GENRE QUARANTE-SIXIÈME
VÉNUS, rmus, Lin.
PI. ao. f. 4. 5. 14 à i8. PI. ar. L i à 6. 9, 10. i3. 14, PL 72. f. i. 2.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal ovale ou arrondi , ayant les lobes du manteau réunis postérieurement et garnis dans toute leur circonférence d’un bord membraneux profondément plissé ; siphons courts , inégaux , réunis à la base et quelquefois dans presque toute leur longueur, leur ouverture garnie de tentacules simples et cylindracés. Pied mince et comprimé, trian-
OUINZIKME FAMILLE.
gui aire ; bouche petite . ovale, accompagnée de palpes labiajes très petites,* quadrangulaires; branciiies larges, courtes et inégales, réunies postérieurement, profondément plissées.
Coquille ovale , arrondie ou subtrigone , parfaitement close , épaisse , épiderme peu apparent ; charnière ayant trois dents cardinales, divergentes, point de dents latérales; impressions musculaires, grandes, et ovalaires ; impression palléale terminée du côté postérieur par une sinuosité petite, triangulaire, oblique de haut en bas et d’avant en arrière. ‘
SYNONYMIE GENERIQUE. — TdUna^ Rondelet, Lister, Gualtieri. — Pechmculus , Lister, Da Costa, Humphrey. — Chxvma^ Gualtieri, Adanson, d’Argenville. — Çuneus^ Da Costa. — CaUisia^ Callisioderma [in parie)^ Poli. — Anomalocardia^ Schumacher . — Dosina^ Gray . — Clausina^ Brown . — ■ Chione^ Megerle. — Oriygia , Brov/n. — Timoclea , Leach, Brown. — Antigone^ Schumacher. — Venus, Linné, Chemnitz , Schrocter, Gmelin, etc. [in pa^'/e], — Genus entend,, Bruguière, Lamarck, Roissy, Cuvier, Blainville, Rang, Hanlcy, etc. j .
Observations. — Ainsi que nous.venons de le voir, la famille des Conques de Lamarck a trouvé tous ses genres dans le grand Vénus de Linné ; mais ces genres ne sont pas les seuls qui en aient été séparés. Bruguière en a extrait les Lucines, les Galathées ellesCapses. Plus tard, Lamarck les Pétricoles et les Vénéricardes, ainsique les Cyprines. Mais déjà avant Bruguière et Lamarck, Scopoli avait proposé le genre Dos mia pour les espèces orbiculaires auxquelles Poli attacha plus tard le nom dVlWcfîu'.s*. Enfin, Lamarck fit un démembrement plus considérable encore, eii établissant le genre Cylliérée qu'il avait déjà proposé une première fois sous le nom assez impropre de Meretrix. A la suite de tous ces démembrements , le genre Vénus de Linné se trouvait considérablement réduit., et il ne renfermait plus que des coquilles bivalves régulières portant trois dents cardinales à la charnière. M. So'sverby pensa que CO genre Vénus pourrait être encore divisé en deux , et il proposa sous le nom de Pulhtstra un genre destiné à réunir toutes les espèces de Vénus oblongues, Iransverses , aplaties latéralement, ayant à la charnière trois dents subparaDèles on divergentes, mais minces et
LES CONQUES
étroites. L’examen que nous venons de faire de ce dernier genre nous a prouvé qu’il pouvait être avanlageusement conservé dans la méthode , puisqu’il est caractérisé à la fois par la coquille etpar l’animal. Tout récemment, M. Gray a proposé dans le genre Vénus un plus grand nombre de coupures. Nous en avons fait l’examen dans les généralités de la famille des Conques; nous pensons que la plupart de ces genres ne sont pas dans leurs rapports naturels , et que plusieurs d’entre eux doivent être rejetés, fondés qu'ils sont sur des caractères d’une trop petite valeur. Dans un groupe aussi étendu que celui qui nous occupe et dans lequel les caractères des coquilles sont souvent vagues et. incertains , il faut rechercher dans les animaux des moyens plus sûrs pour distinguer de bons genres; et cette tentative n’a pas été faite d’une manière assez complète pour satisfaire à tous les besoins de la science. Aussi les opinions des concliyliologues, aujourd'hui en présence, sont très diverses et trouvent toutes des moyens de se justifier par les faits connus , malheureusement encore insuffisants.
Si plusieurs zoologistes ont démembré outre mesure les Vénus, telles que Lamarck les avait limitées, d’autres, au contraire, ont repoussé presque tous les genres proposés, et en sont revenus, non pas à l'ancien genre de Linné, mais à un genre qui a presque autant d’étendue. L’élude attentive et exclusive des coquilles coudait presque inévitablement à ce dernier résultat. En effet, quand on rassemble le plus grand nombre possible d’espèces vivantes et fossiles appartenant aux genres inscrits dans la famille des Conques, on voit se produire un phénomène que nous avons déjà signalé plusieurs fois à l’attention des conchyliologues. Si l’on prend la forme générale-, on la. voit se modifier insensiblement , et ne présenter aucune constance dans chacun des grands groupes; par conséquent , ce caractère empirique, quelquefois utile à l’observateur, lui échappe entièrement. Si l’on prend les caractères de la charnière , on observera bien , en effet , des différences entre les types principaux des groupes; mais à mesure qu’on étudie un plus grand nonibre d’espèces, on voit la dent dos Cytbérées, par exemple, disparaître insensiblement, et il y a telles espèces que l’on pourrait aussi bien placer parmi les Vénus que parmi lesCylhérées. Le caractère conchyliologique des deux genres dont nous venons de parler se trouve ainsi d’une application difficile, quelquefois môme impossible, pour un certain nombre d’espèces. Il en est de même quand on arrive à la limite des V^nusel des Pullastra. A mesure que la forme générale tend à s’allonger, la charnière elle-même se modifie, et les dents épaisses et robustes des TViihs proprement dites s'amincissent peu à peu, finit-
QUINZIEME EAMILLE.
sent par ressembler à celles des Pullastra , après avoir subi de nombreuses modifications. Quant aux* Ûo^inia, elles se distinguent nettement par leur forme orbiculaire, ainsi que par la disposition spéciale de la sinuosité postérieure du manteau. Cependant il y a des Venus qui ont une sinuosité triangulaire semblable. La charnière elle-raôme ressemble singulièreinenl a celle des Cytliérées. Nous comprenons comment il se fait que des naturalistes , entraînés par les observations que nous venons de rappeler, aient conclu à la réunion de tous ces genres en un seul , auquel ils ont conservé le nom de Venus. Mais, si ces naturalistes, au lieu de se guider uniquement par l'étude des coquilles , avaient cherché dans les animaux des moyens plus certains de caractériser les genres , ils auraient déjà pu en limiter quelques uns en mettant à profit les beaux travaux de Poli , ainsi que d’autres observations isolées , actuellement acquises à la science. Pour inspirer plus de confiance , il manquait à ces travaux d’étre fondés sur l'observation d’un grand nombre d’espèces. Poli s’était borné à donner la figure et la description d’une seule Pullastra, d'une seule Vénus, d'une seule Cylhérée. et d'une seule Arthémis. On se demandait, non sans quelques raisons, si les animaux n'offriraient pas autantde variations dans leurs caractères extérieurs que leurs coquilles mêmes. L’observation seule pouvait répondre à cette objection, et malheureusement jusqu’ici elle n'a pu encore résoudre la difficulté d’une manière satisfaisante. Nous connaissons les animaux de quelques espèces do chaque groupe, et quoique leurs caractères soient constants, peut-être est-oe conclure trop prématurément que de dire qu’ils constituent des genres toujours distincts et désormais invariables.
Le zoologiste doit emprunter aux formes extérieures les signes caractéristiques des bons genres } Ü est impossible que des formes extérieures constantes ne nous traduisent pas un caractère profond dans l'organisation de l'animal. Nos observations prouvent que celte assertion est vraie dans le petit nombre d'espèces dont nous connaissons les animaux, dans les Venus et les principaux genres qui en ont été démembrés. Nous avons décrit l'animal du PuUastra ; nous allons faire con-naître celui des Venus proprement d'Ues.
