‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 72 sur 127 · GENRE QUARANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

GENRE QUARANTE-DEUXIÈME

, SAXZCAVE. Saxkava. (Fleuriau de Bellevue.)

PI. 12. fig. la, 4*

CARACTÈBES GENERIQUES. — Animal allongé, cylindroïde , ou subrhomboïdal ; les lobes du manteau joints dans toute leur circonférence, si ce n*est en avant et en bas, où est percée une petite ouverture pour le passage du pied ; deux siphons réunis dans presque toute la longueur, séparés à leur sommet, ayant le bord de leur ouverture garni d’une rangée de tentacules simples et cylindracés. Pied très petit, allongé, venniforme, fendu inférieurement et souvent byssifère ; bouche grande ; palpes labiales petites , non soudées. Branchies étroites , allongées, se prolongeant très loin dans le siphon branchial ; l’externe la plus large et la plus étroite.

Coquille subrégulière, quelquefois inéquivalve, transverse, bâillante , couverte d’un épiderme souvent écailleux. Charnière linéaire simple , calleuse , sans dents ou ayant une seule dent rudimentaire sur chaque valve. Ligament externe, allongé, épais. Impression palléale sinueuse postériéusement ; sinus horizontal , étroit et profond.

synonymie générique. — Pholds , Lister. — Mya^ Linné, Muller, Eabricius, Schrœter. Gmelin, Brocchi, Wood, Turton. — Solen, Linné, Pennant, Cheranitz, Schrœter, Gmelin, Spengler, Montagu, Maton et Racket, Wood, Dillwyn , Lamarck^ Turton. — Mylilus, Linné, Da Costa, Schrœter, Gmelin, Müller, Donovan, Montagu, Maton et Racket, Dillwyn , Turton, Gerville. — Cardita, Bruguière, — Donax , Poli. — Hiatellay Daudin, Roissy, Cuvier. Lamarck, Schweigger, Bowdich, Férussac, Turton, Blainville , Da Costa, Menke, Rang, Bouchard - Chantereaux , Maravigna, JefFreys , Fleming , Müller, Sowerby. — Irus , Oken. — Bys^

4y'2 QUATORZIEME FAMILLE.

somya, Cuvier, Bowdich, Blainville, Payraudeau, Grateloup, Maravigna, Lea, Rang, Menke. — Glycrjniens, Schumacher.— Didonta, Schumacher, — Biapholixis, Leach, Keferstein. — Agina, Turton. — Rhomboïdes^ Blainville, Menke, Rang, Scacchi. — Saxicma^ Fleuriau de Bellevue (1802), Roissy, Lamarck, Schweigger, Bowdich, Férussac, Turton, SoAverby, Blainville, Collard-des-Cherres , Raiig, Philippi, Forbes, Anton, Gould, etc.

OBSERVATIONS. — Un coup d’œil, jeté sur la synonymie générique qui précède, introduira le lecteur à Thistoire du genre dont nous allons nous occuper. Les erreurs des grands hommes sont les plus fâcheuses en ce qu’celles trouvent de nombreux imitateurs et de non moins nombreux et inhabiles réparateurs. Linné, n’ayant pas reconnu l’identité des caractères de trois coquilles appartenant peut-être à une seule espèce , les distribue dans Irois genres différents : Mya^ Solen, Mytihts, qui sont loin de se ressembler. Bientôt le maître est imité par ceux des naturalistes qui écrivirent sur la Conchylidogie. Un sage et judicieux observateur, Fabricius, les avait cependant prévenus de l’erreur de Linné, en prouvant que doux des espèces n’en constituent réellement qu’une seule. Malgré cet avertissement salutaire, les auteurs qui se succédèrent conservèrent et propagèrent la mauvaise distribution des trois espèces de Linné. Les observations de Fabricius ne furent cependant pas tout à fait inutiles à quelques naturalistes du dernier siècle ; mais à mesure que l’on étudia davantage les coquilles en question , on reconnut enfin qu’elles ne pouvaient rester dans aucun des trois genres de Linné.

