DES MITIS
'« Il ne faut point dédaigner la méthode des Grecs, qui, lorsqu’ils manquaient de pierres de taille, n'employaient point de petites pierres tendres pour les parements, tuais se serraient il cet usage de moellons durs qu’ils posaient en liaison, h la manière des briques, ce qui donne à cette sorte de construction une longue durée.
« Les Grecs ont deux genres de maçonnerie : l'une appelée isodomnn fpl. III, fig. 7 et 105, et l’autre pteudidomon, (fig. 13 et 16). te premier genre se distingue en ce que toutes les assises de pierres ont la même hauteur; les assises du pseudidomon sont inégales. L'un et l’autre ont beaucoup de solidité ; premièrement parce que les pierres qu’on y emploie étant dures et compactes, n’absorbent point avec trop de d’avidité l’humidité du mortier, qui en conserve assez pour former une masse durable; secondement, les pierres étant bien dressées, posées de niveau et reliées dans toute l'épaisseur du mur, elles ne peuvent se détacher.
« Les Grecs ont un autre genre de maçonnerie qu’ils nomment tmpleclon (pl. IV, fig. 4 , 5), et dont nous faisons usage dans les constructions rurales. Les parements sont maçonnés avec régularité, mais l’Intérieur est rempli de pierrailles mêlées avec du mortier. Ceux qui ne cherchent qu'à faire vite, construisent les parements à la hâte, sans les liaisonner, et remplissent le milieu de débris jetés confusément; d’où il résulte que les parements et le milieu forment des parties qui ne sont point adhérentes. Les Grecs, au contraire, ont soin de placer en liaison les pierres des parements, et de réunir ces parements, de distance en distance, par des pierres qui occupent toute la largeur de la muraille ; ces pierres relient les murs et leur donnent beaucoup de solidité ; elles se nomment diatonous.
’ « Si quelqu'un veut faire des constructions durables, il fera bien de préférer la méthode qui vient d’être détaillée; car les constructions en moellons tendres sont de pcii de durée , malgré leur belle apparence. Voilà pourquoi les experts ne les évaluent point ce qu'elles ont coûté, mais ils déduisent autant de quatre-vingtièmes qu’elles ont d’années , et n’ordonnent de payer que le surplus; ils pensent que ces murs ne peuvent durer plus de quatre-vingts ans. Au contraire, les murs en briques sont estimés au prix coûtant, pourvu qu’ils soient bien d'aplomb, et on ne déduit rien de leur valeur. »
Murs en pierre» de taille.
Les murs dans la construction desquels on emploie les pierres de taille, sont de trois sortes : I* entièrement construits en pierres de taille (pl. III, fig. 4, 5, 6,7, 8,9, 10, 11 et 12); 2° n'ayant que les parements en pierres de taille, et dont la maçonnerie intérieurê est composée d'autres matériaux (pl. IV, fig. 1 , 2, 3, 4 , 5 , 6, 7); 3” n’ayant que les chaîne t et les encadrements en pierres de taille (pl. V, fig. 6).
On donne en général le nom d 'appareil à la détermination des formes que doivent avoir les pierres de taille qui entrent dans la formation d’un édifice. Lorsque les pierres sont taillées suivant les règles de l'appareil , elles prennent le nom de pierres d’appareil; et la maçonnerie dont elles font partie se nomme maçonnerie d’appareil.
L'appareil doit donner aux murs la plus grande stabilité possible, et présenter des Jigncs régulières et concordantes.
Le mot assise indique chaque rangée horizontale de pierres. La stabilité exige que les joints des assises superposées ne se correspondent point en aucune sens; ainsi il faut (pl. III , fig. 7) que tous les joints de l’assise inférieure soient couverts par les pleins des pierres qui composent l'autre assise; on donne à cette disposition essentielle divers noms, car on l'appelle plein sur joint, ou bien à joints recouverts, ou bien encore en nui sou.
68 DES MPRS.
Il faut, autant qu'il est possible, que les assises soient réglées, c'est-à-dire, qu'elles aient toutes des épaisseurs égales.
Pour qu'un mur eût la plus grande solidité possible, il faudrait qu'il fût formé d'un seul bloc ; mais comme ce moyen n'est point praticable, toutes les pierres qui le composent devraient être tellement adhérentes entre elles , et avoir une juxta-posilion si parfaite, qu'elles ne formassent qu'une seule masse. Les constructions antiques remplissent cette condition; car, premièrement, les surfaces de pierres qui se touchent, furent dressées avec tant de précision, que le joint de ces surfaces est à peine visible. Cette perfection a fait croire que , pour l’obtenir, les anciens employaient le moyen du frottement, opéré par les blocs eux-mémes, qu'ils faisaient mouvoir circulairemenl les uns sur les autres. Secondement, ils employaient les blocs des plus grandes dimensions possibles; et quand ils ne le pouvaient , ils reliaient les pierres de chaque assise par des crampon* ou par des queues d’aronde , comme les figures 2ti, 27, pl. III, I indiquent.
Souvent (fig. 24, 25) ils scellaient des goujons en mêlai, soit dans les faces latérale* des pierres, soit dans leur partie supérieure, de sorte que, non-seulement toutes les pierres d’une assise étaient reliées les unes avec les autres , mais elles l'étaient aussi avec celles de l’assise superposée.
La méthode de construction en pierres de taille usitée habituellement à Paris, s’éloigne singulièrement de la perfection antique, à laquelle est duc la conservation admirable d'un grand nombre de monuments qui ont résisté pendant tant de siècles aux injures du temps et aux dégradations des barbares.
Cette méthode blâmable produit des constructions éphémères qui , au bout d'un petit nombre d'années, donnent déjà des signes de décrépitude; et, si l'on ne l'abandonne, pn doit renoncer à l'espoir de transmettre nos monuments à la postérité.
