GENRE QUATRE-VINGT-UNIÈME
TKIGONIE. Tngonia^ Brug.
CARACTÈRES généhiques. — Animal obrond ou subtrigone; les lobes du manteau sont désunis dans toute leur circonférence. Pied comprimé, tranchant , triangulaire , coudé dans le milieu de sa longueur, caréné en son bord supérieur, fendu dans presque toute la longueur de son bord inférieur et dilatable en disque étroit. Palpes labiales petites, étroites, triangulaires. Branchies larges , subquadrangulaires , très inégales , réunies postérieurement. Muscles adducteurs des valves petits, situées dans la région dorsale.
Coquille trigone , quelquefois obronde, très inéquilatérale, à crochets petits, rapprochés, opposés ou inclinés en arrière. Charnière ayant sur la valve droite trois dents cardinales écartées, divergentes, sillonnées de chaque côté, et sur la valve gauche trois dents inégales sillonnées d’un côté seulement. Ligament extérieur court et peu épais. Impressions musculaires très petites , rapprochées de la charnière ; impression palléale simple.
SYNom^MiE GÉNÉRIQUE. — ConcMteSy Lister. — Musculiies, Grew.. — Trigonellay Walch, Schrot.— Cardissa, Walch. — Venus J Herman. — Veniiliies, Schlotheim. — Donax, Herman.— Donacites, Langius, Bourguet, Schlotheim. — Lyriodoit, Bronn. — Lyridon^ G. -B. Sowerby. — Lyrodon^ Goldfuss, Wissmann, Fischer.
Observations. Les premiers naturalistes qui rassemblèrent des corps organisés fossiles remarquèrent quelques coquilles d'une forme particulière, agréablement ornées de côtes ou de tubercules ; ils les confondirent néanmoins dans ces genres indigestes où la forme extérieure seule décidait du rapprochement des espèces. A celte époque, les classiricalions méthodiques n’étaient point encore inventées, ou, pour mieux
LES TKIGOINÉES,
dire, une observation convenable n’avait point encore dirigé l’esprit vers ceux des caractères au moyen desquels les êtres analogues peuvent être rapprochés. Pour Lister, Grew, Langius, Bourguet, Zuingeri , etc., les Trigonies étaient des Conchites , ou des Chamites , ou des Boucardites, selon que leur forme les rapprochait plus ou moins des types de ces genres incohérents. Dans le A"a(uî'/bmA(?r, Herman, en 4 781, en donnant la Ggure et la description de plusieurs espèces de Trigonies , les rapprocha des Vénus ou des Donacos; il est étonnant que ce naturaliste judicieux n’ait pas proposé pour ces coquilles un genre particulier, car il en connaissait parfaitement la structure intérieure , ainsi que le prouvent les figures bien faites qui accompagnent son mémoire. Bruguière comprit mieux que son devancier la valeur des caractères exposés par lui. Dès 4 789, il proposa le genre Trigonia dans les planches de V Encyclopédie, et, deux années après, il le caractérisa dans les tableaux de classification qui précèdent rinlroduclion de VHistoire naturelle des vers. Dans sa classification générale, Bruguière introduit le genre entre les Vénus et les Arches , ce qui était très bien à une époque où un très petit nombrede genres était admis. Quelques années plus tard, Lamarck adoptait le genre dans son premier Essai de classification des Mollusques, publié dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle da Paris ; il adopta la définition donnée par Bruguière; mais ayant ajouté un grand nombre de genres , il éloigna les Trigonies des Vénus , et il conserva leurs rapports avec les Arches. Dès ce moment , cet esprit judicieux entrevoyait l’analogie des deux genres , et cependant il n’en rendait pas compte par ceux des caractères qu'il leur attribuait ; mais son œil investigateur avait aperçu ceux que sa plume avait omis. Lamarck conserva toute sa vie la môme opinion au sujet du genre qui nous occupe; il l’introduisit dans la famille des Arcacés , lorsque le premier il tenta de diviser le règne animal en fiimilles naturelles. Plus tard, entraîné, comme nous l'avons vu, par une incomplète appréciation des caractères des Castalies, il proposa la famille des Trigonées, dont nous avons déjà parlé.
L’opinion de Lamarck fut adoptée par la plupart des naturalistes ; elle parut mieux fondée lorsque Ton put examiner sur une espèce vivante les caractères que souvent on n'apercevait que d'une manière incomplète sur les espèces fossiles provenant de terrains anciens , souvent remplies d’une roche dure. Ces coquilles fossiles n’offrent pas souvent à l’observateur les caractères empreints par l'animal.
Cuvier alla mémo plus loin que Lamarck , il fit rentrer les Trigonies à titre de sous-genre dans les Arches. M. Schweigger, au contraire, les
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en fit sortir pour les ranger parmi les sous-genres de la famille des Ostracées. M. de Blainville eut le tort de ne se conformer à aucune des opinions reçues avant lui : il ajouta le genre Trigonie à sa famille beaucoup trop étendue des Camacées, et il y joignit, comme section, le genre Opis de M. Defrance, assemblage assez extraordinaire de deux types entre lesquels il existe réellement peu de ressemblance. M. de Blainville, malgré toute évidence, rapproche les Trigonies, mollusques à manteau ouvert sur toute la circonférence, des Cames, des Dicérates, des Éthéries, des Tridacnes et des Isocardes , qui , pour la plupart, ont le manteau en partie fermé et percé, en arrière ou en bas, de deux ouvertures. Aussi celle famille des Camacées, de Blainville, est pour nous un véritable fncertœ sedis , dans lequel l’auteur semble avoir jeté au hasard plusieurs genres embarrassants, et qu’il ne pouvait introduîre d'une manière plus heureuse dans d autres familles.
Un autre naturaliste, M. Stutchbury, eut encore, à l’égard des Trigonies, une opinion différente de toutes celles que nous venons d’exposen Il i)roposa, dans le Zooîogical jouï'mlj d'introduire les Trigonies dans la famille des Cardiocées. Nous mentionnons ici les principales opinions d’après lesquelles le genre a été diversement classé dans les méthodes des naturaüslesw Si quelques uns se sont éloignés de la manière de voir des Lamarck et des Cuvier, ils forment , dans le grand nombre, une très faible minorité; et aujourd’hui , que la science possède tous les moyens convenables d’apprécier à leur juste valeur les diverses opinions , on doit être étonné de cette sagacité de Lamarck qui , dès les premiers moments , avait si bien jugé les rapports du genre.
Une dernière observation nous reste à faire au sujet du changement de nom que M. Broun a proposé il y a quelques années, et que M. Goldfuss s’esl empressé d’accepter. Ce changement a été motivé sur ce que Aublet, dès l'année <773, avait imposé ce nom de rrigoma à un genre de plantes de la famille des Polygalées. Quand des noms semblables s'appliquent a des objets si différents, aucune confusion ne peut s’établir. et il serait malheureux , pour un motif aussi peu important, do changer un nom devenu très usuel parmi les conchyliologues et les paléontologistes, et consacré par plus de soixante ans d'un usage continuel.
Les travaux dont nous venons de parler ont été publiés avant l'époque de la découverte de l'anîmal de la Trigonie vivante découverte dont on est redevable aux infatigables recherches de MM. Quoy et Gaimard pendant leur deuxième voyage de circumnavigation. M. Quoy attribuait à la connaissance de l'animal des Trigonies une si grande
LES TRIGONÉES.
importance , qu’après avoir trouvé un individu vivant dans les mers de la Nouvelle-Hollande , qu’après l'avoir soigneusement conservé dans l'alcool , il ne voulut plus s'en séparer pendant le reste do son voyage : ce savant eut la constance de porter constamment sur lui le petit flacon dans lequel était contenu le précieux animal. Ce détail, qui semblera puéril aux esprits superficiels , nous ne lo rapportons que pour en faire gloire à Ai. Quoy, dont l’esprit éclairé savait apprécier à sa juste valeur une découverte de peu d’importance aux yeux du vülgaire, mais au moyen de laquelle les naturalistes prenaient enfin connaissance d’une organisation dont les débris sont répandus avec profusion dans les anciennes couches de la terre. Jusqu'au moment où Péron rapporta une coquille de Trigonie vivante des mers de la Nouvelle-Hollande, les naturalistes étaient convaincus qu'il en était de ce genre comme de beaucoup d’autres observés dans les mômes couches , qu’il était à jamais anéanti à la surface do la terre. Celte opinion semblait d'autant plus probable , que ce genre , Comme celui des Ammonites , ne s’est jamais rencontré dans les terrains terliaires.
