‹ Traite elementaire de construction appliquee a l'architecture civileChapitre 13 sur 47 · QUALITÉ · texte numérisé non relu

QUALITÉ

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Cailloux roulés

Dans la pratique, il est prudent de donner aux murs de revêlement une épaisseur plus grande que celle qui est indiquée dans les cinq premières colonnes. Plusieurs causes concourent à faire adopter ces augmentations.

1» Le frottement des terres contre la maçonnerie n’est pas aussi fort que celui des terres sur elles-mêmes.

2“ Souvent les eaux, filtrant à travers les terres, se rassemblent entre elles et la maçonnerie, et forment des nappes d'eau qui substituent la pression d'un fluide sans frottement à la pression des terres, quoique, pour obvier à cet inconvénient, l'on pratique derrière le revêtement des tuyaux verticaux, et des égouts au pied de ce même

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revêtement, pour laisser écouler les eaux; ces égouts s'engorgent, ou par les terres que les eaux entraînent, ou par la gelée, et deviennent quelquefois inutiles.

3° L’humidité change non-seulemeul le poids des terres, mais encore leur frottement. Les terres de l’espèce nommée savonneuse se soutiennent, lorsqu’elles sont sèches, sur une inclinaison de 45 degrés; et quand elles sont mouillées, souvent elles ne peuvent se soutenir sur une inclinaison de 18 degrés avec l’horizon.

L’humidité augmente aussi le volume des terres; d’oii il s'ensuit que, quand elles se dessèchent, il se forme des lézardes dans la masse des remblais, ce qui produit un surcroît de pression contre le mur de revêtement , qu’on ne saurait calculer d’avance.

Coulomb croit que, dans la plupart des espèces de terres, l’on peut, sans danger, fixer l'épaisseur des murs de revêtement à un sixième de la hauteur à la base des murs, et à un septième au sommet.

Il y a moins d'inconvénient à diminuer l'épaisseur des murs de revêtement dans les pays secs et chauds que dans les pays humides.

Pour augmenter la stabilité des murs de revêtement, et pour diminuer leur masse sans les affaiblir, on leur donne ordinairement un talus , c'est-à-dire, on incline plus ou moins le parement extérieur, de manière que le mur diminue progressivement d'épaisseur en s’élevant. Ordinairement la largeur du laïus, c’est-à-dire celle de la portion du mur qui sort de la verticale, est 1 de la hauteur. Pour donner encore plus de stabilité aux murs, on a imaginé, outre le laïus, des contre-forts.

Si l'on examine le profil ( pi. VIII, fig. 14) d'un mur, lequel doit résister à des pressions horizontales ou obliques qui tendent à le renverser, on reconnaîtra qu'il résistera d’autant mieux, et que sa stabilité sera d'autant plus inébranlable, que le point i de la base de, par où passe la ligne verticale, qui part du centre de gravité g, sera plus éloigné du point d, autour duquel on suppose que le mur tournerait, si la pression qui tend à le renverser était prépondérante.

Il résulte de ce principe :

1” Qu’un mur dont la face extérieure est un talus, aura, à masse égale, plus de stabilité que relui dont les faces sont à plomb.

2" Un mur avec contre-forts résisterait plus si ces contre-forts étaient à l’extérieur, que lorsqu’ils sont placés à l’intérieur du côté des terres; car, dans le premier cas, c’est le mur qui forme toujours la plus grande masse, dout la ligne du centre de gravité répond à un plus grand éloignement du poiut de rotation.

3" Les contre-forts à queue d’aronde, c’est-à-dire dont la base est un trapèze ( pi. Y, fig. 3), et dont la partie la moins large est du côté du mur, éloignent le centre de gravité du point de rotation plus que ne le font les contre-forts à hase rectangulaire (fig. 1), et plus encore que ceux qui sont plus larges à la racine qu’à la queue ( fig. 2); mais ils sont plus susceptibles de se détacher du mur par l’elfct des tassements irréguliers, parce que la queue d’aronde, engagée dans les terres, les empêche de suivre le mouvement du mur.

