GENRE VINGT-DEUXIÈME
^ÉRIPLOME, Periploma^ ScHUM PI. 8, fig. i5 à 19.
CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal incoiinii.
Coquille ovalaire inéquivale, iiiëquilatérale, subiiacrée, épaisse; le côté postérieur très court, un cuilleron oblique, étroit dans chaque valve, séparé du bord supérieur par un angle profond, dans lequel se place un osselet tiiangulaire; ligament fixédansles caillerons et sur l’osselet.
SYNONYMIE GENERIQUE. — Corbula , Brug, , Mj'a , Dillwyn ? Anatina, Laink., Reeve, Catlow , Hanley, Osteodesma de Blainville.
OBSERVATIONS. — Lc gcure Périplome a été proposé pour la première fois en 1817 par Schumacher dans son essai d’une classification des coquilles. L’espèce qui sert de type au nouveau genre était connue de plusieurs conchyliologistes. Bruguières l’avait fait figurer dans l’Encyclopédie parmi les Corbules, et Lamarck, dans son dernier ouvrage, l'a comprise parmi ses Anatines, en quoi il a été imité par ])lusieiu*s naturalistes Anglais. Dès 18^8, dans un mémoire lu à la Société d’histoire naturelle, et qui devait faire partie du sixième volume de son recueil , nous avons été le premier en France à adopter le genre du naturaliste danois, et nous l’avons fait avec d’autant plus d’empressement que , par de nouvelles observations, nous pouvions y ajouter des caractères importuns qui avaient échappe à M. Schumacher, et qui sont les plus propres à déterminer les rapports naturels du nouveau genre. La dissolution de la Société d’histoire naturelle de Paris mit obstacle à la publicalion de notre mémoire, mais bientôt après nous trouvâmes occasion d’en répandre les matériaux essentiels dans plusieurs articles de l’Encyclopédie, et d’indiquer la composition de noire famille des Ostéodesmes dans les tableaux de classification qui accompagnent l’article Mollusques. A cette époque, le genre Périplome était , pour nous, comme il l’est encore aujourd’hui , voisin des Anatines , des Lyonsics et des Ostéodesmes.
Quoi(]ue déjà suffisamment caractérisé par le naturaliste danois, le genre
LES OSTÉODESMCS.
Périplome paraît avoir été mal compris par M. de Blainville : on voit, en effet, dans les dernières additions et Corrections au manuel de Malacologie, ijue son savant auteur attribue le nom d'Ostéodesmo au genre Périplome, ce dont on est assuré, puisqu’il cite pour type du genre VAnatina trapezoidalis deLamarckqui est aussi le type du genre Périplome de Schumacher; de plus, M de Blainville emprunte les caractères de l’animal de son genre àVÂnatinamyalis deLamarckqui est une véritable Thracio, comme nous le verrons bientôt. Ce que nous venons de dire doit suflire pour faire comprendre les rectifications importantes que doit subir le genre Ostéodesme de M. de Blainville; c’est pour n’avoir pu les faire, ces rectiQcalions , que M. Scacchi a été conduit à proposer un genre Pandorùia pour une coquille qui appartient au genre Lyonsea de Turton, et que nous comprenions autrefois darjs notre genre Ostéodesme. Enfin , nous le ferons remarquer ce n’est pas sans raison que nous avons dit ne pas connaître l’animal du genre Périplome, puisqu’en effet c'est celui d’une Thracio que M. de Blainville a décrit sous le nom d’Osléodesme ou de Périplome. Nous avons vainement cherché le genre Périplome dans la Conchyliologie systématique de M. Beeve, publiée en 1841 , c’est-à-dire plus de vingt ans après la création du genre par Schumacher, plus de dix ans après son adoption par noiis , qui , par la découverte de l’osselet cardinal , avions rendu ce genre indispensable dans un cadre générique complet. 11 est probable que M. Iteeve ne sépare pas les Périplomes des Anatines, si l'on en croit du moins le Conchologüt Nomenclator de M*'® Callow, fait sous les inspirations du naturaliste dont nous venons de parler. Cependant, dès 1835, nous avions présenté les caractères complets du genre, dans la nouvelle édition des j4mma«oc sans vertèbres de Lamarck. D’autres zoologistes, tant en Angleterre qu’on Amérique, ont adopté le genre, et M. Conrad, entre autres, a ajouté deux espèces a celle qui seule était connue dans quelques collections d'Europe.
