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des Lucines, Il faut donc, pour en tenir compte ici, être guidé par d’autres caractères , et c’est justement ce qui a lieu pour la famille des Litliophages,
Depuis que l’on observe avec plus d’attention les mœurs des Mollusques , on s’est étonné de la facilité avec laquelle des eoquilles minces et fragiles pénètrent dans les pierres les plus dures. Quelques observateurs ont prétendu que cette perforation s’opérait par un moyen mécanique; les autres, au contraire, ont affirmé que Tanimal agissait au moyen d’une sécrétion spéciale; les premiers observateurs appuyaient leur opinion sur un fait rapporté par Olivi, d'après lequel ces Mollusques auraient pu s’introduire dans des laves ou d’autres matières volcaniques ; mais ce fait annoncé n’a pas été confirmé par des observations ultérieures ; il est possible de trouver des coquilles introduites dans les porosités de. certains produits volcaniques , sans que cependant ces coquilles yeussent creusé leur place. Il existe certains petits Mollusques acéphalés appartenant aux genres Erucîne ou Peronia , qui aiment à s’introduire, soit dans les fentes des rochers, soit dans les moindres vacuoles qu’elles rencontrent , et il est bien certain que ces Mollusques ne jouissent en aucune façon de la propriété de creuser la pierre. Des jeunes individus s'introduisant dahs les cavités d’une roche poreuse , s’y développant et n’en. pouvant plus sortir, ont probablement donné lieu à l’observation d'Olivi.
11 y a quelques années , M. Caillaud a fait connaître un morceau d’une roche primitive, dans lequel étaient creusés des trous analogues à ceux que produisent les Gastrochènes et les Saxicaves. Mais cet échantillon, recueilli assez loin de la mer, a pu être creusé par d'autres agents : pour décider la question , il aurait fallu trouver les coquilles en place. Dans tous les cas , comment comprendre que les coquilles des Saxicaves et des Gastrochènes , qui ont si peu de solidité , pourront agir efficacement sur des matières aussi dures que le quartz et le feldspath? A l’exception de ces deux observations et de quelques autres , qui ne sont pas mieux constatées , il est reconnu aujourd’hui que tous les Mollusques perforateurs s’enfoncent dans des matières calcaires plus ou moins dures. Quelques uns choisissent des argiles ou des bois , mais ces argiles contiennent habituellement une certaine quantité de matière calcaire , et il suffit de sa dissolution pour entraîner la désagrégation de l’argile solide, désagrégation favorisée du reste par le liquide au niilieu duquel l’animal a besoin d’ôtfe plongé. On a cité aussi des Mollusques perforateurs dans des grès fort durs , et qui, par leur dureté même, semblaient à l’abri de l’attaque de ces animaux; mais en examinant
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les roches dont il est question , on reconnaît que leurs éléments sont solidement agrégés au moyen d’une matière calcaire ; ces grès font effervescence avec les Acides , et on comprend que le Mollusque , en dissolvant le calcaire , désagrégé les éléments de la roche et parvient ainsi à s’y creuser une demeure.
Les Mollusques perforateurs se montrent partout dans des roches calcaires, et ce fait , d'une grande importance , tend déjà à prouver que ces animaux n’agissent pas mécaniquement , mais possèdent des agents de dissolulion, qui, quoique non constatés par la chimie, ne peuvent être contestés par ceux des naturalistes qui ont observé ces Mollusques pendant leur vie. Une autre remarque générale doit être faite à ce sujet. Si les Mollusques perforateurs creusent les pierres à l'aide d’un moyen mécanique, la nature ne leur en a pas donné d'autre que leur coquil le, il faudrait donc que les coquilles de ces animaux fussent spécialement plus dures, plus épaisses, plus résistantes , car un corps destiné à en user un autre doit être le plus dur; il faut l'acier pour limer le fer, il faut un calcaire très dur pour en entamer un plus tendre. Ëh bien , les coquilles perforantes sont généralement minces et fragiles sufQsamment protégées par les corps solides qu'elles habitent, elles n'ont pas cette épaisseur, cette solidité nécessaire à la déCense et à la conservation des coquilles libres. Elles sont si peu faites pour creuser un trou par le frottement, qu’à peine si elles pourraient égratigner, en se brisant, la surface d’un calcaire tendre. A plus forte raison elles ne pourraient attaquer ces calcaires durs et compactes, qui, dans un grand nombre de points de la Méditerranée, par exemple, servent d'abri à la Moule lithophage, aux Pétricoles et aux Vénérupes. il serait impossible à l’homme, le plus adroit et le plus exercé , de creuser un trou dans un calcaire tendre à l’aide des valves d’une coquille perforante; il les verra se briser dans ses mains , et dès |e premier contact se trouveront usées et détruites ces lines aspérités , qui souvent couvrent la surface de ces coquilles et que l'on voit conservées jusque dans les individus les plus vieux.
