GENRE QUATRE -VINGT -TROISIÈME
Zi£2>A, Zerffl,. Schumacher.
CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal ovale transverse , subéquilat(5ra], ayant le manteau ouvert sur toute la circonférence, tantôt cilié en son bord, tantôt divisé en deux lèvres simples. Pied grand, subclaviforme , comprimé latéralement, fendu en son bord inférieur, et susceptible de se dilater en un disque digité a sa circonférence; bouche petite; palpes labiales très grandes, portant en arrière un long appendice tentaculaire; une seule branchie subcylindracée de chaque côté du corps, composée de lamelles transverses empilées en urie seule série; un siphon branchial simulé par deux gouttières égales du manteau; siphon anal, très grêle, formé par la soudure d’une valvule palléale.
Coquille oblongue transverse, obtuse en avant, rostrée en arrière , le plus souvent épidermée , tantôt parfaitement close , tantôt légèrement bâillante en arrière, non nacrée en dedans. Charnière linéaire étroite, faiblement anguleuse dans le milieu et portant un grand nombre de dents sériales pointues ; ligament intérieur, porté dans un cuilleron dilaté., oblique, situé au-dessous du crochet et dans l’angle delà charnière. Impression palléale terminée en arrière en une sinuosité étroite et peu profonde.
SYNONYMIE génèriqije. — Lembulus ^ Leach, Mss., Risso. — Dacryomya. Agassiz. — Yoldia ^ Moller, Lovèn. — ■ Orihonata^ Conrad, Hall, d'Orbigny. — NxtcuJa [species]^ Lamarck et presque tous les conchyliologues.
Observations. ïncomplétemenl caractérisé par Schumacher, le genre Leda a dû subir une transformation assez notable avant d'être accepté définitivement par les conchyliologues. Il a même fallu , pour déterminer la plupart d’entre eux, observer l’animal et apercevoir chez lai
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des différences assez notables avec celui des Nucules. C’est principalement à M. MoIIer, et bientôt après à M. Lovèn , que l'on doit des détails précieux au: moyen desquels le genre put être caractérisé d'une manière plus complète. Plusieurs caractères cependant , parmi lesquels quelques uns des plus importants , avaient échappé aux savants naturalistes que nous venons de nommer, et cette lacune, nous sommes aujourd’hui en état de la faire disparaître, ayant pu étudier sur le vivant l'espèce de la Méditerranée , et sur un animal très bien conservé l’espèce la plus commune de l’Amérique septentrionale. Quoique habitant des régions aussi éloignées, et malgré la diflerence apparente de leur coquille, ces animaux ont une organisation absolument semblable et ils méritent à tous égards de constituer un genre séparé des Nucules.
Cet animal est transverse , quelquefois étroit , plus ou moins aplati , roslré en arrière, obtus et généralement plus renflé en avant; il est enveloppé d’un manteau minco, facile à déchirer à cause de son adhérence à la coquille. Les bords de ce manteau sont souvent divisés en deux lèvres, et quand celte division n’a pas lieu , la lèvre interne est remplacée par une série de tentacules , longs , étroits , et qui s’entrecroisent au-devant de l’ouverture du manteau , comme les doigts des mains. Ce manteau est ouvert sur toute la circonférence , et il ne se termine point en arrière par de véritables siphons , comme l’ont cru quelques observateurs , trompés par l’apparence. En effet , ce qui a été pris pour le siphon branchial , est formé de deux gouttières qui , en se rapprochant , forment un tuyau complet , mais dont les parties ne sont point soudées entre elles. Nous verrons , en traitant des modioles lithophages , qu'il existe dans ce genre uno grande valvule postérieure du manteau, ployée sur elle-même, et au moyen de laquelle un siphon anal est simulé. Il en est de même dans les Leda , avec celle légère différence que la soudure de la valvule est plus complète , Tanimal la fait saillir un peu plus. Ainsi, ce caractère de l’existence des siphons, sur lequel on s’était fondé pour entraîner les Nucules à la suite des Solen ou. des Myes, n’a en réalité aucune valeur, puisque ces organes n’existent réellement pas de la môme manière que chez les autres Mollusques siphonobranches. Chez les Lcda, le manteau est tout aussi largement ouvert que dans les Cardites, les ünios et les Trigonies; il l’est même davantage en cela que la bride palléale , au moyen de laquelle le canal anal est complété, n’existe môme plus ici, les branchies elles-mêmes , parleur structure et leur position, n’ayant plus besoin de cette bride pour exercer leurs fonctions.
Nous rappellerons ce fait important de l’organisation des Mollusques
LES NÜCÜLIDES.
lamellibranches, réunis dans les familles précédentes. Les branchies, attachées le long du dos, entre la masse viscérale et le manteau, présentent à leur partie supérieure un véritable canal dans lequel s’ouvrent les grandes cavités où tes œufs s’accumulent pour y subir une incubation préparatoire. Ce canal postérieur des branchies débouche dans le siphon anal; il est complété par l’extrémité postérieure des organes branchiaux eux-mèmes; et, enûn, il est limité, soit par la bride que nous avons fait voir dans les Unios et les Cardites.; ou bien il se prolonge en un canal charnu plus ou moins long , auquel on a donné le nom de siphon anal. Dans le genre qui nous occupe , toute celte disposition organique a complètement disparu. Une seule branctiie existe de chaque côté; celte branchie est épaisse., subprismatique, un peu cylindracée ; au lieu d'être formée par des lames longitudinales, dans lesquelles les vaisseaux se ramiüent , ^le est composée , ainsi que dans les Solémyes , d'une seule série de lames minces et transverses, subquadrangulaires et empilées les unes sur les autres , comme des feuillets de papier. Elles sont retenues dans leurs rapports, non seulement par les vaisseaux branchiaux qui les traversent, mais encore par leur soudure aux parties latérales du corps , dans toute leur longueur. En arrière du pied, les branchies restent complclement isolées; elles ne sont point flottantes; elles sont de ce côté aussi solidement attachées au corps que dans le reste de leur étendue. Elles ne sont pas susceptibles de recevoir les œufs au moment de la poule ; elles ne sont point creusées dans la région dorsale d'un canal aquifère, par conséquent l'existence d'une bride palléale ou d'un siphon branchial n’est point une disposition nécessaire comme dans les autres Mollusques lamellibranches. Nous verrons se continuer, dans la famille des Arcacées , une organisation très analogue à celle-ci. Mais à l'exception du genre Solémye, rien de semblable ne s!est offert à nos yeux dans la longue suite de genres que nous avons successivement passée en revue.
