de leurs caractères, ne peuvent y être introduits ; il faut donc subordonner ce caractère à tous ceux que présente le genre, et voir si , indépendamment do lui , il se rapproche plus des Corbules que des genres do la famiHo des Ostéodesmes. Par la forme générale, par la nature de la coquille qui n’est point nacrée, par les impressions musculaires, par l’échancrure du bord cardinal de la valve gauche et surtout par la forme et la brièveté de Péchancrure postérieure de l’impression palléale, le genre Neœra appartient au type des Corbules, tandis qu’il se rapproche des Périplômes et des Anatincs uniquement par les ciiillerons du ligament et le petit osselet qu’il contient. Il est certain que celte cliarnièrc différé d’une manière bien notable de celle de.s Corbules. On n'y voit plus cette grande dent relevée, s’enfonçant dans une échancrure pour recevoir le ligament; disparaît aussi la dent conique de la valve droite; on peut donc considérer le genre Neœra comme intermédiaire entre les Corbules et la famille des Ostéodesmes, ce qui prouve , une fois de plus, que la nature ne fait rien de brusque, qu’elle sait nuan-
19*?. CINQUIÈME FAMIU-E.
cer à l’infini les coractèrcs des êtres, et les combiner de manière à déjouer tous les artifices de nos méthodes.
Parmi les espèces admises aujourd'hui dans les catalogues, il en est quelques-unes, telles que les Neœra Lata et Iridescens de M. Hinds , qui étant ovales, transverses, bâillantes de chaque côté, ne peuvent rester dans le genre où on les a placées, elles doivent entrer de préférence dans le genre Syndosmyc de JI. Recluz; car leur charnière offre des dents latérales, à la vérité peu apparentes à cause de l’extrôme ténuité du test, mais qui ressemblent à celles du genre en question ; il est un autre caractère qui rapproche aussi CCS espèces des Syndosmyes ; l’impression palléale , au lieu d’être à peine échîincrée comme dans les Neœra, offre une sinuosité très profonde qui envahit la plus grande partie de la surface interne des valves.
On compte actuellement dix-huit espèces vivantes dans ce genre et sept espèces fossiles ; ce sont des coquilles minces, fragiles, d’un petit volume qui , pour le plus grand nombre, habitent les régions profondes, sableuses ou vaseuses de la mer. D’après M. Forbes, il y a quatre espèces dans la Méditerranée , dont deux passent dans l’océan d’Europe, remontent jusque dans les mers du Nord , et sont fossiles dans les terrains subapennins de la Sicile et de Tltalie ; les autres espèces ont été recueillies dans les mers de Chine, aux Philippines, â la Nouvelle-Guinée et dans les mers d’iVmérique; tout porte à croire que ce joli genre recévra encore de nombreux accroissomens lorsque les naturalistes feront des recherches dans les mers profondes. Les deux espèces dont nous venons de parler sont le Tellina cuspidaia d’OIivi et notre Corhula costellaia , qui deviennent les Neœra cuspidala et costellala. Des cinq autres espèces fossiles qui nous sont connues, quatre appartiennent au bassin de Paris, la cinquième Neœra caudatUy Nob. Corbula caudata, Nilson, est de la craie supérieure (lu Nord ; elle se trouve également a ï\[acstricht cl à Cypli.
Neœra cuspidée. Neœra ciispidata. Hinds. PI. 12. bis.
fig. 6. à 8.
N. testa ovato^ohlongày aihâ 'X^cî roseo-tlnctày memhranaccâ, fi-agUi y trausvers'im irreguloviter strintà ; lafere autîco tumîdof ohlxisOy postico îonge-rosirato ■ dente cocUearlfoemt îniantOy obliquoyprofundo.
Te-Ulna cu.<pid(i!a. Olivi. Zool. Adrial. p. loi. pl. 4. f. 3, (ï7t)^)- Mya rostrota. SpcngW’r. Méni. de la Sor. d’Iii.U. nat. de Coponli. t, 3, p. i6.pl. 2. f. t6 ((793).
LES MYAIRES. 19^
Mya rostratu Chem. Conrb, I. ii. p. 19?»- 'ign. p. 1S9. C. D, Copiées (le Sjieng'er. (1790).
Id, Wood. général. Cottch. p. 97. n® 12.
id. Dillw. Cal. t. i p. 45. n® 9.
Id. Wood. Ind. testac. pl. 2. f, 12.
