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GENRE SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME

MUlETTfi. Vnio, Retz, et Brug.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal ovale ou obrond , plus ou moins épais ; les lobés du manteau épaissis , désunis dans toute leur circonférence, ciliés postérieurement. Branchies allongées, inégales, réunies entre elles et au manteau, à leur extrémité postérieure ; palpes labiales grandes, ovales ou triangulaires, libres à leur sommet. Pied grand, comprimé , triangulaire , tranchant.

VINGT- CINQUIÈME FAMILLE

Coquille diversiforme , phi3 ou moins dpaisse, équivalve, inéquilatérale, libre, ù crochets écorchés, nacrée à l'intérieur. Charnière variable, quelquefois sans dents, le plus souvent dentée , portant alors du coté antérieur une ou deux dents cardinales, et du côté postérieur une lame plus ou moins longue. Impressions musculaires grandes et arrondies ; impression palléale simple.

SYNONYMIE GENERIQUE. — MyUlus - fluviaûUs ^ Bellon , Aldrovande , Jonston , Swammerdam. — Musculus ^ Gesner, Lister, Gualtieri, Klein. — Coucha margaritifera ^ Sibbald, — Coucha Longa^ Gesner, Aldrovande. — Coucha TelHua^ Ginanni.

Mya [ex parie], Linné, Chemnitz, Schrœter, Müller, Forskael , Dacosta, Born, Olivi, Pennant, Matton et Backett, Wood, Lea. — Limnœa^ Limnœoderma, Poli. — Lymnium^ Oken. — Mysca^ Turton, Swainson. — Crisiaria^ Schumacher, Blainville. — Paxyoclon^ Schumacher, Blanville, Gray. — Prisodon^ Schumacher, Gray.

Margaritâna^ Schumacher, Lea, SAvainson, Troschel , Rosmaessler, Gray. — Alasmodonia , Say, Rafînesque. — Dajnai'is^ Leach. — Alasmodon^ Fleming, Gray, Swainsori , Thompson , Gould. — Mouocondylea , d’Orbigny, Gray.

Uniopsis^ Swainson, — Calceola^ Swainson. — Compla- Tzctm , Swainson , Sowerby jeune.

Hyiia^ Lamarck, Férussac, Latreille,Gray,Menke,Reeve, Blainville, Schweigger, Swainson, Hanley. — Diplodou, Spix.

Castalia^ Lamarck, Férussac, Latreille, Menke, Sowerby, Schweigger, Blainville, Cuvier, Hanley, Swainson. — Teiraplodon, Spix.

Anodonia , Lamarck , Draparnaud , Roissy, Férussac , Latreille, Rang, Menke, Blainville, Gray, etc. — Anodon^ Oken, Sow'erby, Wagner, Turton, Fleming, Gray, Swainson, Gould. — Anodoutites, Bruguière, Cuvier, Duvernoy. —

LES NAYADKS. igS

Dipsas^ Leach. — Appias^ Leach. — Lamproscapha^ Swainson,Gray. — Hemiodon, Swainson. — Patularia^ Swainson, '^Iridina^ Lamarck, Latreille , Deshayes, Reeve, Férussac, Blainville, Cuvier, Rang, Fleming, Lea , Swainson, etc. — Pleiodon , Conrad. — Muiela , Scopoli , Gray. — Platyris , Lea. — [Chama Mutel, Adanson), — Spailia^ Lea. — Leila , Gray. — Calliscapha^ Swainson. — Barbala^ Humphrey, Beck , Gray.

Myceiopus^ d’Orbigny, Swainson, Reeve, Sowerby, Hanley, Gray.

Observations. Depuis uu polit nombre d’années, un nouvel intérêt s’attache à Thistoire naturelle du genre Unio. Deux motifs bien différents ont attiré sur lui l’attention des observateurs : d’un côté, il offre l’exemple des modifications les plus surprenantes que puisse subir dans sa forme extérieure un même type de Mollusques acéphalés. D’un autre côté, plusieurs espèces, abondamment répandues dans les eaux douces de l’Europe , facilement accessibles dans toutes les saisons , sont devenues le sujet des recherches des anatomistes et des physiologistes qui ont voulu éclairer quelques questions difficiles, relatives à la nature intérieure de cette classe d’animaux, et surtout débattre la question si intéressante de la génération ; aussi il est peu de genres dans le grand ensemble des Mollusques qui ait été plus fréquemment mentionné que celui-ci; et pour donner une juste idée de l’intérêt qu’il inspire, nous constatons ce fait curieux qu’il est mentionné dans environ quatre cents ouvrages , soit spéciaux , soit destinés à l’ensemble de la science conchyliologique. Il serait sans doute intéressant dans un ouvrage entièrement consacré à une monographie du genre Unîo , de passer en revue , si ce n’est tous les ouvrages dont nous parlons, du moins les plus importants, ceux dans lesquels quelques faits nouveaux ont été consignés. Nous nous bornerons ici à rappeler brièvement les phases principales de Thisloire du genre, dans le but de guider dans leurs recherches bibliographiques ceux des naturalistes qui voudraient se livrer h une étude spéciale du genre t7mo.

Les anciens naturalistes , depuis Bélon jusqu’à Linné, comparant les Unîo aux véritables Moules qui habitent les eaux marines , les désignaient par une dénomination commune , celle de Mytilus ou de Muscuhfs, les divisant en espèce '' fluviatiles et en espèces marines. Un

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auteur, peu cité, Sibbald , dans son Scotia -illustra ta , distingue les (Jnio d’une manière plus nette par le nom de Coucha margaritîfera , et il les sépare de tous les autres Mollusques. Lorsque Linné entreprit, dans le Systema natures , de ranger méthodiquement ces animaux , il les retira de cet ancien genre Mytiliis, et les introduisit maladroitement dans son genre -l/j/a, confondant ainsi sous une seule dénomination générique deux groupes d’animaux d’une organisation différente. Si d’un côté le célèbre auteur du Systema naturœ confondit les Unîo avec les ^flJes , il laissa subsister une confusion semblable dans le genre Mytilus , en y rapportant les Anodontes , d’après cette seule considération qu'elles ont une charnière simple. Tous les successeurs de Linné suivirent pendant longtemps l’exemple du maître, même après l’époque où Relxius réforma , de la manière la plus heureuse , le genre Mya de Linné, en retira le genre Unio en lui consacrant le nom qui lui a été conservé depuis. C'est en 1788 que parut la dissertation dans laquelle le savant naturaliste suédois proposa la réforme dont nous venons de parler. Le genre Unio, négligé d’abord par le plus grand nombre des naturalistes, fut accepté par Bruguière, oe premier et ce sage réformateur de la conchyliologie linnéenno; il l’inscrivit dans les tableaux de Y Encyclopédie méthodique et en fit figurer toutes les espèces qu’il connut dans le recueil de planches attaché à cet ouvrage. Bientôt après. Cuvier, dans son Tableau élémentaire ^ publié en 1798, détacha les Anodoniiles des Mytilus; mais déjà Bruguière lui-mème avait fait pressentir l'utilité do ce genre, en figurant les espèces alors connues, sous ce nom mal approprié de Anodontites. Bruguière y confondait non seulement de véritables Moules, de la section des Modioles, mais encore une coquille remarquable , désignée par Humphrey, dans le Catalogue de la collection de Galonné, sous le nom de Barbala, et pour laquelle Lamarok proposa un peu plus tard son genre Iridine.

Jusqu’en 1817, époque à laquelle fut publié , à Copenhague, l'ouvrage de Schumacher, les deux genres Unio et Anodonta parurent suffire aux besoins do la science pour ranger le petit nombre d’espèces connues. Schumacher, appliquant en toute rigueur, et par conséquent avec un excès d’exactitude, les principes de classification de Lamarck , proposa, dans le genre Unio, plusieurs démembrements fondés sur. des modifications d'une faible importance, quand on considère le genre dans son ensemble. C’est ainsi que, pour le MyamargarüifcraàQLmné, il fit le genre Margaritana , fondé sur ce fait de la disparition complète de la dent latérale postérieure, caractéristique des Unio; nous aurons bientôt l’occasion d’apprécier la valeur de ce caractère. Il pro-

LES NAÏADES

pose encore les genres Paxyodon et Prisodon pour deux espèces du genre Ihjria de Lamarck. Frappé de celte singularité que présentent un assez grand nombre d'Unio et û'Ânodonta, de la soudure des valves entre elles au-dessus du ligament, au moyen d'une expansion aliforme remarquable, Schumacher fit pour ce groupe son genre Cristaria que, plus tard , les naturalistes américains reproduisirent sous une autre dénomination, celle de Symphynote.

