GENRE SOIXANTE-QUINZIÈME
CARDXTE. CartUfaj Brug. el l.amk.
CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal ovale ou obrond, épais; lobes du manteau complètement désunis. Bouché petite, ovale, transverse. Palpes labiales très petites, trigones ou (juadrangulaires, libres. Branchies très longues, presque égales, réunies entre elles par paires. Pied petit, comprimé, triangulaire, souvent byssifère, et toujours fendu en son bord inférieur.
Coquille oblongue ou arrondie, inéquilatérale, le plus souvent pourvue de côtes ou de stries longitudinales. Charnière plus ou moins épaisse, ayant sur chaque valve une ou deux dents cardinales inégales, obliques du côté postérieur. Ligament extérieur ; impressions musculaires inégales, impression palléale simple.
SYNONYMIE GENERIQUE. — AcHnoholus ^ Klein. — Perna (5/jec.), Adanson. — Chama^ Adanson, Linné, Müller, Boni, Chemnitz, Olivi, Gmelin, Poiret, Dilhv}''!!, Wood. — Limnra^ Limnoderma , Poli. — Arcixirus , Humphrey . — Beguina , Bolten. — Venus (sjsec.), Bruguière. — Veneidcardia ^ Lamarck, Roissy, Renieri, Cuvier, Brookes, Férussac,,Sclnveigner, Sowerby, Fleming, Geinitz, etc. — Glansy Megerle. — Arcinellay Oken. — Cardissa^ Oken. — Hippopodium , Sowerby, Keferstein , Phillips , Broun, de Buch, Morris. — • Myoconcha [inparie]^ Sowerby, Woodward, Krüger, Deslongchamps, d’Orbigny. — Cardiocardiies^ Blainville. — 3fyiilicarde^ Blainville, — Cardiola^ Broderip, Munster, Rœmer, de Verneuil , Morris.
Obseuyations. En traitant du genre Came de Linné , nous avons vu comment le célèbre auteur du Syslenui naluræ avait été conduit à réunir, à des coquilles irrégulières et adhérentes, des coquilles libres parfaitement régulières. Bruguière sentit le défaut de ce rapproche-
VINGT- QUATRIEME FAMILLE
ment, et le premier il proposa, dans ï Encyclopédie ^ do coiislituer nn genre particulier sous le nom do Càrdile, pour réunir presque toutes.les Cames régulières do Linné. Cette séparation judicieuse, en améliorant la classification , la laissait cependant encore imparfaite ; il était facile de reconnaître parmi les Cardites de Bruguière des coquilles offrant des caractères fort différents : aussi, dès ses premiers travaux, Lamarck les gaifril avec sa sagacité habituelle et il retira du genre de Bruguière les Isocûrdes, bientôt après les Vénéricardea , et beaucoup plus lard les Cypricardes. Ces genres nous les connaissons déjà , à l’exception des Vénéricardes , dont nous allons nous occuper presque immédiatement , car à nos yeux ce genre no mérite pas la distinction que Lamarck en U faite; en nous fondant sur l'identité de ses caractères, nous l'avons depuis longtemps réuni aux Cardites. Dans l'exposition que nous allons faire des caractères de ce genre, nous donnerons la démonstration qu’ils n'offrent aucune différence essentielle , aussi bien dans les animaux que dans les coquilles.
Ce qu’il y a de fâchèux dans la séparation des Vénéricardes par Lamarck, c’est qu’il conçut, b l'égard'de ce genre, une opinion que ne justifie pas ses caractères. Il le regarda, en effet, comme un type intermédiaire entre les Conques et les Cardiacés, et c’est à la fin de la première famille qu’U le rangea dans les dernières méthodes de classification qu’il publia. Cuvier, le premier, s’aperçut des rapports intimes qui lient les Vénéricardes et les Cardites , et sans vouloir les réunir eu un seul genre , il les mil dans le contact le plus immédiat, Férussac , dans ses Tableaux sustêmatiques , adopta la méthode de Cuvier en la modifiant : il proposa une famille de Cardites dans laquelle il réunit les trois genres Cardite , Cypricarde et Vénéricarde. Celte famille a pu paraître naturelle pendant longtemps , et surtout à l'époquo où elle a ôté proposée : des trois genres rapprochés , l’animal d’un seul avait été figuré et décrit par Poli , celui des Cardites ; les deux autres étaient absolument inconnus, et, à l’exception des Vénéricardes, qu’au moyen des coquilles soûles , on pouvait facilement réunir aux Cardites , les Cypricardes pouvaient être considérées comme genre incertain , et l’avenir a prouvé qu’il devait se rattacher, ainsi que nous l’avons vu , à la famille des Cardiacés.