Les naturalistes français sont réellement les créateurs du genre Trigonie. Bruguière, le premier, le caractérisa; Péron, dans son périlleux voyage à la Nouvelle-Hollande, découvrit la première espèce vivante; enfin, M. Quoy en rapporta l'animal et on publia la figure dans le Voyage de l'Astrolabe. Depuis, une deuxième espèce vivante de Trigonie a été ajoutée à la première; elle paraît abondante sur certains points de la Nouvelle-Hollande ; c'est de celle-là que nous avons pu observer un animal très bien conservé.
Dans les généralités de la famille des TrigonéeS, nous nous sommes trouvé dans l'obligation de parier du seul animal qui la caractérise , et nous en avons exposé les caractères d’une manière assez complète pour que nous n’ayons pas à y revenir ici. Si le genre était nombreux en espèces vivantes, que les animaux présentassent des faits particuliers dans plusieurs do ces espèces , ii serait nécessaire do les exposer avec assez de détails pour mettre le lecteur en étal de connaître parfaitement tous les caractères du genre, j^laia la seule espèce que nous pouvons décrire ici offre les mêmes caractères , que nous la prenions comme type de la famille ou du genre.
Les coquilles du genre Trigonie sont facilement reconnaissables. Ainsi que leur nom générique l'indique, elles sont ordinairement obliquement triangulaires; elles sont généralement transverses, asse souvent aussi hautes que larges; quelquefois elles deviennent un peu longitudinales, la longueur l’emportant un peu sur la largeur. Le côté
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antérieur est toujours très court, arrondi ; le postérieur, plus allongé, est tronqué plus ou moins obliquement'; il est presque toujours séparé par une côte oblique ou par une différence notable dans les ornements qui le couvrent. Peu d’especes sont lisses , presque toutes sont ornées de côtes transverses , tantôt régulières dans le sens des accroissements; tantôt obliques, quelquefois même divergentes. D’autres, en plus grand nombre, sont hérissées de tubercules, tantôt irrégulièrement disséminés, le plus souvent disposés en rangées, soit transverses, soit obliques. On sait que dans les coquilles régulières sur lesquelles les côtes longitudinales existent, elles partent du sommet et se rendent, en rayonnant, sur les bords où elles se terminent: telles sont les Cardites , les Bucardes, etc. Il n’en est pas de môme chez les Trigonies, leurs côtes ou leurs séries de tubercules forment de véritables diagonales qui s'étendent obliquement du bord postérieur au bord antérieur ou inférieur, en suivant des courbures de diverses sortes. Nous insistons sur ces particularités , parce qu’il arrive souvent aux paléontologistes de rencontrer les Trigonies empâtées dans des roches dures ; peut-être les confondraient-ils avec d’autres genres, si Ton ne savait par avance comment sont disposés , d’une manière générale, les accidents que l’off doit rencontrer à leur surface.
Dans les espèces vivantes , nous n’apercevons aucune trace de l'épiderme velu et caduc que l’on observe fréquemment dans les autres familles des Lamellibranches. Les bords des valves sont généralement simples ; ils sont crénelés , mais peu profondément chez celles des espèces qui sont ornées de côtes obliques et tuberculeuses. Il faut eu excepter cependant les deux espèces vivantes ; leurs côtes sont rayonnantes , exactement comme dans les Carditos , et leurs bords sont profondément crénelés. Si l'on en juge d’après ces deux espèces vivantes, ainsi que d’après des restes de test bien conservés , particulièrement dans les terrains crétacés, on peut dire que toutes les Trigonies avaient le test composé d’une nacre très brillante. Par ce caractère , ces coquilles se rapprochent des Nucules qui sont également nacrées, et elles ne peuvent beaucoup s’éloigner des ünioschez lesquels ce caractère subsiste sans exception.
La charnière est constante dans les Trigonies. Depuis que les paléontologistes se sont livrés à des recherches multipliées, on a fini par découvrir la charnière de la plupart des espèces actuellement connues, et cotte charnière est conforme à ce que nous en avons dit dans l’exposé des caractères génériques. Il n’y a point do lame cardinale transverse dans les Trigonies, comme dans les Bucardes ou les Vénus; une large
LES TRIGONEES.
échancrure médiane sépare la charnière en deux parties égales , l’une antérieure, l’autre postérieure. Sur la valve droite, il existe deux dents divergentes , étroites , rapprochées au sommet et séparées entre elles par l’échancrure dont nous avons parlé. Elles sont plus ou moins allongées selon les espèces ; elles sont toujours sillonnées transversalement de chaque côté; les sillons sont réguliers, quelquefois un peu arqués dans leur longueur, de manière à favoriser le mouvement des valves , mouvement dans lequel elles décrivent l'une sur l’autre un pelit.arc de cercle. Sur la valve gauche se montrent deux cavités, l’une antérieure, Tautre postérieure , divergentes entre elles, dont les parois sont sillonnées de chaque coté, et dans lesquelles pénètrent les dents cardinales de la valve opposée. Une grande dent saillante, échancrée, ou plutôt creusée en gouttière dans le milieu de sa surface interne, s’élève sur la valve droite , et vient occuper l’échancrure médiane et triangulaire de la valve gauche , lorsque les doux valves sont réunies. Laraarck avait considéré cette grande dent médiane comme deux dents réunies ; aussi dans sa diagnose du genre Trigonie, il dit : « Deux dents cardinales sur une valve et quatre sur l'autre. » En étudiant dans une série d'espèces les modifications de cette dent, on voit s'efiacer insensiblement le sillon qui la partage en deux lobes, à mesure que s’ouvre l’angle dans lequel la charnière est comprise , et que la charnière elle-même s’élargit dans des coquilles de plus en plus transverses. On comprend dès lors pourquoi nous comptons trois dents sur la valve gauche, deux peu épaisses , l’antérieure et la postérieure sont sillonnées d’un côté seulement.
Les impressions musculaires sont petites; l’antérieure surtout est étroite , très voisine de la charnière et profondément creusée à la base de la dent antérieure. L’impression musculaire postérieure est située à l’extrémité de la charnière; elle est ordinairement superficielle ou faiblement creusée dans l’épaisseur du test.
L’impression palléale est simple ; on la voit descendre un peu obliquement de l’extrémité de l’impression musculaire antérieure , rentrer un peu en dedans des valves , suivre le bord ventral , et remonter ensuite perpendiculairement pour se terminer vers le milieu de la circonférence de l’impression du muscle postérieur et la partagerait en deux parties égales, si elle la traversait dans toute sa largeur.
Les crochets des Trigonies sont généralement peu saillants ; il est des espèces cependant chez lesquelles ces parties deviennent plus proéminentes. Ces crochets , pointus au sommet, sont très rapprochés, quelquefois opposés et symétriques , comme dans les espèces vivantes ; le
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plus souvent ils s'inclinent, non pas en avant, comme cela a lieu chez les autres coquilles , mais un peu en arrière du côté du corselet.
Le ligament est externe; il est attaché sur des nymphes petites et ' peu proéminentes en proportion de la grandeur des coquilles. Chez des coquilles dont la charnière est articulée aussi solidement que dans les Trigonies, un ligament d’une grande puissance n’était pas d’une nécessité aussi grande que chez des coquilles dont la charnière est articulée plus largement; il suffit que cet organe jouisse d’assez d'élasticité pour entr’ouvrir des valves maintenues dans leur contact naturel par un système d’engrenage qui ne permet aucun mouvement latéral. Aussi il arrive très fréquemment de trouver entières les Trigonies dans les terrains de sédiment , là où les autres Arollnsques acéphalés n’ont laissé que des valves détachées.