Tel qu'il est limité aujourd'hui, le genre Vénus réunit des coquilles généralement épaisses, solides, plus ou moins bombées, tantôt subglobuleuses et ovalaires, tantôt subtriangulaires et plus aplaties. Ce sont des coquilles qui sont toutes inéquilatérales ; le côté antérieur est plus court; quelquefois il est dominé par des crochets saillauts, obliques, et inclinés au-dessus d une lunule plus ou moins profonde, selon les espèces, mais se présentant nettement circonscrite dans toutes. Dans le
LES CONQUES
plus grand nonibredes espèces, la surface extérieure est dépourvue d’épidern^o ; dans celles qui sont lisses, si l 'épiderme existe, il ressemble à une coucho vernissée, luisante, très tenace, et qui ne dépasse jamais les bords des valves. Les accidents de la surface externe sont nombreux : tantôt les espèces sont ornées de lamelles plus ou moins saillantes, nombreuses, les intervalles restent lisses j tantôt ces lamelles, plus serrées, sont séparées par des espaces sur lesquels descendent des stries longitudinales plus ou moins nombreuses, plus ou moins régulières. D’autres espèces ont seulement des stries longitudinales ou des stries transverses; enfin, ces ornements se combinent, diminuent insensiblement d’importance, finissent par disparaître, et l'on a alors un groupe de Vénus tout à fait lisses. Les bords de ces coquilles sont généralement épais ; il y a cependant des espèces où ils restent minces et tranchants. Dans les unes ils sont simples : ce sont celles qui sont lisses, ou qui ont des stries ou des lamelles transversales. Dans d'autres, ils sont finement crénelés, et ces crénelures ne se rencontrent que sur les espèces ornées de stries longitudinales. Cependant il existe quelques exceplioas à cette règle générale: nous avons le Wrugosay par exemple, dont les bords sont crénelés et qui cependant n'a point de stries longitudinales. Le corselet est assez nettement circonscrit chez la plupart des espèces. Il est allongé, lancéolé, il occupe une partie de la longueur du côté postérieur. Dans un certain nombre des espèces, tel que V. puerpenty par exemple, le bord du corselet de la valve droite fait une saillie qui s’avance devant l’extrémité postérieure du ligament. Le ligament est ordinairement épais et saillant; il occupe une grande partie de la longueur du corselet, e^il s’attache solidement. sur la surface de nymphes plus ou moins épaisses , selon les espèces. Ces nymphes sont circonscrites en dehors par un sillon, profond , dans lequel s’attache la tunique externe du ligament. Ordinairement Iq surface supérieure des nymphes présente un plan oblique, sur lequel se fixe la substance interne du ligament, celle qui a l'apparence d’un cartilage. Toutes les Vénus sont des coquilles parfaitement closes ; elles ne présentent aucune apparence de bâillement, soit du côté antérieur, soit du coté postérieur. La surface interne est lisse, souvent blanche ou diversement colorée selon les espèces ; le rose et le violet sont les couleurs qui dominent au dedans de ces coquilles.
La charnière est supportée par une lame cardinale assez épaisse et solide : elle s’avance plus ou moins dans l’intérieur de la cavité, et laisse au-dessous d’elle une cavité assez profonde qui correspond à la proéminence des crochets. Cependant dans cette portion de la coquille le
test étant très épais , il n’y a pas de coïncidence exacte entre la forme extérieure et celle de la cavité intérieure-des valves. La charnière est composée de trois dents cardinales, épaisses, divergentes, tantôt simples , tantôt bifides. La forme de ces parties varie selon les espèces , mais ellé est très fixe dans chacune d’elles, de sorte que Tétude attentive de la charnière contribue puissamment à séparer des espèces qui semblent se confondre par leurs autres caractères. Ce nombre de trois dents cardinales n’est pas constant d'une manière absolue. Tous les conchyliologues savent qu’il y a un petit groupe de Vénus chez lesquelles il n’existe plus que deux dents cardinales. Nous pouvons citer pour exemple le Venus fasciata de Donavan. Ces espèces pourraient former un groupe très distinct de Vénus, si elles ne s’y rattachaient d’une manière assez insensible. Nous observons, en effet, en réunissant toutes les coquilles qui présentent deux dents cardinales, qu'il y en a quelques unes chez lesquelles on remarque , le long de la nymphe, un rudiment de la dent postérieure, et Ton peut suivre la disparition de celte dent postérieure dans une série assez considérable de modifications, El pour ne pas laisser de doutes sur la valeur de ce faible caractère, nous devons ajouter que l’animal du V. fasciata et des autres espèces à deux dents est tout à fait semblablo à celui des autres Vénus.
Les impressions musculaires sont généralement assez grandes ; elles sont fort écartées; elles se rapprochent des extrémités de la coquille. L’impression musculaire antérieure est ovale semi-lunaire ; elle occupe une grande partie du côté antérieur de la valve. L’impression postérieure est plus circulaire; elle se prolonge ordinairement en haut à un petit appendice triangulaire sur lequel vient s'attacher le muscle ré- Iracteur du pied. Au-dessus de l’impression du muscle antérieur, audessous de l’extrémité antérieure de la lame cardinale se trouve une autre petite impression ovale, oblique; elle donne insertion au tendon du muscle rétracteur antérieur du pied.
L’impression palléale mérite un examen attentif, car il va nous fournir une preuve des modifications nombreuses que peut éprouver un caractère qui paraît plus constant dans d’autres genres. Cette impression commence au milieu du bord inférieur de l’impression musculaire antérieure; elle se contourne parallèlement au bord ventral des valves , mais elle reste très haut dans l'intérieur de la coquille, de sorte qu’entre elle et le bord règne une large zone qui indique la largeur du muscle orbiculaire du manteau. Parvenue vers l’extrémité postérieure, Vrclle impression s’infléchit en dedans , et circonscrit une sinuosité or-
LES CONQUES
dinairement courte et triangulaire , mais dont la forme et les proportions varient dans un grand nombre d’espèces. C’est ainsi qu’il y en a un certain nombre chez lesquelles la sinuosité palléale présente la forme d’une ellipse coupée en deux dans son petit diamètre. Mais ce qu’il y a do plus curieux, c’est de voir cette sinuosité diminuer très insensiblement d’une espèce à l’autre , se réduire à une inÛexion très petite, et disparaître enfin, comme cela a lieu particulièrement chez un certain nombre d’espèces qui n’ont que deux dents à la charnière. Cependant toutes les Vénus à deux dents ne sont point dépourvues de la sinuosité palléale. Aussi, chez ces espèces, les siphons existent, ainsi que nous nous en sommes assuré dans le V. fasciata de Donovan.
Ainsi, à moins que de diviser les Vénus en un grand nombre d’autres genres, dans chacun desquels se trouveraient limitées les nuances presque insaisissables que nous venons d’indiquer, il faut de toute nécessité laisser exister un peu d’incertitude dans les caractères génériques pour ne pas les limiter d’une manière plus absolue que la nature elle-même no l’a voulu. 11 faut donc admettre dans la phrase caractéristique du genre deux ou trois dents cardinales, une inflexion palléale peu profonde et quelquefois nulle. Sans cela on risquerait de repousser du genre des coquilles qui lui appartiennent, et il deviendrait difficile de juger de la nature de certaines espèces fossiles connues seulement par des moules ; car, sur les uns, on peut rencontrer des traces de deux dents cardinales et d’une petite inflexion palléale , et assurément le paléontologiste ne placerait point ces moules parmi les Vénus , s’il ne savait d’avance qu’il existe des espèces vivantes qui présentent ces caractères. D’un autre côté , on pourrait également observer des moules de coquilles ayant l’impression palléale simple , et offrant les vestiges de trois dents cardinales. Pour celles-là, le paléontologiste se trouverait aussi dans le même embarras s’il ne connaissait également les espèces de Vénus qui présentent ces caractères particuliers. Ces observations préliminaires nous conduisent à cette conclusion, que pour bien étudier les espèces fossiles , surtout celles des terrains anciens , il faut bien connaître les espèces vivantes ou celles des terrains tertiaires.
On ne peut contester la ressemblance qui existe entre l’animal des Pullastra et celui des Vénus. Néanmoins, ces mollusques se distinguent toujours , du moins dans toutes celles des espèces que nous avons examinées.
L'animal des Vénus a une forme analogue à celle de sa coquille ,.par conséquent il est variable comme elle ; mais ses caractères zoologiques sont constants. Son manteau , même dans la plus grande partie de son
éleadue , est limité sur ces bords par un large muscle orbiculaîre , dont nous avons fait remarquer l’impression sur Tintéricur des valves. Les lobes de cet organe, parfaitement égaux et symétriques , sont disjoints dans la plus grande partie de leurs circonférences , depuis le bord inférieur du muscle adducteur antérieur jusqu'à l'origine des siphons, où se produit une commissure solide. A l'intérieur, les lobes du manteau restent simples , et ils sont dépourvus de cette longue valvule intérieure que nous avons fait remarquer dans les àlactres et dans plusieurs autres genres. Lo bord lui-môme se partage en deux parties bien distinctes : l’une, plus courte, s’applique sur les bords des valves et conlieoi l'organe sécréteur du test ; l autro, située en dedans , est membraneuse, saillante; et lorsque l’animal tient ses valves entre-bâillées, cos membranes se plissent profondément comme un jabot , celle d’un côté restant appliquée à celle de l’autre ; il en résulte quo la cavité du manteau est close de la manière la plus parfaite. Cependant, lorsque l'animal fait sortir son pied ou Iûï*squ il a besoin de faire écouler de la cavité paliéale l’eau qui y a été introduite par les siphons i les deux lobes du manteau se détachent l'un do l’autre , tout en conservant aux plis membraneux qui les terminent tovxtes leurs sinuosités réciproques.