A la même époque , Lamarck , dans son cours , ainsi que dans la collection du Muséum , avait caractérisé plusieurs genres , démembrés d'une part des Anodontes et de l'autre des Mulettes. Ces genres reçurent une entière publication en 4819 seulement, lorsque parut le sixième volume de ['Histoire des animaux sans vertèbres : c'est là que se trouve, pour la première fois, le genre Iridine , emprunté aux -4nodontües de Bruguière, et les genres Hyria et Castalia , détachés des U7m. Quant à ce dernier, Lamarck, trompé sur la valeur de ses caractères, l’adjoignit à un genre essentiellement marin, celui des Trigonies, avec lequel il n'a point de rapports naturels. 11 est vrai que, par un artifice de sa méthode, Lamarck mettait dans le rapport le plus immédiat , la famille des Trigonies et celle des Nayades; de sorte que le genre Castalie pouvait être envisagé comme un intermédiaire entre les deux groupes. Cette idée, fort ingénieuse , sans doute, lorsque les animaux de ces genres n'étaient point connus, doit être actuellement rejetée, puisque l’on sait combien diffèrent entre eux les animaux des Trigonies et ceux du types des Unio.

Le premier, dans V Encyclopédie , nous avons fait comprendre la nécessité do la séparation des deux genres en question , quoique nous ne connussions pas alors les faits anatomiques qui, depuis, ont pleinement justifié notre opinion. L’ouvrage de Schumacher, ayant été à peine connu en France pendant longtemps, les genres de ce naturaliste ne furent point mentionnés , et ceux de Lamarck prévalurent. Férussac, Latreille, Cuvier, dans la 2® édition du Règne animal , et, depuis eux, presque tous les. autres naturalistes de l'Europe les ont admis dans leur classification.

Déjà Lamarck avait signalé parmi les quarante-huit espèces de Muletles , inscrites dans son dernier ouvrage , quelques unes de ces espèces singulières que produisent les eaux douces de l’Amérique septentrionale ; mais ces formes rentrant assez bien dans celles déjà connues , ne furent point érigées en genres, ainsi que le fit bientôt après'M. Rafinesque, lorsqu’il publia, en 4 825, dans les Annales générales des sciences physiques, un mémoire assez étendu, portant le titre de

iqS vingt-cinquième famille.

Monographie des Coquilles de rOhio. Avant la publication de cet ouvrage, le nom de M. RaGnesque était déjà connu des naturalistes de l’Europe, Un séjour en Sicile lui avait offert l’occasion de faire des observations intéressantes sur divers ordres d’animaux , et , en particulier, sur des Mollusques, Des genres nouveaux, proposés par lui, étaient restés dans l’incertitude, parce qu’ils n'avaient point été caractérisés complètement, soit à la manière de Linné, soit à celle des autres zoologistes habitués au maniement de semblables matières. Appliquant à l’étude d’un genre éminemment variable dans ses caractères , les préceptes si heureusement introduits par Lamarck et d’autres zoologistes pour la distinction des genres appartenant à d’autres groupes, M. Raûnesque tomba dans un excès déplorable, en partageant en douze genres une soixantaine d’espèces de véritables Z7nio , lesquels genres furent euxmêmes sous-divisés en sous-genres également au nombre de douze ; genres et sous-genres fondés sur des modifications d'une faible valeur des formes de la charnière. Ces genres, non justifiés au point de vue zoologique, furent longtemps oubliés, non seulement parce que leurs caractères n'étaient point exposés d’une manière suffisante, mais encore parce que les figures destinées à les faire comprendre étaient loin de remplir ce but. L'auteur, au reste , devait inspirer peu de confiance , car en cherchant à établir quelques uns de ces genres , sur des considérations empruntées à la structure des animaux , il fit voir qu’il la connaissait à peine , et il ne pub en désigner les parties par les termes consacrés , prenant le côté antérieur pour le postérieur, et réciproquement, ce qui était peu propre à rassurer les amis de la science sur la valeur du travail de M. Rafinesque. Lorsque nous parlerons des espèces si nombreuses du genre Unio , nous aurons occasion de revenir sur cette Monographie des espèces de l’Ohio, pour en apprécier le mérite. C’est à dater du moment de la publication de l’opuscule de Rafinesque , que l’on commença à connaître en Europe une partie des richesses que renferme le genre Unio dans les eaux douces de l’Amérique septentrionale.

D'un autre côté, ûansV Encyclopédie de Nicolson, ainsi que dans les premières livraisons, les seules publiées de sa Conchyliologie américaine, Say fit connaître par des figures passables et des descriptions suffisamment détaillées , quelques unes des espèces principales de l’Amérique, Ces premiers essais , en excitant le zèle des observateurs , furent le premier fondement de cette faune toute nouvelle qui s’enrichit encore chaque jour, à mesure que l’on fouille avec plus de soin les eaux douces qui baignent et arrosent, en si grande abondance, l’Amérique septentrionale.

LES NAÏADES

Un voyageur français, qu'une mort regrettable a fait disparaître récemment lorsqu’il venait se reposer, dans sa patrie, de ses immenses voyages, Lesueur, l’intrépide compagnon de Péron, dans l’expédition de Baudin, par des envois successifs , enrichit le Musée national de Paris , et ût coqnaîtro , depuis longtemps , l'abondance , la diversité et le développement extraordinaire des espèces de l’Amérique septentrionale.

Un naturaliste américain, d'un grand mérite, M. Lea, commença dès 4 829, à publier, dans les Transactions jyliilosophiques do la Société de Philadelphie, une série d’importants mémoires, dans lesquels il décrivit avec soin et illustra , par de bonnes Ggures, toutes les espèces qu’il put réunir dans le genre Unio, Tous les mémoires de M. Lea, réunis, et ils sont aujourd’hui très nombreux, constituent la monographie la plus complète qui existe sur la famille des Nayades de Lamarck, et, en particulier, sur le genre Unio. Non content de décrire les espèces , M. Lea recueillit aussi des observations précieuses sur les animaux d'un certain nombre d'espèces ; il constata en Amérique ce fait déjà découvert en Europe par Leuwenhoeck , et reproduit par M. Prévost, de Genève, de la séparation des sexes chez les animaux qui nous occupent : il existe des individus mâles et des individus femelles. Par une série d’observations des plus intéressantes, M. Lea est parvenu à démontrer que certaines formes constantes , distinguées comme espèces , pouvaient être rapportées à un autre type déjà connu j la différence offerte dans les caractères extérieurs dépendent de celle du sexe.

Nous avons déjà parlé du genre CnsDtria de Schumacher ; en le retrouvant dans les eaux douces de rAraériquo, M. Lea proposa, pour lui, en 1828, un nouveau genre sous le nom do Symphynola. Peu d'années après, en 1832 , à l'article Nayades do ï Encyclopédie , nqus fîmes voir l’inutilité do ce genre, qui néanmoins fut encore conservé pendant quelques années par l’auteur, et adopté par quelques autres naturalistes. M. Lea finit enfin par reconnaître la justesse de no^ observations , lorsqu'il publia un ^Synopsis général de la famille des Nayades do Lamarck. Ce savant , après avoir rejeté aussi notre, opinion consistant à réunir en un seul genre toutes les modifications des Unio, guidé également par une plus longue expérience . finit par adopter celle manière de voir.

Saisissant avec beaucoup de sagacité les principales modifications que présente la charnière des Unio , M. Lea les partage en quatre sousgenres. Dans le premier, auquel il accorde le nom û'Unio proprement

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dit , il range toutes les espèces qui ont des dents cardinales el une dent latérale postérieure. Le deuxième sous-genre porte le nom de Ü/an/arifana; toutes les espèces qu'il renferme ont des dents cardinales, mais point de dents postérieures. Le troisième sous-genre sous le nom de DipsaSj réunit des coquilles portant du côté postérieur une longue dent étroite ou peu proéminente. Le quatrième sous-genre enfin est consacré aux Anodonta.

