I.au)k An, s. vert. t. 5. p. 485. n
LES CAUDITES.
Desh. Coq. foss. de Paris l. i, p. 35. [A. 4« L ^4.
Desh. Enrv. niélh. Vers. l. 2. p. 21. 5.
Bronn, Lelhea Geogn, l. 2. p. 922. n® 2. pl, 37. f. 10.
Desh. dans Lamk. An. s. vert. 2® éd. l. 6. p. 114, -11® 16,
Nous avons retranché de la synonymie de cette espèce le TeUina suU cala de Brander, qui , ainsi que nous l'avons vu , doit devenir le type du C/rassafe/ia sw/cafa; d’ailleurs il ne fallait qu’un examen superficiel pour s’assurer que ces coquilles, rapprochées par Lamarck, constituent deux espèces parfaitement distinctes,
La Crassatelle lamelleuse est ovale transverse; elle est comprimée, très inéquilatérale , arrondie en avant , obliquement tronquée en arrière ; son côté postérieur est nettement limité par un angle assez aigu; lo bord ventral est convexe, lo bord dorsal étroit ou légèrement concave; les crochets sont petits , peu saillants , très aigus , et la lunule est étroite et très profonde. Le corselet est plus superficiel, lancéolé et lisse; la surface extérieure est ornée de lamelles saillantes , irrégulières , distantes, minces et tranchantes. Lorsqu'elles sont entières, elles sont légèrement infléchies sur elles-mêmes , à peu près comme dans la Tenus lameîlosa. Cette coquille caractérise particulièrement le calcaire grossier, et nous no la connaissons jusqu'ici dans aucun autre bassin tertiaire. Le plus grand individu que nous connaissions a 51 millimètres de long et 31 millimètres de large.
VINGT-QUATRIÈME FAMILLE
tjem Carditeis. Vuwaiiaceœ, Fer.
CARACTÈRES DE LA FAMILLE. — Animal suborbiculaîre , snbtrigone ou transverse, plus- on moins aplati, ayant les lobes du manteau désunis dans toute leur longueur, sans siphons ; une simple bride séparant le canal anal. Bouche grande et transverse, garnie de larges lèvres terminées par des palpes labiales très courtes. Pied médiocre, triangulaire, aplati, fendu en son bord inférieur, quelquefois byssifère. Branchies minces, aplaties, allongées, quadrangulaires ou trapézoïdales, inégales;
VINGT-QLIAÏIUÈME FAMILLK.
les externes , 1§!S plus courtes et les plus é.troites , dépassant le pied en arriére, pointues à leur extrémité postérieure, et soudées entre elles deux à.-deux. Deux muscles adducteurs ovalaires ou obronds , presque égaux , très- écartés.
Coquille obronde , subcordiforme , longitudinale ou transverse, quelquefois aplatie. Charnière portant sur une lame cardinale, ordinairement large et épaisse, une ou deux dents divergentes , le plus- souvent obliques èn arrière. Ligàment externe. Deux impressions musculaires , ovales ou pbrondes, presque égp.les et écartées. Impression palléale toujours simple.
GENRES. — Ojns^ Asiarte ^ CardHa,
En instituant la famille des Cardites dans ses Tableaux systématiques, Férussac y rassembla les^ trois genres Cardite, Cypricarde et Vénéricarde. Lamarck avait concu d'autres rapports popr cos mêmes genres : les deux premiers étaient compris dans sa famille des Cardiacés; le troisième faisait partie de la famille des Conques. M. de Blainville n’adopta pas celle famille de férussac; les Cardites font partie de sa famille des Submytiiacéi, elles sont rangées à la suite dos Anocjonles et des Mulettes. Ainsi que nous le verront, M. de Blainville accorde à ce genre une plus grande étenduo que ses devanciers, car il introduit, parmi les sous-genres , les Vénéricardes et les Cypricardes de Lamarck. Après avoir démontré l’inutilité du genre Vénéricarde , et fait voir que les (iypricardes se rapproclienL des Bucardes et doivent faire partie de la même famille , nous avons admis la famille dans V Èncyclopêdie métho~ digue , en la réduisant aux seules Cardites. Depuis, nous avons proposé d’ajouter un second genre, celui noiluno Opfs par M. Defrance, qui , intermédiaire par sa forme extérieure entre les Isocardes et les Cardites , conserve néanmoins par sa charnière les caractères principaux de la famille , en se rapprochant également de celle des Conques, dans laquelle nous comprenions autrefois le genre Astarto. L'animal des Artarlés n’était point connu. M. Scacchi et M. Phdippi, les premiers, ont donné quelques détails sur son organisation, dans \eè Archives de Wiegmann. 11 nous a été possible de vériher nous-même et de compléter leurs observations. Il .nous est devenu possible alors de comprendre d'une manière plus rationnelle les rapports des Astartés, et nous avons diVIes rapprocher des Cardites et jes introduire dans la même famille. Nous rejetons, par
LKS CAPDÏTES.
