‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 44 sur 127 · GENRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

GENRE VINGT-HUITIÈME

MACTKE. Mactra, (Lin.)

PL lo. fig. 4. 5, 6, S,

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal ovale-trigone , ayant les lobes du manteau garnis d’une double rangée de tentacules simples et coniques. Les lobes réunis vers le tiers postérieur de leur longueur et terminés par deux siphons presque égaux , réunis dans toute leur longueur, et revêtus d’une couche épidermique. Ouverture des siphons garnie d’une rangée de tentacules simples; ceux du siphon branchial sont quelquefois faiblement branchus ; le siphon anal est terminé en une calotte membraneuse, percée au sommet. Pied grand, triangulaire, coudé; bouche ovale, très petite; palpes labiales, grandes, triangulaires, et dont la surface interne est couverte de plis serrés et nombreux. Quatre branchies longues , étroites, inégales , réunies en arrière de la masse abdominale.

Coquille ovale , subtrigone , un peu biullante de cliaque côté;

lÆS MACTRACÉEfi 27^

charnière large, présentant au-dessous du crochet une grande fossette triangulaire pour un ligament interne , et à côté une dent en forme de V ; deux dents latérales , grandes et comprimées, intrantes et rapprochées de la charnière; impression palléale ayant en arrière une sinuosité large, subhorizontale et peu profonde.

SYNONYMIE GENERIQUE. — La Féifctc/e , Rondelet, — PecfunculitSj Lister, — Conclia, Tellina [pars] , Gualtieri. — Chaîna , Gualtieri, d’Argenville, Adanson. — Isocardia [pars]^ Klein. — Trigonella [pars) ^ Da Costa, Humphrey. — Cardhnn y Linné (syst. nat. ed. 10. Faun, suec.).— Callistay Callisioderma , Poli. — Linné, Gmelin, Bruguière, Spengler,

Lamarck, Cuvier, Blainville, Menke, Latreille, Deshayes, Hanley, Fleming, Sowerby, etc. — Mxdinay Spisula^ Gray. — Schizodesma ^ Swainson. — Hemimactray Swainson.

oBSEnvATioNs. — De tous les genres créés par Linné dans la classe des vers testacés, celui-ci est un des plus naturels, et le seul peut-être, auquel il eût été bon de n’apporter aucun changement. Ce nom de Mactre , choisi par Linné pour l’appliquer à un genre bien déterminé, avait été diversement employé avant lui par quelques auteurs de conchyliologie; celte dénomination s’appliquait indistinctement à des coquilles triangulaires, rappelant par leur forme générale celle d’un fer de hache ; il y eut même des auteurs , tels que Klein , par exemple , qui y rapportaient des Arches et des Pétoncles. Il fallut donc qu’en empruntant aux naturalistes ses prédécesseurs une dénomination générique trop vague , Linné la restreignît , et c’est ce qu’il fit , comme nous le verrons bientôt.

Quelciues unes des espèces des véritables Mactres habitent nos mers d’iùirope , où elles sont très abondantes,; l’une d’elles n'a point échappé à Rondelet , qui en a donné une figure assez reconnaissable , sous le nom de Vélade , dans son Ui$ioire des Poissons. Cette figure reproduite, mais souvent d’une manière imparfaite, dans les ouvrages de Gesner, d'.Mdrovande, de .Tonston, etc., ne mérîleguère d’être citée dans une synonymie correcte. Lister, dans son Traité des animaux d' Angleterre , ain.si quQ dans son grand ouvrage de conchyliologie, a rendu une figure

iH*

HUlTIÈMIi FAMILLE.

plus exacte de la Vétade de Jiondelet ; il a ajouté celle d’une espèce plus commune encore, connue sous le nom vulgaire de Lisor. Bonanni , dans deux de Ses ouvrages , Réaumur, dans son mémoire plein d’intérét sur la formation des coquilles, publié en 1710, dans les Mémoires de l'Académie; Guallieri , Ginnani, auxquels on peut joindre Rumphius et Petiver, ont donné des renseignements plus ou moins utiles sur les coquilles du genre Mactre ; ils en ont faitconnaître des espèces par des figures, dont la plupart se ressentent des imperfections du dessin, tel qu’il s’appliquait alors à l’étude de l'histoire naturelle. Nous arrivons enfin à l’ouvrage d’Âdanson, publié en 1757, c’est-à-dire à l’époque où Linné préparait la 1 0* édition du Sysiema.

Pour le plus grand nombre, les genres d’Adanson sont fondés sur une habile observation des caractères zoologiques des mollusques. Personne n’ignore à quel haut degré Adanson portait l’art de la méthode et combien sous ce rapport ses ouvrages sont supérieurs à son siècle. Pour les coquilles bivalves, ce grand naturaliste ne poussa pas les divisions aussi loin qu’il eût été nécessaire pour satisfaire à tous les caractères des animaux de cette classe. Sous le nom de Chama, il constitua un genre très étendu , dans lequel il rassembla un grand nombre de types que M. de lilainville réunit dans sa famille des Concbacés. C’est dans le genre Chama que se trouvent à coté de Venus, de Cythérées, de Lucines, etc., deux espèces de véritables Madrés.

La 1 0' édition du Sijstema nulurcB parut une année après l’ouvrage d’Âdanson. Le genre Maclro ne s’y trouve pas encore, et le peu d’espèces que Linné connaissait est compris dans le genre Cardium. Ce genre Mactre n’existe ni dans le Muséum Utricæ , ni dans la I T édition du Systema , ni môme dans la 2° édition du Fauna sitecica. Il est inscrit, pour la première fois , dans la 1 2* édition du Systema naturœ, publiée en 1767.