M. Lca adopte, comme on le voit, sans y rien changer, un arrangemen tque nous-même avions proposé, dès 1832, dans l'Encyclopédie^ dans le but de rendre plus facilement saisissables les modifications successives que subit la charnière dans l’ensemble du grand genre Unio. Dans le deuxième genre, proposé par M. Lea , sous le nom de Ptaft/ns , deux sous-genres seulement y sont admis; tous deux correspondent à des sections du genre Iridine de Lamarck , selon que la charnière est simple ou crénelée. Nous ne voyons guère l’utilité du deuxième genre de M. Lea ; les caractères que le premier nous avons signalés dans les Iridines n'ont pas une constance assez absolue pour qu’ils méritent la création d’un genre particulier. Dans tous les cas , ce nom d’Iridines ayant une incontestable priorité , pourquoi lui substituer celui de IHatyris ? La soudure des lobes du manteau chez les Iridines se produit lentement; elle n’existe pas au même degré chez toutes les espèces. Les Iridines doivent donc rentrer, à titre de sousgenre , dans le grand genre Unio , envisagé d’une manière aussi générale que le fait M. Lea. D’un autre côté, il existe dans les Unio quelques formes tellement particulières, telles que les Hyria et les Castaîia de Lamarck , qu’il eût été utile de les admettre aussi au nombre des sous-genres. Il en est de môme des Mycetopus de M. d’Orbigny, mais alors ce genre n’était point connu du naturaliste américain. Quant au genre Sympftynofa, M. Lea l'abandonne complètement, et il se sert du caractère sur lequel il l’avait fondé pour établir des sous-divisions dans chacun de ses sous-genres. Il trouve, en effet, des espèces qui sont ou ne sont pas Symphynotes. On arrive par la subordination do ces divers caractères à grouper les espèces de la manière la plus convenable dans leurs rapports naturels.

Pour faciliter la recherche des espèces , M. Lea indique les formes principales d'après lesquelles elles peuvent être groupées : les unes sont plissées, les autres noduleuses, les troisièmes épineuses el les quatrièmes lisses. Dans chacune de ces quatre principales divisions , on peut encore réunir les espèces quadrangulaires , triangulaires , obliques, ovalaires, oblongues, subarrondies, etc. Ces divers éléments,

LES NAYADES

maniés avec adresse, conduisent à une classification, un peu artificielle, il est vrai, mais dans laquelle sont heureusement utilisés les caractères opposables entre eux et formant une dichotomie assez régulière.

Pendant que M. Lea publiait ses travaux, sur Pensemble du genre Ünio de Hetzius , M. Conrad entreprenait aussi la publication d'un ouvrage sur la même matière , mais un peu moins étendu , car l'auteur se bornait aux seules espèces de P Amérique septentrionale. Malheureusement M. Conrad ne fit pas marcher son entreprise avec la rapidité désirable pour en assurer le succès. De 1835 à 1841, il fit paraître treize livraisons seulement do sa Monographie de la famille des Unionidésde V Amérique^ et cette portion peu considérable de l’ouvrage, ne contient qu'une faible partie de la matière qu'il aurait dû traiter. 11 est bien à regretter néanmoins que M. Conrad n’ait pas persévéré davantage, car les figures qu’il donne des espèces sont généralement bonnes et suffisantes pour les faire connaître. Nous dirons aussi qu'il est fâcheux de voir des savants abandonner dans leurs ouvrages cette méthode linnéenne qui a produit de si excellents résultats pour la propagation des sciences naturelles. Pourquoi ne pas caractériser chaque espèce dans une phrase courte et concise, écrite dans une langue entendue de toutes les personnes instruites? Pourquoi aussi faire succéder les espèces sans ordre sans les grouper d'après leurs rapports naturels? Ce serait l’un des premiers éléments d’un travail qui porte le titre de Monographie, C’est dans une monographie que doivent se rencontrer les résultats des méditations et des études de l’auteur, et incontestablement le premier besoin qui devrait se faire sentir à son esprit devrait consister dans la classification méthodique des éléments qui constituent la monographie en elle-môme.

Malheureusement M. Conrad n’a pas rempli ces conditions , et il ne paraît pas non plus avoir cherché à réunir sur le genre Unio , les éléments qui pouvaient contribuer à répandre de l’intérêt sur les diverses parties de son travail. Avant de décrire des espèces, d’établir des genres , de fonder des familles , il serait bon d’exposer aux lecteurs les principes qui nous ont dirigé^ et de mentionner les faits sur lesquels ces principes eux-mêmes reposent. M. Conrad, sans doute, avant de terminer son œuvre, avait le projet de le compléter; de toute manière les amis de la science devront regretter que cet ouvrage n’ait pas été continué jusqu’à la fin.

Envisagée à son point de vue purement conchyliologique , l’histoire des Unio présente, ainsi que nous venons de le voir en abrégé, des faits qui ne manquent pas d’intérêt. Si nous la considérons maintenant

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dans ses rapports avec la physiologie et l’anatomie , nous lui trouverons un intérêt plus grand encore, car c'est ici que vient s’établir le champ clos où se débattent les questions relatives à ces sciences , dans la grande classe des Mollusques acéphalés.

Sans vouloir remonter jusqu’au père de la science , Aristote , qui le premier a parlé de la génération des Mollusques acéphales; sans vouloir reproduire les opinions erronées des anciens., définitivement détruites par les observations de llodi y nous arriverons à Lister qui, le premier, en 1 696 , tenta des recherches anatomiques sur les Moutes d'eau douce. Dans le même temps , un observateur devenu à jamais célèbre par la découverte des animalcules spermatozoïdes, Leuwenhoeck, démontrait l’existence des deux sexes, chez les Anodonles de nos rivières. Peu d’années après, Poupart, en <1705, et Méry, eu 1710 , tentaient de nouvelles observations sur le même sujet; le dornier surtout combattit les opinions de Leuwenhoeck, et prétendit démontrer rhe^maphrodisme suffisant chez les Moules des rivières ^ opinion fondée sur des observations erronées. Zwammerdam , auquel l’Iiistoire naturelle est redevable d’un si grand nombre d’intéressantes observations , s'occupa aussi de l'anatomio de la Moule des rivières, mais uniquement pour en décrire les organes extérieurs et sans y ajouter de recherches physiologiques. Depuis ce naturaliste jusqu'en 1791, époque à laquelle parut la grand ouvrage de Poli, nous ne trouvons aucun anatomiste qui.se soit occupé,; d'une manière spéciale, des animaux do la famille des Ünio,

On peut dire que o'est aux travaux de Poli , infiniment plus parfaits que ceux de ses prédécesseurs, que l'on dut les opinions qui régnèrent, pendant un grand nombre d’années , parmi les naturalistes. Le savant napolitain découvrit les ovaires , leur position dans l’abdomen et leur issue à la base de la masse abdominale. Poli perfectionna l’opinion de Méry, en attribuant les deux sexes à tous les individus se fécondant par eux-mêmes. Cuvier, avec tous les anatomistes français , parta-^ gea cette opinion , elle fut même accueillie et professée partout ; il faut en excepter cependant M. Ratcké , qui, en 1797, a la suite de recherches qu’il crut suffisantes, crut pouvoir avancer cette opinion que les œufs découverts dans les branchies par Poli , Méry et autres , sont des animaux parasites qu'il désigna par un nom spécial , celui de Coehlidiitm.

Dans un petit opuscule , publié en 1804 , un savant italien Mangiii , fît des recherches anatomiques sur les Unio, mais principalement dans le but de découvrir le système nerveux de ces animaux. Déjà Poli avail vu chez les Mollusques acéphalés des parties considérables du système

LKS NAÏADES.

nerveux ; mais trompé sur sa nature , il le prenait pour un ensemble de vaisseaux laclifères. En reconnaissant sa véritable nature, Mangili# le compléta par la découverte importante du ganglion abdominal.

Revenant toujours sur les questions physiologiques, les anatomistes font de nouvelles recherches sur les Unio , pour s’assurer si , en effet , les organes nommés branchiaux, chez eux, ont réellement pour fonction la régénération du sang : tel est le but que se propose Bojanus , ainsi que M. Treviranus , dans les mémoires qu'ils ont publiés à ce sujet. Malgré tant de travaux, toutes les questions étaient encore indécises et en suspens , lorsqu'un habile observateur, habitué au maniement du microscope, renouvela, en 4 825 , l’opinion établie par Leuwenhoeck depuis plus d’un siècle. M. Prévost, de Genève, assura avoir trouvé des individus mâles et des individus femelles que leur séparation rendait mutuellement inféconds. Cette opinion ne fut point acceptée; M. de Blainville , qui fit de son côté des observations contradictoires, ne se crut pas suffisamment éclairé pour abandonner l'opinion de Poli, consacrée jusqu’alors par tous les physiologistes. M. Jacobson, en 4 827, voulut aussi combattre l'opinion de M. Prévost, et il revint, sur la génération des î77iio, à l’opinion peu soutenable de Ratcké , opinion qui fut débattue, victorieusement combattue par M. de Blainville, dans un célèbre rapport présenté à l'Institut en 4 628. Le savant anatomiste français résuma avec sa supériorité habituelle l'état de la question, en retraça rapidement l'histoire, et conclut enfin au maintien de l’opinion de Poli , comme la plus satisfaisante dans Tétât actuel de la science , M. de Blainville se croyait d’autant mieux fondé à soutenir cette opinion que , dans le cours de ses recherches anatomiques , il avait cru trouver, chez tous les individus soumis à son examen , non seulement l’ovaire, tel que Poli l'avait décrit, mais encore un organe spécial qu’il crut destiné à la création des animaux spermatiques, et représentant , par conséquent , Torgane mâle. Mais M. de Blainville était alors dans Terreur, et nous-môme qui avons continué des recherches sur le même sujet, nous avons toujours trouvé des individus mâles et des individus femelles, ce que M. Lea, de son. coté, a également démontré pour un grand nombre d’espèces de l’Amérique septentrionale. Ces observations sont même parvenues à ce degré de certitude , que l'observateur, dont nous venons de parler, peut facilement distinguer à la première vue, et d’après leur forme extérieure, les individus mâles et les individus femelles d'un assez grand nombre d'espèces.