Les siphons sont généralement courts , attachés à l'animal dans presque toute la hauteur du (u>té postérieur ; ils ont une base large de haut en bas, mais comprimée latéralement. Ces organes, par la petitesse de leur volume, paraissent disproportionnés à la grosseur de ranimai. C’est ainsi que dans les grands individus des Fejiws verrucosa, individus qui ont 65 millimètres de longueur, les siphons n'ont pas plus de 1 2 à 4 5 millimètres d’étendue. Par celte brièveté, ils so dislin guent déjà de ceux des Pullastres et des autres genres de la famille des Conques. Les siphons sont inégaux; ils sont réunis à la base et séparés l’un de l'autre au sommet dans une étendue plus ou moins considérable. Ainsi , dans le V. verrucosa , ils sont séparés dans presque toute leur étendue, tandis que dans le V, gallma ils sont , au contraire, réunis jusque près du sommet. Dans le Venus /asetaid, ils sont en quelque sorte intermédiaires, car ils sont réunis jusque vers le milieu de leur longueur. Ghea d’autres espèces, d'autres nuances se montrent. II ne faut donc pas allaclier une plus grande importance qu’il ne faut à ce caractère de jonction ou de disjonction des organes dont nous parlons. Le siphon anal est le plus petit , comme dans les autres mollusques acéphalés.ll se prolonge en un sphincter membraneux en forme de coupole, percée au sommet, d’une ouverture circulaire, d’un moindre diamètre que celui du siphon lui-même. Au point de jonction de ce bord mem-
LES CONNUES
braneux sur le bqrd du siphon s’élève un seul rang de tentacules simples, cylindracés et obtus au sommet. Ces tentacules sont plus ou moins nombreux, selon les espèces, et leur longueur est elle-même variable; car ils sont plus courts dans le V‘, rerrucosa que dans le V. gaUina. Le siphon branchial est très différent ; son ouverture est surmontée d’un rang interne de grands tentacules simples et. cylindriques, et d’un rang extérieur d’autres tentacules plus courts, tantôt bifurqués, quelquefois étoilés , mais rarement simples, comme le premier. Ces tentacules sont donc bien différents de ceux qui existent chez les Pullastres . et cela seul suffirait , selon nous , pour justifier ie genre PuUastra de M. Sowerby. Un muscle rétracteur, petit, triangulaire, peu épais, se confondant latéralement avec le muscle orbicuiaire du manteau, sert à faire rentrer les siphons à l’intérieur des valves. Nous avons vu dans certaines espèces une impression palléale simple; il semblerait , d’après cela , que les lobes du manteau sont désunis jusqu'au muscle postérieur, et que les. siphons manquent; mais il n’en est pas ainsi, ces organes persistent et leur muscle rélracleur se confond entièrement avec le muscle orbicuiaire, et n’en dépasse pas la largeur. Lorsque l’on ouvre le manteau , et après avoir soulevé l’extrémité des feuillets branchiaux , on aperçoit l’ouverture intérieure des siphons. Cette ouverture, d une médiocre grandeur, est dépourvue de valvules proprement dites; une simple bride iransverse membraneuse est le seul vestige qui reste de la large valvule qui existe chez d’autres genres de mollusques.
La bouche est ovale-lransverse ; elle est petite relativement à la grandeur de l’animal. Elle est située, comme à l’ordinaire, au fond de l’angle produit par la rencontre du muscle adducteur antérieur et de l'extrémité de la masse abdominale. Deux lèvres membraneuses et transverses garnissent celle bouche Ces lèvres se prolongent de chaque côté en deux palpes latérales étroites, triangulaires et peu allongées. Â cet égard, les Vénus ressemblent beaucoup aux PuUastra, et cette ressemblance , dans des organes aussi constants que le sont ceux dont nous parlons , a été pour nous un très bon moyen pour rapprocher les divers genres de la famille des Conques. La surface interne des palpes est couverte de lamelles membraneuses, transverses, qui s’arrêtent brusquement à l’origine des lèvres.
La masse abdominale est plus ou moins épaisse , selon les espèces j elle est large et mince dans les espèces aplaties; elle est plus volumineuse dans celles qui sont subglobuleuses. Cette masse abdominale se prolonge en avant en \\n pied large et triangulaire , robuste, et suscep-
tible de mouvements très divers,. Déjà , dans la plupart des espèces , le pied montre un étranglement au moment où il se réunit à la masse des viscères. Cet étranglement est un acheminement vers la forme que cet organe affecte dans les genres des familles qui vont suivre.
Les branchies sont très larges chez les Vénus. Elles sont subquadrangulaires: les feuillets externes sont un peu plus courts que les internes. Dans le plus grand nombre des mollusques, les côtes ou les stries qui existent à la surface des branchies sont transverses ou à peine obliques. Dans les Vénus, au contraire, elles deviennent de plus en plus obliques; il y a même des espèces chez lesquelles ces stries sont perpendiculaires. se dirigeant directement de la bouche vers Textrémité postérieure. Les dimensions de ces organes sont presque égales; néanmoins les feuillets internes se rétrécissent brusquement vers leur extrémité antérieure, se terminent en une pointe aiguë qui s’avance vers la bouche en se plaçant entre les palpes. Les feuillets branchiaux ne sont guère plus longs que la masse abdominale elle-méme ; cependant leur extrémité postérieure vient se prolonger au-devant de l'ouverture du siphon anal, et se soude aux plis membraneux qui entourent l'ouverture de ce siphon.
Les organes de la circulation sont situés dans la région cardinale , comme chez le plus grand nombre des mollusques 'acéphales. Nous n’aurions pas à parler de ces organes , si le cœur ne présentait un fait particulier d'organisation qui se montre pour la première fois dans la série des mollusques dont nous nous occupons. Dans tous les animaux soumis jusqu’ici à notre examen , le ventricule aortique est fusiforme ; il est creusé d’une seule cavité au centre de laquelle passe le tube intestinal . Dans les Vénus . le cœur conserve celle forme, mais en se prolongeant en arrière le long de l'inleslin il parvient dans le voisinage du muscle postérieur, et là il se dilate de nouveau en un second ventricule plus petit que le premier. Il serait curieux d’observer comment s'établit la circulation dans un si singulier appareil, s’il y a synchronisme dans les contràcUons des deux ventricules ou s’ils se contractent l’un après l’autre.
Quoique les divers retranchements opérés dans le genre Vénus aient réduit considérablement le nombre des espèces , cependant ce genre en contient au moins une centaine de vivantes distribuées dans presque toutes les mers. Les Vénus sont des animaux littoraux. Ils aiment à vivre h peu de profondeur ; ils choisissent habituellement les plages basses de sable, dans lesquelles ils s’enfoncent perpendiculairement à Laide des mouvements vormiformes de leur pied. Ils se creusent un trou peu
LES CONQUES-
profond , de manière à faire saillir leur siphon au niveau du sol. Le nombre des espèces va en décroissant des régions équatoriales vers les régions polaires. Quelques unes s’étendent sur une très large surface. Nous avons quelques espèces dans les mers d’Europe qui remontent très haut vers le nord , et so retrouvent sur la côte occidentale de l'Afrique, après s’être propagées dans toute la Méditerranée. D’autres espèces, venant du nord de l’Amérique, descendent aussi vers les régions équatoriales, et nous n’en connaissons aucune qui se soit établie sur toute la longueur du littoral des deux Amériques. S'il y a un certain nombre d’espèces qui jouissent de celte propriété de s’accommoder à des climats divers . il y en a beaucoup d'autres qui sont localisées , et qui ne franchissent pas de plus courtes limites : telles sont quelques unes, par exemple, qui sont propres à la Méditerranée, d'autres au Sénégal , d’autres enfin aux îles de l'Océanie, etc., etc.
Près de cent cinquante espèces fossiles sont citées dans les ouvrages des paléontologistes. Pour en connaître la distribution, il nous a fallu les examiner toutes, vérifier l'exactitude de leur synonymie , rejeter du genre celles qui ne lui appartiennent pas, y introduire les espèces oubliées, ou mal classées. De ce travail long et fastidieux , il en est sorti quelques observations profitables dont nous consignons ici les principales , et il en est résulté une réduction notable dans le nombre des espèces. En elfet, nous les réduisons a cent six , et parmi elles , nous laissons quelques espèces dont la charnière n’est point connue., et qui offrent seulement la forme générale des Vénus. H était bien difficile de ne point les admettre dans le genre. Si elles sortent des Vénus, ce sera pour rentrer dans les Cylhérées ; elles dépendent certainement de la famille des Conques.