Caractérisé rigoureusement , lo genre Mactre de Linné ne contient qu’une seule espèce contestable, et encore avant de la rejeter, faudraitil être convaincu qu elle doit constituer un genre distinct , ainsi que l’a proposé Lamarck. L’espèce dont il s’agit [Mactra hUrorio) est devenue le type du genre Lulraire. Peut-être serait-il plus convenable de revenir à la classification des espèces, proposée par Spengler. Ce judicieux naturaliste partage les Mactres en deux sections ; la première, pour les espèces oblongues, contiendrait les Lutraires de Lamarck ; la seconde, pour les espèces triangulaires , renfermerait les Mactres du même auteur. Les successeurs de Linné s’empressèrent d’adopter le genre Mactre; mais tous n'en ont pas respecté la^siinplicité ; quelques uns, et

LRS MACTR AGEES.

particulièrement Gmelin , dans la 1 3* édition du Systema , ont introduit dans le genre qui nous occupe des coquilles qui n'en offrent pas les caractères. Cet exemple fut suivi par Bruguière qui , dans les planches de l’Encyclopédie, confond avec elles des Crassatelles Mais bientôt toute confusion dut cesser en présence du beau travail de Poli, dans lequel il représenta l’animal vivant de la plus grande espèce de Mactre des mers de l’Europe , et en donna une anatomie , si ce n’est complète, du moins suffisante pour déterminer la place que le genre doit occuper dans la méthode. Nous trouvons dans l’ouvrage do Da Costa sur les coquilles de la Grdnde-Bretagne , un genre Trigonella , dans lequel à quelques Mactres est joint le Chama pîperaia des anciens conchyliologues. Humphrey, dans le Muséum Calounianum , a suivi l’exemple de Da Costa et a préféré le nom générique de ce naturaliste, pour un genre semblable au sien , contenant à la fois des Mactres et des Lavignons. Poli qui, pour l'arrangement des Testacés desDeux-Siciles, créa une nomenclature spéciale, tout en conservant celle de Linné, imposa le nom de Callista aux mollusques des Mactres et celui deCalIistoderme aux coquilles du même genre. Ces exceptions à la nomenclature de Linné sont les seules que nous ayons à signaler

Depuis la publication de rouvrag^e de Poli , Spengler, en 1 802, donna dans les Mémoires de la Société d' histoire naturelle de Cope7}hagi{e , une monographie très bien faite des Mactres. Dans cet écrit , le savant naturaliste conserve au genre de Linné toute son étendue ; seulement, ainsi que nous le disions, il partage les espèces en deux groupes, d’après leurs formes. Malgré cet exemple, presque tous les naturalistes adoptèrent le changement proposé par Lamarck, c’est-à-dire la séparation des Lutraires. Cependant celte réforme ne parut pas suffisante à un zoologiste anglais, à qui la science est redevable de travaux importants et d’un mérite incontestable. M. Gray, dans un article très court, publié, en 1837, dans le Magasin dliistoire naturelle, se servit de quelques caractères peu importants , selon nous , empruntés à la disposition du ligament, pour diviser les Mactres en plusieurs genres que nous avons déjà eu occasion de mentionner, en traitant des Lutraires. Mais jusqu’ici , peu de zoolo gistes onladopté ces nouvelles divisions, qui ne pourraient avoir quelque valeur, qu'aulant qu’elles s’appuieraient sur des caractères tirés des animaux; or, il n’est rien dans le Maclra Spengleri, par exemple, qui fasse supposer un animal différent de celui du jl/ac(ro lactea ou d’autres espèces analogues. Nous ne pouvons donc admettre, dans l’état actuel de nos connaissances , les nouveaux genres proposés par M. Gray.

Si tous les naturalistes se sont trouvés d’accord pour accepter le genre

HriTlÈMK FAMILLK.

Macire , ils n’onl pas tous en la même pensée pour en déterminer les rapports dans la méthode. Linné d'abord en confondit les espèces parmi les Cardium et rapprocha naturellement les Mactres de ce dernier genre. Son opinion prévalut longtemps; c’est aux travaux de Poli que l’on doit un changement notable dans l’opinion des classificateurs. Poli rapproche les Mactres du (7y(/ïrrea chione, parce que l'un et l’autre animal se prolonge en arrière en deux siphons réunis. Cuvier et M. de Blainvllle, se fondant aussi sur ce caractère , ont entraîné les Mactres dans le voisinage des Venus, quoiqu’elles eussent le ligament intérieur, tandis que les Venus le portent à l’extérieur. Lamarck attache avec juste raison plus d’importance à la position du ligament; et comme il s’aperçut des rapports intimes qui lient les Lutraires aux Mactres, il ne voulut pas séparer ces deux genres et les entraîna tous deux assez loin des Venus, dans sa famille des Alactracés. Depuis les travaux de Cuvier et de Lamarck, les opinions se trouvèrent partagées et il était difficile de se décider en faveur de l’une d’elles , parce que l’animal des Lutraires était complètement inconnu , et qu’on ignorait par conséquent si les rapports indiqués par les coquilles se trouveraient exacts à l’égard des animaux. II sera facile actuellement aux zoologistes de choisir entre les deux opinions que nous venons de rapporter ; ils trouveront dans cet ouvrage les éléments d’une comparaison assez complète. Ils verront si, comme l’a cru Poli , les Mactres sont plus voisines des Cythérées que les Lutraires.

