‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 80 sur 127 · I.KS'CO.NQIJKS · texte numérisé non relu

I.KS'CO.NQIJKS

de cette manière , c’est vouloir ôter à cette science toute sa valeur et justifier la critique des esprits sérieux qui y rencontrent tant d'incertitude.

Toutes les espèces mentionnées dans les terrains paléozoïques sont douteuses pour nous ; elles sont introduites dans le genre d’après la forme générale , la charnière et les autres caractères génériques ne soht point connus. Il y a un fait remarquable dont il faut tenir compte ; c’est que jusqu’ici toutes lea coquilles bivalves des terrains inférieurs dont on a pu examiner l’intérieur ont invariablement l’impression palléale simple sans sinuosité postérieure; il est donc à présumer que les espèces nommées Pullastra dépendent d'antres genres , et particulièrement des Cypricardes.

D'après M. Sowerby, il existerait une espèce, le Fmis lœvis, dans lo silurien supérieur {Ludloiv roc) d’Angleterre.

Trois autres Venus, les elliptica, compianata, lœvis, à en croire le même naturaliste, dépendent du lerèain dévonien.

Le genre paraît manquer dans toute la série du trias; il se montre de nouveau dans le lias, d’après M. Strickland. {Venus arenicola , AVainlode ClifT en Angleterre).

Trois espèces ont été signalées par M. Philips dans la série des couches appartenant à l’oolithe inférieure: ce senties Venus oblüa, recondîta et peregvina.

Une nouvelle lacune se manifeste dans l’existence du genre Pullasira, pendant que se déposait la grande formation jurassique. Il apparaît de nouveau avec la formation crétacée. Les deux grandes lacunes que nous venons de signaler n’existent probablement pas, elles résultent do l’imperfection des observations et de la difficulté de constater les caractères réels du genre.

Avec le terrain crétacé inférieur (néocomien) se montrent six espèces que l’on peut ranger dans les Pullastra; la plupart ont été décrites pour la première fois par M. d’Orbigny dans la Paléontologie française. Ce naturaliste repousse le genre Pullastra, et toutes les espèces de Cy thérées et de Dosinies deviennent des Vénus pour lui . Les Pullastra üoryiueliana , Robinaldina , Dtipiniana, Brogniartina , Ricordeana , se rencontrent dans tout le néocomien du centre de la France, dans les départements delà Haute-Marne, du Doubs , de l’Aube , de TYonne. La sixième espèce , la Venus fabci de Sowerby. se répand sur un plus grand espace, car elle est en Angleterre, en Allemagne et en France.

Nous n’en connaissons jusqu’ici que deux espèces dans la craie chloritée. L’une est des environs du Mans; on en doit la découverte à

M. Gueranger : c'esî, le Pullastra fragîlis; Tautre est de TAlIemagne, c’est le Pullastra elliptica de Rœmer.

Dans la craie blanche , nous trouvons le Venus Royana de M. d’Orbigny, qui nous paraît un Pullastra ; enfin la craie supérieure de Scanie posséderait aussi une espèce. Si le Venus exula de NÜson est un Pullastra, ainsi que nous le supposons, le genre serait donc représenté dans toute la série crétacée et serait transmis aux terrains tertiaires sans interruption.

Les terrains tertiaires sont peu riches en espèces du genre qui nous occupe; nous en comptons douze seulement distribuées très inégalement dans les trois étages de ces terrains. Dans l’étage inférieur, nous ne connaissons que deux espèces, notre Venus tenuis , et ce qui est très remarquable, le Venus decussala, dont l’identité avec les individus vivants ne peut être contestée.

L'étage tertiaire moyen renferme cinq espèces mentionnées par les naturalistes: les Pullastra triouspis, Eichwald; modesta, Dub. de Monip. ; Nana, Sedw. et March , se rencontrent dans les terrains tertiaires de la Podolie et de la .Wolhynie ; le Pullastra vetula de Basterot se trouve à la fois à Bordeaux, à Turin , et dans les faluns de la Touraine; des fragments rapportés de Vienne par noire savant ami M. Constant Prévost nous font penser qu elle existe aussi dans le bassin viennois; la cinquième espèce est le Venus maura de M. Brougniart : mais n’ayant pas vu la charnière et ne pouvant juger de l'espèce que par sa forme générale, nous ne l'introduisons ici qu'avec doute.

