GENRE TRENTE-SEPTIÈME
TEIiXINE. Tellina. (Lin.)
Pl. i3, üg. 71 ht j3, pl. 14. L I a 8.
CARACTKRKs Gi^NihtiQUEs. — Animal ovale ouobrond, très comprimé ; les lobes du manteau réunis à l’extrémité postérieure, et garnis dans toute leur circonférence de nombreux tentacules cylindriques, tronqués ou dilatés au sommet. Deux longs siphons inégaux, grêles, séparés dans toute leur longueur, à ouverture simple, ondulée ou garnie d’un petit nombre
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de gros tentacules courts. Pied allongé, triangulaire, comprimé ; bouche très petite ; palpes labiales très grandes et membraneuses, triangulaires. Branchies petites, inégales, subtriangulaires, lisses; Tune , l’interne, tombant dans la cavité du manteau; l’autre, plus petite, se relevant vers le dos.
Coquille ovale, transverse ou obronde-, mince, portant un pli irrégulier sur l’extrémitc postérieure. Charnière étroite ; une ou deux dents cardinales sur chaque valve , le plus souvent des dents latérales; impression palléule très profondément sinueuse en arrière.
SYNONYMIE GENERIQUE. — Co7ic/La y Lister. — Pectimculus ^ Lister, Da Costa. — Chaîna y Rumphius, Gualtieri, Adansoii.
— Peroneciy Peroneoderma , Poli. — Angulus y Megerle. — Omala , Phyîloda , Schumacher. — TellinideSy Lainarck , Férussac, SnAverby, Crouch, Broderip, etc. — Psammohiay Turton, Philippi. — Hirigillay Turton. — Arcopagiay Leach , Brown. d’Orbigny, — Marromay Leach. — Solecurhts [spec,], Gray.
— 2 e//zna, Rondelet, Aldrovande, Gesner, Bonanni, Gualtieri, Linné, Chemnitz, Da Costa, Muller, Spengler, Bruguière, Lainarck, Cuvier, Blainville, Sowerby, Wood, Swainson.
OBSERVATIONS. — Lopsque Linné proposa le genre Telliiie dans les premières éditions du Systeina mtum , il trouva chez les naturalistes ses devanciers un groupe de coquilles, à peu près équivalent et portant le même nom. Si l’on remonte, en effet, aux ouvrages de Rondelet, de Gesner, d’Aldrovande , ou remarque quelques Tellines, réunies presque sans confusion. Cependant, si l’on s’en rapporte à la description de la première espèce de Rondelet , il est à présumer que ce naturaliste confondait parmi les Tellines une véritable Donace; car, d’après lui, les bords des valves seraient dentelés , ce qui n’a jamais lieu dans les Tellines. Aux espèces de Rondelet fidèlement copiées, Gesner en ajoute deux autres qui appartiennent incontestablement au genre. Dans sa savante compilation, Aldrovande rassembla les diverses espèces de Rondelet et de Gesner, et , contrairement à ses habitudes , il en ajouta cinq autres qui presque toutes proviennent de la Méditerranée. Lorsque, trente ans plus tard , Bonanni publia son ouvrage sous le titre de Re~
creatio mentis et ocuîi , il donna indistinclement le nom de Telline à des coquilles qui , pour la plupart , doivent rentrer dans le genre des Donaces de Linné. Lisler, dans son grand ouvrage^ laissa subsister une plus grande confusion ; car, indépendamment des espèces qu’il répand dans son genre fort incorrect des Pétoncles , il ne distingue pas les autres desDonaces, des Crassalclles, des Mésodesmes , et môme d'un assez grand nombre de Venus. Si Lister a eu le mérite incontestable de précéder Linné dans la création (je plusieurs genres naturels , il faut convenir qu’il a complètement échoué dans l’arrangement 'du plus grand nombre dos coquilles bivalves. Gualtieri a été rimitatcur do Lister; il laissa subsister une semblable confusion parmi les mêmes objets.