Bruguière qui, dans les planches de l’Encyclopédie, créa un genre Cardite, pojur rendre plus naturel celui des Cames, crut apercevoir des rapports entre ces Cardites et les trois coquilles de Linné , et en conséquence il les plaça dans le même genre. Cette tentative imparfaite, en faisant ressortir la justesse des observations de Fabricius, avait aussi l’avantage de débarrasser les genres de Linné d’espèces parasites.

Quelques années plus tard , Poli , probablement embarrassé comme Bruguière de placer convenablement une espèce de la Méditerranée , la range, avec maladresse, parmi les Donaces. Nous disons avec maladresse , parce que Poli figure et décrit l’animal , et qu’ayant également décrit et figuré celui des véritables Donaces , il était plus que personne en état d’éviter une telle confusion , quand même les coquilles elles-' mêmes n’eussent pas suffi.

LKS LITHOPHAGES.

Un observateur judiçieux , mais qui malheureusement pour la science n’a pas continué longtemps à la servir, M. Flouriau de Bellevue , dans un très bon travail sur lés animaux lithophages des environs de La Rochelle, a proposé, en 1802, plusieurs genres parmi lesquels se distingue celui des Saxicaves, destiné à rassembler les trois coquilles dp Linné , et quelques autres que ne connut point Tillustre auteur du Systema naturœ.

Pendant la même année , Bosc faisait connaître un genre Hiatelle de Daudin , dans l’édition du Buffon de Déterville. Ce genre a été fondé pour une petite coquille figurée par Ghemnitz , et rapprochée par quelques conchyliologues des Cardiles et des Cypricardes ; mais examinée de nouveau , elle se distinguo à peine du Solen minutus de Linné , et elle rentre par conséquent dans le genre Saxicavo. Bientôt après M . de Roissy adopta les deux genres nouveaux, Lamarck n’en accepta d’abord qu’un seul dans sa Philosophie zoologique; en -1 812, dans l’extrait du cours, il introduisit le second dans sa méthode, les- lliatelles dans la famille des Cardiacées entre les Cardites et les Isocardes , les Saxicaves loin de là dans la famille des Lithophages , instituée pour la première fois. Lamarck n’a rien changé depuis à l’arrangement de ces genres lorsqu’il publia son dernier ouvrage.

Cuvier, n’ayant pas reconnu les caractères du genre Saxicave de M. Fleuriau de Bellevue , no le mentionne pas dans la première édition du JRègne animal , mais i! le remplace par un genre équivalent qu’il nomme Byssomya, Ce genre , tout à fait inutile, devra donc disparaître de la méthode; nous appuierons cette opinion de toutes les observations convenables pour la faire admettre. Cuvier accepte aussi le genre Hiatelle , mais au lieu de le rejeter loin de ses rapports naturels , il le met à côté des Byssomyes , et en cela jl améliore sa méthode.

Au moment oü Cuvier publiait la première édition du Règne animal , les ouvrages d’Oken n’étaient pas encore connus des zoologistes français , sans cela ils auraient cité un genre ïrus proposé par le savant Allemand, non pour le Donaæ irus de Linné , comme le nom générique pourrait le faire supposer, mais pour le Mytilus pholadis de Miilier. Ce genre , pas plus que ceux de Daudin et de Cuvier, ne peut être accepté. Il faudra rejeter également les deux genres Glycymeris et Didonla , établis par Schumacher pour les mêmes coquilles quo celles qui sont rangées dans les Saxicaves et les Hiatelles. Nous reprocherons surtout à Schumacher Tusage du nom de Glycymeris, déjà employé plusieurs fois avant lui pour des coquilles très différentes. En suivant de tels exemples, la nomenclature serait bientôt jetée dans une perturbation profonde d’où il

serait difficile de la sortir. Nous passons sous silence dix à douze naturalistes qui ont adopté un ou plusieurs des genres que nous venons de citer, ou qui , fidèles à la méthode de Linné , ont continué à distribuer les coquilles qui nous occupent dans les Myes, les Solens et les Moules.

