Cardinia , Agas
Depuis que la famille des Nayades a été instituée par Lamarck, en 4 809, dans sa FhilosQ"ph\e zoologique ^ elle a subi des changements considérables devenus nécessaires à divers degrés, à la suite du perfectionnement dans les études malacologiques. Composée d’abord de quelques genres, le nombre s’en accrut successivement, à mesure que l'on découvrit des formes nouvelles , et bientôt , au lieu d’une famille , on eut un ordre entier à enregistrer, formé lui-même de plusieurs familles et contenant un très grand nombre de genres. Mais à
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mesure que l’observation se perfectionna , que d’autres formes s’interposèrent entre les premières , on s’aperçut enfin que , loin de multiplier les genres, il fallait, au contraire, en restreindre le nombre', et l’on arriva môme à ce point de les réduire à un seul , et nous-même avons été le premier à proposer ce changement fondamental dans la constitution de la famille qui nous occupe. Lorsque les naturalistes américains eurent fait connaître cette prodigieuse abondance des Mollusques de la famille desNayades qui peuplent les eaux douces de l’Amérique septentrionale, on y remarqua des formes si extraordinaires, si insolites même, à les comparer à celles des autres parties du monde, que l’on fut porté à accepter les genres au moyen desquels ces diverses formes se trouvaient naturellement groupées. Il était permis de croire alors que les animaux constructeurs de coquilles si diverses devaient conserver eux-mêmes, dans l’intimité de leur organisation, des caractères assez considérables pour appuyer ceux de leur coquille. L'expérience a prouvé combien- était vaine celte supposition , et déjà dans nos premiers travaux conchyliologiques, guidé par un assez grand nombre de faits, nous avons conçu une opinion conforme à celle que l’expérience a démontré depuis être la seule propre à résumer les faits eux-mêmes. Depuis que nos collections regorgent, pour ainsi dire, de celte innombrable quantité d'Unios récoltés dans presque toutes les parties du monde par un grand nombre d'explorateurs , l’opinion de ne laisser qu'un seul genre dans la famille des Nayades devient de plus en plus facile à soutenir ; car il n’est plus possible de déterminer une limite précise à tous les genres successivement proposés sur des caractères qui s'enchaînent,, se compliquent et souvent finissent par échapper par leur disparition graduée.
Nous ne voulons pas insister pour le moment sur les preuves que nous pourrions alléguer en faveur de l’opinion que nous défendons. La discussion se représentera naturellement lorsque nous traiterons du genre Unio en particulier. Nous verrons alors comment , en subdivisant ce grand genre, l'un des plus considérables des Mollusques couchyfères, il est possible de satisfaire à tous les besoins de la science.
Lorsque nous fîmes connaître .l’animal des Iridines, nous remarquâmes chez lui une différence considérable avec celui des autres genres de la famille des Nayades de Lamarck, Nous trouvâmes les lobes du manteau réunis à leur extrémité postérieure, et prolongés en deux siphons courts et simples. À celle époque, suivant les préceptes du plus grand nombre des zoologistes , nous attribuâmes à ce caractère une valeur très considérable; il nous entraîna à proposer le déplacement du genre pour le porter dans le voisinage de celui des Cyrènes et des
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Cyclades. Depuis, notre jugement s'esl modifié , et nous avons pensé qu'un animal dont toute l'organisation était semblable à celle des ünios et des Anodontes , à l’exception de celle soudure du manteau dont nous venons de parler, devait rester dans la famille où l'entraîne nécessairement le plus grand nombre de ses affinités.
Nous avions pensé d’abord qu’il fallait faire pour le genre Mycetopus de M. d'Orbigny ce que nous avions proposé pour les Iridincs ; en elîet, dans l’animal qui fait le sujet du genre dont nous parlons, le cbangement survenu dans son organisation entraîne avec lui des différences notables dans ses mœurs, et nous laissant guider par celte considération , nous admettons le genre Mycetopus au même litre que les Iridines et les autres sous-divisions du grand genre
Les naturalistes de la Grande-Bretagne, et en [larliculier M. Sowerby, introduisit dans le genre Unio un certain nombre do coquilles fossiles, qui, en effet, en ont assez bien les caractères principaux. La difficulté d'observer les charnières entières de ces coquilles et tous les autres caractères intérieurs avait fait admettre sans répugnance l'opinion du paléontologiste anglais. Mais, depuis, les observations se mulliplièrent , le nombre des espèces s'accrut considérablement, les caractères observés, un petit nombre de fois d'abord , que l'on a cru variables , devinrent constants dans toutes les espèces , et dès lors un genre devint nécessaire : on le doit à M. Âgassiz, qui proposa pour lui le nom de Cardinia. Les genres Unio et Cardinia constituent pour nous la famille des Nayades, sans que nous ayons à nous préoccuper actuellement si les Cardinia sont des coquilles lacustres ou marines.