Les anciens, au lieu d’employer dès contre-forts, se sont contentés de former dans les murs des évidements circulaires à l’intérieur, comme la fig. 8 l’indique.

Vitruve donne une méthode trop compliquée de fortifier les murs de terrasses : celle méthode est indiquée fig. 7.

Quelle que soit la forme que l'on donne à un mur de revêtement , il est indispensable de pratiquer, à des distances convenables, des ouvertures étroites appelées barbacanes, évents . ou chanlepleures , pour donner issue aux eaux qui |iénèlrcnt les terres, et qui produiraient des effets très-nuisibles si elles ne pouvaient sortir librement.

Murs couverts , mais qui ne sont pas voûtes.

Ces mars exigent moins d’épaisseur que les murs d'enceintes découvertes; car la charpente des toits et des planchers , loin de nuire à leur solidité, sert à les relier. A Paris, les murs d'un grand nombre de maisons ne pourraient se soutenir sans le secours des planchers et des toits qui les retiennent.

Quoique les planchers et les combles remplissent, pour ainsi dire, les fonctions de chaînes, et empêchent les murs de se déverser, il fautobserver néanmoins qu’ils exercent contre eux une sorte de poussée, produite par des variations de volume et de forme, dépendant de gonflements et des contractions que l’humidité et la sécheresse occasionnent. Il est évident que cette poussée sera d’autant plus sensible que les pièces de bois auront plus de longueur, et conséquemment que les murs seront plus écartés les uns des autres.

Nous manquons de données positives pour déterminer avec exactitude les épaisseurs que ces murs doivent avoir ; conséquemment, on ne peut se régler que d’après l’aulorité des plus habiles constructeurs, et d'après l'examen des édifices où l’on a su réunir la légèreté à la solidité.

Scamozzi, célèbre architecte vénitien , qui, à l’exemple de Palladio, a orné sa patrie d'un grand nombre d'édilices, dont les connaisseurs apprécient la beauté et la solidité, a écrit , en outre , un bon traité d’architecture , dans lequel il fixe les dimensions des murs ainsi qu’il suit :

Dans un édifice à trois étages, dont la hauteur totale est de 80 pieds, les murs du premier étage doivent avoir une épaisseur égale à la longueur de trois briques, c’està-dire un peu plus de 2 pieds; au second étage, clic sera réduite à la longueur de deux briques et demie, ce qui équivaut à la diminution de 4 pouces: et enfin, au troisième étage, cette épaisseur n'aura plus que deux longueurs de briques. Lorsqu’un édifice est décoré de colonnes, Scamozzi veut que l'épaisseur du mur soit moindre que le diamètre des colonnes; suivant les circonstances, elle peut être la moitié, les deux tiers ou les trois quarts de ce diamètre.

A Paris , dans un bâtiment élevé de trois étages, les murs de face ont ordinairement lli pouces d’épaisseur, s’ils sont en pierre de taille de dureté moyenne, ou en moellons ; et s'ils sont formés par des pans de bois hourdés et ravalés en plâtre, leur épaisseur n'est que de 8 pouces.

Les murs en pierre de taille, de 16 pouces d'épaisseur, coûtent, en terme moyen, 170 francs la toise; ceux en moellons, d'égale épaisseur, ravalés des deux côtés, et évalués tout vide rabattu , coûtent environ 40 fr. la toise carrée ; et enfin , les pans en bois hourdés et ravalés en plâtre des deux côtés reviennent à 58 francs.

Parmi les murs les plus hardis, on doit citer ceux de la nef de Saint-Paul, à Rome, qui ont 94 pieds de hauteur, et leur épaisseur est d'un peu moins de 5 pieds, c'est-à-dire moins que la trente-deuxième partie de leur hauteur. Ces murs sont soutenus, dans un sens, par les toits des nefs latérales, qui fout l'office d’arcs-boutants; et de l’autre, ils sont reliés par le toit de la grande nef. L'imitation d’une légèreté aussi grande ne serait lias toujours prudente.