II semble que six genres pour un seul eii penheltant le choix aux conchÿliologues , étaient plus que suffisants ; cependant M- de Blainville, croyant trouver dans le Donax rhomboidea de Poli un animal différent des Saxicaves , des Byssomyes et des Hiatelles , en fit un genre sous le nom de Rhomboïdes ^ tout en acceptant dans son Traité de Malacologie les trois autres genres que noua venons do rappeler. Il est vrai que M. de Blainville range ces quatre genres, les uns à la suite des autres , dans la famille des Pyloridés , entre les Glycymères de Lamarck et les Gastrochènes.

M. Gray nous apprend , qu’en 1819 » dans son travail resté manuscrit, M. Leach institua, ebus le nom deBiaphoHus, un genre qui correspond exactement à celui des Hiatelles de Daudin.

Dans celte histoire du genre Saxicave , le lecteur aura sans doute distingué deux phases bien distinctes : pondant la première, sous l’inspiration de Linné, les naturalistes cherchent à conserver dans des genres anciens des coquilles qui ne leur appartiennent pas, évitant avec une réserve , dont il faut les louer, la création -de genres inutiles ou peu nécessaires à leurs yeux ; la seconde période commence par rétablissement d'un genre utile, nécessaire, celui des Saxicaves, mais bientôt commence à se montrer cet esprit novateur des naturalistes de ce siècle qui croient tout faire pour la science en inventant des noms nouveaux pour des objets fort connus et déjà noiûmés , oubliant, hélas! qu’un fait bien observé , bien constaté, est plus utile que tout ce néologisme qui infecte la nomenclature scientifique. Pour ne pas sortir de notre sujet , que gagne la science à ce qu’un seul genre porte neuf noms différents? Elle y perd plutôt, car elle repousse , au lieu de l’allirer, l’homme qui l’aimerait si elle se présentait à lui grande et simple comme devrait être toute science bien faite. Pourquoi la science, au sortir des mains de Linné , a-t-elle trouvé tant d’adeptes et tant d’admirateurs enthousiastes? Parce qu’elle était ce que nous voudrions qu’elle fût restée : grande et simple. Assurément elle aurait pu conserver le cachet du génie de Linné , tout en acceptant les nombreu^s améliorations que le temps et l’observation ont rendues nécessaires ; mais cette progression lente et ascendante dans les connaissances humaines ne s’opère pas sans oscillations , sans action et réaction , le pendule agité ne reprend que lentement ses oscillations nniforines sOus là foroe tou-

tes LlTHOPHAGES.

jours égale qui le pousse ; Thistoire signale ces passagères perturbations qui finissent par s’amoindrir et s'eflacer dans l’ensemblè des progrès de la science. Quand on aura bien ressenti les inconvénients de l-abùs que nous déplorons, il viendra on temps ofi l'on donnera plus à Tobservation et moins aux néologismes des nouvelles nomenclatures. Cette digression nous éloigne de notre sujet , auquel elle se rattache cependant , car le genre qui nous occupe est un exemple de plus à ajouter à tous ceux qui ont déjà passé sous nos yeux, de cette fâcheuse richesse de la synonymie générique.

Nous n’avons presque nen à ajouter pour terminer riusloii^e du genre Saxicave adopté depuis Lamarck, par le plus 'grand nombre des conchyïioIogUes; d'autres préférèrent l’un ôu quelques uns des genres que nous avons rélégués dans la synonymie ; il est peu important de dire ici que tel auteur a choisi tel nom , plutôt que tel autre , surtout lorsque le choix n’est pas possible , si l’on veut s’astreindre à la loi équitable de la priorité. Pour ceux-là même qui voudraient admettre deux genres, il faut opter pour les Saxicaves et les Hiatelles , puisque tous les autres sont d’une date moins ancienne.

Nous Connaissons l’animal de plusieurs espèces des Saxicaves. Celui figuré par Poli , et que nous avons revu sur les côtes de l’Algérie : celui de Müller, sur lequel Fabricius a donné de précieux renseignements , et, enfin , celui de nos côtes , observé par M. Fleuriau de Bellevue, et qui 9 servi de type au genre Saxicave luî-môme. Quelques légères différences se manifestent entre ces animaux , mais nous verrons qu’elles sont sans importance et qu’elles ne sont pas de valeur à exiger la formation de genres distincts.