D’autres travaux doivent encore être mentionnés dans celle histoire anatomique et physiologique des Unio. Ce sont ceux de M. Carus, (ini

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a traité de la génération de ces Mollusques d’une manière plus satis- *faisante; ceux de M. Siebold; et, enfin, ceux deM. Carie Peiffer, dans son Histoire des Mollusques de l'Allemagne.

Comme le lecteur doit facilement s’en apercevoir, nous nous contentons do mentionner ici , dans leur ordre chronologique , les travaux principaux dont le genre i7mo. a été le sujet, pour indiquer leur but, et non pour entrer au fond des questions qui , pour être traitées d’une manière convenable, ont besoin de plus de développement que nous ne pouvons leur en donner ici. Du reste, elles trouvent leur place naturelle dans UH chapitre de notre Introduction, spécialement consacré à l’anatomie comparée et à la physiologie dos Mollusques.

Pour se rendre plus facilement compte de l’extrôme variabilité de la forme extérieure dans les espèces du genre Unio, nous les disposerons en une série régulière commençant par les plus longues et les plus étroites , et la terminant par les plus courtes. Nous voyons ainsi se produire, au commencement, des formes tout à fait analogues à celles des ; ce groupe appartient principalement aux Anodonta ou aux Mycetopus d’Orbigny. Plusieurs d'entre elles sont bâillantes aux extrémités, à la manière des Solecurtes. On y remarque aussi des espèces plus épaisses dépendantes du genre Unio proprement dit, mais, ainsi que les Solen, elles ont cinq ou six fois en largeur le diamètre de la hauteur. Aces formes si singulières, se joignent, par des nuances insensibles , des espèces de moins en moins étroites , et qui tendent vers la forme ovalaire, qui , de toutes , est la plus abondante dans l’ensemble du genre. Nos Unio d’Europe peuvent donner une très exacte idée de ce second groupe , partageable encore , si l'on voulait , d’après la position de la charnière qui est tantôt sublerminale , tantôt médiane. L’élargissement des coquilles se continuant , on peut former un groupe avec des espèces régulièrement ellipsoïdes , et cette forme subit des transformations assez considérables. On la voit passer insensiblement d’un côté, vers la forme triangulaire ; d’un autre, vers la subquadrangulaire. C'est à ce dernier groupe qu’appartiendrait un assez bon nombre des espèces du genre Hyria de Lamarck. Le raccourcissement du grand axe dans cette forme conduit insensiblement vers un quatrième groupe , dans lequel se rassemblent toutes les espèces suborbiculaires. Il y a, dans ce groupe, des Anodontes , aussi bien que des Muleltes ; enfin la série des modifications dans la forme extérieure se termine par des coquilles dont la forme se rapproche de celle des Moules et des Modioles, c’est-à-dire que leur diamètre antéro-postérieur est beaucoup plus court que le diamètre longitudinal, disposition absolument

LES NATADES.

inverse de celle que nous ont montrée les espèces du premier groupe. Le genre, embrassé dans son ensemble, présente donc un polymorphisme réellement extraordinaire et dont il n'existe pas d’autre exemple porté au même degré. Si, parmi ces formes, quelques unes étant complètement isolées s'accordaient constamment avec d’autres caractères empruntés, soit à l'animal, soit même à la coquille, il serait possible d’employer ce moyen pour circonscrire, si ce n'est de bons genres, du moins des sous-divisîoDS naturelles, au moyen desquels les espèces analogues pourraient être réunies. Mais la nature n’a point agi de celte manière. Les formes extérieures, telles que nous venons de les présenter, n’ont aucune influence sur l’organisation propre des animaux qui les produisent; aussi les autres caractères , et particulièrement ceux de la charnière , en sont absolument indépendants.

Ce qui vient d’étre exposé n’indique pas toutes les modifications dont sont susceptibles les formes extérieures des Unio , elles se montrent non moins nombreuses dans l’épaisseur des coquilles et le développement de certaines parties : depuis la forme aplatie de certaines Teilines jusqu’à la forme cylindracéo des Arches et cordiforme des Bucardes , on trouve dans les Unio tous les intermédiaires ; il existe même des espèces à crochets grands et protubérants, qui deviennent cordiformes à la manière des Isocardes. Les espèces à charnière droite, à crochets subterminaux, reproduisent les Arches des diverses sections.

Nous pouvons conclure do tout ceci que, de toutes les formes que l’on rencontre dans lo genre Unio, aucune, en particulier, ne peut servir à le caractériser.

La surface extérieure est toujours revêtue .d’un épiderme plus ou moins épais, quelquefois lisse, le plus souvent rugueux , écailleux, quelquefois sublarnelleux, et débordant presque toujours la partie solide de la coquille. Cet épiderme , presque toujours brun , donne de la facilité à reconnaître les coquilles du genre Unio ; la coloration en est peu variée. Les espèces dont l’épiderme est transparent et lisse sont souvent ornées de rayons longitudinaux , presque toujours d’un vert plus ou moins foncé, tranchant sur -la couleqr jaunâtre ou verdâtre de l’épiderme lui-même. Ces couleurs ne sont point imprégnées dans l’épaisseur du test J elles sont à la surface et paraissent dépendre de l’épiderme.

Dans tous les Unio, les bords des valves sont simples ; nous n’en connaissons aucune qui présente do ces crénelures réciproques , comparables à celles des Cardium, des Cardites, des Venus, etc. Quelques espèces, chargées sur le dos de côtes obliques, présentent quelquefois,

VIiNGT-'CïNQUIÈMIÎ FAMILLE.

vers le bord, un petit nombre de larges ondulations. Presque toujours inéquiiatérales, ces coquilles ont le côté antérieur court, et , dans un certain nombre d’espèces subcordiformes , on remarque au-dessous des crochets une sorte de lunule beaucoup moins régulière et moins constante que dans les coquilles marines. Les crochets, dépendant du bord dorsal, sont extrêmement variables; tantôt ils sont presque entièrement etfacés, comme on le voit dans la plupart des Anodontes; tantôt ils sont très saillants et comparables à ceux de Bucardes ou des hotardes: ils s'inclinent alors vers le côté antérieur. Entre ces deux points extrêmes ou trouve tous les intermédiaires possibles de développement. L’examen d’une collection un peu considérable d’espèces d'Unio en apprendra plus à ce sujet que nous ne pourrions le faire en entrant dans de plus minutieux détails.

Une sorte de carie , dont la cause est encore ignorée , attaque indistinctement les crochets et une partie de la région dorsale des Unio, Les individus soustraits à cette sorte de dégradation sont extrêmement rares , et il est certaines espèces dont tous les individus , sans exception, sont attaqués de ce mal , très peu de temps après leur naissance. Le test est frappé d’une sorte de mort qui permet sa désagrégation lente et la dissolution dans l’eau des particules qui le formaient. Nous avons vu des individus tellement attaqués que l’animal n'était plus séparé du liquide ambiant que par une pellicule mince , consolidée par un dépôt promptement sécrété. Un concliyliologue exerce, en apercevant une coquille épidermée et rongée sur les crochets, est à peu près certain qu'elle appartient à la famille des Unio,

La surface intérieure est constamment nacrée chez tous les Unio sans exception. Ce caractère, d’une faible importance, en apparence, a cependant en réalité une grande valeur par sa constance absolue. Dans celle longue série de près de quatre cehts espèces , il n’en est aucune dont le test ne soit nacré à l'inférieur. La couleur de cette nacre est variable : dans le plus grand nombre des espèces , elle est d’un beau blanc d’argent; elle passe souvent au bleoâtre ou au verdâtre ; il est des espèces , mais en petit nombre , dont la nacre est d’un beau jaune doré ; d’autres où elle est d'un rose tendre ; l’intensité de cette couleur s'accroît peu à peu , passe au pourpre , au violet , et prend quelquefois des nuances intenses et sombres.