■ Adanson a été le seul naturaliste qui , avant Linné, ait^iherché à limiter, d’une manière rationnelle , un genre Telline en lui assignant ses caractères bien observés. Mais Adanson, se laissant guider par l'ouvrage de Bonanni , imposa le nom de Telline a des coquilles que Linné , plus tard , rangea parmi ses Donaces. Quant aux Tellines véritables , .4danson en confondit quelques unes dans son genre Chama avec des Cylhérées, des Venus et d’autres coquilles appartenant à différents genres. Ainsi, dans la synonymie générique, il faut se souvenir que le genre Telline d’ Adanson ne représente pas celui de Linné, mais qu’il est l’équivalent de celui des Donaces.
Jusqu’à la dixième édition du Systema naturœ, le genre Telline est mentionné, mais non pas défini , dans les ouvrages de Linné. Dans celte édition que nous venons de citer, il est caractérisé par le pli postérieur des valves , par les trois dents cardinales, de la charnière, ainsi que par les dents latérales. Sous cette diagnose, Linné rassemble vingt- huit es|jècos , qui, pour la plupart, sont en effet de véritables Tellines; nous y remarquons cependant une Psammobie, une Lucine et une Gyclade. Dans le Muséum Uln'cœ, Linné rend le genre plus correct; toutes les espèces, moins une. lui doivent appartenir, mais dans la douzième édition dü Systema, dans laquelle le nombredes espèces a été augmenté aux dépens de la netteté du genre, il ajoute une Tellina inœquivalvis , qui n’a aucun des caractères des autres Tellines , do sorte qu'au lieu de trois genres confondus , il y en a quatre dans ce dernier ouvrage. Toutefois, il faut le reconnaître, malgré les légères imperfections que l’on peut reprocher au genre Unnéen, les Tellines, telles qu’elles sont, deviennent , dans les mains du grand naturaliste suédois, un genre beaucoup plus naturel que précédemment; aussi il a été accepté par tous ceux des conchyliologues qui ont écrit depuis sur le même sujet . Leur tâche devenait très facile , puisqu’il leur suffisait
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de retirer du genre de Linné le petit nombre d'espèces qui n’en offrent pas tous les caractères.
Bruguière fui le premier naturaliste qui osa porter la réforme dans le système de Linné , et l’on peut dire qu’il réussit dans bien des occasions à améliorer la méthode, en y ajoutant dos genres, devenus nécessaires ; ils eurent cet avantage de rendre plus naturels ceux de Linné lui-même. Ceci s'observe particulièrement pour le genre qui nous occupe en ce moment. En effet. Bruguière proposa pour le Te/lma le genre Pandore, rejeta parmi les Lucines le TelUna dwaricdta, reporta parmi les Solens le Tellhia Gan, et enfin proposa le genre Cyclade, dans lequel vint so ranger naturellement le Teîlina comea. 11 résulta de ces réformes.que le genre Telline , tel que Bruguière le présenta dans V Encyclopédie méthodique , avait acquis un tel degré d’exactitude , que l’on devait espérer pour lui dans l’avenir une stabilité , fondée sur la juste appréciation de ses caractères. C'est, en effet, dans les sages limites que lui avait imposées notre savant naturaliste qu'il fut accepté par Lamarck et par le plus grand nombre des zoologistes de ce siècle.
Lorsqu’un genre ne contient qu’un petit nombre d’espèces et qu’elles en conservent les caractères précis , les zoologistes n’éprouvent aucun besoin de le diviser ; mais aussitôt que par de nouvelles recherches un genre s’accroît d’un nombre considérable d’espèces , on voit alors se manifester un phénomène qui se présente dans presque tous les genres nombreux. Quelques uns des caractères les moins importants se modifient par des nuances extrêmement graduées , et l’observateur, qui n'a pas sous les yeux toutes ces modifications, croit trouver dans leurs points extrêmes des caractères d’une assez grande valeur, pour former avec eux des genres particuliers. Lamarck, en proposant son genre Teilinide, a prouvé qu’il ne connaissait pas un assez grand nombre de Tellines pour reconnaître, au moyen d’une série d’observations suffisantes, l'inutilité de ce nouveau genre. Les Tellinides diffèrent des Tellines par l’absence des dents latérales de la charnière. Pour apprécier la valeur de ce caractère , il faut réunir le plus grand nombre possible d’espèces, soit vivantes , soit fossiles, et alors on s’aperçoit que, dans un certain nombre, les dents latérales sont constantes sur l’une et l'autre valve ; mais dans d’autres les dents latérales disparaissent complètement, et d’une manière graduée , des deux valves à la fois ; il est des espèces, chez lesquelles la dent latérale antérieure manque d’abord, tandis que la postérieure persiste encore ; mais celle dernière disparaît à son tour, de sorte qu’à la fin du genre se groupent un certain nombre d’espèces qui ont des dents cardinales, mais aucune trace de dents la»
térales. Si", à mesure que les dents latérales disparaissent, il s’opérait dans les autres caractères des modifications de la môme valeur, les zoologistes se trouveraient dans l'obligation d’indiquer, par autant de coupures génériques, les principaux degrés constatés dans la série de ces modifications. Mais les choses ne se i)assent pas ainsi , tandis que les caractères de la charnière éprouvent les changements que nous venons de rappeler ; les autres , plus importants , se conservent dans leur4ntégrité, et c’est d’après eux que le genre doit rester constitué;^ le pli postérieur, propre aux Teltines à dents latérales, Test également à celles qui en sont dépourvues; il en est de même pour les impressions musculaires et celles du manteau ; elles offrent exactement les mômes caractères dans toute la série des espèces, quelles que soient du reste les modifications de la charnière.
