‹ Traité élémentaire de conchyliologieChapitre 32 sur 54 · GENRE QUATRE-VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

GENRE QUATRE-VINGT-QUATRIÈME

NUCUIiE. mwula, Lamk,

CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal triangulaire, très inéquilatéral, court et tronqué en arrière, enveloppé d un manteau simple, fendu dans toute la longueur des bords antérieur et inférieur. Bouche extrêmement petite; palpes labiales très grandes, ovales, lancéolées, très rétrécies du côté antérieur; la palpe externe portant en arrière un appendice tentaculiforme exertile. Pied très grand , comprimé , pédiculé , dilaté et fendu dans toute la longueur de son bord inférieur et garni sur son pourtour de tentacules charnus. Branchies courtes, situées en arrière dans la longueur de la troncature postérieure et composées de filaments faciles à désagréger.

Coquille régulière, transverse j trigone, très inéquilatérale, nacrée, ayant le côté postérieur court et tronqué. Charnière linéaire, anguleuse dans sa longueur, portant un grand nombre de petites dents sériales et pointues ; un petit cuilleron interne, oblique sous le crochet, pour le ligament. Bord des valves finement crénelé.

VINCJT-SEPTIÈ.ME FAMILLE.

SYNONYMIE GENERIQUE. — A?^ca (species) , Linné , Girielin, Schroeter, Chemnitz, Wood , Poli. — {spec.),

Da Costa. — Tellina^ Donax , Gmelin. — Pohjodonta , Me^ gerle. — Trigonocælia , Nyst.

Observations. Une petite coquille, d’une forme différente de celle des Arches, fut introduite dans ce genre par Linné, et conservée à la même place par tous les conchyliologues jusqu’au moment où Lamarck publia, son premier essai d’une clasâiticalion des coquilles, dans le 1" volume des Mémoires de la Société d’histoire naturelle de Paris. Cette coquille , appelée ^rca mcleus par Linné; devient le type do genre TViicula , Lamarck , auquel il associa quelques autres espèces figurées et décrites par d’autres naturalistes. La charnière de cette coquille a la plus grande ressemblance avec celle des Arches et des Pétoncles, et il était naturel que Linné rassemblât toutes ces coquilles sous une même dénomination générique , car il entrait dans le plan de sa méthode de fonder des genres sur des caractères d'une grande. étendue. Les Nucules ont cependant un cachet tout particulier : leur charnière est brisée dans le milieu ; elle ne forme pas une ligne droite , comme dans les Arches , ou courbée , comme dans les Pétoncles. Elles sont d’ailleurs dénuées de celle surface plane sur laquelle vient s’appliquer un ligament extérieur; chez elles , au contraire , le ligament est interne , contenu dans on coilleron d’une petite étendue.

Dans son genre Nucule , Lamarck rassemblait non seulement des espèces nacrées et très inéquilatérales, mais encore des coquilles non nacrées, beaucoup plus transverses et équilatérales. Nous avons vu que de ces dernières espèces, Schumacher avait fait un genre Leda. Une fois les coquilles dont nous parlons écartées des Nucules proprement dites, le genre perd un peu de son étendue . mais il devient beaucoup plus naturel, et n'a plus besoin de ces sous-divisions, au moyen desquelles on parvient quelquefois à classer d’une manière assez convenable en apparence des objets qui cependant n’ont pas tous les rapports désirables.

Après avoir créé le genre Nucule aux dépens des Arches de Linné, Lamarck le laissa à côté de ce genre, et il l'introduisit ensuite dans sa famille des Arcacés , lorsqu’il la proposa, en 1S09, dans sa Philosophie zoologique. Cet exemple fut suivi de presque tous les naturalistes modernes, jusqu’au moment où l’on eut une connaissance suffisante de l’organisation de l’animal. Alors seulement les zoologistes comprirent la

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nécessité de créer la famille des NucuUdeSj aux généralités de laquelle nous renvoyons.

L’animal des Nucales n’a été connu , dans quelques unes de ses particularités, que depuis la publication de V Index molUfscontm Groenlandîœ de M. MoIIer. Quelques années après, M. Lovèn a ajouté quelques observations dans son Index mollmcorum Scandinaviœ. Mais, au point de vue zoologique, ces renseignements ne sont pas encore suffisants, et nous allons les compléter d'après nos propres observations.

Cet animai est transverse, sublrigone et très inéquilatéral ; mais contrairement à l’opinion qu’on s’en fait babitueilemenl , c'est le côté antérieur qui est le plus long; le postérieur est toujours court et tronqué. Un manteau, très mince et transparent, enveloppe l’animal ; il est bordé, à la circonférence, par un muscle orbicuiaire , étroit et peu épais. Les bords de ce manteau sont désunis dans toute la longueur du bord antérieur et inférieur, depuis un muscle jusqu’à l’autre, et, appliqués sur la coquille, ils sont toujours finement plissés. Ce manteau no présente en arrière aucun appendice ; il ne se prolonge pas sous l’apparence de siphons comme chez les Lédas ; en cela les Nucules se rapprochent plus- des Arches que du genre que nous venons de citer. Le pied est très grand; il est comprimé latéralement, subpédicülé k la base, dilaté d’avant en arrière et fendu dans toute la longueur de son bord inférieur. Celte fente profonde permet à l'animal d étaler sous la forme d‘un disque toute la partie antérieure de son organe locomoteur. La circonférence de ce disque porte sur son bord tranchant de nombreux tentacules courts et charnus. Nous avons déjà expliqué k quel usage est destiné cet organe locomoteur disposé d’une manière toute spéciale dans la famille des Nuculides.

La bouche s’aperçoit difficilement, pour deux raisons : d’abord elle est extrêmement peülè, ensuite elle est profondément cachée entre la base du pied et l'extrémité supérieure du muscle adducteur antérieur des valves. Les lèvres qui la garnissent sont extrêmement courtes et étroites ; elles sont formées par deux petits replis membraneux , à peine saillants et que l’on voit s6 continuer, do chaque côté, en une paire de palpes labiales réellement énormès quand on les compare à la grandeur de l’animal , et que l’on établit la proportion avec celles des Mollusques des autres genres. Ces palpes labiales sont allongées , ovales, lancéolées, terminées en pointe aiguë du côté antérieur, et dilatées en arrière, à peu près dans la forme d'un pépin de courge. Elles sont très finement plissées à leur surface interne, mais les plis vont graduellement en s’élargissant d’avant en arrière. Ces palpes sont riuinies Tune k Tautre dans

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loule la longueur de leur bord dorsal, et par ce bord elles sont en même temps fixées aux parties latérales du corps de l’animal. A l'extrémité postérieure de la palpe externe s'attache l'appendice tenlaculiforme si remarquable, dont nous avons déjà parlé ; il se tourne on spirale dans la contraction, et il se projette en dehors de la coquille, lorsque l'animal üDtr'ouvre ses valves et fait sortir son pied.

Les organes branchiaux sont situés tout à fait eu arrière; ils occupent toute la hauteur de la troncature postérieure ; ils sont formés de deux feuillets égaux , étroits, subquadriialères , terminés en pointe en arrière, et cette pointe aboutit vers le bord du muscle adducteur postérieur des valves. Les deux feuillets du môme côté sont soudés l'un à l’autre à leur partie supérieure, et ressemblent en cela à un feuillet de papier plié en deux. Les branchies, d’un côté, ne se réunissent probablement pas à celles de l'autre pendant la vie de l'animal. Sur les individus morts que nous avons examinés, ces organes étaient séparés l’un de l’autre. Par leur structure, ils sont bien diflcrents de ce que nous les avons vus dans les Lédas. Au lieu d'être formés de lames superposées , les branchies des Nucules sont formées de nombreux filaments accolés les uns aux autres latéralement, de la même manière que les barbes d'une plume ; il est assez facile de les désagréger. Par ce fait de leur organisation, les Nucules, cojnme nous le verrons, se rapprochent beaucoup des Arches et des Pétoncles.

