‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 52 sur 127 · GENRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

GENRE TRENTE-CINQUIÈME

AMCPHIDESME. Amphidesma. (Lamacck.)

PI. II. fig, 10. II. la.

CARACTÈRES GENERIQUES. — Aniiïial inconnu.

Coquille ovale ou arrondie , peu épaisse , équivalve ou subinéquivalve, ayant dans la plupart un pli postérieur irrégulier. Charnière portant deux petites dents cardinales sur chaque valve, deux dents latérales assez grosses et une fossette oblique , profonde , allongée , étroite , fixée le long du bord dorsal postérieur. Cette fossette reçoit un ligament interne ; une nymphe petite, étroite, donnant insertion à un petit ligament externe. Impressions musculaires -grandes , ovales, obrondes; impression palléale terminée en arrière en une sinuosité ellipsoïde , profonde , obliquement relevée vers le centre des valves .

LES AMPHIDESMIDES.

SYNONYMIE générique- — TelHua ^ Linné, Chemnitz , Schrœter, Gmelin , Bruguière, Wood, Dill-wyn. — Donacilla (olim) , Lainarck. — Semele , Schumacher. — Amphidesma [mxic] ^ Lamarck, Férussac, Sowerby, Say, Gray, Rang , Anton , Reeve, etc.

OBSERVATIONS. — Tel que nous le réduisons aujourd’hui, le genre Amphidesme est bien différent de ce que Lamarck l’a constitué. En effet , de seize espèces que ce naturaliste y avait introduites , nous n’en réser vons qu'une seule, et par là il est facile de se convaincre que nous avons rattaché la dénomination générique à un groupe très différent de celui qui se trouve dans {'Histoire des animaux sans vertèbres. '

L'examen auquel nous nous sommes livré , en traitant quelques uns des genres qui précèdent, a fourni la preuve que dans le genre Amphidesme de Lamarck se trouvaient comprises les coquilles de genres très différents. C’est ainsi que VAmphidesma corbuloidcs a dû passer dans le genre Lyonsia, car elle en a tous les caractères ; VAmphidesma phaseo- Una est une véritable Thracie, à laquelle nous avons rendu son nom primitif de Thracia papyracea. Si Ton en croit la dénomination d'Ainphidesma lactea , la synonymie et môme la phrase caractéristique , cette espèce appartiendrait au genre Lucine ; mais d’après les recherches de M, Recluz , dans la collection de Lamarck , il aurait trouvé sous ce nom spéciOque la Lutraria Cotardi de M. Payraudeau, c’est-à-dire un véritable Lavignon; cependant les nombreux changements matériels que l'on a fait successivement subir à la collection de Lamarck, ont détruit une partie de la confiance, que nous devrions avoir dans l’exactitude de la plupart de ses dénominations. Dans tous les cas cotte coquille doit toujours sortir du genre Ampliidesme, soit qu elle rentre parmi les Lucines, soit qu elle se range parmi les Lavignons. Trois espèces : Amphidesma donacilla^ glabrella, comea, appartiennent à notre genre Mésodesme. Déjà nous avons vu les diverses espèces de ce genre mêlées aux Mactres et aux Crassatelles , ce qui prouve invinciblement que Lamarck n'en avait pas compris la valeur. M. Recluz, dans un mémoire publié dans le Magasin de zoologie^ a prouvé, contrairement à l'opinion de M. Sowerby, qu’il fallait distraire des Amphidesmes de Lamarck quatre espèces qui offrent aussi des caractères particuliers , et avec lesquelles cet habile naturaliste a fondé un très bon genre sous le nom de Syndosmye. Les espèces d’ Amphidesmes dont il est question senties Amphidesma tenuis ^ primatica^ Bùysii ^ et purpurescens. Voilà donc 23*

déjà dix espèces, qui se distribuent dans des genres que nous connaissons; voici maintenant la répartition des cinq dernières dans des genres dont nous allons nous occuper prochainement. Les Amphidesma physoides eialbella sont de véritables Erycines; nous ferons remarquer, en traitant de ce genre, cette erreur singulière do Lamarck , qui , possédant dans sa collection de véritables Erycines vivantes , prend néanmoins une petite Vénus pour type de ce genre. V Amphidesma nucleola dépend du genre Bornia de M. Philippi. Enfin , deux espèces , chez lesquelles le ligament est sub-inlérieur, doivent rentrer dans le genre Lucine où déjà l'une d’elles Amphifiesma lucinalis , se trouve sous le nom de Luema lactea.

