OUVERTURE DES TOUTES
y où te* à berceau.
Les voûtes à berceau , lorsqu'elles ne sont point interrompues par des lunettes, ont plus de régularité et plus de majesté que les voûtes à arêtes et que celles à ares de cloître; aussi doit-on les préFérer pour les édifices dont une des conditions premières est la magnificence. Ces voûtes se prêtent à une décoration symétrique, qui est d'aulant plus satisfaisante , qu'elle allège la masse de la voûle sans en diminuer la solidité. Celle décoration dans les plus beaux monuments de Rome est formée , ainsi que les fig. 2 , 6, 7, pl. VII, l'indiquent, par des compartiments carrés qui laissent au milieu des renfoncements dans lesquels on place ordinairement des rosaces. On donne le nom de caixioug à ces compartiments.
Pour qu'ils produisent un effet satisfaisant, il faut qu'ils ne soient point trop multipliés, et que le renfoncement soit assez profond pour produire des ombres bien prononcées. Les rangs des caissons doivent être en nombre impair pour qu’on d’eux corresponde exactement au sommet de la voûte. Dans les édifices les mieux proportionnés, le nombre de ces rangs est de neuf ou onze pour les plus grandes voûtes, et de cinq ou sept pour les plus plus petites; un plus grand nombre produit confusion, et rend les caissons mesquins; un plus petit les fait paraître plats et disproportionnés.
Le compartiment que nous venons d’indiquer est le plus pur et le plus régûlier que l’un puisse adopter. Mais comme la variété plaît toujours , les architectes sont souvent obligés d’en choisir quelques autres, dont voici les plus convenables :
1* Le compartiment à octogones réguliers (pl. VII, fig. 3). On voit que les octogones sont entremêlés régulièrement de petits lozanges.
2" Le compartiment à hexagones réguliers (fig. 4), dont tous les côtés se. touchent.
3“ Le compartiment à lozanges (fig. 5). Il est évident que tous les angles des lozanges doivent se trouver sur des lignes droites parallèles à l’axe longitudinal de la voûte.
4“ Le compartiment carré entouré de parallélogrammes allongés (fig. 8). Celui de la grande nef de Saint-Pierre, à Rome, est de cette espèce.
Souvent on réunit dans un scid cadre un certain nombre de caissons pour y insérer un bas-relief ou une peinture (fig. 7); et quelquefois, dans les compartiments des archivoltes (fig. 9), on entremêle alternativement deux caissons et un bas-relief oblong ou carré.
Nous ne donnerons point ici tous les autres compartiments plus ou moins bizarres , plus ou moins irréguliers, dont les décorateurs ont fait en tout temps un étrange abus.
Lorsque les voûtes à berceau se profilent sur les deux murs des extrémités, et que la disposition de l'édifice permet de laisser ouverts les demi-cercles qui y correspondent (fig. g), l'intérieur sera convenablement et régulièrement éclairé; mais si cela ne se pouvait pas, on pourra conserver toute la régularité à la voûle, en y pratiquant des ouvertures carrées dans le haut, comme on le voit, a Rome, dans la magnifique galerie du Musée , que le pape régnant a fait construire. Ces ouvertures , qui sont couvertes de glaces, ne dérangent nullement le compartiment régulier de la voûte; car leurs cadres occupent la place d’un nombre déterminé de caissons.
La naissance des voûtes à berceau qui couvrent un grand édifice , doit ( pl. IX , fig. 1) s’élever au-dessus de la corniche autant qu'il le faut pour empêcher que la saillie de celte corniche n’en dérobe une partie à la vue du spectateur; mais il faut éviter de donner au soubassement sa, que l'on place entre la corniche et la naissance de la voûte, une élévation disproportionnée, comme ou l'observe dans plusieurs églises de Paris.