« L’examert particulier (dit Rondelet) que j'ai fait d'environ 280 édifices de tous genres , anciens et modernes, situés tant en France qu’en Italie, m'a fait connaître que dans ceux couverts d'un simple toit à deux pentes, composés de fermes d'assemblage en charpente, avec plafond ou sans plafond, et disposés de manière à empêcher l'écartement des murs, la moindre épaisseur des murs , bien construits en mocltousou en

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briques, est la vingt-quatrième partie de la largeur, dans œuvre, c'est-à-dlrc prise des nus intérieurs.

<i Dans les maisons particulières, divisées en plusieurs étages par des planchers , nous avons trouvé que l'épaisseur des murs de face est depuis 15 pouces jusqu'à 24 ; celle des murs mitoyens , de 16 à 20 pouces ; et l'épaisseur des murs de refend , de 12 à 18.

« Dans les bâtiments plus considérables , les murs de face ont depuis 2 pieds jusqu'à 5 pieds d'épaisseur ; les murs mitoyens de 20 à 24 pouces ; et les murs de refend , de 15 à 20 pouces.

« Dans les palais et les grands édifices, dont les rez-de-chaussées sont voûtés, les murs de face ont depuis 4 pieds jusqu’à 9 pieds; et les murs de refend , depuis 2 jusqu'à 6 pieds. »

Rondelet donne trois règles pour déterminer l’épaisseur des murs couverts sans être voûtés. Ces règles sont déduites de l'observation des édifices les plus renommés par leur solidité et par leur belle exécution.

1" (PI. VIII, fig. 13.) Dans les bâtiments qui ne sont couverts que d'un simple toit , si les murs sont isolés des deux cétés dans toute leur hauteur, jusque sous les entraits des fermes du comble, on tire la diagonale bd, on porte dessus de b en i la douzième partie de la hauteur ab du mur, ou même la parallèle il, qui déterminera l'épaisseur du mur.

2’ Si les murs qui supportent le toit étaient appuyés à une certaine hauteur par d’autres constructions ou par des toits inférieurs, on ajoutera ensemble la hauteur totale et la hauteur partielle du mur, au-dessus de l'appui , et l'on prendra la vingt-quatrième partie du tout: cette vingt-quatrième partie, rapportée sur la diagonale, comme dans le cas précédent , donnera l'épaisseur du mur.

3" Règle : ■ Dans les maisons ordinaires, où la hauteur des planchers ne passe pas 12 à 15 pieds, pour trouver l'épaisseur des murs intérieurs ou de refend, il ne faut avoir égard qu'à l'espace qu’ils divisent et au nombre de planchers qu'ils ont à soutenir. Quant aux murs de face , qui sont isolés d'un rûté dans toute leur hauteur, il faut avoir égard à l'épaisseur du bâtiment et à son élévation. Ainsi, un corps-de -logis simple exige des murs plus épais qu’un corps-de-logis double de même genre et do même hauteur, parce que leur stabilité est en raison inverse de leur largeur.

•* Supposons un corps-dc-logis simple , dont l'épaisseur est de 24 pieds , et la hauteur, jusqu'au-dessous du toit, de 56 pieds; on ajoutera, à 24 pieds, 18, moitié de la hauteur, ot l'on prendra la vingt-quatrième partie de la somme 42 réduite en pouces, et l'on aura 21 pouces pour la moiiide épaisseur de chacun des murs de face, au-dessus du socle, ou première retraite, au rez-de-chaussée. Pour une construction moyenne, on ajoutera un pouce, et 2 pouces pour une construction solide.

«Si c’est un corps-dc-logis doubleront l’épaisseur soit de 42 pieds, sur même hauteur que leprécédcnt, on ajoutera ensemble la moitié de la hauteur et de la largeur du bâtiment, c’est-à-dire 21 et 18. et l’on prendra la vingt-quatrième partie de la somme réduite en pouces, qui donnera 19 pouces et demi pour l'épaisseur de chacun des murs.