Si nous reprenions successivement les différentes espèces que nous venons de passer en revue, il nous serait facile de démontrer que, pour le plus grand nombre , elles ne présentent point les caractères tels que Lamarck les a inscrits en tête dé son genre. Ainsi les espèces qui dépendent des ^emes Lyonsia , Thracia^ Mesodesma, Erycinaj Bornia et Lucina, n’ont besoin d’aucune discussion pour être éliminées définitivement du genre , puisque leurs caractères ne s’accordent point avec ceux imposés par l’auteur lui-même à ses Amphidesmes. La discussion ne pourrait donc s’établir qu'au sujet des espèces avec lesquelles M. Recluz a fait son genre Syndosmyc. A celles-ci la phrase caractéristique s’applique assez exactement; par conséquent, il a fallu agir arbitrairement pour attribuer le nom plutôt à un groupe qu’à l'autre. M. Sowerby est le premier qui ait décidé du choix , en proposant dans son Généra of sheîls^ de réduire le genre Amphidesrae aux Amphidesma mriegala , Boysiif pnsmaiica, et quelques autres analogues. Il était naturel que M. Recluz, en découvrant les caractères de son genre Syndosmye, retirât ces espèces du genre Amphidesme de M. So'werby, et de cette réforme nécessaire il résulta que la dénomination générique resta à la première espèce do Lamarck, Amphidesma variegata. Si l'on examine les- caractères de cette coquille, on voit qu’ils s’accordent exactement avec ceux du genre. Il est donc convenable de la conserver comme type des Amphidesmes , et de réunir à elle toutes les espèces qui offrent des caractères analogues. Déjà nous pouvons lui associer l’une des Lucines de Lamarck , le Lticina relicuîata , qui n’est autre chose que le Tellina reiiculata de Linné.

Il était nécessaire d’indiquer les réformes à opérer dans le genre Amphidesme avant d'en tracer l’histoire. Limité, ainsique nous venons do le dire , ce groupe constitue un genre très naturel , dont quelques espèces furent connues de Lister, de Linné, de Chemnitz, et rappor-

LKS AMPHIDESMIDES. 357

tées par ces naturalistes au genre des Tellines. Schrœter, Gmelin , Bruguières , Wood , suivirent l’exemple de leurs prédécesseurs.

En fondant un grand nombre de genres, Lamarck rencontra néanmoins une certaine quantité de coquilles, dont les caractères ne pouvaient s’y rapporter exactement. Ces coquilles, présentant quelques caractères communs, celui, par exemple, d'un ligament interne, accompagné d’un ligament externe , ou seulement de l’apparence de ce dernier, Lamarck les rassembla dans une sorte d'mc^rtæ sedis , dont il fit un genre auquel il donna d’abord le nom de Donacille, dans l’extrait du cours , nom auquel il substitua celui d’Amphidesme dans le 5* vol. des Animaux sans vertèbres. Ce genre Amphidesme est donc la reproduction du genre Donacille souâ une autre dénomination. Un genre, aussi ambigu que celui des Amphidesmes , devait laisser beaucoup d'incertitude chez les naturalistes; ils devaient s’en faire des opinions différentes, selon les espèces que le hasard mettait sous leurs yeux. Tandis que M. de Gerville entraîne les Amphidesma Boysii et prisma* «ica, parmi les Mactres , M. de Blainville considère les Amphidesmes comme un groupedu genre Lucine, et en môme temps M. Say considère un Lavignon comme une véritable Amphidesme. De telles confusions ne pourront plus se reproduire dans l’avenir ; nettement défini , débarrassé de tout ce qui lui est étranger, le genre Amphidesme ne peut se confondre avec aucun de ceux qui sont connus , et l'examen des coquilles va servir de preuve à ce que nous venons de dire.

Les Amphidesmes sont des coquilles ovales et obrondes, en général peu épaisses, comprimées, subéquilatérales, équivaivcs, quelquefois cependant ayant une valve un peu plus profonde que l’autre ; presque toutes les espèces sont ornées de stries Iransverses, concentriques et de stries longitudinales, quelquefois excessivement fines. Ces coquilles sont généralement blanches, teintées do jaune ou de rougeâtre à l’intérieur, quelques unes sont violâtres, vergetées de rouge-brun. Toutes sont revêtues d*un épiderme ordinairement gris ou brunâtre , mince , plus ou moius tenace, selon les espèces; débordant le test et destiné , sans aucun doute , à recouvrir les parties exsertiles du manteau. Les bords sont simples et tranchants ; ils ne se joignent pas exactement sur toute la circonférence de la coquille; ils laissent en avant et en arrière un petit bâillement en fente étroite. Le côté antérieur est toujours arrondi, il est le plus court dans le plus grand nombre des espèces; c’est lecôntraire dans un petit nombre d'autres. Le côté postérieur est obtus , et dans le plus grand nombre des espèces il présente une inQe.xion irrégulière, tout à fait comparable à celle des Tellines. Le bord ventral

