I.KS MACniACKl-S
minèrent à faire rentrer dans les Mactres la coquille 011 question, et en cela il (it preuve de celte sagacité qui est le cachot des travaux du grand naturaliste. Linné a oublié la seconde espèce dç Rondelet, Chemnitz répara cette omission. Mais , ne reconnaissant pas sans doute l’identité des caractères des deux coquilles , il mit celle de Linné parmi les Mactres, à l’exemple du maître; l'autre fut placée parmi les Myes , sous le nom de Mya longa. Presque tous les auteurs qui suivirent, Schroeter, Gmelin et le judicieux Spengler, tombèrent dans la même faute. Bruguière n'a connu qu’une seule espèce, il la rangea parmi les Mactres, à l’exemple do ses prédécesseurs.
En étudiant plus profondément les coquilles qu'on ne l’avait fait avant lui , Lamarck découvrit parmi celles qui étaient le mieux connues , un assez grand nombre de genres nouveaux, qu’il nomma et dont il exposa les caractères d'une'manièce nette et précise, dès 1799, dans le premier travail qu'il publicV sur la matière. Parmi ces genres, on remarque celui des Lutraires dont le type est le Mactra liitraria de Linné. Depuis ce moment, Lamarck a maintenu le genre Lutraria dans tous ses travaux sur la conchyliologie. Nous avons vu précédemment comment il a conçu ses rapports avec les genres les plus avoisinants. En Franco, le nouveau genre était généralement adopté ; en Angleterre, on rapprocha les deux espèces l’une de l’autre, mais on les conserva dans le genre Mactre. Cet arrangement persista longtemps; on le retrouve jusqu’en 1828, dans l'Index testaceologicus ùoWood. Ce^cndàïïi il est quelques exceptions qu’il est juste de signaler. En 1815 , Brookes, dans son Iniroditclion à l'élude de la conchyliologie , admet les Lutraires parmi les genres démembrés des Mactres de Linné. Turton, en 1 822 , adopta les genres de Lamarck , dans son histoire des Coqiiillea bivalves d'Angleterre, et il rapprocha les Lutraires des Mactres. Sowerby, dans son Généra of Shells, suivit l’exemple de Turton; mais ce naturaliste , recevant trop légèrement l'opinion de quelques géologues, consacra une fâcheuse confusion qui régna longtemps, en admettant dans son Minerai conchology, comme. Lutraires fossiles, dos coquilles qui n'ont aucun des caractères de ce genre.
A l'exception du petit nombre d’auteurs que nous venons de citer, tous les conchyliologues ont admis le genre Lutraire , et presque tous ont compris que, dans la méthode nouvelle, il devait prendre rang à côté des Mactres, Cette opinion, proposée par Lamarck, a rencontré quelques contradicteurs; Cuvier, Férussâc , M. de Blainville, ont trouvé aux Mactres plus de rapports avec les Venus , et aux Lutraires plus d’analogie avec les Myes, ce qui les a conduits à mettre ces deux genres dans
deux familles distinctes. Aujourd’hui l'opinion défendue par ces zoologistes est abandonnée. Les conchyliologues ont compris que les Mactres et les Lulraires ne doivent pas être séparées, et que l'opinion de Lainarck doit prévaloir .
Jusqu’au moment où Lamarck a publié le 5® volume de VHistoire dea animaux sans vertèbres , on ignorait la composition exacte du genre Lutrairo; on y trouve onze espèces vivantes et une fossile. Nous allons rapidement les examiner, pour nous assurer si toutes dépendent en effet du genre où elles sont groupées. Cet examen nous sera utile pour porter un jugement plus éclairé sur la manière dont les auteurs ont compris le genre qui nous occupe.
Les trois premières espèces de Lamarck sont incontestablement de véritables Lutraires. Elles constituent un premier groupe, caractérisé par la forme oblongue et transversale de la coquille. Dans le second groupe, réunissant des coquilles orbiculaires ou subtrigones , se rencontrent plusieurs espèces étrangères aux Lulraires. Ainsi les Lutraria compressa et pîperata doivent constituer un genre très distinct désigné par Cuvier sous le nom de Lavignon, mais antérieurement indiqué par Da Costa sons le nom de Trigonella , que nous avons adopté. Les animaux de ces coquilles diffèrent extrêmement de celui des Lutraires, comme nous le verrons par la suite. La Lutraire lelHnoïde n’est ni une Lutraire ni une Trigonella, c’est une véritable Telline à corselet enfoncé. Celte coquille, figurée dans le Recueil de M. Benjamin Delessert, ne peut plus être le sujet du moindre doute. Nous n'avons aucun renseignement sur le Lutraria candida; les quatre dernières espèces sont de véritables Lu- Irairps, mais de celles qui sont minces, et p-apyracées. Ce qui précède prouve évidemment que le genre Lutraire a besoin d’être réformé pour devenir naturel , et celte réforme que nous indiquons pour l’ouvrage de Lamarck devra se réaliser aussi dans ceux des conchyliologues qui, suivant l’exemple de ce naturaliste, ont admis dans les Lulraires le Chamâ piperata. A ce sujet, nous pouvons faire remarquer un fait curieux . Dans le catalogue des Mollusques de la Corse, par M. Payraudeau, plusieurs Lulraires sont inscrites et toutes passent dans le genre Trigonella. Par là le genre Lutraire devra disparaître de l'ouvrage en question.