Les palpes labiales sont très grandes chez les Leda ; elles sont la continuation de lèvres courtes et étroites par lesquelles est cachée une bouche transverse et fort petite. Lorsque l'on ouvre le manteau , on aperçoit une partie deces palpes labiales; cela vientdece quelefoie forme une sorte de hernie envahissant une partie considérable du manteau, en laissant au-dessous d'elle un espace dans lequel les palpes sont cachées. Ces palpes , tronquées en arrière, portent de chaque côté un très long appendice dont le bord est festonné ^ et que l’animal porte au dehors lorsqu’il entr’ouvre sa coquille. Cet organe ajoute un fait
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particulier de plus à l’organisation toute spéciale des animaux du genre Leda et de ceux de la même famille.
Le pied s'allonge un peu plus que dans les Nucules ; il est comprimé latéralement , un peu claviforme , et il est toujours fendu à son extrémité. Au moyen de celte fente, il peut se dilater en un disque ovale ou sublancéolé , dont les bords sont presque toujours digilés.
Les coquilles du genre Leda sont Iransverses. subéquilatérales , plus arrondies et souvent plus épaisses en avant , rétrécies et rostrées en arrière. Quelquefois elles sont parfaitement closes ; il est un certain nombre d^espôces dont les valves sont un peu bâillantes en avant et en arrière. Ces coquilles sont lisses ou striées transversalement; elles sont revêtues d’un épiderme mince, verdâtre, quelquefois écorché sur les crochets, ce qui leur donne un peu l’apparence de coquilles d'eau douce. Les crochets sont généralement peu proéminents ; ils sont opposés , à peine inclinés du côté antérieur. A rinlérieur, ces coquilles sont blanches, ne sont jamais nacrées ; leur charnière est étroite , linéaire , composée de deux parties presque égaies , formant entre elles un angle très ouvert, quelquefois môme une ligne droite. Sur cette charnière s’élèvent un grand nombre de dents sériales et réciproques d’une valve à l’autre. Dans l’angle cardinal et immédiatement au-dessous du crochet , on voit une large fossette subtriangulaire , obliquement renversée dans la cavité du crochet, et dans laquelle vient s’attacher un ligament interne assez puissant.
Les impressions musculaires sont peu étendues ; elles sont superficielles , et cela doit être, dans des coquilles dont le test est peu épais. L’antérieure est ovalaire; la postérieure est un peu plus arrondie. L'impression palléale, peu éloignée du bord inférieur de la coquille, le suit parallèlement jusqu’à son extrémité postérieure, pour se recourber en dedans et former une sinuosité étroite et peu profonde. On la voit graduellement diminuer dans la série des espèces et disparaître entièrement dans quelques unes d’entre elles. Cette impression reçoit un petit muscle rélracteur, -non des deux siphons, mais seulement de cette gouttière dn manteau destinée à simuler le siphon branchial. Les bords des valves sont simples; ils ne sont jamais finement crénelés, comme dans les Nucules. Si , dans la plupart des espèces, les crochets sont opposés , il en est d'autres chez lesquelles ils sont sensiblement inclinés en arrière, et, en cela, ils se comportent comme ceux des Trigonies. La lunule existe rarement chez les Leda; lorsqu’elle se montre, elle est étroite, lancéolée et peu profonde. Le corselet, au contraire , est toujours nettement circonscrit ; il est toujours plus large , et il occupe
LIS NÜCULIDES.
prefïque toujours toute la longueur du côté supérieur et postérieur ; il est lui-même étroit et lancéolé dans les espèces aplaties , mais il devient cordiforme dans celles dont l'épaisseur est la plus considérable. Les valves réunies ne sont pas toujours parfaitement closes chez toutes les espèces. Dans un certain nombre , le côté postérieur surtout est un peu bâillant, et nous pourrions citer le Leda limaiula et plusieurs autres espèces du môme groupe. Dans d’autres , l’extrémité du rostre seulement présente une très petite ouverture ovalaire , dans laquelle on remarque quelquefois un petit éperon qui la divise en huit de chiffre, et celte petite saillie correspond, en effet, à une dépression qui existe sur les parties latérales du prolongement palléal qui simule le siphon postérieur.
Nous avons parlé, dans nos généralités sur la famille des Nuculides, de rapports éloignés que nous entrevoyions entre les Leda et le genre Solemya , Lamarck. On est conduit à ce rapprochement non seulement par l’ensemble de l'organisation des animaux dans laquelle il y a d'incontestables rapports , mais encore par la découverte récente, dans les terrains siluriens les plus inférieurs de l’Amérique septentrionale, d'un petit nombre de coquilles décrites et figurées par M. Hall dans la Paléontologie de New-York , et pour lesquelles M. Conrad a proposé déformer un genre particulier sous le nom de Orthonota. Noua n’avons pu malheureusement jusqu'ici examiner ces coquilles en nature , nous les connaissons par tes figures qa'en a données M. Hall , et nous leur trouvons une forme semblable à celle des Solémyes, mais avec une empreinte de charnière comparable à celle des Leda , chez lesquelles manquerait la série dentaire antérieure. Ce petit groupe vient donc s'interposer en quelque sorte entre les Solémyes et les Leda , et il est à présumer que nous l'aurions adopté à titre de genre, si nous avions pu en étudier tous les caractères sur de bons échantillons. Nous les comprenons, quant à présent, dans le genre lui-même, tout en formant pour elles un petit groupe particnlier.
Il est aussi un autre groupe de coquilles qui devra également se rattacher au genre Leda : c’est .celui auquel Munster impose le nom de hoarca. Celui de isoleda eût été préférable , car les coquilles dont il est question ont plus de rapport avec les Leda qu'avec les Arches. Ce sont des coquilles transverses , subéquilalérales, mais toutes bombées et subcordiformes. Nous n’apercevons aucune raison légitime dans les caractères essentiels qu’elles offrent, pour supposer à l’animal qui les O construites une organisation différente de celle des Leda. Il existe déjà plusieurs espèces soit vivantes, soit fossiles, de Leda qui sont
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très gonflées et chez lesquelles l’extrémité postérieure se termine en rostre très court. Dans les Isoarca^ ce rostre serait moins prononcé encore, et môme aurait complètement disparu. Nous devons ajouter que nous n'admettons pas dans oe groupe toutes les espèces qui y sont introduites soit par Munster, soit par Goldfuss. Jugées d'après la forme extérieure seulement , plusieurs d’entre elles ont besoin d'être étudiées et revues avec un soin minutieux.