est très convexe, ce qui a lieu également pour le bord dorsal ; seulement celui-ci est partagé en deux portions presque égales par la saillie des. crochets. Les crochets sont petits, peu saillants , légèrement inclinés en avant; ils dominent une très petite lunule, courte, lancéolée, plus ou moins profondément empreinte selon les espèces. En arrière des crochets, on ne trouve aucune trace de corselet ; mais immédiatement en arrière des crochets on remarque deux petites nymphes courtes et étroites, sur lesquelles s'attache un petit ligament externe. Ce ligament n’est point, comme celui des Mésodesmes , un simple épaississement épidermique; il est constitué de la môme manière que tous les liga-. ments externes , seulement il ne contient point de matière cartilagineuse, il est entièrement constitué de la* matière Gbreuse. Dans ceux . des Mollusques, dont la coquille est pourvue d’un seul ligament externa, ce ligament est composé de deux substances , que l'on sépare avec faci- , lité. L’une extérieure , bombée, composée d'une matière ûbreuse, solide et tenace ; l’autre interne, jouissant particulièrement d’une grande élasticité, ressemble davantage à un cartilage. Ces deux portions d’un même organe laissent entre elles un interstice, ordinairement très étroit, dans lequel s’enfonce un organe sécréteur, dépendant du manteau. Chez les Âmphidesmes, ces deux portions d’un môme organe sont bien plus séparées ; car l’une reste en dehors, tandis que l’autre vient s'insérer dans une fossette allongée, étroite, profonde , attachée le long du bord dorsal postérieur. Celle fossette est séparée des nymphes par un espace allongé , triangulaire . convexe , que l'on voit se terminer en arrière par une dent latérale. Immédiatement au-dessous du crochet, les deux ligaments convergents viennent se rencontrer et se confondent dans une petite portion de leur longueur. En avant de la fossette du ligament interne s’élève . sur le bord cardinal , une petite dent sur la valve droite et deux sur la gaucho. Il y a dos espèces chez lesquelles il n’existe qu’une seule dent a chaque valve ; mais il eu est d’autres , où , à côté de la dent principale , se montre une seconde dent plus ou moins rudimentaire. Enûn, à la limite antérieure de la lunule s’élève une dent latérale antérieure , courte et conique ; ainsi dans le genre Amphidesme , la charnière comporte une ou deux dents cardinales , deux dents latérales, une fossette oblique pour le ligament interne et une très petite nymphe pour le ligament externe.

Les impressions musculaires sont grandes ; si l’on partage la coquille en deux moitiés égales , les impressions musculaires seront comprises presque en entier dans la moitié supérieure ou dorsale. L’impression antérieure est ovale-semilunaire; elle descend obliquement le long du

LES AJilPHlDESMIDES.

bord antérieur et elle se termine en haut par une extrémité pointue , qui se continue jusqu’au-dessous de la dent latérale intérieure par une ligne étroite, qui est celle de l'insertion du manteau. Vers l'extrémité de cette ligne, au-dessous du bord cardinal et de la dent latérale antérieure , se trouve une petite impression irrégulière; elle résulte de l’insertion sur ce point du muscle rétracteur antérieur du pied. L’impression musculaire postérieure est plus arrondie ; elle se prolonge aussi dans une ligne de rinsertion du manteau , et son angle supérieur donne attache au muscle rétracleur postérieur du pied. Une impression palléalo se détache de l’extrémité inférieure du muscle antérieur , elle accompagne le bord ventral et reste constamment parallèle avec lui jusqu’à l’extrémilé [lostérieuro de la coquille. En s’inÛéchissant en dedans , elle trace une sinuosité profonde, ovalaire , dirigée obliquement d’arrière en avant et de bas en haut. Les bords de celte sinuosité ne sont point parallèles; elle est plus large dans le milieu qu'à ses extrémités, et elle est entièrement détachée de la portion ventrale, ce qui la distingue éminemment de la sinuosité des Lavignons et des Syndosmyes. Dans d’autres genres la sinuosité du manteau est également détachée; mais elle est dirigée horizontalement, ainsi que cela se voit dans quelques Lutraires , par exemple. Nous verrons des Tollines chez lesquelles la sinuosité palléale devient très grande et envahit presque toute la surface interne des valves. Chez ces espèces , les deux portions ventrales de l’impression palléale se louchent dans la plus grande partie de leur longueur. Mais il est d’autres espèces de Tellines, chez lesquelles la sinuosité du manteau ressemble beaucoup à celle des Amphidesnies , et c'est par ces espèces que les deux genres que nous comparons entrent danslesrapports les plus immédiats. Il deviendratrès intéressant de comparer les animaux de ce groupe de Tellines avec ceux des Amphidesmes, et de s’assurer par là s’ils .conservent une ressemblance , qhe semble annoncer celle de leur coquille.