Voici en quoi elle consiste. Chaque pierre est posée sur des cales plus ou moins élevées, de manière que son parement satisfasse à celui du mur que l’on construit, et que son lit supérieur se trouve dans le plan général de la hauteur de l’assise. Pour rendre la pose plus prompte et plus facile, et pour avoir, en apparence , des joints serrés, on commence à démaigrir les lits des assises à un pouce ou deux de l'arête du parement, de sorte que, au-delà de cc rebord, le joint horizontal a souvent prés d'un pouce de hauteur; on le garnit de plâtre ou de mortier fluide : à cet effet, on se sert d’une fiche en fer, et l’on ferme l’ouverture des joints avec des étoupes ou de la filasse, qu’on enlève lorsque les mortiers ont pris de la consistance.
' Comme le mortier diminue de volume par la dessiccation , il en résulte que le poids d'une partie de l'édifice est supporté par les cales, ce qui occasionne des portc-à-faux et souvent la rupture des pierres vers le milieu de leur longueur, ou , cc qui est encore plus grave, la pression fait éclater les pierres parallèlement au parement.
Cette méthode . qui n'est pas admise dans les travaux des ponts et chaussées et de la fortification, est, conjointement à l’usage du plâtre et la médiocre qualité des pierre* de taille , une des causes principales du peu de durée des édifices que l'on construit à Paris.
Les pierres des constructions antiques sont posées à sec sans mortier; mais elles ont, comme nous l'avons dit, une juxta-posilion exacte, et des crampons ou des goujons en fer, en bois très-dur, et quelquefois en os d’animaux, les réunissent.
Les anciens avaient des ouvriers nommés qundrntnrii. dont l’unique occupation était de dresser les surfaces des joints; ils acquéraient , par une longue pratique , l’aptitude d'exercer avec autant de promptitude que de perfection ce travail important. Les modernes, moins soigneux, ont renoncé à cette méthode, qui demande beaucoup
d’exactitude, et ont adopté la pose à bain du mortier, qui s’exécute de la manière suivante :
1* On dé rase , c’est-à-dire on établit de niveau le lit de l’assise sur laquelle la pierre doit être posée, et on vérifié si l'opération est exacte.
2” On présente le bloc en place, et l’on examine, au moyen du plomb, de l’équerre et du niveau de poseur, si les joints forment des pians bien droits, et s’ils produisent une juxta-position exacte avec les blocs voisins.
5* Après avoir reconnu que ces conditions sont remplies, on relève la pierre pour pouvoir nettoyer et mouiller le lit de l'assise inférieure, et pour y étendre une couche bien égale de mortier de ciment fin, d’environ huit lignes d’épaisseur, et on couvre aussi de mortier le joint vertical du bloc voisin.
4* La pierre est mise en place à l’aide de la pince du poseur; et après une nouvelle vérification à la règle , à l'équerre et au niveau , on la fixe à demeure , en la frappant avec un mail de bois, jusqu'à ce que le mortier superflu soit sorti en refluant par les joints.
Cette méthode, d'une exécution plus facile que l'antique, produit une stabilité suffisante, soit par la force d'adhésion des mortiers, soit parce qu’il ne resteaucun vide dans les joints, et parce que les pierres reposent sur une couche de mortier d’une épaisseur égale et par conséquent également compressible
Quel que soit le mode de construction que l’on adopte, il faut empêcher les désunions qui pourraient s'opérer dans la masse du mur, surtout lorsqu'il a beaucoup d'épaisseur : à cet effet, toutes les pierres doivent être placées en liaison, c’est-à-dire qu’il faut que les pierres contiguës soient posées alternativement les unes dans le sens de la longueur, et les autres dans celui de la largeur.
Il faut éviter de donner aux pierres une trop grande longueur en proportion de la largeur et de la hauteur. La meilleure proportion est celle qui donne à la longueur le double de la largeur , et rend celle-ci égale à la hauteur, filais comme il serait souvent trop coûteux de réduire toutes les pierres à ces dimensions, on leur donne plus de longueur et de largeur. Ainsi , si la pierre est de moyenne qualité , comme b Paris , on peut donner aux blocs une longueur triple de la hauteur et une largueur double de cette même dimension. Lorsqu'on emploie de la pierre très-dure et qui porte plus d'un pied de hauteur d’appareil , on peut rendre la lougueur cinq fois plus grande que la hauteur, et la largeur deux à trois fois.
Examinons maintenant la disposition des pierres de taille dans les murs qui en sont enlièrement construits ; elle dépend spécialement de la grandeur des blocs que l'on a disponibles , et de l'épaisseur que le mur doit avoir.
Lorsque les blocs ont une largeur équivalente à celle du mur et des hauteurs égales entre elles, la disposlion la plus simple et la plus régulière que l’on puisse adopter est celle représentée pl. III, fig.7, 8,9; les Grecs l’ont appelée isodomon. On voit que toutes les pierres , ayant les mêmes dimensions en tout sens , forment des assises d'égale hauteur, et que les joints verticaux d’une assise sont couverts par le milieu des pierres de Tassise au-dessus : les ouvriers appellent cet arrangement plein sur joint, comme nous l’avons déjà dit.
Si la largeur que peuvent avoir les blocs n’est que la moitié de celle du mur, alors il faut adopter la disposition que les Grecs nommaient et à laquelle on donne
actuellement le nom de construction à 6nuf(*seef/M;ieres.*e. Lapl. III, fig. 10, 11, 12, indique cette disposition , où l'on voit que les pierres présentent alternativement une face carrée et une rectangulaire de double longueur. Les pierres qui présentent la face carrée occupent toute la largeur du mur , et on les désigne sous le nom de parpaint
ou de boutissc *; les autres n'occupent que la moitié de celle largour, comme le profil l'indique.