Les Mactres sont des coquilles généralement minces; elles acquièrent quelquefois une taille assez considérable; presque toutes sont lisses; quelques unes offrent des côtes transverses, que l’on voit se répéter exactement à l'intérieur des valves , par suite de 'la faible épaisseur du lest. Aucune jusqu'ici n’est pourvue de stries ou de côtes longitudinales. Leur forme est triangulaire pour le plus grand nombre; dans une série considérable d’espèces, on voit cette forme subir des modifications insensibles , devenir plus oblongue , plus ovalaire , et arriver enfin à la forme allongée et Iransverse des Lutraires. Presque toutes les espèces sont subéquilatéralcs: la lunule et le corselet sont presque égaux et presque toujours nettement circonscrits. La surface extérieure est revêtue d’un épiderme plus ou moins épais , caduc sur les crochets , mais toujours apparent sur le bord des valves, qu’il dépasse d’une manière assez notable pour cacher la partie exserlile du manteau. En arrière , cet épiderme passe d’une valve à l’autre, et, se prolongeant en une gaine digitiforme, il revêt les siphons dans toute leur étendue, comme dans les Lutraires. Les valves, toujour.^ égales , sont mieux fermées'que dans

LES MACn\ALEKS. 277

la plupart des Lulraircs; cependant elles sont baillantes en avant et c-n arrière. Les bords sont toujours simples, minces cl tranchants: la coquille étant triangulaire, le bord antérieur descend obliquement d'arrière eu avant, et vient aboutir à un angle, obtus, résultant de sa jonction avec le bord ventral. Le bord postérieur suit une direction opposée; il naît des crochets et descend obliquement d'avant en arrière, où il se termine aussi en un angle obtus, lorsqu'il se confond avec le bord ventral. Ce dernier est régulièrement courbé, à peu près comme le tranchant d’une hache, et il est à présumer que c'est celte l'orme générale qui a déterminé Linné à préférer pour ce genre le nom de Macira, dont la sigtiificalion est bien connue. Les crochets peu saillants , inclinés en avant , occupent le sommet du triangle. Lu surface interne est générament blanche et peu colorée, jamais 'nacrée; on y observe, comme toujours, deux impressions musculaires et unepalléalo. Les impressions musculaires sont assez grandes , à peu près à égale distance de la charnière ; toutes deux sont comprises dans la région supérieure de la coquille; elles sont presque égales, ovalaires ou obrondes; do Textrémité inférieure de l'impression musculaire antérieure , il part une impression palléale qui se place parallèlement au bord ventral, l'accompagne dans les deux tiers de sa longueur, s'infléchit ènsuite obliquement, remonte plus ou moins haut dansrinléricur des valves et se recourbe pour aboutir au milieu de la circonférence du muscle adducteur postérieur. La sinuosité palléale postérieure est étroite et dirigée horizontalement ou obliquement de haut en bas, et d’avant en arrière. Deux petites impressions étroites viennent se confondre à l’extrémité supérieure des grandes impressions musculaires; elles sont dues aux muscles rétracleursdupied.

La charnière est fort compliquée dans les ^factres ; elle est supportée par un bord cardinal assez large, sur lequel s’élèvent des dents cardinales et des dents lalcrales. Le milieu est creusé par une cavité triangulaire un peu oblique et destinée à recevoir un ligament intérieur. Toutes ces parties que nous venons do mentionner sont variables à des degrés divers selon les espèces. Les dents cardinales sont situées du côté antérieur, immédiatement au-dessous du crochet; elles affectent une forme particulière que l’on ne rencontre que dans ce genre et celui des Lulraircs. Elles sont, en effet, en forme de V, celle do la valve gaucho étant un peu plus grande pour recevoir la dent de la valve opposée. Quelquefois celte dent manque complètement , comme dans le .1/acrm gigantea, par exemple , et cette coquille reste parmi les Madrés parce que, à l’exception de la dent cardinale, elle en conserve tous les

Hl lTIEMK FAMÏLLK.

ajS

autres caractères. Dans d’autres .espèces , telles que le Alactm strialella do Lamarck , la dent cardinale se montre à l’état rudimentaire ; il arrive môme que l'un de ses côtés se confond avec les commencements de la dent latérale aiUéricurc. Dans le Maclra elongaia de'MM. Quoy et Gaymard, les dents cardinales ont subi une forte compression, ce qui les fait ressembler à celles deqvielquos Lutraires. C’est principalement dans les coquilles dont le test s’apaissit avec l’âge, que se montrent les modifications dont nous venons de parler. Celles qui sont minces ont la dent cardinale plus lamelleuse et d’une grosseur plus constante. La fossette du ligament peut être comparée à celle des Lutraires; car, dans le plus grand nombre des- espèces , le bord do ce cnilleron est saillant dans l'intérieur des valves , ce qui donne au ligament une plus grande' surface pour s’attacher. Dans quelques espèces , telles que le Mactra heîvacea, par exemple, le cuilleron ne dépasse pas le bord cardinal; mais alors celui-ci devient largo et très proéminent au-dessus de la cavité des crochets. La fossette du ligament est (oujours triangulaire, un peu oblique d’avant en arrière. Le sommet s’enfonce jusque vers la pointe des crochets , et , dans quelques espèces , il est possible d’en suivre la cavité jusqu'à son commencement. Dans le Macira Spengleri, le cuüleron , au lieu de s’avancer horizontalement sur le bord cardinal , s’enfonce obliquement jusqu’au sommet des crochets , et dans toute salongueur il reste ouvert, de manière à se montrer à l’extérieur, au moyen d’.uuo fente également triangulaire. Si , par artifice , on venait à rompre la lame calcaire , peu épaisse , qui recouvre dans les autres Mactres une partie du sommet du cnilleron , on obtiendrait une disposition analogue à celle du Mactra Spengleri, ce qui prouve le peu d’utilité du genre que M. Gray a voulu établir pour cette espèce. Le ligament implanté dans les cuillerons est épais , très solide, et il remplit exactement les cavités qui le reçoivent. Les dents latérales sont constantes chez les Madrés ; seulement elles varient dans leur longueur. Citez quelques espèces, elles sont presque rudimentaires , et en cela elles ressemblent à celles des Lutraires. Dans le plus grand nombre de ces coquilles, les dents latérales sont grandes, aplaties, lamelliformes, simples sur la valve gauche , doubles sur la valve droite. Presque- toujours ces dents latérales sont lisses; chez quelques espèces , toiles que le J/ac/m soh'rfa, par exemple, elles sont striées perpendiculairement; Ces dents occupent une partie notable des bords antérieur et postérieur de la coquille.

