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GENRE SOIXANTE-DIX-HUITIÈME

CARDINIE, Cardinia, AgQSsiz.

' CAEACTÈRES GENERIQUES. — Animal inconnu. — Coquille ovale, transverse ou subtrigone , inéquilatérale , lisse ou sillonnée transversalement. Bord inférieur simple et tranchant. Crochets rapprochés , peu saillants , fort obliques , dominant un côté antérieur court , creusé en avant d’une lunule étroite, très profonde, souvent lancéolée. Bord cardinal épais , court, brusquement tronqué à ses extrémités, plus étroit au milieu, quelquefois sans dents cardinales, quelquefois une seule dent rudimentaire. Une dent latérale antérieure , oblique , oblongue, peu saillante sur la valve droite reçue dans une fossette de la valve gauche ; une dent latérale postérieure , allongée sur le bord de la valve gauche et reçue dans une fossette en gouttière de la valve droite. Deux impressions musculaires, circulaires, creusées dans Fépaisseur du test et situées aux extrémités tronquées du bord cardinal. Impression palléale simple ; deux petites impressions musculaires pour les rétracteurs du pied; nymphe peu épaisse, portant un ligament externe en partie caché sous le bord du corselet.

SYNONYMIE GENERIQUE. — T/iulassides , Berger, Geinilz. — Thalassites , Quenstedt. — Pachyodon , Stutchbury,

LES NAYADES

Brown. — Sz7iemurïa , de Christol. — Cardinia^ Agassiz, Morris, Strickland, de Koninck, Dunker, etc.' — Grainmysia? de Verneuil.

Observations. A Texemple de Sowerby, la plupart des conchyliologues rangèrent parmi les Unio des coquilles fossiles des terrains anciens, qui, en effet, par l’ensemble de leurs caractères, s’en rapprochent considérablement. Souvent fermées et ne montrant aucune trace de charnière, ces coquilles ont d'abord été jugées d’après leur forme extérieure, et quelques unes de leurs espèces ont été introduites parmi les Cythérées , les Lucines , les Vénus , et même les Posidonies , selon qu’elles ont présenté des formes analogues à celles qui caractérisent plus particulièrement ces divers genres. Lorsque M. Agassiz publia en 1E41 la nouvelle édition du Minerai conchology^ il désigna plusieurs espèces d’ünios de cet ouvrage pour former un genre nouveau auqdfel il attacha le nom de Cardinia. Ce nom n’a pas d’abord été universellement adopté. M. Berger, en effet, en 4 833, dans le Journal de minéralogie de Leonhard, avait indiqué, sous le nom de Tlialassides , un genre qui paraît être identique avec celui de M. Agassiz. Mais, l'auteur ne l'ayant pas caractérisé, ce nom n’a pu acquérir le moindre droit à la prio rité sur celui de M. Agassiz; il doit être rejeté de toute nomenclature bien faite. Dans ce genre de création , il ne suffît pas , en effet, d’imposer Vaguement un nom à des objets peu connus , il faut que ce nom soit appuyé d'une description suffîsamment détaillée pour faire apprécier la valeur du genre. En 4 842 , M. Stutchbury, n'ayant pas eu une connaissance suffisante du nouveau genre de M. Agassiz, le proposa sous un second nom,- celui de Pachyodon, dans les Annales des sciences naturelles de Londres. A la môme époque , M. de Christol , dans le Bulletin de la Société géologique, proposait un troisième nom, celui de Sinemun'a, emprunté à celui de la ville de Semur, ville du département de la Côte-d’Or, aux environs de laquelle un assez grand nombre d’espèces du genre dont nous nous occupons ont été trouvées dans un admirable état de conservation, .quoique transformées en fer oligiste. Le nom de Cardinia , ayant incontestablement la priorité, doit prévaloir sur tous les autres^

Les Cardhiia sont des coquilles généralement épaisses, transverses, quelquefois subtrigones et presque toujours aplaties latéralement ; elles sont parfaitement équivalves , inéquilalérales ; le côté antérieur est quelquefois extrêmement court. La surface extérieure, souvent lisse, est assez fréquemment chargée de côtes aplaties et irrégulières, produites par