Il y a peu d’années, le genre Leda renfermait un petit nombre d’espèces , tant vivantes que fossiles. L’application des voyageurs à recueillir avec empressement les petites coquilles aussi bien que les grosses , la méthode qu’ils suivent d’explorer les fonds de mer à des profondeurs assez considérables, ont fait découvrir dans le genre qui nous occupe une foule de charmantes espèces, dont le nombre s'élève actuellement à cinquante-sept. Il est certain que le nombre s’accroîtra encore à mesure que de semblables recherches se poursuivront dans de nombreux parages encore inexplorés. Ces espèces se distribuent assez également dans toutes les mers^ mais contrairement à ce que l'on observe habituellement , leur nombre est au moins aussi considérable dans les régions septentrionales que dans les méridionales. La grandeur des espèces n’est même pas en rapport avec les températures, comme cela se remarque si fréquemment dans les autres classes de Mollusques. Presque toutes les grandes espèce.s proviennent des mers septentrionales et particulièrement de ['Amérique. Les mers d’Europe en nourrissent plusieurs dont quelques unes, remontant très loin vers le Nord, suivent des lignes d'égale température et se retrouvent également au Groënland et aux États-Unis. D’autres, plus spécialement attachées à nos climats tempérés, ne s’étendent pas très loin vers le Midi, et n’habitent pas les régions septentrionales. C’est parmi ces espèces que l’on trouve celles dont les analogues fossiles commencent à paraître dans le terrain tertiaire moyen, ce qui annonce chez elles une organisation assez forte pour avoir résisté à des causes de destruction assez puissantes pour anéantir beaucoup d’autres races.
Les espèces fossiles du genre Leda sont infinimeot plus nombreuses qu’on ne pourrait se l'imaginer, lorsque l’on consulte les divers ouvrages de paléontologie ; nous en comptons cent vingt-huit espèces , en y comprenant le petit nombre d' Orthonota et de Isoarca qui sont actuellement connues. Les premières espèces se répondent dans les plus anciens terrains sédimentaires qui recèlent des fossiles. Les trois Orthonota connus sont des siluriens les plus inférieurs des États-Unis , et ont été particulièrement signalés à New-York. D’autres espèces les accompa-
LES iMjXÜLlDES.
gnenl. mais elles sont de véritables Leda. Quatre sont particulières aux États-Unis; trois autres sont propres aux terrains siluriens de l’Europe ; deux ne quittent point l’Angleterre ; une seule, le Leda gran~ dœva. de Goldfuss, se’ rencontre à la fois en Irlande, en Angleterre et dans le Harz. Nous ne voyons aucune de ces espèces passer dans le terrain dévonien. Parmi les onze espèces que renferme ce dernier terrain , il en est une qui se rapproche des Orlhmxoia , par sa charnière droite , mais elle est divisée par un ligament intérieur en deux parties presque égales. M. de Verneuil l’avait figurée sans lui imposer de nom spécifique; M. d’Orbigny l'inscrit dans son Prodrome sous le nom de Leda Verneuiii: elle est des terrains dévoniens de la Russie, elle est la seule citée jnsqu’ici dans ce vaste empire. Deux espèces seulement sont des- États-Unis , des environs de New- York; une seule, publiée par Hisinger, vient des îles GoLhland, et l'Angleterre, sous ce rapport, n'est pas mieux partagée; une seule y a été publiée jusqu’ici par Phillips , dans son ouvrage sur les Terrains paléozoïques. C’est en Aliemagne que l'on en trouve le plus : quatre sont dans le Harz et ont été publiées par M. Roemer ; trois sont do l’Eifel , Goldfuss en a donné de très bonnes figures. Il nous parait assez surprenant qu'aucune de ces espèces ne passe dXno région dans l'autre; cela est-il du à une distribution géographique spéciale , ou bien est-ce le fait de l’imperfection des observations ?
Dans le terrain carbonifère, les espèces deviennent plus abondantes : quinze y sont constatées , et ce qui est fort remarquable , c’est que toutes proviennent de l’Angleterre et de l'Irlande; aucune n’est signalée dans les terrains carbonifères de la Belgique ; nous n’en voyons enfin aucune franchir le détroit et passer sur le continent. Parmi ces espèces . il en est une au sujet de laquelle nous pouvons faire quelques observations, c’est le Leda attemiata ^ Fleming, nommée ainsi dès 1828 pour la distinguer du clavifoi-mis do Sowerby, qui se trouve dans le lias, et avec laquelle elle a , en effet, beaucoup de rapports. M. Phillips , en 1836 , dans son ouvrage sur les Terrains paléozoïques , au lieu d’adopter le nom de Fleming, prend celui de claviformis de Sowerby, et fait supposer ainsi une identité suffisamment constatée entre une espèce du terrain carbonifère et une espèce du lias. Mais cette identité est loind’étre prouvée; elle n’existe môme pas. Depuis, la question s’est compliquée , parce que quelques paléontologistes , tels que MM. Bronn et d'Orbigny, connaissant bien la différence des espèces , ont néanmoins conservé le nom de claviformis à celle du terrain carbonifère , faisant rentrer le vrai claviformis du lias dans la synonymie du
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rostralis de Lamarck. Le rostralis de Lamarck et le cîaviformis du lias sont une seule et môme espèce ; mais la rectification de la nomenclature ne peut pas se réaliser de cette manière. Les dates suffiront pour en décider. Comme nous le disions , Vattenuata , Fleming , est de 1828 ; le clavif{yrmis , Phillips, doit donc reprendre ce premier nom. Quant au daviformis, Sowerby, il est de 1824 , tandis que \6 rostralis de Lamarck est de 1819; par conséquent le claviformis de Sowerby rentre légitimemenj dans la synonymie du rosfrab's , Lamarck , et de cette manière il n’y a plus d’équivoque au sujet des deux espèces qui nous occupent.