Trois espèces sont mentionnées dans le Crag : l’une en Belgique , le Pullastra strialella de Nyst; les deux autres en Angleterre, ce sont les Pullastra perovalis et virginea; cette dernière a son analogue actuellement vivant dans les mers de l'Europe, et nous allons la retrouver parmi les espèces de l’étage supérieur.

Quatre espèces sont mentionnées dans l’étage tertiaire supérieur ; ce sont les suivantes :

4° Pullastra geographica , Lamk. Vivante dans la Méditerranée.

Fossile en Italie et en Sicile.

2“ Pullastra virginea , Lin. Vivante dans la Méditerranée et rOcéan français.

Fossile dans le Crag en Angleterre et en Sicile.

3° Pullastra Genei, Michelotti.

Celle-ci est particulière aux terrains italiens. Brocchi l’avait considérée comme l'analogue du Venits rotundata de Lin.

LES CONQUES. 627

{Venus papiîionaceay Lam.); mais elle s’en distingue constamment.

4“ Pulîastra decussata , Lin.

Espèce très commune dans tout l’Océan d’Europe ; fossile dans les sables supérieurs du bassin de Paris, en Italie, en Sicile et dans les terrains quaternaires d’Angleterre.

5“ PuUastra texturata y Lamk. Vivante dans l’Océan indien. Fossile des terrains tertiaires de Java.

Les espèces du genre PuUastra sont nombreuses; nous en comptons plus de soixante répandues dans toutes les rfiers , mais plus abondantes dans les mers chaudes que dans les tempérées et les froides.

Pullastre croisée. PuUastra decussata (Vénus) Lin.

PL 21. f. 7.8.

P. Testa ovato-transversâ y inœquilateraUy posterîus subangnîatn y albidày litturis maculisve, aut radiîs fuscis 've! rttfis picta, decussatim striata, striis longitudinahbus erninenlioribus ; intus albà; inargine cardinali violaceo macnlato.

P'enus decussata, Linné, Sy^t. uat. éd. 10. p. 690. n» 126.

Id, Linné, Mus. ülnc. p. Ô09. u® 77.

Id. Linné, Syst. liât. éd. 12. p. it35. n** 149. .. ,

Bonan, Récréât, part. 2. f. 68.

Id. Mus. Kirch f. 67.

Lister, anim. Augl. pl, 4* f- Lister, Conch. pl. 428. f. 271.

Gualt. lad. pl. 85. f. L.

Kegenf Choix des coq. pl. 4* 4o.

T’émis literata. Pennaiit , Brit, Züol. t. 4* p- 19^). pl. 67, f 53. — Venus decussata, 2* éd. p. 210. pl. 60,

Vernis dejlorata. Boni. Mus p. 68. pl. 5. f. 2, 3.

Cimeus reticulatus, Ba Costa, Brit. conch. p. 102. pl. 14* L 4disses, Trav. of Nap. p 486, a" 140.

Venus decussata, Chemn. Conch. t 7. p. 58. pi. 48. f. 4^^* 4^^. Schrot, Eiiii. t. 3. p. i5o. n** 38.

Tellina. Schrot. Einl. l. 3. p. i4- a” 45.

Gmelia, p. 3294 n® i35.

Venus obscura. Gmel. p. 5289. n° 99.

Venus sanguinolenta, Guiel. p. 3295. n® 140.

5a8 quinzième famille,

Teliina rhomboïdes. Gmel. p. SaSy. n° 5o. Var. excîtis.

EncycN pi. aSS. f. 4.

Venus florida. Poli, Test. Sicil. l. a, pl. 21. f, 16, 17.

Olivi, Adriat. p. 108.

Venus decussata. Donovan, Brit, shells. t. 2. pl. 67.

Wood, Lin. Trans. t. 6. p, 168 pl. 17. f. ii, la.

Montagn, Testac. Brit. p. 124, ^

Maton et Rack. Iiin. Tran.s. t. 8. p. 88. pL 2. f. 6.

Dillw. Cat, t. r. p. aoS. n” 108.

Lamk. An. s. vert. l. 5, p. 597. n® 48.

Turlon, Concli. Dicl. p. 244.

Gerville, Cal. des Moll, de la Manche, p. 27. n” 12.

Blaînville, Malac, pl. 75. f. x.