Nous verrons bientôt que la réforme du genre Lutraire a été jugée nécessaire depuis longtemps. Déjà en 1817, Cuvier, se fondant sur la longueur et la disjonction des siphons dans le Chaîna piperata, avait proposé pour lui un sous-genre des Mactres , sous le nom de Lavignon. A la même époque, Schumacher, dans son Essai d'une classification des
LESM ACTKACEES.
coquilles , publié aussi en 1 81 7, proposait pour la même espèce un genr® Scro&îcu/ana , et enfin, en 1822, M. Turton, dans son Histoire des coquilles bivalves de la Grande-Bretagne ^ instituait un genre Listent pour la môme coquille. Tous ces auteurs avaient oublié que Ha Costa, en 1778, avait proposé un genre Trigonella, dans lequel il rapportait à la fois quelques Madrés et le Chama piperata , que l’on peut ainsi considérer comme type du genre Trigonelle. Malgré les indications si précises que nous venons de rappeler et qui étaient suflisanles pour faire adopter ie genre sous un des quatre noms qu’il a reçus, un assez grand nombre de conchyliologues conservèrent le genre Lutraire, tel que Lamarck l'avait fait, poussés, soit par l’habitude , soit par le respect qu'inspirent généralement les opinions d’un aussi grand naturaliste. Celte espèce de neutralité de la part d’un certain nombre de bons observateurs provient sans doutede l’impossibilité, où l’on se trouvait, de constater la dilférenCe qui existe entre les animaux des Lutraires et des Lavignons ou Trigonelles. En effet, les animaux de ces deux genres, quoique très abondants dans tout l’Océan d'Europe et la Méditerranée, n’ont jamais été décrits et figurés. M. Quoy, le premier, en I 839, dans le Magasin de zoologie, a publié une description sommaire de l'animal du Lavignon de Cuvier, en l'accompagnant de figures, au moyen desquelles on peut reconnaître une partie des caractères de ce genre; mais, au sujet de l animal des véritables Lutraires, nous ne trouvons nulle part le moindre renseignement , car nous ne pouvons accepter les caractères donnés par M. de Blainville à son genre Lulricole comme suffisants. Ces caractères, par leur étendue, pourraient s’appliquer, et ils s’appliquent en effet, à plusieurs genres, ce qui témoigne de leur insuffisance. Pour nous, un genre ne peut être bon, qu'autant que toutes les espèces qu’il contient sont jointes par des caractères identiques , empruntés aux formes extérieures, et il est impossible qu’un genre soit naturel, lorsqu’il rassemble des espèces a siphons réunis et à siphons disjoints. II peut arriver, comme nous venons d’en avoir un exemple dans la famille des Ostéodesmes, que des genres voisins diffèrent par la jonction ou la disjonction des siphons ; mais il nous paraît certain jusqu’ici , que toutes les espèces d’un genre bien fait ont sans exception les mêmes caractères extérieurs.
En adoptant la réforme du genre Lutraire , telle que nous l’avons proposée, il n’y reste plus que des coquilles Iransverses, ovales, oblongues, inéquilatérales, équivalves, bâillantes à leurs extrémités, presque toujours lisses, quelques unes présentant des stries ou des côtes transverses. Si quelques espèces sont épaisses et solides , il y en a d’autres qui sont minces et papyracées. Dans le plus grand nombre, le côté an-
nUiTlEMK KAMILLK.