Le manteau est fermé dans toute sa circonférence , si ce n’est en avant et en bas, où il présente une ouverture très petite, ovalaire, destinée au passage du pied. Nous a^ns fait remarquer dans les Gastrochènes une large surface du manteau, occupant tout l’espace qui correspond au bâillement de la coquille; un angle aigu circonscrit cette surface. Il en existe une à peu près semblable chez les Saxicaves , seulement elle est beaucoup plus étroite , et elle est bordée do chaque côté par les bords saillants du manteau qui viennent afflenrer les bords de la coquille et se cacher sous le large épiderme qui la déborde de toutes parts. Cette commissure dû manteau s’étend d'avant en arrière dans toute la longueur du bord ventral. Dans ceux des Mollusques, qui ne j ouissent pas de la propriété de creuser la pierre , la partie mince du manteau est transparente , peu épaisse , et ne contient entre ses deux dupiicatures que le système vasculaire et l’organe sécréteur de la co-

quille. Dans les SRxicaves, cette portion du manteau est au contraire épaisse , et en cela elle ressemble à ce que nous avons vu chez les Gastrochènes. Un organe spécial, grenu ^ envahit l’intervalle que laissent les deux membranes du manteau et vient gagner la circonférence en s’interposant entre les faisceaux fibreux du muscle orbiculaire. Cet organe , creusé dans sa propre substance des canaux irréguliers ^ est certainement destiné à la sécrétion d’un liquide, propre à dissoudre les pierres calcaires. Ce liquide, répandu par les bords dp manteau, est mis en contact avec la substance qu’il doit altérer, à l’aide du manteau lui-même, susceptible d'une grande extension.

Le manteau se prolonge en arrière en deux gros siphons qui sont réunis entre eux dans la plus grande partie de leur longueur ; ainsi que dans les Myes et les Lutraires, ces organes sont protégés par -un épiderme qui les revêt dans toute leur longueur.. A leur extrémité libre, les siphons se disjoignent; mais cette disjonction se fait plus ou moins loin selon les espèces, et c’est là la seule différence qui existe entre les genres Saxicaves, Byssomyeset Rhomboïdes. A ce sujet, nous devons dire que M. de Blainville s’en est laissé imposer par la figure de Poli. Cette figure, en effet, représente un animal contracté; la partie des siphons, dans laquelle ces organes sont unis, est rentrée sous le manteau , et la figure ne montre plus que l'extrémité bifurquée des siphons. L’animal vivant se présente quelquefois avec cette apparence. Tous les observateurs savent combien les Mollusques sont -timides , lorsqu’on les a dérangés de la place qu’ils ont choisie pour y vivre. Ils se décident difficilement à développer au dehors toutes leurs parties , et l’animal observé par Poli est justement l’un de ceux que nous avons eu le plus de peine à voir dans son entier développement. Si l’on compare la figure que nous en avons donnée dans V Histoire des. MoUusqoes de V Algérie avec celle du savant Napolitain , on aura de la pleine à se persuader qu’elle représente une même espèce ; car dans le nôtre, les siphons réunis à la base , sont bifurqués au sommet comme dans l’espèce de Muller, tandis que dans celle de Poli , deux siphons très courts , complètement séparés-, semblent terminer l’animal en arrière. C’est ainsi que se vérifie la similitude d'animaux qui paraissent dissemblables et que se justifie l’opinion où nous sommes que les divers genres créés pour eux doivent disparaître d’une méthode naturelle. Dans l’espèce, obsen'ée par M. Fleuriau de Bellevue, les siphons sont à peine divisés à leur sommet: mais néanmoins les autres caractères du genre persistent et cette espèce ne saurait être séparée de ses congénères. ,

Les siphons ^ont inégaux ; le branchial est toujours le plus gros et le

LES LÏTHOPHAGBS.

plus long ; il se termine par une ouverture circulaire ; sur le bord de laquelle sont rangés un grand nombre de tentacules cylindriques , grêles et obtus. Le siphon anal a son ouverture garnie d’un bord membraneux , en forme de calotte, percée au sommet; un rang de tentacules s’élève à la base de cette- calotte ; ils sont plus courts et en proportion plus gros que ceux du siphon branchial.