La charnière est de toutes les parties celle qui offre les plus étonnantes variations. Pour nous en rendre compte nous disposerons les espèces , depuis celles chez lesquelles la charnière est la plus simple jusqu'à celles où elle est la plus compliquée. Elle commence, dans les

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Anodonta et les Mycelopns^ par être simple, droite et linéaire; les deux valves sont absolument semblables et maintenues dans leurs rapports naturels par la seule puissance du ligament, le bord cardinal n'offrant aucune trace de saillies, ni de cavités réciproques. A la limite de ce premier groupe se placent des espèces chez lesquelles le bord cardinal présente une très légère inQexion immédiatement au-dessous des crochets. Cette inflexion s’accroît très lentement et produit une dent cardinale sur une valve reçue dans une fossette correspondante creusée dans la valve opposée. Lorsque celle charnière est arrivée à un certain degré de développement, les espèces qui la possèdent appartiennent au genre Margarilàna , de Schumacher, par lesquelles M. Lea a conservé un sous-genre. Voilà déjà un premier embranchement sortant , pour ainsi dire, de la charnière simple des Anodontes.

Un second groupe paraît également en sortir ; des espèces minces, et ayant la forme extérieure des Anodonta^ présentent le long du bord postérieur, un peu au-dessous du ligament, une petite côte étroite et peu saillante, reçue dans une rigole proportionnée de la valve opposée. Peu à peu cette côte devient plus saillante , et la fossette qui la reçoit plus profonde. C’est avec ces espèces, pourvues d'une seule dent postérieure très allongée, que M. Lea a formé le genre Dypsas , conservé ensuite par lui à litre de sous-genre des ünio. Enfin , le dernier groupe fait voir le développement simultané des deux sortes de dents, de la dent cardinale du Margarîtanaj et de la longue dent postérieure du Drjpsas, Ce groupe, le plus nombreux en espèces, contient les Unio proprement dils, et il ne s'établit qu’à la suite d'assez nombreuses oscillations dans lesquelles on voit les dents cardinales ou la dent postérieure l’emporter dans leur accroissement , selon les espèces. A ce dernier^ groupe des Unio proprement dits, se rattachent les singulières modifications pour lesquelles Lamarck avait proposé les genres Gàitktlm et Hyria. Dans ces coquilles , la dent postérieure reste semblable à celle des t/m'o, tandis que les dents cardinales sont découpées en" un nombre plus ou moins considérable de dentelures irrégulières et réciproques : lànlôt elles sont presque parallèles entre elles; le plus souvent elles sont rayonnantes. Enfin , cette- longue série de transformations se termine par la plus extraordinaire de toutes ; elle consiste, en effet , en dentelures multipliées , sur un bord cardinal droit, analogue à celui des Arches : telle est la charnière des Iridlnes.

Le ligament est toujours externe dans toutes les espèces du grand genre Uhfo. Cel organe est puissant, épais ^ solide, demi-cylindrique ; il s’allonge sur le bord dorsal , et souvent il est consolidé par les bords

2o8 vingt-cinquième famille.

d’un corselet qui le cachent en partie. Plus la coquille a le test épais , plus son ligament est robuste; il s’affaiblit à mesure que les valves s'amincissent. Aussi, dans la plupart des Anodontes, il est beaucoup moins considérable que dans les Mulettes proprement dites. Ce ligament s’attache solidement sur des nymphes dont l’épaisseur est variable selon les espèces, mais qui sont toujours séparées du lest par un sillon profond dans lequel pénètre la tunique externe du ligament. En arrière des nymphes, à l'extrémité postérieure du bord cardinal, on remarque une surface sur laquelle vient s’étaler l’extrémité de la tunique externe du ligament , et par son moyen on sait la profondeur à laquelle pénètre cet organe dans l'épaisseur du test, fil est utile d’étudier avec soin celte disposition très apparente du ligament, pour se rendre compte de son accroissement et de la manière dont il s’engage sur la partie calcaire qui lui sert d'appui. Le ligament d'abord sécrété par un organe spécial qui se déplace par l'accroissement de l'animal, et auquel succède un organe à peu près semblable, mais destiné à déposer la partie calcaire de la nymphe ; de sorte qu’il suffit que l'accroissement se fasse avec une certaine régularité, pour que le ligament se trouve suffisamment engagé dans l'épaisseur du test destiné à le recevoir.

Il se produit dans l'ensemble du genre ünio un phénomène remarquable que Ton ne rencontre pas dans la grande famille des animaux Mollusques acéphalés. Il arrive, en effet, chez certaines espèces, que le corselet, devenant de plus en plus saillant, finit par dépasser un peu le ligament, le couvrir entièrement , et ses bords se soudent l'un à l’autre dans la ligne médiane et dorsale. Dans ce cas , les valves sont réellement réunies dans une partie de leur surface, et pour les séparer il faut non seulement briser le ligament , mais aussi la substance du test lui-même. Celte particularité remarquable avait fait penser à M. Lea qu'il serait bon de réunir en un seul genre toutes les espèces qui offrent ce caractère , et ce naturaliste a proposé pour ce genre le nom de Sym~ phynota^ quoique déjà Schumacher l'ait établi depuis 1817, sous le nom de Cristaria. Les espèces en sont nombreuses; elles se produisent quelquefois sous des formes étranges , à cause de la dilatation extraordinaire que prend la partie postérieure de la coquille qui cache le ligament. Il est même certaines espèces chez lesquelles .l'extrémité antérieure de la coquille se relève en crête , et dans celte partie les valves sont également réunies par le test : mais lorsque l'on eut rassemblé toutes les espèces de Sympliynotes , il a été facile de s'apercevoir que ce genre réunissait des coquilles dont les caractères sont très divers. Les unes, en effet, sont de véritables Anodontes, la charnière en est

LES NAYADES

simple; les autres sont des Dipsas , portant à la charnière une seule dent postérieure. D’autres appartiennent au groupe des Margaritana ; elles ont une dent cardinale seulement. D'autres ^ enfin , ont la charnière des ünios proprement dits ; il a fallu alors se demander quel était le caractère le plus important, ou celui de la réunion des valves , ou celui des modifications de la charnière. La question, ainsi posée, devait naturellement se résoudre comme nous l'avions déjà prévu dès 1832, àrarlicle Nayade de r Encyclopédie mélhodiqtw. Il est évident, en subordonnant les caractères d'après leur importance, que celui des Symphynotes n’est qu’un accident de peu de valeur. Nous terminerons ce qui est relatif au ligament par une dernière observation. Lamarck répète plusieurs fois dans les descriptions do ses espèces d’Unios, qu’il en est dont le ligament est subintérieur, et quelquefois passe en avant ou à côté des dents cardinales. Notre célèbre naturaliste, n’ayant eu à sa disposition qu’un petit nombre d’exemplaires d'ünios, a cru trouver des caractères spécifiques là où, en réalité, il n’existait que des accidents individuels. Il arrive, en effet, soit par l'âge, soit à la suite de maladie, que le ligament envahit peu à peu la charnière et la transforme insensiblement en matière cornée ; elle disparaît en tout ou en partie. Nous avons de nombreux exemples de cet état pathologique, et nous en possédons quelques uns chez lesquels les dents cardinales , circonscrites à la base par fa malièi*e du ligament, semblent prêtes à se détacher du test, comme le fait naturellement la dent des Périplomes, des Anatines, ou des Chamostrœa.

Les impressions musculaires méritent une attention particulière, lorsqu’il s'agit do déterminer des espèces quelquefois très voisines. Ces impressions conservent, dans tous les individus d'une même espèce , des formes ou des accidents moins variables que les autres caractères. Dans les ünios , comme dans tous les autres Mollusques acéphalés pourvus d’un pied, se trouvent quatre impressions musculaires inégales; deux grandes destinées aux muscles adducteurs des valves et deux petites pour les muscles rélracteurs du pied. Dans les espèces minces, comme dans les Anodontes et certains ünios, les impressions musculaires sont superficielles. A mesure que le test s’épaissit , ces impressions ont une tendance à s’y enfoncer de plus en plus, mais c’est surtout raqtérieuro qui se creuse le plus profondément. Cette impression antérieure, ordinairement demi-circulaire, est placée immédiatement au-dessous des dents cardinales, et limite l’extrémité antérieure du bord de la charnière. L’impression postérieure est plus grande que l’autre; elle est orbiculaire,’ presque toujours superficielle, et elle se

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VINGT-CINQUIÈME FAMILLE

termine en haut au-dessous du bord , par un petit appendice plus ou moins saillant. C'est sur ce point que vient s’attacher le muscle rétracteur du pied. Au-dessous de l’impression musculaire antérieure, et un peu en dedans , on remarque une petite impression souvent transverse et elliptique ; elle est produite par le muscle rétracteur antérieur du pied. Dans les ïridines , celte impression devient énorme relativement à celle des autres espèces ; elle occupe une surface au moins égale à celle du muscle adducteur antérieur lui-même. Cette grande impression donne les moyens do distinguer les espèces de ce groupe , et néanmoins, comme aucun caractère ne paraît avoir une constance absolue dans un genre si variable , il y a de véritables Iridines dans la coquille desquelles cette impression ne dépasse guère la grandeur de celle des autres Unios.