Telle quelle est actuellement composée, la famille des Nayades nous semble très naturelle; elle renferme des animaux dont l'analogie est incontestable; s’ils sont variés dans leur forme extérieure, ils sont tous semblables par les faits principaux de leur organisation, Ils ont le manteau divisé en deux lobes égaux , presque constamment désunis dans toute leur circonférence; il faut en excepter, comme nous l’avons vu, les Iridines chez lesquelles les lobes de cet organe se réunissent en arrière dans une faible partie de leur étendue. Une bride, semblable à celle que nous avons fait remarquer chez lesCardites . est destinée à séparer le canal anal du reste de la grande cavité palléale. Des papilles nombreuses, tentaculiformes, sont implantées sur le bord postérieur des lobes du manteau; elles fonctionnent à la manière des tentacules garnissant la circonférence des siphons , chez ceux des Mollusques pourvus de ces organes. Le pied est généralement grand , robuste, linguiforme et triangulaire. L’animal s'en sert pour creuser un
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sillon dans la vase el s’avancer lentement en se soutenant sur les bords libres de ses valves entrebâillées. Dans les Mycetopus, cet organe a subi des modifications très extraordinaires qui lo rapprochent de celui àesSolen on des Solecurlus ; il devient, en elTet, cylindracé, et il se termine à son exlrcrnité antérieure par un empâtement susceptible de dilatation . au moyen duquel il agit exactement de la mémo manière que celui des Solen. Aussi le Mycelopus reste stationnaire, s’enfonçant perpendiculairement dans le lit des fleuves qu'il habite.
La bouche est transverse , assez grande , garnie de lèvres minces , membraneuses , simples pu plissées , el se terminant de chaque côté en une paire de grandes palpes larges, sublriangulaircs, et garnies de fines lamelles à leur surface interne. La palpe interne est soudée plus ou moins haut au corps de Tanimal ; l'autre est fixée au manteau, dans une portion assez considérable de son étendue. Les branchies sont grandes, presque égales; leur extrémité antérieure s’interpose entre les palpes labiales; du côté postérieur, elles so réunissent solidement en arrière^ du pied, elles se soudent au manteau el concourent à former et à clore le canal anal.
Si nous voulions entrer dans des détails plus approfondis de l’organisation , nous trouverions dans la disposition générale des organes digestifs, dans celle de l’ovaire, el jusque dans le système nerveux lui-même, des ressemblances assez considérables pour confirmer .celles que viennent de nous offrir les organes extérieurs des animaux.