Le nombre des espèces diminue considérablement dans le terrain permien ; deux seulement sont citées en Russie, là où ce terrain occupe cependant une surface considérable. Une troisième vient du Harz; la quatrième est d'Angleterre. 11 est curieux de voir qu’ici , comme dans le reste de la période paléozoïque, les Leda sont localisées et, pour ainsi dire , cantonnées ; tandis que nous avons eu de fréquents exemples d'espèces d'autres genres qui se répartissaient sur de grandes surfaces, tant de l'Europe que de l'Amérique. 11 y a encore ce fait remarquable et qui est peut-être une conséquence du premier, c’est qu'aucune espèce ne remonte d’une série de couches inférieures dans la série qui lui succède.
Les auteurs comptent neuf' espèces dans le muschelkalk, en réalité il n‘y en a que huit; une seule est du muschelkalk inférieur, c’est le Nucula speciosa, Munster; toutes les autres proviennent du muschelkalk du Tyrol, et ont été récoltées à Saint-Cassian. Elles ont été publiées par Munster et Wisseman , dans l'ouvrage de ce premier sur les Pétrifications de l’Allemagne. Quelques personnes pensent qu’un double emploi s’est glissé à l’occasion du Leda elliptica, Münsler, et du tennis, de Klipstein. 11 y a, en effet, la plus grande ressemblance entre les deux coquilles figurées; mais le tennis étant beaucoup plus aplati , il est encore douteux qu'il soit complètement identique avec Velliptica.
 consulter les auteurs, il semblerait que le lias soit beaucoup plus riche qu’il ne l’est réellement: cette différence provient d’un assez grand nombre de doubles emplois qui se sont glissés dans la nomenclature des espèces. Ces rectifications faites, il en reste huit seulement, sur une quinzaine environ qui sont citées. Elles proviennent, pour le plus grand nombre , du lias supérieur ; nous n’en voyons aucune passer dans le système ooiitique; du moins aucun fait de cette nature n'est venu à notre connaissance. Le Leda subglobosa de Roemer est la seule espèce qui soit citée dans le lias inférieur. Dans le lias moyen,
LES NUCULIDES.
nous retrouvons racwwjnata de Buch , auquel Bronn rapporte l’acuminata , Zieten , qui est de Toolite inférieure, et à laquelle il rapporte le Nucula striata, Lamarck,. des terrains tertiaires de Paris; cette erreur ne peut être que le résultat d'une inadvertance.
C'est encore dans le lias moyen que nous retrouvons ce Nucula rosr tralis , Lamarck [Nucula claviformis, Sowerby), au sujet duquel nous avons déjà fait quelques observations en parlant du Leda attcnuata de Fleming , provenant des terrains paléozoïques.
Leda rostralis [nucula) ^ Lamk, pl. 33, f. M , 12.
Lamk, An. s. vert. t. 6. p. Sg. i.
Encycl. méth. Ver», pl. Zog. f. 3.
Gueula clauiformis, Sow.,Min. cooch. pl. 476. f. 2,
Desh, dans Lamk., Au. s. vert. 2* édit. t. 6. p. 5o8.
Bronn, Lethea geogn. t. i. p. 371. pl. 20. f. 6,
Goldf., Petref, Germ. t. 2. p, i55. pl. laS. f. 8.
Trigonocœlia ? elavi/ormis , Nyst et Gai. Arc. p. 10.
Nucula rostraîis, Broun, Ind pal. t. 2. p, 826.
Leda rostraUs^ d’Orb.^ Prodr. de paU t. 1. p. 202.
Celle-là se trouve non seulement en France, dans plusieurs localités, mais encore en Allemagne, en Angleterre et en Italie. M. Bronn, dont le travail est éminemment utile, a eu souvent le tort de vouloir juger de certaines espèces d’après leur figure, et de proposer des rapprochements vraiment inadmissibles. C’ps). aipsi qu'il considère le Nucula tnucrona/a, Goldfuss, pour l'étal adqlte du rostralis, quoique ces espèces offrent des différences réell.eipeot considérables. L'une , le rostra/is , est terminée postérieurement par un bec fort allongé et fort étroit; l'autre, au contraire, a ce l^c fort court, tandis que le coté antérieur est plus epüé, plus large. M. Bronn oublie qu'un mollusque, en devenant adulte, ne peut en aucune manière modifier le test qu’il a prqduit dans sop jeune âge et en altérer la forme générale. L'effet de la vieillesse, chez ces aniq^au?» ne se trahit pas au dehors de la môme manière que chez les yertébrés, q|]î souvent deviennent obèses avec l’âge.
Sous le nom de subovalis, Goldfuss a figuré une petite espèce de Léda qui est propre au lias moyen , et qui se trouve presque aussi abondamment dans les mêmes terrains que le rostralis dont nous venons de parler. Dans son travail sur les Fossiles de Saint- Cassian, M. de Munster avait imposé de nom de subovalis » une
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espèce du muschelkalk supérieur. M. d’Orbigny, comme nous l’avons vu, a changé ee nom et a proposé celui do Zelima. M. Bronn, trop confiant ; a réuni sous le même nom deux espèces , quoiqu'elles se distinguassent avec facilité. Quant au Leda compîanata dè Goldfoss, il a été le sujet d’un double emploi qu'il est nécessaire de rectifier. Phillips, croyant trouver une espèce nouvelle , lui appliqua le nom de complanala; mais, par le fait, l’espèce du paléontologiste anglais était déjà connue et nommée, dans l’ouvrage de Sowerby, sons le nom de Nucula ovitm, Goldfuss, à son tour, croyant reconnaître l’espèce de Phillips, prit pour elle une espèce distincte à laquelle il appliqua le même nom ; mais celle-ci n'est point du tout l'ûouTn de Sowerby, elle doit donc recevoir une nouvelle dénomination spécifique, et M. d’Orbigny, dans son Prodrome^ a proposé celle de Leda Boris. Cette coquille se trouve en Allemagne et en France, dans les marnes supérieures du lias ; M. Bronn propose d'y ajouter le rostrata de Roemer, mais celle dernière constitue une espèce très distincte.