L’impression pallcale est toujours simple. Elle s’étend d’une impression musculaire à l’autre en suivant assez exactement le contour des valves. Cependant il arrive assez fréquemment à cette impression de rentrer sur elle-même du côté postérieur, et de laisser ainsi entre ello et le bord un espace beaucoup plus large que du côté antérieur. Cela se remarque particulièrement chez des espèces qui ont du côté postérieur un développement anormal , telles que ünio (olialns^ ahnormis , etc. Dans les Iridines , l’impression palléale laisse en arrière un espace beaucoup plus large, et cela s’explique par la réunion des lobes du manteau et la présence de siphons, courts à la vérité, mais pour la contraction desquels un appareil musculaire plus considérable était nécessaire.

En terminant cet examen rapide des caractères des coquilles du genre î/'m'o, nous devons faire remarquer qu’il n’en est presque point qui ne soient variables à divers degrés; et cependant, malgré cette variabilité, l’observateur est frappé de l'barmonie qui règne entre eux , et il sent, par la force des choses, qu’il est impossible de diviser des êtres sur lesquels la nature s’est plu à exercer sa puissance de variabilité, tout en conservant de l'unité dans ce grand type d’animaux Mollusques. Nous avons fait remarquer déjà dans d'autres genres , celui des Cardmm, par exemple, des variations considérables , mais, à cet égard, |iucun n’approche de celui des Unio.

Les animaux créateurs des coquilles que nous venons de décrire ne sont pas moins variables qu’elles dans leur forme générale ; mais dans leur organisation tous se ressemblent, et ils sont enveloppés d’un manteau mince, ayant les bords épaissis par un muscle orbiculaire; ces bords sont détachés l’un de l’autre dans toute la circonférence

LES NA1ÏADES.

de l’animal. Simples en avant et en bas, ils se garnissent en arrière de nombreuses papilles groupées de manière à simuler les deux siphons, lorsque l’animal les fait saillir en dehors. Une bride fort étroite, placée à l'intérieur, sépare le 4anal anal de la grande cavité palléale. La masse abdominale est épaisse; sa forme est un peu variable pour s’approprier à celle de la coquille; subquadrangulaire dans les espèces ovales, elle est plus courte dans les espèces circulaires ou modioliformes. Cette masse abdominale est surmontée en bas et en avant d'un grand pied linguiforme, triangulaire, au moyen duquel l'animal se creuse un sillon dans la vase et y marche lentement en s’appuyant sur les bords libres do ses valves enlr’ouvertes. Il est de certaines espèces qui vivent sédentaires , et qui , au moyen de leur pied, s’enfoncent dans le sable ou dans la vase. Chez les Mycetopus de M. d’Orbigny, le pied acquiert une forme comparable à celui des Solen; il s'allonge, devient claviforme, et se termine en avant en un empâtement susceptible de se dilater exactement comme chez les Soten proprement dits. Aussi par ce fait particulier de leur organisation , ces animaux doivent constituer un groupe particulier, voisin des Anodooles et des Iridines.

La bouche est assez grande , transverse ; elle est garnie de lèvres membraneuses que l’on voit se continuer de chaque côté du corps en une paire de grandes palpes labiales, ou ovales, ou triangulaires , souvent obtuses au sommet, largement Cxées par la base : la paire interne s’attache au corps de lanimal , la paire externe au manteau. Pour quelques anatomistes , ces palpes labiales ont été prises pour des branchies véritables , les branchies ayant été considérées par eux comme des appendices des organes de la génération. Celte méprise devra paraître extraordinaire aujourd’hui. Il suffit d’une injection assez facile à exécuter pour démontrer la nature essentiellement vasculaire des organes branchiaux.

Chez les ünios les branchies sont au nombre de deux de chaque côté du corps; elles sont allongées, assez étroites, cependant inégales comme chez les autres Mollusques lamellibranches. La paire interne est un peu plus longue et plus large que l’externe ; l’extrémité antérieure s’enfonce au-dessous du manteau jusque dans la cavité des crochets , et elle s’avance jusqu’aux palpes labiaux entre lesquels leur extrémité s’engage. En arrière de la masse abdominale, les branchies, d’un côté, se réunissent à celles du côté opposé; elles descendent ainsi jusque vers le bord postérieur du manteau,, elles se terminent à la petite bride destinée à séparer la cavité anale.

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Lorsque, sans les détacher, on soulève les branchies et on les renverse en dehors , on aperçoit au-dessous d'elles , sur les parties latérales du corps de l'animal , deux très petites ouvertures , l’une est celle de l’ovaire, l’autre est celle d’un organe pris p(»r un poumon par quelques anatomistes , et qui n’est autre que l’organe dépurateur. On aperçoit, par la disposition do ces ouvertures, que les produits qu’elles doivent rejeter au dehors tombent d’abord dans un canal aquifère, circonscrit par le feuillet externe des branchies-, et c’est pour cette raison qu’il est le seul qui puisse recevoir les œufs, au moment de leur ponte, et les conserver un certain temps pour leur faire subir une sorte d'incubation.

Tous les Ünios, sans exception, sont des animaux d’eau douce. Ils se multiplient en nombre quelquefois considérable, aussi bien dans les eaux courantes des rivières et des fleuves que dans les eaux stagnantes des étangs et des lacs. Ils habitent à des profondeurs diverses selon les espèces ; quelques uns préfèrent les eaux vives et fraîches qui sortent des montagnes; il en est d’indifférentes à la nature des eaux, et elles habitent indistinctement les étangs et les rivières. Dans les climats chauds, on en voit souvent dans des marais susceptibles de se dessécher complètement sous les ardeurs du soleil d’été : elles s’enfoncent, à ce qu’i! paraît, profondément dans la vase ; ces marais se transforment en prairies verdoyantes , et dans la saison des pluies les Unios et les Ànodontes reparaissent en abondance.

Au temps de Linné , on comptait quatre ou cinq espèces seulement tant du genre Unio que du genre ^wotlon(a. Retzius, Sehroeter, Gmelin, onrichirent.un peu le catalogue, qui s’augmenta peu dans les mains de Bruguière, lorsqu’il fit représenter les espèces connues de son temps dans les planches de V Encyclopédie, Lamarck inscrivit quarante-huit espèces de Muletles et d’Anodontes, et quatre tant dans les Hyries, les Caslalies , que dans les Indines. Depuis Lamarck , l'activité des recherches fut telle que le nombre des espèces constatées aujourd’hui s’élève à près de quatre cents. Presque toutes les eaux douces de la terre en contiennent; et il est à présumer que le nombre s’en augmentera encore, lorsque l’on aura exploré, avec le soin nécessàire, les eaux douces de l'Asie, de la Chine et du Japon , de l'Afrique centrale et des parties considérables de la Nouvelle-Hollande. De toutes les régions, la plus riche dans ce genre est incontestablement l'Amérique septentrionale. Ses eaux nourrissent plus de la moitié des espèces connues. L’Europe est beaucoup moins bien partagée; mais c’est parmi les espèces qui s'y trouvent que l'on remarque certaines d'entre elles

LES NAYADES

qui jouissent de la propriété de se répandre sur toutes les terres do l’hémisphère septentrional.

/ Unio.

1 Unio .

1 Hyria.

A. Symphynotes

B. Non symphynotes.

l Margaritana

Genre UniOf Retzius.^

A. Espèces symphynotes.

B. Espèces non symphynotes,

iDîpsas Symphynotes.

■ Mycetopîis,

/ A. Espèces symphynotes.

Anodonta. .<B. Espèces non sym-

Anodonla.

phynotes.

v./ndma.

Nous résumons dans la classification ci-dessus ce que nous avons dit du genre l7/u'q, considéré dans ses généralités. Cette classification, comme on le voit, diffère à peine de celle de M. Lea; mais il devait en être ainsi , puisque le conchyliologue américain s’est appuyé des principes que nous avons posés en 4 832 pour fonder la classification qu’il a publiée quelques années plus tard. Nous n’admettons pas un genre distinct pour les Iridines ; nous le considérons , avec \es Mycetopus , comme une sous-division des Anodontes , le caractère principal sur lequel le genre Iridine était fondé se trouvant variable, et par conséquent d’une importance relative peu considérable. Si l’on admettait les Iridines à titre de genre, il faudrait aussi accepter, par la môme raison , les Castalies de Lamarck. car M. d’Orbigny a fait voir, dans son Voyage en Amérique , que l'animal de ce dernier groupe a également le manteau soudé en arrière et terminé par deux ouvertures distinctes. Si l’on voulait appliquer en toute rigueur ce caractère de, la réunion des lobes du manteau, il faudrait joindre les Castalies aux Iridines ; car, à cet égard , elles présentent la même organisation. Il s’établit, comme on le voit, un parallélisme complet entre les Unios et les Anodontes; on y retrouve des sous-divisions d’une égale valeur. Quant aux divisions fondées sur la jonction des valves par leur soudure immédiate, elles ont beaucoup moins d’importance que les précédentes ; aussi se montre-t-elle dans la plupart des sous-genres. Au moyen do l’arrangement que nous proposons , le grand genre Unio conserve son unité et , il permet la distribution des nombreuses espèces dans un

VINGT-GINQÜIÈME FAMILLE.