Mademoiselle Catlow a inscrit trente-huit espèces dans son Conchological nomenclator. De ces espèces , sejit doivent être éliminées du genre , elles appartiennent aux Syndosmyes et aux Erycines ; il reste donc trente et une espèces, dont quelques unes sont inconnues , car elles sont' empruntées à un ouvrage de M. Sowerby, qui n'a jamais été publié.

Les Amphidesmes sont des coquilles de taille médiocre; elles sont essentiellement marines ; elles vivent à la manière des Tellines , enfoncées perpendiculairement dans le sable ou dans la vase des rivages. Quelques unes se plaisent dans les fentes des rochers j et par cette ma-

nière de vivre, elles se rapprochent des Ërycines et des Bornies. Presque toutes habitent les mers chaudes; le plus grand nombre provient du Brésil , du Pérou , de la Colombie , du grand Océan Indien et des parties chaudes des mers australes.

On a cité dans ce genre un assez grand nombre d’espèces fossiles ; mais le genre , après avoir subi les changements considérables que nous avons mentionnés , nous pouvons affirmer ne reconnaître aucune véritable espèce d’Araphidesme à l’état fossile parmi celles qui ont été décrites sous ce nom. Il n’est pas à dire que le genre n’existe pas à l'état fossile; nous avons la preuve de sa présence dans les terrains tertiaires de la Gironde. M. Hébert, savant géologue , nous a communiqué une espèce très voisine d\i Reticulaln de Linné.

Colles des espèces qui ont été mentionnées dans ce genre et qui appartiennent aux terrains tertiaires sont au nombre de trois : elles doivent passer dans le genre Syndosmye; toutes les autres dépendent des terrains crétacés ou jurassiques, et elles ont été introduites parmi les Amphidesmes parce qu’elles ne présentaient aucun caractère appréciable et propre à faire reconnaître leur véritable genre. Nous pouvons en dire autant des quatre espèces mentionnées et figurées par M. Portlock, dans son ouvrage sur les terrains anciens des comtés de Londonderry, Tyrone et de Fermanagh.

Il est difficile de reconnaître les Amphidesmes d’après le moule intérieur, à moins que ce moule ne soit dans un état de parfaite conservation. Lorsqu’il est bien net, on peut y distinguer rinflexion des dents cardinales, celles des dents latérales et la cavité produite par la fossette du ligament. Mais dans des coquilles fermées , et lorsque leur moule ne présente pas les impressions de la charnière, il est de toute impossibilité de reconnaître en elle de véritables Amphidesmes. Les paléontologistes qui ont donné co nom générique à des coquilles, dont ils n’ont vu ni la charnière ni les impressions , ont cherché à faire connaître des formes , propres à caractériser certaines couches , mais qui indubitablement appartiennent à d’autres genres , et par conséquent ne peuvent rester dans celui des Amphidesmes. Malgré la difficulté du sujet, il est des erreurs que les paléontologistes devraient éviter. En voulant servir la science , ils la blessent dans ses intérêts les plus chers ; l’incertitude qu’ils y répandent en éloigne les esprits sages qui savent qu’une science erronée ne donne que des conséquences erronées dans ses applications,

LES TELLINIDES.

Amphidesme solide. Amphidesma solida , Gray.

PL 11. fig. 10. 11. 12.

A. testa crassn solida^ suhorbicuiatd , àlhâ, eoneentrîce sulcatâ, tenuissime raàiatim striata^ posticè sithnigosâ; rnargine eardinali pnrpureo îunuJâ minitnây îanceolatd, dentibus cardinaîibus parvis,

^ Gray. Spîc. zool, p. 6. pl, 6. f. 6.

Hanley. Descr. caU t. i. p. 43,

Callow. Conch. nomencl. p. i8. a® 34i Wood. Ind. Testac. a* suppL pl. la. f. Sa.