M. Roemer a introduit dans le lias d'Allemagne une petite espèce pour laquelle il a choisi un nom déjà consacré depuis longtemps , celui de striata, donné, depuis 1804, par Lamarck, à une espèce du bassin de Paris. Celle coquille est très répandue ; elle est citée en France, en Allemagne et en Italie. Pour éviter toute confusion, M. d’Orbigny lui a donné le nom de Leda Rosatia. Oubliant que depuis longtemps il existait dans Sowerby une espèce sous le nom d’amygdaîoides , M. Zieten a choisi la même dénomination pour l'imposer à une espèce du lias supérieur du Wurtemberg. Cette erreur demandait à être rectifiée, et M, d’Orbigny a proposé le nom de Zietmi pour l’espèce du paléontologiste allemand. Enfin, une dernière observation au sujet du Nucula mucronata de Goldfuss , espèce différente de celle du même nom 'de Sowerby, erreur reconnue par MüD.sler, et corrigée par lui dans Verrata des Pétrifications de f Allemagne. Il proposé, pour ce Nucula mucronata^ de Goldfuss , le nom de Nucula gutta. M. d’Orbigny, qui sans doute n’eut pas connaissance de cette première rectification , la proposa de nouveau dans son Prodrome , en donnant à la même coquille le nom de Leda Diana; mais ce nom doit rentrer dans la synonymie. Il en sera de même de celui de Munster, car, dès 1835, nous avions publié cette espèce sous le nom de mucrona/fs dans les planches de cet ouvrage.
LKS NÜCULIDES.
Leda mucronalis ^ Desh., pl. 34, f, 4 4, 45.
Nncnia mncronata^ Goldf., Peiref. Gerro, I. a, p, i55^ pï, ia5. f. y, [Non Sowcrby.)
iVr/cu/â Munster dans Goldf., t. a. errata, p. 3o4«
Leda Diana^ d*Orb., Prod. depa). 1. 1. p. a53.
Nticnla rostraïts^ senior^ Bronn, Ind, pal. t. a. p. 8a6.
Aux huit espèces que nous venons de mentionner dans le terrain liasiquo , il faut en ajouter quatre autres entièrement nouvelles, inscrites par M. d’Orbigny dans son Prodrome de paléontologie.
Sept espèces seulement nous sont connues dans l'oolite inférieure ; quatre sont de l’Allemagne ; ce sont les Leda inflewa, Roemer ; cun^ata, Koch et Dunker ; caudnfa .et musculosa , des mômes naturalistes; les trois autres sont d’Angleterre. Noos aurons encore quelques observations critiques à présenter au sujet de ces espèces. K faudra d'abord changer le nom de cuiwata ^ proposé en 4 837 par MM. Koch et Dunker, parce que déjà une espèce vivante avait été nommée ainsi par Sowerby en 4832. Nous proposons pour celle des paléontologistes allemands le nom de Leda Dunkerù M. Bronn rapporte lo caudata de Koch et Dunker au Nucula lacryma de Sowerby: mais il a tort, ces deux espèces se distinguent par&ilement bien. Au sujet de ce iVucida lacryma de Sowerby, nous observons que M. Phillips, croyant la reconnaître, a conservé ce même nom pour une espèce voisine, mais distincte. A celte espèce M. d'Ûrbigoy a appliqué la dénomination de Leda anglica. Dans la synonymie que M. Bronn ajoute au lacryma de Sowerby, nous y reconnaissons au moins cinq espèces , et malheureusement ces erreurs , un peu trop fréquentes dans un ouvrage des plus utiles . contribuent à faire jeter sur lui une défaveur qu’il ne mérite pas. Ceci semblerait contradictoire et mérite une explication. L'ouvrage de M. Bronn, considéré comme répertoire universel, est le livre le plus utile que puissent consulter tes paléontologistes. On y trouve recueilli avec un soin minutieux et une patience digne des plus grands éloges presque tout ce que renferment les ouvrages récemment publiés. Il était bien difficile d'éviter quelques erreurs en faisant une compilation de celte étendue ; mais ces erreurs proviennent la plupart du temps des jugements portés par l'auteur en l’absence de matériaux suffisants pour les asseoir. Il faut donc prendre le travail de M. Bronn pour ce qu’il est , c’est-à-dire une compilation , et non un travail de naturaliste critique ayant à ta fois à sa disposition une grande bibliothèque et une immense collection.
VINGT-SBPTIÈMK FAMILLE.
iSt.
Deux espèces seulement sont citées dans la grande oolite : ce sont les Leda lacryijia mucronata. Celte dernière est celle de Sowerby, et non de Goldlbss. ^ous avons déjà parlé du mucronata de Goldfuss, qui est le gutta dp Münsler ou le Diana de d'Orbigny, elle mucronalis de nous. L’autre, le lacryma, se trouve en France et en Angleterre, et nous avons vu déjà que de l'espèce de Sowerby il fallait en détacher celle de Phillips.
Dans le terrain oxfordien, nous constatons cinq espèces seulement: trois sont de l'Allemagne, ce sont les Leda lacrymœformis , œquilateralis de Roemer, et gregaria de Koch et Dunker. Il en est encore une quatrième , le Leda nuda de Phillips ; mais celle-ci se répand sur une plus grande surface : elle est en Angleterre, en Allemagne et en Russie. La cinquième, enfin, appartient au terrain de l’Angleterre seulement; elle a reçu deM. Morris un nom qui ne pourra lui rester, celui de Leda Phillipsii , déjà antérieurement consacré par M. Mac Coy à une espèce des (errains carbonifères ; en conséquence, nous loi appliquerons le nom de Leda Morrisiiy voulant attacher à cette espèce intéressante le nom d'un paléontologiste auquel la science est redevable de travaux très utiles sur la paléontologie anglaise.
Deux espèces sont mentionnées dans le kimmeridge ; elles sont toutes deux de l’Âllemagne ; ce sont les Leda gigantea et subclaviformis de Roemer. Enfin, la série jurassique se termine par une seule espèce récemment découverte par M. Buvignîer dans les porllandiens des environs de Bar (Meuse). Ce savant géologue Ta fait connaître Sous le nom de Leda anguslidenlata.
En pénétrant dans la formation crétacée, le genre Leda reprend un nouveau développement. Nous en comptons , en efiel , vingt-quatre , dont nous allons donner la distribution dans chacune des principales séries de couches dont se compose la puissante formation crétacée.