« Pour déterminer l'épaisseur des murs de refend , on ajoutera à l’espace que ces murs doivent diviser, la hauteur de l'étage, cl l'on prendra la trente-sixième partie de la somme. On peut ajouter à cette épaisseur un demi-pouce pour chaque étage audessus du rez-de-chaussée, si les constructions sont en brique ou en pierre d’une dureté moyenne: et un pouce par étage, si l'on est obligé d’employer des pierres tendres on des tufs. *

« Lorsqu'au lieu d'un mur on substitue un pan de bois de charpente, hourdé en

plaire et ravalé (les deux côtés, il suffit de lui donner la moitié de l’épaisseur que devrait avoir, d’après la règle, le mur qu'il remplace.

« Pour les cloisons légères de distribution, qui ne portent pas plancher, leur épaisseur sera le quart de ce que donne la règle.

« Quant aux points d’appui isolés, il faut toujours faire en sorte qu'ils puissent être maintenus d'aplomb par les parties environnantes ; la largeur de leur base peut être depuis le douzième jusqu'au huitième de leur hauteur.

« La règle que nous proposons s'accorde fort bien avec tous les bâtiments construits par Palladio, quoique la plupart soient en partie voûtés. s

Murs principaux d’un édifice.

Il faut remarquer, avant tout, qu’un mur de cette espèce n’a point des charges égales à supporter, ni des poussées égales à conlre-balanccr dans toute son étendue. Ainsi , il faut évidemment que les parties qui ont de plus grandes résistance à exercer soient composées de matières plus fortes, ou ayant de plus grandes dimensions que les autres; car, si cela n’était ainsi, il faudrait en conclure que les premières ne sont point assez solides, ou bien que les secondes ont absorbé, en pure perte , uuc quantité trop grande de matière. Léon-Baptiste Alberti a établi, d’après l'étude des monuments antiques, une distinction lumineuse entre les parties des murs d'un édifice, qui en forment, pour ainsi dire, la carcasse, et où réside leur principale solidité, d’avec celles qui ne font que recouvrir les espaces vides, que les premières laissent à nu. Nous donnerons aux premières le nom de partie » solide», et aux autres celui de remplissage». Alberti veut que les parties solides soient tellement disposées et liées entre clics, que leur force et leur connexion ne puissent être altérées par la suppression des remplissages. Celte distinction nous fournira le moy en d’expliquer l’origine et la convenance de divers membres d'architecture.

On donne, en général, le nom de chaînes aux parties solides d'un mur simple, c'est-à-dire aux parties lesquelles, ayant de plus grandes dimensions, ou étant formées de matériaux plus forts, sont destinées à soutenir, à lier et à entrelacer toutes les autres parties. Ou distingue deux sortes de chaînes, les verticales et les horizontales.

Chaîne » verticale». (PI. V, fig. 6.)

Les chaînes verticales sont celles que l'on place aux encognures des murs principaux, aux endroits oU les murs de refend viennent se relier avec eux, sous la portée des principales pièces des combles et des planchers, sous la retombée des voûtes, aux piedsdroits des portes et des croisées. Les chaînes ne rempliraient point le but que leur nom même indique, si les pierres, les briques ou les moellons qui les composent, n’étaient disposés de manière à s'entrelacer et à se relier parfaitement avec les malétiaux qui forment les remplissages.

Si les chaînes sont de matière plus résistante que le reste des murs, alors elles pourront n'avoir que la même épaisseur, sans aucune saillie ; mais quand clics seront de même matière, elles auront alors une saillie pins ou moins forte en dehors. Si la saillie est considérable , les chaînes prennent le nom de contre-forts , et ont ordinairement leur face antérieure en talus. Quand les chaînes n’ont que quelques pouces de saillie, on les appelle alors pilastres.

Chaînes horizontales ( PI. V , fig. C ).

Les chaînes horizontales sont celles que l'on place , 1° à l’endroit où les planchers reposent sur les murs; 2» à la naissance des voûtes, aux endroits où les murs diminuent d'épaisseur , où ils cessent d’étre continus , comme au bas des croisées , et sur la partie supérieure des murs. La saillie qu’ont ordinairement les chaînes horizontales devient très-utile, parce qu'elle met à l’abri de la pluie les parties inférieures des édifices.