La masse abdominale est grosse et épaisse chez les Saxicaves ; elle est surmontée en avant d’un pied allongé , cylindracé , vermiforme , qui, dans sa plus grande longueur, égale presque celle de la coquille. Le bord inférieur de ce pied présente une fente , semblable à celle qui se remarque chez les Moules , et elle aboutit à un petit crypte > dans lequel est inséré un byssus , plus ou moins considérable , selon l’âge des individus, et surtout selon leur manière de vivre. Fabricius, en effet , fait connaître un fait qui n’est pas sans importance ; il a remarqué que le Mya lyssifera , que l’on trouve en grande abondance dans les mers du Nord , est pourvu d'un byssus chez ceux des individus qui vivent dans les fentes des rochers ; mais chez ceux qui , rencontrant des roches calcaires, les percent pour s’y abriter , le byssus, devenu inutile, a disparu complètement. De sorte que ce caractère de la présence oii de l’absence du byssus qui-, au premier abord , paraît d’une grande importance, par le fait n’en a aucune.

La bouche, située au-dessous du muscle antérieur des valves, est fort grande; elle est garnie en dessus et en dessous d’une lèvre membraneuse , assez large , que l’on voit se terminer bientôt en une paire de palpes courtes et assez épaisses. La surface interne de ces palpes est couverte, comme à l’ordinaire, de nombreux plis membraneux très saillants.

Les branchies offrent des caractères précieux dans le genre Saxieave ; elles sont composées d’une paire de feuillets de chaque côté du corps ; ces ot'ganes sont étroits , inégaux dans leur largeur, ainsi que dans leur longueur. La paire interne s’avance jusqu’au voisinage de la bouche , et son extrémité pointue s’interpose entre les palpes labiales. Le feuillet externe commence vers le tiers antérieur de la longueur totale de l’animal. Très étroit à sa naissance, ce feuillet s’élargit sensiblement à mesure qu’il arrive en arrière. Parvenus au bord postérieur de la masse abdominale , les feuillets du côté droit se réunissent à ceux du côté gauche dans la ligne médiane , et ils se prolongent ensuite très loin dans la cavité des siphons. Dans la plupart des Mollusques à siphons les ouvertures intérieures de ces organes sont à peu près sur le même plan ; dans les Pholades , chez les Solecurtes et les Clavagelles, l’ou-

478 QUATORZIÈME FÂMÏULE.

verture du siphon anal est coupée très obliquement; de sorte que cette onverture , en s’allongeant . permet aux branchies de descendre devant elle et de prendre un développement beaucoup plus considérable qu'elles ne le pourraient sans cette disposition particulière. Les branchies des Saxicaves ■ sont disposées exactement de même; elles viennent se souder au pourtour d'une ouverture très allongée et très oblique , et cette soudure est solide et permanente même après la mort de l'animal. Cependant il arrive chez les animaux qui nous occupent, qu'à la mort, les branchies se disjoignent dans la ligne médiane, ou du moins ces organes sont très faciles à séparer dans ce point, tandis que chez d’autres cette séparation ne peut se produire que par une déchirure irrégulière .

Les coquilles du genre Saxicave sont allongées , transverses , étroites , très .inéquilatérales , souvent irrégulières et inéquiv alves ; leur surface extérieure est revêtue d'un épiderme grossier, quelquefois écailleux, d’un brun verdâtre ou jaunâtre, facile à détacher, lorsque la coquille est desséchée. Des sillons ou des rides transverses , résultant d'accroissements irréguliers, se montrent à la surface de cette coquille. Â l’intérieur, elles sont blanches ; on y remarque deux impressions musculaires très écartées l'une de l'autre ; l’antérieure , ovale , obronde , occupe la hauteur de l’extrémité antérieure de la coquille. La postérieure , circulaire, est située près de l'extrémité du bord supérieur et postérieur. L'impression palléale se montre d'une manière très nette dans certaines espèces ; chez d’autres , elle consiste en une série de petites impressions musculaires détachées, comparables, à celles des Pandores . Une sinuosité postérieure profonde se dessine dans l’intérieur des valves; tantét d’une manière nette et continue., tantôt par une série de petites impressions détachées les udqs des autres. U y a môme de vieux individus chez lesquels le» petites impressions disparaissent, et on n’en trouve plus que deux grandes qui convergent Tune vers l'autre , mais qui sont complètement isolées, Il semblerait que chez ces individus le mqscle rétracteur deg siphons n’est plue adhérent par touto sa circonférence , mais qu’il est partagé en deux principaux faisceaux, qui viennent s’attacher sur la coquille aux deux points que nous venons d’indiquer.