Quatre espèces sont dans le néocomien: le spalhulata^ Forbes, est la seule qui reste en Angleterre ; les trois autres, subrecurva , Phillips . scapiM et Hngulata , d'Orbigny, sont également en France dans un assez grand nombre de localités; Tune d'elles, lescapAu, passe aussi en Âniérique, et a été trouvée dans la Colombie, aux environs de Bogota. Sur quatre espèces du gault , trois proviennent de France , et ont été décrites , pour la première fois , par M. d’Orbigny j il est à présumer qu’elles se retrouveront encore ailleurs , lorsqqe de nouvelles recherches auront été faites dans les mêmes terrains, ^ quatrième, i'undulata de Sowerby, est d’Angleterre. M. Gienitz croit la retrouver en Bohême, dans le tenuiroslris àe Reuss ; nous pensons qu'il se trompe, et que ces
LES NÜCULIDES. ‘îSS
deux espèces sont distinctes, autant du moins qui! est permis d’en juger d’après les figures.
Le grès vert , dont la faune est cependant très abondante en genres et en espèces , manque de Ledo. Mais ce genre devient beaucoup plus abondant dans la craie chlorilée; c’est surtout aux recherches de MM. Roemei*, Reuss et Gienilz , dans les craies de l'Allemagne et de la Bohème , que la science est redevable de la connaissance de presque toutes ces espèces. Aussi , malgré quelques erreurs inévitables dont ils sont entachés, de semblables travaux doivent être accueillis avec reconnaissance. Sur seize espèces , neuf existent en Bohème; quelques unes passent en Westphalie; deux d'entre elles méritent une mention plus spéciale. Le Leda producta de Nilsson se rencontre à la fois en Allemagne , en Pologne, en Bohême et en Scanie. Le itHiqua de Goldfuss a un horizon plus étendu ; il est en Bohème , à Aix-la-Chapelle , et M. Malhéron le retrouve dans les craies de la Provence. M. Gienitz avait confondu d'abord, avec ce siiiqua de Goldfuss, une espèce qui en est distincte. M. Reuss l’a reconnue pour le porreeta^ et l’a fait rentrer dans la synonymie de celte espèce. M. Gienitz a reconnu plus tard ta justesse de cette rectification. Deux autres espèces de la Silésie , du même horizon géologique que les précédentes t ont été récemment décrites par M. Allh, dans le 3* volume du Recueil de Haidinger. L’une d'elles, nommée brevirostris, devra changer de nom, car Phillips, dans ses Terrains patéozoiques ^ avait, depuis 4 836, choisi le même nom pour une de ses espèces; nous proposons pour celle-ci le nom de LedaAHkei. Il existe trois espèces seulement dans la craie d’Angleterre : deux de Blackdown , la troisième de la craie blanche du Sussex , nommée Leda puJchra par Sowerby, dans l’ouvrage posthume de Dbcon. Enfin , pour terminer ce qui a rapport aux Leda de cette partie supérieure des formations crétacées, nous ne devons pas omettre le Leda stnuttiîa de Pondichéry, décrit et figuré par M. Forbes.
En faivsant le relevé des espèces des terrains tertiaires, on se tromperait étrangement si l'on espérait rencontrer effectivement dans ces terrains autant d'espèces que de noms.. Cinquante dénominations peuvent s’inscrire dans les catalogues . mais elles ne représentent pas plus de trente-quatre espèces; il en est quelques unes de plus répandues, qui , trouvées dans diverses localités , ont reçu jusqu’à quatre ou cinq noms. Si déplorables qu'elles soient, ces erreurs sont excusables en ce sens que, pour ne pas les commettre , il faudrait, delà part des auteurs, dès travaux et des recherches qu’ils ne sont pas toujours en état de réaliser. Si quelquefois les livres sont insuffisants , la nature ne trompe
VINGl-SEl’TlEMli FAMILLE.
jamais, et c'est en recourant à elle, au moyen de grandes collections, que l'on parvient à reconnaître l'identité des espèces: on évite ainsi de les reproduire sous des noms différents. Sans doute, il y a beaucoup de travaux, du reste très estimables et très utiles, qui n'auraient jamais pu être publiés , si les auteurs avaient été dans l'obligation absolue de consulter de grandes bibliothèques et de vastes collections.
Les terrains tertiaires inférieurs d’Europe sont peu riches en espèces fossiles de Leda; M. d’Orbigny en compte neuf, et il en exclut, pour la ranger parmi les Limopsis , la Nucuta deltoidea de Lamarck. Celte coquille, en effet, malgré sa forme trigone et subéquilalérale, n'offre pas tous les caractères des Leda; le ligament n'est pas toutàfait interne, supporté par des caillerons ; iln'esl point non plus tout à fait externe. 11 est situé un peuenarrière, sous les crochets, dans unofossolleqoi.étantvidéo, produit une ouverture ovale , pénétrant dans l’intérieur de la coquille lorsque les valves sont réunies. Comme nous l’avons déjà dit, ce ligament peut être comparé à celui du Maclra Spmgleri , avec celte différence que sa portion interne s'appuie sur un bord non dilaté en cuilleron à l'intérieur. Parmi ces espèces, nous citerons particulièrement le Leda (nucula) striata, Lamarck, qu'on retrouve en abondance dans le calcaire grossier du bassin de Paris, et qui s'est également rencontré dans le bassin de Londres, en Belgique et en Allemagne. Nous soupçonnons aussi, d'après la figure qu'il en a donnée, que le Moula subtrigona do Conrad, des terrains tertiaires inférieurs du Mississipi, serait la même espèce que le striata de Lamarck. Celte coquille est jusqu’alors la seule de son genre qui ait été citée dans le bassin de Paris. Deux autres espèces se retrouvent avec le Leda striata en Allemagne. Outre cette dernière espèce, les argiles de Londres en contiennent trois autres , et les dernières sont de la Belgique. Parmi elle.s, M. Nyst en cite une , Leda GaleoUiana ^ que l'on trouverait aussi à Courtagnon. Quoique nous ayons fait des recherches assez multipliées dans le bassin de Paris, jamais nous n'y avons rencontré l’espèce dont il s’agit.
Les terrains tertiaires moyens ne contiennent pas non plus un bien grand nombre d’espèces ; elles peuvent être partagées en deux catégories : dans la première sont comprises celles dont les analogues vivants n'existent plus; dans la seconde celles qui vivent encore et qui pour le plus grand nombre remontent dans le terrain tertiaire supérieur. Dans la première catégorie nous trouvons deux espèces seulement, le Leda Westendorpü de Nyst, et le semistriata de Wood. La première a extrêmement de ressemblance avec le Leda fragilis (.4roa
LES NUCÜLIDES,
fragilis, Chemnitz, et Area minuta^ Brocchi), elle pourrait bien en être une simple variété. A la seconde, il faudra réunir le Leda depressa de M. Nyst, si nous nous en rapportons à l'opinion de M. Wood, et elle nous parait motivée. Nous avons de la peine à croire cependant , avec M. Nyst , .que celte même coquille se trouverait en même temps à Biarilz dans les terrains nummuliliques , dans le crag d'Angleterre et d’Anvers , ainsi que dans les terrains tertiaires du Maryland. Cette erreur serait du genre de celle qui s'est produite à l'égard du slriala de Lamarck , que l’on a cru retrouver un peu partout , jusque dans les terrains supérieurs de l’Astésan ; les naturalistes n’ayant pas sans doute comparé en nature les objets auxquels ils ont imposé le môme nom.
