GENRE SOIXANTE-DIXIÈME
DICÉRATE, i)/ceï’a5, LaiDk'
Pl. aS, fig. I à 8.
CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal inconnu.
Coquille inéquivalve, à crochets coniques très grands, divergeants, contournés en spirale irrégulière. Charnière très épaisse , ayant une dent courte , épaisse et conique sur la valve gauche ; une grande dent auriculaire, bifide à la base, sur la valve droite. Impressions musculaires très grandes, presque égales; la postérieure saillante,
SYNONYMIE GÉNÉRIQUE. — Chaîna [spec.)^ Brug. , Desh. , d’Orb.
Une grande coquille découverte par Deluc dans les calcaires du mont Salève fut décrite et figurée par lui dans le 1" volume du Voyage de de Saussure dans tes Alpes j sans aucune dénomination de genre ni d’espèce, l’auteur se contentant de la désigner sous le nom de Coquille en forme de cœur, etc. Celle coquille, rare alors dans les collections, devint pour Lamarck le type d’un nouveau genre; il le caractérisa dès 1 80i dans le VI" volume des Annales du Miisétim. Au point où en était la science à celte époque, ce genre, nommé Dieérate, se trouvait suffisamment caractérisé , pour être séparé de tout ce qui était connu alors. Cependant d’autres naturalistes, également habiles dans l’art d’observer, avaient vu la môme coquille, et Bruguière, par exemple, dans clopédie , la rapporta au genre Cfiama , sous le nom de Chama ùicomts, dénomination vicieuse, puisque déjà Linné l'avait appliquée à une espèce vivante de la Méditerranée. Néanmoins le nouveau genre de Lamarck fut généralement adopté et mis à la suite des Cames dans la plupart des méthodes. Cuvier ne mentionna pas le genre dans la 1” édition du
LES CAMACEES.
Règne animal; daos la 2* édition , il le cite à titre de sous-genre des Cames, et à peine distinct. M. de Blainville l’admet à la suite des dames ; mais il paraît que n'ayanl eu sous les yeux que des échantillons incomplets , il n’a pu en reconnaître tous les caractères , car il n’a pas même déterminé la place du ligaînent.
Le premier, nous avons rassemblé des matériaux plus considérables que ceux qui existaient jusqu’alors dans les cabinets de conchyliologie ; nous parvînmes à mettre à découvert la charnière sur un assez grand nombre d’individus d'âges divers , et c’est alors que nous avons aperçu le peu d’utilité du genre, son analogie avec celui des Cames, et que nous avons proposé la réunion de ces deux genres. Plus tard , quelques auteurs qui , sans doute, ont été à même de justifier nos observations , ont adopté notre opinion et ont rapporté les Oicérates au genre Came, comme une simple section. Cette opinion nous la conservons aujourd’hui, et si nous traitons ici du genre Dicérale, séparément de celui des Cames , c’est dans le but de favoriser les recherches des géologues dàns le langage desquels le nom de calcaire à Dicérates est devenu habituel.
Cette dénomination est viciedse , comme toutes celles qui sont empruntées à des noms génériques de corps organisés. M. Brongrriart a été l'un de ceux qui ont favorisé ces dénominations à une époque où l’on croyait que lés genres eux-mêmes avaient une limite aussi nettement déterminée que celle des espèces. En mettant un terme à cette nomenclature vicieuse, nous n'avons pu empêcher des habitudes de s’enraciner, de se continuer dans le langage des’ géologues. Ce qui prouve , surabondamment sans doute, combien ces dénominations sont nuisibles et entraînent d’erreurs à leur suite, c'est que l’on a longtemps nommé calcaire à Dicérates les couches puissantes dans lesquelles ce genre ne s’est jamais montré, les géologues prenant pour lui une coquille de la classe des Rudisfcs. L’empire des mots est si puissant sur la plupart des esprits , que l’on n’a pu se défendre d’établir des rapports entre ces deux sortes de calcaires à Dicérates qui n’ont entre eux aucune analogie de position ni de faune fossile.
Considérées comme section des Cames, les Dicérates se distinguent assez facilement par le d'éveloppement considérable des crochets de leurs valves. Elles sont inéquivalves , subcordiformes ; cependant, souvent elles sont irrégulières , la valve adhérente se déroulant quelquefois et prenant assez exactement la forme d’une corne de bélier. L’autre valve est plus petite, toujours plus régulière, ainsi que cela se remarque dans les Cames. Le test de ces coquilles est très épais. Dans les rares échantillons bien conservés , le test est inégalement sillonné
V!Nlir-I>KU\IEME FAMILLE.
longitudinaleineril , et ces sillons sont traversés par des lames d accroissement peu saillantes, inégalement distantes.