Le trou creusé par un Mollusque , ayant à peu près la forme de la coquille et présentant presque toujours une section iransverse circulaire, on s’est imaginé que cet animai agrandissait son trou par un frottement rendu plus efficace au moyen d’un mouvement rptatoire pendant lequel il se pousse contre les q)arois du trou qu’il veut agrandir ; mais on n’avait pas fait attention à un foit très important , que |e premier nous avons signalé. Certaines Pétricoles sont immobiles dans four trou , ou ne peuyenj; y exercer que de très faibles mouvements , car la
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coquille ovalaire , dans sa section transverse , est contenue dans une loge également ovalaire et, bien plus, unç crête saillante s’engage entre les crochets de la coquille . de sorte que le trou creusé par le Mollusque semble l’empreinte un peu élargie de sa coquille , et celle crête engagée entre les crochets est un obstacle invincible pour des mouvements de rotation ou un déplacement quelconque. Il est donc certain , d’après les faits que nous venons de rapporter, que les Mollusques perforateurs ne peuvent agir avec leurs coquilles. Celte coquille serait promptemen t usée et détruite, et elle est d’ailleurs beaucoup trop mince pour supporter un effort comparable à celui qui serait nécessaire pour creuser le trou dans lequel elle est renfermée. On a particulièrement prétendu que les Tarets s'enfoncent dans le jjois à l’aide de leurs valves taillées en biseau , et au moyen desquelles ils enlèvent constamment des parcelles de la matière ligneuse dont ils se nourrissent. D’abord , nous pourrions contester que les Tarots se nourrissent de bois. 11 y a des Tarets qui vivent enfoncés dans le sable; ceux-là n’ont donc pas besoin de la substance ligneuse que d’autres perforent; mais il y a plus, b Taret, qui a d'abord vécu dans le bois, continue quelquefois à vivre dans le sable , lorsque la matière ligneuse qui l'enveloppe a été détruite par la putréfaction. Ces observations prouvent invinciblement que les Tarets peuvent très bien vivre hors du bois , et que celte matière leur sert d’abri et non de nourriture. Les valves de ces animaux , agissant sur une matière beaucoup plus tendre que la pierre, seraient cependant des instruments très insuffisants si elles devaient fonctionner seules et sans le secours préalable d’un ramollissepient obtenu par les sécrétions de l’animal. Si le Taret ne peut creuser le bois avec ses valves seules, lui , qui paraît avoir pn instrument spécialement disposé pour cela, à plus forte raison doit-on penser que des valves minces , comme celles des Pétricoles , des Vénérupes et des Gastrochènes , sont des moyens insuffisants pour attaquer la pierre. 11 faut donc recourir, pour rendre compte du phénomène, aune autre explication, et assurément celle qui se présente le plus naturellement à l’esprit consiste a croire que la nature a accordé aux animaux perforateurs le moyen d’accomplir leurs fonctions , et ce moyen est incontestablement une sécrétion à l'aide de laquelle ils dissolvent la matière calcaire dans laquelle ils se logent. Nous en avons la preuve par la découverte que nous avons faite, chez tous les animaux perforateurs dont nous avons fait jusqu’ici l'anatomie, d'un organe spécial de sécrétion répandu dans le manteau, organe qui n’existe pas chez ceux des Mollusques qui n’ont pas la môme propriété. Ce fait semble trancher définitivement la question , cependant il en est d’autres , qui 3o*
sont d’une grande valeur et ({ne nous ne devons pas négliger. Lorsque l’animal perforateur vient de naître et que sa coquille est à peine formée, il jouit immédiatement de la propriété qui le distingue, el'assurément sa coquille est de beaucoup trop faible pour attaquer le corps le moins dur ; cette coquille , en effet , est presque à Tëtat gélatineux , et cependant lesGastrocbènes, au moment où ils sortent de l’œuf, peuvent déjà se creuser une galerie de plusieurs millimètres de profondeur, comme Font constaté les précieuses observations de M. Cailland. Ï1 est hors de doute par là que la perforation s’opère au moyen d’une dissolution et non par un moyen mécanique.