Nous avons quelques erreurs à relever dans la nomenclature des Vénus inscrites dans l’ouvrage de Goldfuss.
Nous ferons remarquer d'abord que son Venus anguîata est une coquille cordiforme et suborbiculaire , qui a bien plutôt l'apparence d'un Cardium que d’une Vénus. L'angle postérieur qui caractérise l’espèce se montre très fréquemment chez les Cardium et point chez les Vénus.
Le ]''enus obliqua du même naturaliste a beaucoup plus l’apparence d'une Lucine que d’une Vénus , et comme la charnière n’est point connue , il faut donc s’en rapporter à la forme générale. Dans tous les cas , le nom devra être changé; car Lamarck s’en était servi pour une petite espèce du bassin de Paris. Nous pourrions faire une observation semblable au sujet du Venus vndnta : elle a tonte l’apparence d’une
Lucine. Si la charnière était connue et qu’elle fût celle d’une Vénus , il n’y aurait aucune hésitation ; mais , en l’absence de ce caractère important , il faut se laisser guider par la forme générale.
Le Venus Srtussttr/ deGoldfuss nous paraît une espèce très incertaine. Connue par le moulé seulement, cette espèce a dû avoir un test fort mince, sans cela les crochets ne pourraient s’approcher alitant qu’ils lè font. Ce test n’a laissé sur le moule aucune trace des impression^ musculaires et du manteau ^ et d’après les figures on n'aperçoit aucun vestige de la charnière. A cette espèce déjè si douteuse par elle-niéme, Goldfussy ajoute d’autres incertitudes par la synonymie. Enefl'el, il y rapporte le Domx Saussun de Brongniart , de Goldfuss et de Roemer ; on est porté à y voir deux espèces , l'une représentée par Roemer et Goldfuss , l’autre par Brohguiart. Mais toutes deux appartiennent-elles au même genre ?
Le Venus sueefea de Goldfuss est encore une espèce douteuse; sa forme orbiculaire , ses crochets courbés la rapprochent des Lucines ou des Dosinics [Arihemis , Poli).
Quant au Vctiws caudata, elle est a peu près aussi incertaine que le Venus Saussüri: car la charnière ne montre pas les inflexions des dents cardinales; les impressions musculaires sont effacées, et celles du manteau paraissent encore moins ; de sorte que d’après les échantillons que nous avons examinés, aussi bien que d’après les figures , cette espèce né peut rester parmi les Vénus qu’avec doute.
Dans un ouvrage publié depuis quelques années sur la craie de la Bohême, M. Reuss a mentionné et figuré un certain nombre d’espèces qu’il rapporte au genre Vénus, et pour la plupart aux espèces déjà connues de Sowerby et de Goldfuss. Quelques années auparavant, M. Geinitz avait déjà livré au monde savant un ouvrage sur la même matière , dans lequel des figures, quelquefois assez peu correctes , donnent une idée imparfaite d'espèces dont la description est restée incomplète. A peu près à la même époque, M. F. -A, Roemer publiait son ouvrage sur la craie du nord de l’Allemagne. Pour la partie paléontologique, cet ouvrage peut à peine servir de document sommaire, puisque les figures sont tellement médiocres, qu’elles ne permettent pas de reconnaître les espèce.s qui , dans le texte , sont plutôt indiquées que décrites. On devait espérer, à l’aide de ces trois ouvrages , qu'on reconnaîtrait facilement les espèces, retrouvant dans Fun ce qui manque aux autres; malheureusement bien des doutes subsistent, et l’examen rapide que nous allons faire des espèces justifiera notre manière de voir,
M. Reuss nomme Cytherea ^longaia une coquille qui n’a rien de
LES CONQUES
l’aspect des autres espèces du même genre ; elle a la forme d'un jeune Inocéramus. La charnière n’est point figurée, l'auteur ne mentionne pas cette partie importante dans sa courte description ; de sorte que rien , à nos yeux , ne justifie l’introduction de l'espèce dans le genre Cythérée.
Le Feaus parva de Sowerby est une petite coquille subcirculaire , voisine des Dosinies par sa forme générale; M. Goldfuss en donne une figure assez exacte. M. Geinitz, sous cette dénomination, représente deux espèces très distinctes qui, ni l’une ni l’autre, ne sont le vrai Venus parva de Sowerby. L'une d’elles nous semble une Lucine. M. Reuss donne également deux figures pour la même espèce , et l’une d'elles ne s’accorde avec aucune de celles de Sowerby, Goldfuss et Geinitz : elle représente indubitablement une Lucine; quant à la seconde, elle n’a point de ressemblance avec le F. parva de Sowerby; de sorte que, dans ces deux auteurs dans les ouvrages desquels il y a cinq figures du Ve~ nus parva , cette espèce n’y est réellement pas représentée.
Venus inimersa. En rapprochant les deux figures de cette espèce de MM. Geinitz et Reuss, et celle de M. Sowerby, on reconnaît que les paléontologistes allemands se sont contentés d’un rapprochement imparfait entre une coquille entière et les moules qu’ils avaient dans les mains; il est même douteux que la coquille figurée par M. Geinitz soit de la môme espèce que celle de M. Reuss.
Le Fenus plana de Sowerby est une véritable Cythérée ; les figures de cet auteur le prouvent incontestablement. SI les figures de ia même coquille que l’on voit dans Goldfuss et dans la paléontologie française sont exactes, il devient évident que M. Reuss n’a point connu l’espèce; car il figure sous ce nom le moule d’une coquille très dififérente qui nous semble appartenir à une Lucine et non à une Cythérée.
Des observations semblables s’appliquent aux autres espèces inscrites dans les ouvrages de MM. Geinitz et Reuss : ils ont cru retrouver dans la craie de l’Allemagne les espèces d’Angleterre, et en cela iis ont commis des erreurs auxquelles ils remédieront en comparant en nature leurs fossiles à ceux d’Angleterre.
M. Sowerby a figuré dans le Minerai Coiichologrj une espèce de la craie sous le nom de Venus ovalis\ elle est parfaitement caractérisée par sa forme générale et par les stries qui la couvrent. M. Goldfuss a assimilé à cette coquille, et en lui consacrant le même nom, une espèce très distincte pour laquelle nous proposons le nom de Fenws Goldfussiû
Nous trouvons dans l’ouvrage de Goldfuss une Venus parallela provenant des sables verts du terrain crétacé de Bavière; néanmoins
OniNZIÈME FAMILLE.
.M. -Philips, dans le second volume de son ouvrage sur, le Yorkshire-, a imposé le même nom à une espèce du terrain carbonifère et très différente de la première. Nous donnons à l'espèce d'Angleterre le nom du savant géologue qui l’a fait connaître le premier , kVnus Philipsii.
Parmi les espèces du terrain crétacé décrites et figurées par Goldfuss, nous trouvons un ï enns gibbosa , mais nous sommes obligé de changer ce nom; car Sowerby, dans le Minerai Conchology, l'avait déjà appliqué à une espèce tertiaire du crag d’Angleterre. En conséquence, nous proposons de nommer Tenus Sowerbgi l’espèce du terrain crétacé.
En 1842, M. Matheron a publié un ouvrage important pour l'étude des terrains de la Provence et des fossiles nombreux qu'ils renferment. De.s figures accompagnent la description des espèces nouvelles. Dbchuit sont inscrites dans le genre Vénus. Les unes proviennent du terrain crétacé , les autres des terrains tertiaires ; mais toutes ne sont pas probablement des Vénus, même en acceptant l’étendue que Tauteur donne au genre; il y comprend, en effet, les Cylhérées et les Vénus de Lamarck.
Les Tenus allaudiensis et tnrgidula deM. Matheron sont des Aslarte^ Le Venus galto-provincialis est très probablement une Corbeille. Le Venus Lamarckii est une Lncine. Les Tenus ovum et martiniana sont des Pullastra. Les autres espèces du terrain crétacé sont ou des Vénus ou des Cylhérées, et il sera difficile de faire le départ des espèces jusqu'au moment où leurs charnièrès seront connues. Il en est une encore que Tauteur n’a pas rapportée à son véritable genre , c’est son Venus semiradiata qui est une véritable Telline. Quant aux espèces tertiaires, M. Matheron en cite quatre seulement, et elles dépendent tontes du genre Cythérée. Une' fois les espèces étrangères au genre éliminées, il ne reste plus que sept Vénus, parmi lesquelles il y a probablement encore quelques Cylhérées.