I.cs voûtes à berceau , lorsqu’elles sont ouvertes des deux côtés comme les arches de ponts, exercent également leur poussée sur toute la longueur des murs qui les soutiennent. Mais si elles sont terminées aux deux extrémités par des murs qn'on appelle murs de pignon, dans lesquels la voûte est reliée, il est évident qu'alors l’effet de la poussée est diminué par cette liaison , tandis que la résistance des murs latéraux est augmentée par leur union avec les murs de pignon; de sorte qu'ils auront d'autant plus de stabilité, que les murs de pignon seront plus rapprochés.
Par ce motif, l'épaisseur qui convient aux pieds-droits isolés est trop forte pour ceux qui sont réunis à des murs de pignon ; et dans ce cas, on peut la diminuer proportionnellement à la distance entre ces murs, en se servant de la méthode de M. Rondelet, analogue à celle que nous avons déjà exposée page 78. Ainsi, après avoir fixé l'épaisseur des pieds-droits, en les supposant isolés, on portera celte épaisseur ( pl. VIII fig. 13) de b en i sur la diagonale bd d'un des murs latéraux, on abaissera une perpendiculaire il du point i, et l'épaisseur réduite al sera celle que l'on donnera aux murs qui doivent supporter la voûte.
Quaud on a une suite de voûtes ou d'arcades en berceau, les pieds-droits intermédiaires sont soumis à deux poussées qui, étant égales et opposées, s’entre-détruisent; de sorte qu’on pourrait strictement se limiter à donner à ces supports l'épaisseur nécessaire pour ne pas être écrasés par la charge verticale qui les surmonte. Mais la poussée n'est point contre-balancée sur les supports des extrémités; de sorte qu'il faut que ceux-ci aient nécessairement toute l'épaisseur que cette poussée exige.
Dans la construction des ponts, plusieurs ingénieurs veulent que toutes les piles aient l'épaisseur nécessaire pour résister à la poussée. D'autres, pour économiser les matériaux et diminuer les causes des affouillements, préfèrent réduire l'épaisseur de celles intermédiaires, aux dimensions purement suffisantes pour supporter le poids des voûtes. Dans ce cas, ils donnent aux piles une épaisseur double de la hauteur de la clef. Cette méthode exige d'excellents matériaux et une plus grande dépense pour les cintres, parce que l'on est obligé de soutenir toutes.Ies voûtes en même temps.
Les voûtes surhaussées , c'est-à-dire celles dont la courbure a plus de hauteur que le dcmi-ccrclc, produisent une moindre poussée que les voûtes à plein cintre; mais comme leur forme n'est point agréable à la vue, on ne doit l'employer que dans les endroits non apparents ou bien dans les cas où des raisons majeures de solidité et d'économie l'exigeraient.
Il est reconnu que de toutes les formes que l'on puisse donner aux voûtes surhaussées , il n'en est aucune plus solide et dont la poussée soit moindre que celle (pl. IX, fig. 7) formée, à l'instar des voûtes gothiques, par deux arcs de cercle ab, bc qui se coupent au sommet.
Le cintre le plus solide pour les voûtes surbaissées est celui formé par un seul arc de cercle ; aussi les anciens l'ont-ils péféré dans leurs constructions , comme on en voit des exemples dans les thermes à Rome : plusieurs grands maîtres italiens l'ont adopté. A Saint-Pierre de Rome, les voûtes de communication des bas-côtés étant surbaissées, ont cette forme. On reproche à ce cintre de former des angles mixtilignes à la naissance des voûtes; mais on peut les masquer par la saillie d’une corniche.
Après l’arc de cercle simple, l'ellipse mérite d'élrc préférée aux autres courbes; car elle réunit la solidité à la régularité , et peut servir pour toutes les hauteurs de cintre.
Les constructeurs emploient ordinairement une espèce de courbe composée de plusieurs arcs de cercle, à laquelle ils donnent le nom d'ovale ou d’anse de panier.