Les coquilles produites par les singuliers animaux dont nous venons de donner la description sont toutes triangulaires, très inéquilatérales, quelquefois aplaties, le plus souvent bombées et même subcordiformes ; le plus ordinairement lisses , elles sont quelquefois ornées soit de stries Iransverses , soit de petites côtes rayonnantes , et il est un petit nombre d’espèces sur lesquelles se réunissent ces deux sortes d’accidents. Toutes les espèces vivantes ont leur surface extérieure revêtue d’un épiderme verdâtre ou brunâtre , toujours brillant , semblable à une couche de vernis. Les bords ne sont jamais simples, comme chez les Lédas ; ils sont finement crénelés, quelquefois ces crénelures se prolongent à l'intérieur sous forme de petits plis rayonnants. Le bord dorsal est ordinairement droit et légèrement recourbé. Le bord inférieur ou ventral présente aussi une courbure analogue à celle du bord dorsal. Le bord antérieur est obtus , tandis que le postérieur est droit , tronqué , offrant souvent une surface plane sur laquelle se dessine un corselet que tous les conchyliologues ont pris pour une lunule. Ce côté postérieur, en effet, a toujours été pris pour l’antérieur, et cela était d'autant plus naturel que les crochets s’infléchissent de ce côté. Ainsi , les

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Nucules sont exactement, sous ce rapport, comme les Trigonies , et l'observation que nous consignons ici vient à l’appui de l'opinion de Lamarck, qui, guidé par son admirable sagacité, rapprocha la famille des Trigonies de celle des Arches , cherchant ainsi à mettre les Nucules dans le rapport le plus immédiat avec les Trigonies,

Toute la coquille est parfaitement close lorsque les valves sont rapprochées , les crénelures des valves se recevant réciproquement d’une manière extrêmement exacte. La surface intérieure est toujours nacrée dans toutes les espèces vivantes connues , et dans les espèces fossiles chez lesquelles le lest n’a pas subi une trop forte altération.

La charnière est linéaire, étroite, composée de deux parties formant entre elles un angle dont le sommet est situé immédiatement au-dessous des crochets. Cet angle se rapproche très souvent du droit ; quelquefois il est un peu obtus, plus rarement il est aigu. Sur le bord cardinal s'élève une série de petites dents très aiguës, comprimées latéralement, plus ou moins saillantes selon les espèces, séparées par une série de fossettes asse z profondes, et offrant dans leur ensemble l'apparence d’un peigne à dents courtes. Lorsque les valves sont rapprochées, les dents s’entrecroisent, et leur sommet vient s’enfoncer dans les fossettes préparées pour les recevoir. Ces dents ne sont pas parfaitement égales sur toute la longueur du bord , elles sont plus fines et plus rapprochées vers le sommet. Le ligament est interne. Il est contenu dans un cuilleron triangulaire . étroit, assez profond et situé dans l’angle formé par les deux parties de la charnière. Ce cuilleron est dirigé obliquement d’avant en arrière , et celte direction en a sans doute imposé aux observateurs et leur a fait toujours prendre le côté antérieur pour le postérieur. Les dents sériales delà charnière ne cessent pas, lorsqu'elles atteignent le cuilleron; celles du bord supérieur se continuent jusqu’au sommet du crochet en diminuant graduellement de grosseur. Les impressions musculaires sont de faible dimension ; elles sont circulaires , très écartées et situées assez bas dans l'intérieur des valves, de sorte qu'une ligne droite qui partirait de leur bord inférieur partagerait la coquille en deux parties inégales , dont la plus considérable appartiendrait à la région supé-* rieure ou dorsale. Ces impressions sont circulaires, l’antérieure un peu plus ovalaire, toutes deux creusées dans l'épaisseur du lest, de manière à produire des saillies assez notables sur le moule intérieur. Contrairement à ce qui a lieu dans la pluralité des genres de Mollusques acéphalés, les crochets sont dirigés d’avant en arrière; ils viennent se contourner au-dessus d'un corselet tantôt aplati , tantôt creusé et cordiforme , et que l’on a toujours nommé lunule dans la description

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‘des espèces. L’impression palléale est courte; elle s’étend d’un muscle à l’autre, en suivant parallèlement le bord , dont elle est peu éloignée.

II est bien évident, d’après ce que nous venons d'exposer tant de l'animal que de la coquille des Nucules, que ce genre constitue un type bien particulier d’organisation, voisin des Lédas, et intermédiaire, en quelque sorte, entre ce genre, les Trigonées et les Arcacés. Depuis un petit nombre d'années, il a acquis beaucoup plus d’importance qu’on n’aurait pu le soupçonner. On a retrouvé de ses espèces dans presque toutes les mers, depuis les régions polaires jusque dans les mers équatoriales. Les deux hémisphères en comptent un nombre à peu près égal ; elles sont actuellement au nombre de vingt-cinq , mais la collection de M. Cuming en contient une plus grande quantité. Les espèces fossiles se sont considérablement multipliées ; découvertes d'abord dans les terrains tertiaires, on les a vues descendre dans toute ia série des couches sédimentaires , à mesure que les études paléontologiques se sont perfectionnées ; aujourd’hui , en etfet , on voit surgir les premières Nucules dans les terrains siluriens inférieurs , et leur présence se constate dans toute la série des terrains jusqu'aux plus modernes. Aussi nous allons apporter un soin particulier à tout ce qui a rapport a la distribution de toutes ces espèces.

Nous aurons à présenter un grand nombre de rectîBcations, et l'on , concevra sans peine que les erreurs ont été faciles dans un genre où les espèces ont un assez grand nombre de caractères communs, tant dans la forme que dans les accidents extérieurs. Souvent le paléontologiste est obligé de juger, soit d'après ia forme extérieure seule , soit d'après un moule intérieur , et par conséquent lorsque les caractères si essentiels de la charnière lui échappent. Les rectifications de la nomenclature auraient été beaucoup plus nombreuses et auraient exigé des listes spéciales si la séparation du genre Leda ii’élait venu diminuer le nombre des doubles emplois.

Dans les deux étages du terrain silurien, M. d'Orbigny inscrit quatre espèces de Nucules seulement : nous en relevons onze dans les divers auteurs dont nous avons consulté les travaux. Deux sont de la Suède , ce sont les Nucula antigua et co.s(ata, de Hisinger. Cette dernière, Ü faut le dire, ne peut se maintenir qu'avec doute dans les Nucules. M. M'Coy en a fait connattre deux du silurien d'Irlande; il les a nommées JîHbacwta et sitbcylindrica. Grâce aux observations de M. Hall, ce sont aujourd’hui les terrains siluriens de l’Amérique septentrionale qui comptent le plus grand nombre de Nucules. Il y en a cinq, parmi lesquelles nous remarquons un^Nucula obliqua y qui ne pourra pas sub-

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sisler, car AI. Hall a appliqué ce nom pour la cinquième fois à une espèce différente des quatre autres. Nous proposons pour celte espèce le nom du savant paléontologiste américain. Ces espèces sont répandues particulièrement aux environs de New-York . dans le Trenton-group.

Il est à remarquer qu'aucune de ces espèces, au moins jusqu’ici, ne passe en Europe ; mais il est à présumer que Ton en rencontrera quelques unes de communes aux deux mondes, lorsque l'on sera parvenu à réunir en une seule collection toutes les espèces connues. L’Angleterre compte deux espèces seulement : l’une , le îœvis de Sowerby, provient des couches les plus inférieures du terrain silurien ; la deuxième , nommée ovalis par Sowerby, n’a pu conserver ce nom en présence do deux autres ouaWa publiés antérieurement; aussi M. d’Orbigny, dans son Prodrome , en a fait le Nucuïa anglica.

Onze espèces se trouvent également dans le terrain dévonien ; la distribution des espèces est bien différente. C'est en Allemagne, clans les terrains si bien étudiés du Harz, que l’on en trouve le plus grand nombre réunies; six, en effet, sont inscrites dans les ouvrages de Goldfuss.et de Roemer. Parmi elles, le Nucula Protêt se trouve en même temps en Irlande et en Bavière. Nous remarquons un Nucula obesa^ de Goldfuss , oublié par M. d’Orbigny, car ce paléontologiste applique ce même nom à une espèce toute différente do terrain crétacé. M. Roemer a laissé échapper un double emploi eu nommant, en 1843 , une espèce ■Nucula tumida, lorsque déiii il en existait une du même nom dans Phillips, depuis 1836. Trois espèces sont des terrains dévonieus de l'Amérique septentrionale; parmi elles nous remarquons un iVucu/a oblonga, qui n'esl pas le même que celui de Brown. M. d'Orbigny attribue ce nom d’o6lûn5fa à Sowerby ; nous ne connaissons, de ce naturaliste, aucune espèce de ce nom. L'oblonga de Brown est une coquille vivante publiée- longtemps avant l’apparition de l’ouvrage de M. Hall; M. d’Orbigny a donc bien fait de substituer celui de hamiltonensis pour faire disparaître ce double emploi. Une seule espèce est citée en Angleterre, c’est le Nucula plicata ^ Phillips, auquel ce nom ne pourra rester : car, publié en T841 dans les Fossiles paléozoïques ^ il est de beaucoup postérieur au plicaia de Lea , publié en 1833. Ces doubles emplois sont assurément déplorables , lorsqu'ils se multiplient à un point aussi extraordinaire que nous le faisons remarquer dans un aussi petit nombre d'espèces. Cela démontre la nécessité de grands travaux préparatoires de la pari de ceux qui veulent publier des espèces nouvelles, et qui , en l'absence (le documents assez complets, tombent dans l'inévitable faute de rencontrer des noms spécifiques déjà cotisa-

