GENRE VINGT-NEUVIÈME
ANATJZUEL1.E. AnaHneUa. (Sow.)
CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal inconnu.
Coquille ovale-transverse , mince , blanche , diaphane , équivalve, équilatérale 5 subnacrée, lisse, gonflée, à crochets médiocres , peu proéminents , opposés et quelquefois corrodés au sommet; charnière portant au-dessous du crochet un grand cuilleron à peine oblique , étroit, très saillant dans l’intérieur des valves ; une petite dent cardinale, en avant du cuilleron, sur la valve droite , deux plus petites sur la gauche. Impressions musculaires superficielles , peu apparentes , l’antérieure ovalaire, la postérieure arrondie; impression palléale simple, sans la moindre trace de l’inflexion postérieure.
SYNONYMIE GENERIQUE. — Mya, Chcmnitz , Spengler, Gemlin, Dihvyn.
OBSERVATIONS. Lc genre Anatinelle a été créé par M. Sowerby, dans la 40'= livraison de son Généra of shells , publié, en 1833 ou 183i ,
pour une coquille que ce naturaliste a crue nouvellement découverte , mais qui était connue depuis 1782, époque à laquelle Chemnilz la décrivait et la figurait , sous le nom de ^f\Ja candida. dans le fi* volume du CoHchylie7t~Cabmet. La coquille figurée par Chemnilz appartenait a la collection de Spengler; extrêmement rare à cette époque dans les collections, elle n’est pas devenue plus commune depuis; aussi, un assez grand nombre d’auteurs n’ont pu la mentionner que d'après l’ouvrage original de Chemnitz. Schroeter se contente de la citer à la suite des Myes ; Gmelin l'inscrivit dans la 13® édition du Si/stema iiaturœ , et au lieu d'adopter le nom de Mya candida de Chemnitz, il proposa celui de Mya iiicobarica. C'est sous cette dernière dénomination que Wood , en 1814, la mentionna dans son Genei'al Conchologist. Dillwyn la cite dans son catalogue, et M. Wood , en 1 828, en donne une figure très médiocre, copiée de Chemnitz, dans son Index teslacæologicus. Lorsque, quelques années après, M. Sowerby institua le genre Anatinelle, il ne devait pas donner à l'espèce un autre nom, lorsque, ainsique nous venons de le constater, elle en avait déjà reçu deux.
Oapuis que le genre a été créé , il a été généralement adopté , et il méritait de l'être; car il présente des caractères qui le différencient de tous les autres genres connus. Nous l’avons introduit- dans la famille des Mactracées , dans la nouvelle édition des Animaux sftns vertèbres do Lama’rck. M. Reeve, au contraire, dans son Conchologia systematicu, a placé lo genre Anatinelle dans la famille des Myaires, à la suite des Corbules et des Pandores , dans le voisinage du genre Myocama.
Une seule espèce est connue dans le genre qui nous occupe : c’est une coquille ovale-transversc , équivalve, subéquilatérale, à , crochets petits, opposés et peu proéminents au-dessus du bord cardinal. Les bords de la coquille sont minces , tranchants, simples; les valves se joignent exactement dans toute leur circonférence, si ce n’est en arrière , où elles laissent entre elles un faible écartement. Le test de cette coquille est mince et transparent; en cela elle se rapproche des Anaiines et des Thracies ; le côté antérieur est arrondi ; le côté postérieur e.st circonscrit par un angle peu saillant, mais bien marqué, qui de.ssine un grand corselet très saillant dans le milieu. Toute la portion du bord postérieur , qui correspond' à l’angle dont nous venons de parler, forme une troncature oblique, courte , qui se dessine à l'intérieur par une ligne qui coïncide avec celle de l’angle extérieur. Les impressions musculaires sont petites, fort écartées , à peu près également distantes de la charnière ; l’antérieure , ovale-oblongue , vient
LES MACTRACÉES.
s’allonger le long du bord antérieur et tout près de lui ; l’impression postérieure est circulaire ; elle est située à l’extrémité postérieure du bord cardinal . et comprise dans la largeur du plan que circonscrit l’angle postérieur des valves. Une impression palléale simple , rapprochée du bord ventral et lui restant parallèlè , s’étend d’un muscle à l’autre, sans produire la moindre inflexion.