La fig. 17, pl. XX, indique un ovale compose de quatre aies de cercle. On divise le grand diamètre eu trois parties égales aux points p et g; ces points servent de centre pour décrire les deux circonférences qui se coupent en o et n. Les points o,p, g, h sont les centres qui servent à décrire les arcs ob, bd, cf, fd.
Voici une autre métliodc facile qui est souvent usitée (fig. 18). Après avoir tracé un demi-cercle avec BC comme rayon , du point C tirez la corde CM' capable d'un angle de 60 degrés; et du point M' conduisez la corde M B’ qui contiendra 50 degrés; puis menez DM parallèle à 1)'M', et MO parallèle à MB, les points d'intersections K et 0 seront les centres de l'ovale.
Lorsque la nature d'un édifice exige que l'on sacrifie la régularité à des raisons de solidité ou d’économie, on peut employer ulUemeut les lunettes pour faire l’office d'arcs de décharge, et détourner la poussée vers certains points que Ton sera maître de déterminer : alors on fortifiera convenablement ces points; et, le restant du mur n'étant plus que remplissage , son épaisseur pourra être très-Umilée.
Voûtes d’arête.
Une voûte^d'arête concentrant sa poussée sur quatre piliers angulaires (pl.VlII,fi.l8), tend à les renverser avec une force plus grande que celle qu’un berceau d'égal diamètre exerce sur ses pieds-droits; elle est la résultante des poussées latérales des berceaux qui composent la voûte.
Les Romains ont fait usage des voûtes d'arête pour couvrir les grandes salles qu'ils nommaient hérédi té amplissimœ , comme un le voit dans les thermes de Dioclétien et de Caracalla, et dans le temple de la Paix.
La fig. 4, pl. X, indique le plan de ï/iexedra amplissimn des thermes d'Autonin Caracalla, et la fig. 5 le plan du temple de la Paix, qui , autrefois . était Yhexedra ainplissima de la maison dorée de Néron. On voit dans ces deux plans que les anciens avaient la précaution de soutenir la retombée des voûtes d'arête par des colonnes ce, co placées en avant des murs , afin d'augmenter leur résistance et de diminuer le diamètre des voûtes. Ces colonnes étaient en marbre et monolithes : une de celles du tenqite de la Paix a été transportée et érigée sur la place de Saintc-Maric-Majeure. Voici les principales dimensions du temple de la Paix (fig. 3). La voûte d'arête du milieu, qui était revêtue d'ornements en stuc doré, avait 78 pieds de largeur et 240 de longueur. Les trois voûtes à berceaux VVV, de chaque côté, avaient chacune 71 pieds de largeur et 51 de renfoncement; les murs bb qui les séparaient avaient 10 pieds 4 pouces, et les murs dd des extrémités , 14 pieds. Les colonnes ce avaient 5 pieds 8 pouces de diamètre.
Toutes les voûtes gothiques sont à arêtes. Elles sont composées de nervures en pierres de taille, qui se croisent et qui marquent les arêtes. Les nervures an (pl. IX, fig. 8), qui vont directement d'un support à un autre, et qui forment les arcades, se nomment arcs doubleaux ; celles qui suivent la direction des diagonales bb prennent le nom d'ogives; les intermédiaires dd s’appellent ticrccrons. Les nervures sont combinées de telle sorte qu’elles se soutiendraient quand même les intervalles qui se trouvent entre elles seraient vides; ainsi, la maçonnerie placée dans ces espaces, nommés gx ridants , n'est qu’un remplissage auquel une très-petite épaisseur suffit.
Les nervures (fig. 8) se dirigent toutes vers un centre C, et elles se soutiennent mutuellement, de sorte que l’espace renfermé dans le cercle C n’a pas besoin d’être rempli et reste ordinairement vide, comme ou le voit à Notre-Dame et dans la plupart des églises gothiques.
On peut aussi introduire dans ce trou un long bloc qui ne supi>orte aucune pression.