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des accroissements. Aucune Card/ma jusqu’ici n’a otfert de stries ou de côtes longitudinales. Dans toutes les espèces, les bords sont simples, et les valves, réunies, sont fermées hermétiquement sur tout leur contour. La saillie des crochets partage le bord dorsal dans sa longueur en deux portions inégales. Ce bord dorsal est peu épais; il est creusé par un corselet lancéolé, plus ou moins profond , selon les espèces , et au fond duquel so voient des nymphes assez épaisses , sur lesquelles se fixait un ligament externe, demi-cylindrique et assez allongé. Les crochets sont généralement petits , pointus , peu saillants , obliquement infléchis du côté antérieur; ils ne portent jamais aucune trace de ces érosions quelquefois profondes qui souvent détruisent ceux des Unios ; immédiatement au-dessous d'eux est creusée une lunule très profonde , non circonscrite en dehors et qui semble vouloir pénétrer dans l’intérieur de la coquille.

s La charnière est peu variable, elle a beaucoup de rapports avec celle des Uiîio, surtout chez celles des espèces où la dent antérieure, étant très courte, peut être prise pour une dent cardinale. Il n’existe point, en effet, de dent cardinale chez les éJard/nfa ; elles sont remplacées par un simple bourrelet obliquement décurrent d’avant en arrière et qui sert de limite à la lunule ; dans les espèces où ce bourrelet existe , il est un peu plus saillant sur la valve droite que sur la gauche, et une inflexion creusée dans cette dernière valve est destinée à la recevoir ; ce sont là les seuls vestiges des dents cardinales et toutes les espèces ne les montrent pas. La charnière se trouve donc essentiellement formée d’une dent latérale antérieure et d’une postérieure, comparable à celle des Unios. Ces dents, assez épaisses , s’avancent obliquement dans l’intérieur des valves et viennent se terminer brusquement par une sorte de troncature sur le bord des impressions musculaires. La dent latérale antérieure est saillante sur la valve droite , tandis que c’est la dent latérale postérieure qui est proéminente sur la valve gauche. Ces dents ont une structure toute spéciale; elles sont courtes, aplaties latéralement, circonscrites de chaque côté par une légère dépression, subitement tronquées à leur extrémité, La fossette qui les reçoit consiste en une simple rigole ouverte en avant et circonscrite par les branches égales d’une bifurcation ; la dent latérale antérieure est plus courte que la postérieure. Cette dernière se rapproche un peu de celle d&s Unios ; elle occupe la même place, mais elle est beaucoup plus courte et commence en arrière de l’extrémité postérieure de la nymphe.

La surface intérieure des valves est lisse ; elle présente deux impressions musculaires d’une médiocre étendue, dont le contour est

LES NWADES.

ordinairoment circulaire, et toujours assez profondément creusées dans l’épaisseur du test; cependant, comme dans les UniOj l’impression antérieure est toujours plus profonde que la postérieure. Nous avons vu, dans ces dernières coquilles, deux autres impressions musculaires moins grandes sur lesquelles s’attachent les muscles rétracteurs du pied. Quelques personnes ont cru que ces impressions n’existaient pas dans les Cardinia; elles y sont cependant, mais elles n’occupent pas exactement la même place que dans le genre que nous venons de citer. L’impression du muscle rélracteur antérieur est creusée sur la face latérale et interne de l’extrémité du bord cardinal sur laquelle la dent latérale antérieure est située. Dans les Unio, au contraire, cette impression est constamment à côté de l’impression musculaire et à son niveaü. Le muscle rétracteur postérieur se voit beaucoup plus difficilement ; réduit à un plus faible volume , son impression est beaucoup plus superficielle et située sur le plan oblique qui forme la Ironcaluro du bord cardinal on avant do l’impression musculaire postérieure. Nous devons dire qu’il existe peu de genres chez lesquels se présente une semblable disposition ; aussi nous n’avons plus hésité à admettre le genre de M. Âgassiz, depuis que nous avons pu on connaître tous les caractères sur des coquilles du lias inférieur d’Halberstadt, dans un état de conservation qui égale celui des plus belles coquilles du terrain tertiaire, et que nous devons à l’obligeance de M. Terquem. M. Dunker, dans le Palæontograpkica de Meyer, a donné de bonnes figures de l’espèce en question, et néanmoins nous n’y apercevons aucune trace de l’impression du muscle rétracteur du pied. Une impression paliéalo simple, parallèle au bord inférieur des valves, s’étend d’un muscle à l'autre en laissant en dehors la moitié ou les deux tiers de l'impression musculaire postérieure.