Les véritables Trigonies commencent avec les terrains jurassiques; celles que Ton attribuait au trias dépendent, comme nous l’avons vu, du genre Myophoria. 11 faut en excepter deux cependant découvertes dans le muschelkalk supérieur de Saint-Cassian. Elles se propagent en abondance dans toute la série jurassique, passent dans le terrain crétacé; mais aucune ne se montre dans les terrains tertiaires connus. Il n'en existe pas non plus dans les terrains quaternaires ; mais le type, réfugié dans les mers australes, n’esl plus représenté dans le monde actuel que par les deux espèces dont nous avons déjà parlé. Comme ces généralités sur la dîslribulton générale des Trigonies ne sont point suffisantes aux études des paléontologistes, il convient d’examiner avec tout le détail nécessaire la distribution des espèces dans les divers terrains où on les rencontre.
Plus de cent cinquante noms sont actuellement inscrits dans le catalogue des Trigonies. Ces noms, comme on doit le supposer, ne s'appliquent pas tous à de bonnes espèces; il faut d’abord exclure toutes celles qui appartiennent au genre Myophoria , et nous avons vu que leur nombre est peu considérable; les autres noms inutiles disparaissent parmi les doubles emplois , malheureusement trop fréquents dans la science paléontologique. De toutes les espèces revues et châtiées dans leur synonymie , il en reste cent huit , dans lesquelles ne sont pas comprises les dix-neuf espèces inscrites comme nouvelles, par M, d'Orbigny, dans son Prodt'ome de paléontologie. Nous avons déjà dit, à plusieurs reprises, pourquoi nous n'admettons pas, quant à présent, les espèces cataloguées et regardées comme nouvelles par l’auteur du Prodome de paléontologie. Un nom spécifique, sans figure et sans description, est pour nous comme non avenu , puisqu’il est impossible d’en faire l’appli-
LES TRÎGONÉES.
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cation sans avoir recours à ia collection de l’auteur. Pour les Trigonies, nous avons une raison de plus de nous défier de ces espèces nouvelles, car M. d’Orbigny ne mentionne pas trente et une espèces bien constatées dans les ouvrages qui ont précédé le sien, et il. est bien à croire que parmi un si grand nombre, il y en a bien quelques unes qui font double emploi avec celles que ce naturaliste considère comme nouvelles. Nous remarquons une autre sorte d’erreur dans les ouvrages de Ni. d’Orbigny. A la page 61 du Cours élémentaire^ ’SÏ. d’Orbigny déclare connaître quatre-vingt-dix espèces de Trigoriies; si nous comptons celles qu’il a inscrites dans le Prodrome, nous en trouvons quatre-vingts seulement. Nous comprenons difficilement une différence aussi notable qui a dû porter préjudice aux nombres inscrits dans chacun des terrains , et si ces dix espèces étaient distribuées à leur place, elles pourraient apporter quelques changements importants dans les rapports des nombres. Au reste , parmi les omissions que nous reprochons à M. d’Orbigny, il en est quelques unes sur lesquelles cet auteur seul pourra donner des explications, car elles sont de ses propres ouvrages ; c’est ainsi, par exemple , que nous ne pouvons découvrir dans le Prodrome les espèces décrites et figurées dans la paléontologie du Voyage en Amérique,
Deux espèces . douteuses encore à quelques égards , sont mentionnées dans le muschelkalk supérieur de Sainl-Cassian ; lorsque l’on aura étudié des individus complets et bien conservés, elles iront peut-être se joindre aux Mijophoria , car leur Charnière n’est point suffisamment cohnue pour décider si elles resletonl parmi les Trlgonies.
Les vraies Trigonies commencent avec le grand ensemble des terrains jurassiques, elles n’apparaissenl pas dans le lias inférieur; c'est dans les parties moyennes de cette formation que se montre la première espèce, nommée Triyonia lülerata par M. Phillips , confondue par Goldfuss avec une autre parfaitement distincte provenant d’un terrain tout différent. M. d'Orbigny a attribué à ce T. litierata de Phillips le nom de lyrala, probablement par suite d une faute d’impression ; mais nous verrons bientôt que cette première faute en a entraîné une autre dans le Prodrome de paléontologie.- Nous comptons six espèces dans le lias , trois qui restent dans cette formation , et, parmi elles, se trouve le Trigonia navis, parfaitement connu des paléontologistes.
VINGT-SIXIÈME FAMILLE
Trigonia navis^y Lamarck, pl. 33, f, 1 , 2.
T. testa ovato-trigona, posterins producto'-compressa ; costis longitudinalilfns tuhercnîato^uodosis ; area postica plaimlata , pupiforma , transvetsè costata.
EncycL pl. 237. f. 3. pl. a38. f, 4,
Knorr, Pelref. suppl. 5. c. pl. 175. f. i,
Zieten, Pelref, Wurt. pl. 58, f. i.
Desh. in Lamk. 2® éd. Au. s. vert. t. 6. p. 5x6.
Lyrodon, Goldf, Pelref. p. 202. pl. 137. f. 4. a. b,
Bronn, Lethea, pl. 20. f. 9.
Schmidt, Pelref. Bucb. pl. 34. f. 3.
Bronn, Syst. Ürwelt. Conch. p. 5i. pî. 4. f. ii.
Venus ou Donax nodosUy Herman, Naturf. t. i5. p. i23. pl, 4. f. 5. 6. 7. x5,
Lyriodon navisy Bronn, Ind. pal. t. i. p. 687,
Les trois autres sont communes au lias et à Toolite inférieure ; ce sont les Trigonia pulchella , similis et costeltata d’ Agassiz. Le Trigonia costellata se trouve en môme lemps à Metz , à Lyon , en Suisse ; le Trigonia similis a été trouvé, non seulement en France , mais aussi à Tuchan,, dans les Andes,
Indépendamment des trois espèces dont nous venons de parler, nous en trouvons dix autres dans Toolite inférieure; deux sont en Pologne. L’une, nommée Trigonia sonata par Agassiz, a été confondue par M. Püsch avec le Trigonia claveltata de Sowerby. L’autre , à laquelle nous donnons le nom de Trigonia Puschi,dL été rapportée par M. Pusch au Trigonia coslata de Lamarck; elle s’en distingue cependant par de très . bons caractères. La Trigonia duplicata y Sowerby, paraît particulière aux couches oolitiques de l’Angleterre; Jusqu’ici elle n^est point mentionnéesur le continent, Deuxautres espèces, les Trigonia costata et slriata, sont répandues en abondance dans les terrains oolîti ques de l'Angleterre ; mais toutes deux se distribuent sur un plus vaste horizon que leurs congénères des mêmes couches , car on les retrouve en France , en Allemagne , on Suisse.
Trigonia costairt, Lamarck, pl. 31 , f. 12, 1 3 , 1 4.
T, testa ovato-anguîatay trigona; costis transversisy ïœvibus ; puhe magnay longitudinaliter suJeata^ supernè carinatUy ahiore.
Lisler, Cooch, pl. 5oi. f, 55,
Luid, Lilhopb.pl. 9. f. 714.
LES TRÏGONÉES.
Knorr, Petref. part. 2. B. 1 a. pl. 17, f. 7.
MuscuUtes quadrilateralis^ Grew. Mus. Soc. reg. pl. 19.
Venus ou Donax suîcata? Herm. Nalurf, i5. pl. 4. f. 3, 4. 9« lO- Encycl. pl. a38. f, t. a. b,
Sowerby, Miû. conch. pl. 85.
Zieten, Petref. pl. 58, f. 5.
Deshr in Lamk. 2* éd. An. s. vert. t. 5. p. 517.
hyrodon costatus^ GolJf. Petref. p. 201. pl. 137. f. 3. a. b, c.
Lyrodon^ Fischer de Waldh. Moll. foss. de Mosc. p. 3i.
Reeve, Conch. syst. pl. 86. f, 3.
Schmidt, Petref. Btich. p. 97. pl. 89. f. 3.
Morris, Cat. of British foss. p. io3.
Trigoma Uneolata^ Agass. Ktud. crit. t, i. p. 87. pl. 4. f- i-5, ^
Lyriodon costatus^ Bronn, Ind. pal. t, i. p. 685.