La disposition pl. III, fig. 19,20, 21, diffère de la précédeule en ce que chaque rang est composé de pierres de même figure ; en sorte qu'un raug de pierres à face carrée se trouve entre deux rangs de pierres à face harlongue. Les pierres à face carrée forment toute l'épaisseur du mur, tandis que la largeur des autres u’eu occupe que la moitié ou le tiers.
Les fig. 16 , 17, 18 , représentent une construction composée d’assises de deux hauteurs différentes , posées alternativement l’une sur l'autre. Les petites assises n'ont que les deux tiers des dimensions des grandes; en sorte qu’il en faut trois petites pour former l’épaisseur du mur , et deux de grandes ; ce qui produit une double liaison à l’intérieur et à l'extérieur. Le soubassement du palais Caffarclli , à Rome , dont le grand Raphaèl fut l'architecte , présente celte disposition.
La fig. 4 représente un appareil irrégulier que l'on emploie quand les pierres de taillo que l’on doit mettre en œuvre ne peuvent être réduites à la même hauteur. Plusieurs édifices antiques et modernes de Rome présentent cette construction , motivée sur ce que la pierre Uavertine dont on s'est servi n'a pas des bancs d'une épaisseur uniforme. D’ailleurs, elle n'est pas sujette à prendre des teintes différentes , et les constructeurs ayant eu soin de la poser sans mortier , ou bien en se servant de mortier fait avec, du sable très-fin, les joints sont peu sensibles, et l’irrégularité de l'appareil ne s'aperçoit pas.
Quelques ouvrages étrusques , et spécialement les murs de plusieurs villes très-anciennes de Toscane, présentent l'appareil fig. 1 , 2, 5, bien plus irrégulier que le précédent. M. Pclil-Radel a donné à celle sorte de construction le nom de cyclopdenue; clic est formée de très-gros blocs, dont quelques-uns pèsent plus de 12 milliers. Ces blocs ont des formes polygones et irrégulières.
Les anciens Romains savaient relier les pierres de taille les unes aux autres, sans le secours de crampons , ni du clefs en bois, par la forme seule de leur appareil. Parmi les ruines du théâtre de Marcelius, on remarque des débris de murs appareillés comme l iudiquent les fig. 28 , 29, pl. III. Le lit de chaque pierre est divisé en quatre parties par deux lignes droites qui se croisent au centre à angles droits , et qui aboutissent au milieu de chacune des faces. Deux de ces parties, diagonalcmcnl opposées, sont recreusées d’envirun 2 pouces , et les autres pleines. Ces pierres sont posées les uues sur les autres , de manière que chacune en réunit deux autres par le moyen de scs pal lies saillantes, qui s'enclavent dans les entailles des deux pierres inférieures, auxquelles elle répond.
Rondelet a imaginé l'appareil pl. III, fig. 22 et 25; chaque assise formo une espèce de chaîne, composée d'un triple rang de pierres , qui s’enclavent les unes dans les autres.
H. Sganzin (I) blâme ces méthodes de liaison. « A l'imitation des anciens , dit-il, quelques constructeurs modernes ont cherché à ajouter à la solidité des constructions, qui résulte de la [>ose à bain de mortier; ils ont imaginé des liaisons intérieures produites par des tenons et des ressauts ménagés dans les lits et dans les joints des blocs. Ce moyen a été essayé surtout dans les constructions à la mer, où les maçonneries sont exposées au choc des vagues avant que les mortiers aient pr is la consistance nécessaire à la résistance qu'elles doivent opposer ; mais on a reconnu que ce moyen ne répondait pas à
(1) Programme du Coursée coasiruclioo.
l’idée avantageuse qu’on en avait fermée. La précision nécessaire dans la taille pour que les surfaces des différents plans ainsi multipliés se louchent, est à peu prés impossible à obtenir des ouvriers : il y a des vides entre les pierres, qui ne se touchent et ne sont supportées que par quelques points ; enfin , il résulte presque toujours de l’emploi de ces moyens des vices de construction qui , au lieu de consolider la maçonnerie, en occasionnent ordinairement la ruine.
« Ces inconvénients (ajoute cet ingénieur expérimenté) ont fait renoncera ecs moyens de liaison entre les blocs : on doit leur préférer celui des crampons en fer ou en cuivre, qui attachent ensemble tous les blocs d’une assise. Ce qui vaut mieux encore , c'est l'emploi de larges bandes de fer, nommées ancres , que l’on encastre sur le lit supérieur d'une assise , dans tout son développement : chacun des blocs qui composent l’assise est percé d’un trou vertical qui correspond à celui qui est préparé dans l’ancre; et , au moyen d’un fort boulon qui traverse l'ancre et la pierre, une assise peut être considérée comme formée d’un seul bloc. Pour ajouter encore il la solidité de ce moyen , on prolonge quelquefois les trous à travers une ou deux assises inférieures, et le boulon prolongé qui les traverse les lie ensemble de manière qu’un bloc ne peut être déplacé sans entraîner dans son déplacement plusieurs assises. Ce moyen est excellent pour les ouvrages à la nier, et pour la construction de ceux qui sont destinés à recevoir des chocs, ou à résister à de fortes poussées horizontales « .
Il est rare que les murs très-épais soient composés entièrement de pierres de taille. Le plus souvent , ils n’en sont que revêtus, et l'intérieur est composé d'autres matériaux. Les revêtements ont pour objet, ou de donner une plus belle apparence aux murs, ou plus de solidité.