Nous devons ajouter un fait intéressant que nous avons eu occasion de constater dans la belle et importante collection créée à l’École normale par les soins de son savant sous-directeur, M. Hébert. Un individu du Cardinia concinnaj provenant du lias inférieur de la Manche , montre une partie de la surfac'e intérieure avec une nacre aussi brillante que si elle était encore vivante. Ce fait prouve combien est juste l’opinion de M. Agassiz , qui , en créant le genre Cardinia , reconnaît qu’il doit faire partie de la famille des Nayades.

En envisageant dans leur ensemble les caractères du genre Cardinia^ on est naturellement conduit à rapprocher ces coquilles de celles du genre Unio. Elles ont des formes extérieures analogues ; une lunule non circonscrite et profondément enfoncée, comme dans un grand

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nombre d'espèces de Muleltes. Leur test était nacré, et sans doute était revêtu d’un épiderme écailleux, ainsi que le montre le mode d’acxroisscment et les stries irrégulières qui en résultent. Les impressions musculaires ont la plus grande analogie, à ce point qu’il serait assez difûcile de distinguer un moule de Cardinia de celui des Unio. Cependant si les moules étaient assez nets pour avoir conservé les traces des impressions du muscle rétracteur du pied, par leur moyen, on pourrait assez facilement distinguer les moules des deux genres. La charnière elle-même, dans laquelle s’offrent les plus grandes différences entre les Unio et les Cardinia^ conserve cependant des traits de ressemblance incontestables, surtout chez ceux des Ünios dont la dent cardinale, détachée de la lame postérieure par un espace aplati et assez allongé, simule exactement la dent latérale antérieure des^7ardtm■a.

Si , après avoir montré les ressemblances , nous cherchons les différences , nous les trouverons beaucoup moins nombreuses et surtout d’une moindre importance. Comme nous le faisions remarquer tout à l’heure, les crochets des Cardinia restent toujours entiers, jamais ils ne sont rongés comme le sont ceux des ünios actuellement vivants. Nous avons fait depuis longtemps cette remarque, qu’aucun Unio fossile du terrain wealdien, ou môme des terrains tertiaires inférieurs et moyens, n’est attaqué de ces érosions si fréquentes dans les espèces vivantes. Dans les temps anciens, ces animaux n’étaient point soumis aux causes qui aujourd’hui frappent de maladie une partie de leur lest. Les Cardinies, en cela, se trouvent dans le môme état que les ünios fossiles; il ne faut donc attribuer aucune valeur à celle absence de l’érosion des crochets. La charnière offre, dans la disparition des dents cardinales , une différence d’une plus grande valeur. De tous les caractères différentiels, le plus important réside, sans contredit , dans les impressions des muscles rélracleurs du pied. La somme des ressemblances l’emporte donc do beaucoup sur celle des différences, ce qui conduit vers cette opinion, que les Cardinies sont très voisines des ünios et doivent faire partie de la famille des Nayades.

Quelques zoologistes , sans s’être rendu un compte suffisant de la valeur des caractères, ont rapproché les Cardinies des Astartés; mais rien ne justifie cette opinion , et moins encore celle de M. de Koninck , qui les introduit dans la famille des Mactracés. Ce n’est pas tout à fait sans raison que M. de Koninck a été conduit à ce rapprochement. Nous avons sous les yeux une coquille de la collection de ce savant distingué : c’est un très bel exemplaire du Cardinia constricta. Le bord cardinal , dénudé délia croûte extérieure du test, laisse voir une impression

LliS NAYADES.

comparable à celle que produirait la fossette ligamentaire d'une Mactre ou d'une Crassatelle. Mais cette fossette no se reproduit pas dans les deux valves , de sorte que l'on pourrait attribuer à un accident individuel un caractère dont M. de Koninck a trop généralisé la valeur. Dans tous les c^s, les caractères vrais des Cardinies étant très bien connus, la coquille dont nous parlons n’appartiendrait pas à ce genre , si ceux qu’elle offre étaient en réalité tels que M. do Koninck les suppose. D’ailleurs, un autre motif éloigne encore ces coquilles de la famille des Mactracés î il est emprunté à la forme de l’impression palléale. Les Mactres et tous les genres .circonvoisins , étant terminés en arrière par des siphons saillants, ont dans l’impression palléale une sinuosité profonde. Ici , au contraire , celte impression est simple ; ranimai avait donc les lobes du manteau complètement séparés , par conséquent dépourvus de siphons terminaux.