Trigonia costata, d*Orb. Prod. pal. t. i. p, 278, ♦
Le costata de Lamarck devra comprendre dans sa synonymie le rugosa du même auteur, si les observations de M. Defrance sont justes. Ce naturaliste, en effet, à Tarticle Trigonie du Dictionnaire des sciences naturelles J en parlant du rugosa de Lamarck, dit qu’il n’est qu’une simple variété du costata; mais ce fait a besoin d’une vérification, parce qu’à l’époque où écrivait M. Defrance, les caractères Spécifiques n’étaient point aussi rigoureusement observés qu’on le fait actuellement. Il faudra faire également rentrer dans la synonymie du costata le Trigonia lineolata^ d’Âgassiz, qui ne diffère du type par aucun caractère essentiel.
Nous mentionnerons encore dans Toolite inférieure le Trigonia leix*
\ ikulata d’Âgassiz, voisin du costata^ et qui a été trouvé à Confie, à Fontenay, à Draguignan, à Sedan, à Longwy, ainsi qu’en Suisse, aux environs de Bade. Ces treize espèces, inscrites dans les ouvrages des paléontologistes, ne sont pas les seules que nous connaissions dans Toolite inférieure; nous en avons vu plusieurs autres dans la collection de M. Terquem. et dans la nôtre nous en trouvons trois qne nous ne pouvons rapporter à aucune de celles que les auteurs ont décrites ou figurées.
Nous comptons six espèces dans la grande oolite; de celles-là M. d’Orbigny n’en mentionne que trois, mais il en ajoute six qu’il croit nouvelles : il y aurait donc douze espèces dans la grande oolite, et non neuf comme le prétend M. d’Orbigny. Parmi ces espèces , nous citerons particulièrement le Trigonia puilus de Sowerby, que l’on trouve
VINGT-SIXIÈME FAMILLE
en France et en Angleterre. Il en est de même des Trigonia mbricata et cuspidala. Lp Trigonia undulala d’Agassiz serait à la fois en Piémont et en Suisse,
Treize espèces se distribuent dans Tensemble des terrains oxfordiens ; M. d’Orbigny n'en compte que sept, et encore, pour arriver è ce nombre, a-t-il été obligé de dédoubler le Trigonia clavellala de Sowerby, aux dépens duquel il a fait un Trigonia major pour l’oxfordien inférieur, réservant le clavellata proprement dit pour l’oxfordien moyen et supérieur. D’après la synonymie inscrite par M. d'Orbigny dans ces deux espèces, il nous semble que celle à laquelle il donne le nom de Trigonia major est bien le clavellata de Sowerby, ou le nodulosa de Lamarck. Cette coquille ne se borne pas aux couches que lui assigne M. d’Orbigny ; nous la retrouvons dans loute la série des couches de l'oxford ; elle passe dans le calcaire à Astartés , et vient enûn se terminer dans les couches du kimmeridge, où elle est assez abondamment répandue. La coquille de l’oxford moyen et supérieur à laquelle M, d’Orbigny donne le nom de clavellala avait déjà reçu un nom : c’est Vaspera de Lamarck.
Trigonia aspera , Lamarck, pl. 33 , f. 7, 8 , 9.
T, (esta oi^uto-trigona f suhcompressa^ posterius producta; costis trans~ venis , rcütQtis ^ tubercuîato asperis; ptihe elcvalo <^annata iterigatiore,
Encycl. pl. 237. f. 4. a. b. c.
Deslî. iu Lanik. 2* é(J. An. s. vert. î. 6. p. 5i5.
Pot. et Midi, Gai. Douai, p. 122. n® 4.
Lyriodon asper^ Broun, Ind. pal. t, r, p, 684.
Celle-ci demeure, en effet, dans les couches supérieures et moyennes de l’oxford. Elle est en France, en Angleterre , en Allemagne, aussi bien que le vrai clavellata , dont nous venons de parler.
Il est encore une espèce qui mérite une mention toute spéciale, o'estlê Tiigonia eîongata de Sowerby, figuré dès 1784 par Hermann, dans le 15* fascicule ûu Naturforscher. On la trouve presque partout où existent les marnes oxfordiennes* non seulement en France et en Angleterre, mais encore en Allemagne et en Russie , et même à Charré, dans les Indes orientales, ainsique l’a constaté M. Sowerby, W. d’Orbigny a réuni à son Tngonia major le Trigonia maaiima d’Agassiz, Pour nous, ces deux espèces sont distinctes; mais M. d’Orbigny aurait dû éviter celle réunion, car le maxima se trouve à la fois dans l'oxford
LES TRIGONKES.
moyen et dans l'oxford supérieur. El si c’est un major, comme le prétend l’auteur, l’espèce passerait dans toutes les parties de l’oxford et ne 80 bornerait pas à l'oxford inférieur, comme il le prétend.
Nous avons vu le Trigonia claveliala passer de l'oxford dans le coral-rag; il s’y rencontre avec neuf espèces, parmi lesquelles on a cru voir le coslala de l'aoUte inférieure. Mais examiné avec plus de soin, ce cosiata a été reconnu pour une espèce distincte, et M. Âgassiz lui a donné le nom de Trîgonia Meriani, Celle coquille se trouve presque partout où se développe la formation corallienne, avec le Diceras arie~ Um , et celte masse considérable de Polypiers qui caractérise les couches inférieures. A coté de celte espèce, nous pouvons signaler encore le Trigonia Bromii, voisin dn clavellatu, mais toujours distinct par les trois angles luberouleux de son corselet. Celte espèce a été trouvée à Besançon, à Trouville, et aux environs de Tonnerre, Le geographica est encore une espèce intéressante par le vaste horizon qu’elle occupe; elle est citée en Suisse, dans le Wurtemberg, et à Saint-Mihiel, daAS la Meuse. Les Trigonia hybrida et concinna sont plus répandues dans les terrains de l’Allemagne; mais cette dernière a été retrouvée aux environs de Verdun , par M. Buvignier et par nous-môme.
Les couches kimméridiennes renferment dix espèces de Trigonies , en joignant à celles que nous connaissons le clavellata, que nous y avons déjà cité. C’est ici que nous retrouvons, sous le nom de liilerata , une espèce confondue par Goldfuàs avec le vrai iilterala de Phillips, M. d’Orbigny maintient à celte espèce le nom maladroitement appliqué par Goldfuss. Pour réparer cette confusion synonyinique , M, Agassiz, dans sa Monographie des, Trigonies , avait proposé d’attribuer le nom de Goldfuss à la coquille confondue par ce naturaliste avec celle de Phillips; M. d’Orbigny aura sans doute échappé cette rectification. Ces erreurs , une fois signalées , deviennent faciles à rectifier : !e lyrata , d’Orbigny, redevient le lUlsrata, Phillips, et le litterata, d’Orbigny, reprend le nom de Gold(imH, d’Agassiz. Parmi les espèces du kimmeridge , nous signalerons d’abord le Trigonia muricata ^ comme celle qui caractérise le mieux cette formation , car on la cite en Angleterre, en France, en Allemagne, et M. Sharpe l’a retrouvée dans la même position en Portugal.
Plusieurs espèces , telles que les Trigonia micenlrica , Iruncata et saprajurensis , existent à la fois en Suisse et en France. Celte dernière , la fiuprajurensïs , ne doit pas être confondue avec rZ7mo suprajurensîs de Roemer, coquille pour laquelle M. Agassiz a faR un Trigonia Roemeri. Mais cette coquille ne nous paraît pas une véritable Trigonie,
VINGT-SIXIÈME FAMILLE
Ce suprajurensis est également cité dans le terrain portlandîen de la Suisse ; mais , pour nous , le terrain dont il s’agit n’est pas suffisamment bien déterminé et n’est pas parallèle à celui d’Angleterre et de la Meuse. Cinq espèces sont mentionnées dans les couches portlandiennes ; la plus répandue est la Trigonia gibbosUt de Sowerby, trouvée en Angleterre» à Boulogne, à Nantua et dans la Meuse.
Aux espèces que nous venons de mentionner dans toute la série jurassique, et qui sont inscrites dans les ouvrages jusqu’ici publiés, nous pourrions en ajouter un certain nombre d’autres que nous avons dans notre collection , et que nous avons vues dans celles d’autres naturalistes. Pour éviter de tomber dans l’inconvénient produit par des listes nominales , et ne pouvant décrire ici des espèces nouvelles , nous nous contentons d'annoncer une augmentation prochaine dans les espèces du genre , lorsqu’un paléontologiste voudra en réunir les éléments actuellement disséminés.