Ce bloc descend plus ou moins, et on lui donne les formes les plus tarifes: il se nomme cbf pendante. On peut y imposter des nervures à jour qui vont se réunir aux principales, ainsi que les monuments gothiques le démontrent. Les clefs pendantes ne sont qu'nn ornement frivole dont l'unique mérite est d’étonner le vulgaire, et qui ne présenle ni utilité ni beauté réelle.
il n'en est pas ainsi des parties principales des églises gothiques, qui sont disposées ordinairement avec beaucoup d'intelligence.
Là fig. 2, pl. X , représente le plan de Notre-Dame, et la fig. 1 celui de la cathédrale de Milan. On voit par ces plans que les arêtes multipliées des voûtes rejettent la poussée sur les piliers isolés et sur les murs; mais que ces piliers se trouvant sollicités par des poussées opposées qui se contre-balanccnt en tout ou en grande partie , n'ont guère que le poids vertical à supporter, lequel est réduit au minimum possible. Ce ne sont donc que les murs extérieurs qui résistent à une poussée réelle; niais comme elle est concentrée sur les points qui font face aux piliers intermédiaires, il suffit de consolider convenablement ces derniers on de les relier en bas par une portion de mur peu élevée, et en haut par une arcade : tout le reste pentétre à jour sans inconvénient.
La théorie indique que le poids d’un pilier ajoute à sa stabilité ; voilà pourquoi on élevait au-dessus, des obélisques, comme on le remarque principalement à la cathédrale de Milan. Ordinairement la nef du milieu s’élève jusqu'au comble, mais celles des bascûtés n'arrivent guère qu'à un tiers de cette hauteur ; une galerie est pincée au-dessus et s'élève jusqu'au second tiers, et le dernier tiers est formé par de grandes fenêtres garnies de vitraux. Ainsi les voûtes des chapelles étant de niveau avec celles des basoûtés, n’arrivent extérieurement qu’au tiers de la hauteur du bâtiment; les voûtes des galeries surmontent d'autant ce niveau ; et enfin le mur de la nef s'élève encore d’autant, de sorte que l’édifice présente à l'extérieur une forme pyramidale favorable à la solidité, laquelle est augmentée par les arcs-boutants qui partent de dessus les murs des chapelles , et appuient leurs arcs rampants contre les murs, soit de la grande nef, soit de la galerie.
A Notre-Dame (fig. 2), les piliers ronds rrrr du milieu des bas-côtés ont le neuvième de la largeur, qu'ils divisent en deux entre les nus des colonnes. Les piliers ppj>p de la nef ont le dixième de sa largeur, et les murs mmtnm des chapelles ont en longueur la moitié de la largeur de la nef.
Les piliers pppp (fig. 1) de la cathédrale de Milan ont, de diamètre, le tiers de leur distance prise de milieu en milieu , et un sixième de la largeur de la nef; l’épaisseur des murs , compris les contre-forts, est un tiers de cette largeur.
La plupart des églises gothiques et modernes à voûtes d’aréte ont la largeur de la grande nef double de celle des bas-célés , et les piliers qui la soutiennent ont une épaisseur qui varie entre le sixième et le huitième de ccttc largeur.
Voûtes à arcs de cloître.
Les Italiens nomment cette espèce de voûte (pl. VIII , fig. 20 et 21) voila a conca; elle est très-convenable pour les salles voûtées dont la longueur ne surpasse pas le double de la largeur; elle se prête parfaitement à une riche décoration : le milieu peut recevoir un grand cadre peint; et plusieurs autres cadres de diverses formes et de moindres dimensions peuvent être distribués tout autour et être entremêlés de festons, de rinceaux et d'arabesques.
Cette espèce de voûte produit, à égalité de circonstances, moins de poussée que le berceau, et moins encore que là voûte d'arélc. En effet, les parties qui la composent
(l>l. VIII , fi;;. 17) ont une forme triangulaire dont la base repose entièrement sur le mur qui lui sert de support, et elles diminuent progressivement de volume en s'élevant, de sorte qu'elles présentent une petite masse là où la poussée est produite, au lieu que, dans la voûte d'aréte, la partie triangulaire ne repose que sur un angle, et la masse se dilate et augmente en s'élevant.
les quatre portions qui constituent une voûte en arcs de cloître se relient et se soutiennent mutuellement , de telle sorte que si la longueur de la voûte n'excède pas la largeur, la poussée devient très-médiocre.