Coquille lenticulaire, suborbiculaire , presque équilatérale; elle n’est pas parfaitement équivalve ; la valve droite est un peu plus profonde .que la gauche. Les valves sont convexes , plus épaisses et plus solides que dans la plupart des espèces. Leur surface est couverte de sillons concentriques; ceux de la valve droite surtout sont remarquables par leurs'petites ondulations, qui les interrompent dans leur continuité et les font se toucher les uns les autres do manière à former des mailles irrégulières. Outre ces sillons transverses , la surface est encore Couverte d’un grand nombre de stries très fines , rayonnantes , qui descendent des crochets vers la circonférence. Les crochets sont peu saillants , ils s’inclinent obliquement au-dessus d’une lunule enfoncée, étroite, lancéolée, teintée d'un rouge pourpre. Un pli irrégulier, semblable à celui des Tellines , limite le côté postérieur, et dans toute la longueur de ce pli , les sillons se changent en grosses rides dont la limite est nettement arrêtée sur la valve droite , plus indécise sur la valve gauche. A l’intérieur, toute la coquille est d’un beau blanc, si ce n’est le bord cardinal qui est teint d’un beau rouge pourpre qui a surtout de l’intensité sur les dents latérales; les dents cardinales sont très petites, les dents latérales, au contraire, sont grosses et épaisses.

Cette belle Amphidesme se trouve dans les mers du Pérou , où elle n’est pas rare. Elle a 60 millimètres de hauteur, 65 de longueur et 27 d’épaisseur.

lies Tellinûles. Desh.

CARACTÈRES, — Aniipal ovale , transverse , peu épais , ayapt lep Jobes du piapteau réunis en arriéré et garnis sur les bords

d’un rang de tentacules coniques ou tronqués. Deux siphons longs et grêles , désunis dans toute leur longueur, pourvus d’un petit nombre de tentacules simples. Pied mince , triangulaire, tranchant; palpes labiales très grandes en triangle presque équilatéral. Branchies inégales : la paire interne plus grande tombant de chaque côté du corps , la paire externe relevée vers le dos.

Coquille obronde, ovale ou transverse, comprimée latéralement, peu épaisse, ayant les bords simples légèrement bâillants en avant et en arrière, et portant dans la plupart un pli oblique , irrégulier sur le côté postérieur. Charnière étroite , munie de deux dents cardinales et souvent de deux dents latérales. Ligament externe adhérent à des nymphes saillantes. Impression palléale profondément sinueuse du côté postérieur;

GENRES. — Telîina^ Fragilia.

Par la définition que nous imposons à la famille des Tellinides , il est facile de s'apercevoir que nous la réduisons à un petit nombre de genres. Propo.sée, pour la première fois par Latreille, la famille des Tellinides était très étendue . car elle contenait à la fois deux familles de Lamarck, les Nytnphacées et les Lithopbages. L'auteur de celte réunion aurait été très embarrassé de la justifier. Sij en 1 825 , époque à laquelle Latreille publia ses familles naturelles, la science était trop peu avancée pour limiter des familles réellement naturelles, elle possé^ dait cependant des' documents suffisants pour éviter ta confusion que nous signalons. Nous pensions que le temps n’était plus, où les classifications SP présentaient, en quelque sorte, comme les romans de la science , où l’on jouait pour ainsi dire avec les genres et les familles , essayant les associations les plus bizarres, sans se donner la peine de les justifier. En parcourant ces classifications si promptement élaborées, si facilement jetées au moule , on se creuserait en vain l'esprit pour deviner les raisons qui ont déterminé les auteurs à constituer telle famille, à la séparer de telle autre ; c’est le règne de la fantaisie et du bon plaisir, voilà ce que l'on en peut dire. Quant à la sdience et aux déductions, quelquefois si difficiles, qu’elle exige, on s'en préoccupe peu, pourvu que l'on ait la satisfaction de dire : ma classipcation, mes familles, mes genres. Le temps n’est pas éloigné , nous l'espérons du

LES TELLINIDES.

moins , où la science plus approfondie repoussera tout ce qui ne pourrait se justiûer par l’observation , nous verrons alors le? familles se simplifier, réunir moins de genres, mais les genres s’agrandir et prendre les limites que la nature elle-même leur a imposées. De grands genres , de petites familles ; ce sont là les tendances auxquelles conduisent toutes les observations. Ces réflexions nous sont suggérées par les transformations qu’a subies la famille des Tellinides , mais elles pourront trouver leur application à d'autres parties de la classification que nous aurons à examiner par la suite.