£n parcourant les nombres des espèces inscrites dans l’ensemble de la formation jurassique, on s’aperçoit que leur distribution se fait d'une manière assez égale; les couches qui en renferment le plus en contiennent douze ou treize seulement; il en est de même à peu près dans la série crétacée , cependant nous comptons dix-neuf espèces dans le terrain néocomien , et c’est de tous incontestablement le 'plus riche. Il est vrai qu’il est un do ceux vers lesquels se sont tournées avec le plus d'ardeur les recherches des paléontologistes et des géologues. C'est principalement à M, d'Orbigny que l’on doit ce nombre plus considérable d’espèces. Ce naturaliste , en effet , a fait connaître celles de France et d’Amérique , et ce qui a lieu de nous surprendre , c’est qd’il ait oublié ces dernières dans son Prodrome. Nous n’avons pas à citer toutes les espèces du terrain néocomien. Nous mentionnerons particulièrement le Trigonia carinata d'Agassiz, auquel nous avions appliqué le nom de Trigonia harpa, lorsqu’on 1839 nous coopérâmes à l’ouvrage publié par M. Leymerie sur la Géologie du département de VÂube. Mais, un peu avant nous, M. de Munster avait employé cette dénomination pour Tune des deux éspèces du muschelkalk. Ce carinata est très répandu dans tout le terrain néocomien de France et de Suisse y particulièrement dans les couches calcaires . La Trigonia rudis de Parkinson n’est pas moins répandu. D’après M. d’Orbigny, l’espèce serait extrêmement variable, car il y rapporte trois autres coquilles qui paraissent assez différentes. Nous admettons cependant le de
Sowerby dans la synonymie du rudis de Parkinson ; mais si nous comparons le Trigonia palmata de Leymerie, et le îiodosa de Sowerby,
LES TRIGONÉES.
au type de Parkinson , nous leur* trouvons des différences trop considérables pour les y réunir ; nous croyons, du moins quant à présent, devoir leur laisser le titre d’espèce jusqu’au moment où la connaissance des charnières et des impressions musculaires viendra éclaircir les doutes qu’il est prudent de conserver encore. Nous aurions peut-être quelque droit à réclamer la priorité sur M. Agassiz, au sujet du Trigonia Lajoyei^ notre travail pour M, Leymerie était à peu près terminé en 1 839 , communiqué en 1 840 à la Société de géologie , et c’est en 4 840 aussi que parut la Monographie des Trigonies, par M. Agassiz. Néanmoins pour ne point embarrasser la nomenclature, nous adoptons le nom de M. Agassiz, qui a prévalu dans la plupart dos ouvrages do paléontologie. Le Trigonia longa existe non seulement en France, en Allemagne et en Angleterre; M. d'Orbigny l'a retrouvée dans les terrains néocomiens de l’Amérique méridionale, fait très important qui montre combien étaient étendues les faunes pendant la durée de cette période géologique. Le Trigonia caudata , Agassiz , est encore une de'ces espèces qui mérite d’être signalée à l'attention des géologues ; elle se trouve dans les mêmes lieux que les précédentes , et de plus en Portugal , où elle a été découverte par M. Sharpe , et mentionnée par, lui dans le mémoire fort bien fait que l'on doit à ce savant. Elle est accompagnée d’une autre espèce, hérissée de tubercules pointus à laquelle l’auteur a attaché le nom de Trigonia Lasitanica.
Goldfuss a ûguré, sous le nom de Trigonia Ersogii , une très belle coquille rapportée du cap de Bonne-Espéranco, et que Ton a crue pendant longtemps dépendre de la formation liasique. De nouveaux documents parvenus en Angleterre ont appris que cette coquille appartient au terrain néocomien ; elle est l'une des plus grandes du genre, et, chez presque tous les individus complets, le ligament est d'une parfaite conservation.
Cinq espèces sont actuellement connues dans les terrains de l’Amérique méridionale , toutes sont du Chili , plusieurs proviennent des environs de Santa-Fé-de-Bogota, Nous citerons le Trigonia subcrenulata ^ auquel il faudra joindre le jTrîÊfonta toquagmana ûqM. Lea. Cette espèce semble remplacer dans ces terrains éloignés le Trigonia Fittoni^ avec laquelle elle a infiniment de rapports.
Le gault est peu riche en espèces de Trigonies ; quatre seulement y sont citées, ce nombre s’augmentera probablement par la suite. De ces espèces, la plus abondante et la plus connue est le Trigonia aliformis de Parkinson.
r. II.
VINGT-SIXIÈMIî FAMILLE.
*■ Le Trigonia aliformîSf Parkins. , pl. 33 , f. 3.
T, testa triangulariy antice roiunJata, postlce proboscidea^rostrata, oblique costnta; cosiis nodulosis; apice obliquo^ acut.o; ano angulato^ striato^ bîpartho,
Forbes, Fo'^s. îiicd. Trans. soc. géol. t. 7. p. i5i. pl. ï/|, f. 3,
Sowerl)y» IMin. concli. pl. 44 et pl. ùi5,
Parkin.^on, Org. rcmarq. t. 3, p, 176. pl. lat. f; 9.
Dcsluiycs, Coq. caract, p. 33* pl. 10. f. 6 cl .7.
II/. Ml Laiiiarck, An. vert, a® éd. t. 6. p. 5a i. n° 17.
Ktioit, Keliq. diliiv. p. a. pl. P. i. d. f. i.
J.yTodon nlœformis^ CToldf. Pelref, p. ao3, pl. 137. f. 6, a. c, llocmor, Versl. krcid. p. h8.
Millier, Mon. Pelref. p. i5. n® i.
Forbe.'?, Quart, joiim. geo), .soc. t. i. p. 244. pl. 46.
D'OiLigny, Voy. Amér. pal. p, 88. 11® 76. ])l, ao. f. 1 .
De Ench, iSSg. Pctr. vny. de Huniboldi. pl. i, f. 10. n® 6.
Lyriodon alœjormis^ Bronn, Verst. a. p. 700. pl, 3a. f. i5.
Agassiz, 1840, T/igouies, p. 3r. pl. 7. f. r4-iG cl pl. 8. f. la, D’Orbigny, i’al. fr. cret. p. i43. n» 65a. pl. agt.f. 1-3.
^ Ocin Iz, Kreiti. p. 14. pl. 2. f. i5-i6.
Jd. Grnndr. p. 41*1.
Renss. a. p. 5.
' Geîiiitz, ICreîde geb. p. r58. n® r.
* Lyriodon àîiformîs^ Bronn, Ind. pal. t. i. p. 684.
Trigonia alœjormis^ Morris, Cal. of Bril. fos.s. p, roa.
Que Ton rencontre partout, en Allemagne, en Angleterre, en France en Suisse, et même en Amérique. D’après quelques géologues, cette coquille ne se bornerait pas aux couches du gault, elle remonterait dans presque toute la série crétacée pour venir s’éteindre dans ia craie tufeau. M.d’Orbigny prétend que deux espèces ont été confondues sous le môme nom , et que c'est de là que provient la confusion ; Valiformis serait propre au gauit, tandis que le Umhata de M. d'Orbigny serait particulière aux craies supérieures. Cet aliformis est, au reste, toujours plus petit, et le nombre de ses côtes est moins considérable que dans l’espèce avec laquelle il a été confondu.
Dans le grès vert, onze espèces sont constatées ; il en est plusieurs sur lesquelles nous devons appeler Tatlention des paléontologistes. Le Trigonia dœdaîea, par exemple, est une espèce au sujet de laquelle
LES TRIGONÉES.
quelques erreurs ont été faites : elles demandent à être rectifiées. Il faut recourir à l’ouvrage de Parkinson pour y trouver le type de l’espèce ; la figure qu’il on donne montre une moitié seulement de la coquille, mais elle roprégenle assez exactement l’espèce que l’on rencontre au Mans, et à laquelle Lamarck, Defrance et nous-môme avons attribué le nom de dœdalea. Avant de publier sa Monographie des Trigonies, M. Agassiz avait vu dans les collections d’Angleterre une coquille très différente de celle de Parkinson . sous le noo» do dæladea; il prit cette nouvelle espèce pour le type du paléontologiste anglais, lui conserva le nom spécifique de tZccdalea, et appliqua le nom de quadrata au dœdalea véritable. Dans tous les cas ce nom de quadrala était fort mal choisi et n'aurait pu rester, puisque M. Fillon l’avait employé plusieurs années auparavant pour une autre espèce. Pour ne plus laisser d’ambiguïté, il faut rendre à la coquille du Mans , semblable à celle de Parkinson , le nom de dœdalea^ supprimer le nom de quadrata d’ Agassiz, le reléguer dans la synonymie en le conservant à l’espèce de M. Fitton.
