‹ Traité élémentaire de conchyliologieChapitre 23 sur 54 · GENRE SOIXANTE-SEIZIÈME · texte numérisé non relu

GENRE SOIXANTE-SEIZIÈME

PACHTRISMA. Morris et Lycett.

CARACTERES GÉNÉRIQUES. — Coquillc obronde , aussi haute que large, épaisse, cordiforme, équivalve, très inéquilatérale. Crochets très grands, fortement inclinés et contournés sur le côté antérieur; une carène, partant du sommet, règne sur le côté postérieur. Corselet très profond; point de lunule sur le côté antérieur. Charnière très épaisse , offrant sur chaque valve une grande et forte dent conique un peu comprimée et à côté une fossette profonde de la même forme : sur la valve droite, la fossette est en avant de la dent; sur la valve gauche, elle est en arrière ; un rudiment de dent latérale antérieure audessus de l’impression musculaire de ce côté. Deux impressions musculaires ; l’antérieure ovale subtransverse , la postérieure arrondie , toutes deux creusées dans l’épaisseur du test. Impression palléale simple? *

Observations. Une grande coquille , découverte dans la grande oolile de Minchinhampton, en Angleterre, est devenue pour MM. Morris et Lycett le type d’un genre nouveau. Récemment publié dans le Journal de la Société géologique de Londres, ce genre ne nous était point encore connu au moment où nous avons Gxé le nombre de ceux qui doivent faire partie de la famille des Cardites. Par l’ensemble de ses caractères , ce genre se rapproche à la fois des Cardium et des Cardites, et nous pensons que c’est dans cette dernière famille qu’il doit venir se ranger." Les fossiles de la localité d’où celui-ci provient sont empâtés dans une roche solide et tenace, de laquelle il est souvent difficile de les dégager. Des infiltrations de chaux carbonatée cristallisée ont quelquefois pénétré la roche et rempli ses fissures, ce qui est un obstacle de plus pour obtenir des surfaces un peu nettes de l’intérieur des fossiles que l'on peut dégager de ce côté. Nous sommes obligé de prévenir le lecteur de ces circonstances toutes fortuites , parce que nous verrons que c’est à elles qu’est due l'erreur de MM. Morris et Lycett sur quelques uns des caractères essentiels du genre. Frappé de l’étrangeté de ces caractères, nous avons sollicité, de M. Morris, la communication des types qui ont servi à sa description et à ses figures ;

LES CAKDITES.

et grâce à une complaisance que l’on -no saurait trop louer, nous les avons eus assez longtemps dans les mains pour pouvoir les étudier et découvrir quelques faits intéressants qui avaient échappé au savant naturaliste anglais.