Lorsque cette saillie est considérable, on la soutient de distance en distance par des pierres solides, enclavées dans le mur, auxquelles on a donné les noms de consoles , de modillons , de mutâtes. Pour diminuer les masses saillantes et pour les rendre moins pesantes, on les taille en biseau; mais cette forme n'étant point agréable, on fa embellie, en y formant des sinuosités régulières, que l'on a nommées moulures; et les chaînes horizontales , ainsi profilées , ont pris le nom de corniches. On a réservé le nom de plinthes aux chaînes à face perpendiculaire et unie; de tores , à celles dont la face a été arrondie en forme de demi-cylindre.

L’office des chaînes horizontales ne se limite point à c acher les diminutions des grosseurs des murs et h abriter les parties inférieures ; elles en ont un autre moins important, désigné par leur nom générique de chaînes, qui est non-seulement celui de fixer et de relier par leurs plus grandes pesanteurs, forces ou dimensions, les matériaux moins pesants sur lesquels elles reposent , mais encore de réunir entre elles toutes les chaînes perpendiculaires et de prévenir toute espèce d'écartement.

Si l'on suppose maiutenant que les chaînes verticales et horizontales pouvant se soutenir par elles-mêmes, le remplissage ait été totalement supprimé, il en résultera des piliers qui soutiendront des plates-bandes. Ces piliers , étant arrondis, se changent en colonnes , dont la forme cylindrique donne à ces supports isolés la plus grande solidité et la plus grande élégance possibles. Les parties basses d'une colonne ayant une plus grande charge à supporter que celles du sommet, la convenance exigeait que le diamètre allât en diminuant vers le haut; les colonnes prirent donc une figure légèrement conique.

Pour mettre la colonne à l'abri de la pluie, on a placé au-dessus une pierre saillante, que l'on a ensuite entaillée de différentes manières, et à laquelle ou donne le nom de chapiteau.

La chaîne horizontale qui réunissait ensemble plusieurs colonnes à leur sommet, fut appelée architrave. Lorsque les colonnes supportaient un plancher, les poutres de ce plancher devaient reposer sur l’architrave ; cl on a donné le nom de frise à la bande qui marque leur épaisseur. Comme il était nécessaire de défendre toutes ces parties des intempéries des saisons et d'en éloigner la pluie, on a placé au-dessus de la frise une autre chaîne horizontale en saillie; cette chaîne est taillée en corniche pour en diminuer la masse et lui donner une plus belle apparence.

La réunion de l'architrave , de la frise cl de la corniche, a constitué l’entablement ; et le nom d'ordre d’architecture a été attribué à tout système de colonnes surmontées de leur entablement.

Ordres d’architecture.

Les ordres d'architecture ne doivent point être regardés comme de simples objets de décoration , mais comme parties intégrantes et constitutives des édifices. Il résulte de ce principe que leur emploi est abusif toutes les fois que la solidité ou les convenances ne le requièrent.

Il n'est aucune des parties principales d'un ordre d'architecture qui n'ait une utilité immédiate; ainsi la suppression ou la mutilation de quelques-unes de ces parties est un défaut d'autant plus intolérable qu'il indique presque toujours arec certitude que l'ordre a été employé sans utilité ou à contre-sens.

De tous les éléments qui entrent dans la composition d'un édifice , les ordres sont sans contredit ceux qui satisfont plus agréablement la vue ; leur beauté, leur richesse, leur élégance , ont tellement séduit la plupart des architectes , qu’ils ont cru que le principal mérite d'un édifice consistait à être décoré d’un ou de plusieurs ordres d'architecture modelés exactement sur ceux que l'on admire dans les ruines de la Grèce ou de Rome , sans examiner si , là ofi on les a placés , ils sont utiles , ou bien s'ils n’augmentent pas la dépense en pure perle ; s’ils rendent l'édifice plus commode et plus approprié à son but , ou bien s'ils ne sont qu'une superfétation inutile, peut-être embarrassante ou même nuisible.