Les coquilles du genre, dont nous nous occupons, so distinguent nettement de celles des autres genres de la même famille. Elles sont inéquivalves, inéquiiatérales; l’inégalité des valves est plus considérable que dans la plupart des autres genres; non-seulement la valve droite, comme dans les Corbules, est plus profonde que l’autre, mais encore elle la déborde dans presque toute sa circonférence ; lescrocbeU sont petits, peu saillans, et viennent descendre très obliquement vers l’extrémité postérieure, où ils surmontent une sorte de corselet dans la largeur duquel les bords sont flexiKMix comme ceux des Tellinos; les crochets offrent de plus ce caractère remarquable d’être fendus dans toute l’épaisseur du test , caractère que nous retrouverons, d’une manière plus évidente, dans le genre
suivant, celui des Analines.Les bords des valves sont simples; à Tintérieur, les valves sont subnacrées; la charnière est fort singulière, un cuilleron épais et étroit , prend son point d’appui sur une côte assez épaisse que Ton voit en dedans à la partie supérieure du bord postérieur; le cuilleron se projette en dedans, d’arrière en avant, en laissant entre lui et le bord dorsal , une échancrure étroite et profonde ; c’est dans cette échancrure que se place un osselet mobile, triangulaire, subéquilatéral, dont les angles sont mousses et arrondis ; les deux surfaces planes sont en contact, l’une avec le bord supérieur des cuillerous, l’autre avec le bord supérieur ou dorsal des valves; le contact de ses parties avec l’osselet laisse sur lui de petites empreintes dont la plus large résulte de l’insertion d’une petite portion du ligament ; cet osselet servant à-la-fois à compléter le cuilleron et de dent cardinale : le ligament est complètement intérieur.
L’impression musculaire antérieure est longue et très étroite, elle occupe le tiers antérieurdu bord supérieur, elle se prolonge en arrière en une ligne creuse qui se dirige vers la cavité des crochets, mais s’arrête avant d’y pénétrer. L’impression musculaire postérieure est petite, elle est subcirculaire ou plutôt semilunaire ; on la trouve non loin de la charnière , près du bord. L’impression pallcale est très nettement marquée, elle se montre non loin des bords des valves, dont elle suit exactement les contours; sur la valve gauche qui est la plus petite , cette impression , ainsi que celle des muscles, est presque sur le bord lui-même; parvenue à l’extrémité postérieure et inférieure des valves, cette impression s’infléchit en dedans et présente une sinuosité courte et triangulaire. Si l’on examine la cavité des crochets, on y trouve une petite cicatrice linéaire correspondante à la fente apiciale.
Les Périplomes sont des coquilles généralement plus épaisses que celles des autres genres de la famille des Ostéodesmes; néanmoins, ils ne peuvent être éloignés des Anatines avec lesquelles ils ont les plus grands rapports ; cela ressortira avec évidence , si l’on compare les caractères principaux des genres pour en montrer les ressemblances et en signaler les diflérences. Dans les genres qui précèdent Lyonsie et Ostéodesme , le cuilleron est appliqué le long dp bord postérieur et le ligament recouvert par un osselet cardinal plat; dans les Anatines, le cuilleron se détache, se porte en avant et entraîné avec lui l’osselet qui occupe le côté antérieur des caillerons. Ici, les caillerons se détachent aussi, mais la brièveté du côté postérieur et la manière dont il tombe, a déterminé la position spéciale du cuilleron laissant une échancrure entre lui et le bord supérieur, dans laquelle se loge comme un coin l’osselet de la charnière. Les Périplomes n’ont pas la coquille aussi bâillante que les Anatines; les valves
LKS OSTÉODESMES.
ai9
sont moins écartées que celles des Lyonsies, elles laissent voir seulement un faible écartement à leur extrémité postérieure. Dans les trois genres que nous comparons, le test est nacré, l’épiderme très fin et la surface souvent couverte de très fines granulations, tantôt éparses, tantôt en lignes longitudinales ; les impressions musculaires et du manteau ont, dans ces genres, la plus grande analogie. De toutes ces ressemblances, on peut conclure que le genre Périplome est réellement voisin des Anatines : il doit faire partie de la famille où nous le plaçons.