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crés. Nous aurions voulu appliquer le nom de M. Phillips à l'espèce dont il est question , mais ce nom . aimé des paléontologistes anglais . se trouve déjà lui-môme attaché à plusieurs espèces distinctes de Nucules ; en conséquence nous donnerons à celle-ci le nom de Awc«/a plicatella. Le terrain carbonifère est plus abondant en Nucules que les deux terrains précédents. Dix-sept espèces sont mentionnées dans les divers ouvrages des paléontologistes. M. d’Orbigny en a relevé trois seulement dans son Prodrome universel ; sur ces dix-sept, nous en supprimons quatre qui font double emploi : il reste donc treize espèces dans le terrain carbonifère. Il est fâcheux d’en rencontrer si peu dans un ouvrage destiné à établir l’inventaire le plus complet de la science. Peut-être ce nombre de treize se réduira-l-il à douze ; car il est peu probable que le Nitcuîa rectangiilaris, de M. M’Coy, reste dans le genre. C’est en Angleterre et en Irlande que presque toutes les espèces carbonifères ont été découvertes. Cinq espèces accompagnent en Irlande le reciangularis. Une septième est commune à l'Irlande et à l'Angleterre, c'est leNucula gibbosUj de Fleming, nommé de nouveau Lumida par Phillips, en 1836, Cinq espèces sont d’Angleterre. Parmi elles , nous ferons remarquer le ImeataàQ Phillips, qui, d’après quelques paléontologistes anglais et américains, remonterait du dévonien dans le carbonifère, et se trouverait à la fois en Angleterre et en Amérique ; en Amérique dans le terrain dévonien, en Angleterre dans le terrain carbonifère. M. Phillips a nommé Nucula undulata une espèce du terrain carbonifère, oubliant que Sowerby avait déjà appliqué celte même dénomination depuis 1827 à une petite espèce du terrain crétacé. M. M'Coy, qui a reconnu ce double emploi, l'a fait disparaître en imposant le nom de Phillips à l’espèce carbonifère. Il y a encore un autre Nticitla Phillipsii, mentionné par M. Hagenow ; celte espèce paraît différente de celle de M. M’Coy, car elle provient du terrain crétacé, où l’on ne peut guère espérer rencontrer des analogues des terrains carbonifères. Enfin, une espèce existe en Russie, c’est le A'ucula cardiï/brrnis d’Eichwald.

M. de Keyserling a fait connaître sous le nom de ÎF/mmensis une espèce de Nucule dans le terrain permien de la Russie ; elle est la seule que cite M. d’Orbigiiy. Cependant ce savant en aurait pu ajouter une seconde, découverte en Angleterre et publiée en 1849, par M. King, sous le nom do Tateiana.

Les espèces du muschelkalk sont presque aussi nombreuses que celles du terrain carbonifère. Nous en comptons treize, en effet, sur lesquelles neuf sont du muschelkalk supérieur de Sainl-Cassian, et sont particulièrement dues aux recherches de MM. Münsler et de Klipstein.

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il y en a quatre seulement dans le muscheikalk inférieur, soit de rAlIemagne , soit de la Lorraine. Parmi elles , nous remarquerons le Nücula incrassata , Munster, qui se rencontre à Lunéville et aux environs de Bayreuth. M. d'Orbigny fait do cette coquille une Gypricarde; elle n’a pas, en effet, tous les caractères extérieurs des Nucules, et la charnière en est inconnue. Une autre espèce, nommée cuneata^ par Münster, a dû recevoir un autre nom; M. d’Orbigny lui a donné celui d'Ulysses. M. de Münster oubliait , en effet , que Phillips avait nommé cuneata une autre espèce, dans le 2* volume de sa Géologie du Yorkshire.

Sur les neuf espèces de Saint-Cassian, il y en a six dont les noms ont besoin d’être rectifiés. Nous retrouvons encore ici un obliqua de M. de Münster ; il y avait dans la science un obliqua de Lamarck depuis 1818, M. d’Orbigny en a fait le sitbobliqua; nous retrouvons aussi un Nucuîa mda de Münster, quoiqu'il y eût, depuis i826, un nitda de Phillips, M. d’Orbigny en a fait le suhnuda. Le môme changement s’est produit pour le cuneata de Münster; il existait déjà un cuneata de Phillips, l’espèce est devenue le subcuneata pour M. d'Orbigny. Il en est de même du cordata de Münster; Goldfuss ayant antérieurement donné ce nom à une espèce différente , M. d’Orbigny en a fait son subcordata. II faut assurément peu de frais d’imagination pour opérer des changements dans la nomenclature tels que ceux de M. d'Orbigny. Une telle méthode peut être commode pour celui qui l’emploie, mais nous n’apercevons pas de quelle utilité elle peut être pour la science. L'addition de la préposition su6 à un nom spécifique , qui par lui-même indique un des caractères dominants de l’espèce , introduit dans sa valeur une modification assez grande, et cependant l’espèce en elle-même, en changeant de nom, n’éprouve aucune modification. Ainsi le Nucuîa cordalGt par exemple, dont la forme particulière lui a valu celte dénomination, ne s’aplatit pas , ne change aucun de ses caractères en recevant de M. d’Orbigny le nom de subcordata; il arrive même, pour celle-ci, que l’espèce à laquelle M. d'Orbigny applique la préposition sub est justement plus cordiforme que celle à laquelle le nom de cordata doit rester. Du reste, ce subcordata ne lui'convienl pas; elle est " cordiforme , ou elle ne l’est pas; dès qu’elle est cordiforme. comme son premier nom l'indique, et comme elle l'est en réalité, la deuxième appellation de M, d’Orbigny devient un véritable contre-sens. Nous signalons celle méthode vicieuse à raltenlion des naturalistes , dans le but de leur faire éviter des entraînements semblables, fatals à toute bonne nomenclature scientifique.

M. de Münster avait cru trouver une espèce nouvelle, à laquelle il

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donna le nom de trigonalis; l’ayant vne de nouveau , M. de Münster a reconnu son identité avec le strigtlala^ de Goldfuss ; ce trigonalis doit donc disparaître de la nomenclature.

Huit espèces seulement sont connues dans le lias ; elles se distribuent dans cette formation d'une manière assez régulière, et se répandent sur de grandes surfaces. C'est ainsi que le lobata se rencontre dans le lias inférieur en France et en Allemagne. Le Nucula oeum, Sowerby, est connu en France, en Angleterre et en Allemagne. De toutes les espèces la plus répandue et qui caractérise particulièrement les couches du lias, c’est la suivante :

Nucula ^fammeri, Defrance, pl. 33, f. 13, 14.

JV. testa ovata^ ventricosa. posticè trnncata, corcincô-excavatn ^umhonibns posticis prominentibus; Itnea cardinali obtnsangtiîa ; dentibus anterioribus crassis\ stras concentriciSf snbtiUssimis,

Defrance, Dict. sc. naturelles,

Goldfuss, Petref. Germ. p. i34. pi, raS. f. i. a.-e,

Amphidesma donaciforme^ Phill., pl, 12, f. 5?

Broun, Lelhea, pl. 20. f. 8.

Buch, Juraallem. p. 48. u® 38.

Si l’on en croyait M. Broun, dans son Index pnlœontotogicus, il faudrait considérer comme variété, le tœvigataj Münster, l’ouahs, Zieten, le Hausmanni, Roemer, Vovalis de Goldfuss, qui n’est pas celui de Zieten ; et enfin le pectinala de Zieten, qui n'est pas celui de Sowerby. 11 suffit de rapprocher les figures de ces diverses coquilles, pour se convaincre qu’à l’exception du lœvigata de Münster, toutes les autres constituent des espèces bien distinctes. Nous ferons remarquer, au sujet du Nucula ovalis de Zieten , que cette espèce ne peut Conserver son nom, étant bien différente de Vovalis de Goldfuss, avec' laquelle elle a été confondue. En conséquence, nous proposons le nom de Nucula Zieteni pour l'espèce de M. Zieten.

Goldfuss avait d’abord donné le nom de irigona à une espèce du lias; il reconnut plus tard que ce nom avait été employé par Sowerby, et il rectifia lui-même ce double emploi , en lui donnant le nom de triquelra.