Cet emploi désordonné et irréfléchi des ordres d'architecture a souvent placé les architectes dans la pénible nécessité ou de les mutiler d'une manière barbare, ou de manquer à quelques-unes des principales convenances d'un édifice. Aussi voyons-nous un bien petit nombre d'édifices où les ordres d'architecture aient pu conserver toute l'intégrité, toute la régularité , toute la simplicité, qui en font le charme.

Quelle est une des causes principales de l'enchantement que produit , sur l’homme de goût-, la vue des édifices admirables du Palladio? C'est que ce grand architecte ayant employé les ordres d'architecture avec discernement et convenance, a pu leur conserver toute leur pureté.

les jeunes architectes doivent se persuader que les plus belles colonnes , que les entablements les plus élégants de Rome antique , perdent tout leur prix lorsqu'ils sont appliqués avec inconvenance, et qu'il vaut mieux renoncer à l'emploi des ordres de l'architecture que de les employer sans utilité. Quoi ! ne peut-on construire de beaux et de magnifiques édifices sans ordres d'architecture? La façade du palais Farnèse , à Rome , offre certainement un aspect grandiose, sans être décorée d'ordres d'architecture; la porte Saint-Denis, à Paris, se trouve dans le même cas.

Les ordres d'architecture résultent , soit de colonnes isolées qui forment des portiques , auxquels on a conservé le nom antique de péristyle ; soit de colonnes adossées ou insérées dans un mur; ou bien encore de pilastres décorés à la similitude des colonnes et pareillement insérées dans un mur : les derniers modes forment ce qu’on appelle architecture en relief.

La fig. 1 , pl. VI, indique un péristyle à la manière égyptienne; la fig. 2, un péristyle dorique grec ; la fig. 5, un péristyle dorique romain; la fig. 4, un péristyle ionique; la fig. 5, un péristyle corinthien; et enfin la fi|/.6, un péristyle formé par des cariatides. La fig. 1 , pl. VII, offre un exemple d'architecture en relief : c’est la nouvelle façade du théâtre Valle , à Rome.

Les péristyles produisent un effet bien plus imposant, bien plus magnifique que ne peut le faire l'architecture en relief la plus riche ; cet effet grandiose est dù spécialement à la vigueur des ombres qui se forment derrière les colonnes, et qui les détachent, les distinguent nettement et fortement du fond sur lequel elles prédominent et qui conséquemment leur doit être sacrifié. Voila pourquoi les anciens donnaient beaucoup de profondeur aux péristyles des façades de leurs temples, surtout de ceux qui devaient être vus d'une certaine distance; voilà aussi pourquoi certaines façades modernes, ornées de péristyles très-peu profonds , ne produisent point l'effet qu'on pourrait en attendre.

Si l’on compare le dessin d'un édifice à colonnes (vigoureusement ombré) à l'édifice

même , on trouvera que te dessin produit presque toujours un effet plus séduisant.

Le même édifice, vu le soir au clair de la lune , plaira davantage que de jour ; la raison do ces effets se déduit de ce que nous venons de dire précédemment. Concluons de cela que si les architectes veulent que leurs péristyles aient toute la Iieauté dont ils sont •iiseeplibles , il faut qu'ils leur donnent la plus grande profondeur possible. Les loggie qui décorent les beaux édifices du Palladio jouissent de cette prérogative.

Un péristyle porte avec lui un caractère de grandeur et de magnificence : ainsi , 1“ on ne peut l'adapter avec convenance qu'aux édifices qui doivent avoir les mêmes caractères; 2* il est ridicule de lui donner de trop petites dimensions: on trouve rarement des péristyles antiques dont les colonnes aient moins de trois pieds de diamètre ; 8" les matériaux devraient être, par leur beauté et par leur bonté, en harmonie avec la richesse et la somptuosité inhérentes au péristyle.