Comme nous le disions , fondée par Latreille , la famille des ïellinides contenait deux des familles de Lamarck , les Nymphacées et les Lithophages, c'est-à-dire treize genres , dont .il serait impossible de justifier le rapprochement. Déjà , en 1830 , dans V Encyclopédis méthodique , nous avons senti le besoin de détruire la faniilledes Nymphacées , et de proposer une autre distribution des genres qu’elle renferme , distribution plus en harmonie avec l’étal de la science. En conservant une famille des Tellinides , nous l'avons réduite à quatre genres : Sanguinolaire, Psammbie, Telline. Donace, nous fondant non seulement sur l’analogie des coquilles , mais encore sur celle des animaux , obligé de nous confier alors aux travaux de Poli , auxquels nous supposions toute l’exactitude nécessaire pour en déduire une classification améliorée.

D’après mes nouvelles vues , dit M. d’Orbigny dans sa Paléontologie française [Tenr. crét.^t. Ill, p. 3-99). je réunis dans la famille desTelIinides ]es genres DonaciUa,Lavignon, 4mphidesma , Arcopugia, Tellma, Capsa et Donax. Ces nouvelles vues. M. d'Orbigny les a acquises en se basant, comme il le dit à la page précédente , sur tes caractères propres aux animaux.Ces mots, que nous soulignons, vont nous donner la preuve que Tauleur n’a guère connu les animaux qu’il rassemble dans la familledes Tellinides. Mais chaque phrase du court préambule de JL d'Orbigny mériterait un commentaire, tant elle.? contiennent d'assertions curieuses. Ainsi, ce naturaliste , en parlant du ligament , dk que cet organe est un moyen mécanique et nullement un caractère sooîogique. Nous serions bien heuleux si M. d’Orbigny expliquait sa pensée ; est-ce qu’il voudrait dire par là (jue le ligament n’esl point un organe faisant partie intégrante de la coquille et sécrété par l'animal? Il est très peu de parties dans les animaux qui ne jouissent de fonctions mécaniques; les os les cartilages dont ils sont garnis aux points où ils se touchent , les cartilages élasli(iues placés entre les vertèbres , etc., sont des moyens mécaniques qui facilitent les mouvements. Est-ce que toutes ces parties n’of-

frent pas des caractères zoologiques ? Est-ce que toutes les parties solides sécrétées par un animal en dedans ou en dehors de son corps et retenues pour son usage pondant toute sa vie n'offrent pas des caractères zoologiques? Il serait aussi juste de dire que les impressions musculaires sont des moyens mécaniques, parce qu’elles so trouvent sur un test dont on peut détacher l'animal. Mais achevons la phrase de M. d'Orbigny : aussi peut-ü tout au plus servir pour les genres , mais non pour les familles: C’est ainsi que M. d’Orbigny comprend la subordination des caractères ; il consent bien à caractériser les genres avec des moyens mécaniques , mais il réserve les caractères zoologiques pour les familles. A voir la composition do la famille des Tellinides de M. d'Orbigny. on se persuaderait facilement qu'il s’osf mépris, et que ce sont les familles qui sont caractérisées par dos moyens mécaniques.

Nous avons déjà examiné trois des genres admis dans la famille des Tellinides par M. d’Orbigny, et nous savons que les animaux des MésodesmesetdesLavignons sonUrès différents par lousleurs caractères extérieurs et anatomiques; ils ne peuvent donc entrer dans une même famille, et siM. d’Orbigny les avait connus, comme il le donne à penser, il n’aurait pas commis la faute de les réunir dans un même groupe. Par l’ensemble de ses caractères , le genre Amphidesrne, dont l’animal n’est point connu, doit appartenir provisoirement à la famille précédente.

Le genre Arcopagia ne peut être conservé . ayant été établi pour les TclPines obrondos , ainsi que nous le verrons en traitant des Telünes. Enfin , les genres Capse et Donace ont des animaux très différents de ceux de tous les autres genres, et se lient par quelques caractères aux Mésodesmes, tout en restant assez distincts pour constituer une autre famille. Ainsi M. d'Orbigny, en se basant sur les caractères des animaux pour circonscrire la famille des Tellinides , confond cependant quatre sortes de Mollusques appartenant à autant de familles différentes ; ce qui a lieu de surprendre, c’est que M. d'Orbigny caractérise tous les genres do la famille d’après les animaux. 11 est vrai que cos caractères, écrits probablement d’après de fugitifs souvenirs, sont aussi incomplets qu’inexacts; il y a même deux genres, ^mp/itdesmn et Arcopagia, qui sont caractérisés au mo^^en d'animaux mutilés ou desséchés. Pour ceuxlà M. d'Orbigny a été forcé de recourir en partie aux caractères des coquilles pour les placer dans la famille des Tellinides , et , par le fait , de so mettre en contradiction avec ce qu’il avance.