Dans son Traité de vxalacoîogie , M. de Blainville proposa une famille (le Sübmylilacés pour y ranger ceux des Mollusques réguliers qui ont le manteau ouvert et dénué de siphons. Le genre Cardite y trouva naturellement^ sa place, et par là les matériaux que l'auteur y a introduits peuvent être considérés comme représentant la famille des Cardites tout
LES CAUDITES.
entière , puisque l’on y trouve les Carditos à litre do sons-genre , ainsi que les Vénéricardes , les Cardiocardites et les Mytilicardes. Ces trois dernières sous-divisions rentrent nalurelloment dans les Cardites pro«prement dites.
Ceux des naturalistes qui ont eu occasion de mentionner dans leurs écrits les Cardites ou les autres genres que nous venons de citer, ont suivi l’un ou l’autre les opinions principales que nous venons de rap^* porter, en leur faisaut subir quelquefois des modifications d’une faible importance. Les uns , conservant le genre Vénénearde, l'ont placé tantôt k la manière de Laniarclc, tantôt à celle de Cuvier; les autres , à notre exemple , ont rejeté ce genre, et en ont fait uno simple section des Cardites.
En étudiant les fossiles de la Grande-Bralegne, M. Sowerby le père, dans son Minerai ^jonchalagy, fit connaître sous le nom d’ff/ppopodiitm , une assez grande coquille du lias moyen , que lui communiqua M, Conybearo. Celte coquille, fort épaisse, a valves très bombées, k crochets subterminaux, a été retrouvée depuis dans une position géologique semblable, en France dans le département de la Meurlho. Un exeniplairo d’une parfaite conservation , ainsi qu’une valve entièrement vidée, nous ont été autrefois généreusement communiquéspar notre savant ami, M. le docteur Lamoureux , de Nancy. L’examen de cette valve nous a donné la conviction que la coquille dont nous parlons appartient réellement au genre Cardile : elle en présente , en elTet, les principaux caractères. Aussi depuis bien des années que nous sommes en possession des matériaux dont nous parlons, nous avons conservé la même opinion au sujet du genre '///ppojwdhtm. Nous en avons vu depuis d'autres exemplaires dans les mains des paléontolo- * gistos de la Lorraine, et particulièrement dans celles de MM. Guibal et Lebrun. Leur examen nous a fait persévérer de plus en plus dans notre opinion. Dautres espèces, découvertes dans rooUte inférieure ainsi que dans le coral-rag, nous ont également offert tous les caractères des Cairdites. Uno des raisons qui ont fait maintenir le genre Ifippopqdhim par quelques conchyliologues , c’est que cotte coquille est complètement dépourvue des côtes longitudinales qui caractérisent presque sans exception les espèces vivantes de Cardites et de Vénéricardes. 11 en est une cependant qui appartient évidemment aux Cardites , et dont la surface extérieure est lisse ou striée dans le sens des accroissements.
D'autres coquilles fossiles, qui pour nous sont la plupart de véritables Cardites, sont devenues pour M. Sowerby le sujet d'un genre nouveau, auquel il a imposé le nom ûq Myoconcha, Deux opinions se sont maiiifes-*
l ‘iG VIXGT-QÏTATRIÈMK FAMIi.r.K.
tées à l'occasion de ce genre : quelques personnes y ont vu des My tilacés, d’autres y ont aperçu des ('.ardiles. Si l'on prend le type générique de Sowerby, il est évident qu'il se rapproche considérablement du Cardüa 7u^phreiica J par conséquent il rentre dans le genre f.ardite. Mais une confusion s’est introduite dans le genre. Nous devons dire d'abord que les coquilles dont nous parlons ont une forme extérieure qui les rapproche do certaines Modioles aplaties. Quelques paléontologistes , guidés par la forme extérieure seulement, ont rapporté aux ^fiJoœncha de véritables Modioles , et ceux des auteurs qui ont envisagé le genre de ce côté ont dû naturellement l'introduire dans la famille des Mytilacés. Vour ramener le genre à ses véritables limites, il convient d’abord d'en distraire les espèces qui ne lui appartiennent véritablement pas, et cette réforme admise, les Myoconcha rentrent sans difficulté dans les Cardites, comme nous en donnerons la preuve un peu plus loin.