Néanmoins on doit observer que le plus grand effort se faisant vers le milieu des côtés, il faut éviter, autant que l'on pourra, d'y faire correspondre des ouvertures d’aucune espèce.
La poussée des voûtes polygones à arête rentrante est d'autant moindre comparativement à celle des voûles à arcs de cloître, que le polygone a un plus grand nombre de Côtés, de sorte que la voûte qui a le moins de poussée est la sphérique ou le cul-de-four à base circulaire. Celte dernière espèce a la propriété de pouvoir être construite sans être soutenue par un cintre, et de pouvoir conserver à son sommet une ouverture plus o u moins grande, sans que la solidité de la voûte en souffre.
y m't tes plates.
Les voûtes plates en pierres de taille ne sont employées généralement qne pour les plates-bandes des portes ou des croisées, et pour les architraves des colonnades. Celles destinées à couvrir un espace . sont faites ou en poteries creuses soutenues par des armatures en fer. comme nous l’avons dit pag. 101, ou bien ce ne sont que des solives parallèles peu éloignées l’une de l’autre, et dont les intervalles sont remplis de maçonnerie. Les Egyptiens composaient leurs voûtes plates d'énormes blocs soutenus par de grosses colonnes peu éloignées et placées à égale distance entre elles , comme les arbres d'un quinconce.
Les Grecs et les Romains formaient presque toujours les architraves des colonnades de blocs assez grands pour que leurs extrémités reposassent immédiatement sur le milieu de deux colonnes correspondantes. Quelquefois, cependant, ils ont formé celte portion d'architrave de trois pièces, ainsi que la tig. 22, pl. IX, l'indique, et où l’on remarque que les surfaces des joints ont des tenons a (fig. 23) qui entrent dans les mortaises d'égale forme, creusées dans les pierres latérales ; on remarque en outre que h portion inférieure b des joints est verticale, et que la supérieure est inclinée. Cette disposition, aussi solide qu'ingénieuse, forme , des trois blocs, une seule masse exemple de poussée. An théâtre de Marcellus, à Rome , les plates-bandes qui soutiennent les retombées des voûtes du second rang des portiques, sont disposées ainsi que nous venons de l'indiquer.
En France, où trop souvent on a abusé des ressources de ta Stéréotomie au détriment de la belle Architecture, les architraves de la plupart des colonnades sont composées d'un nombre plus ou moins grand de voussoirs (1), qui ne se soutiennent que par l'intermédiaire des armatures et des crampons en fer. Cette méthode vicieuse, que l'on est affligé de retrouver dans les plus beaux monuments de la capitale, ne serait tolérable que dans la stipimsilion que la France fût dépourvue de matériaux pour former les architraves monolithes, où tout au plus de trois pièces, à l’imitation des anciens et des Italiens ; tuais cette supposition ne |teut être admise en aucune manière, puisqu'il est
(I) Les voussoirs des voûtes plates se nomment ordinairement claveaux.
constaté que la France possède plus de deux cents carrières de marbres . sans compter celles de granités , qui sont en grand nombre. On ne peut donc attribuer l'usage constant de celte méthode , aussi contraire à la solidité qu'à la magnificence dans les monumenls publics , qu’à l'incurie et à la pratique routinière des architectes.
Si cependant l'usage des plates-bandes appareillées , c’est-à-dire composées de plusieurs voussoirs, doit être proscrit lorsqu'il s'agit d'ériger de grands monuments qui devraient être transmis à la postérilé , on peut s’en servir dans les constructions moins durables, et dont Icconomie est la condition première.