La charnière est extrêmement simple; dans le plus grand nombre des espèces, elle consiste en un bourrelet hsse , terminé en avant par un tubercule peu saillant, et qui remplace les dents cardinales. Cependant il existe des espèces où l’on voit ce tubercule se découper plus nettement en une dont cardinale, et alors cette dent est reçue dans une fossette de la valve opposée. Pnfîn , dans les espèces pourvues de deux

LES LITHOPSÀOES.

angles en arrière , la dent cardinale devient plus saillante encore , et ce sont ces espèces qui rentrent dans le genre Hiatelle de Daudin. Le Donax rhombo'idea de Poli , avec lequel M. de Blainville a fait son genre Rhomboïde ^ appartient à ce groupe particulier des Saxicave^. L’examen attentif de l’animal nous a prouvé qu’il conserve tous les caractères des autres Saxicaves. Toutes les coquilles de ce genre ne sont par parfaitement closes ; elles restent bâillantes en avant et en arrière ; un ligament, assez épais , fortement attaché sur les nymphes épaisses et rugueuses , réunit solidement les valves , et, par sa solidité, supplée à l'imperfection de la charnière.

Les Saxicaves sont des coquilles d’un médiocre volume , presque toutes sont propres aux régions tempérées et septentrionales de l’hémisphère nord de la terre. Cependant ;\t. Guming en a rapporté trois espèces de l’Amérique méridionale, auxquelles M. d’Orbigny en a ajouté une quatrième. Au retour de son second voyage de circumnavigation, M . Quoy nous a communiqué une espèce très voisine de l’Arc tica, provenant de la Nouvelle-Zélande; il en existe également une espèce à Rio-Janeiro. Nous en devons la connaissance à un navigateur instruit M. Martin, auquel la science conchyliologique est redevable d’intéressantes découvertes. Il est une espèce, le Mya arcticaÛQ Fabricius , qui paraît commune aux mers septentrionales de l’Europe et de l'Amérique. Le nombre des espèces connues est peu considérable ; douze à quatorze sont inscrites dans les Catalogues; mais il est à présumer que ce nombre diminuera lorsqu’on aura pu les examiner avec attention et les comparer entre elles. II. faudra d’abord en éloigner le Byssomya Guerini de M. Payraudeau. Cette coquille, en effet, malgré son irrégularité, présent© tous les caractères des Gypricardes. Elle en a la charnière et l’impression palléale, elle diffère donc en cela des Saxicaves.

Les Saxicaves fossiles ne sont guère plus nombreuses que les vivantes. M. Deslougcbamps en a fait connaître dans les terrains oplitiques du Calvados ; ce sont les premières qui paraissent à la surface de la terre. On retrouve ce genre dans les terrains crétacés , et il remonte dans les terrains tertiaires, se distribuant dans les trois étages principaux de ces terrains. Nous en connaissons cinq espèces dans le bassin de Paris ; trois dans les terrains tertiaires moyens et deux seulement dans les terrains tertiaires inférieurs. Ces doux dernières ont leurs analogues vivants dans la nature actuelle ; l’une , le Sa3>icava arcUca , qui vit dans la Méditerranée et qui est fossile en Italie et en Sicile. L’autre est le Saxicava rugosa , qui vit dans Ips mers du Nord t qui se trouve à l’état fossile dans les terrains tertiaires récents de la Suède et de la Nûrwége.

48o QUATORZIÈME FAMILLE.