La charnière est remarquablement épaisse , surtout dans les grands et vieux individus ; elle présente tous les éléments de celle des Cames, mais portés à un degré d’exagération considérable. On trouve, en effet, sur la valve droite , une grande dent saillante située le long du bord postérieur, et accompagnant la nymphe dans toute sa longueur. En avant de celle grande dent est creusée une large et profonde cavité, rendue presque cordiforme par une saillie qui s’élève de son plancher et qui la partage en deux parties presque égales. Dans la valve gauche, se montre, le long du bord postérieur, une large et profonde cavité, destinée à recevoir la grande dent de la valve opposée. En avant se dresse une très forte dent conique, légèrement inclinée en avant, et dont la face inférieure est profondément creusée d’une gouttière. Cette dent est destinée à être reçue dans la grande cavité cordiforme de la valve droite. En arrière de cette charnière , on rémarque une nymphe large, mais à peine saillante, séparée du reste par un sillon étroit et profond, et derrière laquelle s'eufonçait la tunique externe et fibreuse du ligament. Chez les individus bien conservés , et que nous sommes parvenus à dégager de la roche solide qui les enveloppait, nous avons trouvé, à la base des crochets, le sillon dans lequel la partie antérieure du ligament bifurqué se trouvait engagée , ainsi que cela a lieu chez les Isocardes et les Cames. Les impressions musculaires sont grandes chez les Dicérateà , et alors elles ressemblent à celles des Cames. Cependant l'impression postérieure offre ce caractère particulier que nous ne retrouvons pas chez les Cames , d’être limitée à l’intérieur par un bord tranchant et saillant, ce qui produit sur le moule cette rainure profonde qui ne se retrouve jamais dans le moule des Cames. Celte différence, au reste, on le comprendra , n’est point suffisante pour caractériser un genre qui se rattache encore aux Cames par une impression palléale simple, parallèle au bord inférieur, et se rendant directement d’une impression musculaire à l'autre. Pour résumer, en peu de mots, ce que nous venons de dire des Dicérales, on peut répéter ce que nous disions précédemment, que ce sont des Cames dont tous les caractères sont exagérés. Un autre fait qui le prouve, c’est qu’il existe des Dicérates séneslres , comme des Cames ; cela annonce des mœurs et une organisation semblables.
Le nombre des espèces de Dicérales est peu considérable. M. Defrance en a cité cinq; mais il est à présumer que ce savant conchyliologue , lorsqu’il a dressé le catalogue de ce genre , y comprenait encore des
LES CAMACEES.
coquilles que l’on range aujourd'hui parmi les Rudistes. Au reste , il y en aurait une qui devrait disparaître, puisque M. Defrance sépare l’espèce du mont Salève de celle de Saint-Mibïel. Jusqu’ici quatre espèces seulement nous sontconnues ; toutes sans exception proviennent de l'étage corallien , formant la partie moyenne du terrain jurassique. Ces coquilles commencent à se montrer dans les parties inférieures du coral-rag, et l’on en rencontre encore , mais très rarement, dans le calcaire à Âstartés.
L’espèce la plus répandue et la plus caractéristique est le Diceras arietinaj Lamk,, Ghama arietina , Nob.*
Dicérate ariétine. Diceras arietma^ Laink.
[Chama arietina^ Desh.),
PI. 28. lig. 1. 2. 3. 4.
Coquille cordiforrue, Dchic dans de Sauss. Voy. dans les Alpes, t. i.
Favanne, Couch. pl. 8o« f, 5.
Chama bicornis. Bnig.-Eucycl. inélli. Vers, l. i. n® 8.
Diceras arietina. Lamk. Ânn. du Mus. t. 6. p. agS, pl. 55. 1. 2, b.
Id. de Roissy, Biiff. Moll. t. 6. p. 197. pl. 61. f. 2,
Brookes, Iiilrod . of couch. p. 71. pl. 3.
Lamk. Âu. s. vert, t. 6. p. 90.
Bowd. Klem. of conch. 2*' part. p. 17. f. 56.
Blainv. Malac. p. 542.