Si l'on fait un modèle de voûte plate appareillé, en marbre poli, on verra qu'elle ne peut se soutenir par elle-même, quelle que soit l'épaisseur des pieds-droits. En effet, les efTorts qu'exercent réciproqucmert les voussoirs d’une voûte quelconque par suite de leur pesanteur, ne peuvent se correspondre si les surfaces des joints ne sont pas perper. diculaires à l'intrados, et si conséquemment elles ne font pas des angles droits. Mais quand les joints font des angles inégaux plus ou moins aigus, il en résulte que les efforts ne se correspondront pas, comme on peut le juger ( pl. IX , fig. 16) en tirant des perpendiculaires aux joints ; dans ce cas , une portion de la pression exercée par quelques-uns des voussoirs tend à faire remonter les autres, de manière que, s'ils ne sont reliés entre eux, la voûte devra s'écrouler. Les voûtes planes horizontales sont dans ce cas; car, pour que les pierres puissent se souleuir mutuellement, il faut (fig. 16) leur donner la forme de coin , et incliner tous les joints vers un même point c ; ainsi les angles qu'ils forment sont inégaux.
Pour remédier à ce défaut , il faudrait tirer du point c deux arcs concentriques, dont l'un parte du point r et l'autre du point m, et prolonger les voussoirs jusqu'à la rencontre de l’arc supérieur. Alors la portion comprise entre les deux arcs serait la véritable voûte; le surplus servirait seulement à donner une forme plane à l'intrados; et l'on pourrait, sans inconvénient, tailler perpendiculairement la portion de ces joints compris dans le dernier espace.
Au lieu de donner une forme courbe à l'extrados d’une plate-bande appareillée, on peut (fig. 24 . pl. IX) se limiter à donner aux voussoirs une longueur progressivement plus grande jusqu'à la clef, et lesdisposer par échelons. Plusieurs architectes, à l'exemple de V ignole , se sont servis , en pareil cas, de cet appareil à crossetle.
Si la disposition de l'édifice exige que l'extrados des plates-bandes soit une surface plane parallèle à l'intrados, il faudra alors relier les voussoirs de manière qu'aucun d'eux ne puisse remonter, tandis qnc les autres tendent à descendre.
Le moyen le plus simple, lorsque les voussoirs sont en petit nombre et formés de pierres fortes, est d'insérer dans les joints des cailloux ou de petits cubes en lozange (pj. IX, fig. 29), aiusi que Philibert Delorme le conseille.
Dans les pays où la pierre a beaucoup de consistance, on fait les joints des platesbandes à crossettcs (pl. IX, fig. 28). Ce moyen a l’avantage d'éviter la forme de coin. Il ne faut pas cependant faire les crossclles trop grandes ; il n'est pas nécessaire de leur donner plus de 2 ou 3 pouces , et il faut que la partie au-dessous soit au moins deux fois plus grande que la saillie.
Dans les endroits où la pierre n’a qu'une force médiocre, comme à Paris, et où l'on est obligé de multiplier le nombre des voussoirs lorsque les plates-bandes ont une étendue notable, il faut nécessairement avoir recours aux armatures de for.
Les plantes-bandes de la colonnade du Louvre (pl. IX, fig. 13) sont composées d'un double rang de 'claveaux en liaisons, dont l'un correspond à l'architrave et l'autre à la frise. Ces claveaux soûl eulrclcnus par deux chaînes ou tirants de fer arrêtés à des
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ancres qui forment le prolongement de l'axe des colonnes, tes claveaux sont réunis par des goujons en forme de Z : un tirant perpendiculaire à la plalc-bandc la retient au mur.
Les plates-bandes de Saint-Sulpice (fig. 14, pl. IX) sont formées de deux rangs de claveaux, dont les joints se correspondent. Les claveaux du rang inférieur sont traversés par des barres de fer horizontales.