Les espèces tertiaires, plus faciles à reconnaître que leurs congénères des terrains plus anciens, devraient offrir un moins grand nombre d’erreurs dans leur détermination; il n’en est pas ainsi: l’examen rapide auquel nous allons nous livrer le prouvera surabondamment. Et d’abord comme témoignage de notre impartialité et de notre amour de la vérité, nous reconnaîtrons les erreurs que nous-môme avons commises au sujet de quelques espèces de ce genre.
Dans la deuxième édition des Animaux sans vertèbres de Lamarck, nous avons réuni en une seule espèce, sous le nom de Tenus Brocchiit plusieurs coquilles distinctes. M. Agassiz les a reconstituées dans un moment où nous-même, à l’aide de collections plus complètes, nous
LES CONQUES
pouvions constater la valeur de caractères spécifiques que nous avions considérés d’abord comme d'une moindre importance. II n'est pas à dire pour cela que nous admettions comme fondées toutes les rectifications de M. Agassiz. Si nous estimions moins le talent d’un aussi savant naturaliste, si nous ne connaissions la juste autorité que l'on attache à ses travaux , nous nous contenterions de quelques observations sommaires; mais nous croyons, dans Tintérêt de la science, devoir nous livrera une discussion approfondie, et reprendre l’une après l'autre chacune des espèces dont il a fait le sujet de ses investigations .
Lamarck, trompe par un caractère de peu d’importance, l’érosion du sommet des nymphes, avait rangé au nombre des Cyprines de grandes coquilles fossiles d’Italie et de Bordeaux. En faisant une nouvelle étude de ces espèces, au nombre de quatre, Cyprina gigantea, pedemontnna, islandicoides f uinbonaria ^ nous y avons reconnu tous les caractères des Vénus , et nous avons proposé de les faire passer dans ce genre, ce qui a été adopté par tous les conchyliologues. En même temps, après avoir examiné les individus de la collection du Muséum, nous sommes entraîné à les réunir en une seule espèce, parce qu’en effet elles ont entre elles les plus grands rapports. A la suite d’un nouvel examen, après un intervalle de plus de dix années, nous pouvons affirmer que les Cyprina umbonaria et gigantea sont identiques. Il en est de même des Cyprina pedemonlana et is^andicoid^s ; elles constituent une seconde espèce, à laquelle l'un ou l’autre nom pourra être appliqué. M. Agassiz conserve trois espèces, considérant qu’en effet, le Cyprina gigantea pourrait bien être semblable à l'um&onan'a; mais il croit trouver des différences entre les individus de Vumbonaria du Piémont et ceux de Bordeaux, et c’est là ce que nous contestons. Si M. Agassiz a comparé de petits ou de jeunes individus de Bordeaux avec de grands et de vieux individus d'Italie, il y aura, en effet, trouvé les petites différences qu’il signale; mais en rapprochant les individus de même âge et de même taille , on leur trouve l’identité la plus parfaite.
Le Cyprina islandicoides de Lamarck , Venus islandicoîdes de M. Agassiz, est une espèce distincte de la première; c’est à celle-là que Lamarck rapportait l'espèce de Bordeaux dont nous parlions tout à l’heure. II ajoute même dans la synonymie le œqualis de Sowerby, et cellelà est une véritable Cyprine.
Quant à la troisième espèce, Cyprina pedemonlana de Lamarck , il y a, de la part de M. Agassiz , une singulière méprise à son sujet. En effet , il crpit trouver celle coquille dans une grande Cylhérée intermédiaire entre le Chione et l’Erycine. Que Lamarck, qui n’attachait pas une T. 1. a» partie. 35*
grande importance à l’impression du manteau , ait confondu quelques Vénus avec des Cyprines , entraîné à cela par des rapports dans les formes extérieures , on peut le concevoir ; mais supposer que l'auteur lui-même du genre Cythéréo aurait confondu parmi les Cyprines l’une des Cythérées les mieux caractérisées , et qui n’a rien des Cyprines dans le port, dans la forme et les autres caractères , cela, pour nous , est inadmissible ; d'ailleurs la courte description de Lamarck ne laisse aucun doute à cet égard. Elle ne peut s'appliquer en aucune façon à la coquille nommée Cytherea pedemonlana par M, Agassiz. Celle Cyprim pedemontana que nous avons vue dans la collection du Muséum est une Vénus semblable à celle que nous avons fait Ggurer dans l’ouvrage de Morée sous le nom de Venus Brocchu; par conséquent elle viendra se ranger à titre de variété un peu oblongue dans le Ke»ws islandicoides de M. Agassiz; encore faut -il ajouter que dans celte variété il n’existe pas celte légère inflexion postérieure qui caractérise V islandicoides. Par là, la coquille qui nous occupe est intermédiaire entre les deux espèces, mais elle appartient à la dernière par ses caractères.
M. Agassiz aurait dû penser qu’une erreur de l'espèce de celle qu’il attribue à Lamarck n'est pas possible , et que si elle avait échappé au célèbre auteur des Animaux sans vertèbres, nous nous en serions aperçu, nous qui avons eu sous les yeux les coquilles mêmes dont Lamarck s’est servi pour les décrire. A quoi servirait donc une longue expérience acquise par tant de travaux, si elle ne vous garantissait d'erreurs que ne ferait pas l’amateur le plus novice? M. Agassiz nous semble , dans cette occasion , avoir jugé avec trop de précipitation , et sans avoir eu en sa possession tous les matériaux nécessaires ; et assurément son jugement aurait été très différent , si , comme nous , il avait vu les coquilles de Lamarck.
Les Vénus dont nous venons de parler ne sont pas les seules que M. Agassiz ait examinées. Ce savant a reconnu , comme nous , que plusieurs espèces sont confondues avec le Venus verrucosa de Linné, et cela, aussi bien parmi les coquilles vivantes que parmi les fossiles. Entre ces dernières, M. Agassiz signale comme espèce distincte celle qui est commune dans les terrains subapennins. II est vrai qu'a prendre au hasard quelques individus de cette coquille , ils présentent des différences avec le verrucosa vivant. Alais si l’on recherche soigneusement les variétés ,• on voit les différences s'amoindrir peu à peu ; et en présence de ces variétés, M, Agassiz lui-même serait sans doute fort embarrassé de décider s’ils sont les analogues du verrucosa vivant ou s’ils dépendent de son Venus excei\trica. Dans tous les cas, et en mettant à
LHS CONQUES. 54;'
l’écart ces individus douteux , il en est d'autres fossiles d’Italie et de Sicile dont l'idenlité n’est pas contestable, tant elle est parfaite.
Le Venus rugùsa de Gmelin a été cité plusieurs fois à l’état fossile , d’abord par Brocchi, plus tard par MM. Pusch , Eichwald, Morris, etc. M. Agassiz s'est demandé si ces fossiles sont en réalité les analogues de l’espèce vivante, et il a prouvé que' celle de Brocchi ne l’était pas. M. Agassiz a suivi une méthode qui nous paraît excellente, car nous la pratiquons depuis bientôt vingt ans. Quand on compare deux choses, il faut d’abord savoir ce qu'elles sont : aussi M. Agassiz commence par décrire le rugosa , et il en donne une Ggure ; mais il faut savoir si cette coquille présentée par l’auteur pour le rugosa est, en effet, l'espèce qui doit porter ce nom. M. Agassiz dit l'cuus rugosa (Gmelin). Gmelin n’est pas le créateur de l’espèce , c’est Linné lui-même dans le viantissa ; mais le rugosa de Linné est une espèce très différente de celle de Gmelin, On sait combien ce dernier naturaliste a commis d’erreurs du même genre. Gmelin , en effet , à l’espèce de Linné substitue l’espèce que Chemnitz figure sous le nom de Venus rugosa orienialis. C’est donc Cette dernière que M. Agassiz admet sous le nom de Fenws rugosa^ et en cela il s'associe à l’opinion de Lamarck.
En adoptant le rugosa de Linné, Dilhvyn devait rejeter celui de Gmelin , et lui consacrer un autre nom ; c/est ce qu’il fit en imposant le nom do Emus rig/da an rugosa oHenlnlis de Chemnitz; probablement on sera obligé d’admettre ce Changement dans la nomenclature. Quoi qu'il en soit, le rugosa de M. Agassiz étant connu , il est évident que les espèces données comme analogues fossiles par Brocchi , Pusch, Eichwald , etc., sont très distinctes de l’espèce vivante. Lamarck luimême l’avait reconnu pour l’espèce do Brocchi: la comparant à toutes les espèces connues, et lui trouvant des caractères distinctifs constants, il lui a donné le nom de Cytherea muHUamella dans son Histoire des animaux sans vertèbres ; par conséquent le nom de Venus cîneta^ proposé par M. Agassiz en 1845, doit être rejeté.