La charnière est fort singulière ; elle consiste en un grand cuilleron ovale-oblong , s’avançant horizontalement dans la cavité de la coquille , de la môme manière que celui des Lulraires et des Anatines. Cependant il est incliné un peu obliquement en arrière , et du côté postérieur il se rattache au bord cardinal par une côte épaisse, qui se prolonge ensuite dans toute la longueur du bord postérieur et supérieur. Ce cuilleron est assez épais et profondément creusé pour recevoir un ligament interne, proportionné à la cavité où il est reçu. Le bord postérieur du cuilleron est simple; il s’élargit en haut , et , se renversant au-dessus du cuüleron , il change l’extrémité supérieure de celte cavité en une gouttière à demi recouverte. Sur le bord antérieur , le cuilleron porte deux petites dents inégales, divergentes , dont l’interne est la plus longua. Telles sont les parties qui se remarquent sur la valve droite ; sur la valve gauche . la charnière ne présente presque point de différence; seulement les dents cardinales sont très courtes ; il n’existe aucune trace de ligament externe.
D’après la description que nous venons de présenter des caractères du genre Anatinelle, il devient évident que la coquille, qui lui sert de type , ne peut se confondre dans aucun autre genre connu. Tel que le genre Mye est conçu aujourd’hui , il ne peut recevoir la coquille de r Anatinelle; elle ne peut s’introduire non plus parmi les Anatines , non seulement parce qu’elle manque de l’osselet cardinal, qui caractérise ce genre , mais encore par l’absence de la sinuosité paltéale. Par la mémo raison , celte coquille ne peut entrer ni dans les Liitraires, ni dans les Madrés , et moins encore dans les Cumingia , puisqu'elle manque dos dents latérales , qui caractérisent ce dernier genre. M. Sowerby a donc bien fait de proposer un genre spécial pour le Mya nicobarica ; mais il s’agit maintenant de décider la place que ce nouveau genre doit occu[)or dans la méthode. Nous éprouvons, à son sujet, la môme incertitude que pour le genre Cardilia. Aussi en l’introduisant dans la famille des Mac- Iracées, nous pensons que c’est une place temporaire et provisoire qu'il occupe ; ses rapports ne pourront être définitifs; qu'au moment oii l’animal sera connu.
Rappelons-nous les principes, à l’aide desquels nous avons déter-
m:iTlÈ:ME FAMILLE.
miné les rapports de quelques genres embarrassants. Tous les mollusques dyuiiaires, qui sont terminés en arrière par des siphons, présentent généralement une sinuosité plus ou moins profonde dans l’impression pallcale. Ainsi que nous le savons , cotte sinuosité ost due à l’existence chez ces mollusques d’un muscle propre, destiné à contracter les siphons dans l'intérieur de la coquille. Nous savons aussi que dans tous ceux des mollusques de la même classe, qui n'ont point de siphons en arrière, l’impression palléale reste simple, et par Je moyen de cette impression, on peut déjà classer un assez grand nombre de mollusques d'après leurs coquilles.
Mais il est des 'genres qui se soustraient à cette règle générale et chez lesquels l’impression palléale reste simple , quoique le manteau se prolonge en arrière en siphons très courts ou présente de simples perforations, destinées à remplacer ces organes. Nous supposons que les Anatinelles appartiennent à celte série de mollusques dont le manteau est simplement perforé. S’il en est ainsi, le genre, au lieu de rester dans la famille des Maclracées , devra faire partie de celle des Érycines , car les animaux de ce genre ont aussi l'impression palléale simple , et cependant leur manteau , perforé en arrière , a ses lobes réunis le long du bord ventral de la même manière que dans les mollusques à siphons plus ou moins allongés. Nous le répétons , la place que nous assignons au genre Analinelle ne peut être que temporaire, mais pour décider définitivement des rapports du genre, il est indispensable de connaître l’animal.