Nous avons déjà fait remarquer que, dans les Lutraires, le ligament est absolument interne; il l’est également chez la plupart des Madrés. Il en existe cependant quelques unes où il y a dès rudiments d’un liga-

LES MACTKACEES.

ment extérieur. Dans celles-là, Mactra gigantea par exemple^ se montre en môme temps un petit bourrelet, sur lequel ce ligament s’attache , et que Ton peut considérer comme une nymphe à l'état rudimentaire.

Lorsque nous traiterons du Lavignon , nous exposerons nos observations sur la nature du ligament. Chez ceux des mollusques qui ont le ligament externe, cet organe est composé de deux parties bien distinctes : l’une extérieure, très solide , convexe, fibreuse l'autre intérieure , d’une structure différente , très élastique , et destinée plus particulièrement à favoriser le mouvement dos valves l’une sur l'autre. Dans les Madrés à deux ligaments , les deux parties que nous venons de. mentionner semblent détachées l'une de l'autre. La portion élastique entre dans le cuiUeron et en occupe toute la cavité. La portion fibreuse s’arrête au dehors sur un rudiment de nymphes , ce qui démontre jusqu’à l’évidence rindépendanco des deux parties constituantes du ligament extérieur. Il y a des genres, chez lesquels cette indépendance se manifeste d’une manière non moins évidente , celui des Amphidesmes par exemple , chez lequel la portion élastique occupe une longue fossette décurrente le long du bord postérieur ; tandis que la portion fibreuse , mieux développée que dans les Mactres , est attachée sur dos nymphes bien distinctes. Nous avons donc raison en disant qùo l’on peut assimiler la cavité ligamentifère des coquilles à ligament interne , à une portion considérable de la nymphe des coquilles à ligament externe. Nous verrons à ce sujet une modification intéressante dans les Lucines , genre comparable, sous ce rapport , aux Thracies , puisqu’on y voit aussi le ligament passer du dedans au dehors , dans une série peu nombreuse d’espèces.

L’animal des Mactres a été depuis longtemps décrit et figuré par Poli ; il a donc été facile , en se servant de l’ouvrage du savant anatomiste , de donner les caractères au genre. Cependant, les observations de Poli n'ont pas toute l'exactitude que l’on recherche aujourd’hui dans de semblables travaux ; et lorsque nous avons vu vivants , pour la première fois , les animaux de Mactres , nous avons été surpris que quelques uns de leurs caractères aient échappé au savant Napolitain.

Les Mactres sont des animaux dont la forme extérieure est conforme à celle de leur coquille ; presque tous sont triangulaires subcordiformes ; ils sont enveloppés d’un manteau mince , bordé à la circonférence par un muscle orbicuiaire assez large , laissant sur la coquille une double ligne d’impression. Dans la région dorsale , des membranes larges et saillantes s’interposent entre toutes les parties solides de la charnière ;

UUrnEME FAMlLLt.

et en conservent tes formes ; ces membranes sont destinées à la sécrétion de la charnière. Une frange tentaculaire s’élève sur le bord extérieur de chaque lobe du manteau ; ces tentacules se croisent au-devant de l’ouverture palléale, destinée à livrer passage au pied. En arrière, le manteau 36 prolonge en deux siphons plus ou moins allongés , selon les espèces ; ces organes sont souvent moins longs que la coquille, et quelquefois ils dépassent beaucoup cette longueur. L'entrée intérieure du siphon branchial est garnie d’une valvule membraneuse qui la couvre en partie ; il existe de plus , depuis rentrée de ce siphon jusque vers le milieu de la longueur du bord ventral , une valvule palléale do chaque côté, consistant en un pli fort saillant qui , en se croisant avec celui du côté opposé, contribue à clore l’extrémité postérieure de la cavité palléale.

Les siphons, à peu près égaux en longueur, ne le sont pas tout à fait dans leur diamètre ; le siphon branchial est un peu plus large. L'ouverture terminale de ces organes est garnie d'un grand nombre do tentacules allongés, coniques, simples , dans nos espèces de la Méditerranée et de la Manche , mais présentent des commencements do divisions, au moins dans ceux du siphon branchial, chez celles des espèces, qui se rapprochent le plus des Lutraircs et qui vivent dans les mers d’Amérique ; c’est ce que nous avons eu occasion d’observer dans le Maclra frogilis (ü/uc. hrasiliana Lamk.). Il s’ctabliLdonc, sous ce rapport , un passage insensible entre les Lutraircs elles Mactres. Le siphon anal offre un caractère, que nous avons retrouvé dans un assez grand nombre de mollusques. Ce siphon se prolonge en une calotte membraneuse , percée d’une petite ouverture circulaire , susceptible de contractions semblables à celles d’un sphincter.

Le pied est assez grand ; il est triangulaire , fort aplati de chaque côté , tranchant sur ses bords, et courbé dans sa longueur. Par sa base , il se continue avec une masse abdominale peu épaisse, subquadrilatèro , et dont les parois fibreuses sont faites par le prolongement des muscles du pied. Deux muscles principaux servent à retirer le pied en dedans des valves; à cause de cet usage, iis ont reçu le nom de vétmeieurs, L’im est antérieur, et forme le bord antérieur de la masse abdominale; l’autre est postérieur et oblique : il contribue aussi à former le bord postérieur de l’abdomen.