Diceras arietina el DeUtci. Del. Die!, sc, Uat,
/ Cronch. Intr. lo Laiok. Coiich. p. rr. pl. 21. f. 3.
Desh. EncycJ. mélb. Vers. t. 2. p. 86. ii” 1.
Broun, Leth. Geugu-. p. dSp el 699. pl. r. f. 20. ' -
Ciiuma arietina. Desh. daus Latiik. Au. s, vert, 2® êd. I. 6. p. 576.
Diceras s()eciosa, Goldf. Petvjf. germ. l, 2, p, 2q5. pl, iSp. f. i,
Sowerhy, Gui. ol’shell.e. 1." 36.
Sowerby juu. Couch. manunî. p. i38. f. 104.
Diceras arietina. Goldf, IVlrif. geriii, t. 2. p. ar.O. pi. idq. f; a.
Elle est la plus volumineuse du genre ; elle est quelquefois grosse comme les deux' poings ; elle est très abondante dans les terrains coralliens, au mont Salève, à.Saiiil-Mihiel el dans tout le coral-ragde la Meuse; elle est également daus le Jura, à Saint-Claude, à Nantua ,
VINGT-DEÜXUEME FAMILLE.
aux environs de Tonnerre, de Porrentruy ; elle' commence à se montrer dans les couches inférieures , et elle remonte jusque dans le calcaire jà Àstartés.
Dicçrate gauche. Diceraa smzs/m, Desh.
{Chama sinisira] .
PL 28. lig. 5. 6.
Diceras sinisira. Desli. Dict. class. d’hist. liât. pl. 4. f, i.
/cl. Desh, Eucycl. méih. Vers, l. 2. p. 88. n° 2.
Chama. Desh. dans Lamk. An. s. vert , 2® éd. t. 6. p. 577.
.Espèce moins grosse , beaucoup plus rare , et que l’on trouve avec la précédente ; elle est toujours attachée par le sommet de la valve gauche, et se distingue facilement encore par sa charnière.
Dicérate petite. Diceras minor^ Desh.
[Chama minor].
PL 28. fig. 7. 8.
Lorsque nous avons fait faire la figure de cette espèce , nous la connaissions par son moule seulement. Abondamment répandue dans une couche fort étendue du coral-rag de Normandie , nous l’avons découverte depuis à Saint-Mihiel , avec son leSt et sa charnière. Cette espèce, qui pouvait paraître douteuse, s’est trouvée confirmée parla constance de ses caractères. La charnière est de toutes les espèces celle qui se rapproche le plus de celle des Cames.
La seconde a été caractérisé*^ par nous pour la première fois , dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle , sous le nom de Diceras sinisira J parce qu’en effet elle est adhérente par la valve gauche au lieu de l'étre par la droite. La troisième est notre Dicéras ou Chama minor, d’un volume toujours moindre que les précédentes , et présentant à la charnière des caractères d’une constance remarquable. Nous nommons la quatrième Diceras ou Chama Boblayei : elle nous a été communiquée par ce savant du plus grand mérite , et dont la perle a laissé de si vifs regrets dans la science. Cette dernière espèce est caractérisée à Texlérieur par deux sillons rayonnants qui en partagent la surface en trois lobes inégaux.
Nous n'admettons pas quelques unes des espèces citées par M. Bronn dans son Index palœontologicus, et empruntées à l'ouvrage de Goldfuss.
LBS CAMACEES.
Le Diceras speciosa est pour nous une belle variété de Varietina. Quant au sublamelîosa , nous éprouvons des doutes à son sujet ; nous ne croyons pas qu’elle appartienne au genre où elle est placée. Ce pourrait être une Came presque équivalve , ou peut-être un Cardîum.
Nous ne partageons pas non plus l’opinion de M. Bronn, qui admet les espèces de Dicérates jusque dans le terrain crétacé, et qui fait franchir à nos Diceras minor et sinisira tous les terrains depuis le coralrag jusqu’à la craie supérieure. Il y a là une erreur qui résulte sans aucun doute de cette vicieuse appellation de terrain à Dicérates , dans lequel cependant il n’y a aucune espèce de ce genre. Pour nous, nous le répétons , les Dicérates ne franchissent jamais la partie tnoyenne des terrains jurassiques ; elles s'étendent dans toute cette portion que l’on peut nommer coral-rag avec les géologues anglais , et à laquelle le nôm de terrain corallien convient parfaitement.