Les Cardinies élaienl-elles des coquilles d'eau douce ou des coquilles marines? Telle est la question que s'adressent les naturalistes sans pouvoir jusqu'ici la résoudre d'uue manière absolue. Nous avons quelque propension à les considérer comme les habitants des eaux douces des anciens continents. Elles sont souvent mélangées avec des coquilles qui évidemment ont habité les eaux douces, telles que des Néritines , des Ampullaires, des Mélanies, et même des Cyrènes. A l'appui de celte opinion s'ajoute ce fait de leur lest nacré, caractère qui jusqu’ici no s'est rencontré dans aucune coquille marine do la classe des Dimyaires à manteau ouvert. D’un autre côté , on peut alléguer contre nous que ces coquilles sont souvent en nombre considérable dans les dépôts où les coquilles marines dominent et où il n’existe aucune trace d’autres espèces lacustres. Les partisans do l’opinion qui considère les Cardinia comme marines disent avec raison que la plupart des individus ont leurs valves assemblées , et souvent on peut y constater la présence d’un ligament inlacl. Il semblerait, d'après cela , qu’elles ont vécu dans les mômes eaux que tous les antres Mollusques au milieu desquels elles se trouvent. On a cependant des exemples, dans les terrains tertiaires, de l'apport dans la mer d'une immense quantité de coquilles d'eau douce parfaitement conservées; on en peut citer plusieurs exemples dans le bassin de Paris. Les faluns de la Touraine contiennent des hélices en grand nombre , souvent dans un admirable état de conservation ; cependant le dépôt où elles se rencontrent est incontestablement marin. Le doute est donc encore permis au sujet de la nature des eaux où les Cardinies ont vécu.

Les espèces du genre C'tirdiîiùi sont plus nombreuses que l'on ne

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se l’imaginerait à voir le petit nombre qui sont disséminées dans les ouvrages des paléontologistes. Après avoir réformé des espèces douteuses, après avoir éloigné celles qui peuvent se rapporter avec plus de certitude à d’autres genres, il en reste encore quatre-vingt-une, distribuées, comme nous allons le voir, dans une partie des terrains sédimentaires, à commencer par les terrains siluriens supérieurs jusqu’à l’oolite inférieure.

Dans son Prodrome de paléontologie t M. d’Orbigny indique les. premières espèces du genre Cardinia dans le terrain silurien supérieur. Il en désigne trois espèces qu’il emprunte aux ouvrages de Sowerby et de M. Hall ; mais pour nous, ces espèces sont encore douteuses, car elles sont jugées d’après la forme extérieure, et non d'après les caractères plus essentiels de la charnière. Une seule cependant, le Puliustra complanata, de Sowerby, restera probablement dans le genre Cardinia, quoiqu'il y ait aussi des probabilités pour qu’elle passe dans un genre très abondamment répandu dans toute la série paléozoïque, celui des Cypricardes.

M. d’Orbigny compte jusqu’à dix-neuf espèces de Cardinia dans le terrain dévonien; nous n'en admettons pas un aussi grand nombre, car nous n’apercevons aucun caractère qui juslîBe l'opinion du savant dont nous citons le travail. Ainsi, le Sanguinolaria Ungcrt el elliptica , de Roemer , le Corèu/a sfWatula , le Crasmtella Bartlmgi, V Isocardia bicarinata, du môme auteur, ne sont pas, à la vérité, des genres où ces espèces sont citées ; mais, pour nous, elles ne sont pas non plus des Cardinia J rien chez elles n’annonce qu’elles dépendent de ce genre. Ainsi, nous n’admettrions qu’une espèce dans le terrain silurien supérieur, et neuf seulement dans le terrain dévonien ; les autres retombent, soit dans un incertœ sedis, soit dans d'autres genres, où elles nous paraissent mieux placées que dans celui où les entraîne M. d'Orbigny.