Le nombre des Nucules diminue sensiblement dans Toolite inférieure ; nous en comptons quatre seulement , parmi lesquelles nous trouvons un variabilis de Phillips , qui n’est pas celui de Sowerby, et que M. d’Orbigny a mmvaé Nucula Eraio dans son Prodrome, Cette coquille

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existe dans le même terrain en France et en Angleterre. On trouve aux environs de Caen une des espèces les plus cordiformes que nous connaissions. M. Desiongehamps lui a donné le nom de Nucula mioleu»^ mais ce nom no peut rester, pour plusieurs raisons. D'abord parce que VArcanucteus de Linné reprend de droit le nom de Nucula nucléus ^ ensuite parce que nous-méme avions fait figurer cette espèce deux années auparavant sous le nom de :

Nucula cordi/brmtSj Deshayes , pl. 33 , f. 17, 18.

i\^i/cr4/a //«c/e«f,Deslün"ch.,Mém, Soc.linn.Calv. 1887. p. 71, pl. x.f.8, d’Orbigoy, Prod.de pal, t. t, p. 280.

Coquille extrêmement globuleuse , à crochets presque terminaux en arrière, très gonflés et tournés en spirale, à ce point que la coquille étant fermée, elle pourrait être prise pour une petite Isocarde. Les crochets dominent un corselet enfoncé , semblable, à une lunule cordifonne. La surface extérieure est lisse, marquée d’un petit nombre de stries d’accroissement. Le bord des valves est sans crénelures, caractère spécifique très important , toutes les autres Nucules à nous connues ayant le bord des valves finement crénelés. Les dents de la charnière sont grosses, écartées, et elles s’élargissent rapidement en avant. Nous avons dans le lias supérieur de Fontaine-Étoupe -Four une coquille qui a beaucoup d'analogie avec celle-ci , et qui probablement en est une simple variété un peu plus déprimée.

Quatre espèces également ont été observées dans la grande oolite ; c’est ici que nous trouvons le véritable vatiabilis do Sowerby, toujours distinct de celui de Phillips, auquel M. d'Orbigny adonné, comme nous l’avons vu, le nom d'Erato. Ce uarîaèilw est le plus intéressant de ses congénères du même étage géologique, parce qu’il se trouve à la fois en Angleterre, en France et en Allemagne. Le Nucula Menkei de Roemer existe en Allemagne et en Angleterre. Des deux autres espèces, l’une est propre à la France, l'autre à l’Angleterre. Celte dernière, nommée elUptica par Phillips-, serait commune à la grande oolite Ot.à l’oxford , si l’on en croit les auteurs qui Tont citée. M. Lycett la mentionne, en effet, parmi les espèces de Minchinhamplon , tandis que MM. Morris et d’Orbigny la donnent comme de l'oxfordien.

En ajoutant aux huit espèces inscrites dans les auteurs les trois nouvelles mentionnées par M. d’Orbigny dans son Prodrome, on aurait onze espèces dans les couches oxfordiennes. De toutes ces espèces , la plus intéressante est sans contredit le cuneiformis de Sowerby. Elle a

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été découverte dans le terrain oxfordien de l'Inde et de l’Himalaya , et recueillie à 3,000 mèlres de hauteur. Une autre espèce s'est trouvée dans rinde ; elle a été nommée tenuistriala par M. Grant. M. Zieten avait rapporté au pectinala de Sowerby une coquille qui en est très différente ; elle est de l’oxford de l'Allemagne et de la France. M. d’Orbigny lui a donné le nom de Nuciila cœcUia, pour faire disparaître une confusion fâcheuse dans la nomenclature. Doux espèces ont été découvertes en Russie, {aux environs de Moscou : l'une d’elles a été nommée concentrica par M. Fischer de Waldheim ; mais ce nom ne peut rester, parce qu'il y avait déjà une espèce depuis longtemps nommée par Say, parmi les espèces vivantes.

Pour terminer ce qui a rapport au terrain jurassique , nous citerons une seule espèce dans le terrain corallien; elle a été signalée pour la première fois par M. d'Orbigny, sous le nom de Nucula Feronia. Dans l'état actuel de l'observation, le genre Nucule semblerait disparaître du reste de la série jurassique;, nous savons cependant par une communication de M. Buvignier qu'il en existe une peu déterminable dans les calcaires à Âstartés , et deux autres dans les argiles du Kimmeridge; l’une, du kimmeridge, serait considérée comme identique avec le Accula Menkei, de Roemer, lequel est de la partie supérieure de la grande oolile. Dans tous les cas, rinterruplion, pour être moindre, n'en serait pas moins réelle » car jusqu'ici on ne cite aucune véritable Nucule dans le terrain portlandien.

Dans l'exposition que nous avons faite de la distribution géologique dès différents genres dont nous avons traité jusqu'ici , on a dû remarquer que plusieurs d'entre eux offrent exactement le même phénomène que les Nucules. Les espèces, assez nombreuses dans les couches inférieures, diminuent peu à peu et s’éteignent dans les couches supérieures du terrain jurassique. Quelquefois ie genre ne persiste pas davantage; le plus ordinairement il reparaît dans la série des couches crétacées où il reprend un développement plus considérable. Ce phénomène, tel que le donnent les matériaux actuellement connus dans la science , n'est peut-être pas d'une vérité absolue, et tient dans plusieurs cas à l'imperfection des observations. 11 sufûl, et l’on en a plus d'un exemple, d'un observateur plus attentif, placé favorablement pour faire des observations paléontologiques . pour changer radicalement les résultats de l’ordre de ceux que nous exposons en ce moment. La science, à cet égard , est loin d'avoir donné son dernier mot; les vérités acquises aujourd'hui sont destinées à subir des modifications fort importantes dans un avenir peu éloigné peut-être. Ces réflexions nous sont suggérées par ce fait de

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Tabsence des Nucules dans le terrain porllandien ; il est à présumer que ce genre y existe et y sera prochainement découvert.

Nous trouvons huit espèces dans le néocoœien. M. d’Orbigny en cite quatre seulement: il est vrai qu’il omet l’une de celles qu'il a décrites dans sa Paléontologie américaine, et qu'il n'admet pas dans ce groupe de strates quelques espèces qui y ont été recueillies en Angleterre. C’est ainsi, par exemple , que le Nucula aniiquaia de Sowerby est cité par les naturalistes anglais dans le ei&uæ grès vert , lequel correspond exactement au néocomien du continent. Celte coquille parcourt une fort grande étendue de la série crétacée , puisqu’on la retrouve jusque dans la craie chloritée en France et en Angleterre. 11 en est de mémo du Nucula impressa, de Sowerby. M. d’Orbigny le mentionne seulement dans son terrain cénomanien, tandis que Sowerby et les auteurs anglais le mentionnent dans le vieux grès vert avec le Perna Muleti et les autres espèces caractéristiques du terrain néocomicn. M. d’Orbigny a commis, au sujet de cette espèce, une singulière erreur : à la page 163 du tome II de son Prodrome, il rapporte au Nucula impressa l'espèce qu'il avait établie sous le nom de Nucula Renauxiana dans sa Paléontologie française. Ce rapprochement peut se justifier, ce n'est pas ce que nous avons à discuter en ce moment. Mais on est bien étonné de retrouver à la page 196 du môme volume le même Nucula Renauxiana, considéré alors comme propre au terrain (uronten. Il est probable qu’une faute d'impression s'est glissée dans l’une des citations, quoique toutes deux renvoient à la môme page et à la môme figure de la Paléontologie française. Ce Nucula impressa se rencontre à la fois en Angleterre et en France. Deux autres espèces se trouvent encore en France , ce sont les Nucula simplex eiplanata, publiées , d’après nous , par M. Leymerie dans sa Géologie du déparlement de VAube.

Le néocomien d’Allemagne contient aussi plusieurs espèces, et entre autres le sublriangula de Koch et Dunker, et le subtrigona de Roemer. Enfin , le Nucula incerta est l’espèce du néocomien de l'Amérique méridionale, décrite par M. d'Orbigny, mais omise par lui dans son Prodrome de paléontologie universelle.