conséquent, la famille des Astartidœ de M. Gray, pour le genre Astarte lui seul, parce que. selon nous, elle n’a pas de motifs suffisants d’existence. Pour l'animal, les Astarlés ne diffèrent en rien d’essentiel des Cardites : les coquilles seules présentent de la différence.
M. d'Orbigny, dans sa Paléontologie , préfère la famille des Âslartides à celle dès Cardites; pour nous notre choix est déterminé par la priorité du nom , et c'est pour cela que nous avons adopté celui de Férussaç. M. d'Orbigny donne beaucoup d'étendue à sa famille des Astartides. A la suite des trois genres qui constituent la nôtre, il y ajoute les Crassatelles , les Mégalodon et probablement d’autres genres encore qu’il laisse sous-entendus dans un etc, final. Nous avpns vu déjà pourc^uoi nous séparions les Crassatelles des Cardites , et lorsque nous traiterons du genre Mégalodon , nous exposerons les raisons pour lesquelles nous comprénons ce genre dans une autre famille.
M. Gray adopte à la fois la famille des Cardites et celle des Astartides. Quoique rapprocliées dans son ordre méthodique, elles, sont cependant séparées par une famille que l’on ne s'attendait guère à trouver là, celle des Pholadomyes, Par quels caractères M. Gray a-t-il été conduit à cette espèce d'intercalation? nous l’ignorons complètement, et nous regrettons bien vivement que ce savant zoologiste ne se soit pas expliqué à ce sujet. Trouver ici des animaux à sifihons très longs, ayant par conséquent le manteau fermé en arrière, enveloppés d'une coquille mince ét bâillante, tandis que toutes les coquilles des autres familles sont épaisses, parfaitement closes, et que l’animal qui les renferme est toujours dépourvu de siphons, les lobes du manteau =e trouvant divisés dans la plus grande partie de leur circonférence. Quand môme les Pholadomya seraient byssifères comme les Lyomtia, ce ne serait pas une raison suffisante pour les rapprocher des Cardites, l’existence d’un byssus n'étant point incompatible avec tous les autres caractères des famülés et des genres de la série entière des Mollusques acéphalés.
Nous avons déjà fait remarquer l’étendue considérable que M. Gray accorde à la plupart de ses familles, et nous avons fait voir aussi, dans bien des occasions , que cette étendue est plus apparente que réelle. M. Gray arbâbilude d’admettre un grând nombre de gepres qui, dans notre opinion , n'ont aucune utilité, et doivent rentrer dans des groupes autreiïient constitués. C’est ainsi , par exemple , que nous retrouvons encore le genre Vénéricarde, quoique nous ayons démontré que dés passages insensibles s’établissent entre lui et le.s Cardites. Le genre Cardiie. tel que Brugnière'l’a circonscrit, est encore plus réduit chez M. Gray que dans l’ouvrage de Lamarck: car le savant anglais admet
\I.N{n-(,»UATlUKME FAMILLE.
le genre xMylilicarde, dont le lypo est le Geson d’Adansoii, c’est-à-dire la Cardite la mieux caractérisée. A la suite de ces trois genres, M. Gray en introduit quatre autres sous les noms do Trapezîum , Libitina , Coralliophaga et Byssomya; les espèces de ces quatre genres rassemblées constitueraient les Cypricardes de Lamarck. EnOn , trois genres douteux sont ajoutés à la famille , ce sont les genres Myoconcha, Opis et Ifyppopodium. Le genre Opis est assurément mieux caractérisé que les deux qui suivent, nous Tadoptons sans aucune difficulté, tandis que nous considérons les ïfyppopodium et les Myoconcha comme des démembrements inutiles des Cardites. M. Gray place trois genres dans la" famille des Astarlides : celui des Astartés, qu’il conserve tel que Sowerby Ta constitué, puis avec doute le genre Cardinia^ et, enfin, celui nonimé Megdlodon par Sowerby. Le genre Cardmia est encore contesté : il renferme, selon nous, des ünio fossiles des terrains anciens, et quand môme il offrirait des caractères suffisants pour être admis, sa place serait plutôt 'dans le voisinage des ünio que dans celui des Astartés. II en est de môme du genre Megalodon qui , par sa charnière fortement articulée , a beaucoup de rapports avec certains ünio d’Amérique.