Saxicava arctica , Phil. Vivante dans TOcéan d’Europe depuis la Norwége jusque dans la Méditerranée, et qui, d’après M, Krauss , franchissant l'Océan Atlantique dans toute la longueur de l’Afrique , se trouverait au cap de Bonne-Espérance.

Fossile dans le Grag de la Belgique , en Italie , dans les terrains subapenniens, et dans les terrains plus récente de la Norwége et de la Sicile.

2°Saxicava rugosa, Lâmk. Vivante dans les mers du nord de l'Europe, au Groenland, dans les mers tempérées de l’Europe , . la Méditerranée ?

Fossile dans le Grag d’Angleterre et dans les terrains récents de la Norwége , Udvalla , etc.

1, Saxicave arctique. >Saa:zcam Philippi.

PI. 12. f. 8. 9.

S. testa ohlongo-transversa y inœquii>ciîvt , înœquilateraïi y ci^îiv^xiusculây hiancCy albo-griseây irreguîariter transversim striata y latere antico triincato y brevissimo y postico laiiorcy carinis duobits serralo dentatis ad apicetn converge ntibus predito; cardine ttnidentato y altero bidentato^

ûrcrncfl. Linné. Syst. nat. éd. la*. p. tu 3.

Müller, Fauna danica prodromus. 2963,

Solen minntus, Linné. Sysl. nal. éd. la». p. iii5.

Mya arctica. Fabricius. Faun. Groènl. p. 407, n° 408.

Donax rkomboidéa. Poli. Test, Sicil. l. 2. p. 81; t, i. pl. 14. f. pl. i5. f, 12. 'i3;. 16.

Solen minuttts, Cheranitz. Concli, cab. t. 6, p. 67, pl. 6. f. 5r, 52.

Id. Sclirœter. Einl. t. 2 - p. 032.

2d. Gmelin. Syst. nat. p. 3226. n® ïi.

Id. Montagii. Testac. brit. p. 53. pl. i, f. 4. "

Cardita arctica, Brug. Ency. méth. vers. t. i. p. 44* n* 1 1 . pl. 234* f. 4* Mytilus prœcisits, Mootagti. loc. cit. p. i65. pl. 4* f* 2.

Solen minutus, Wood. Gen. conch. p. i3g. pl. 34. f. 5, 6,

Id, Dillwyn. Descr. cal. t. i, p; 69. n° 3o.

Id, Lamk. An. s. vert. t. 5. p. 453. n* lo.

Mya arctica, Turtoiii Conch. dict. p. ro4. n® 17. lïo/en minuruf. Turton.'loc. cit. p. 161. n* 6.

r.BS LITHOPHAGES.

Hyntella arctica, Lamk, loc. cit. t..6, p, 3o.

Hratella minnea» Turtou. Concli. ins. bril. p. 24. pl, 2, f. 12. Anatina arctica, Turton. loc. cit. jv 49. pl. 4. f. 7, 8, ilytUus /»ra?cw/«. Gcrville. Cat. des coq, de la Manche, p; 32. n® 6. Rhomboides rttgosvs, Blainville, Malac. p, 573. pl. 80, f. C,

Sofen minutus» Wood. Index, test.pl. 3. f. 35,

Carâita îithophageila. Da Cosla. Cat. sysl. p. 42.

Hyatella arctica. liêsh., Ency, méthJvers. l. 2. p. 272. u° i.

Saxicava arctica, Philippi. Enuni. moll. Sic. t.* i. p. 20. pl. 3. f. 3; t. 2. p. 19. n® I.

Saxicava rhomboides, Desli. dans Lamk, An. s. vert. .2® éd. t. 6.. p. i53. ü® 7*

Rhomboides rugosiis. Scacchi. Cat, conch. regn. Neap. p. 5,

Saxicava arctica. Forbes. Rep. oegcan. invert. p,. i43^ arc/ica. Hauley. Descr. cat. p. i5o.

Saxicava arctica. Verani, Cal. des invert. p. i3,

Id, .Forbes. Malac. monen. p. 56. n» 2.

Hyatella arctica, Fleming. Brit. shell. p. 4.6 n® 674.