Dans son catalogue des fossiles de lu Grande-Bretagne , M. Morris a aussi inscrit une Kenw-s rugosa. Elle n’est aucune de celles que nous venons de mentionner ; elle constitue une quatrième espèce portant ce nom. Elle parait être l'analogue fossile d’une espèce encore vivante dans les mers d’Angleterre , nommée Venus rugosa par Pennant et par Fleming; mais dans une synonymie défectueuse Fleming confond deux espèces sous celte dénomination. A laquelle des deux se rapporte celle de M. Morris? L’espèce de Pennant ne serait autre que le Venus laminosa deLaskey, tandis que celle de Doimvan serait différente encore. Il
est donc très probable que c’est à ce laminosa que doit se rapporter le rugosa de M. Morris. Mais le laminosa lui-mômq. peut-il être conservé? Nous ne le pensons pas ; nous croyons, avec M. Macgillivray, qu’il doit rentrer à titre de variété dans la synonymie du Fenus gallina de Linné. En effet, si l’on rassemble un grand nombre d'individus des deux espèces , on les voit se confondre par de nombreuses variétés , et il est impossible d'en déterminer la limite. Ainsi l’espèce fossile d’Angleterre serait donc une variété du Venus gallina de Linné. On voit par ce qui précède combien il est nécessaire d'examiner soigneusement les espèces portées sur les catalogues avant de les admettre , lorsqu’il s’agit de constater des analogies importantes, comme celle-ci , entre des coquilles vivantes fossiles.
Une autre espèce a encore été désignée sous le nom de Venus rugosa par M. Pusch dans son travail sur les fossiles de la Pologne. Elle est distincte du véritable rugosa ^ et elle devra reprendre la dénomination de Veiius marginalis que lui a donnée M. Eichwald. Ce marginalis n’est peut-être lui-même qu’une variété du muîtilamella de Lamarck.
Si , trompé par la ressemblance du nom , on réunissait en une seule toutes les espèces qui portent le nom de Venus 7*ugosa , on tomberait dans de graves erreurs ; on croirait qu’une espèce vivante dans les mers de rinde et du Brésil vit aussi dans les mers de l’Europe septentrionale, et a son analogue fossile dans tous les terrains tertiaires du second et du troisième étage. Il est donc indispensable, nous le répétons, d’examiner avec un soin scrupuleux toutes ces espèces qui paraissent faire exception aux lois de la distribution des êtres à la surface de la terre.
Nous trouvons plusieurs fois répété dans les catalogues le Venus dysera de Linné, Dans une discussion approfondie, publiée dans la 2* édition des Animaux sans vertèbres de Lamarck (t. VI, p. 376], nous avons démontré l’impossibilité où serait un naturaliste d’appliquer ce nom d’une manière rationnelle à une espèce quelconque. En effet, sous le nom decù/sera, Linné réunit quatre espèces dans la *10' édition du Systema naturœ. Dans le Muséum Uh'îcœ , nous en comptons sept ou huit. La synonymie de la 12*' édition du Si/s^ma est moins étendue ; elle contient encore cinq ' especes. Cbemnilz a choisi arbitrairement une de ces espèces pour lui appliquer le nom. Mais pourquoi celle-là à l’exclusion des six ou sept autres? Gmelin n’a point amélioré la synonymie; il a même ajouté à la confusion qui existait déjà ; aussi Dillvvyn a rejeté toute celte synonymie embrouillée , et il a appliqué le nomlinnéen à deux espèces différentes de toutes les autres , et que probablement Linné ne connut pas.
LES CÔNyÙES. 549
Il est, comme on le voit, absolument impossible de dire à laquelle de toutes ces espèces le nom de dysera doit appartenir; selon nous, aucune ne doit le prendre, car il est à présumer, par la manière vague dont l'espèce est caractérisée par Linné, que ce grand naturaliste rapportait à un même type des objets très différenls. Maintenant, nous le demandons, est-il possible do dire ce que sont les espèces fossiles portées dans les catalogues sous un nom qu’on ne peut appliquer sans erreur?
Si l’on en croyait M, F. -A. Roimer, le genre Vénus aurait commencé dans les terrains de sédiment les plus anciens , car il en cite une dans les terrains dévoniens du Hartz. Mais l'auteur a compris lui -même qu'un moule sans autres caractères que la forme générale, qui ne s’accorde guère avec celle des Vénus, ne pouvait être placé dans un genre avec certitude ; aussi il l’a fait précéder du point de doute.
Le Venus donacina de Schlolheim nous paraît moins douteuse que la précédente; elle provient du trias de Golba, et elle accuse la présence du genre d’une manière plus certaine dans celte formation.
M. de Munster, dans Goldfuss, a fait connaître six espèces dans le lias. Ce sont: les Venus basina, obliqua, pumila, anliqua, caudata et angulala. Nous avons précédemment critiqué quelques unes de ces espèces.
L’oolithe inférieure contient aussi plusieurs espèces de Vénus ou des coquilles attribuées à ce genre d’après leur forme extérieure.
' Nous citerons les Venus mricosa, Sow.; undata, de Munster; tennis, Kock et Dunker. De toutes les couches oolilhiques, celles du coralrag sont les plus riches en Vénus. Six espèces sont citées; quelques unes sont encore douteuses quant à leur véritable genre. Ce sont : les Venus trapeziformis , Rœtoer; iennistrîata , jurensis , Munster; depressa, carinata , cardüœformis de Rœmer. Quelques unes de ces espèces sont probablement des Cardium , surtout celles qui sont carénées ou anguleuses du côté postérieur.
Nous trouvons dans Goldfuss et dans Rœmer cinq espèces attribuées aux couches supérieures du Jura, Kimmeridge et Portland. Ce qui est remarquable , c’est que ces espèces sont propres jusqu’ici à l’Allemagne, et ne sont point connues en Angleterre. Ce sont, lesFemis suevica et gratidis, Munster; parvula, subinflexa, mtculœformis de Rœmer.
La formation crétacée contient à elle seule plus d’espèces que tous les terrains de sédiment situés au-dessous d’elle. L'augmentation du nombre des espèces de certains genres, à mesure que l'on s’élève des couches profondes vers les plus superficielles, est un fait d’une grande
iinportance qui ressort avec évidence de cet inventaire que nous, faisons des coquilles fossiles. Néanmoins de nomhreu.ses exceptions existent dans ce développement des especes, puisqu’il y a dos genres qui s'éteignent à différentes époques géologiques et n’existoiU plus actuellement. Il n’est pas moins inléreasant d'éludidr la manière dont les genres se sont manifestés, et ont passé, des époques anciennes de notre globe, à celle dont nous sommes actuellement les témoins.
Trente-sept espèces se distribuent dans les divers étages de la craie. M. d'Orbigny en a décrit six, et M. Matheron une septième dans le terrain néocomien, Elles se distribuent assez également dans les divers lieux de la France et de la Suisse où le terrain néocomien a été observé avec quelque soin. Ce sont les Venus Matheronensis, obesn, Galdrina, Coltaldina^ Icaimensis Qi Vendoperata de M. d’Orbigny; et (/o/lo-prouincîalis de M. Matheron. Il est a présumer que ces mêmes espèces existent aussi en Allemagne et en Angleterre, dans les couches du môme terrain.
Le gault et les sables verts renferment treize espèces en y joignant celle des craies marneuses grises de la Provence. Si plusieurs espèces sont propres, les unes au gault, les autres au grè^ vert, il y en a d’autres qui passent d’une couche à l'autre, et quelques unes se répandant plus abondamment, peuvent servir à caractériser les couches dont nous parlons. C’est ainsi que le Venus Xlhrayana, par exemple, se trouve presque partout en France, en Angleterre et en Savoie où le gault existe.
Dix espèces se distribuent dans la craie chlorilée. Parmi elles, nous citerons la T'enns ^'hoiomagonsis d’Orb., qui se trouve à Rouen et à üchaux (Vaucluse); les Vmus mmersii et faba de Sowerby, qui se rencontrent en Angleterre à Blackdown, et en France à Rouen, à Üchaux et en Touraine.
C’est probablement à la craie chloritée qu’il faudra rapporter ces craies fossilifères découvertes dans l’Inde, et dontM. Forbes a décrit les fossiles. D’après ce naturaliste, trois espèces de Vénus fossiles ont été trouvées dans les craies des environs de Pondichéri. ünOn une seule espèce remonte jusque dans la craie blanche à Uippurites, c’est le Venus Archiaciana deM. d'Orbiguy. Nous ne connaissons aucune espèce dans les craies supérieures de Maestrichl et de Scanie ; il serabJorait que le genre s’est éteint lentemeul avant la ûn de la période crétacée, avant de reparaître dans les terrains tertiaires.