Des coquilles, excessivement diversifiées dans leurs formes et dans leurs caractères, sont construites el Iiabilées par des animaux semblables. On trouve, rassemblées dans la famille desNayades, presque toutes les formes propres aux diverses familles que nous avons examinées jusqu’ici , depuis celle des Solénacés jusqu'à celle des Cardiacés , en passant par presque tous les intermédiaires ; ou y trouve encore des formes de la famille des Arcacés : aussi les paléontologistes pourraient commettre bien des erreurs , si toutes ces coquilles , passées à l’état fossile el leurs valves devenues immobiles, ne pouvaienlôtre jugées que d’après leur forme extérieure: Quelle que soit la diversité de ces formes, toutes sonléquivalves, régulières, et revêtues d'un épiderme verdâtre ou brunâtre, plus ou moins épais, quelquefois lisse, le plus souvent rude et irrégulièrement écailleux, A l'intérieur, la coquille est toujours nacrée; les bords en sont simples et jamais crénelés , comme dans les Astarlés ou dans les Cardites. Les crochets sont extrêmement variables : tantôt ils sont presque effacés, comme dans la plupart des Anodontes, des Iridinesetdes Mycétopus ; quelquefois ils deviennent grands
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et fortement inclinés sur le côté antérieur, à peu près de la même manièn3 que dans les Isocardes. Entre ces deux points extrêmes on trouve tous les intermédiaires. Mais, dans celte série de Mollusques, c’est la charnière qui offre les plus étonnantes modifications; leur grand nombre leur ôte toute la valeur qui leur est justement attribuée dans les autres Mollusques de la môme classe. La charnière, en effet, commence par un bord mince, simple, ainsi que le montrent les Anodontes. Bientôt, au-dessous des crochets, se manifeste une très légère inflexion qui, venant à s’augmenter peu à peu, se transforme en une véritable dent cardinale. Cette dent, unique d’abord , s’accroît peu à peu et finit par prendre des proportions assez considérables, à mesure que la coquille acquiert elle-môme plus d'épaisseur et de solidité; cette disposition de la charnière produit un premier embranchement pour celles des coquilles qui ont une seule dent cardinale. Dans une autre série , le bord postérieur de la charnière , qui accompagne le ligament , se transforme en une très petite côte reçue dans la valve opposée dans une petite rigolo superficielle. L’accroissement insensible que nous avons vu SB produire dans la dent cardinale se montre dans une autre série d’espèces , pour la dent postérieure dont nous venons de parler. Une troisième série s’ajoute aux deux premières : elle est de toutes la plus considérable; elle constitue le genre Unio proprement dit, et présente la combinaison des deux charnières dont nous venons de parler, c'està-dire d’une dent cardinale et d’une dent postérieure allongée, placée le long du ligament. D’abord , à l’étal rudimentaire , celte charnière devient progressivement d’une épaisseur vraiment .extraordinaire. II lui arrive de présenter quelques autres combinaisons , telles , par exemple , que la division en deux de la dent antérieure ou en plusieurs autres parties divergentes. Les modifications ne s'arrêtent pas là : chez quelques Iridiiies le bord cardinal est simple comme dans les Anodontes ; mais chez d’autres ce bord est irrégulièrement crénelé ou dentelé à la manière des Arches. Enfin , dans les Cardinia^ à une dent cardinale très obsolète, quelquefois entièrement effacée, se joignent une dent latérale postérieure, plus courte que dans les ünios, et un rudiment de dent latérale antérieure. Les impressions musculaires sont généralement moins variables. Il y en a deux principales : tantôt superficielles, tantôt imprimées dans l’épaisseur du test; elles sont accompagnées de deux autres beaucoup plus petites sur lesquelles s'attachent les muscles rétracteurs du pièd. Chez les Iridines, une troisième impression musculaire, aussi importante que les deux autres, s’ajoute à la partie antérieure, immédiatement au-dessous de la première. Ce ca-
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ractère nous a été d’un très grand secours pour placer, dans leur véritable genre, des coquilles habituellement confondues avec les Anodontes. L’impression pallcale est toujours simple; elle est située assez haut dans l’intérieur des valves, et, en arrière surtout, elle laisse un intervalle plus large que sur le reste de la circonférence. Par ce caractère, on se rend compte de ce fait particulier de l'organisation de l’animal , chez lequel les lobes du manteau se réunissent et se prolongent en siphons très courts, à peu près de la même manière que chez les Cardiura.
Nous ajouterons encore un mot au sujet du genre Cardinia. Tous les conchyliologues ne sont pas parfaitement d’accord sur la place qu’il doit occuper dans la méthode. Les uns, le considérantcomme entièrement marin, le comprennent dans la famille de.s Astarte; d’autres, le supposant plus voisin des Unio, le rangent avec nous dans la famille des Nayades- Cetle divergence est , au fond , d'une faible importance , car, ainsi que nous l’avons dit, les j4star/e et les Unio se rapprochent par un certain nombre de leurs caractères organiques, et si nous adoptons de préférence le rapprochement des (7arcZmia et des Unio, c'est parce que nous trouvons, dans la constitution des coquilles des deux genres, des ressemblances qui ne se retrouvent pas an môme degré entre les Cardinia et les Astarle; et quand'môme il serait démontré que les Cardinies étaient des animaux marins , ce ne serait pas pour nous une raison suffisante de les détacher de la famille des Nayàdes , les Mollusques marins et d’eau douce offrant, dans d’autres familles, d’assez nombreux exemples de leurs rapports intimes, les Néritines et les Nérites, les Mélanopsis et les Planaxes, etc.