Tuiion. Concbyl. Ins. Brit. p. i5S. n® 20. pl. 8. f. 10.

Payr. Cal. des Moll, de Corse, p, 5o, n“ 85.

Wood, Ind. testac. pl. 8. f. 107.

Desh. Ency. mélh. vers. t. 3. p. 1120. n® 22.

Dcsli, dans Lamk. An. s. vert. 2® éd. t. 6. p. 356. 11° 46.

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PuUastra decussata. Autan, Verz. p. 8, 285.

Collard des Ch. Cal. des Moll, du Finist. p, aj. n® 5.

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Verani, Cat. degli an. iuvert, p, i3.

Thorpe, Brit. mar. Couch. p. 98.

Requien, Cat. des Moll, de Corse, p. 25. u® 107.

Fossilts, Desh. Coq. fpss. de Paris, l. i. p. 142. p!. 23 f. 8, 9. Morris, Cat. of Brit. l’oss. p. loo.

Habitiî les mers d'Europe, toute la Méditerranée; fossile dans les sables supérieurs du bassin de Paris, dans les terrains siibapennins et dans les terrains quaternaires de rAuglelerre.

Espèce très commune , habitant les plages sableuses hlloralos et peu profondes dans la Méditerranée , plus profondes à mesure que l’on s’avance davantage vers le nord ; d’un goût agréable , elle est mangée par toutes les populations maritimes; elle est l’occasion d’un commerce

LKS CONQUES.

assez considérable, car elle est presque autant reclierchée que les huîtres par les habitants des bords de la Méditerranée; quelquefois elle est exportée , mais alors l’animal est complètement enfermé dans ses valves au moyen d’une ligature en fil de fer.

Parmi les variétés du Fenus decussata, Lamarck range une coquille de la Nouvelle -Hollande; un examen attentif nous a prouvé que cette variété constitue une espèce bien distincte. D’autres variétés ont été citées dans les mers de l'Inde et dans celles de l'Amérique; pour ces dernières nous ne les retrouvons pas dans les catalogues des naturalistes des États-Unis. Quant aux premières , nous pouvons dire avoir sous les yeux une coquille des mers de l’Inde qui semble avoir été prise à Marseille ou à Toulon; elle présente tous les caractères de l’espèce , la forme générale , les stries extérieures , la coloration , la forme et l’étendue de la lunule , les impressions musculaires, celle du manteau, les dents cardinales ; en un mot , tout est conforme au type de Tespèce , à l’exception d’un seul caractère: les nymphes ne sont pas violettes dans les individus de l’Inde , elles le sont toujours dans ceux des mers d’Europe. Maintenant quelle est la valeur de ce faible caractère? Nous posons la question en faisant observer que l'identité serait prononcée si l’on comparait la coquille de l’Inde devenue fossile avec les individus vivants de nos mers.

La 4 3* édition du Syslema naiurœesi très incorrecte; nous avons eu souvent l’occasion de le démontrer, nous en trouvons une nouvelle preuve dans ce qui a rapport au Venus decussata , puisqu’elle y est reproduite sous trois noms différents , et une quatrième fois dans un autre genre, celui des Tellines.

Il ne faut pas trop s’étonner si Born a consacré à cette espèce le nom de Fenus deporata; le doute est d’autant plus permis en présence des deux trop courtes descriptions de Linné, qu’il dit du defîoratq qu’elle est dé rOcéan européen , et du decussata quelle provient des mers de rinde. Poli publiait son grand ouvrage à une époque oh la science était déjà mieux fixée au sujet de l’espèce qui nous occupe, il est surprenant qu’il lui ait imposé un nom nouveau , lorsqu'il pouvait choisir entre plusieurs autres déjà consacrés avant lui.