Ces barres, de deux voussoirs en deux voussoirs, sont soutenues par des étriers qui s'accrochent à d'antres barres placées sur l'extrados. Le second rang de claveaux est surmonté d'une armature en fer : quatre étriers réunissent celle armature aux barres du rang inférieur.
Au portique de Sainte-Geneviève (pl. IX , üg. 15) les claveaux des plates-bandes ont un arc évidé au-dessus. Les claveaux sont suspendus par deux rangées de goujons ou forme de T, dont les têtes sont cnBlécs dans un tirant tt, arrêté aux, ancres, qui s'élèvent perpendiculairement au-dessus des colonnes. Des deux cêtés de l'arc A sont pincées des barres verticales bb, auxquelles sont accrochés des étriers cc, qui supportent les claveaux du milieu BB, qui sont réunis par un fort boulon dd.
Dans cc système, qui est dû ii Rondelet, les poussées des arcs et des plates-bandes se délruisent mutuellement ; car il est évident que les plaies-bandes ne peuvent agir sans rapprocher les premiers voussoirs des arcs nuxqucls elles sont suspendues, tandis que, d'un autre cûté, ces arcs, chargés d’une partie du poids des plates-bandes, ne peuvent céder à cet elfort sans soulever les plates-bandes auxquelles sont accrochés les étriers, qui empêchent les premiers voussoirs de s'écarter..
« D'après cc procédé, dit Rondelet, on aurait peut-être pu diminuer beaucoup le nombre des fers employés à celte construction , tels que les T, les barres qui enfilent, et les élriers marqués nn. Il suffisait de quelques goujons scellés dans des joints, afin d’empêcher les claveaux de glisser ou d'agir comme des coins. »
Coupoles ou dômes.
S'il est vrai , comme la raison semble le persuader, que toutes les parties d'un édifice doivent avoir un but déterminé , ou de solidité , ou de convenance, dans ce cas les coupoles devront être considérées comme des superfétations aussi inutiles que dispendieuses; elles ne servent qu'à détruire la simplicité et l’unité que l'on admire dans les beaux monuments de la Grèce et de Rome.
Cette invention , née dans des temps barbares , conserve encore , quoique embellie , le caractère de son origine ; elle surprend le vulgaire , mais elle ne satisfait point l'homme de goût.
Ressouvenons-nous de ne pas confondre les coupoles avec les voûtes sphériques simples. Ainsi le comble du Panthéon de Rome n’est point une coupole, mais une simple voûte sphérique superposée à des murs circulaires de même diamètre.
La première coupole fut celle de Sainte-Sophie, à Constantinople, érigée dans le sixième siècle, par ordre de l’empereur Justinien. Cette grande coupole, qui a 108 pieds de diamètre, repose sur quatre arcs, soutenus par de gros piliers. Sainte-Sophie servit de modèle à l’église de Saint-Marc, à Venise, bâtie dans le neuvième siècle et réédifiée dans le onzième; cette église a cinq coupoles, dont la pins grande a 45 pieds de diamètre.
La plus considérable de toutes les coupoles est celle de Saint-Pierre à Rome, qui a intérieurement 127 pieds de diamètre.
La voûte d’une coupole doit avoir intérieurement une forme hémisphérique ; mais, si elle conservait cette forme à l’extérieur, on ne la distinguerait presque pas, à cause de
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sa grande élévation. Voilà pourquoi on a imaginé de renfermer cette voûte dans une plus élevée, comme la fig. 7, pl. VIII, l’indique.
Les premières coupoles doubles que l’on connaisse sont celles de Saint- Marc, dout nous venons de parler. Vient ensuite celle de la cathédrale de Florence , qui fut érigée au commencement du quinzième siècle, par le célèbre Bruuéleschi. Cette grande voûte octogone a intérieurement ISO pieds de diamètre.
Ainsi une coupole résulte ordinairement de deux voûtes réunies à leur base, dont une , hémisphérique, doit être vue au dedans, cl la seconde , elliptique ou parabolique, doit être vue au dehors. Il suffit que la première soit en maçonnerie; le seconde peut être fermée par des cintres en planches, qui supportent une couverture en plomb, comme le sont les coupoles de Venise.