Trois espèces sont communes aux grès verts de France cl d'Angleterre : ce sont les Trigonia spmosa et sinuata de Parkinson, et suîcataria de Lamarck. Il faut rapporter au sinuata le Trigonia affinis de Sowerby, ainsi que Ta fait M. d’Orbigny.
Trigonia suîcataria, Lamarck . pl, 33 , f. 10.
T, testa (rigQua, subcuneata, postèrins prodnctaf attenunto compressa ; suivis anticis transversîs , posticîs longitudinalibus , pitbe transvershu striata.
Dv>h, i« Lamk, a* é<l. An» s. vert. t. 6. p* 517, n« 9.
Lyrodon sulcatum, GolJf. pciref. p, ao3. pl. 137. f. 7.
Gi;iui(z, Char. scUicUu p» 54. pl, ai, f. 3,
Lamarck, An. s. vert, t, 6. [>. 64. n® 9.
Trigonia pennata, Sowerby» Miti. conch. 3, p, 61. pl. f. 6.
Agas«iz, Trigonies^ p, 33, pl. i(. f. 17,
D’Orbigay, Pal, fr. crél, C 3. p, i5ü, 11® fiS;. pl. 394, f. 5-9.
Trigonia sulcato^ jMalbéron, Oit; raéth. p. 167. n® 174.
Lyriodon sulcatarius^ Brou», Ind. pal. t. r, p. 689,
D’Orbigov, Prodr. pal, t. a. p. *61.
Quant au suîcataria, il a reçu deux autres noms: c'est le Trigonia pennata de Sowerby, et le sulcala do Goldfuss.
Le Trigonia crenulata est une très belle espèce que l'on rencontre au Mans, à Rouen, à Gacé, à Saint- Paul-lrois-Châteaux.
VINGT-SIXIÈME FAMILLE
Le Trigonîa scahra , Lamarck , pl. 33 , f. 4 , 5 , 6.
Trusta ovato^trigonaj posterias producta ^ muîticostata ; costis trans^^ versis tulercuîato^scabrîs^ tubercuUs crebris^ parvis^ promînuîis,
Encycl. pl, aS^. f. i. a, b, c.
Brongoiart, gcol.. t^aris, pl. 9. f. 5«
Deshayes, Desc. coq, caract, p. 35. pl, i3. f. 45,
2d. in Lamarck, 2* éd. An. s. vert. t. 6. p, 5i5. n® 2.
Trigonîa spinosa^ Sowerby, Min, conch, n® 16, p, 196. pl. 86.
Bronn, Leth. pl. 32. f. i3»
Roemer, Verst. kreîd. p. 68,
Matheron, Cat. méth. pl. 267. n® 272.
Schmidt, Petref. Buch. p. i33.
Agassiz, Trigoniesy p. 28. pl. 10. f. i-5.
D’Orbigny, Pal. fr. crét. t. 3, p. i53. n® 659, pl. 296,
Pot. et Mich. Gai. Douai, p. 122. n® 5.
Morris, Cat. ofBrit* foss. p. io3.
Lyriodon scaber, Bronn, lud, pal, t. i. p. 688,
D’Orbigny, Prodr. pal, t. 2. p. 295,
Occupe une surface plus étendue; elle est en Angleterre, en Allemagne, en France, à üchaux, h Kouen, à Saintes, et elle remonte jusque dans les craies supérieures d’Orglande, d’où noos l'avons reçue de M. de Gerville.
Dans la craie tufeau nous domptons cinq espèces seulement , parmi elles se trouve le Trigonia limbata de M. d’Orbigny, ordinairement confondu avec Vaîiformis , mais qui paraît peu distinct du scabra de Lamarck. Ce limbata ^ d’après M. d'Orbigny, se trouverait non seulement en France, en Angleterre et en Allemagne, mais encore aux États- Unis et dans les Indes orientales. Dans la craie supérieure neuf espèces sont comptées ; trois seulement sont d’Europe, ce sont les Trigonia putla de Nilson, excenlrica de Goldfuss, qui n’est pas la môme que celle de Lamarck, et que par celte raison M. d'Orbigny a nommée subexcentrica ; et enfin le pulcMla de M. Reuss, qui n’étant pas la même que celle d’ Agassiz, a été nommée subpulchella par M. d’Orbigny. Trois espèces sont de ITnde; elles ont été signalées, pour la première fois, par M, ForbeSjdans son excellent travail publié dans les Transactions de la Société géologique de Londres; une autre est des États-Unis , c’est le Trigonia thoracica do Morton , que la plupart des paléontologistes rapportent à Vaîiformis, de Parkinson. Les deux dernières sont de
LES NUCÜLIDES.
l'Amérique centrale, le Hanleytiana, de M. d’Orbigny, du Chili, et le plicato-costata , de Nyst et Galeotti, du Mexique. C’est là que se termine la série assez considérable deTrigonies; car, ainsi que l’avons déjà dit, aucune espèce ne franchit le terrain crétacé pour se produire dans les terrains tertiaires. ^
Nous ne terminerons pas ce qui a rapport aux Trigonies sans rap^ peler que , sous les noms de Trigonia inflala et arcuata, Lamarck confondait dans le genre de véritables pholadomyes, et que sous celui de Trigonia cardissoides, il y rapportait une Opis. Le fngonia crassatellinaf du môme auteur, serait une Astarle d’après les observations de M. Defrance. Après avoir annoncé ce fait important d’une Trigonie dans les terrains dévoniens de l’Amérique méridionale, M. d’Orbigny a reconnu lui-même que sa coquille appartient au genre Megalodon, Cet exemple doit exciter l'attenlion de ceux des paléontologistes qui attachent une grande importance au genre ou à la famille , car, selon le degré de perfection de l’observation , ils voient des genres ou des familles apparaître ou disparaître des formations géologiques.
VINGT-SEPTIÈME FAMILLE, lies ünciilides. IfucuiMie, Gray.
CARACTÈRES DE LA FAMILLE. — Animal transvcrse ovale, oblongou subtrigone. Les lobes du manteau épaissis sur les bords, complètement désunis dans toute la circonférence; pied très grand, comprimé latéralement, rétréci à la base, profondément fendu le long de son bord inférieur, et frangé sur le bord de cette fente ; bouche extrêmement petite ; lèvres courtes et étroites; palpes labiales extrêmement grandes, ovales, élégamment plissées et pourvues en arrière de deux grands appendices tentaculaires. Branchies étroites , courtes, placées sur le côté postérieur et non soudées en arrière ; quelquefois un siphon anal, court et étroit, et un siphon branchial simulé par un prolongement en demi-cylindre de chaque lobe du manteau.
262 VINGT-SEPTIÈME FAMILLE
Coquille tantôt transverse, subéquilatérale, rostrée en arrière, tantôt ovale ou subtrigone, très inéquilatérale, soit blanche, soit nacrée à l'intérieur. Charnière étroite, divisée en deux parties formant entre elles un angle plus ou moins ouvert, et composée d’un grand nombre de dents sériales, étroites , comprimées et réciproquement intrantes. Ligament interne, ou subintérieur, ou externe; impressions musculaires petites, ôvales, obrondes; impression palléale tantôt simple, tantôt sinueuse du côté postéi'ieur.
GENRES. — Solenella , Leda , Nucula.