térieur est le plus court; il y en a quelques unes chez lesquelles c’est le côté postérieur. Ces diverses formes, que nous venons de mentionner rapidement, se réunissent en un genre naturel au moyen des caractères que présentent la charnière et les impressions intérieures de la coquille. Toutes les espècesdeLutrairesconnues jusqu ici ont la surface externe recouverte d’un épiderme gris-jaunâtre ou blanchâtre. Quelquefois il est lisse et couvre toute la surface; quelquefois il est rugueux ou écailleux. Dans les espèces minces et blanches l’épiderme est moins apparent, il perd sa couleur et une partie de son épaisseur. Dans toutes les espèces cependant il déborde les valves, pour recouvrir une portion assez notable des bords du manteau. En arrière des crochets et le long du bord dorsal, l’épiderme passe d’une valve à l’autre et cache le manteau qui sans cela paraîtrait dans le bâillement naturel de la coquille. Il en est de même du côté antérieur. Les crochets sont peu saillants , pointus et presque opposés ; ils sont peu inclinés vers le côté antérieur. Sur ce côté, ne se dessine point de lunule entièrement circonscrite, ainsi que dans beaucoup d’autres genres. Du côté postérieur, le corselet n’est pas non plus limité; ces parties se confondent avec le reste de la surface par des contours arrondis. Cependant, immédiatement en arrière des crochets , on remarque, le long du bord et à l’extérieur, un petit sillon , séparant une petite nymphe , sur laquelle s’attache un ligament externe rudimentaire.
Dans les Lulraires , les côtés antérieurs et postérieurs sont régulièrement courbes, arrondis, d’une égale largeur dans le plus grand nombre des espèces ; quelques unes sont plus rétrécies du côté postérieur, quelques autres offrent une forme inverse; mais ces. exceptions sont au nombre de trois ou quatre seulement. Le bord ventral est presque parallèle au bord dorsal, et comme les valves sont fort bâillantes , elles ne se touchent que par la charnière et dans la longueur du bord ventral. I! y a môme des espèces, Lulraria ohîonga {soîenoides de Lamk), par exemple, dont les valves ne se touchent que par deux points de leur circonférence.
Au dessous des crochets , le bord cardinal s’élargit et présente un cuilleron oblique , dirigé d’avant en arrière , quelquefois transverse, et dans lequel vient se fixer solidement un puissant ligament intérieur. Le bord interne de ce cuilleron fait saillie dans rintériour des valves et rend ainsi très large le milieu du bord cardinal. En avant de ce cuilleron, et au moment où il prend naissance, s’élève perpendiculairement sur le bord une dent cardinale comprimée et offrant la forme d’un V. Nous retrouvons une dent semblable chez les Mactres ; elle y est plus
LES MACTUACEES.
ouverte. Celte dent cardinale so remarque sur l’une et l’autre valve ; seulement celle de la valve droite , dentinéo à recevoir celle de la valve gauche, forme un angle plus ouvert dans ses deux parties. Dans la LtUraria oblonga, par exemple, on ne trouve à la charnière aucune trace des dents latérales, tandis que dans l'espèce suivante, Lutraria elUptica, on aperçoit do chaque côté de petits plis assez saillants, qui sont les premiers rudiments dos dents latérales desMactres. Ces rudiments deviennent plus évidents dans \QLtttraria entîs de MM. Quoy et Gaimard , quoique, pour l’extérieur, celte espèce paraisse peu différente de VEltipiica. Mais si nous passons au lAitrarui riigosa , nous voyons se développer les dents latérales au moins autant que dans certaines Mactres ; aussi nous nous demandons pourquoi cette coquille a été maintenue dans les Lutraires. Il est à croire que les conchyliologues se sont laissé guider à son sujet par la forme extérieure , qui , en effet , rappelle celle des autres Lutraires. En étudiant avec soin la charnière des seize Lutraires vivantes qui nous sont connues , on retrouve à presque tous les degrés les dents latérales. On les voit pour ainsi dire sortir du bord cardinal , s’accroître insensiblement et parvenir à un certain degré de développement presque égal à celui des Mactres. Ce phénomène se confirme lorsqu’on ajoute les espèces fossiles aux vivantes, pour augmenter la série des modifications.
Les impressions musculaires sont grandes mais écartées. L’antérieure, généralement ovalaire, plus ou moins étroite, selon les espèces, descend ordinairement vers la région ventrale. Elle occupe uno partie notable de la hauteur du bord antérieur. L’impression musculaire postérieure est obronde'; elle est située non loin du bord supérieur , et à peu près à égale distance entre la charnière et le bord postérieur ; elle se place parallèlement au bord ventral, en laissant en(re elle et le bord des valves un espace fort large pour le muscle circulaire du manteau. Parvenue vers l’extrémité postérieure des valves , l’impression palléalc rentre sur ello-mCme et produit un sinus profond , qui s'avance jusqu’à la hauteur de la charnière dans le plus grand nombre des espèces. Parvenue au sommet de cette courbure, l'impression palléale se recourbe en arrière et se porte obliquement vers l'improssion musculaire postérieure, au milieu de la circonférence de laquelle elle aboutit. L'axe de la sinuosité palléale n’est point parallèle au grand axe de la coquille ; il forme avec lui un angio aigu, ce qui semble indiquer chez ces animaux une position oblique dans les siphons. Si ces organes suivent la direction qu’indiquent leurs muscles rétractcurs, ils doivent se diriger d’avant en arrière et de bas çn haut. On observe , dans le voisinage des grandes
HUrntME FAMILLE.