Une seule espèce du genre Pachyrîsma est actuellement connue : c’est une grande coquille qui , par sa forme générale , et lorsque les deux valves sont réunies, se rapproche un peu des Isocardes. Elle est enflée., cordiforrae , à peu près aussi large que haute, toujours équivalve et très inéquilatérale. Le côté antérieur est assez allongé ; il forme, avec le postérieur, un angle droit, si, par la pensée, on supprime la saillie des crochets; il est aplati et ne présente aucune trace de lunule. Le bord inférieur est tranchant, médiocrement arqué en fer de hache; à l’intérieur, il est simple et il s’épaissit rapidement. Les crochets sont extrêmement grands , très saillants, régulièrement recourbés ; ils s’inclinent sur le côté antérieur sans cependant se contourner latéralement comme dans les Isocardes ; en cela, ils ressemblent davantage à ceux des Cardites. Un angle aigu, commençant au sommet des crochets , s’élève sur le côté postérieur des valves et circonscrit, de ce côté, une dépression large et profonde , en une sorte de vallée un peu sinueuse dans le milieu , au sommet de laquelle se montrent des nymphes épaisses et solides , assez courtes, et sur lesquelles s’attachait un ligament externe, demi-cylindrique, fort épais et très robuste. La surface extérieure des valves est lisse ; elle montre seulement des stries irrégulières d'accroissement, faisant souvent des étages assez régulièrement espacés. La charnière est d’une épaisseur extraordinaire ; elle est supportée par une lame cardinale large et puissante ; elle remplit presque entièrement la cavité des crochets. Dans l’une et l’autre valve se dresse sur celte charnière une énorme dent conique , un peu comprimée , obtuse au sommet , à côté de laquelle est creusée une fossette profonde d’une forme analogue , pour recevoir la dent de la valve opposée. Sur la valve droite , la fossette est en avant de la dent ; sur la gauche , elle est en arrière. Un rudiment de .dent latérale antérieure existe immédiatement au-dessus de l’impression musculaire de ce côté. Lorsqu’une dent latérale postérieure existe, elle se montre habituellement vers l’extrémité de la nymphe ,• et ici nous n’en voyons aucune trace. Mais, comme dans celle des valves où il a été possible d'apercevoir la charnière, par un hasard singulier, la partie postérieure est brisée ; nous ne pouvons assurer s’il existait ou non une dent latérale postérieure. L’impression musculaire antérieure est subtransverse, assez régulièrement ovalaire et creusée dans l’épaisseur du test. C’est,

Vl.NGT-üUATUlÊMli; FAMILLE.

au sujet do l’impression postérieure que MM. Morris et LyceLl avaient commis uno erreur, indépendante de leur volonté, et qu*il nous est aujourd’hui possible de rectifier. Une infiltration cristalline et très solide, d’une forme parfaitement déterminée et simulant assez bien celle de l’espèce d’auricule que l’on trouve, soit dans les Cucullées , soit dans les Dicérates , pour servir de support au muscle supérieur, a été prise par ces observateurs pour l'imprcsSion musculaire elle-même. Il nous a fallu longtemps travailler h mettre à découvert la surface du test lui-même encore encroûté sur une partie de sa surface , pour reconnaître la nature de cette partie cristallisée, et venant ajouter une forme étrangère à celle que l’animal lui-même avait produite. Derrière cette sorte d’auricule accidentelle , nous avons été assez heureux pour découvrir une partie considérable do l'impression musculaire ellemême, laquelle nous a offert ses caractères habituels, d’être creusée dans l’épaisseur du test et d'avoir une forme à peu près circulaire. Elle est située en face de l'impression antérieure, à l’extrémité postérieure de la lame cardinale , dont la sinuosité profonde se trouve déterminée beaucoup plus nettement depuis qu’elle est dégagée des matières étrao^ gères qui la cachaient. L'impression palléale nous est à peu près inconnue; tout nous porte k croire cependant qu'elle est simple ; on peut le préjuger avec assei d'exactitude, d'après l’ensemble des autres caractères de la coquille.

MM. Morris et Lycell, entraînés par les caractères singuliers dé l’impression musculaire postérieure, telle qu’ils croyaient l’avoir bien vue, entrevoyaient des rapports assez compliqués à leur genre Paehy^ Hsma. D’un côté, ils lui trouvaient de la ressemblance, par celte impression musculaire même, avec le genre Megalodon; par la formé générale, ils apercevaient des rapports avec les Isocardes, et même avec les Opis, par la charnière réduite à uno seule dent sur chaque valve. Mais aussitôt que l’on a fart disparaître l’anonialie de l'impression musculaire postérieure , l'appréciation des caractères se trouve profondément modifiée , et les rapports du genre se simplifient, fl ne resté plus qu’une charnière simple, mais exagérée dans ses proportions, offrant une seule dent oblique et une seule fossette ôgalemonl oblique sur chaque valve. Si nous comparons ce caractère essentiel à ceux des genres les plus rapprochés, nous voyons que dans les Opis, par exemple, les crochets, presque opposés, sont encore plus saillants que dans le Pachijrisma , et que la charnière , ayant la même simplicité, tombe perpendiculairement sur le bord cardinal. D’ailleurs, dans les Opis , aueuné trace de dent latérale antériôoré. Il éxistd certains

LES CAUDITES.