Le gault contient sept espèces : trois sont propres jusqu’ici à la France, ce sont les Nucula albensis, arduennensis et ornatissima, d'Orbigny ; les autres se rencontrent également en Angleterre. Parmi elles , nous remarquons particulièrement le Nucula ovaia de Manteil , qui non seulement occupe une grande surface, horizontale , puisqu’on le retrouve en France, en Allemagne et en Angleterre; mais il remonte dans les grès verts, ainsi que le constate M. Geinitz. Ce Nucula

VINGT-SMPTIÈME FAMILLE.

ovata de Mantell a été roccasion de deux doubles emplois qu’il est nécessaire de rectifier. Le premier est dû à M. Michelin , qui a donné le nom de capsœformisa des individus récoltés en France, et que les figures médiocres de Mantell ne lui auront sans doute pas permis de reconnaître comme l'ouata. Comme ce nom d’ouala a été employé cinq ou six fois par différents auteurs, M. Geinilz a cru mettre un terme à cette confusion en imposant à l’espèce anglaise le nom de iVutfwfa Mantelti. Mais il est évident que, dans celte occasion, M. Geinilz a violé les règles de la nomenclature; il fallait, eu effet, au lieu d’un nouveau nom, reprendre celui de Mantell, et restituer à l’espèce sa véritable synonymie. Le Nucida obtusa de Fillon remonte du gaull dans les grès verts; on le trouve en Angleterre et en Toscane. M. Savl vient de le signaler récemment dans ses Considérations sur la géologie de la Toscane. Le Nucula peclinata est une des espèces les plus répandues et qui caractérisent le mieux les couches du gault; elle a été citée presque partout où ces couches argileuses ont été rencontrées en Angleterre, en France et en Allemagne. D’après M. Bronn , il faudrait joindre au peclinata le Nucula Brockmanni de M. Geinitz, et M. Geinilz loi-méme admet la réunion de ces deux espèces; il y ajoute le striatula de Koemer, mais il nous semble que celui-ci constitue une espèce distincte. D'après M. Geinilz, et au moyen de VadjoDction du Nucula striatulaj le iVucula peclinata se trouverait dans toute la série de FAllemagne, et remonterait ainsi du gault jusque dans la craie tuffeau de Bohême. Nous avons encore à citer une espèce des plus élégantes , nommée bivirgala par Fillon; elle a été d’abord découverte à Folkslone, et retrouvée depuis en France, à Dieuville , Wissanl, Geraudot, Machéroménil et Varennes.

Indépendamment des espèces dont nous avons parlé et qui passent; comme nous l'avons vu, des couches crétacées inférieures aux moyennes et même aux supérieures, nous comptons encore huit espèces dans cette série de couches comprises entre le gault et la craie blanche. C'est principalement en Allemagne et en Bohême que ces espèces ont été observées; il y en a cependant quelques unes en Angleterre et en France. Nous retrouvons encore quelques rectifications à faire, des mômes noms se reproduisant pour des espèces différentes. C’est ainsi que le Donax deltoideus de Roemer, en passant dans le genre Nucula^ n’a pu devenir le Nucula deltoideai parce que antérieurement M. de Münster avait appliqué ce même nom-à une espèce différente; M. d’Orbigny en a fait son Nucula subdclloidea. M. Reuss avait cru pouvoir assi*miler une espèce crétacée au Nucula margaritacea ^ Lamarck , dan^

LES NÜCIÎLIDES.

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laquelle le savant auteur des sans vm'tèbres avait joint à

r^rea nucléus ôe Linné plusieurs espèces fossiles très rapprochées et néanmoins dislincles. Cette erreur de M. Reuss ne pouvait subsister longtemps, M. d’Orbigny l’a rectiüée en donnant à l’espèce crétacée le nom de Nucula Réussi. M. Pusch , dans sa Pai^onio/ogfie polonaise y a commis une erreur à peu près 'semblable ; il nomme Nucula pectinata une coquille bien distincte de celle de Sowerby, et M. Broun, dans son Index palœontologicus , a cru pouvoir la rapporter à Vmtiquata de Sowerby. Mais , en comparant avec soin les figures de ces diverses espèces, on trouve entre elles de fort grandes différences , et tout nous porte à croire que l’espèce de M. Pusch est distincte des autres et mérite un nom particulier ; nous proposons celui de Nucula podolica. Nous trouvons encore un double emploi , relatif au Nucula obesa de M- d’Orbigny. Ce savant , en donnant ce nom à une des espèces des terrains crétacés, ne s'était pas souvenu que M. de Munster l’avait déjà employé pour une coquille du inoachelkaik supérieur. C'est en publiant son Prodrome que M. d’Orbigny s’est aperçu de son erreur, mais il l’a réparée d’une manière imparfaite; il a restitué à l’espèce de Münsler le nom d'oâesa, et il a (>mia son espèce elle - même à laquelle il n'a point rendu de nom. Comme elle est très distincte de toutes ses congénères , et qu'elle mérite d’ôtre conservée , nous proposons pour elle le nom de RoUiomagensis.

La craie supérieure, d'après les auteurs dont nous avons dépouillé les travaux , contiendrait cinq espèces. Trois de Suède , une de Lemberg, nouvellement décrite par M. AiLh dans la Collection de Haidinger, et enfin une cinquième sous le nom de lenera, d'Aix- la-Chapeile, par M. Muller. Mais ce nom de lenera ne peut rester à cette espèce , parce que M. Wood l’avait déjà antérieurement appliqué à une espèce du crag et qui vit encore maintenant dans les mers de l'Europe. C'est probablement à la craie blanche ou à des couches qui en sont peu éloignées qu’il faut rapporter le Nucula alberiina de d’Orbigny, trouvé au Chili et mentionné pour la première fois dans le Prodrome de paléontologie.

Nous avons fait remarquer le développement considérable du genre Nucule , au moment où il passe des terrains jurassiques dans les couches crétacées. Le même phénomène se reproduit lorsqu’il franchit la limite des terrains crélacés pour paraître et s’étendre dans les terrains tertiaires. Dans ces seuls terrains, en effet, le nombre des espèces est presque aussi considérable que dans les terrains jurassiques et crélacés pris ensemble.

Trente-six espèces sont répandues dans le terrain tertiaire infé-

VINGT-SEPTIÈME FAMILLE

rieur; plusieurs apparaissent dans les premières couches, tant en France qu’en Angleterre. Nous avons signalé , sous le nom do fragilis, une des espèces des sables inférieurs de Paris ; M. d’Orbigny en a ajouté une autre sous le nom de Levesqtiei , trouvée dans les sables du Soissonnais. A ces deux espèces, plusieurs autres doivent être ajoutées, et notamment celles mentionnées par M. d’Archiac, dans son tableau do la faune nummulitique, qui fait partie du 3^ volume ÛQl'Histoire des progrès de la géologie. Sur les huit espèces rapportées par le savant dont nous parlons, deux sont indéterminées, deux autres sont communes avec les terrains inférieurs du bassin de Paris et le calcaire grossier proprement dit ; enfin, les trois autres, Baboensis , Studeri et stihmargaritacea, sont particulières au terrain nummulitique. La première et la seconde sont de Plnde , la troisième est des environs de Pau. Il est fâcheux de ne trouver aucune de ces espèces citées dans le Prodrome universel de M. d’Orbigny, qui, par ces nombreuses omissions, fait défaut à son titre. Nous comptons sept espèces dans le bassin de Londres ; parmi elles le Nttatla similis de Sowerby se retrouverait, d’après M, d’Orbigny, dans tout le bassin de Paris, non seulement dans les calcaires grossiers, mais encore dans les sables marins moyens. A ce sujet, nous aurons encore une remarque à présenter : puisque M. d'Orbigny cite ce Nueuîa similis dans son étage parisien dans les calcaires grossiers et dans les sables moyens , pourquoi ne le répète-t-il pas dans son étage parisien B, là où il établit la liste des espèces propres à ces couches. En complétant ainsi une faune par celle des espèces qui passent d'une couche à l’autre, M. d'Orbigny ferait entrevoir leurs rapports , tandis qu’en les laissant à l'écart , il donne à croire aux esprits peu attentifs qu'il n'existe aucune espèce commune entre des couches qui cependant en contiennent un grand nombre. Nous avions nommé une des espèces du bassin do Paris, Nucula ovata; ce nom , déjà employé par Mantell , ne devait pas rester à notre espèce, et M. d’Orbigny a proposé celui de suhovata , que nous devons accepter, quoique défectueux. M. Nyst a cru retrouver cette coquille en Belgique ; mais ayant comparé la coquille belge avec la nôtre , nous y avons reconnu une espèce parfaitement distincte, à laquelle devra rester le nom de suàïransuersa , choisi par M. Nyst , pour réunir sa coquille à la nôtre. Si l’espèce ne se retrouve pas en identique en Belgique , elle existe, sans le moindre doute , dans le bassin des environs de Valognes. A ce suàtraïisversa , dont nous venons de parler, il faut ajouter deux autres espèces pour avoir le nombre de celles qui existent dans les terrains inférieurs de la Belgique. Toutes les autres

LES NUCULIDES.

espèces , au nombre de dix-sept , c'est-à-dire près de la moitié de ce qui est connu aujourd’hui dans les terrains tertiaires inférieurs de l’Europe, provient de terrains semblables de l’Amérique septentrionale. Parmi ces espèces, quelques unes, récemment publiées par M. Conrad, dans les Mémoires de la Société philosophique de Philadelphie , ont été recueillies dans les terrains tertiaires les plus inférieurs des États-Unis, sur les bords du Mississipi , et quelques unes ont l’analogie la plus grande avec celles du bassin de Paris. Les autres espèces plus anciennement connues viennent de l’Âlabama ; elles ont été publiées par M. Lea.