Les terrains crétacés de l’Amérique contiennent aussi plusieurs espèces de Vénus. Nous ne connaissons pas celles de l’Amérique septentrionale, mais M. d’Orbigny en a décrit deux des environs de Santa-Fede-Bogota.
LKS CONQUES.
Il est assez remarquable de rencontrer un si petit nombre de Vénus dans le terrain tertiaire inférieur, si riche d’ailleurs en espèces d’autres genres. Nous ne connaissons jusqu’ici que huit espèces. Quatre, les Venus turgidulaj puellata, textuel scobinellatUj sont propres au calcaire grossier ; deux autres , obliqua et solida se montrent plus particulièrement dans les sables moyens de Beauchamps, Auvers, Senlis, etc. La septième espèce n’est pas du bassin de Paris, elle est de la Belgique ; mais il reste des doutes à son sujet. M. Nyst, qui le premier on a donné la description, n’en a pas vu la charnière. Ce naturaliste n’a eu à sa disposition qu’un seul individu qu'il était impossible d’ouvrir. La huitième espèce, le Venus merassata^ Sow., est très intéressante; non seulement elle offre l'analogie la plus grande avec une espèce vivante, Cytfierea c/trma, Lamk., mais encore appartenant aux sables supérieurs du bassin de Paris ; elle se montre dans un grand nombre de lieux situés à d’assez grandes distances.
Le Venus incrassala est l’une de ces espèces qui , indépendamment des trpis dents cardinales, ont un rudiment de la dent latérale antérieure des Cythérées. Elle est du nombre de ces coquilles ambiguës que l’on pourrait aussi bien admettre dans un genre que dans l’autre. Il en est de même à peu près du Cytherea citrina de Lamarck ; seulement la dent latérale est un peu plus grosse encore, ei c’est là la seule différence que l'on aperçoit entre l’espèce vivante et la fossile. Cela suffit-il pour les séparer? Nous pensions que non autrefois, lorsque nous n’avions qu’un seul individu vivant à comparer à quelques individus fossiles; nous disons oui, aujourd’hui que nous avons examiné un grand nombre d’individus et que nous leur avons observé constamment cette différence. Nous le répétons dans cette occasion, l’importance des caractères spécifiques ne se mesure pas à leur grandeur apparente, mais à leur constance.
Cette espèce ne se rencontre pas seulement en Angleterre et en France, elle existe aussi en Belgique , à Klein spauwen et dans quelques autres localités analogues. D'une variété plus petite M. Nyst en a fait une espèce sous le nom de T chms iiicrassaloides ; il suffira de la joindre au type de l’espèce. Le Venus incrassala a encore été trouvée dans les terrains tertiaires de la Westphalie, ainsi que dans ceux des environs de Magdebourg. M. Goldfuss ne la reconnut pas et la figura sous le nom de Venus suborhiculahSy nom qui a été adopté par M . Pbilippi dans son Catalogue des fossiles de Magdebourg, inséré dans le Palœontographîca de M. Meyer. M. Agassiz, privé de matériaux suffisants , ne la reconnut pas non plus et la décrivit de nouveau sous le nom de Cytherea
fîraunii dans son /conogirap/iî^ des coquilles tertiaires réputées analogues- Voilà donc une espèce qui se répand sur un vaste horizon géologique, ce qui lui donne un grand intérêt.
Aucune espèce dû terrain tertiaire inférieur ne remonte dans le tertiaire moyen. Ce terrain contient, à notre connaissance, dix-huit espèces bien conslaléeè. 11 y en a un plus grand nombre d’inscrites dans les catalogues; mais soit qu’elles appartiennent à d'autres genres, soit que leur espèce soit encore contestable , nous nous abstenons de les mentionner. Les dix-buit espèces dont nous parlons se distribuent assez également dans les divers bassins qui forment l'étage tertiaire moyen. M. Dujardin en décrit quatre dans les falunsdela Touraine, mais nous en connaissons huit dont quelques unes se retrouvent à Bordeaux , à Dax, à la Superga près de Turin. Parmi elles il y en a qui gagnent le bassin devienne et se montrent encore en Wolhynie et en Podolie, comme le constatent les ouvrages de M. Dubois de Montpéreux et de M, Andrzejousky. Il est vrai que chez ces naturalistes les espèces identiques ne portent pas le môme nom , mais leurs figures sont assez bonnes pour faciliter la recliOcation de la nomenclature et constater le fait que nous avançons. C’est ainsi que le Venus dysera de M. Dubois, par exemple, n’est ni le dysera de Linné, que nous avons vu n'ôlre pas reconiiais- &able; ni celui de Brocchi , que nous reverrons bientôt sous un autre nom. C’est une troisième espèce que l’on trouve communément dans les faluns de la Touraine, et à laquelle M. Dujardin a attribué le nom de Vetms casinoides ; en avons fait le Venus liasteroti, pour la distinguer du IVm/s casinoides de Bordeaux. Le Venus incrassata de M. Dubois n’est pas de la même espèce ni du même genre que Pmcrcfssala de Brocchi; cette dernière est une véritable Astarté. Celle de M. Dubois est une Vénus ayant un petit sinus palléal, et elle est très voisine, si ce n'est identique au Venus coUmmix^ Duj. , des faluns de la Touraine. Quant au Venus senilis de M. Dubois, elle n’est pas non plus celle de Brocchi, qui, ainsique nous le verrons, est une variété fossile du Venus tjallina de Linné. L’espèce de Wolhynie nous paraît distincte de toutes les autres et propre à caractériser les terrains tertiaires moyens de cette région de l'Europe, car c’est elle probablement que cite M. Piisch dans les terrains de la Pologne.
Des dix-huit espèces qui appartiennent aux terrains tertiaires moyens (le l'Europe, six passent dans les terrains supérieurs, et quelques unes se retrouvent encore vivantes dans nos mers. Mais avant d'en donner la liste , nous ne devons pas oublier celles des espèces qui se trouvent à la fois dans plusieurs localités du terrain en question ;
LES CONQUES
, .y -1* Venus Basteroti , Desh.
* Espèce confondue avec le dysera et avec \e xasinoides y mais toujours distincte par ses lames épaisses et comme écrasées ; elle est en Touraine et en Wolhynie.
' Venus rudis y Bu].
^ Espèce assez rare à Bordeaux et dans les faluns de la Touraine.
\ 3" Venus casinoides y Lamarck.
Espèce très commune à Bordeaux, et que l’on retrouve à Fréjus et en Touraine.
4“ Venus sulcataria , Nob.
Nous ne connaissons aucune bonne figure de cette espèce qui est commune aux bassins de l'Adour et de la Loire. o*" Venus circularis y Desh.
Celle-ci se rencontre particulièrement aux environs d’Angers. Pendant longtemps nous l'avons crue propre à cette localité, nous la possédons actuellement des faluns de la Touraine.
Les sept espèces que nous avons encore à inscrire se partagent en deux catégories; dans la première nous comptons deux espèces seulement qui remontent dans les terrains immédiatement supérieurs et ne les dépassent pas. Les cinq espèces de la seconde série passent aussi dans les terrains supérieurs, et sont encore actuellement vivantes.
i “ Venus turgida , Sow.
Se trouve dans les terrains moyens de la Pologne et de la Wolhynie, et elle est aussi dans le crag d’AngIelerr,e.
2®’ Tenus «mèonana, Agassiz. ^
L’une des plus grandes espèces du genre, le Venus umbonaria est à la fois dans le terrain moyen de Bordeaux et de Dax et dans lé terrain supérieur des collines subapennines. >
Les espèces delà seconde série sont les suivantes rTmus ovata, gradala , plicata y casinUy fasciata; nous les mentionnons seulement, parce que nous allons les retrouver parmi celles des terrains tertiaires supérieurs.
Nous avons toujours eu soin de citer à part les espèces du cragr ce terrain, par le nombre des espèces analogues qu’il contient étant intermédiaire entre le terrain moyen et le supérieur, mérite celle distinction par l inlérêt qu’il inspire. Six espèces de Vénus s'y rencontrent; nous avons déjà mentionné le Venus turgida , nous y ajoutons les Venus gibbosa et mbricata , toutes deux propres au crag. Les trois suivantes-';
casina, omta^ (asciata, passent dans les terrains supérieur^ et vivent encore dans nos mers.
Les terrains tertiaires supérieurs paraissent moins riches en espèces fossiles. Ceux de l’Europe en contiennent dix, sur lesquelles trois seulement n’ont pas leur analogue vivant; le Tenus umbotmria, qui se trouve en Italie, à Dax et à Bordeaux; le Venus scalaris, Bronn, qui est particulière aux terrains subapennins, en Italie,, en Sicile, à Perpignan, et enfin le Venus Dianœ, Requien, qui a été récemment découverte en Corse dans un terrain tertiaire récent, par le savant naturaliste auteur du nom consacré à cette espèce intéressante. Toutes les autres espèces ont leur analogue vivant, et sont les suivantes :
V Vetms verintcosa J Linné.