Dans le premier cas, le revêtement n’est qu’une sorte de placage, qui ne doit être fait que lorsque les constructions principales sont achevées , et qu’elles ont eu le temps de produire tout le tassement dont clics sont susceptibles. Dans le second cas, le revêtement devant se faire en même temps que le reste de la maçonnerie, il est indispensable de prendre les précautions nécessaires pour empêcher l'inégalité des tassements, et les accidents qui en sont la suite nécessaire. Ces précautions consistent : 1“ à former des arrosements généraux à la hauteur de chaque assise; 2" à recouvrir ces arrasements avec des recoupes de pierres de taille, et cela pour pouvoir battre la maçonnerie intérieure et lui donner plus de consistance; 5" à disposer l’appareil des pierres de taille de manière qu'elles présentent des liaisons fréquentes en tous sens; 4° à poser des chaînes en pierre, ou même en bois, qui relient, de distance en distance, la masse de la maçonnerie sur toute son épaisseur.
Quelquefois le revêtement extérieur d'un mur est en pierres de taille , et (Intérieur en briques; c’est ainsi que sont construits les massifs des murs de Saint-Pierre à Rome. (PI. IV, fie- 6 et 7.)
Lorsque les anciens devaient construire des murs très-épais, ils les reliaient avec des pièces de bois. « On formera, dit Vilruvc, dans l'épaisseur du inur, des espèces de chaînes avec des pièces de bois d’olivier, durcies au feu, placées à égale distance l'une de l’autre. Ces pièces, convenablement boulonnées, donneront au mur une solidité à toute épreuve : car ni les intempéries de l'air, ni la vermoulure, ni le temps, ne peuvent altérer ce bois ainsi préparé. »
Léon-Baptiste Albert! dit, au liv. III, rhap. 9, qu’il a trouvé, dans des murs antiques, quelques fortes lames de plomb qui servaient «à les Raisonner. Ho risto ancora chi ha sparscjtcr le mura piastre ili piomho moito itinghc et moito larghc seconda la gros sezza dcl mnro acciô faccino legamento.
Jules-César rapporte, dans ses Commentaires, que les Gaulois construisaient les murs de leurs villes en entremêlant des poutres avec de grosses pierres, et en remplissant les intervalles avec de la terre. Ces murs opposaient une grande résistance aux coups de bélier, et n'étaient point exposés aux dangers d'un incendie.
Murs en moellons.
Nous avons vu, pag. 66, que Vitruvc parle de deux sortes de maçonneries en moellons, à l’une desquelles il a donné le nom d ’opus incertum , et à l'autre à'opus reticulatum. Il trouve la première plus solide, la seconde plus agréable à la vue; mais, pour l'une et pour l'autre , il recommande d’employer une abondante quantité de mortier.
Ces deux sortes de maçonneries exigent que les angles et les extrémités soient en pierres de taille (pl. IV, fig. 8, 9, 10 cl 11) ou en briques, disposées régulièrement par rang d'assises, ou en moellons réguliers.
L ’opus incertum a été mis en usage dans les plus anciens édifices de TÉlruric et de Rome. Cette espèce de maçonnerie donnait le moyen d'employer des pierres irrégulières et de hauteur différente. L ’opus incertum ainsi que le reliculatum ne servaient que de parements aux murs dont l'intérieur était construit en béton (pag. 42), que l'on désigne souvent par le nom de blocage ou de blocaille.
L 'optts reliculatum , dont on trouve de nombreux débris à la ville Aérienne, le long de la via Appia hors des portes de Rome, sur le mont Pincio, et aux Thermes de Titus et de Dioclétien, présente à l'extérieur la figure d'un réseau : celle maçonnerie est formée de petits moellons de tuf, carrés à la partie extérieure, et ayant 5 pouces environ de côté, et 5 ou 6 pouces de longueur; ils se terminent en pointe (fig. 9 et 10), afin de se mieux lier à la maçonnerie intérieure. L ’opus reliculatum forme des panneaux encadrés, ou par des chaînes en briques, ou bien par de petits moellons de tuf équarris de 7 à 8 pouces de long sur 3j d’épaisseur, et 4 ou 6 de largeur. Les chaînes horizontales, éloignées de 4 pieds ou de 4 pieds et demi, étaient composées de trois ou de cinq assises de ces moellons équarris ou de briques.
Léon-Baptiste Albcrti dit avoir vu des murs à opus reliculatum (fig. 8) dans lesquels on remarquait des rangs de moellons plus longs, dont les faces étaient doubles, c'est-àdire qui occupaient la place de deux carrés, et cela pour liaisonncr la maçonnerie.
Près du cirque deCaracalla, on voit des ruines antiques en maçonnerie de moellons réguliers de tuf par assises horizontales et de même hauteur. Ces moellons ont 8 pouces de long, 8 pouces de large, et 3 de hauteur.
Les murs du cirque de Caracalla sont formés d'une maçonnerie mixte, composée alternativement d'une assise de briques et une en moellons de tuf équarris. Les murs du quartier des soldats, à Pompcla, sont formés alternativement par trois assises de briques, et une de moellons équarris.
On fait usage à Paris de deux sortes de maçonneries en moellons : l'une se nomme limousinage , et l’autre maçonnerie en moellons piqués.
Ou appelle limousinage la maçonnerie qui se fait à Paris en moellons bruts , avec du plâtre. La propriété du plâtre de sc consolider très-promptement est cause que les maçons exécutent cette maçonnerie avec autant d'imperfection que de négligence; le plus souvent, après avoir posé les moellons des parements, sans avoir préalablement dressé les lits, ils se contentent de remplir le milieu avec des débris de pierrailles et de poussière à sec.
L'emploi du plâtre, à Paris, diminue la durée des maisons particulières, dont les
murs gauchissent et se déforment par l’effet du renflement qu’il prend au bout de quelque temps.
On peut cependant avoir une bonne maçonnerie en moellons bruts, pourvu qu'on emploie du bon mortier, qu'on ait soin de mouiller les moellons avant de les mettre en œuvre, et, lorsqu’ils sont placés, de les battre pour les faire bien joindre; de bien garnir tous les vides avec de petites pierres et des recoupes broyées avec le mortier; et enfin, d'arraser le mur, à chaque rang d’assises, avec une bonne couche de mortier, après les avoir convenablement dressées. Il faut avoir soin de relier les murs épais, de distance en distance, avec des pierres aussi longues qu'ils sont épais, sans quoi ils seront sujets h se désunir dans le milieu.