Dans cette portion des terrains marins supérieurs du bassin de Paris, connue des géologues sous le nom de sables de Fontainebleau, et auxquels on rapporte les dépôts de Klein-Spawen, de Bünde, d’Alzey, etc.; deux espèces ont été signalées par Goldfuss : l’une a été nommée Nucula compta; M, Bronn croit à tort y retrouver son Nucula sulcata. Eu comparant attentivement les espèces , elles offrent des caractères parfaitement distincts : celle-ci présentant un angle droit dans les deux parties de sa charnière, le sulcata montrant un angle obtus. L’autre espèce a été nommée lœvicjata, parce qu’il l’a crue identique avec le lœvigata de Sowerby. Ce lœvigata est une coquille du crag, dans la charnière de laquelle il existe également des différences spécifiques notables; la forme extérieure , par sa constance , vient ajouter plus de certitude encore à ces caractères distinctifs. M. Bronu a bien vu que l'espèce de Goldfuss n'était pas celle de Sowerby, mais commettant une autre erreur à son occasion, ilia confond avec le placentina do Defrance, coquille bien différente encore , ayant moins de rapports avec celles-ci que le lœvigata de Sowerby. L’espèce de Goldfuss est distincte de toutes celles que nous connaissons ; elle mérite un nom spécifique et nous proposons celui de peregrina, pour rappeler que plusieurs naturalistes, non seulement lui ont fait changer de nom , mais encore l’ont fait voyager d’un terrain dans un autre.

Les espèces du terrain tertiaire moyen peuvent se partager en deux séries: dans la première, loutés les espèces perdues; dans la deuxième, toutes celles qui sont encore actuellement vivantes et qui sont également communes aux terrains tertiaires supérieurs. Dans le premier groupe, nous trouvons quatorze espèces, et cinq seulement dans le deuxième ; nous no pouvons pas y inscrire celles que M. Grateloup a mentionnées dans son Catalogue zoologique de la faune du bassin de VAdour. Il les rapporte, pour la plupart, à des espèces du bassin de Paris, les autres à celles du Plaisantin ; et, d’après ce que nous en connaissons, ces rapprochements

T. II

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VINGT-SEPTIÈME FAMILLE

ne seraient point snffisamment motivés. Reste maintenant à savoir si les espèces de M. Grateloup so rapportent à celles déjà connues dans les terrains miocènes du Piémont; ne les ayant pas sous les yeux , nous no pouvons porter un jugement définitif à ce sujet. Nous en trouvons trois espèces dans le terrain miocène de la Belgique ; trois autres dans celui des environs de Cassel, décrites par M. Philippi ; deux sont signalées aux environs de Turin , dans le Synopsis de M. Sismonda. Enfin , nous en trouvons six qui appartiennent au crag, tant d’Angleterre que de Belgique. Parmi elles, nous avons le Nucula îævigala, dont nous avons dégà parlé; elle est la seule espèce commune entre les deux bassins d’Angleterre et do Belgique,

Nous laissons à M. Philippi la responsabilité d'une identité qu’il a signalée entre une espèce actuellement vivante et une coquille fossile a laquelle il a donné le nom de commutata. Ce fait est rapporté dans le Journal de conchyliologie deMenke, pour l’année 1844. Deux àulres espèces , beaucoup plus certaines que la précédente , habitant les mers septentrionales, sont considérées , parM. Wood, comme les analogues de deux espèces du crag d'Angleterre. La première est le Nucula arcbcade Broderip, vivante au Kamtschatka et au Groenland. La seconde est le Nucula tenuis, de Gray, qui , des mers de Norvvége , descend jusque sur les côtes d’Écosse et d’Angleterre. Une seule espèce des terrains tertiaires moyens des États-Unis a aussi son analogue vivant dans lès mers d'Amérique septentrionale. L’espèce dont nous parlons a reçu le nom de Nucula proxîma , de Say; elle est fossile dans les environs de Williarnsburg. Nous relaterons en passant un fait intéressant, relatif aux espèces du crag et encore actuellement vivantes. Con- Irairerticnt h ce que nous avons observé dans beaucoup d’autres genres, elles ne se montrent pas jusqu’ici dans les terrains tertiaires supérieurs ; elles sont seulement dans les terrains quaternaires voisins des régions qu’habitent encore les individus vivants. Ceci prouve que dès leur origine ces espèces étaient localisées exactement comme elles le sont encore aujourd’hui ; propres aux régions septentrionales, elles ne les ont jamais abandonnées.

Les espèces du terrain tertiaire supérieur sont assez nombreuses ; elles peuvent , comme les précédentes, so partager en deux séries, celles dont les races sont éteintes, et celles en moindre nombre qui ont encore leurs représentants dans la nature actuelle. Nous en comptons sept dans la première catégorie, et quatre seulement dans la seconde. Parmi les espèces éteintes, nous sommes étonné d’en trouver trois des terrains récents de la Sicile ; elles sont décrites et figurées par Philippi,

NUCÜLînEî^.

dans le 2“ Volume de son Histoire deS Mollusques de la Sicile. Deux espèces sewlemenl sont répandues dans les terrains italiens; l’une d'elles, plus commune quo toutes les autres , connue sous le nom de placentina , se trouve à la fois en Italie, en Sicile, en Morée, en Algérie, et probablement dans tous les autres dépôts tertiaires du môme ôgO. M. Michelolti prétend l’avoir trouvée dans les terrains tertiaires moyens du Piémont ; comme nous n’avons pu vériRer ce fait , nous le rapportons sous la responsabilité du savant qui le premier l’a publié. Ce Nuculaplaccntina a été considéré, par Brocchi , comme une variété très grande de l’^rca tidc/ew.s de Linné; Defrance en a fait d’abord une variété du NuctiJa umrgarilacea de Lamarck, puis il Ta établi comme espèce distincte, sous le nom d7/aîïca. Des deux autres espèces , l'une a été découverte en Amérique par M. d'Orbigny; elle a reçu de lui le nom de Nncuîa LnrqiUierlî. L'autre est connue beaucoup plus récemment : M. Grewingk la mentionne et la figure sous le nom de Nucula Ilermanni, dans l’ouvrage très remarquable et des plus intéressants qu'il a publié Tannée dernière sur la constitution des îles Aléoutiennes.

Dans le terrain pampéen de la Patagonie, M. d’Orbigny a recueilli une fort belle espèce de Nucule, à laquelle il a donné le nom un peu barbare de puelchana. Elle est encore vivante dans les mers de la même région. Une deuxième espèce , ]e Nucula qlncialis , vivante dans les mers septentrionales , est fossile dans les terrains récents de la Suède. Une jolie espèce de la Méditerranée, décrite sous le nom de Nucula Polii , par Philippi, avait reçu antérieurement le nom de siilcata , de Bronn. Après qu’elle eût reçu cesdeux premiers noms, Sowerby, dans ses Illuslralîons conchyliologiques ^ lui en imposa encore un troisième, celui de âecussata. Celte espèce sort de la Méditerranée, et se distribue dans Tocéan Atlantique , d’un côté jusque dans les mers d’Angleterre, et de l’autre jusqu’au voisinage du Sénégal; elle est fossile en Sicile, et M. Broun a cru la retrouver dans les terrains tertiaires inférieurs de TAilemagne, prenant pour elle le iVucula punclaia de Goldfuss; mais les deux espèces sont parfaitement distinctes.

Enfin, la dernière espèce dont nous ayons à parler, est le Nucula nucléus [Area nucléus, Linné). Lorsque Lamarck proposa son genre Nucule , il prit pour type Tespèco dont nous parlons , et il se crut autorisé, pour éviter toute confusion, à changer son nom spécifique. En conséquence il la nomma Nucula margaritacea. Cette coquille, très répandue dans TOcéan d’Europe , fut comparée à des coquilles de taille à peu près semblable, mais fossiles dans la plupart des terrains tertiaires. On trouva, à ces divers objets, assez de ressemblance pour les

VINGT-SEPTIÈME FAMILLE

réunir SOUS un seul nom spécifique. C’est ainsi que se trouvèrent comprises, sous le nom de margarilacea ^ non seulement plusieurs espèces du bassin de Paris et de Londres, mais encore de la Belgique, des environs de Bordeaux, de Dax et même du Plaisantin. Nous-môme, dans notre ouvrage sur les Fossiles de Paris, avons admis l’analogie de l’espèce vivante avec le fossile parisien. Mais nous avons eu soin, dès celte époque, de distinguer sous le titre de variétés plusieurs coquilles avec lesquelles il a été possible de créer, depuis, des espèces distinctes, lorsque l’on eut reconnu la constance de leurs caractères. Nous eûmes soin dès cette époque de rejeter de l'espèce les coquilles de l'Italie , de Dax, de Bordeaux, delà Touraine, que l’on confondait avec leniargraritacea. Aujourd'hui d'autres séparations doivent être faites; le vrai iYucula nucUus n'existe réellement pas aux environs de Paris, c’est dans les terrains plus récents du Plaisantin , de l'Astesan , de la Sicile,' qu’il faut d’abord le rechercher. M, Wood le trouve également dans un terrain plus ancien appartenant ù la période des tertiaires moyens, dans le crag d’Angleterre, avec les autres espèces que nous avons déjà mentionnées.