Les colonnes et les architraves de la plupart des péristyles antiques sont en granité ou en marbre , monolithes, ou bien composées d'un petit nombre de blocs. En effet, ne serait-il pas inconvenant d’employer des matériaux de petite dimension, dénués de force et de beauté, pour former le plus riche élément dont l’architecture puisse disposer? Ou est obligé de remarquer ee contre-sens blâmable dans tous les édifices de Paris qui sont décorés de péristyles.

Les colonnes de ces péristyles sont formées par une multitude d'assises qui n'ont pas un pied et demi de hauteur , et rarement chacune de ces assises est composée d'un seul bloc. Les architraves, qui, surtout, demandent d'étre monolithes, résultent au contraire d'une multitude de claveaux , formant une voûte plate , qui ne pourrait se soutenir sans le secours des crampon» , des goujons , dés tirant t de fer employés avec profusion. Peu de temps après leur construction, les pierres prennent des teintes irrégulières , qui produisent , auprès des joints , des raies plus ou moins noires qui décèlent la petitesse des matériaux, lesquels, d'ailleurs, sont très-sujets à être dégradés par l'humidité et par la gelée. Ces péristyles présentent donc un contraste frappant de magnificence et de mesquinerie, de richesse et de pauvreté.

Si les architectes veulent faire usage de péristyles, rien de mieux; mais qu’ils pensent auparavant à se procurer les matériaux convenables! cl heureusement la France est assez riche en grandes et en marbres pour ne pas les laisser au dépourvu. Mais la dépense sera plus forte , dira-t-on. Quoi ! répondrai-je , vous ne pouvez dépenser, et von» voulez déployer une haute magnificence! Dans ce cas, écoulez plutôt les sévères conseils de la raison, qui vous dit de proportionner vos productions à vos moyens; et si vous avez du génie, vous pourrez vous faire honneur, même en renonçant à une somptuosité déplacée.

Mais s’agit-il d'un grand monument qui ait une destination noble et élevée, alors l’objection de la plus grande dépense deviendra d'autant plus frivole que l'architecte pourra presque toujours, en suivant l'exemple des Romains, faire usage, soit dans la construction des murs, soit dans celle des voûtes, de matériaux de petite valeur, qui, employés convenablement , formeront des constructions aussi solides qu'économiques, et qui probablement offriront une compensation plus que suffisante à l'excédant de dépense qu’occasionnera l’approvisionnement du marbre ou du granité pour les colonne* et pour les entablements.

D'ailleurs, lorsque nous construisons des monuments, ne devons-nous pas avoir en vue la postérité? ne devons-nous pas avoir la noble ambition de transmettre à des siècle» éloignés les preuves palpables du haut degré de prospérité et de civilisation à laquelle la France est parvenue? Mais nous ne parviendrons pas à ce but désirable si nous n'adoptons

des modes de constructions qui puissent donner à nos édifices autant de solidité et d’inaltérabilité qu'en ont eu les monuments antiques, qui, pendant vingt siècles, ont bravé les insultes du temps et des barbares.

Les colonnes et les pilastres encaissés , qui forment l’architecture en relief, n'ont ni la beauté ni la magnificence des colonnes isolées: mais on peut, en bien des cas, employer ce genre d'architecture avec autant d’utilité que de convenance. Il no fout cependant jamais perdre de vue que l'architecture en relief , de même que les périitylm, forme partie intégrante des édifices. Les parties en relief représentent les chaînes horizontales et verticales qui constituent la carcasse de l'édifice, et qui conséquemment doivenl être composées de matériaux solides et soigneusement appareillés; le surplus du mur, n'étant qu’un remplissage, pourrait être supprimé sans que la solidité de l’édifice en souffrit notablement. Ainsi l’architecte doit regarder l'architecture en relief non comme un objet de simple décoration , mais d'utilité, et régler ses plans d'après ce principe fondamental.

Ce genre de construction n’exclut point l'emploi des pierres de taille de médiocre dimension et de forme moyenne.

Quel que soit l'emploi des ordres d'architecture , il faut leur conserver les formes et les proportions principales qu'on observe dans les beaux monuments grecs et romains, et qui ont été consacrées par l'assentiment unanime des artistes, depuis la renaissance des arts jusqu'à nos jours; les architectes qui ne les ont pas assez respectées n'ont produit que des ouvrages défectueux dont la réputation a disparu avec la mode capricieuse qui les a fait naître.