Quoique l’usage du piètre nuise singulièrement à la durée des constructions, cependant on s’en sert habituellement à Paris, parce qu'il acquiert tout de suite la solidité dont il est susceptible, tandis qu’il faut plusieurs années pour le mortier; mais en revanche, la solidité des constructions en mortier augmente progressivement, au lieu que celles en piètre s’affaiblissent; de sorte que, si ces dernières sont exposées à l’humidité ou aux injures de l'air, elles doivent être renouvelées au bout de quinze ou vingt ans. Les murs maçonnés en piètre, par l’augmentation de son volume, perdent leur aplomb, et s’écrouleraient s'ils |n'étaicnt reliés par les planchers et les combles, et enclavés dans les constructions voisines. Conséquemment , l'usage du piètre, en guise de mortier, doit être exclus des constructions que l’on veut rendre durables.
La maçonnerie en moellon s piqués est celle dont les parements sont revêtus de moellons équarris régulièrement, et dont les lits et joints sont dressés d'équerre aux parements. Ces moellons doivent être posés à bain de mortier et en liaison, à l’instar des pierres de taille, desquelles ils ui diffèrent que par leur moindre grandeur.
La plus solide de toutes les maçonneries en moellons, dont on fasse usage à Paris, est celle en pierres meulières, posées à bain de mortier. Outre la solidité , elle a l'avantage de produire un effet agréable à l’oeil, lorsqu'elle est encadrée dans des chaînes en pierre de taille. On a choisi avec raison ce genre de construction, aussi durable qu’économique, pour les abattoirs, l'entrepôt des vins , les écluses et les ponts des canaux de Saint-Denis et de Saint-Martin.
Dans les pays dépourvus de moellons bien gisants, on peut former des maçonneries avec des cailloux roulés (pl. IV, fig. 12), ou bien avec des produits volcaniques de formes irrégulières. Pour que cette maçonnerie soit solide , il ne faut point épargner le mortier, il faut que les pierres se touchent dans le plus grand nombre de points possible, et enfin il faut bien garnir les vides.
Maçonnerie en briques.
La maçonnerie en briques est préférable, par rapport à la solidité, non-seulement à toutes les espèces de maçonneries en moellons , mais encore à celles en pierres de taille calcaires de médiocre qualité. Les anciens , qui n’évaluaient la durée de I ’opus incertum. et du reticu/atum qu'à quatre-vingts ans , regardaient comme indéfinie celle de la maçonnerie en briques ; aussi voyons-nous qu'ils en ont fait un fréquent usage dans leurs plus grands monuments , tels que le Panthéon , le temple de la Paix , les Thermes , etc. Les grands architectes de l'école romaine et de l’école vénitienne, et, entre autres, le célèbre Palladio, ont suivi cet exemple. A Paris, les constructions en briques ont été à la mode du temps de Henri IV. Il serait désirable que cette mode se reproduisit et fût moins passagère.
la maçonnerie en briques offre de précieux avantages :
1" La régularité et les petites dimensions de cette espèce de matériaux en rendent la transport aussi prompt que facile.
2" La mise en œuvre est également facile et prompte.
5" Les liaisons s’oblienncnt avec la plus grande régularité.
4“ Les briques résistent mieux que toutes les autres espèces de matériaux aux intempéries de l'atmosphère et à la violence des incendies.
5’ La maçonnerie en briques est, à l'exception du béton , plus imperméable à l'eau qu’aucune autre , ce qui la rend propre surtout aux constructions hydrauliques.
6- Les briques adhèrent aux mortiers avec une grande ténacité , de sorte que les constructions en briques soigneusement faites font une seule masse lorsque le mortier a pris toute sa consistance.
La bonne exécution de cette maçonnerie exige que les briques soient bien nettoyées, et surtout imbibées d'eau, avant de les mettre en œuvre : le mortier doit être de bonne qualité et abondant ; il faut qu’il soit plus tendre que pour les autres espèces de maçonneries. Lorsque les briques sont posées , il faut les frapper légèrement avec le m.irfeail ou avec la tranche de la truelle.
Toutes les fois que l’on reprend le travail qui a été interrompu pendant quelque temps, il ne faut jamais oublier de nettoyer avec soin le lit des assises et de le mouiller.
L'usage des briques remonte à la plus haute antiquité. M. Le Gouxde la Iioulayc a décrit les restes d'uuc grande tour massive , qui se trouve dans le pays qu’occupait l'antique Babylone. Elle est construite en briques crues carrées , dont les côtés ont environ un pied ; l’épaisseur est de 3 pouces : le mortier qui unit ces briques est composé de terre et de bitume , et forme des joints horizontaux d'environ un pouce d'épaisseur; après sept rangs de briques, alternativement, la maçonnerie est reliée par une couche générale de roseaux brisés, mêlés avec de la paille et du bitume, et dont l'épaisseur est de 3 pouces. On a trouvé dans les ruines de Babylone des briques cuites , émaillées , et colorées de jaune et de bleu , par bandes ondées.
Les Romains employaient les briques, le plus souvent, pour former les revêtements de murs en blocage et pour les Raisonner. (PL IV, fig. 23, 24, 25 , 26.)
Ces revêtements anliques sont formés par des briques triangulaires, posées de manière que le grand côté est à l’extérieur, et l'angle droit à l’intérieur ; l'espace compris entre ces parements était rempli de béton; de 4 pieds en 4 pieds les parements étaient réunis et reliés par des assises de grandes briques carrées. Mais, avant de poser ces assises, ils avaient soin de battre la maçonnerie du milieu, afin de prévenir le tassement. Il est évident que ce genre de maçonnerie ne pouvait s’effectuer qu'à l’aide d’un encaissement, comme nous le dirons bientôt. On aperçoit encore , dans quelques ruines antiques, les traces de cet encaissement.