Espèce très répandue dans tout l’Océan d’Europe. Nous ne connaissons pas sa limite vers le nord , mais nous pouvons croire qu'elle n’atteint pas les mers de Suède et de Norvège, puisque M. Lovèn ne la mentionne pas dans son excellent opuscule. Vers le midi sa limite est également incertaine ^ elle vit dans toute la Méditerranée, et c’est elle probablement qu'Adansou a décrite et mal figurée sous le nom de Clonisse. Mais d'après M. Krauss elle ne s’arrêterait pas au Sénégal, elle gagnerait les mers du cap de Bonne-Espérance. Lamarck prétend que cette espèce vit aussi à rile-de-France et dans les mers australes; mais il 'est évident que Lamarck a pris des espèces distinctes pour de
simples variétés.
Fossile, le verrucosa est moins répandue. Elle est dans les terrains tertiaires supérieurs de la Sicile, de Tîle de Rhodes, de l’Astesan, et c’est encore probablement une de ses variétés que M. Agassiz a nommée Venus excetilrica,
2® Tenus casina, Linné,
Celle-ci se trouve dans les mêm^ mers que la précédente; seulement elle s’étend pins au nord. M. Lovèn la cite dans l’Océan seandi- ^nave; et s’il était vrai, comme nous le soupçonnons, que le Venus roaalina de M. Rang fût une simple variété, l'e^èce vivrait aussi dans les mers du Sénégal , et s’étendrait ainsi sur une ligne de près d’un quart de la circonférence de la terre.
Cette espèce se montre à l’état fossile dans les terrains moyens de la Podolie, de la Wolhynie, dans le bassin de la Gironde, dans celui de la Loire , en Touraine et en Anjou ; elle se rencontre aussi dans la crag d’Angleterre et delà Belgique; enfin elle n’est pas rare dans les terrains tw^Uires supérieurs de la Sicile. . *
LES COJJUUES.
Nous appellerons l'attention des naturalistes sur ce fait : les individus provenant de la Podolie, de la Touraine et de la Sicile , ont les itnpressions musculaires et la sinuosité palléalo absolument semblables à celles des individus vivants, tandis que ceux de Bordeaux, d’Angers et du crag, soit d’Angleterre, soit de Belgique, ont les impressions musculaires'plus grandes et le sinus palléal plus étroit.
3° Venus plicalay G'mel.
Espèce fort belle vivante, au Sénégal et dans l’océan Indien,
Fossile à Salles dans le terrain moyen de Bordeaux , à Vicence , à Cassel et dans les terrains subapennins. Nous ferons remarquer, entre les individus vivants etfossües, une très légère différence dans la largeur du sinus palléal , un peu plus large dans les premiers que dans les seconds.
4“ Venus gradalay Desh.
Nous avons donné ce notn à une coquille confondue, tantôt avec le (lysera de Linné, tantôt avec le Venus fasciata; elle se reconnaît aux six ou sept grosses côtes Iransverses, aplaties, renversées en haut et couvrant presque toute la surface extérieure. Cette espèce vit dans presque toute la Méditerranée.
Elle est fossile dans le terrain moyen d’Angers et dans le terrain supérieur d’Âsti et de la Sicile.
5“ Venus fasciata J Donovan.
Espèce très répandue depuis les mers du Nord jusque dans la Méditerranée; très variable dans ses couleurs, elle est plus constante dans sa forme et tous ses autres caractères. Gmelin , Montagu en ont fait une variété du Pcmis Paphia. M. Payraudeau lui a consacré le nom de Vettus Brongniarli; mais il était juste de revenir au premier nom donné par Da Costa , et c’est ce que fit Donovan
Cette espèce est fossile dans les terrains tertiaires moyens et supérieurs, dans le crag de Belgique et d’Angleterre, et en Sicile,
6® Fenws galUna, Linné.
Cette espèce n’est pas moins répandue que les précédentes ; elle s’étend des mers du Nord à la Méditerranée. Vers le Nord, elle présente des variétés dont les naturalistes ont fait une espèce distincte sous le nom de Venus lamhiosa ; mais cette variété se rattache au type de l’espèce par des modifications graduées, ainsi que l’a fait remarquer M. Macgillivray dans son llisloire des mollusques d’Ecosse.
A l’état fossile elle n’est pas moins répandue, mais elle reste dans les terrains tertiaires supérieurs en Angleterre, en Norvège, en Sicile,
en Morée , en Italie ; en France ; on peut donc la considérer comme l’une des espèces qui caractérisent le mieux les terrains supérieurs.
7® Fenus oüa(a, Pennant.
Plusieurs noms ont été successivement appliqués a cette espèce; un seul doit lui rester, et c'est le plus ancien, celui que lui a imposé Pen^ nant dans \e ïiritish Zooiogy, publié en 1777. Celte espèce vit dans les mêmes lieux que la précédente et l'accompagne parlotit , mais il y en a peu qui soient aussi répandues dans les terrains tertiaires moyens et supérieurs. Ainsi tous les terrains subapennins de l ltalie , de la Sicile , de la Morée, de l’Algérie, de la France, de la Norvège et de la Suède, renferment en abondance le Venus ovata; les terrains moyens de Dax , de Bordeaux, de Vicence, de Korod, dans le Siébenburg, le crag d’Angleterre et de Belgique en recèlent de nombreux individus.
C’est à l'âge des terrains subapennins qu’il faudra probablement rapporter ceux de l’Amérique méridionale que Al. d’Orbigny a fait connaître sous le nom de terrains palagoniens , dans la paléontologie de son Voyage en Amérique. Eu effet, ce terrain contient un assez 'grand nombre d'espèces dont les analogues vivent dans les mers les plus proches ; mais ces espèces sont mélangées avec d’autres qui paraissent éteintes. Dans le genre Vénus, M. d'Orbigny mentionne six espèces qui n’ont plus de représentants dans la nature actuelle; une seule, le Venus Munsteri, est très rapprochée du Venus (/inliqua do Gray.
Les dix espèces que nous venons de passer en revue ne sont pas les seules qui existent dans les terrains tertiaires supérieurs. C’est ainsi que les. Venus deformis^ alveata et ï/iercenana caractérisent les terrains tertiaires supérieurs de l’Amérique septentrionale; d'autres espèces les accompagnent, mais M. Léa les a confondues avec les Astartés.
M. Darwin a découvert, à Sant-Iago, un dépôt tertiaire récent contenant des fossiles, parmi lesquels M. Sowerby a reconnu une Vénus très voisine du verrucosa des mers d’Europe, et à laquelle il a donné le nom de Venus simulans.
M . Hardies a rapporté de son voyage de Java , provenant d’un terrain tertiaire récent, quelques exemplaires fossiles d’une Vénus qui vit dans tout l’Archipel indien, et que M. Gray a fait connaître sous le nom de Venus papxjracea. C'est avec celte espèce que le môme zoologiste a fait un genre nouveau sous le nom de Clementia,
Enûn, nous avons sous les yeux, et provenant des terrains récents du Brésil , plusieurs exemplaires du Venus flexuosa qui vit encore dans les '-mers qui baignent ce pays. ^
LES CON'OllES. 557
Il est probable que les espèces mentionnées par M. d’Orbigny dans la- paléontologie de son Voyage en Amérique proviennent de. couches non moins récentes. L’auteur donne le nom de pampéens à ces;terrain& modernes qui constituent le sous-spl des pampas de l'Amérique méridionale. Les trois espèces que M, d’Orbigny y a rencontrées ont leurs analogues vivant dans les mers les plus proches : ce sont les Tenus Dombeyi, Lamarck, opaca, Sow., ei Patagonica , d'Orb.
Si nous comparons celte statistique du genre Vénus à celle que dressait M. Defrance, il y a vingt ans, on sera étonné des progrès qu'a faits l’histoire des fossiles. Ce naturaliste , en effet, déclarait ne pas connaître de Vénus dans les terrains inférieurs au bassin dé Paris, et il ne mentionnait qu’une vingtaine d'espèces dans tous les terrains tertiaires. Si incontestablement la paléontologie a fait d’immenses progrès, surtout depuis dix à douze ans, il ne faut pas croire qu’elle soit arrivée à son terme. Celle science est encore bien jeune; les matériaux qu’elle rassemble avec un zèle bien louable ont encore besoin de nombreux travaux pour être déblayés des erreurs fâcheuses qui les encombrent, et qui proviennent, pour la plupart, de l’ardeur et de l’empressement des naturalistes en faveur d’une science qu'ils aiment. >