Un zoologiste connu par de grands et d’importants travaux sur presque toutes les classes des animaux , M. Gray n'a pas oublié les Mollusques ; leur étude a toujours eu pour Itji une prédilection marquée. Ce

LES TELLIMDES.

savant en a donné une preuve récente en publiant une classification complète des Mollusques dans la partie des Procès-verbaux de la Société zoologique de Londres (1847). Dans cette classification, dont nous no pouvons examiner ici l’ensemble , nous trouvons une famille des Tellinides ayant une étendue, une composition inusitées , et qui , à cause de cela, mérite toute notre attention. Nous avouerons d’abord qu’il nous est impossible d’apercevoir le lien commun au moyen duquel les onze genres compris dans cette famille se rattachent les- uns aux autres. Nous y voyons , en effet , des genres à ligament externe , mêlés sans ordre avec des genres à ligament interne ; nous y remarquons un genre d’eau douce , Galathea , à la suite de genres marins ; ceci ne serait point un mal , si ce genre d’eau douce, par son organisation , justifiait la place qu’il occupe. En se bornant aux coquilles > on reconnaît déjà qu’elles ne sont point associées d’après leurs rapports naturels. ^ Examinant actuellement ce groupe , d’après les animaux tels qu’ils étaient connus à l’époque où M. Gray publia sa méthode, nous reconnaîtrons qu'ils n’ont qu’un seul caractère commun , que l’on retrouve encore dans d'autres familles : tous sont termines en arrière par deux siphons disjoints dans toute leur longueur ; mais un caractère d’une aussi grande étendue perd toute sa valeur, surtout s’il se reproduit dans d’autres groupes. M. Gray aura cru sans doute que ce caractère n’était pas le seul , mais en cela il a commis une erreur. Nous allons le prouver par un examen rapide de tous les genres agglomérés dans la famille des Tellinides.

PsAMMOBu. — Coquille à ligament externe. Animal à deux longs siphons , presque égaux ; feuillets branchiaux , inégaux , plissés transversalement et appliqués l’im sur l’autre.

2*^ Gari. — Genre emprunté à Schumacher, mais après lui avoir fait subir une modification qui, le réduisant à moitié, lui donne pour type un groupe particulier de Tellines.

3° ÏELLiNÀ. — Ce genre ne conserve pas toute l’étendue que nous lui avons donnée depuis longtemps. M. Gray y admet comme nous les Tellinides de Lamarck , mais il en fait s’ortir les deux genres suivants :

4° Arcopagia, — Nous avons étudié l’animal de l’espèce qui sert de type à ce genre (Tellina crassa)^ et nous pouvons affirmer qu’il ne diffère en quoi que ce soit des autres Tellines.

5” Strigilla, — ^M. Gray admet ce genre pour y ranger le Tellina carnaria et quelques autres espèces, uniquement parce que ces coquilles sont couvertes de stries diagonales. A part ce caractère, sans valeur à nos yeux , ces espèces ne diffèrent en rien des Tellines , et doivent y

rentrer; si Ton admettait un pareil genre , il faudrait , pour être consériuent, en établir beaucoup d’autres non moins inutiles, par exemple, pour le Lucina divaricata^ pour le Cytherea tesUidinalis . pour le Cardîum Æolicim , etc., c’est-à-diro que de pareils genres ne sont propres qu’à encombrer la science et à lui nuire.

6® Semble [Amphuiesma species prima , Lamk.), — Nous venons de traiter de ce genre, il est devenu naturel , grâce aux nombreuses réformes qu’il a subies , et il est fâcheux que M. Gray ait cru devoir y joindre un genre bien distinct nommé Cumingia ps^v M. Sovverby.

7® Ahenaru. — Ce nom a été proposé , en 1811, par M. Megerie , pour les coquilles du genre Lavignon de Cuvier. Ce nom, adopté par M. Gray, doit disparaître cependant: car il y a déjà un genre de ce nom dans les ouvrages de Linné pour des Annéiides. Ce genre a été nommé Tn'gonella par Da Costa; ce dernier nom doit donc lui rester. Quel que soit le nom du genre, il ne peut rester dans la famille des Teilinidés; il en est repoussé, non seulement par le ligament interne de la coquille , mais encore par la troncature de la branchie et sa soudure à la palpe interne.