Lorsque les anciens se servaient de briques de moyenne dimension , ils avaient soin de placer, de distance en distance, des assises de plus grandes briques pour les Raisonner.
Le mode de Raisonner les briques dans un mur qui en est entièrement construit, dépend de son épaisseur.
La pl. IV, fig. 15, 16, indique un mur formé par un seul rang de briques, posées à plat. Les briques sont posées de champ dans les fig. 13, 14.
Les murs fig. 17, 18 , 19 , 20 , ont une épaisseur égale à trois largeurs de briques. On voit que les briques des assises supérieures croisent celles des assises inferieures, etque les joints verticaux et horizontaux n'offrent pas de continuité. Les fig. 21, 22, indiquent une combinaison de pose pour un mur dont l'épaisseur est égale à la largeur de quatre briques.
DES MliRS. . 75
En Hollande, on suit la .méthode indiquée pl. IV. fig. 27, |iour former des murs eu briques , très-bien liaitonné», quoique fort épais. On pose les briques obliquement , eu donnant aux rangs de chaque assise une direction contraire, pour qu'ils se croisent. Cetto disposition exige que les briques des parements soient tranchées obliquement. Lorsqu'un parement doit être apparent , on fait disparaître ses aspérités , en le frottant avec une pierre de grès , que deux hommes font aller et Tenir en tout sens , par le moyen de deux rordes, tandis qu’un troisième ouvrier appuie dessus pour la faire mordre, et mouille la partie frottée.
Maçonnerie en b/ocai/le.
De toutes les espèces de maçonneries, aucune ne fut plus en usage chez les Romains que celle qui était faite en béton , blocailte ou blocage ; elle s'etiee tuait à l'aide d’un encaissement.
Les parements des murs en béton étaient formés de briques ou de moellons; de l'excellent mortier, entremêlé de débris de pierres ou de briques, constituait le remplissage intérieur. Ce remplissage était battu etmassivé par couches régulières, de manière que les vides se trouvant partout exactement remplis, la masse de la maçonnerie acquérait une telle compacité , qu’au bout de quelque temps on pouvait la considérer comme un seul bloc de pierre factice, qui souvent rivalissait en dureté avec les meilleures pierres.
Cette méthode conciliait la solidité avec l'économie; car elle donnait le moyen d'employer toutes les recoupes de pierres de taille, les cailloux, les petits moellons et tous les matériaux de moindre valeur.
L’exécution en était prompte et facile, et, plus qu’aucune autre, elle était en état de résister à l'action destructive de" l'air et de l'humidité; car les matières, resserrées par leur propre poids et fortement battues au pilou , acquéraient une continuité et une compacité que ne peuvent offrir les autres espèces de maçonneries.
, Les admirables vestiges des constructions colossales en blocaillc exécutées par les anciens, sont des preuves palpables de la bouté de cette méthode, qui a servi pour la construction des murs, pour les voûtes, les terrasses, les pavés de maisons et les grands chemins militaires.
Les figures 4 , 5, pl. V, indiquent les moyens qui peuvent être mis en usage pour exécuter ces sortes de constructions. On plante, autour du mur à construire, des perches ou chevrons aaa, espacés de 5 pieds en ô pieds , et distants de 2 pouces et demi du parement. On place ensuite les panneaux bb, formés par un assemblage de planches de sapin jointes à languettes et rainures, et blanchies des deux côtés, afin que le mortier ne s’y attache pas si aisément; chaque panneau doit avoir des manettes de fer z: pour «a faciliter le transport. Les panneaux sont entretenus en haut par des étresillons c (fig. 6). Les perches sont fixées par des brides de cordes pp, que l’on peut serrer et relâcher à volonté à l’aide du levier /. Quand l'encaissement ne joint pas bien partout contre le mur , on chassera , entre les perches an et les panneaux bb , des coins en bois ; et si les perches n’ont pas assez de grosseur pour soutenir l'efTort que -les coins font contre elles, on les soutiendra en leur appliquant les étais h/t.
L’encaissement étant placé, on commence les parements du mur, qu’on élève à la. hauteur de 5 à 6 pouces des deux côtés; puis on remplit l’eutre-deux de mortier et du cailloux , que l’on massive avec des battes ou pilons , et on continue ainsi par couches, horizontalement dans toute l'étendue de l’encaissement, et dans toute la hauteur comprise entre les chaînes ou assises qui relient les murs de distance en distance. Cela fait , on démonte les panneaux , que l’on transporte plus loin pour former une uouvello
portion du mur. Lorsque les murs n’ont qu'une petite épaisseur, les parements tiennent lieu d’encaissement.
Cloisons en bois.
Vilruve blâme les cloisons en bois : « Car, dit-il, malgré qu’elles aient le double avantage de pouvoir être faites avec célérité, et d'occuper peu de place , cet avantage ne compense pas leur combustibilité , qui peut contribuer au malheur public en propageant les incendies; de plus, les enduits dont on les recouvre sont sujets à se fendre au droit des montants et des traverses qui les composent , parce que le bois se renfle par l'humidité du mortier, et ensuite se contracte en séchant. » Voilà pourquoi il préféré que l'on fasse des cloisons en briques, quoiqu'il en coûte un peu plus. Si cependant on ne peut les éviter, soit par défaut d’emplacement, soit pour cacher des irrégularités, Vitruve indique les précautions suivantes :
Lorsqu’elles sont au rez-de-chaussée, il ne faut pas qu’elles posent immédiatement sur le sol , car si on les fait entrer dans l'aire du pavé , elles se pourrissent bientôt et se déversent.