Anatina lûngîrostris» Lamk. Anim. s. verl, l. v, p. 463. iîo 4*
Corbula rostrata. Desh. dans Lamk. An. s. verl. 2* édit, t. vi, p. 78.
Td. Hanley. Descr, Cat, p. 46,
Efycum cmpidata, Risso. Europe mérid. t. iv. p, 366,
Corhtda cui/7fVo/a.Philip.Enuni. Moll. Sicil, 1. 1. p.17, n** 2. pl. i. f, 19 et I, II. p. 12. n° 3.
Ncœra cttspîdata, Hiiids. proc. zool. soc. iS43. p. 76,
id, Forbrs. Report on lhe Ægean invert. p. i43. 1843.
Fossilis, Telllnacuspidata, Brocchi, Conch. foss. snbap., t. ii, p. 5i5, n° 1 3.
Habite la Méditerranée, dans une zone qui s'étend depuis 12 jusqu’à t85 brasses de profondeur; elle habile aussi les mers du nord, d'où nous l'avons reçue de M. Keilhan; elle e:»l fossile en Sicile.
Pour avoir négligé les indications de Spengler et de Cheranîtz, quelques naturalistes ont divisé. la Synonymie de cette espèce et en ont transporté la plus grande partie, au iVeœra C/imensîs de Gray, qui vient des mers de la Chine. Il ne faut pas oublier, en effet, que la coquille de Spengler est de la mer de Norvège, de Bergen , et que Chemnitz s’est contenté de copier les figures du naturaliste Danois. La description et la figure de Spengler prouvent que l’-espèce peut acquérir un plus grand volume qu’on ne le croit ordinairement, et nous sommes confirmé dans cette opinion par l’examen que nous avons fait, il y a quelques années, d’un très grand individu de la Sicile , presque aussi grand que celui figuré par Spengler.
Cette coquille est ovale, Iransverse, enflée et arrondie en avant, terminée en arrière, par un long bec cylindracé, lorsque les valves sont réunies. Les crochets sont grands, très obliques, presque égaux; la surface extélérieure est finement striée en travers; les slries sont nombreuses, rapprochées, obtuses et peu régulières; au côté postérieur des crochets s’élève un angle obtus, qui bientôt s’élargit pour embrasser toute la largeur du bec; le test est mince et fragile, translucide, tantôt d’un blanc jaunâtre , tantôt d’un blanc rose, pâle et pourpré. Le plus grand individu que nous ayons a 13 millim. de long et 25 de large; celui de Spengler a un volume double.
Neœra costellée. Neœra costellata. (Forbes). PL 12 bîSj fig. 9 à 12.
iV. testà ovalo-^oblongà^ albây pellucidà, posticè longi^rostratâ, tvuîcèobtusâ^ teuuîy //ag/A'; costeUis numeroshyradianübus inœqualibus ornatâ,
Corbula costellata. Desh, Exp, sc.de Murée. Zool. p. 86. u® ii. pl. 24. f. I, 2. 3.
Neœra costellata, Forbes. Report on OEge. inv, 1843. p, 143.
Hinds. Proc. Zool. soc. 1843. p. 77.
Habite la Méditerranée et FOcéan d’Europe, depuis 3o jusqu’à i85 bras* ses de profondeur, d’après M • F orbes. — Fossile en Italie, en Sicile, en Morée.
Très jolie petite coquille, que le premier nous avons fait connaître à l’état fossile. Depuis, M. Forbes, à la suite de recherches d’un grand intérêt, a découvert le type vivant en faisant draguer à des profondeurs aux ^uelles il est difficile d’atteindre, etquenégligontd’cxplorerleplus grandnombre des naturalistes et des voyageurs. Cettecoquille estd’un blanc laiteux diaphane, si ce n’est vers les bords des valves où elle est couverte d’un épiderme très fin et brunâtre. Ses valves sont très concaves et terminées postériemement en un bec étroit, dont la longueur dépasse un peu le tiers du diamètre antéro-postérieur. Sa surface extérieure est ornée de f 2 ou 4 3 côtes longitudinales rayonnantes, qui vont graduellement en décroissant, et en se rapprochant d’arrière en avant; en aboutissant sur les bords, ces cotes y produisent des crénelures plus saillantes sur la valve droite que sur la gauche.
Il existe dans les sables inférieurs du Soissounais (Guise la Motte), une petite coquille un peu plus grande, qui a avec celle-ci la plus grande analogie; cependant on trouve à toutes deux des caractères coustans qui les distinguent.