Nous ne connaissons aucune espèce fossile que Ton puisse rapporter aux Périplomes, car nous ne partageons pas l’opinion de M. d’Orbigny qui , dans sa Paléoniologie française^ admet, dans ce gènre, quelques espèces connues seulement à l’état de moule et provenant du terrain crétacé et des terrains jurassiques, parce qu’elles n’offrent pas les principaux caractères du genre ; on effet les Périplomes vivans ont les valves très inégales ; dans les espèces fossiles en question, les valves sont sensiblement égales, comme dans les Anatines; dans le Périplome, le côté postérieur est plus court que dans les fossiles. Par la cavité que laissent les cuillerons , dans les moüles fossiles, on voit qu’elle n’a pas contenu d’osselet; on ne trouve aucune trace de cette partie importante : il est vrai que du côté postérieur au-dessous du crocliet les moules fossiles présentent deux impressions obliques, symétriques, qui résultent certainement d’une côte oblique et postérieure qui, dans la coquille entière, servait d’appui aux cuillerons; mais ce caractère nesuffit pas pour faire entrer ces coquilles dans les Périplomes , car il se retrouve identiquement semblable dans le genre Cochlodesmade M. Couthouy. C’est à ce genre que nous rapporterions de préférence la plupart des espèces de Périplomes fossiles de M. d’Orbigny. Ainsi, le genre Périplome se réduit en réalité à un petit nombre d’espèces AÛvantes des mers chaudes de l’Amérique.
Périplome inéquivalve. Periploma inœquimhis. Sow- Pl. 9. fig. 7. 8.
P. tepâ ovalo-quadratà, alhây iransversim irregnlarlter striata * posticè anguiatàf brev'tssimè subrostratâ^ 'valvâ dextrâ profimdâ^ majorîy sinhtrâ suhplamdatà ; umbonîbus minlmis inœqualibiis sithemarginaiis ; dente cachleari angusto^ preedito ossiculo trigono, pJanulato,
Corbula, Encyci. pl. 23o. f. 6 a. b.
Anatina trapezoides. Lamk. Anim. s. vert. t. 5. p. 46.',. n° 6.
Periploma inœquivahis, Sclitim. Essai d'unnouv. syst, de Conch, p, ii5. pl. 5. f. 1. a, b.
Osteodesma trapezoidahs, de I5lainv* Malac, nouv. ad, el corr, p. 66o« pl. 75. f. «.
Periploma trnpezoides- Dcslt. Ei»py. mélh. vers. t. 3. p. 733.
/i/. Desh. Lnmk. An. s. verl. 2*" cd. t, 6, p. 79 el 8f.
Periploma inœquUalvh. Sow. Conch. nian. f. 72.
Osteodesma trapeZOLdes,Cst\\o\\\Ç,Qx\ûi, nom. p. 8. ti" 8.
Periploma trapezoides,}\tsïi\ty . Dcsc. cat, p, 21.
Wood. Ind. lest, suppl. pl. lu. f. 3?..
Habile les mers du llrésil.
Coquille ovale subtrapézoïde, très inéquilatérale, le côté postérieur tronqué presque perpendiculairement, très court, dépassant à peine la sailie des crochets et limité par un angle obtus plus apparent sur la valve droite. Les crochets sont petits, rapprochés, à peine saillans, inégaux, il présentent une petite fente dont on retrouve la cicatricule dans la cavité des crochets ; le côté supérieur est le plus long, il est à peine courbéj l’antérieur est obtus et arrondi ; l’inférieur est presque parallèle au supérieur; la surface extérieure des valves est couverte de stries obsolètes irrégulières, résultant des accroissemens ; à l’aide de la loupe, on distingue aussi sur cette surface les granulations irrégulièrement éparses , mais nombreuses et quelquefois confluentes. A l’intérieur, la coquille est subnacrée; le bord interne postérieur, épaissi par une côte courte qui lui est parallèle, donne insertion à uncuilleron étroit, épais, détaché du bord supérieur par un angle profond dans lequel se place Tosselel cardinal à la manière d’un coin. Cet osselet est triangulaire, il complète le cuilleron en donnant insertion à une partie du ligament, et il sert en même temps de dent cardinale, chacune de ses moitiés appartenant à chaque valve, l’impression palléale est très rapprochée des bords, surtout dans la valve gauche; elle offre, du côté postérieur, une inflexion triangulaire oblique et non sinueuse, comme la représente M. Sowerby dans son Conchoîogical Marnai. Cette coquille est assez épaisse, solide, différente en cela de celles des genres avoisinans : elle a 23 millim. de long et 28 de large.