Les Mollusques réunis dans la famille des Cardites se reconnaissent par plusieurs caractères très constants et d’une assez grande valeur ; chez eux Tenvoloppe cutanée ou le manteau a ses lobes complètement séparés dans la longueur de ses bords antérieur, inférieur et postérieur. Cet organe a les bords ordinairement simples , si ce n’est en arrière où naissent de courtes papilles dans la région que devrait occuper le siphon branchial , s’il existait. Une bride, peu étendue et toujours située à l'intérieur, forme un canal peu considérable correspondant au siphon anal , mais ne se prolongeant jamais à l’extérieur. C’est dans ce canal que l'anus débouche; il est complété en avant par la soudure des branchies., sur le bord mince et membraneux de la bride du manteau.
L’ouverture buccale est en proportion beaucoup plus grande que dans beaucoup d'autres Mollusques acéphalés. Elle est ovale, transverse; elle est enveloppée de lèvres Iransverses et membraneuses; les palpes qui les terminent de chaque côté sont très courtes dans les Cardites, elles sont plus allongées dans les Astartés. Les lames membraneuses qui la couvrent à la surface interne sont plus espacées et moins nombreuses que dans les Mollusques des familles précédentfîs. Poli , ayant sans doute étudié des animaux] très contractés, a représenté l’animal d’une Cardite avec trois palpes de chaque côté de la bouche : nous avons vu un grand nombre de fois le même animal . nous en avons fait
LKS CARUITES.
uue anatomio détaillée dans notre ouvrage sur les Müllusques de l'Algéiie^ et jamais nous n’avons vu des palpes organisées ainsi que Poli Ta prétendu.
Le pied est généralement polit , comprime latéralement , il est triangulaire et linguiforme ; il est implanté dans toute la longueur d’une masse abdominale assez épaisse^, et ce qui le caractérise d’une manière remarquable , c'est une fente assez profonde qui règne dans toute la longueur de son bord inférieur. A l’extrémité postérieure de cette fente est attaché un byssus considérable chez celles des Cardites qui jouissent du privilége-de se suspendre aux rochers. Mais chez d’autres espèces où le byssus n'exislo jamais , la fente persiste, et, elle sc retrouve chez les Aslartés où l'on n’aperçoit jamais la moindre trace dg byssus. Nous verrons, dans des familles peu distantes de celle-ci, la fente du pied so reproduire et s’étendre, de manière à favoriser les manœuvres à l’aide desquelles l’animal creuse le sable et s’enfonce dans son épaisseur.
Les branchies sont d'uno étendue assez considérable : elles consistent en deux feuillets inégaux de chaque coté du corps, et qui s’étendent; dans toute la longueur du corps de l'animal. Ces organes sont subquadrangulaires, plus longs que larges, un peu en forme de trapèze. Le feuillet interne est le plus grand : son extrémité antérieure s'interpose entre les palpes labiales ; le feuillet externe est plus court et plus étroit; il commence vers le tiers antérieur de son congénère. L’extrémité postérieure s’allonge en pointe fort aiguë, et cette pointe commence au moment où les branchies dépassent le bord postérieur de la masse abdominale. A partir de ce moment les deux branchies de ce même côté se réunissent par leur bord supérieur. Pendant la vie de l'animal , les feuillets du côté droit se joignent à ceux du côté gauche, en arrière de la masse abdominalty; mais aussitôt que la mort survient, ces. organes se détachent l’un do l’autre avec la plus grande facilité. Comme nous le disions tout à l'heure, l’extrémité des feuillets réunis s’attache au bord interne de la commissure du manteau , et c’est ainsi que se complète la séparation anale de la cavité du manteau.
Cuvier„et à son exemple plusieurs anatomisles, ont considéré les animaux des Cardites comme très voisins de celui des Moules; mais il existe de profondes différences dans l’organisation de ces animaux , et particulièrement dans les organes de la respiration. Dans les Cardites, en effet, ces organes sont construits exactement delà môme manière que chez les Vénus et les autres Dimyaires. Dans les MylUns , au contraire, les branchies sont réellomeiit poctinéos : elles ^ont formées de longs Ülanienls isolés les uns des autre» . de sorte qu’il est possible de les comparer avec le
VINGT-QUATRIÈME FAMILLE
peigne des tisserands qui sert à séparer les fils de la trame d’une étoffe.