Nous ne connaissons jusqu’ici qu'une seule espèce dans le genre Analinelle, c’est la suivante.
Anatinelle blanche. Anatinella canclida. Desh.
PI. 8 bis. fig. 4. 5.
Jn, testa ovato-lmnsversâ subœquîiaterâ ^ turgidn}a ^ tenuî ^ fragili ^ canduia^ transhteidâ ^ transversim tenuiter striata, striis îangitndi^ nalibus tennissiniis 'inx perspîcuis oniald', îatere antico rotundato\ postico oblique trnncato., angnlo circumseripto.
Mya candida, Chemn. Comh. f. 0. p. 29. pl. 3. f. 17. 18.
Mya, Schræler. Eiiil. I. 2. p^ 616. u'’ 5.
Mya uicobarica. Omel. Syst. lul. cd. i3. p. 3221.11” 12,
Mya angulata. Spengîcr, Méin. de la Soc. d’hi^l. nat, de Copenh. t. 3.
LES MALTUACEES.
Mya linguUitii, DilUv, Cat. r. p. 44. u* S.
Id, WooJ. Ccner. Courli. p. 97. n* 1 1,
Id. ^V^^od. Iiid. Tcsiac. pl. 2. 1'. it, Mala.
Anatinelta Sibbaldii, Sou. Gênera of sliells.
Ueshayes dans Lamk. An. s. verL a* éd. t, 6. p. g5.
Reeve. Conch. syst. t. i. p. 56. pl. 38,
Id. Sowerby. Conch. Man. p. 66. f* 70. ^ s
Jd, lïcrrniansen Ind. gener. Mala. prim. l. i. p, 48,
Habite Cey lan, Nicobar, les mers de l’Inde.
Les détails dans lesquels nous venons d’entrer, étant empruntés à la seule espèce connue , elle se trouverait déjà suffisamment caractérisée; nous devons ajouter cependant quelques particularités propres à la faire reconnaître, dans le cas où Ton viendrait à découvrir d’autres espèces analogues. Mais , avant tout , nous devons constater l’identité du M\ja candida de Chemnilz avec VAnatinella Sibbaklii de Sowerby. Lorsque l’on vient à comparer les diverses figures et surtout celle de Chemnitz et celle de Sowerby, on serait porté à croire qu’elles représentent deux espèces distinctes. En effet , la coquille de Chemnilz a le bord ventral moins arqué , par conséquent plus parallèle au bord dorsal ; le côté postérieur paraît en proportion un peu plus allongé; mais si nous comparons la coquille que nous possédons avec les figures en question , nous lui trouverons une forme intermédiaire. Mais ce qui est plus concluant encore, c’est l’exactitude do la description de Chemnitz, qui s’accorde parfaitement avec les caractères de la coquille que nous avons sous les yeux. Chemnitz dit que le Mya nicobarica présente à la surface extérieure des stries transverses, très fines et quelquefois irrégulières vers les bords ; ces stries se voient dans VAnaiineîla Sibbaldii de Sowerby. Chemnilz ajoute que d’autres stries, plus fines que les premières, descendent des crochets , et ces stries sc trouvent également sur la coquille du zoologiste anglais. On peut objecter que la figure de Chemnitz ne représente aucune trace des petites dents, qui s'élèvent sur le côté antérieur du cuiileron ; mais il faut se rappeler, qu’à cette époque on n’apportait pas à la roprésenlalion des objets d’histoire naturelle l’exactitude que l’on exige aujourd'hui, et l’on conçois aussi qu’un caractère d’une faible importance ait échappé à un observateur aussi exact que Chemnitz.
Cette coquille , rare et précieuse, a 35 millimètres de large , 25 de longueur cl 20 d’épaisseur.
HUITIEME EAMILLt.