Dans les Clavagelles, les Arrosoirs, les Gastrochènes , l’accroissement de l’animal, de sa coquille et même de son tube, ne peuvent se comprendre sans admettre la dissolution momentanée d’une partie plus ou moins considérable de ce tube. Nous n’avons peut-être pas assez insisté sur cepoint, lorsq ue, dans le commencement de cet ouvrage, nous avons traité des divers genres que nous venons de mentionner. Nous nous proposions de reprendre d’une manière plus générale cette question si intéressante pour la physiologie des Mollusques , relative à la faculté dont ils jouissent de perforer les pierres et de dissoudre certaines parties testacées qui leur ont été utiles à des époques antérieures de leur existence. Plus tard nous parlerons des Murex , des Pourpres et de beaucoup d’autres genres de Mollusques céphalés , chez lesquels l’animal a la propriété dé faire disparaître les tubercules et toutes les àutres parties saillantes qu’il avait sécrétés quelque temps auparavant. Comme il s’agit ici de prouver que la perforation par les Môliusques acéphalés a lieu, non par un moyen mécanique, mais à l’aide d’une sécrétion, nous croyonsutile d'insister sur l'accroissement d’un genre très sérieux , celui des Clavagelles , accroissement qu’il serait impossible^de comprendre , sans admettre Ja dissolution totale ou partielle du tube calcaire , qui enveloppe l’animal et l’enferme aussi exactement que le trou pierreux dans lequel est logée une Pétricole ou une Vénérupe.
Des deux valves d'une Clavagelle , l’une , plus petite , est incrustée dans la paroi du tube, et on en aperçoit le contour très facilement sur
tube même; l’autre, beaucoup plus grande, est libre dans l’intérieur du tube , elle seule peut se mouvoir vers sa congénère immobile. Mais sut cette valve immobile on aperçoit des stries d’accroissement, ef dans les vieux individus cette valve incrustée peut avoir jusqu^à 1 5 ou 20 millimètres de longueur, et l’on comprend très bien que l'animal n'avait pas celte grandeur en venant au monde. Cette valve a donc pris un accroissement régulier comme la valve libre ; seulement cet accrois-
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sement a été moins rapide , et cette différence s’explique en ce que chez l’une raccroissement n’est jamais interrompu, tandis que chez l’autre il se fait périodiquement , pendant les instants où l'animal, se trouvant gêné dans un tube trop étroit, dissout l’extrémité antérieure de ce tube, dégage ainsi la valve habituellement incrustée et Jui permet de s’accroître. Mais l’accroissement cesse aussitôt que le tube est reconstruit, et pondant tout le temps qu’il existe , l’accroissement de celte valve est suspendu , tandis que celui de la valve libre se continue. D’après ces faits, il est pour nous indubitable que l'animal d’une Clavagelle a la propriété de dissoudre une partie plus ou moins considérable de son tube et de l’approprier au nouvel accroissement qu’il a pris. Il serait possible que le manteau de ces animaux jouisse de la propriété de former un tube, pour ainsi dire d’une seule pièce et dans. un moment très court; ce serait peut-être le meilleur moyen d’expliquer l'agglutination des grains de sable ou d’autres corps sur le tube de certains Arrosoirs et de quelques Clavagelles. S'il est vrai que les Arrosoirs, les Clavagelles et les Gastrochènes ne peuvent s’accroître sans dissoudre leur tube , on est forcé d’admettre chez ces animaux une sécrétion propre à opérer la dissolution dont il s’agit. Rien n’empêche dès lors , par une analogie des mieux fondées, d’admettre aussi que les Sax.icaves, les Pétricoles et les Vénérupes perforent les pierres calcaires par les mêmes moyens que les autres genres dissolvent leur tube.