impressioQs muscuiaires , deux impressions beaucoup plus petites, produites par les muscles rélracteurs du pied ; la première occupe l’angle inlerno et supérieur de l'impression du muscle antérieur ; souvent elle se cache en partie sous l'extrémité antérieure du bord cardinal. La seconde se confond davantage avec l'impression musculaire postérieure; néanmoins , on remarque à celle-ci un angle peu prononcé au point de son pourtour, qui correspond à l’extrémité postérieure du bord cardinal. Cet angle est occupé par le muscle rétracteur postérieur du pied.
Si les caractères que nous venons d’exposer avaient été suffisamment étudiés , on n’aurait pas vu s'introduire dans le genre Lutraire un assez grand nombre de coquilles fossiles des terrains secondaires et qui n’ont pas môme la forme générale des Lulraires vivantes. On a vu , eu effet , les paléontologistes inscrire dans le genre qui nous occupe un grand nombre d’espèces, dont le moule seul était connu. Ces personnes ne se rendirent par compte des caractères que toute Lutraire doit empreindre sur son muscle intérieur. C’est ainsi , par exemple , que les cuillerons épais et saillants laissent dans le moule une impression profonde, que l'on ne retrouve jamais sur les fossiles des terrains secondaires, dont nous venons de parler. Lorsqu’cnfin on s'est aperçu que les fossiles dont il s’agit dépendent du genre Pholadomye, il en est résulté ce fait qui n’est pas sans importance : c'est qu’aucune des véritables Lulraires ne dépasse les terrains tertiaires pour s’enfoncer dans les secondaires. Par conséquent , il est aujourd’hui certaüi, que toutes les espèces iiiscriles dans les catalogues de fossiles , et désignées comme dépendantes des terrains secondaires , ne sont pas des Lulraires et doivent être distribuées dans d’autres genres.
Le genre Lutraire, tel que nous le limitons acluellemeut, est beaucoup moins nombreux en espèces vivantes et ffissiles qu’on ne le supposait d’après les catalogues ou les divers ouvrages des paléontologistes. Mademoiselle Catlow , dansle Conchologist twmenclator , inscrit dix-huit espèces vivantes ; mais ce nombre doit subir une diminution assez notable, car nous y trouvons des Lavignons, une véritable Teiline {Luirarki lelUnoides Lamk.) et plusieurs doubles emplois. M. Uanley compte quinze espèces seulement dans son Index iestaceologicus, et parmi elles se rencontrent des Lavignons et môme le genre Lepton de M. Turton , lequel correspond au genre Erycina de Lamarck.
Après avoir examiné toutes les espèces vivantes citées par les auteurs, après en avoir vérifié la nomenclature , nous voyons que six espèces doivent être retranchées des ouvrages de M. Hanley et de Mademoiselle
LES MAGTRACEES.
Catlow. Aux douze espèces qui restent, il faut en ajouter deux, décrites par M. Jouas , et plus tard nous ferons connaître quatre espèces nouvelles de notre collection.
Les dix-huit espèces vivantes de Lulraires se distribuent dans toutes les mers; il y en a trois dans les mers d’Europe , quelques unes habitent les mers de l’Amérique septentrionale, nous^cn avons une du Brésil , il y en a deux dans les mers australes , et nous en connaissons une du Cap de Bonne-Espérance.
Nous pouvons afflrmer que , de toutes les espèces citées sous le nom de Liitraire dans les terrains secondaires, il n’y en a pas une seule qui dépende de ce genre. Sous celle dénomination générique , nous trouvons des Pholadomyes , quelques Céromyes , plusieurs Thracies , etc. Les véritajDles Lulraires fossiles ne commencent à se montrer que dans le second étage tertiaire , et elles se continuent dans l’étage tertiaire supérieur , dans lequel on peut citer quelques espèces qui vivent encore actuellement dans les mers d'Europe.
Nous connaissons sept espèces fossiles, nombre dans lequel ne sont pas comprises les trois espèces des terrains subapennins ; ces sept espèces appartiennent exclusivement au second étage tertiaire ; quatre sont du bassin de l’Adour ; les trois autres sont des faluns de la Touraine.
Parmi ces espèces , nous signalerons :
1 . Lutraria solcnoides Lamk., vivante dans les mers d'Europe.
Fossile en Sicile.