« Pour éviter les mauvais effets que la dilatation et la contraction du bois peuvent produire sur les enduits, il faut, après que le remplissage en maçonnerie, entre le bois, aura été fait , clouer, sur les montants, des cannes posées en travers , et, après avoir rempli les intervalles de mortier, en poser d'autres qui croisent les premières; on les clouera sur les traverses. Ce double rang de cannes reliera toutes les parties, de manière qu'il ne pourra s'y faire ni fentes ni lézardes. »
flous devons faire remarquer ici que les enduits en plâtre sur les cloisons en bois, ne sont point aussi sujets à se gercer et à se fendre que ceux en mortier, pourvu que le plâtre ne soit ni éventé ni noyé ; car le renflement qu’éprouve le plâtre forme une espèce de compensation à la contraction du Irais, et d'ailleurs le plâtre prend plus vite.
Les cloisons en charpente, que l’on nomme aussi pans de bois fpl. II, fig. 1), sont ordinairement composées de poteaux posés debout et espacés, de manière que les vides soient égaux aux pleins. Les poteaux sont unis à tenons et à mortaises avec des pièces horizontales aaaa nommées sablières. Les poteaux placés aux angles ont ordinairement des dimensions plus fortes, et se distinguent par le nom de poteau x-comiers; poteaux d'huisserie sont ceux placés des deux côtés des portes et des fenêtres. La pièce horizontale b, qui forme le dessus d'une porte ou d’une croisée, se nomme linteau d'huisserie. Le nom de poteaux de rentplage est réservé à ceux intermédiaires entre les poteaux-corniers et d’huisserie.
Des pièces obliques ff, inclinées en sens contraire, servent à affermir le système; elles se nomment guettes quand elles n'ont qu'une petite inclinaison, et décharges quand elles en ont une plus grande; les portions de poteaux placées au-dessus et au-dessous des décharges s'appellent tournices. Tontes ces pièces doivent être assemblées à tenons et mortaises, et chevillées.
Les espaces vides entre les pièces de bois qui composent l’assemblage, doivent être remplis en maçonnerie. Il faut avoir soin de bien relier les cloisons avec les murs principaux.
Pour les cloisons extérieures, portant plancher, on donne communément aux poteaux une épaisseur égale au douzième de leur hauteur, étaux décharges et sablières un pouce de plus tant en largeur qu'en épaisseur.
Les cloisons de simple distribution peuvent être formées avec des pièces de bois refèndu , dont l’épaisseur ne soit que la moitié des précédents.
Mur s de clôture.
L'épaisseur des murs dépend de leur forme., de leur hauteur, de la qualité des matériaux qui les composent, eide la main-d'œuvre plus ou moins soignée. De toutes les formes , la circulaire est celle qui offre plus de solidité et qui exige conséquemment une moindre épaisseur : viennent ensuite les polygones réguliers , qui auront d'autant plus de force que le nombre des côtés sera grand. Le carré offre plus de résistance qu'un rectangle, dont la force diminue au fur et à mesure qu'il devient plus allongé. De tous les murs, le plus faible est celui qui est disposé sur une seule ligne droite, sans être relié avec d'autres murs qui fassent angle avec lui; un tassement inégal du sol ou de la maçonnerie qui le compose, une désunion horizontale, produite par une force quelconque, suffisent pour que le mur tombe. Au contraire, si un mur est placé entre deux autres, il faut, pour le renverser, qu'il se fasse trois déchirements, dont deux obliques, et un vertical au milieu ; de sorte que, dans ce cas, la résistance du mur sera d'autant plus grande que tes murs latéraux seront plus rapprochés. Il résulte de cela que si les murs étaient très-éloignés, la partie du milieu ne résisterait guère plus qu'un mur isolé. Voilà pourquoi, comme le remarque très-bien Léon-Baptiste Albcrli, les anciens ont évité soigneusement de tirer de longues ligues droites sans les interrompre par des courbes ou [tardes angles. Voici comment il s'explique (liv. I , ehap. 10) : Ma non vorrei che si lasciasse in dielro in questo lungo quel cite io lio notalo pressa gli anlichi , cioc che eg/ino grandemente si guardarono di non tirare nessuna u/lima linea délia piailla lahntnle diritta, che lungltissima e so/a, non fosse intrapresa o da a/runa concavilà di linee torte, o da alcuno intersecamento di angoli ; cd è manifestissimo che quoi prudenlittimi nomini fecero questo , per fare che il muro , quasi aggiuntoli appoggi, a quali si accosli, divenisse più gagliardo.
F.n conséquence de ce que nous venons d'exposer , l'épaisseur des murs doit augmenter en raison de la distance en ligne directe entre les murs latéraux avec lesquels ils sont liés.
D’après quelles données déterminerons-nous l'épaisseur des murs dans les divers cas? Prendrons-nous pour base de nos calculs la force des matériaux, c’est-à-dire la résistance que chacun deux peut opposer aux pressions verticales? Les largeurs que nous obtiendrons alors seront évidemment trop petites ; car (en adoptant les résultats des expériences de M. Rondelet) il résulterait qu’un mur de 80 pieds de hauteur, en pierre de taille dure , n'aurait besoin que d'un pouce d'épaisseur , et que le même mur construit en pierre tendre n'exigerait qu'une épaisseur de 4 pouces. Ce résultat absurde nous prouve que la considération de la force des matériaux ne suffit point pour déterminer convenablement l'épaisseur des murs isolés; et comme nous n'avons aucune autre donnée positive, nous devons donc nous limiter à l’observation des murs antiques que le temps a respectés. On remarque , dans les mines antiques , des m urs pleins et isolés qui sont construits en biocaille,- revêtus à l’extérieur de briques ou de petits moellons de tuf, disposés régulièrement et convenablement reliés par des chaînes de grandes briques. L'épaisseur de ces murs n’est quelquefois que la seizième partie de la hauteur, mais le plus souvent la dixième ou la onzième partie. On doit observer que ces murs antiques, construits avec autant de soin que de régularité, ne forment plus qu'une seule masse très -adhérente à leur fondation , et que conséquemment ils out acquis une stabilité plus grande que les murs en pierre de taille les mieux construits.