En avant et en arrière de la masse abdominale , on remarque un grand muscle transverse dont les fibres s’attachent directement aux valves. Ces muscles, destinés à rapprocher les valves lorsqu’ils se contractent, sont nommés mxtscles adducteurs , à cause de leur fonction. Ces muscles

LES MAC/i'KACEES.

sont à peu près égaux , presque également distants du centre de la charnière; le muscle antérieur est ovalaire, le postérieur est subcirculaire. Ils sont enveloppés de toutes parts dans une gaine formée par le manteau, et de laquelle on parvient à les dégager, surtout chez les animaux qui ont été conservés dans l'alcool.

La bouche est très petite dans les Mactres. Dans le Mactra lisor , par exemple , elle admettrait à peine la tête d'une épingle. Elle est percée entre la base- du pied et l’extrémité du muscle adducteur antérieur ; elle est protégée par une paire de lèvres membraneuses assez larges , égales, transverses, qui aboutissent aux palpes labiales et s’y terminent. Les palpes, dans les Mactres, sont généralement très grandes ; elles sont triangulaires, tombantes de chaque côté du corps, et situées un peu obliquement de haut en bas et d'avant en arrière ; des trois côtés du triangle , le plus étroit est celui par lequel ces organes s’attachent au corps ; cependaut ce côté est , en proportion , plus large que dans les Lutraires et dans beaucoup d’autres genres. Chez les Lutraîres , en effet , les palpes labiales sont longues et étroites ; chez la plupart des Mactres, elles sont non moins longues, mais plus larges. II semblerait, d’après cela , qu’il serait facile de distinguer les deux genres en question , en se servant des caractères des palpes ; mais on serait dans l’erreur : ces organes sont variables , et si , dans un certain nombre d’espèces , ils restent larges , dansd’autres on les voit se rétrécir insensiblement, et prendre graduellement la forme de celles des Lutraires. La surface extérieure des palpes est lisse ; la surface interneest couverte d’un très grand nombre do plis réguliers , très fins, semblables à ceux d’un éventail à demi ouvert.

Les organes de la digestion commencent par un œsophage membraneux, aplati et peu allongé ; ce canal aboutit à un estomac subglobuleux, divisé à rintérieur par des crêtes obliques. A son entrée dans l’estomac , l’œsophage est terminé par des lèvres découpées en papilles courtes , comparables à de petits choux-fleurs ; de chaque côté , et au-dessous de celle ouverture singulière, s’ouvre un grand crypte biliaire. L’intestin se détache de la paroi inferieure de l’eslomac ; un duodénum très gros, cylindrique, descènd obliquement vers l'angle postérieur du pied ; parvenu près de la surface , il se change subitement en un intestin qui se développe en nombreuses circonvolutions , au moyen desquelles il remonte de bas en haut jusque vers la région dorsale. La dernière anse intestinale , rapprochée de la paroi supérieure de l’abdomen, la perce vers le centre, et pénètre ainsi dans le péricarde ; en traversant cette cavité, il prèle appui au ventri-

llUrriEME FAMILLE.

cuie ; il sort en arrière du péricarde , s'attache à la surface dorsale du muscle adducteur postérieur : et c’est en suivant la circonférence de ce muscle, qu'il s’introduit à la partie supérieure de la cavité du siphon anal.

Un foie volumineux occupe une place considérable dans la région dorsale et antérieure de la masse abdominale ; il enveloppe Toesophage , l’estomac et une portion de l’intestin ; sa couleur verte le rend facile à reconnaître. Si nous pénétrons dans sa structure , nous le verrons se diviser avec assez de facilité en lobes et en lobules , au centre desquels pénètrent des vaisseaux biliaires; de la réunion des vaisseaux biliaires naissent deux troncs principaux qui se dirigent vers reslomac et s'y ouvrent aux deux cryptes biliaires dont nous avons parlé.

L’ovaire est non moins considérable que le foie ; il envahit toutes les parties de la base du pied et delà masse abdominale que n’occupent pas les viscères de la digestion ; il se répand en ramificafions nombreuses à la surface du foie; il gagne le dos, et finit quelquefois par occuper toute la région dorsale. L’ovaire pourrait être comparé à une grappe de raisin, dont les grains seraient irréguliers ; les embryons et les œufs se développent dans les grains , et , parvenus à leur maturilé , ils descendent dans un oviducto branchu, qui représente la tige etjes branches de la grappe ; le tronc commun des oviductes , après avoir parcouru le bord postérieur do l’abdomen, vient aboutir à un petit mamelon fendu, situé au-dessous de la base du feuillet branchial interne. Après avoir parcouru les oviductes, les œufs parviennent à l’ouverture que nous venons d’indiquer ; ils en sortent , et sont recueillis entre les lamelles branchiales , pour être ensuite rejetés au dehors , lorsqu’ils sont parvenus à un degré convenable de maturité.

Les feuillets branchiaux sont lisses ; ils sont inégaux, et ils s'étendent d'avant en arrière dans presque toute la longueur de la cavité palléale. Le feuillet interne est le plus allongé et le plus large ; il commence en une pointe aiguë, qui s'interpose entre les palpes labiales. Le feuillet externe commence plus en arrière ; il est plus étroit, mais son bord externe se prolonge pour aller rencontrer le manteau dans la région dorsale et se souder à lui. Celte soudure , qui se maintient pondant la vie de l'animal , cesse spontanément à sa mort. Les quatre feuillets branchiaux se prolongent en arrière du bord postérieur de l’abdomen , SC réunissent et viennent tomber en avant de l’ouverture du siphon anal. Sur le pourtour de cette ouverture , s’élève un pli du manteau, auquel s’attache l’extrémité postérieure des feuillets branchiaux réunis. Au moyen de cette soudure , toute communication est interceptée entre

LES MACTHACEES.

la cavité du manteau et celle du siphon anal. Cette soudure, qui subsiste liendaul la vie de l'animal , cesse également et spontanément au moment de la mort.