Nous y remarquons, par exempler un assez bon nombre de ces Sanguinolaires de Goldfuss et de Roemer, dont nous avons déjà parlé en traitant de ce genre, et qui, pour nous, sont plutôt du genre Cypricarde que de tout autre, et le nouvel examen auquel nous nous sommes livré au sujet de ces espèces nous confirme do plus en plus dans notre première opinion. Dans l’état actuel de la science , quatre espèces seraient propres au terrain dévonien du Hartz, et ne se retrouveraient dans aucun autre pays. Ce sont les Cardinia inflata^ ovata, Ifngeri et ^^elusta , de M. d’Orbigny. Trois autres espèces du môme auteur : Cardinia elliptica, angîica et sublcevis ne sortiraient pas jusqu’ici des limites de la Grande-Bretagne.

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II est une dernière espèce qui mérite à tous égards une mention spéciale. M. d’Orbigny l’a inscrite sous le nom de Cardinta Hamilto^ nensis, tandis qu’un savant paléontologiste, dont les travaux sont estimés de l’Europe entière, avait proposé pour elle un genre nouveau sous le nom do Grammysia. Malheureusement il est impossible de décider actuellement laquelle des deux opinions est la meilleure. La charnière de l’espèce en question n'est point connue; lo moule intérieur montre des impressions musculaires et du manteau tout à fait comparables a celles des Cardinies; mais de semblables caractères intérieurs pourraient se rencontrer dans plusieurs genres voisins parfaitement distingués par la charnière. Le Grammijfiia Ifamiltonensis n'a pas tout à fait l’apparence des autres Cardinies. C’est une coquille dont la surface externe est partagée en deux parties presque égales par une grosse côte oblique; celte côte est également saillante à l’intérieur, car elle laisse sur le moule une rigole décurrente. En attendant que de nouvelles éludes viennent confirnior l’une ou l’autre opinion, les géologues trouveront dans le Cardinta ou le Grammysia HamiUommis , une espèce essentiellement caractéristique du terrain dévonien; en effet, elle se trouve à la fois dans l'État de New-York, dans le Hamilton-group , en Europe, à Nehou, dans lo département de la Manche, et à Daun, dans l'Eifel.

Plusieurs des espèces admises par la plupart des paléontologistes dans les terrains carbonifères devront être réformées , parce que rien ne prouve qu'elles appartiennent au genre (7ardmïa, auquel on les rapporte. Les géologues se souviennent de rinlérôt que leur a inspiré un travail aussi savant que consciencieux publié par M. Preslwich , snr les terrains carbonifères de Coalbrook-dale. Parmi les fossiles découverts par le savant géologue, un certain nombre parurent, à M. Sowerby, dépendre du genre Unio, avant que l’on eût retiré de ce genre les Cardinies; depuis, toutes les espèces données par Sowerby comme ünios, passèrent dans le genre Cardinta; mais soumises à un nouvel examen, plus de la moitié doivent en sortir. Sur neuf espèces, figurées dans le travail de M. Preslwich , quatre seulement ont plus de chance que les autres à rester dans lo genre Cardinta , si quelque jour on découvre leur charnière. A ces q^ualro espèces de Goalbrook-dale, Cardinta robtista, phaseola et cenlralis , il faut en ajouter deux autres

que Sowerby avait déjà fait connaître dans son Minerai concftology sous les noms d‘/7m‘o suDconstnc^ur et acutus. De ces six espèces , une seule jusqu'ici est particulière à la localité de Coalbrook-dale , c’est le Cardinia centralis, La seconde, Cardinta aquilina, se retrouve aussi en

lAMlLLli.

Russie. Quatre autres passent de l’Angleterre dans les terrains semblables de la Belgique ; deux d’entre elles se montrent en même temps en Allemagne : ce sont les Cardinia phaseolns et acuta.

Ces espèces ne sont pas les seules connues dans le terrain carbonifère; douze autres y sont constatées, et elles se répandent presque partout où ce terrain existe. Sur ces douze espèces, trois sont propres à la Belgique: ce sont les Carcîînut nana, Koninck, ahbreviata et tetUnaria; ces deux dernières rapportées par Goldfuss au genre Unio. Cinq autres espèces se trouvent encore dans les terrains carbonifères de la Belgique, mais trois d’entre elles passent en Angleterre : ce sont les Cardinia laminata, uniformis et ovalis^ tandis que les deux autres Cardinia carbo^ naria et atrata sont en môme temps en Allemagne. Les terrains carbonifères de la Russie no sont pas dépourvus de Cardinies. MM. de Keysorling et de Verneuil ont fait connaître les Cardinia subparallela et Eichwaîdiana.