Cardiwn chez lesquels la charnière présente aussi un développement considérable ; mais , dans ce genre , si grosses que soient les dents cardinales, elles sont toujours sur le milieu de la lame cardinale, et conservent une tendance à celte disposition cruciforme signalée par Lamarck. D'ailleurs, dans les Bucardes , les crochets, moins saillants, ne sont jamais fortement inclinés, comme ceux des Pachyrisma. L’un des caractères des Cardites, au contraire, est de renfermer des coquilles très inéquilatérales, doni les crochets sont souvent grands et inclinés en avant. Dans les genres de cette famille, il existe souvent des dents latérales , soit antérieures , soit postérieures , dans un état de développement très variable. Enfin, c*est encore dans celle famille que l'on remarque l’obliquité des dents de la charnière, de la même manière que dans les Pachyrisma. Il résulte , pour nous, do la comparaison que nous venons de faire , que le genre dont noos nous occupons trouve sa place nalurolio dans la famillo des Cardites , et qu’il se rapproche ainsi d'une manière convenable des Megalodons , avec lesquels il a incontcstablemenl des rapports. Enfin, nous terminerons par une dernière observation. Quoique nous ayons modifié les caractères attribués au genre par MM. Morris et Lycelt , le genre ne subsiste pas moins , et il présente môme des caractères d'une grande valeur ; seulement ses rapports se trouvent un peu changés , ce qui est d’une moindre importance.

Nous indiquons ici la seule espèce connue :

Pachyrisma grande , Morris , pl. 32 bis , f. 1 , 2 , 3,

Morris el Lycelt, Proceeii, iuol. Soc t. 6. n® 44. p. 400.

Fossile de la grande oolite. Minchinhampion.

C’est une grande coquille facile à reconnaître . d'aprè.s la description que nous venons d'en donner, mais remarquable par l'épaisseur considérable de son test. Ce lest, en effet, vers le milieu des valves, a 20 à 25 millimètres d’épaisseur; il s'augmente encore dans la région des crochets, lia fallu un animal robuste pour mouvoir une pareille masse, car il est à présumer que l'animal n'étail point suspendu par un byssus ; du moins il est permis d'en Juger d’après la régularité du contour des bords des valves. Celte coquille n’a été rencontrée jusqu'ici que dans la seule localité de Minchinhampion, en Angleterre, et elle est tout à fait particulière à ta grande polile.

ViNGT-ClNQülEME FAMILLE.

VINGT- CINQUIÈME FAMILLE

lies IVayades. Naymlœy Lamk.

CARACTÈRES DE LA FAMILLE. — Animal régulier, ayant les lobes du manteau désunis dans toute leur longueur, rarement réunis en arrière, et prolongés en deux siphons courts; ces siphons étant représentés le plus ordinairement par un bord épais garni de papilles charnues. Pied grand, aplati , linguiforme, quelquefois allongé en massue: Quatre palpes labiales en partie fixées au corps et au manteau. Branchies longues, étroites , presque égales , réunies entre elles en arrière du pied et soudées au manteau; une seule bride palléale pour séparer le canal anal.

Coquilles très variables dans leurs formes , régulières , équivalves , vivant dans les eaux douces , toujours nacrées à l’intérieur, couvertes d’un épiderme brun ou verdâtre , souvent écailleux , ayant tantôt un bord cardinal simple et sans dents , tantôt crénelé dans toute sa longueur, tantôt armé d'une ou deux dents cardinales , tantôt de dents cardinales et d’une longue dent postérieure allongée sur le bord. Une , quelquefois deux grandes impressions musculaires du côté antérieur, une seule du côté postérieur. Impression palléale simple. Ligament externe.

GENRES. — I. Unio^ Retzius.

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