Parmi les espèces du second groupe, il y en a de deux sortes. Les unes remontent des terrains moyens dans les supérieurs et sont encore aujourd'hui vivantes ; rien de plus naturel que ce passage pour des animaux dont la vie a eu plus de durée que celle de beaucoup de leurs congénères. Quelques espèces offrent un phénomène réellement remarquable; elles sont au nombre de deux seulement, et toutes deux ont leurs analogues très loin des lieux où elles sont aujourd'hui fossiles. C’est ainsi que, d’après M. Wood , leL^da lanceotata du crag d'Angleterre aurait son analogue vivant dans les mers du Chili , et ce savant aurait parfaitement raison dans le rapprochement des figures des individus vivants et fossiles. Nous ne nous permettrons pas de pousser plus loin notre jugement, parce que nous n’avons pas entre les mains les individus vivants pour les mettre en rapport avec les fossiles. La deuxième est le Nucüla nicobanca , de l’océan Indien , et que les naturalistes italiens prétendent avoir retrouvé dans les terrains tertiaires du Piémont, En mentionnant ces faits, nous les laissons sous la responsabilité de leurs auteurs, n’ayant pas dans Les mains les moyens de porter un jugement par nous-môme.
Les espèces de la deuxième sous-division sont au nombre de quatre; mais ici, pour abréger, nous allons sans discussion donner leur synonymie sommaire.
4° Leda fragilis [Area /'rogrihs , Chemnitz , Conch. ca6., t. VII, p. 199, pl. 55, f. 546; i4rca wiûuita , Brocchi, Conch, foss. subap,^ t. II, p. 482, pl. 14, f. 4). En citant Chemnitz, Brocchi dit que cette coquille a déjà reçu un nom , et lui donne celui de minuta, qui a été ensuite adopté par un grand nombre de naturalistes. Mais cette petite coquille a été prise, par Gmelin et Lamarck, pour VArca pelta de Linné, et ces naturalistes ont trouvé un assez grand nombre
VINGT-SBPTIÊME FAMILLE.
d’imitateurs; par conséquent . il faut ajouter au fragilis de Chemnilz VArca pelia ûeGmeVm^ Syst. nat., 4 3® édit., p. 3307, et de Bruguière, EiictjGlop., t. l, n® 24, ainsi que Lamarck, Ânira, sans eert., t. VI , p. 58, □* 3. Il nous parait que o' est encore la même espèce à laquelle M £ichwald, dans sou Voyage d'histoire naturelle eu Podolie et Wolhynie, p. 24 4 ,a donné le nom de Nucula acuminata. Nous retrouverons cette coquille dans tes terrains tertiaires supérieurs, et nous indiquerons les lieux où elle se rencontre; nous ferons de môme pour les espèces qui suivent.
2“ Leda pernula ( Area pernula, Mûller). Celle-ci a reçu le nom de Area rostrata, par Gmeiin , et elle est devenue, pour Lamarck, le Nucula rostrata. Schroeter l'a prise pour une coquille d'eau douce, et en conséquence lui a imposé une troisième dénomination , celle d'^rca (InviaiUis. Ce nom , étant antérieur à celui de Gmelin . a été conservé par quelques naturalistes ; la même espèce, retrouvée vivante aux États- Unis, a été nommée tenuisulcata, par M. Couthouy, dans le 22® vol. du Journ. d*hist. ruU, de Boston. Peut-être faudra- t-il joindre encore à cette synonymie le nom de oblonga , de Brown ^ dans sa Conchyliologie illustrée de la Grande-Bretagne.
3* Leda pygmea( Nucula pygmea f Münster). D’abord une observation préalable au sujet de cette espèce. Münster a figuré sous ce nom , dans l'ouvrage de Goldfuss , une petite coquille de Sternberg , dans le Meckiembourg. Cette localité, d’après les observations récentes, appartiendrait ou au calcaire grossier, ou aux sables de Fontainebleau , par conséquent à un étage tertiaire relativement fort inférieur, et dans lequel on n'a rencontré jusqu'ici aucune espèce qui ait persisté jusque dans la nature actuelle; aussi on doit remarquer quelques légères différences entre le type vivant et la coquille fossile figurée par Münster. Nous n'avons pu malbeureusement noùs procurer cette coquille pour la comparer soigneusement avec celle qu'on regarde comme son analogue vivant. 11 est à présumer que nous y aurions trouvé quelque difiérence constante, ou bien nous aurions pu constater définitivement l’identité d'objets à l'égard desquels il nous reste des doutes légitimes. Cette petite coquille, observée par un grand nombre de naturalistes , a ^reçu les noms do gibbosa et de corbuloides , par M. Schmidt , dans les Mémoires de la Société wernérienne. M. Philippi lui a également donné un nom, celui de tenais; mais, comme ce nom de avait été antérieurement consacré à une autre espèce, M. Nyst l'a changé en celui de Phiiippiana. Après toutes ces variations « nous pensons qu'à la seule espèce de Münster, figurée dans l'ouvrage de Goldfuss . doit rester le nom de pygmea. Celle-là n'aurait plus son représentant dans la natur
LBS ntJCULlDBS.
actuelle, et ne serait pas non plus analogue au py^mea que l’on retrouve fossile dans les terrains plus récents; et nous proposerions de consacrer le nom de Leda Woodiana k l'espèce actuellement vivante et qui a reçu tous les noms que nous venons de rappeler.
4” Ledapella {Area peUa)^ Linné, pl. 34, f. 8, 9, 10.
Nucula peVa^ Marc, de Serres, Ter. tert: p, 141,
Area peila, Linné, Syst. nat. éd. 12. p. 14».
Id. Brocchî, Concli. foss. snbap. L 1. p, 48t. pl. ii. f. 5. (Non Cliemnitz nec Groelîn.)