Nucula nucléus , Linné (sp.), pl. 34, f. II-IS.

N» testa obliqua J ovata , transversa , suhtrian^idarî , îavi, aut obsolète striata; dentibus cardinalibus aciitis; margine creniilato^

Area nucléus^ Lion. Sysl. nat. éd. 12. n" 184, p, 1143.

Id. Chemnitz, Conch. t, 7. p. 241. pl. 58, f. 574.

Nucula nucléus^ Turtoii, Brit. hiv, p, 176, pl. i3. f, 4.

A/. Lovèo, lod. Moll, scand. p. 34.

Id, Forbes et Hanley, Hist, of Brit, Moll. vol. 2. p. 2i5, pl, 47. f. 7-8. pl. P. f, 4.

Nuculamargaritacea^îXTCiSTC^, kn. s. vert. p. ii5,

Id, Phill.jEnura. Moll. Sicil. vol, i. p, 64. pL 5. f. S.; vol, 2. p. 43.

Nucttla argentea, Brown, III. Conch, gr. Brit. pl. 25. f. 14. i5, et pl. i3. f. 12.

Glycimeris argentea, Da Costa, Brit. conch. p. 170, pl. i5, f. 6.

Donax argentea, Gmelin, Syst. nat, p. 3265.

Encycl. mélh, pl. .3ii. f 3, a. b,

Teilina adriatica, Gmelin, p. 3243. n** 83,

Telle est Thistoire d’un genre qui naguère encore ne comptait qu’un très petit nombre d'espèces, soit vivantes, soit fossiles, et auquel les recherches récentes des naturalistes ont donné une importance consU

LES ARCACÉES.

dérable. En effet , il renferme actuellement environ deux cents espèces , vingt-quatre vivantes et cent soixante-quinze de fossiles, II se répand , comme nous l'avons vu , dans toutes les mers , et ses races successivement éteintes se superposent sans interruption dans tous les terrains de sédiment. Pour être d’un petit volume, ces coquilles no sont pas moins intéressantes que celles d’autres genres , et leur abondance dans quelques formations peut contribuer à éclairer les recherches des géologues.

VINGT-HUITIÈME FAMILLE

lies Avcacéeis, Lamk.

caractères de la famille. — Animal ovale ou arrondi ; les bords du manteau entièrement désunis. Bouche grande, ovalaire , transverse ; palpes labiales étroites et très allongées, remontant de chaque côté vers la région dorsale. Pied comprimé, sécuriforme , bilabié à son bord , ou portant une plaque cornée , byssiforme. Branchies très minces , presque égales, désunies postérieurement et formées de filaments juxtaposés.

Coquille régulière, close, transverse ou arrondie. Charnière linéaire , multidentée , anguleuse , courbée ou droite.

GENRES. — Area , Peeiunculus;

Instituée par Lamarck, en 1809 , dans la miosophie soologique, la famille des Arcacées, composée alors des genres Nucule, Pétoncle, Cucullée, Arche et Trigonie, a été adoptée par le plus grand nombre des zoologistes, mais en subissant dans leurs mains des modifications plus ou moins importantes. Ils ont cru nécessaires de telles modifications pour approprier cette famille aux perfectionnements successifs de lascience. Ainsi que nous l’avons montré, Lamarck lui-même, après y avoir admis les Trigonies, en détacha ce genre pour en faire le type de la famille des Trigonées.

Cet exemple fut suivi par la plupart des classificateurs. Mais bientôt la famille s’accrut de plusieurs genres que l'on crut nécessaire de détacher, soit des Arches, soit des Pétoncles, et môme des Nucules, auxquels s’ajoute ce genre si intéressant des Soléuelles de Sowerby. Pe tous les zoologistes , celui qui a augmenté le plus la famille des

3io

ViiNGT-UUITlÈME FAMILLE,

Arcacées, est sans contredit M. Gray. Non seulement il admet le genre Trisis J d'Oken , pour l’Area «oriuoja , mais encore le genre Scap/mia, do Benson , auquel M. Gray en ajoute six autres sous les noms de Barhalîa, Senilia, Argina^ Lwiaria , Anadura et Scapharea. Lorsque nous traiterons du genre Area en particulier, nous passerons en revue les différents genres de M. Gray, pour en estimer la valeur. Pour ce savant, le genre Arche lui seul se diviserait en neuf autres genres, auxquels il en ajoute cinq autres pour terminer la famille : ce sont les CucuUea , Axinea , de Poli , ou Pectunculus , de Lamarck , Limopsis, do Sassy, Trigonoccelia, deNyst, etCannabinaj de Gray; les deux derniers avec un point de doute. M. Gray rejette , ce qui nous étonne , le genre Byssoarca , do Sowerby ; mais il indique comme section principale un genre proposé par lui en 1844 , sous le nom do Lithmxa, pour une Arche perforante. Nous sommes loin , comme on le pense , d'admettre dans la famille des Arcacées un nombre aussi considérable de genres. Pour nous, le genre se fonde sur des différences d’organisation, et ceux de M, Gray ne remplissent pas les conditions zoologiqucs propres à nous les faire admettre dans une classification philosophique.

Si nous considérons actuellement la place que doit occuper la famille dans une méthode naturelle, nous verrons, parmi les auteurs, des oscillations qui dépendent particulièrement du point de vue où ils se sont placés pour former les coupures principales. Les opinions, au reste, tournent toujours autour de celles de Lamarck et de Cuvier. Cuvier considérait comme appartenant à un seul grand groupe tous les Mollusques acéphalés dont le manteau est complètement ouvert, quels que soient du reste la régularité ou rirrégularitéde la coquille et le nombre des muscles qui fixent ranimai. Il embrassait ainsi sous le nom d'OstracéSj près de la moitié des Mollusques acéphalés. Ce grand groupe, divisé ensuite en familles par Férussac, Schweigger, Blainville , Meuke et d'autres , a toujours conservé le titre d’ordre pour ceux des zoologistes qui se sont attachés à la méthode de Cuvier. Lamarck , au contraire, dans la conception de ses familles, en restreignait beaucoup plus l’étendue, et il chercha dès le commencement à les enchaîner de manière à faire comprendre leurs rapports les plus immédiats. La famille des Arcacées fut conservée vers la fimde l'ordre des Dimyaires, et c’est, en effet, là qu’elle doit se trouver, lorsque l'on accepte pour base fondamentale de la classification des Mollusques acéphalés la disparition successive des siphons à mesure que les lobes du manteau se séparent , ainsi que le nombre des muscles qui indique toujours une disposition organique toute spéciale. Il est même étonnant qu'un ônâ-

LES ÀRCÂCEES.

lomiste de la force de Cuvier n’ait pas admis cette séparation des Monomyaires et des Dimyaires , car dans chaque classe le nombre des muscles se traduit dans l’intimité de l'organisation par une disposilioA toute particulière du système nerveux. Nous verrons bientôt par quel ■ ques faits do l’organisation des animaux contenus dans la famille des Arcacées de Lamarck, combien ce savant avait deviné avec justesse la place que doit occuper ce groupe dans une méthode naturelle. Pour nous, nous- allons même plus loin que lui, nous la rapprochons autant que nous pouvons de celle des Myliiaeés, groupe intermédiaire entre les Monomyaires et les Dimyaires.

Les animaux contenus dans la famille des Arcacées sont tous régu-* liers et symétriques; tantôt ils sont transversos, tantôt orbiculaires. Les lobes du manteau sont simples, sans franges et sans tentacules sur les bords , et ils sont disjoints dans toute leur circonférence, si ce n’est dans la largeur du bord supérieur ou cardinal. Ce manteau est pourvu, comme à l'ordinaire, à sa circonférence, d’un muscle orbiculaire peu épais. Le pied a une forme remarquable ; il est comprimé , attaché par une large base à la masse abdominale et fendu dans toute la longueur de son bord inférieur. Au moyen de cette fente , cet organe peut se dilater de la même manière que dans les Nucules , et ranimai se sert de cotte disposition non pour ramper ou pour s'attacher aux rochers , comme l'ont supposé quelques naturalistes, mais pour s’enfoncer facilement dans le sable ou la vase, en employant les moyens que nous avons décrits en parlant des Nucules. Dans les Arches, cette disposition du pied favorise la sécrétion d’un byssus, au moyen duquel un certain nombre d’entre elles se fixent solidement aux rochers. Ce byssus, comme nous le verrons , a , dans ce genre , une structure particulière , qui lui donne peu de ressemblance avec le byssus soyeux des Cardites ou des Jambonneaux. La bouchoest assezgrando,ovale-transverse, située comme chez tous les autres Mollusques acéphales dimyaires; les lèvres, larges et membraneuses, la garantissent, lesquelles s’élargissent cl s’allongent en une paire de longues palpes labiales subovalairos, tronquées en arrière. Ces palpes sont inGniraent moins grandes que celles des Nucules, mais néanmoins elles conservent encore une étendue beaucoup plus considérable que dans d’autres genres.