Nous croyons nécessaire do rapporter encore aux Cardites le genre Cardiola, proposé par M. Broderip, dans le grand et bel ouvrage de M, ^Murchison, sur les terrains anciens delà Grande-Bretagne. Le petit nombre d’espèces aujourd’hui connues sont disséminées dans des terrains très anciens; elles s'oITrent au regard des observateurs sous la forme d’empreintes, et leurs caractères extérieurs seuls peuvent aider à les déterminer. Ni la charnière, ni les impressions des muscles ot du manteau n’ont pu être observées jusqu’ici, Mais, d’après leur forme générale et leurs caractères extérieurs , cos coquilles se rapprochent infiniment plus des Cardites que de tous les autres genres aujourd’hui connus. Jusqu’alors les Cardioles n’ont été rencontrées que dans des schistes du terrain dévonien , et comme elles conservent dans celle couche un horizon parfaitement connu, ce genre est devenu utile aux géologues : aussi presque tous Tout adopté sans pouvoir lui assigner de caractères propres à le faire reconnaître. Dans l’incertitude où nous sommes au sujet du genre Cardiokty nous laissant guider par des caractères extérieurs , nous en formons une section des Cardites : il serait facile de la reprendre et de la séparer, dans le cas où par do nouvelles observations on viendrait à découvrir des caractères propres à distinguer le genre.
A prendre les Cardites dans leur ensemble, c’est-à-dire en leur accordant toute l'étendue que nous avons donnée à ce genre depuis longtemps , ce sont des coquilles dont les formes sont variables , et qui , sous ce rapport, méritent une attention particulière. En disposant les nombreuses espèces, soit vivantes, soit fossiles, dans une série unique, au commencement de laquelle on placerait les plus orbiculaires , on 1er-
LES CAilUlTES.
minerait par des coquilles tout à fait transverses, étroites, et que l'on pourrait rapporter avec Lamarck à un autre genre quo les premières. En effet, dans le groupe des Vénéricardes, on trouve des espèces suborbiculaires, à crochets presque médians, peu inclinés, tel quo le Venericardia imbricata de Lamarck, par exemple: bientôt celle forme devient un peu sublriangulaire, par suite de la proéminence des crochets, ainsi que nous le voyons dans la belle et rare espèce vivante, nommée Cardita CuvkH par M. Reeve. U y a mémo dans ce groupe des espèces très bombées, et qui à Textérieur se rapprochent un peu des Isocardes. Peu k peu le crochet devient plus oblique; le côté antérieur diminue de longueur, le postérieur s’accroît dans une égale proportion, et l'on arrive ainsi par une série de modifications à des coquilles ovales, Iransverses et à crochets subtermiiiaux. Le Cardita incrassata do Sowerby, par exemple, et le Venericardia Jottanneli ûo M. Baslérot, peuvent donner une juste idée du groupe dont nous parlons; il occupe réellement le centre du genre, et il a une grande importance par les nombreuses espèces qu’il contient. Les modifications se continuent, et déjà à la limite nous trouvons des espèces beaucoup plus allongées et dont les crochets deviennent de plus en plus terminaux. Ces espèces conservent encore une forme ovalaire, mais beaucoup plus étroite. Une fois celte limite franchie, on arrive aux espèces les plus étroites, chez lesquelles la forme se rapproche assez fréquemment de celle des Modioles, le côté antérieur étant devenu extrêmement court, et toujours beaucoup plus étroit que le postérieur. Le Cardita peclunviilus de Bruguière, le C<irdita sencfialensis do Lamarck, ainsi quo le Cardita calyculatat Linné, sont do bons exemples du dernier terme de la série de modifications des Cardites.
La surface extérieure est couverte d’un épiderme généralement peu tcnaco, ordinairement brun, quelquefois verdâtre, presque toujours simple, rarement velu. Dans ce dernier cas, les poils dont il est couvert sont très courts, et semblables à ceux d’un velours extrêmement ras. 11 n'est presque point d'espèce qui n’olfre au dehors un nombro plus ou moins considérable do côtes raj'onnantes. aboutissant à sa circonférence et se terminant sur les bords par un nombro égal de crénelurcs. Jusqu'ici on no connaît qu'une seule espece vivante qui fasse exception à la loi générale, c’est lo Cardita semiorbieukma 6e Bruguière phrcnetica , Lamarck). Un petit nombre d'espèces fossiles se rapprochent de la vivante et constituent un petit groupe particulier, d’un faciès different de celui du reste du genre. W Hippopodium et les .}fyoconcha appartiennent à ce groupe.
M N (j T -y L'A m l ii M K l- À MILLE.