n deviendra nécessaire, pour fixer la nomenclature de ces espèces, de faire quelques modifications. C’est ainsi, par exemple, que Goldfuss, selon son habitude, rapporte une autre espèce à ï Unio uni fonnis de Sowerby. Pour cette coquille de Goldfuss, M. de Koninck a fait le Cardinia Goîdfussi; le subconslriclus , du môme auteur, n'est pas non plus celui du naturaliste anglais , M. de Koninck le rapporte à Vomilis. Nous apercevons de notables différences entre le Cardinia carbonaria de M. de Koninck et celui de Goldfuss. Faut-il les attribuer à l’imperfection des dessins , à une extrême variabilité de l’espèce , ou bien à ce que doux espèces voisines auraient été confondues sous un môme nom? Nous n'avons pas assez de matériaux sous les yeux pour répondre d’une manière catégorique à ces questions. Nous pourrions faire les mêmes observations au sujet du Cardinia abbrexnata, A en juger par les figures, la coquille de M, de Koninck serait fort différente de celle de Goldfuss. Toutes ces difficultés disparaîtront le jour où une seule collection réunira toutes ces espèces sur lesquelles planent des doutes venant des localités désignées par les auteurs et portant le cachet de leur autbenlicilé.

Le terrain de Zeclislein ou Permien, que l'on a cru pendant longtemps dépourvu du genre Cardinia, en contiendrait une espèce d’après M. d’Orbigny ; il transforme VUnio umbonatuSj de M de Verneuil, en Cardinia , et peut-être la coquille en question n'est-elle ni de l'un ni de l’autre genre; ce pourrait être aussi bien uno Cypricarde.

Malgré son étendue et la richesse de sa faune , le muschelkalk ne renferme qu’un très polit nombre de Cardinies. Quatre espèces seule-

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ment y sont connues de nous : l’une est du musclielkalk de Lunéville, nous i y avions trouvée dès 1 8.HÜ ; M. d'Orbigny lui a consacré le nom de M. Lebrun , géologue distingué, auquel la faune des terrains de la Lorraine doit de nombreuses décniiverles. line seconde espèce , aussi large que haute, se rencontre quelquefois à Domplail, dans les grès des Vosges. La charnière en est très courto ei les impressions musculaires très rapprochées : nous proposons pour elle le nom do Canlviia AgaftRîzi. Ces deux espèces sont incontestablement du genre auquel nous les rapportons; on ne peut avoir la même certitude pour les deux espèces du rnuschelkalk supérieur de Saint-Cassian. L’uno mérite bien le nom de probhmatica, car jugée d'après sa forme générale, elle ne présente pas, sur le bord supérieur, ce corselet enfoncé et ces nymphes épaisses pour recevoir le ligament. Quant au Cardinia Muusleri (i7n/o, Wismann) , elle a beaucoup plus les apparences des Cardinies; elle appartient plus probablement à ce genre.

En entrant dans la formation liasique, le genre Cardinia prend subitement un développement assez considérable; nous en comptons, en effet, environ quarante-cinq espèces. Le nombre de celles admises par M. d'Orbigny est à peu près moitié moindre, ce qui prouve d’un côté la rapidité avec laquelle se réalisent les progrès do la paléontologie, et de l autre côté un peu de négligence de la part de ce naturaliste a rechercher dans les publications récentes des espèce.s parfaitement connues , particulièrement plusieurs do M. Agassiz, que l’nn a le regret de ne pas rencontrer dans le Prodrome de pay.ontohgie.

Les géologues partagent le lias en trois étages principaux; un quatrième membre doit s'ajouter au-dessous des autres: il a été observé sur un grand nombre de points, et il renferme dix e.spèces de Cardinies. dont les unes se distribuent dans le grès d'Hel lange et du Luxembourg : (juelques autres ont été récemment découvertes dans le departement de la Manche, par M. Hébert; les dernières, enfin, plus généralement répandues, se montrent dans un grand nombre de localités. I.e Cardinia angustata, d’Agassiz, a été rencontré en même temps à Arlon et à Heltange. Le Cardinia elongala , de Dunker, trouvé d'abord à Halbersladt, l’a été également à Heltange par M. Terquem ; il existe aussi dans les grès du Luxembourg. Le Cardinia concînna [Unio, Sowerby), est, de toutes les espèces infra-liasiques, la plus répandue. Elle a été citée à Bambury, en Angleterre, à Heltange, à Beauregard et à Yvelot, en France. M. Zielen l’a également trouvée dans le Wurtemberg. On peut donc considérer cette espèce comme l’une des plus propres à caractériser le lias inférieur. Le Cardinia Umceolata , qui jusqu’ici