Si M. Schumacher avait fait la série d’observations dont nous venons d’exposer les principaux résultats , il est à présumer qu’il n'aurait pas proposé le démembrement des Tellinesen deux autres genres, auxquels il impose le nom de Omala et do Phylloda ; car il aurait vu comme nous que ces divisions réposent sur des caractères d’une faible valeur, lorsqu’on les compare aux caractères fondamentaux du genre. Quelle différence générique y a-t-il, en effet, entre le Tellina planata^ type du genre Omala et le Tellina foHacea, type du genre Phylloda?
M. d’Orbigny dans sa Paléo7ilüiogie française a conçu la famille de Tellinides autrement que les autres classificateurs : nous venons de le constater. 11 ne sera pas sans intérêt d'examiner la manière dont ce savant envisage le genre ïelline lui-même , le plus important de cette famille. Au lieu de s’appliquer à simplifier le genre, M. d'Orbigny y introduit , d’un côté, des coquilles quq tous les auteurs en ont toujours séparé; tandis que, d’un autre, il en sépare, sous le nom d’Jrcopagia , des especes qu’ils y admetlenl. Pour se faire une idée de ce que M. d’Orbigny renferme dans ses Tellines , il faut consulter la synonymie généFique qu’il place a la tête du genre, et l’on verra qu'il y admet une partie des Snnguitwlaires de Lamarck, toutes les Psammobies, les Psammotées et les Tellinides de ce même auteur ; il y introduit aussi les genres Psainmocole, SoleleUinej Psammobie ^ Psammotée et Sanguinolai7'e de M. de Blainville; enfin, pour mieux compléter l’ensemble de son genre , il y introduit les genres Lobaria, Gari, Omala et Phylloda de Schumacher et dans le but probablement de résumer les caractères zoologiques du genre, U lui donne encore pour synoiiyme le genre Peronea de Poli. Il semble que la citation des divers ■genres , si singulièreatent amalgamés , serait une critique suffisante du
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genre Tellinede M. d’Orbigny; cependant nous croyons nécessaire de passer rapidement en revue chacun des genres mentionnés, et d'exposer les raisons qui les repoussent pour la plupart des Telünes proprement dites.
Depuis très longtemps nous avons proposé la réforme des Sanguinolaires de Lamarck; quelques espèces, en effet, présentant les caractères des Psammobies , ont dè rentrer dans ce genre, et pour nous le genre Sanguiuolaire doit avoir pour type le San(/ump/aria rugosa de Lamarck et quelques espèces analogues/ Mais nous pouvons affirmer que, parmi les quatre espèces inscrites dans VJlïstoire des unî'maua; sa7i5 vertèbres, il n’y en a pas une seule qui doive entrer dans le genre Telline.
Nous avons été le premier h faire apprécier l'inutilité du genre Psammoïea.Ge'genre vient sefondro insensiblement dans les Psammobies, et une fois que toutes les espèces do cos deux groupes sont réunies , on reconnaît chez elles tous les caractères d'un bon. genre, et nous verrons bientôt que l'animal concourt à faire d’elles, non seulement le type d'un bon genre, mais encore celui d’une famille. Parmi ses Psammotées et ses Psammobies, Lamarck avait égaré quelques Tellines; il suffit donc de les en retirer, pour laisser au genre toute sa netteté. Nous avons vu le genre Tellinide de Lamarck, reposant sur l’absence des dents latérales; notisqvons apprécié la valeur de cette modification, etM.d’Orbigny s’est mis d’accord avec nous pour le supprimer.