Si les branchies sont lisses dans le plus grand nombre des Mactres , il y a des espèces chez lesquelles ces organes sont plissés en partie ou en totalité. Les espèces qui présentent ce dernier caractère se rapprochent beaucoup à cet égard des Lutraires , chez lesquelles les organes de la respiration sont couverts de plis nombreux et réguliers.

Le cœur est situé dans la région dorsale postérieure de l’animal ; il est contenu dans un péricarde membraneux, très mince, formé par le manteau ; il a une forme subquadrangulaire. Le cœur , ainsi que dans les autres mollusques acéphalés , embrasse le rectum et l’enveloppe de toute part. Cet organe est ovale , oblong, subfusiforme ; il reçoit de chaque côté l'insertion d’une oreillette triangulaire, et une ouverture en fente, garnie de doux valvules opposées , sert de communication entre l’oreillette et le ventricule. Ces parties de l'organe central de la circulation sont d’une parfaite symétrie. En avant , le cœur se prolonge en uneartère aorte, qui pénètre, dès sa naissance, dans la cavité abdominale ; en arrière, il donne naissance à une aorte postérieure qui se distribue à l’extrémité postérieure de Tanimal.

Un organe dépurateur assez considérable occupe un espace triangulaire , situé en arrière de l’abdomon , et du péricarde au-dessous du rectum ; il s’appuie sur le muscle rélracteur postérieur du pied , et l’accompagne jusqu’au-delà de sa bifurcation. Cet organe, d'une extrême mollesse, est d’un blanc jaunâtre; à l’intérieur, il est partagé en deux cavités semblables par une cloison longitudinale et médiane. Des piliers contournés , séparant des lacunes nombreuses et irrégulières , se montrent à la surface interne de l’orgaiie; d'un côté , les cavités de l’organe communiquent avec l’abdomen au moyen d’un canal membraneux, qui accompagne le muscle du pied; d'un autre, elles communiquent au dehors par une ouverture , percée de chaque côté dans l’épaisseur des parois , et se montrant au-dessous de la branchie interne , un peu au-dessus de l’ouverture de Toviducte.

Le système nerveux , dans sa disposition générale , est semblable à celui des autres mollusques acéphalés dimyaires, et ce que nous avons dit dans notre introduction, nous dispense de le décrire ici en détail. Nous ajouterons seulement que les . nerfs postérieurs des siphons ont plusieurs anastomoses successives , à chacune desquelles se trouve un très petit ganglion ; nous ajouterons aussi que le nerf cardiaque naît du ganglion antérieur du côté gauche, descend en arrière et va se distri-

HCIÏIEME CAMILLE.

buer aux membranes cardinales et au cœur. Ce nerf paraît particulier aux Lutraires et aux Mactres.

Les Mactres sont des mollusques qui vivent dans le sable ; ils s’y enfoncent perpendiculairement et s’y creusent un trou au moyen de leur pied ; leurs siphons viennent s’ouvrir à la surface du sable ; elles habi' tent les rivages à une faible profondeur sous l’eau. Souvent , à la suite des gros temps » les plages sont couvertes de leurs coquilles que ramassent volontiers les collecteurs ignorants , d’où est venu le nom de Mactra stnllorum ,• imposé par Linné a l’espèce la plus commune de l’Océan d'Europe.

Nous comptons actuellement près do quatre-vingts espèces vivantes de Mactres; elles proviennent do toutes les mers, do toutes les latitudes. Pour le plus grand nombre , ces coquilles sont blanches ou ornées do couleurs pèles; un petit nombre seulement sont vivement colorées.

Les Mactres fossiles sont moins nombreuses que les vivantes ; elles sont répandues dans tous les terrains tertiaires connus. Quelques unes ont été mentionnées, soit dans les terrains crétacés, soit dans les terrains secondaires plus anciens ; mais rien jusqu’ici n’est propre à Justifier à nos yeux la présence dos Mactres dans des terrains plus anciens que les tertiaires ; et si quelques paléontologistes se sont crus autorises à les mentionner, cela provient do ce qu’ils ont assimilé des moules de coquilles triangulaires, sur lesquels on ne trouve aucune trace des caractères essentiels des Mactres. Dans la série des moules factices, qu’a publiée M. Agassiz, on reconnaît celui des Mactres, non seulement à sa forme générale, mais encore a l’empreinte de la charnière. Les lames cardinales, comme nous l’avons vu, ont une saillie médiane, produite par la proéminence des cuillerons; ces parties laissent dans le moule une empreinte plus ou moins profonde entre les crochets. La dent cardinale se reconnaît dans son empreinte par sa forme spéciale. Enfin, les dents latérales laissent toujours sur le moule des traces de leur présence, ce qui peut aider à déterminer le genre d’une espèce dont le moule lui seul est connu. Il existe aussi des dents latérales dans plusieurs autres genres, mais ce caractère seul aurait peu de valeur. Il faut donc, pour reconnaître les Mactres parmi les moules d’espèces fossiles, que ces moules portent les empreintes des parties principales de la charnière et particulièrement de la dent cardinale.

On trouve dans les catalogues dressés par les paléontologistes un certain nombre de coquilles, connues par leur moule seul , et qui sont attribuées au genre Mactre. M. Roemer , dans son ouvrage sur les 1er-

LKS MACTUACKES.

rains ooliliques du nord de l’Allemagne, mentionne trois espèces qu’il rapporte aux Mactres, mais sur lesquelles nous n’observons aucun des caractères du genre; il en est de même des espèces de Goldfuss et de Zieten.

Dans l’ouvrage important publié par M. Fitton sur les terrains crétacés du sud-est de l'Angleterre, ce savant géologue a cité une Mactre fossile dans les sables verts, et il en a donné une figure. Cette figure représente la coquille entière, ayant ses valves rapprochées et ne montrant rien de sa charnière. Si la figure est fidèle , cette coquille serait inéqui • valve , et par conséquent plus voisine des Corbules que des Mactres. L’auteur avait lui-même conservé do l’incertitude au sujet de cette coquille , et c’est avec doute qu’il l’introduit dans le genre , où il la place.