8° Abra. — Ce genre a été créé , en 1817, par Leach , mais laissé dans ses manuscrits, il n’a point été publié, si ce n’est par M. Gray, dans l’ouvrage dont nous nous occupons. Nous réprouvons de la manière la plus formelle cette tendance à considérer des manuscrits ignorés du inonde savant comme des ouvrages authentiques , eide vouloir leur en donner l’autorité. Aussi nous rejetons ce genre Abra de Leach, et nous admettons le genre Syndosmye de M. Recluz, proposé pour les mômes coquilles beaucoup plus tard , parce qu’il était impossible à M. Recluz de connaître le contenu des manuscrits de Leach, égarés pendant trente ans. L’animai de ce genre a de grands rapports avec celui' du Lavignon , mais tous deux diffèrent de ceux des genres qui précèdent et qui suivent. Il doit donc aussi sortir de la famille des Telliscides.

9" Donax. — Nous verrons bientôt que ce genre, par son animal et sa coquille, est fort différent de tous les autres; les branchies, les palpes, les siphons, ne ressemblent pas à ces mêmes organes dans les genres qui précèdent.

10® Iphigexia [Capsa, Lamk.). — Nous avons eu sous les yeux un animal de ce genre, et nous ne lui avons trouvé aucune différence avec celui des Donaces.

1 1 ® Galathea, — M. Raug a fait connaître l’animal de ce genre , et nous sommes surpris de le rencontrer içi , car par ses branchies , ses

LES TELLÏNIDES. ^67

palpes et ses siphons, il diffère des autres genres de la famille des ■Tellinidcs.

11 résulte , de ce que nous venons d’exposer, que M. Gray confond dans une seule famille des genres qui doivent en constituer cinq. La première pour le genre Psammobhi ; la seconde pour le genre Tellina , augmenté des Gari, des Arcopagia et des St7'igilla ; la troisième pour les Amphidesmes, les Cumingies. les Lavignons et les Syndosmyes ; la quatrième pour les genres Donace et Capse ; et la cinquième, enfin, pour le genre Galaihea.

De tous ces genres , qui ne peuvent rester ensemble , nous n’en conservons que deux dans la famille des Tellines, et tous deux se joignent par un grand nombre de caractères communs.

Lamarck rapportait à son genre Pétricolele Tellma fragilis de Linné; ayant étudié l’animal de celte espèce pendant noire séjour en Algérie , nous avons reconnu en lui un genre -très différent des Pétricoles et voisin des Tellines. Ce genre , auquel nous imposons le nom de Fragilia , est le seul qui se joigne aux Tellines, pour entrer dans la famille dos Tellinidcs.

Ainsi réduite, cette famille contient des coquilles Iransvcrses , oblongues ou obrondes, généralement minces et aplaties, un peu bâillantes en avant et en arrière , à bords minces et tranchants , ayant presque tontes un pli irrégulier sur le côté postérieur. Une charnière étroite porto deux dents cardinales petites, divergentes, et très souvent des dents latérales. Un ligament externe s'allonge sur le bord dorsal; les impressions musculaires médjocres sont écartées et se rattachent Tune à i’uütro au moyen d’une impression palléale, dont la sinuosité postérieure est très grande, horizontale , ou un peu obliqua et toujours dilatée dans le milieu.

Les animaux de la famille des ïellinides ont les lobes du manteau désunis jusque vers l’extrémité postérieure du bord ventral; les bords de cet organe portent des tentacules courts et coniques ou plus allongés et tronqués au sommet. En arrière, l’animal so prolonge en deux siphons inégaux, grêles, très extensibles , terminés en une ouverture simple ou garnie do tentacules courts , simples et coniques; les palpes labiales sont très grandes, triangulaires, àcôtéspresque égaux et présentant une surface presque égale à celle des branchies. Branchies petites , étroites , placées l’une à côté de l’autre ; les feuillets internes, plus grands, tombant de chaque côté du corps ; les externes, plus étroits et plus courts , se relevant vers le dos. L’animal so meut au moyen d’un pied comprimé, triangulaire, tranchant, jouissant de mouvements très divers, favorables

ON’ZIÈME FAMILLE.

pour creuser le sable ou la vase , et y préparer une demeure à l’animal. Les animaux de la famille des Tellinides sont littoraux ; ils aiment les plages vaseuses ou sableuses recouvertes d’une faible épaisseur d'eau; cependant il y a quelques espèces qui se cachent à de plus grandes profondeurs.

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