Les organes branchiaux présentent des formes un peu diirérentes, selon les genres où ou les examine. Dans les Arches, ils sont plus étroits et plus transverses ; chez les Pétoncles , ils sont plus larges et plus triangulaires ; mais dans l'un et l'autre genre , ces organes se décomposent facilement en de nombreux filaments, ce qui les rend par-

VINGT-HUITIEME FAMILLE

faitemént comparables à ceux des Mytilacés. Très inégaux entre eux , les feuillets branchiaux se réunissent par paire de chaque côté du corps ; mais ceux d’un côté ne s’attachent pas à ceux de Tautre en arrière de la masse abdominale.

Les muscles adducteurs , chez ces Mollusques, sont gros et épais. Ils s’attachent à la coquille par de larges surfaces , et ils sont situés aux deux extrémités; l’antérieur est presque toujours cylindracé, le postérieur affecte toujours une forme analogue, mais il est un peu plus quadrangulaire. Les muscles rétracteurs du pied sont quelquefois très grands, très robustes; le rétracteur postérieur surtout laisse dans l’intérieur des Arches une empreinte ovalaire qui est presque aussi grande que celle du muscle adducteur lui-même. Sous le rapport de la grosseur des muscles , toutes les espèces ne sont pas également bien partagées. Nous voyons dans quelques Arches dont la forme se rapproche de celles des Modioles, le muscle antérieur diminuer sensiblement de volume. Cette diminution se remarque aussi et même à un plus haut degré, chez quelques espèces fossiles de Pétoncles, et nous aurons soin de les signaler en traitant de ce genre.

Les coquilles sont très diversiformes dans la famille des Arcacées; sous le rapport de la forme générale , elles se partagent néanmoins en deux groupes bien distincts ; dans le premier, la forme est orbiculaire ; dans le second , elle est plus ou moins transverse , et presque toujours ovale , subquadrangulaire. Beaucoup de ces coquilles sont subéquilatérales. Toutes celles dépourvues de byssus sont parfaitement closes ; les byssifères laissent le long du bord inférieur.une fente plus ou moins large, La surface est toujours revêtue d'un épiderme velu , plus ou moins épais, quelquefois écailleux; il est solidement implanté sur la surface de la coquille et adhérent sur les rugosités dans la profondeur des sillons qui se remarquent à la surface du test. Toutes ces coquilles, quelle que soit leur forme, ont quelques caractères communs que l’on ne retrouve dans aucun autre groupe des Mollusques lamellibranches. Les crochets opposés dominent une surface plane formant un plan oblique, sur laquelle des sillons sont ordinairement tracés, et, lorsque les valves sont réunies, ces deux plans forment entre eux un angle plus ou moins aigu , et présentent une surface plus ou moins grande, selon l’âge des individus ou la constitution des espèces. Cette surface est destinée à recevoir un ligament d’une structure toute spéciale. Jusqu'ici nous avons vu cet organe concentré pour ainsi dire sur un point de la charnière , soit en dedans, soit en dehors de la coquille. Dans la famille des Arcacées, il reste fort mince et s’étale sur la surface dont nous ve-

LES ARCÀGÉES.

nons de parler, comme une toile qui s’y trouverait collée. Les sillons, dirigés en chevrons , que l’on remarque , soit dans les Arches , soit dans les Pétoncles , sont destinés à recevoir des parties un peu plus épaisses du ligament et à lui donner ainsi plus de solidité. Il existe même un groupe d'espèces dans le genre Pétoncle , pour lequel un genre Limopsis a été créé, etdans lequel la surface ligamentaire est creusée, au centre, d’une fossette triangulaire comparable à celle des Limes, et dans laquelle s'attache une partie du ligament , un peu plus épaisse que le reste. Dans la famille qui nous occupe, la structure intime du ligament est tout à fait celle du ligament interne des Crassalelles ou des Madrés , par exemple ; il n’existe aucune trace de la tunique externe, au moyen de laquelle le ligament est toujours consolidé. Le mode d’engrenage de la charnière assure une solidité particulière à la jonction des valves; des muscles puissants, comme nous l’avons vu, attachent les valves entre elles, et il résulte qu'un ligament peu solide est suffisant pour communiquer aux valves les mouvements dont elles sont susceptibles. Les bords des coquilles de la famille des Arcacées sont crénelés dans presque toutes les espèces; ces crénelures sont réciproques et favorisent la clôture parfaite des valves. C'est dans les Arches qu’on trouve un petit nombre d’espèces chez lesquelles les bords sont simples.

Lamarck avait indiqué dans la famille des Arcacées trois modifications principales dans la charnière. Dans la première , la charnière est brisée, et ses deux parties font entre elles un angle plus ou moins ouvert. Dans la seconde , la charnière est en ligne courbe , et dans la troisième , elle conserve la ligne droite. Au genre Nucule appartient , comme nous le savons, le premier groupe , mais nous avons vu que ce caractère subit des modifications considérables et perd une partie de son importance en présence d’autres caractères empruntés à l'animal et môme à la coquille. Les Arches et les Pétoncles sont caractérisés par les deux dernières modifications du bord cardinal. Néanmoins il ne faut point attacher à ce caractère plus de valeur qu’il n’en mérite. En effet, lorsque l’on réunit un très grand nombre d'espèces des deux genres , soit vivantes , soit fossiles, on voit s’établir entre les deux groupes un grand nombre de modifications, et il devient réellement difficile de déterminer d’une manière rigoureuse et absolue la limite de chacun d’eux. A commencer par la charnière de ÏArca Noë^ par exemple, qui est parfaitement droite, jusquà celle des Pétoncles , on trouve des nuances presque sans nombre, dans lesquelles on voit les dernières dents des Arches, par exemple, s’incliner obliquement, puis devenir transverses, comme dans les Cucullées. 11 existe des Arches à bord cardinal court ,

VINGT-HUITIÈME FAMILLE

subauriculé, très épais; les dents cardinales forment une ligne droite au centre de la charnière ; cette ligne se recourbe à ses extrémités et les dents prennent uno plus grande largeur. Celte courbure se montre quelquefois d‘ua côté seulement, et alors elle ressemble complètement à celle des Pétoncles; et c’est ainsi que par des transitions graduées on passe insensiblement d’une charnière rectiligne à une clmmière courbée en arc de cercle.

La surface intérieure n’est jamais nacrée dans la famille des Arcacéos; la coloration intérieure est peu variée, le plus ordinairement elle est blanche, souvent des taches d’un rouge violacé l’envahissent en partie ou en totalité. Cette surface montre, en avant et en arrière, deux grandes impressions musculaires, ovales ou subcirculaires. L’antérieure est assez souvent creusée dans l'épaisseur du test, mais la postérieure présente souvent, vers son bord interne, une saillie plus ou moins considérable , remarquable particulièromeiU dans les Cucullées et dans un certain nombre de Pétoncles. Une impression palléalo simple, toujours parallèle au bord , s’étend d’une impression musculaire à l'autre ; elle est ordinairoment peu éloignée du bord.

Les coquilles dont nous venons de retracer les caractères principaux sont généralement épaisses et solides. Les unes, complètement libres , vivent dans les sables , où elles se caclmnt à une faible profondeur; tels sont les Pétoncles et un certain nombre d’Arches. Les autres, pourvues d'un byssus , se fixent solidement aux rochers dans toutes les directions possibles , et no quittent jamais la place quelles se sont choisie daus leur première jeunesse. Parmi les espèces byssifères , on en a récemment découvert quelques unes qui jouissent de la propriété de perforer les pierres , ainsi que les Moules iithophages. Cette circonstance rapproche encore davantage deux groupes qui semblent plus éloignés qu’ils ne le sont en réalité.

Les Mollusques de la famille des Arcacées habitent presque toutes les régions de la terre. Ils sont plus nombreux et plus développés dans les mers chaudes ; tous sont essentiellement marins. Us sont littoraux , et descendent rarement à de grandes profondeurs. 11 est des espèces qui sô multiplient avec une extrême abondance : les plages sableuses de la Méditerranée, par exemple, sont remplies de quelques espèces de Pétoncles ; ces plages en sont couvertes à la -suite des grands orages , et il est certaines couches des terrains modernes , très éleadues sur les côtes de l’Algérie, qui en sont littéralement formées.

us ARCACÉKS.

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