Rondelet pense qu’eu général un mur isolé aura une forte stabilité s'il a pour épais-
seur la huitième partie île sa hauteur; que la dixième partie lui procurera une stabilité moyenne , et la douzième une stabilité suffisante.
Le rapport de l’épaisseur à la hauteur d’un mur doit diminuer lorsqu'au lieu d’élrc disposé sur une seule ligne droite, il renferme une enceinte déterminée; cl cette diminution sera d’autant plus grande que les côtés de l’enceinte compris entre deux angles consécutifs auront moins de longueur. Voici une méthode graphique , fort simple, que Rondelet a proposée pour fixer cette diminution.
Voyez pl. VIII, fig. 13. Soit abcd la face d’un pan de muraille qui doit faire partie d’une enceinte rectangulaire; après avoir tiré la diagonale bd, on portera dessus de b en i la huitième partie de la hauteur ab si l’on veut lui donner beaucoup de solidité; la neuvième ou dixième partie pour une solidité moyenne, et la onzième ou la douzième pour une construction légère. Si par le point i on mène une parallèle à ab, leur intervalle indiquera l’épaisseur à donner au mur.
Murs de terrasse.
Les murs qui doivent soutenir un terre-plein, et auxquels on donne conséquemment tes noms de murs de soutènement, de terrasse ou de revêtement , ont à surmonter la pression latérale d’un prisme triangulaire de terre, qui tend naturellement à s’ébouler, en vertu de sa pesanteur. Le plan incliné sur lequel ce prisme repose a d’autant plus d’inclinaison, que les matières qui composent le terre-plein ont moins de cohésion et plus de fluidité. Ainsi ce plan est moins incliné pour les terres végétales simples que pour celles qui sont mêlées avec du gravier, et moins pour celles- ci que pour le sable. Deux causes tendent h diminuer la poussée des terres : 1* leur cohésion ; 2* le frottement que le prisme éprouve sur le plan incliné qui le soutient. Au contraire, toutes les causes qui diminuent la cohésion et le frottement augmentent la poussée : voilà pourquoi les terres imbibées d’humidité produisent une poussée bien plus forte qu’elles ne seraient capables à sec. Dans tous les cas , il est essentiel de massirer régulièrement les terres lit par lit, pour leur donner plus de cohésion et de compacité.
Le problème de la poussée des terres a exercé plusieurs géomètres distingués. On trouve, dans la Mécanique philosophique de M. de Prony et dans un mémoire qu’il a fait imprimer en 1802, des recherches très-intéressantes sur cet important sujet. M. Maynicl a publié, en 1808, un traité expérimental, analytique et pratique de la poussée des terres et des murs de revêtement, contenant l’exposition et la discussion des expériences anciennes cl nouvelles sur la poussée des terres, l’exposition et la discussion des diverses théories sur ce sujet, et la comparaison de celle de Coulomb avec de nouvelles expériences.
Parmi les expériences qui sont rapportées dans cet ouvrage utile, on distingue celles faites à Alexandrie en 1805, et à Julicrs en 1806 et en 1807. Voici les conséquences principales qu’on en déduit :
1” La résultante de la poussée d’un remblai, derrière un mur vertical, passe au tiers de la hauteur, à partir de la base du remblai.
2" Le frottement des terres, qui s’oppose à leur poussée, est à la pression dans le rapport de 1 à 2 pour les terres végétales, et de 4 à 10 pour les sables.
3“ La cohésion qu’acquièrent les terres végétales damées, c’est-à-dire battues, massivées avec soin, diminue leur poussée déplus des deux tiers.
4” La ligne de. rupture, c’est-à-dire la lézarde qui se forme dans un remblai, lorsqu’un mur n’étant pas assez fort pour le maintenir est prêt à se renverser, se trouve aux distances suivantes de I’arètc intérieure au somme! du mur.
Si te remblai est en sable, la distance est égale aux & de la hauteur du mur.
S'il est formé en terre végétale mélée de petit gravier, elle égale ~z.
S'il est en terre végétale simple . elle égale
S'il est formé de décombres , elle égale ;Vr.
S'il est formé de terre végétale mêlée avec du gros gravier, elle égale ~.
5” Les poussées contre un mur de revêtement, à parement intérieur vertical , équivalent aux quantités suivantes ( A indiquant la hauteur du mur J.
A 5 (0,800). pour les terres végétales, dont le pied cube pèse 76 livres en les supposant damée».
h 3 (3,374), ponr les terres végétales non damée», mêlées de gros gravier, et dont le pied cube pèse 106 livres.
lé (1,125), pour les mêmes terres, lorsqu’elles sont damées.
lé (3,496), pour le sable, dont le poids moyen est de 92 livres le pied cube.
lé (3,15), pour les terres végétales non damées, et mêlées de gravier, et dont le pied cube pèse 100 livres.
lé ( 1,05), pour les mêmes étant damées.
A 1 ( 1 ,74 ), pour les décombres , débris de roches , ou vieux matériaux de démolition , dont le poids moyen est de 120 livres le pied cube.
M. Mayniel, d’après les expériences combinées avec la théorie , a déterminé les épaisseurs indiquées par la table suivante pour les murs , dont les parements sont verticaux , afin qu'ils puissent résister à la poussée des remblais. On suppose que les remblais aient été soigneusement damés lit par lit.
Table de l’épaisseur des murs de revêtement, exprimée en parties de la hauteur que l’on suppose égale à T uni lé.