Area i/ï^rrr«/»fû, Poli,*Tert. pl. 25, f. 4, 5.
Nucula emnrgfnata, Lamartk, Ann. mus. t. 6. p. 117 ?
Id. Lamarck, An. s. veri. li 6. i" part. p. 60.
Id. Bronn, Lelh. p. pl. Sg. f. 6.
Id, Basiêrol, Foss. de Bord. p. 77. n® 1.
Id. Philippi, Eoum. moU. Sicile, t. i . p. 64 et B5 ; l. q. p. 45. Trigonocœlia pella^ Nysl et Gai. Arc, p. 8.
Id. emargînata^ Nyst et Gai. Bull. Bnix. t. 2, p. 292. u® 14.
Nueula fabuloy Sowerby, Conclu ill. f. i3.
Id. bicarinatay Borson, Mém. de Tur. t. 29. p. 224. pL r. f. t. Puicb, Poleos. pal. p. 63 et 182.
Bronn, Ind. pal. t. 2. p. 826.
Nucula emarginata, Payr., Cat. p; 65, n® ii5.
N. emarginata. Dvsb. iii Lamk., Ad. s, sert. 2* éJ, t. 6. p. 5o8. 11® 2. Nucula emarginata^ Bronn, rtèl. teri. gebirg. p. iit. u®638 et 639. Id. Grateloiip, Cal. zoul. p. 6i, 54^ et 649.
Id^ G. Michelutli, Test. mioc. liai! sept. p. luK.
Nucula interrupta^ Nyst, Adü. biiiu. Coiicdi. Belg. Bull, acad; Bnix. t. 9. p. 4*4.
Id. Nyst» Descr, coq, foss. Belg. p. 226. u® i83. pl. 17. f. 6. a, b. c, id. emarginata^ Defrancc, Dict. sc. uat..t. 35. p. 2» 8;
Id. ürongriiarti.^ Lea, Contrib. tu geol. p. 82. pl. 3. f. 61.
Id. pelia.^ Diij., Mém. Toitr. (Suc. géul. fr.). f. 2. part. 2. p. 286.
Id^ interrupta^ Sismonüa, Syii. ped. fuss. p. ^5.
En Ymui avec toute rattention convenable la description que donne Linné de cetto espèce dans la IS*" édition du Sy^t^ma siaturœ . on est étonné qu'elle ait pu devenir l'occasion d'une méprise , comme celle doQl nous allons parler. Linné, en effet, la caractérise parfaitement bien par son corselet proéminent « nettement circonscrit, et par les
VINGT^SEPTIÈME CAMILLE
stries obliques qui en parcourent la surface d'avant en arrière. A une seule coquille peut s'appliquer une description si précise, et cette coquille , c'est celle à laquelle Laqiarck a donné le nom de Nucuîa ernarginata, Gmelin, comme nous allons le voir, est fauteur de la confusion, en rapportant au pella de Linné le fragilis de Chemnitz. Poli luimême, entraîné par l’exemple de Gmelin, en trouvaqt le véritable pe//a dans les mers de Naples, a cru y découvrir une espèce nouvelle, à laquelle il a imposé le nom de Area inlerrupta. Dans ses recherches, M. Nyst supposa le nom de Poli le premier en date; en conséquence il l'adopta , y rapporta Vemarginala de Lamarck : mais il est évident que ce n'est pas là que devait s'arrêter Je savant auteur des Fossiles de la Belgique; il devait remonter jusqu'aux ouvrages de Linné lui-même. Ces noms ne sont pas les seuls que l’espèce ait reçus. M. Borson propose celui de bicarinatat qui n’a ^té accepté de personne, M. Sowerby le jeune, ayant toujours conservé le nom de pella au fragilis , a donné celui de fabula au véritable pella de Linné.
C'est aux terrains tertiaires moyens que doivent se rapporter un a^sez grand nombre des espèces de l’Amérique septentrionale, décrites par MM. Lea et Conrad.
Indépendamment des quatre espèces qui, des terrains tertiaires moyens , remontent dans les terrains supérieurs , M. Pbilippî en a fait connaître quatre autres provenant des terrains supérieurs de la Sicile, et qui, dans l’étal actuel de l'observation, n'auraient plus de représentant vivant dans nos mers. Ces quatre espèces sont de la Calabre. Une cinquième, la Nucula nilida de Defrance , se trouve en Italie, en Sicile et en Piémont. C'est elle probablement qui est confondue avec le striata de Lamarck par quelques naturalistes italiens. Les espèces du terrain supérieur, qui vivent encore aujourd'hui, sont d’abord celles que nous avons déjà vues dans le terrain tertiaire moyen et dont nous avons rappelé rhistoire, et auxquelles trois autres doivent être ajoutées:
r Leda pri/a, Linné, pl. 34, f, 8, 9, 10.
Elle \it dans la Méditerranée , elle est fossile dans le terrain de Bordeaux et du Piémont ; on la trouve aussi en Italie et en Sicile.
2“ Lcda pernula , Muller. Cette espèce vit dans les mers du nord de l'Europe et de l'Amérique septentrionale ; elle est fossile dans le crag d’Angleterre; on la trouve égaiemeïit dans les terrains récents de la Suède , ainsi que dans les terrains quaternaires d’Angleterre.
3“ Le Uda Woodiana, confondu, comme nous avons vu, avec le pygmea de Münster, vit aussi dans l'Océan européen septentrional et accompagne le pernula dans la même série de terrains.
LES N’IÎCULIDES.
4® Leda fragüis de Chemnitz , c’est elle qui a été prise pour le pella de Linné, habile la région tempérée et chaude des mers d’Europe ; c’est surtout dans la Méditerranée qu’elle vit en assez grande abondance ; elle commence à apparaître dans le crag d’Angleterre , remonte dans les ter-: rains subapennins et se continue jusque dans les terrains quaternaires de l'Angleterre.
5® Leda oblonga de Brown , particulière aux mers septentrionales de l’Europe, ne commence à se montrer que dans les terrains quaternaires ; on l’a reconnue en Irlande et en Russie. Deux espèces sont particulières à l'Amérique septentrionale , ce sont les Leda concetitrica et Umatula. La première, d'après M.Lyell , se trouverait dans les terrains tertiaires supérieurs de l’Amérique, la deuxième descendrait dans les tertiaires moyens.