Le Neœra costellata est une petite coquille qui a 5 millimètres de long et 8 de large.
Les Pandores.
CAEACTÈBES. — Animal aplati , ayant le manteau ouvert en
LES pandores. 195
avant, fermé dans le reste de son étendue et terminé en arrière par deux siphons courts, réunis et plissés; pied petit, comprimé, lancéolé ; palpes labiales étroites, plissées dans la moitié de leur longueur; deux feuillets branchiaux en tout, un de chaque côté du corps.
Coquille très aplatie , inéquivalve , la valve gauche la plus grande; impression palléale presque nulle, simple, éloignée des bords. Charnière ayant sur chaque valve une dent oblique pour l’insertion d’un ligament intérieur. Quelquefois un osselet court fixé au ligament.
GENRES. — Pandora, Myadora.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES. A Texemple de Lainarck et de tous les autres zoologistes, nous avions, autrefois, rapproché le genre Pandore des Corbules, et nous le comprenions dans la môme famille. Nous avons vu comment les Gorbules se rattachant à la famille des Myaires doivent en faire partie; les Pandores ne peuvent en être éloignées, et aujourd'hui que nous avons pu en étudier l'animal, nous croyons nécessaire de créer pour ce genre et celui des Myadores une petite famille qui, par quelques-uns de ses caractères, avoisine aussi celle des Osléodesmes.
Les deux genres Pandore et Myadore ont entre eux la plus grande analogie, et quoique l’animal de ce dernier ne nous soit pas connu, nous avons la conviction qu’il diffère à peine de celui des Pandores. Les coquilles sont très aplaties, généralement minces, inéquivalves, la valve la plus petite est celle du côté droit, souvent elle est plate, quelquefois elle est concave, jamais elle n’est convexe ; toutes deux sont nacrées, et ce caractère ne se montre pas dans les Gorbules; les valves sont très lisses en dedans, et l’on y distingue à peine une impression palléale; pour l’observer, il faut la chercher en dedans, loin des bords, vers le milieu de la surface interne ; elle est pou apparente, parce que les muscles du manteau sont en petit nombre, qu’ils ont peu de points d’insertion et ne constituent pas une ligne continue, commedansla plus grande partie des autres mollusques.Cette impression reste simple du côté postérieur; elle n’a pas même la sinuosité très courte des Gorbules, et cependant l’animal se termine postérieurement en deux siphons courts, à la vérité, mais qui peuvent rentrer complètement dans lu coquille lorsque l’animal les contracte. Néanmoins, dans quelques Myadores, on remarque une très petite échancrure à l’impression palléale. Les impressions musculaires sont petites, circulaires et toutes
SIXIKHE FAMitLE
deux rapprochées du bord dorsal. On conçoit que dans celles des espèces dont la forme est triangulaire, telles que certaines Myadores, ces impressions deviennent antérieures et postérieures. Dans les deux genres que nous réunissons, la charnière est à-peu-près la mèmej seulement dans les Myadores, le ligament porte un osselet attaché de la môme manière que dans les Neœra et les genres de la famille des Ostéodesmes. En présence de Tenserablede caractères par lesquels lesMyadores se rapprochent des Pandores, nous croyons que celui de l’osselet cardinal doit avoir une moindre importance et ne pas empêcher la réunion de deux genres que joignent toutes les affinités naturelles.
Nous ne pouvons caractériser cette famille que d’après l’animal du genre Pandore.
Cet animal est très aplati, son manteau est mince, à bords simples et sans tentacules ; il est ouvert en avant dans le tiers de son étendue; ses deux lobes sont soudés entre eux dans tout le reste de leur contour. Ce manteau se termine en arrière en deux courts siphons réunis, distincts au sommet. Les palpes labiales sont au nombre de quatre ; elles sont lancéolées, et leur surface interne est garnie de lamelles obliques dans les deux tiers de leur longueur. T.a masse abdominale est petite, et elle porte en avant un pied aplati ovale-lancéolé. De chaque côté du corps, l’animal présente un seul feuillet branchial, épais; parvenu à la base de l’abdomen, celui d’un côté se réunit à celui du côté opposé par le bord dorsal et ils descendent, en diminuant de largeur, jusque dans le siphon branchial, où ils se terminent en une pointe aiguë.
Les animaux de celte famille vivent à peu de profondeur sous les eaux de la mer ; ils s’enfoncent dans le sable vaseux où ils se tiennent perpendiculairement, la bouche en bas et leurs courts siphons vers la surface du sable.