Depuis quelques années seulement la science a acquis d’utiles renseignements sur les animaux du genre Nucula de Lamarck, et c'esl alors que les zoologistes ont pensé à ériger ce genre et quelques autres, faits à ses dépens, en une petite famille à laquelle M. Gray a irfiposé le nom que nous avons adopté. Guidé par l'analogie, Lamarck avait joint son genro Nucule à ceux avec lesquels il avait fondé sa famille des Arcacécs. Cette réunion de genres pouvait être alors considérée comme très naturelle, et l’on devait aisément se persuader que des liens communs d’organisation viendraient resserrer ceux indiqués par les coquilles, à mesure que l'on étudierait les animaux de chaque genre. Si d’un côté ces prévisions se sont réalisées d'one manière générale, d’un autre les faits nouvellement observés chez les animaux des Nucules, ont prouvé qu'il était nécessaire de les détacher de la famille des Arcacés. On trouve bien dans les Nuculides les principaux traits d'organisation des Ârcacés, mais avec des modifications assez importantes pour justiher leur séparation en une famille distincte.
Schumacher, le premier, dans son Essai d'une classification des testacés, apporta quelques changements au genre Nucule de Lamarck, A ce nom de Nucula , adopté dé tous les conchyliologues, il propose de substituer celui de Leda, en prenant pour type du genre, non plus l’arctt nucléus de Linné, mais Varca rostrata de Chemnitz. Ce genre Leda, incomplélemeul caractérisé, n’a point été accepté des nalura- Jistes, jusqu’au moment où M. Moller publia son Index molluscorum Oroenlandiœ^ et donna sur l’animal des Leda quelques renseignements plus propres à limiter convenablement le genre. Ce même naturaliste proposa en même temps, sous le nom de Fo/dio,- un petit groupé de Nucules chez l'anitnal desquels il remarqua deux siphons terminaux;
LBS NÜCÜLIDKS.
mais ce naturaliste, dans une note, considère les genres Leda et Yoldia comme de simples sous-genres des Nucules, et peut-être serait-il mieux d'imiter celte réserve. Quelques années plus lard . un savant d'un très grand mérite, M. Lovèn , dans son /ndtfæ mo/iuscorum Scandiîiau/te , caractérisa d’une manière plus complète les deux genres dont nous parlons, et nous-môme , pendant notre séjour en Algérie, nous eûmes l'occasion de vérifier la justesse des observations du savant danois, pour ce qui a rapport aux genres Nucula et Leda,
Ce genra Leda ne peut prendre quelque valeur qu'auLant que l’on ajoute aux caractères assignés par Schumacher, le plus important de tous et qui a été omis par lui, c’est-à-dire la présence, dans l’intérieur des valves , d’une impression palléale terminée en arrière par une sinuosité étroite et peu profonde. Ce caractère se retrouvant dans io genre Yoldia, et l’animal offrant une organisation semblable, comme nous le verrons tout à l’heure, nous n’avon.s pas cru nécessaire d’introduire ce genre dans uoe méthode où nous cherchons, autant que possible, à les rendre comparables en les fondant sur des caractères d'une égale valeur.
A côté des genres Nucula et Leda , un troisième groupe vient naturellement se ranger, celui auquel M. Sowerby a depuis longtemps imposé le nom de Solenella. Ce genre du zoologiste anglais offre une combinaison de caractères fort remarquables; une charnière do Nucule et un ligament externe comme celui d’une Psammobie; une coquille mince et déprimée, un peu bâillante en avant et en arrière, montre dans l’intérieur une large et profonde sinnosilé palléale. Ces deux caractères delà sinuosité palléale et de la positiou du ligament avalent engagé plusieurs conchyliologues à admettre le genre Solenella dans le voisinage des Solen et des Psammobia. Mais en considérant que la position du ligament n’est pas toujours un indice d’un changement profond dans l’organisation des animaux , et que la sinuosité paiJéale se montre déjà à un moindre degré dans un type incontestable des Nuculides, on est amené à rapprocher, à cause de sa charnière multidentée , le genre Soléoelle des Nucules et des Leda , et nous sommes convaincu que l'observation de l'animal justifiera les rapports dans lesquels nous le plaçons dès à présent. Peut-être ce genre Solénelle servira-t-il à montrer les rapports , éloignés sans doute, qui existent entre la famille des Nucules et celle des Solémyes , que l’on va être bien étonné sans doute de nous voir citer ici.
Les animaux do la famille des Nuculides sont exlrêmement remarquables; ils sont enveloppés d’un manteau uunce, éj)aissi sur ic bord ,
VINGT-SEPTIÈME FAMILLE
par un muscle palléal orbiculaire. Ce bord palléal est tantôt simple, comme dans les Nucules proprement dites . tantôt double ou frangé comme dans les Yoldia et les Leda. Lorsque cette duplicature existe, le feuillet externe, appliqué sur le bord de la coquille, ne la dépasse pas, tandis que le feuillet interne, plus allongé, la déborde, selon les espèces. Les lobes du manteau sont désunis dans toute la circonférence, et néanmoins, lorsque l'animal est vivant, il fait saillir au dehors deux tubes divergents entre eux et plus ou moins allongés; ces tubes n’existent pas chez les Nucules , mais ils sont déjà proéminents chez "les Leda y beaucoup plus chez les Yoldia; et iis sont beaucoup plus prolongés encore chez les Solénelles, si l’on en juge par la longueur de la sinuosité palléale. Chez ces animaux, le siphon branchial n’est pas constitué comme dans les autres mollusques que nous avons examinés jusqu'ici; il ressemble assez à celui de cevimm Mytilus et des Unios; une gouttière demi-cylindrique est formée aux dépens do chaque lobe du manteau, et chaque demi-cylindre, en se rapprochant, forme un canal complet , composé de deux parties non soudées entre elles. Quant au siphon anal , il est persistant et il n’est autre chose que la prolongation de cette courte soudure que nous avons fait remarquer à la partie postérieure du manteau , chez les Cardites et les Unios. Il serait très intéressant de savoir comment le manteau se comporte dans les Solénelles, et s'il est fermé en arrière comme dans les Solen et les Psammobies; dans le cas où il en serait ainsi, le genre dont nous parlons devra sortir de la famille des Nuculides, pour former à lui seul le type d’une famille dont la place sera déterminée dans la méthode par la pâture des autres caractères qu’aura présentés l’animal.
Le pied , organe très important, offre, dans les Nuculides, une forme toute particulière; il est gros et épais , très musculaire, coupé en forme de fer de hache, plus proéminent en avant chez les Leda, plus large dans les Nucules proprement dites. Lorsqu’il est contracté, il offre un bord tranchant, bordé d'un double rang de digitations. Il est fendu profondément dans toute sa longueur, et , au moyen de celte fente , l’animal peut le dilater en un disque assez large , digité sur toute sa circonférence, et que l’on a comparé au pied de certains Gastéropodes. On a même prétendu que l'animal se servait de cet organe pour ramper à la surface des corps solides , sorte de manœuvre que nous n’avons jamais vu exécuter, quoique nous ayons observé des Nucules vivantes fréquemment et pendant longtemps. Cette disposition du pied ressemble considérablement à celle que nous avons fait remarquer dans le même organe chez les Solémyes, et nous avons toujours vu l’animal Tutiliser
LES NÜCULIDES.
delà même manière. En effet, les Nucules habitent les sables ou les sables vaseux, et c'est au moyen de leur pied qu'elles s'y enfoncent en déplaçant des graviers quelquefois fort gros , comparativement à leur propre volume; elles enfoncent dans le sable l’extrémité antérieure du pied et son bord inférieur rendu tranchant par le rapprochement des deux lèvres. Lorsque l’organe a pénétré à une faible profondeur sous une couche de sable , l’animal en élargit les bords , le sable tombe sur cette partie élargie , et au moyen de la résistance qu’il s'est créée , il fait effort en raccourcissant l’organe locomoteur, et pénètre ainsi à une certaine profondeur dans le sable où il veut se cacher. Il réitère la même manœuvre avec assez de rapidité, et il finit par disparaître tout entier dans la matière étrangère où il cherche un abri.