Lq Pullastra decussata est une coquille ovale, transverse, inéquilatérale, un peu plus large en arrière qu’en avant , obtuse de ce côté , souvent sublronquée du côté opposé; les valves sont assez bombées, peu épaisses , à bords simples et obtus ; la lunule est allongée , étroite , lancéolée; elle est superficielle, circonscrite par une strie profonde; la surface extérieure est couverte de stries longitudinales et transverses ,

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53o QUINZIÈME FAMILLE.

les longitudinâlés sont les plus apparentes ; les plus grosses occupent le côté postérieur; sur le milieu des valves, les stries sont plus fines et moins apparentes. A l’inlérietir, la coquille est blanche, souvent nuancée de violet vers Textrémité postérieure; la coloration extérieure est extrêmement variable': on a des individus d’un blanc gris ou jaunâtre uniforme, et l’on arrive à des individus presque noirs , par une série considérable de variétés marbrées , maculées ou rayonnées de roux pâle, de fauve, de brun,' passant peu à peu au brun noirâtre très foncé et répandu presque uniformément. La forme générale varie dans des limites assez larges: on remarque des individus plus étroits, d’autres plus larges, subtronqués du côté postérieur, d’autres plus larges encore et subtrigones. Malgré toutes ceè modifications , l’espèce est toujours facilement reconnaissable au moyeri de la charnière , des impressions , des muscles et du manteau , et enfin à cette, tache violette qui s'étend sur ^es nymphes.

Pullastra vieille. PuUasfra tèiula^ Bast.

PI. 22. f. 12.

P. Tâstii ovnto-transversâ y ina!(jnîlatern ^ tnrgidnlây tmnsvcnim su}catâ; suivis depressis irregnîaribus; timbonibus minimis ; humln'vtx perspîcuà; derïtibus cardinaUhns tribus y di\>aricatis y conivis, proemineutibusypostico 'Valvce dtxtrœ hijtdo; marginibus integris,

Bast., Foss. de Bord, Mém. de la Soc. d’hisî. nat. t. a, p. 89. n* 5. pl. 6. f. 7.

Desh. dans Lamk. An. s. vert, a* éd. t. 6. p. 879, n* i3.

GoldF. PetreF (Verm. t. a. p. 348. n® 26. pl. t5i. f, 3.

Sismonda. Syn. ped. foss, p. ao.

An eadem? f'^enus rotnndata. Dnj. Foss. de Touraine, p. a6i. n* 3,

Habite... Fossile dans les terrains tertiaires moyens de Bordeaux, delà Touraine et de la Snperga, près Turin.

M. Dujardin, dans son Mémoire sur la géologie de la Touraine, a mentionné sous le nom de Fmws rotundata, une coquille bivalve qui appartient , en effet , au genre PuUaslra , mais qui nous paraît distincte aussi bien du rotundata de Brocchi que du vehda de Baslerot. Le rotuiidala caractérise les couches du terrain subapennin , tandis que le H^etuîa ne s’est rencontré jusqu’ici que dans les terrains tertiaires moyens.

Le Pullastra vetuîa est une coquille ovale , Iransverse , inéquilatérale ,

LES CONQUES

obtusè à ses extrémités , médiocrement renflée ; ses crochets sont petits , rapprochés et obliquement inclinés vers le côté antérieur, au-dessus d'une lunule dont le contour est peu marqué. Le corselet est approfondi; il se termine en une longue nymphe assez épaisse sur laquelle, s’attachait un long ligament externe. Trois dents cardinales divergentes se montrent à la charnière. Elles sont presque égales , elles sont comprimées et se relèvent graduellement vers le sommet, ce qui leur donne une forme conique. Ces dents sont simples sur la valve gauche ; mais la dent postérieure de. la valve droite est bifide. L’impression musculaire antérieure est semi-lunaire; la postérieure est plus grande et plus arrondie. Du milieu du bord interne de l'impression antérieure se détache l'impression paléale qui descend parallèlement au bord ventral des valves jusque vers le tiers de leur longueur. Alors elle se replie en dedans et dessine une sinuosité ovalaire , horizontale , entièrement détachée de la portion ventrale de l’impression palléale. La surface extérieure est couverte de sillons iransverses, inégaux, peu réguliers, tout à fait diflerents de ceux qui se trouvent sur le Venus rotundata de Brocchi. Ces sillons sont plus profonds sur le côté postérieur; ils diminuent graduellement de profondeur en s’avançant sur le côté antérieur. Les bords sont assez épais et simples dans toute leur étendue. Cette coquille a 64 millimètres de long, et 34 millimètres de large.

Il existe aux environs de Bordeaux une autre espèce de Pullastra , voisine de celle-ci , et plus rapprochée du rotundata de Brocchi. M. Dujardin aura été sans doute trompé en prenant cette seconde espèce pour le veluta de Basterot , et en la rapportant dans la synonymie du rotundata.

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