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nombre de groupes assez considérables pour pouvoir les retrouver avec

facilité, malgré leur grand nombre el la diversité de lears caractères.

Ainsi que nous le faisions observer, cette classification très simple présente encore cet avantage d’avoir prépard^ne place pour toutes les espèces qui seront découvertes dans l’avenir , toutes les combinaisons que le genre peut présenter se trouvant déjà suffisamment connues. Les espèces fossiles elles-mêmes pourraient à la rigueur se ranger à la suite des vivantes ; car elles n’offrent rien dans leurs caractères qui s’oppose à les introduire dans les groupes déjà naturellement limités.

Les espèces fossiles sont infiniment moins nombreuses. On avait cru d’abord les retrouver dans presque toute la série des terrains de sédiment, à commencer par le terrain carbonifère; mais ces espèces sont retirées actuellement du genre t/nio, et réunies dans le genre Cardinia d'Agassiz. Les véritables î7nfo apparaissent pour la première fois dans le grand dépôt lacustre qui sépare le terrain jurassique des terrains crétacés. Les terrains marins de la craie n’en contiennent point; mais le genre réparait avec les terrains d'eau douce qui constituent les assises inférieures des premiers terrains tertiaires. Depuis ce moment, jusqu'à l'époque actuelle, les Unios accompagnent presque partout les lèrrains tertiaires des diverses époques , et on les retrouve aussi dans les terrains quaternaires , et souvent, dans cos terrains, ce sont des espèces identiques avec celles qui vivent actuellement. Mais ces espèces fossiles exigent de notre part une attention toute spéciale pour pouvoir en déterminer rigoureusement la place et le nombre dans les diverses couches où elles s’observent.

Nous constatons soixante espèces fossiles dans le genre Unio ; elles se partagent très inégalement entre les ünios proprement dits et les Anodontes. Toutes les espèces mentionnées dans les terrains paléozoïques ou les jurassiques dépendent, sans exception, du genre Cardima d’Agassiz. Les premiers ünios constatés apparaissent dans le vaste dépôt lacustre qui sépare les terrains jurassiques des terrains crétacés. Quinze espèces y sont aujourd'hui connues; dix d’entre elles appartiennent au weald d’Angleterre, les autres sont propres à cette même formation de l’Allemagne; et, ce qui est remarquable, c’est qu’aucune espèce ne passe en identique d’un pays dans l’autre. Nous ne sommes pas entièrement d’accord avec M. Dunker. sur le nombre des espèces du weald de l'Allemagne; il en compte cinq dans son ouvrage sur la formation wealdienne, il devrait y en avoir trois de plus , car nous les trouvons dans les ouvrages antérieurs de ce naturaliste lui-même : ainsi VUnio Voîtzii, décrit par MM. Koch et Dunker,

LES NAYADES

2lS

dans leur ouvrage sur le système ooUtique du «orrf de V Allemagne , n’est plus mentionné par M. Dunker dans sa Monographie du ten'aimoealdieu de V Allemagne ; il en est de même de l'Unio convexus , de Roemer ; et enfin nous voyons, dans l’ouvrage de MM. Koch et Dunker, sous le nom de Cyrena dispar^ une petite coquille qui a toute l'apparence d’un Unio , et, qui n’est plus mentionnée dans les autres travaux des mêmes naturalistes. Ces trois espèces dont nous venons de parler ne sont môme pas citées dans la synonymie de celles que ces messieurs conservent.

Onze espèces se répandent dans l’étage tertiaire parisien ; trois seulement sont actuellement connues dans le bassin de Paris proprement dit; les autres ont été découvertes dans les couches tertiaires inférieures du département des Bouches-du-lUiône , et décrites par M. Matheron, dans son Catalogue des corps organisés fossiles de ce département. Ces espèces, étant entièrement locales, ne franchissant pas les limites du bassin où elles se rencontrent, ne doivent pas être mentionnées ici. Cependant nous devons dire que rf/?ïio iruncaiosat de Michaud , caractérise les sables à lignites du bassin de Paris; tandis que VUnio Solanderi n’est pas moins abondant en Angleterre dans les sables de Oordwell et de Colwel. Enfin, nous ne devons pas dmeltre une grande espèce découverte par M. Lartet dans les dépôts lacustres de Sansan.

Le terrain tertiaire moyen contient un plus grand nombre d’espèces ; nous en comptons dix-neuf. Dans un mémoire très intéressant, publié en 1846 par M. Noulet , sur quelques coquilles nouvelles du bassin sous-pyrénéen , nous trouvons neuf espèces répandues quelquefois en abondance dans un terrain d’eau douce qui couvre une grande partie de PAquitaine. Ces espèces ont toutes un cachet particulier, et l’on retrouve parmi elles des formes analogues à celles de quelques espèces actuellement vivantes dans l’Amérique septentrionale.

Jusqu’ici nous ne connaissons aucune espèce dans le bassin de l’Adour; une seule a été signalée en Auvergne par M. Bouüiet, Le bassin de Vienne en possède trois, et Goldfuss en a fait connaître quatre des mollasses de la Suisse. -

Parmi les coquilles rapportées de l’Inde par M. Malcolmson , se sont trouvées des espèces lacustres , et entre autres doux ünios fort remarquables, dont l’un a tout à fait l'apparence d’une Cyrène : M. Sowerby a eu tort de lui donner le nom de lumidus , déjà consacré depuis longtemps par Retzius à une espèce vivante ; nous proposons , pour l’espèce fossile , la dénomination d’f7nîo cyreniformis^ Deshayes.

C’est probablement à la suite des espèces de l’étage moyen qu’il

2 1 6 VINGT-CINQUIÈME FAMILLE

faudra placer VUnio diîüvii , de M. d’Orbigny, trouvé par lui dans un assez vaste dépôt lacustre de la Patagonie.

Les terrains quaternaires ne renferment jusqu’ici qu’un petit nombre d'espèces; la liste s’accroîtra probablement beaucoup, lorsque l’on inscrira avec le soin nécessaire toutes celles que l’on rencontre dans les terrains tertiaires récents de l'Amérique septentrionale. Nous pouvons mentionner aujourd’hui six espèces seulement : les Unîo batavus, tumiduSj piciorum f littoralîs et sinuatuSt qui toutes ont leur représentant vivant dans les eaux douces de l'Europe. Parmi ces espèces , nous signalerons surtout le lUtoralis qui se montre à la fois en France et en Angleterre. Le ôafauus est cité en Allemagne ; le tumidus et le piclorum en Angleterre* VUîiio atœformis , de M. Alexandre Brown , paraît différente de toutes celles qui vivent actuellement dans nos eaux douces.

Les espèces appartenant à la section des Anodontes sont 'au nombre de cinq seulement; trois sont de l’étage parisien. Les Anodonta obliqua et Cordieri ont été découvertes par M. Ch. d’Orbigny dans les argiles plastiques du bassin de Paris. La troisième, Ànodo)xta aquensis, est du département des Bouches-du-Rhône. Une seule est dans le terrain tertiaire moyen , c’est V Anodonta anatinoides. La dernière, enCn , est la cijgnea do Linné , trouvée dans les terrains quaternaires de l’Angleterre, où elle accompagne les Ünio que nous y avons déjà mentionnés.

On chercherait en vain dans le Prodrome de paléontologie les espèces d'Unios dont nous venons de parler. Sur les soixante espèces que nous avons constatées , publiées plusieurs années avant l’ouvrage du paléontologiste français , cinquante-deux sont omises. M. d’Orbigny a même oublié les deux espèces d'Anodontes découvertes par M. son frère dans les argiles plastiques de Paris. De telles omissions devraient attirer à l’auteur, avec plus de justice, les critiques moins méritées qu’il adresse à l'auteur de V Index palœontologicus.

Il aurait fallu consacrer un trop grand nombre de figures, si nous avions voulu reproduire celles des espèces qui offrent des formes ou des caractères intéressants : nous nous sommes borné aux modifications les plus importantes ; les personnes studieuses pourront suppléer par l’examen des collections à ce que nous n’avons pu leur mettre ici sous les yeux.