M. de Blainville a institué son genre Psammocole, pour réunir, sous une même dénomination , les deux genres Psammobies et Psammotées de Lamarck. I! divise ensuite son genre en trois sections; il désigne les deux dernières yvar les dénominations génériques de Lamarck. Il semblerait, d'après rénonciation de M. d'Orbigny, que M. de Blainville admettrait h la fois les genres Psammobies et Psammotée, et de plus un genre Psammocole, différent des deux autres. Ces observations prouvent qu’il est indisi)en3able de citer avec exactitude dans des matières qui réclament la plus grande certitude, sans quoi on risque de tromper son lecteur et de l’entraînor à do graves erreurs. Tel que le genre Sanguiuolaire est caractérisé par M. de Blainville , il est évident qu’il constitue un double emploi des Psammobies; par conséquent, au lieu d’introduire ce genre parmi les Tellines, il aurait fallu le transporter parmi les Psammobies. Parmi les genres de M. de Elainville, M. d’Orbigny cite encore ceinides Soletellinos. Lesconchyliologues savent que Linné avait rapporté à son genre Solen quelques coquilles telliniformes , dont le SoJeu Diphos peut donner une idée; Chemnifz , Bruguière, Lamarck et les naturalistes enfin jusqu’à M. de Blainville,
conservèrent- au genre Solen de Linné toute son étendue. M. de Blainville comprit le premier que ce genre devait être réformé , et il le fît en proposant deux genres, celui cTe Solecurles et celui de Soleteilines. Le genre Solecurte est aujourd’hui ad(^lé de tout le monde ; il est en effet fondé sur de très beaux caractères. 11 n’en est pas de môme des Soletellines , et nous avons prouvé par une discussion approfondie., que les coquilles de ce genre ont tous les caractères des Psammobies. Dès lors nous avons conclu à la suppression du genre SoleLelIine à la fusion de ses espèces parmi les Psammobies.
Parmi les genres de M. Schumacher il y en a deux, Omala et Pliylloda , qui doivent rentrer dan» le genre Telline ; quant au genre Lobaria, il doit rentrer dans les Sanguinolaires de Lamarck. Mais en comparant les caractères de celle coquille avec ceux des Psammobies, nous ne voyons pas de différence suffisante pour les distinguer, et dès lors ce genre Loè^n'a vient encore s'ajouter à la synonymie du genre Psammobia.
Il en est de même du genre Gari de M. Schumacher ; ce genre correspond exactement à celui des Psammobies de Lamarck ; par conséquent il doit être supprimé, mais non en faveur des Tellines, comme le croit M. d’Orbigny.
Le genre Peronea de Poli ne comprend pas seulement les Tellines de Linné, il renferme aussi les Donaces , et par conséquent la citation non restreinte, faite parM. d’Orbignÿ, de ce genre Peronea, peut faire supposer qu'il l’admet aussi tout entier dans son genre Telline. Nous allons voir, par la description abrégée de l'animal dqs Tellines et par celle des Mollusques des Donaces, que Poli, trompé par des études incomplètes , avait réuni des genres qui appartiennent à des familles différentes.
Après avoir retracé, le plus brièvement possible , l’histoiro des Tellines et des modifications qu’elles ont subies, il est nécessaire d’examiner dans quels rapports ce genre a été maintenu dans les classifications les plus importantes. Nous ne parlerons pas des classifications des naturalistes anciens; elles nous présentent des imperfections qui résultent d’un trop petit nombre de faits et d’observations; il fallait d’ailleurs un puissant génie pour concevoir l’ordre et l’établir au milieu du chaos qui régnait alors dans les ouvrages des naturalistes. Linné fut le législateur qui, grâce aux idées les plus simples, enfanta la méthode naturelle et la fit prévaloir dans toutes les parties des sciences naturelles. C’est 'donc dans ses travaux que nous devons rechercher d’abord comment il a compris les rapports du genre qui nous occupe. Linné, avec cette ad-