Les proportions dont nous parlons n'ont été fixées qu'après un long tâtonnement. Les premiers constructeurs, craignant que leurs édifices n'eussent point assez de force, don nérent aux colonnes une hauteur médiocre en comparaison du diamètre ; on essaya ensuite de leur donner progressivement plus de légéreté. C'est ce que nous voyons, en effet, en passant en revue les monuments antiques. La grandeur du diamètre des colonnes, jointe à une petite élévation, est, parmi les indices d’une haute antiquité, un des moins équivoques.

Les colonnes des monuments égyptiens ont une hauteur qui varie depuis 3 diamètres jusqu’à 4 ï, et ce diamètre varie également depuis 3 pieds jusqu'à 10 {. Quelques-unes de ces colonnes sont rondes et lisses; d'autres à pans en forme de faisceaux. Rarement ces colonnes sont de granité; presque toutes celles qui restent sont en blocs de grès disposés par assises.

Les plus anciennes colonnes grecques n’ont que 4 ou 5 diamètres de hauteur. On trouve à Corinthe un très-ancien temple dont les colonnes ont la première de ces deux proportions; et on trouve à dix lieues d’Athènes, dans un endroit nommé Thoricion, un autre temple qui offre un exemple de la seconde proportion. Les colonnes du temple d'Apollon , à Dclos, moins anciennes, ont 6 diamètres de hauteur; celles du fameux Parthénon et du temple de Thésée , à Athènes , ont la même proportion. Ces deux temples magnifiques ont été construits dans le plus beau siècle de la Grèce , du temps de Périclès. Presque tous les eutablements doriques des temples grecs ont plus que le quart de la hauteur de l'ordre. Ces colonnes n’ont point de base et sont la plupart cannelée t. On a attribué aux cannelures des origines très-bizarres. Nous croyons qu'elles dérivent, tout simplement, de la méthode dont les tailleurs de pierre font usage ordinairement pour arrondir les colonnes. Ils tracent sur les deux bases opposées, après les avoir convenablement dressées, deux polygones réguliers qui se correspondent ; puis ils tirent, le long du bloc , des lignes droites qui partent de chacun des angles du polygone inférieur

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et vont à ceux du polygone supérieur : ces lignes dirigent la taille, de sorte qu'une colonne ébauchée présente , sur sa surface convexe , autant de facette « que les polygones ont de côtés ; ce sont ces facettes qui ont été transformées en cannelures , en les approfondissant. Les colonnes du temple d'Apollon, à Délos, présentent , au pied et au sommet, des indications de cannelures presque plates, qui ne sont pas continuées le long des colonnes.

Les Romains augmentèrent les proportions de l'ordre dorique ; Vilruve assigne à la colonne 7 diamètres de hauteur, et l’ordre dorique du théAtre de Marcellus, qui a servi de modèle à Vignole, a 8 diamètres : ils altérèrent aussi les formes et les proportions des autres parties, comme on le voit en comparant les 8g. 2 et 3, pl. VI.

L'ordre ionique , qui prit naissance dans l'Asie mineure, eut, à son origine, des colonnes de 8 diamètres de hauteur; on les rendit ensuite plus élancées , et on leur donna 8 diamètres et demi , et ensuite 9.

Les colonnes de l'ordre corinthien, qui est le plus délicat de tous les ordres, n'eurent d'abord que 8 diamètres et un quart; on leur donna ensuite 10 diamètres, et même 10 diamètres et demi. L'entablement est ordinairement la cinquième partie de la hauteur totale de l'ordre.

Dans un péristyle, il est essentiel que les colonnes ne soient ni trop rapprochées, ni trop éloignées : le premier défaut nuit à la solidité; le second augmente la dépense et gène la circulation entre les colonnes.

Vitruve admet les cinq espèces d'entre- colonnemetU» désignées dans le tableau suivant :

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