A côté deVUnio pyramidatus, Lea, pl. 31 , f. 1 , 2,

ünio cardiacea. Say, Gucrin, Icon. de règ. an, pl. 28. f. 7.

Vniomytiloides? Raf. Ann. gén. sc. phy, t. 5. p. 3i3.

LES NAYADES

coquille épaisse , plus longue que large , à charnière très épaisse , nous plaçons une coquille extrêmement bombée ; par sa forme générale , elle se rapproche de certaines Arches , ce qui lui a valu , de la part de M. Lea , le nom de :

ünio arcœformis , Lea, pl. 29 , f. 6.

Lea, Trans. Soc. phil. t. 4. p. 116. pl. 17, f. 44,

Unio nexus. Say, Amer, conch. pl. 5i.

Ce dernier nom devra prévaloir à cause de son antériorité bien reconnue aujourd’hui.

A la suite de ces deux espèces à charnière épaisse , nous donuons comme exemple d’une modification très intéressante ;

VUnio gracilis , Barnes, pl. 30, f. 2, 3,

Vnio Jragilis. Raf. Add, gén% sc. phy. t, 5. p, agS,

Id. Conrad, Monog. des Nay, p. 55. pl. 3o,

Sympkynotay Lea.

Espèce mince et fragile, offrant la charnière des ünios à l’état rudimentaire ; une dent cardinale , très petite et étroite j une dent postérieure . mince et allongée sur le bord.

A la suite de cette coquille nous plaçons :

L' Unio xknàulaia y Say, pl. 30, f. 8, 9.

Anodonta unduîata, Say, Encycl, de Nichols. pl. 3, f. 6.

Anodon rttgosiis? Swainson, Zool. ill. i'® sér, t. a. pl. 96.

Elle a au-dessous du crocTiet un rudiment .obtus d’une seule dent cardinale , sans la moindre trace de la dent postérieure. Cette espèce est , pour ainsi dire, le commencement du genre ^/asmodoïita ou Margarilana y de Schumacher. Lorsque cette dent grossit, on a des coquilles du genre dont nous venons de parler, caractérisé, comme nous l’avons vu, par la présence de la seule dent cardinale ; de ce nombre se trouve :

L’ï7mo confragosay Say, pl. 30 , f. 5, 6, 7.

Alasmodonca con/ragosa, Sày, Amer, conch, pl. ai.

Coquille à test assez mince, très bombée et irrégulièrement plissée au dehors; les plissent obliques; la charnière est remarquable par l’élargissement et l’aplatissement de la seule dent qu’elle porte sous le crochet. Il existe, dans le même groupe , d'autres espèces à charnière beaucoup plus puissante , mais dans laquelle la dent postérieure manque toujours.

2 18 VINGT-CINOUIÈME FAMILLE.

En revenant de VUnio tindulata , précédemment cité, vers le type des Anodontes, nous rencontrons une coquille chez laquelle la charnière est encore plus simple et plus rapprochée de celle des Anodontes. Aussi Lamarck la range dans le genre Anodonte , sous le nom de

Ânodonta itniopsiSj Lamarck, pl. 30 , f. 4.

Lamarck, An, s. vert, a* éd. t, 6. p. 567. n° 8.

Tout en comprenant bien , comme le témoigne le nom spécifique qu’il lui choisit, qu’elle conserve des rapports avec les Unios.

Comme on le voit , au moyen d’un petit nombre d’espèces . on fait voir le passage insensible entre les Unies et les Anodontes , et l’on établit ainsi les rapports intimes qui lient les deux groupes.

L’.flnodon(tt cataracla, de Say, pl. 30 , f. 1,

Say, Amer, conch. pl. 3. f. 4,

Lamarck, Au. s. vert, a* ëd. t. 6 p, 566. n® 5

par son test mince et sa charnière étroite , simple, droite et linéaire, appartient au type des Anodontes, aussi bien que YAnodonta cygnœa, V Anodonta cellensis, etc., qui vivent dans les eaux douces de l’Europe.

Lorsque la dent cardinale des Unios a disparu, et que la seule dent postérieure subsiste, on a le genre Dipsa^, 11 renferme des coquilles minces, comme celles des Anodontes; mais alors dans toutes les valves se joignent entre elles par la substance du lest le long du bord dorsal, à l’aide de crêtes plus ou moins saillantes ; elles sont donc symphynotes. Aussi , selon que l’on a attribué plus d’importance à l’un ou à l’autre des caractères , les naturalistes les ont rangées, tantôt dans un genre, tantôt dans l’autre. L’une des espèces les plus connues est la suivante :

Unio bialatus , Deshayes , pl. 31 , f. 3.

Symph/nota bialata, Lea,Trans. phil. Süc. t. 3. p, 59. pl. 14. f. 24. Unio bialata. Desh. dans Lamk, An. s. vert. 2* éd. t. 6, p. 558. 11® 81.

C’est une grande et belle coquille, mince, fragile, remarquable par ses deux crêtes sur le bord supérieur: l’une, en avant des crochets, pourrait être considérée comme une lunule saillante et déplacée en dehors , comme dans les Cardiies et les Cavdinia elle est dirigée en dedans dans un sons opposé; la seconde est située au-dessus du ligament. La dent postérieure do la charnière est étroite, en- forme de côte obtuse légèrement arquée dans sa longueur.

Les Iridines terminent la série régulière des Unios ; elles -se partagent en deux groupes bien distincts d’espèces : chez les unes , la char-

LES NAYADES

nièro est crénelée comme dans les Arches, mais avec moins de régularité; dans les autres, la charnière est simple, droite, linéaire, comme dans les Anodontes. Telle est :

V Iridina nilotica J CailHaud , pl. 17, f. 6 , 7.

Cailli^ud, Voy. à Méroé. t, a. pl. 60. f. if.

Grande et belle coquille transverse , élargie en arrière , ayant le test formé d’une belle nacre rose pourpré.

M. d’Orbigny, dans son Voyage en Amérique y a fait connaître ce fait intéressant au sujet des Castalies de Lamarck , que l’animal est semblable à celui des Iridines; les lobes du manteau sont réunis en arrière et prolongés en deux siphons distincts , mais très courts. Si l’on voulait attribuer à ce caractère toute la valeur qu’il a dans d’autres familles , il faudrait de toute nécessité joindre les Castalies aux Iridines, et en former un seul genre ; mais ce genre serait évidemment artificiel. Ceci prouve que le même phénomène se reproduit dans deux groupes différents : il y a des Unios à siphons, comme des Anodontes, et les Castalies ne sont pas plus un bon genre que les Iridines ; tous deux doivent rentrer dans les sous-divisions. Il en est de même des H y ries de Lamarck, dont les animaux sont probablement semblables à ceux des Castalies, Ces Mollusques peuplent les mêmes eaux; ils habitent l’Amérique méridionale, où ils ne sont pas moins abondants que les Unios proprement dits dans les eaux de l’Amérique septentrionale.

L'Unio ambigims , Sowerby, pl. 29, f, 7, 8, 9,

Castaiia ambigua. Lamk. An. s. vert, a* éd. t. 6. p. SaS.

est une coquille épaisse , ventrue , subcordiforme , ayant l’angle pos térieur séparé par un angle obtus. La surface est ornée de nombreuses côtes longitudinales, régulières, caractère qui se rencontre très rarement dans le genre Unio, La charnière est arquée dans sa longueur et constituée comme celle des Unies; seulement la dent cardinale est divisée et la dent postérieure* crénelée.

Dans les Hyries, la charnière, est droite et quelquefois prolongée en oreillettes en avant et en arrière, un peu à la manière des Avicules. L’espèce la plus anciennement connue de ce groupe est ;

L'Uiiio syrmalophora, Deshayos , pl, 29, f. 10, 11.

iVj'a synnatophora^ Gi'üuovius, Zooph. p. a6o. u" logS.

IJjria tivicularis, Luiuk. An, s. vert, a® éJ. t. 6. p. 56x.

Paxyodon ponderostts. SclumuclitT, Essai, pl. ii. f. 2.

220 VINGT-CINQUIÈME FAMILLE

Coquille restée rare pendant longtemps dans les collections, aujourd’hui très répandue. Elle offre plusieurs variétés : sa charnière droite et appendiculée en avant et en arrière, sa surface convexe, plus saillante et subanguleuse en arrière, la font reconnaître parmi celles du môme groupe; les dents forment entre elles un angle très ouvert; la dent cardinale est fortement sillonnée^ il en est de môme de la postérieure. Les appendices de la charnière peuvent se comparer à ceux des Dipsas; seulement ils ne se soudent pas entre eux et restent dans la direction du bord cardinal.

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