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n'avait été mentionné qu’en Angleterre, a été récemment retrouvé dans le département de la Manche, par M. Hébert. Les autres espèces, telles que les Cardinia niinor, plana et inféra , d'Agassiz , n’ont pas été rencontrées jusqu’ici en dehors de la localité d’Arion. Une espèce voisine du mmor, d'Agassiz, a été découverte h TrouVille (Manche), par M. Hébert, dans un grès très dur, semblable à celui d'Hetlango, et comme lui situé au-dessous du Ürypliœa arcuaUt ; nous avons donné à celle espèce le nom de Cardinia donaciformis , parce qu’elle est subiri.nngulaire , allongée, Iransverse, subtronquée en avant, forme qui rappelle celle de la plupart des Donaces.

Dans le lias inférieur, nous comptons neuf espèces : l'une dos plus connues est le Cardinia Listeri {Unio), Sowerby. Trompé par l'apparenco, Goldfuss a pris pour elle une véritable Ceromija de la section des Gresshja; elle est plus répandue dans le lias d’Angleterre, de France et d'Allemagne. Parmi les autres espèces, nous en trouvons quelques unes, telles que Vamygdala et le cyprina d'Agassiz , qui sont communes à la Suisse t-t à l'Angleterre; d’autres, telles que le lamellofia [Cylherea /orne/- /osa, Goldfuss), que l’on a de Beauregard (Côte-d'Or), et deGrubingen dans lo Wurtemberg ; le Cardinia similis se trouve dans la localité précédente, et de plus en Suisse. Les autres espèces, telles que le Cardinia quadrataj Agassiz, le Cardinia Nilsoni , Dunker, le Cardinia minuta , Pusch, ne sortent pas de localités d'une faible étendue : la première est du Bas-Uhin, la deuxième de l'Allemagne et la troisième de Pologne.

Nous avons douze espèces pour lesquelles nous n’avons point de désignation précise sur l’étage liasîque oii elles ont été recueillies. M. Agassiz lui-méme , dans son Catalogue , n’ayant pas groupé les espèces d’après leur position, il nous a été impossible de retrouver des documents suffisamment exacts pour les classer dans l’un des membres du lias. Nous soupçonnons cependant que la plupart d'entre elles proviennent du lias inférieur ou à Gryphœa arcuata. Parmi ces espèces, l’une des plus intéressantes est le Cardinia crassiuscula , qui est presque aussi répandu que le Listeri, Assez commune en Angleterre , elle se montre aussi en France, h Lyon et à Beauregard, ainsi que dans le Wurtemberg. C'est ici que nous trouvons plusieurs des espèces décrites en 1842, sous le nom de Pachyodon , par M. Stulchbury. M. d'Orbigny n’en a mentionné aucune; la plupart cependant sont très intéressantes parce qu’elles se rencontrent aussi en France et en Allemagne.

Neuf espèces se distribuent dans le lias moyen ; quelques unes passent dans le lias supérieur, mais elles y sont en très petit nombre. L’une des plus remarquables est le Cardinia seewiformis ^ Agassiz, au

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sujet de laquelle M. d'Orbigny a fait un singulier double emploi ; il admet ce securiformis dans le lias inférieur, où elle est caractérisée par le moule intérieur seul de la coquille. Retrouvée aux environs de Nancy, dans le lias moyen, avec le lest, M. d'Orbigny lui donne le nom de Philoa, sans s’apercevoir que cette espèce passe d'une couche à Taulre. Avec ce securiformis ^ M. d’Orbigny confond aussi une espèce bien distincte, appartenant au lias inférieur d'Alberstadt , et que M. Üunker a fait connaître sous le nom de Cardinîa eîongata. Sous le nom de Lucina ktîvis, Goldfuss a décrit une coquille que M. d'Orbigny a ou raison de rapporter au genre Cardhiia. M. Agassiz, qui n’a pas reconnu Terreur de Münsler, a aussi donné le nom de lœois à une autre espèce pour laquelle nous proposons le nom de îœvigata. En mettant en rapport les figures du Pachyodon imbricatus , de Slulchbury, et celle du Gardinia sulcata , Agassiz , on ne peut se refuser à les regarder comme parfaitement identiques : il faudra donc supprimer de la nomenclature ce Cardinia sulcata ^ d’Agassiz.