Les organes de la génération présentent aussi chez ces animaux des différences non moins considérables. Dans les Cardites , l’ovaire reste contenu dans la masse abdominale ; celle-ci s’accroît autant que l'exige le 'développement de cet organe. Dans les Moules, au contraire, rovaire, ne trouvant pas une place suffisante dans une masse viscérale très petite, répand sa masse principale entre les parois du manteau, et cette manière de se développer se montre dans presque tous les genres de l'ordre des Monomyaires. II existe donc des différences organiques suffisantes pour séparer dans des groupes très distincts des animaux que Cuvier et ses imitateurs ont beaucoup trop rapprochés.
Les coquilles apparl'enant à la famille des Cardites affectent des formes assez diverses*: les unes, comme celles du genre Opis, sont cordiformes, carénées sur les côtés, aplaties d’avant en arrière, et rapprochées des Bucardes de la section des Hémicardes de Cuvier. Dans les Cardites on remarque deux formes principales, rattachées l’une à l’autre par un grand nombre d’intermédiaires. D’un côté sont des coquilles épaisses, cordifoemes, subcirculaires , à crochets grands fortement inclinés, et au-dessous desquels une lunule généralement étroite est profondément creusée. Les coquilles de cette forme constituent le genio Vénéricarde de Lamarck. Dans les Cardites proprement dites , les coquilles sont plus transverses, pln.s iuéquilalérales : quelques unes ont les crochets presque terminaux à la manière des Modioles ; mais entre ces denx points extrêmes, on trouve, nous le répétons, un grand nombre d'inlernaédiaires; c'est en joignant aux espèces' vivantes les espèces fossiles que ces intermédiaires se montrent en plus grand nombre. Chez les Cardites. le plus grand nombre des espèces est orné de côtes rayonnantes, plartant des crochets, se terminant, sur les bords, en crénelures larges et peu profondes. Chez les Astartés , dont la coquille est généralement aplatie et subtriangufaire , la surface est creusée de stries ou de sillons Iransverses: c’est également ce qui se montre dans la plupart des Opis.
La charnière n’offre pas un très grand nombre de modifications : son plus grand degré de complication consiste à porter sur une lame cardinale épaisse deux dents très Obliques du côté postérieur, comme dans la plupart des Vénéricardes. Dans certaines espèces de ce genre , la dent antérieure diminue considérablement de volume, et elle est quelquefois complètement avortée, même dans les coquilles suborbiculaires ; dans les Cardites, cette dent antérieure existe rarement : il est des espèces cependant où elles se montrent autant développées que dans
LES CARDiïES. l
les Vénéricardes. Chez les Astartés, deux dents cardinales d’un côté, el une seule de l’autre, sont les caractères prédominants de la charnière;' mais il en est un certain nombre où il n’existe qu'un seule dent cardinale de chaque côté. C'est par la charnière que les Opis se rapprochent des Astartés ; dans ce genre Opis , les dents sont beaucoup plus comprimées , il y en a deux à la valve gauche , séparées, par une fossette destinée à recevoir la dent unique de la valve droite. Les impressions musculaires sont toujours fort écartées, étant placées près des bords, et occupant les deux extrémités dé la coquille; elles sont ovales ou subcirculaires, quelquefois superlicielles , plus souvent creusées dans l’épaisseur du lest, et c’est surtout l’impression antérieure qui est la plus profonde. L’impression palléale est toujours simple, placée parallèlement aux bords: elle reste à une égale distance dans tout son trajet; elle ne rentre pas vers l’intérieur au moment de se joindre à l'impression postérieure, patce que les siphons n'existent plus ; le muscle orbiculaire du manteau n’est pas plus large en avant qu’en arriére.
Il est évident, d’après les caractères exposes ci-dessus, que la famille des Cardites ne peut prendre une autre place dans la méthode que celle que nous proposons actuellement. Elle commence la série des Mollusques acéphalés à manteau ouvert, et il est naturel de rapprocher de la famille dès Cardiacés ceux de ces animaux qui ont avec elle je plus d’analogie par l’ensemble de leur organisation. Tous les amriiaux qui constituent les familles suivantes s’éloignent de plus en plus des Dimyaires siphonés , pour se rappro’cher par degrés des Mollusques monooiyaires.