Les coupoles des Invalides et de Sainte-Geneviève, à Paris , sont triples. La première est hémisphérique, à l’ordinaire, et a une grande ouverture circulaire dans le milieu. La seconde n’a point d’ouverture à son sommet; mais seulement des fenêtres dans son pourtour inférieur, qui, sans être tues, répandent de la lumière dans le haut, qui est peint. Enfin la troisième est celle qui doit être vue extérieurement; celle-ci a aussi des fenêtres, pour que la lumière puisse s'introduire entre les deux premières.
Le tambour des coupoles est entouré de colonnes qui sont ou accouplées, comme à Saint-Pierre à Rome, ou bien distribuées à égales distances, comme à Saint-Paul à Londres , ou à Sainte-Geneviève à Paris. Enfin la coupole est surmontée par une autre plus petite coupole, à laquelle on a donné le nom de lanterne.
Nous croyons inutile d’exposer de plus amples détails sur cette espèce de construction, qui nous parait essentiellement vicieuse et superflue.
Voûtes postiches.
On apjiclle ainsi des voûtes fermées par des cintres en planches ; d'autres planches sont clouées à plat sous ces cintres, et ferment l'intrados de la voûte, que l'on peut couvrir de peinture et d’ornements légers en relief.
Les anciens faisaient usage de ces sortes de voûtes. Vitruve les décrit (liv. VII, chap. 3).
« Si l’on veut , dit-il , figurer des voûtes dans les chambres, on les forme avec des courbes ou cintres de planches, qu’on place per]icndiculairement îi la distance de deux pieds l’un de l'autre; on les fixe au plancher ou au toit, il l’aide de liernes reliées par des chevilles de fer. Ces liernes seront fermées d’une espèce de bois qui ne soit point sujet b se corrompre par l’humidité, ni à se déjeter et à se tordre.
« Les courbes étant placées, on altarhc à leur partie inférieure des cannes grecques avec des cordes de jonc ou de sparte d’Espagne ; on recouvre ensuite de mortier le dessus de la superficie formée par ces cannes, et cela pour les garantir des gouttes d’eau qui pourraient tomber des planchers ou des toits qui les soutiennent.
« On peut substituer de jeunes roseaux de marais aux cannes grecques ; on réunira ces roseaux par des liens qui ne soient pas à plus de deux pieds de distance les uns des autres, et on les arrêtera aux courbes avec des cordes de jonc et des chevilles de bois.
« Ces voûtes étant ainsi garnies de cannes ou de roseaux , on y applique une première couche d’enduit de mortier rude, puis une seconde avec du sable plus tin. et enfin une couche de stuc fait avec du marbre pulvérisé: et l’on polira le tout.
« Les corniflics que l’on placera sous la voûte devront être aussi légères que faire se pourra ; car, si elles étaient trop lourdes , elles pourraient se détacher. Il faut employer à cet usage peu de plâtre, et préférer le stuc de poudre de marbre, de peur que le plâtre
venant à durcir plus promptement que le mortier ou le stuc , l’ouvrage n'eu souffre une dessiccation inégale
« Il faut aussi éviter de faire les mêmes corniches trop saillantes, pour prévenir le danger de leur chute. Le stuc employé dans les salles de réunion où l’on allume du feu et plusieurs lumières, doit être de nature à pouvoir être nettoyé facilement. Les enduits n'auront pas autant besoin de cetle propriété , lorsqu’ils devront être employés dans les appartements d'été, qui ne peuvent être gâtés ni par la suie ni par la fumée. Au reste, l'éclat et la beauté des stucs blancs peuvent être ternis, non-seulement par la fumée intérieure , mais encore par celle des édifices voisins. »
Celte même méthode décrite par Vitruve est encore en usage à Rome, à Venise, et dans presque toute l'Italie.