Si l’on ouvre les lobes du manteau, on trouve do chaque côté de l’animal de très grands feuillets plissés que l’on pourrait prendre pour des branchies , car ils occupent la place de ces organes dans ceux des lamellibranches que nous avons observés jusqu’ici. Mais ces organes membraneux ne sont autre chose que des palpes labiales, devenues excessivement grandes ; il en existe une paire de chaque côté , et elles se terminent tout près de la bouche à des lèvres courtes et étroites. La bouche est extrêmement petite ; l’animal peut probablement la contracter, car on a quelque peine à la découvrir ; les palpes labiales sont quelquefois recouvertes et en quelque sorte cachées dans une espèce de cavité, produite par la proéminence en avant d’une partie des viscères, ordinairement contenus dans la cavité abdominale. Mais ce qui est très remarquable dans les animaux des Nuculides que nous avons étudiés, c’est de trouver en arrière des palpes labiales un très long appendice tentaçuliforme que l’animal dirige en avant, fait sortir de sa coquille en même temps que son pied. Jusqu’ici nous n’avons rien vu de semblable dans aucun autre Mollusque lamellibranche quelconque, et Texislence de cet organe singulier a été l'an des motifs les plus puissants qui nous ait engagé à séparer les Nuculides des Arcacés.
Les organes de la respiration nous ont offert aussi une organisation toute spéciale et qui est assez différente de tout ce que noos avons vu jusqu’ici. Dans les Nucules, les feuillets branchiaux sont très courts, portés en arrière le long du petit côté do la coquille ; les deux feuillets, de chaque côté , sont soudés l’un à l’autre à leur partie supérieure , et ressemblent par là à un morceau de papier ployé en deux. L’extrémité postérieure est pointue , la branchie d’un côté s’attache à celle du côté opposé en arrière du pied , mais cette soudure cesse spontanément à la mort de l’animal. Dans les Ledo, les branchies ont une structure très
V 1 NG T- SE PT I È M lî FA MILLE.
différenle: situées le long du dos, il n’y en a qu’une de chaque côté, et. par sa structure, elle ressemble beaucoup à celle des Solémyes. Klle est, en ciïel, formée de lamelles quadrangulaircs, empilées les unes sur les autres et traversées par les vaisseaux branchiaux. Cette disposition des branchies nous a paru un caractère assez important pour maintenir le genre Leda qui se trouve par là suffisamment caractérisé. 11 faudra voir dans les Solénelles duquel des deux genres , A'ucuîa ou Leda, il se rapprochera le plus sous le rapport de Torganisation des branchies.
Nous pourrions ajouter encore d’autres détails sur l’organisation des animaux dont nous venons d’esquisser rapidement les caractères généraux. Nous avions préparé à ce sujet un travail anatomique complet qui devait faire partie de notre ouvrage sur les Mollusques de l’Algérie, mais son interruption nous a empêché de le publier.
Les coquilles contenues dans la famille des Nucuiides sont généralement petites, tantôt allongées, transverses , subéquilalérales , rostrées en arrière , tantôt ovalaires , sublrigones et très inéquilatérales. La plupart ont leur valve parfaitement close, d’autres sont un peu bâillantes en avant et en arrière. Les unes sont nacrées à l'intérieur, les autres sont blanches, mais toutes sont caractérisées par une charnière étroite, sur laquelle s’élèvent un grand nombre de dents sériales , séparées entre elles par de petites fossettes. Ces dents, assez comparables à celles d’un peigne , s’engrènent les unes avec, les autres et sont reçues dans les fossettes correspondantes de chaque valve. Quelquefois l'engrenage de ces dents est très serré , comme chez la plupart des Nueuîa ; il l’est moins dans les Leda, et moins encore dans les Solenella, Le ligament varie un peu dans la place qu'il occupe : le plus ordinairement il est intérieur, reçu dans une fossette ayant un peu la forme d’un cuilleron , situé dans l’angle correspondant au sommet des crochets et divisant la charnière en deux parties inégales. Ce ligament devient externe chez les Solénelles, et il existe, dans le bassin de Paris, une petite coquille, connue sous le nom de Nucula dettoidea, Lamarck , chez laquelle le ligament est porté presque en entier au dehors, à peu près de la môme manièreque dans le Mactra Splengleri. M. d’Orbigny l'a rapportée dans le genre Liimpsis , dont nous aurons bientôt à parler. Une autre petite coquille, à laquelle nous avons donné le nom de i\ucuia miliarîs, outre les dents ordinaires de la charnière, mais un peu différemment distribuées que dans les Nucules proprement dites, porte en arrière une grande dent latérale ; le ligament est placé dans une petite fossette creusée en arrière des dents cardinales. M. d Orbigny a fait son genre Nuculina de cette petite espèce.
LES NÜCÜLIDES.
Les impressions musculaires sont généralement petites, ordinairement obrondes ou ovalaires ; dans certaines Leda , l'antérieure est un peu subiransverse. Elles sont toujours situées à l'extrémité do la charnière ; elles sont accompagnées d’une très petite impression transverse ou subovale, sur laquelle s’attache l’un des muscles rétracleurs du pied. L’impression palléale est peu apparente, peu éloignée du bord de la coquille ; elle reste parallèle à ce bord, môme en arrière dans les Nucules; mais, dans les Leda et les Solénelles, elle rentre sur ellemôme et trace une sinuosité plus ou moins profonde.
En considérant dans leur ensemble les caractères de la famille des Nuculides , il est assez facile de déterminer la place qu’elle doit occuper dans la série générale de la méthode. Nous avons vu le pied des l^imellibranches se fendre peu à peu, soit pour donner naissance à un byssus, soit pour s’adapter à un mode do locomotion particulier. Dans la famille qui nous occupe , cette division du pied est parvenue à son extrême limite, cardans celle des Arcacés, elle n’est pas plus considérable. Sous ce rapport , les Nucules ont donc de l'analogie avec les groupes précédents, mais particulièrement avec celui desTrigonios, animal chez lequel les lèvres du pied sont également digitées. La bouche est petite , les palpes labiales sont très grandes , et nous avons vu ces organes varier dans toute la série des Mollusques acéphalés. Mais ce qui caractérise essenliellemonl la famille actuelle , ce sont ces appendices tentaculaires attachés aux palpes labiales; à cet égard, rien d’analogue chez tous les autres Mollusques du même ordre. Quant aux branchies, organes que l’on a cru autrefois assez constants pour baser les grandes divisions d’après leurs modifications , lobservalion a prouvé surabondamment qu’ils étaient variables d'un ordre à l’autre, dans un même sous-ordre et quelquefois même dans une seule famille ; celle des Nucules en est une preuve de plus. Quant à la présence des siphons , plusieurs zoologistes, s'arrêtant trop à la surface des choses , ont pensé qu’il fallait introduire la famille des Nucules dans un ordre tout différent, non loin des Solen et des Myes, ainsi que l’a proposé récemment M. Gray, dans sa nouvelle classifjcalion publiée, en 1847, dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres. M. Gray a du moins le mérite d’avoir conservé en un seul groupe les genres de la famille des Nuculides. M. d'Orbigny, persuadé de l'existence de véritables siphons dans le genre Leda , et loi faisant en toute rigueur i applicalioa de ce qu’il nomme les principes de sa méthode, en a fait une petite famille intercalée entre celle des Tellines et celle des Vénus. Uien n’est plus éloigné en réalité de ces deux groupes que celui des Leda , ainsi
VINGT-SEPTIÈME FAMILLE
que l'avaient prouvé MM. Môller et Lovèn depuis plusieurs années.
Ce que nous avons exposé ne permet pas même l’examen de semblables opinions , car nous avons vu , chez les Leda , le siphon branchial , ou ce qui le remplace , ne pas interrompre la disjonction des lobes du manteau ; on peut donc dire que le siphon anal seul existe, seulement plus saillant qu’il ne l’est chez les Unies, chez les Cardites, etc., et nous devons ajouter que ce siphon ne joue pas le rôle qui lui est destiné dans les autres Mollusques lamellibranches réellement siphonés , ainsi que nous le verrons en donnant la description sommaire de l’animal de ce genre. La place de la famille est donc en réalité marquée non loin des Trigonies et à côté des Arcacés ; nous verrons, en traitant de cette famil^p , combien sont grands les rapports qui l’unissent à celle des Nu-* culüs.
Tous les genres qui constituent la famille des Nuculides sont essentiellement marins , descendent quelquefois dans les grandes profondeurs de la mer et sont répandus dans tous les océans.