Parmi les fossiles rapportés des terrains crétacés de l’Inde par M. Kaye et si bien décrits par M. Forbes dans les Transactions de îa Société géologique de Loiiàres , nous trouvons , sous le nom de Maclra tripartîta, une coquille qui , par sa forme extérieure , pourrait bien être une véritable Mactre; mais la charnière reste inconnue, ce qui laisse quelque doute sur la détermination du genre. Si celte coquille appartient réellement aux Mactres , elle nous offrirait le .seul exemple authentique de l’existence de ce genre dans un terrain inférieur aux terrains tertiaires.

Deux espèces sont connues dans le bassin de Paris. Lamarck a cru que l’une d'elles [Mactra semi-sulcata) avait son analogue vivant dans les mers de la Nouvelle-Hollande. Nous avons comparé de nouveau les coquilles en question , et nous avons reconnu deux espèces toujours distinctes. L’espèce fossile apparaît d'abord dans les sables marins inférieurs du Soissonnais et de la forêt de Compiègne ; elle passe dans les calcaires grossiers et remonte dans les sables moyens do Beauchamp , Valmondois , etc. ; elle offre quelques variétés intéressantes dans ses divers gisements. Les deux espèces de Paris se montrent aussi dans le bassin de Londres et dans celui de la Belgique; mais elles ne remontent pas dans l’étage moyen de Bordeaux et de Dax , comme l’a cru M. Bastérot et quelques autres personnes d’après lui. Il résulte de là, que l’espèce nommée Mactra deltoïdes^ par M. Bastérot, devra recevoir une autre dénomination.

Les terrains tertiaires moyens sont les plus riches en espèces de Mactres. M. Brongniart en cite deux dans les terrains du Vicenlin ; toutes deux sont douteuses; la première, M. erebea, a la forme extérieure des coquilles du genre; la seconde, M. cyrena , dont la charnière est

' tr

a86 HUITIÈME FAMILLE.

figurée , est une véritable Cyrène que Ton retrouve également fossile aux environs de Bordeaux ; c/estlo Cyrena Bronyniard Bast.

M. Baslérot, dans son Mémoire sur les terrains tertiaires du sudouest de la France , mentionne trois espèces de Mactrcs ; il rapporte la première au Maclra slrialelkt de Lamarck , qui vit au Sénégal et qui offre , en effet , avec l’espèce fossile une analogie incontestable ; pour la seconde, M. Baslérot l’assimile à l'espèce fossile des environs de Paris, et lui impose le même nom ; mais la coquille de Bordeaux reste toujours distincte de celle de Paris; elle devra donc recevoir une autre dénomination. Quant à la troisième Maclra tna?iguh, elle so montre en réalité dans les étages moyens et supérieurs des terrains tertiaires. M. Grateloup , dans son Catalogue zoologîque du bassin de la Gironde, sans rectifier l’erreur de M. Baslérot, ajoute une quatrième espèce qu’il identifie avec le Maclra deptrssa des environs de Paris. La comparaison que nous avons faite de ces deux espèces, nous donne la preuve qu’elles sont constamment distinctes. Ainsi, à l'égard desMactres, aucune de celles de Paris ne remonte dans les étages moyens et supérieurs. M. Dubois de Montpéreux s'est laissé entraîner par l’exemple de ses prédécesseurs, et il à imposé le nom de l'espèce de Paris à une coquille qui en diffère et qui se distingue aussi de celles de Bordeaux et de Dax , de sorte que sous ce nom dé Maclra delloides trois espèces bien distinctes sont confondues.

Dans la Paléontologie polonaise, M. Pusch inscrit parmi les Mactres des terrains tertiaires de Pologne le Maclra cu/ienta de Sowerby, espèce qui d’abord a été découverte dans le Crag d’Angleterre , et que depuis M. Nysta retrouvée dans celui de la Belgique. Jusqu’ici aucune espèce du Crag ne s'élail remarquée dans les terrains tertiaires , explorés par M. Pusch , mais on y trouve quelquefois une petite variété du jMactra iriangitla 5 et, sans pouvoir l’affirmer, nous 'Soupçonnons que c'est celte espèce que M. Pusch aura rapportée au Cuneata du Crag.

A la suite d’explorations aussi multipliées qu’attentives , M. S. Wood a dressé un catalogue très bien fait et fort complet des fossiles du Crag d’Angleterre. Dans ce catalogue, nous trouvons six espèces de Mactres, parmi lesquelles nous en remarquons trois dont les analogues vivent encore dans l’Océan européen et même sur les côtes de la Grande-Bretagne ; ce sont les Maclra stullorum , solida et subtruncata. A ces espèces du Crag d’Angleterre , M. Nyst en a ajouté deux, qui sont propres à celui des environs d'Anvers ; l’une d’elles paraîfdouleuse à M. Nyst; elle pourrait bien se confondre avec le Cuneata de Sowerby. De nouvelles observations sont nécessaires à ce sujet.

LES MACTRACÉES.