Une personne étrangère à l’observation des animaux Mollusques pourrait dire que sans doute on peut admettre l’action d’un acide plus ou moins concentré sur une rôche calcaire , lorsque l’on agit dans l’air ; mais elle ne comprend guère comment peut s’exercer l'action d’un acide dans l’eau et dans une quantité d'eau aussi considérable que celle de la mer, et qui est sans cesse renouvelée dans les trous habités par les Mollusques lilhophages. Si l^acide sécrété par l’animal est versé dans Teau qui remplit son tube, celte eau acidulée attaquera les parois d'une manière uniforme , mais elle attaquera en môme temps la coquille , et comme cette coquille est généralement très mince . elle se trouverait détruite longtemps avant que l’animal fût arrivé à son développement; il faut donc que la liqueur acide, sécrétée soit mise on contact avec la roche par l’organe môme qui la sécrète , et que cet organe s’applique avec une rigoureuse exactitude sur la surface qu’il doit attaquer. Car s’il laissait entre lui et la pierre une couche d'eau même mince l’acide délayé n’aurait plus qu’une très faible action et pourrait également corroder la coquille.
Les Mollusques lilhophages ne présentent que deux organes propres
à opérer la dissolution de la matière calcaire; ce né peut être que le pied ou le manteau. Le pied, organe dè locomotion, ne nous a jamais présenté aucune trace d’un organe sécréteur spécial ; il est , d’ailleurs , excessivement petit, et il ne paraît guère susceptible de s’allonger dans toutes les parties de la cavité habitée par l'animal. II n’en est pas de même du manteau; aussi chez les Clavagelles, chez les Arrosoirs, il prend un développement considérable; il est épais, fibreux, et chez les Gastrochènes , nous y avons découvert un organe spécial , et destiné , sans aucun doute , à la sécrétion de la liqueur acide. Chez les Saxicaves et les Pétricoles lé manteau contient aussi le même organe; et lorsque ranimai est vivant, cette portion du manteau est renversée en dehors de la coquille , et peut se mettre directement en contact avec les parois de la cavité pierreuse. Nous parlerons dé cet organe en traitant des divers genres de la famille des Lilhophages.
Les animaux lithophages ont un grand intérêt pour la géoTogie ; ils laissent des traces indestructibles de leur existence , et leur présence sur des espaces plus ou moins étendus annonce à la fois un rivage et un temps d’arrêt plus ou moins prolongé dans la succession des couches; souvent on ne peut constater les Mollusques lithophages que par les trous qu’ils ont laissés dans les roches calcaires. Si les coquilles sont encore dans la logé creusée par lanimal , elles sont enveloppées par la matière pierreuse durcie , et souvent il est difficile de reconnaître h quel genre elles apparliennenl ; mais pour le géologue, les perforations sont des indices suffisants pour le mettre sur la trace de phénomènes intéressants. C’est ainsi qu'en Algérie , les coteaux , quelquefois assez élevés qui bordent la mer, portent sur leurs flancs plu sieurs zones horizontales, ou diversement inclinées, de nombreuses perforations d’animaux lithophages; ces zones, ‘étagées entre le sommet des montagnes et leur pied plongeant encore dans la mer, démontrent de la manière la plus évidente que la côte maritime a été soulevée à plusieurs reprises d’une manière assez brusque et en laissant un long intervalle de repos entre chaque soulèvement. Pendant ces phénomènes d’une excessive lenteur, des terrains modernes, quelquefois d’une étendue assez considérable , ont été émergés , et le bas des escarpements continue à être percé par les mômes Mollusques perforateurs. Cet exemple , que nous venons de rapporter, doit suffire pour donner la mesure de l’intérêt que le géofogue doit attacher à Tobservation des vestiges que laissent après eux les Mollusques lithophages.
LKS LiTHOPBAGËS.