Id, Jeffreys. Malac. and conch, niag. n" 2. p, 4^. >

Krauss, Sudafrican. Moll. p. 2? •

Saxicava arctica, Mac Gillivray. Moll, aiiim. of Scoll. p. 247 et 2^5. //y atelia arctica. 'ïUorpe, Brit. mar. conch. p, 59.

Saxicava arctica. Lovèu, Ind. Moll. Scand. p. 40.. n® 295.

FossîUs. Nysl. foss. delaBeIg.p. 96. u® 54.pl. 3. f. i5.

An Mya elongata, Broccbi. Conch. foss . subapp. t. 2. p. 029* pl. 1 2 . f. 1 4 . Bronn. Kal. tert. Gebil. p. 91.

Saxicava arctica. Philippi. Enum. molI.Sicil. p.^o. n®i. l. 2, p. 19. n®i .

2d. Sismonda. Synop. an. 'pedem. foss. p. 20. n® 1.

blytihts carinatus. Goldfuss. Petr. Germ. t. 2. p. 179. pl. j3i. f. 14.

La synonymie de cette espèce prouve combien naturalistes ont eu d’incertitude à son -égard. Ayant sous les yeux une coquille éminemment variable^ provenant de localités très diverses, ils ont cru retrouver en elle des espèces distinctes , appartenant à plusieurs genres différents. Aujourd’hui , eu rassemblant les documents qui la concernent, il devient plus facile de rectifierjes erreurs, commises autrefois par les naturalistes qui, en les commettant, ont transmis de précieux renseignements. On ne s’attendait pas à voir un Mollusque habiter depuis les régions polaires jusque dans les régions chaudes de l’Europe, et subir des conditions d’habitation que d’autres animaux de T, T. 2« PARTIE. 3l*

la môme classe ne peuvent Bupporter. Les exeniples de ces Mollusques , passant des régions froides aux régions chaudes, s’étant multipliés à mesure que les observations sont devenues plus exactes, il ne faut pas s’étonner de ce que la Saxicave arctique occupe un «i vaste espace dans les mers de l'Europe.

Cette coquille est allongée , étroite, inéquivalve et très inéquilatérale, très souvent elle est devenue irrégulière par la gêne qu’elle a éprouvée dans les fentes des rochers qu’elle habite. Les valves sont bâil lantes en avant et eii arrière ; la droite est la plus profonde , et souvent vers Textrémité antérieure, elle présente une inllexion qui est due à la présence du byssus. Le coté antérieur est extrêmement court , tronqué obliquement, quelquefois même perpendiculairement; le côté postérieur, un peu plus large, est lui-même tronqué obliquement à son extrémité. Ce côté postérieur» Rplati , porte deux angles peu saillants , convergents vers le sommet, et -sur lesquels s’élèvent de •petites écailles. Toute la sürface extérieure est couverte d’un épiderme d’un brun grisâtre, qui déborde de beaucoup la circonférence des valves et sert à cacher une' portion assez considérable des bords du manteau. A l’extérieur, (a coquille est d’un blanc jaunâtre ; une charnière, très étroite, porte ordinairement .une seule dent sur chaque valve ; souvent ces dents sont obsolètes et presque entièrement effacées. C’est un individu dans eet état que M. Turton a placé^dans le genre .\nalîne , croyant que la petite cavité cardinale . située sous les crochets, était destinée à recevoir un ligament interne. Mais M. Turton aurait été détrompé s’il avait fait attention à la nymphe épaisse, destinée à recevoir un ligament externe.

Depuis Fabricius, on sait que cette coquille est fort abondante dans les mers du Nord ; elle est plus rare dans les régions-tempérées des mers de l'Europe; elle paraît moins abondante encore dans la Méditerranée. Observée par Poli , ce naturaliste la rapporta au genre Donace , tout en faisant voir combien l’animal est différent de celui, dés véritables Donaces. Cette coquille-est fossile dans les terrains récents do la Nôrwége et dans cèux de la Sicile et de ritalie. M. N.yst la cite dans le Ctag des environs d’Anvers ; elle est probablement aussi dans c^ui d’Angleterre.

LES LITHOPHAGES.

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