Les lias moyens de la Meuse, dans lesquels on n'avait recueilli aucune espèce du genre Cardinia , ont été récemment enrichis par M. Buvignier; ce savant a découvert, à Breux, deux espèces probablement les plus petites du genre. Le département de la Manche a vu également s’accroître le nombre de ses espèces par de récentes investigations de M. Hébert; déjà nous en avons cité une, il faut en ajouter une seconde plus grande, et Tune des plus inéquilatérales, provenant des lias moyens : nous lui consacrerons le nom du savant auquel on en doit la connaissance, C. Heberti.

L'espèce la plus intéressante du lias moyen est sans contredit le Cardinia hybrida [ünio hybrîduSy Sowerby) . C'est une assez grande coquille, subtriangulaire, assez régulièrement étagée par des accroissements; elle est très inéquilatérale; sa lunule est étroite et profonde. On la rencontre dans un très grand nombre de localités, en Angleterre, en France, en Allemagne; aux environs de Nancy elle accompagne le Cardita ponderosa (Hippopodium) , et d’autres espèces du lias moyen.

11 existe encore dans le lias deux espèces qui méritent une attention spéciale, ce sont les Cardinia abducta et crassm/ma. Toutes deux remontent du lias jusque dans Toolile inférieure et servent de liaison entre deux formations que la plupart des géologues sont habitués à considérer comme isolées Tune de Tautre. Au Cardinia abducta MM. Stutchbury et Morris rapportent une coquille figurée, par M. Phillips dans le 1" volume de la Géologie du Yorkshire; mais nous croyons ce rapprochement mal fondé, la coquille en question offrant plutôt la

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forme d’un Gresslya que d’un Cardinia, Quant au Cardinia crassîssima , MM. Sowerby, Stutchbury, Morris et Agassiz, la disent de l’oolite inférieure j MM, Morris et Stutchbury Ja donnent aussi comme du lias ; M. d'Orbigny la mentionne seulement dans celle dernière formation.

Malgré l'opinion des auteurs que nous venons de citer, M. d’Orbigny n’admet aucune espèce de Cardinia dans l’oolile inférieure ; cependant il en existe deux autres : l’une nommée Cardinia obJonga, par M. Agassiz. et recueillie par lui-mémo à Mouliers, près de Caen; la seconde nous est communiquée par M. ïerquem ; elle se rapproche do Vobhnga dont nous venons de parler; elle est de Veslones, département de la Moselle. Nous proposons pour elle le nom do Cunî/nm Vesloncnsis.

C'est à l'oolite inférieure quu s'arrête d'une manière authentique le genre Cardinia ; il ne serait pas impossible cependant qu’il so rencoatrât encore plus haut dans la série jurassique , s'il était vrai, comme on pourrait le soupçonner, que VUnio miprajurensis de M, Iloemcr y appartînt. Malheureusement la description de l'auteur, beaucoup trop courte, no peut suppléera l’insuffisance d’une figure dans laquelle on ne retrouve aucun détail précis sur les caractères propres à décider la que.slion,

Nous aurions pu enrichir encore le genre Cardinia en ajoutant plusieurs espèces nouvelles que nous a communiquées M. ïerquem avec sa bienveillance habituelle. Deux de ces espèces proviennent des grès infra-liasiques d’Heltange; elles seront prochainement décrites et figurées dans l’ouvrage auquel travaille actuellement notre savant compatriote. Nous remarquons aussi une très belle espèce des environs de Lyon , dont le coté antérieur est extrêmement court, qui est comprimée latéralement, ayant une charnière très épaisse; elle est très probablement du lias , mais nous no savons de quel étage de cette formation. Enfin, quelques espèces ont été signalées dans le lias supérieur de Fontaine-Etoupe-Four. M. d'Orbigny les a désignées sous des noms nouveaux dans son Prodrome de paléontologie ; mais l'absence de descriptions et de figures ne permet pas de les reconnaître, et par conséquent de les introduire dans les catalogues.

LES NAYADES

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