Les terrains tertiaires supérieurs de l’Europe sont peu riches en Mactres fossiles. Brocchi en décrit trois espèces, dont deux^ les Mactra siuUorum Qitriaugiiïa vivent encore dans la Méditerranée; mais il paraît que Brocchi avait commis la même erreur que Linné et Lamarck à l’égard du Lisor d’Adanson et du SluJtorum ; c’est-à-dire qu’il les réunissait sous un môme nom spécifique. Nous avons fait voir que le Lisor, vivant au Sénégal, offre des différences constantes avec le Maclra sluUorum des mers d’Europe, Depuis, M. Sismonda a reconnu que dans son Mactra siultorum, Brocchi avait aussi confondu les deux mêmes espèces. Actuellement distinguées , il y en a quatre dans le terrain tertiaire de l ltalie; nous en avons ajouté une cinquième, le Mactra coraUina de Linné , provenant des terrains subapennins de la Morée ; enfin M. Philippi en a recueilli , on Sicile , deux espèces de plus, les Mactra glauca et soîida. A'oilà donc sept espèces de Mactres bien constatées dans les terrains tertiaires supérieurs , et ce qui est fort remarquable, c’est qu’il y on a six, qui sont encore actuellement vivantes dans les mers de l’Europe; par un privilège assez singulier, c’est encore parmi ces espèces que se trouvent celles qui passent dans d’autres terrains. Ainsi, par exemple :

Le Mactra stultorim se trouve à la fois en Italie et dans le Crag d’Angleterre.

Le il/ac(m solida, qui vil dans la Manche, existe à l'état fossile en Sicile et dans le Crag en Angleterre et en Belgique.

Le Mactra iriangnla , vivante dans la Méditerranée et les mers d’Europe, est connu à l'état fossile en Italie, en Sicile, en Morée, à Bordeaux et à Dax, dans les faluns de la Touraine, aux environs devienne , et peut-être en Pologne.

D’autres espèces ont un moindre intérêt , et méritent cependant d’être signalées.

Ainsi, \q Mactra glauca vit dans tout l'Océan d'Europe, et se trouve fossile dans le Crag.

Le Maolru striatella de Lamarck vil au Sénégal , et une variété un peu plus épaisse est fossile aux environs de Bordeaux.

Nous devons encore ajouter le Maclra ponderosa de M. Eichwaid , qui , se répandant dan.s les terrains de la Russie et jusqu'en Crimée, peut servir à les caractériser.

11 résulte des investigations, auxquelles nous venons de nous livrer , que l’on peut admettre avec certitude 25 espèces de Mactres fossiles

flans loate la série des terrains tertiaires de l’Europe. Les terrains analogues de* l'Amérique septentrionale sont moins riches, d'après les catalogues dressés par MM. Lea, Conrad et quelques autres naturalistes. Des terrains tertiaires de l'Amériquo méridionale nous ne pouvons citer que les trois espèces , mentionnées par M. d’Orbigny dans la Paléontologie de son Voyage en Amérique. Il reste bien constaté que, dans l’état actuel do la science , le nombre des espèces fossiles reste inférieur de plus de moitié à celui des espèces vivantes.

Mactre triangulaire. Macira iriangula.^ Renieri.

PI. 10. fig. 4. 5. 6.

ay. testa parvây trlgonâ^ laUre utroque ùhtusissime carinata ^ nitidâ ^ lœvi i lactea; area lunulâquc suîcatis, dentibus lateraîibus perpendrculariter striatis,

Mactra Jactea. Poli Test. l. i. pl. i8, f. i3. i4*

Philippi. Moll. Sic. t. i. p. it. n® 5 et l. 2. p. lo, n® 5.

Desliayes. ExpeJ. scien. de Morée. Moll. p. 88. n® 17.

Fossiîis^ Brocchi. Conrli. foss, subap. l. 2. p. 535. n° i. pl. i3. f. 7.

Philippi, loc, cit. t. I. p, 12. Il® 3,

Sismouda. Syn. metli. anim. inverl. pedem foss. p. 17.

Il est bien évident, ainsi que M. Philippi l’a reconnu, que le Macira triangida de Renieri a été figuré par Poli sous le nom de Macira hetea. Ce qui aura empéché les conchyliologues de s'apercevoir de l’erreur, cela provient sans doute de ce que Poli a fait représenter l’espèce sous un grossissement, qui la rapproche du volume habituel du Mactra îaelea de Cliemnilz et de Lamarck. Cette confusion, de la part du naturaliste napolitain, en a entraîné quelques autres , par la suite , dans la synonymie du àUaclra îaetea , et il est actuellement facile de les réparer. Lg Mactra triangida est une coquille, qui reste toujours d’un petit volume. Ainsi que son nom l’indique, elle est triangulaire, presque équilatérale ; les crochets occupent le sommet d’un triangle dont le bord ventral est la base. Le bord antérieur est un peu plus court que le postérieur. La coquille est médiocrement bombée , subciméiforme ; les crochets , lisses et peu saillants , sont médiocrement inclinés du côté antérieur. La lunule , ainsi que le corselet, sont aplatis, ovalaires et nellement circonscrits par un angle obtus et fort net. Ces deux. parties importantes de la coquille sont 'élégamment striées. La surface exté-

LES-MACTRACEES.

rieure porte également des stries un peu plus profondes du côté antérieur que du côté postérieur. Ces stries s’interrompent de ce côté, qui reste parfaitement libre. A. l’intérieur, les valves sont lisses et polies ; la charnière est supportée par une lame cardinale, courte et étroite. Sur la valve droite se trouve une grande dent en V, dont la partie antérieure est beaucoup plus grande que Tautre. En arrière de cette dent existe la fossette du ligament , étroite et assez profonde , mais dont le bord fait une légère saillie sur le milieu de la lame cardinale. Sur la valve gaucho, la dentenV est unpcu plus petite, et l’on voit son extrémité antérieure s’abaisser comme pour joindre l’extrémité antérieure de la dent latérale. Les dents latérales sont courtes, assez épaisses, et striées perpendiculairement de chaque côté. Les impressions musculaires sont grandes en proportion de la coquille ; elles sont semi-lunaires , fort écartées. L’impression palléale, après avoir suivi le bord ventral , s’infléchit en arrière et produit une sinuosité étroite dont le sommet se place presque au niveau du cuilleron de la charnière.

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