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CHAPITRE III

Des Planchers et des Combles.

Les planchers sont ordinairement formés de pièces de bois horizontales et parallèles, également espacées, et dont la longueur est égale à la distance , entre les murs qui doivent les soutenir. Ces pièces de bois se nomment solives.

Le meilleur bois pour former les solives est celui qui réunit en lui la force et la légèreté, qui est droit cl nerveux, et dont la texture uniforme n’est pas interrompue par l’insertion irrégulière des nœuds. Le cèdre, le larix, et quelques autres espèces analogues de bois résineux, sont ceux qui remplissent le mieux ces conditions. Aussi les Grecs et les Romains leur ont-ils accordé la préférence, ainsi que le font encore les Italiens.

En effet, la gravité spécifique moyenne des espèces de bois que nous venons de désigner, n’est qu’environ les deux tiers de celle du chêne, et leur force est à peu près égale. Perronct a reconnu expérimentalement que le rapport moyen des résistances horizontales du chêne et du sapin ordinaire est comme 126 à 115; et l’on doit observer que cette qualité de bois résineux est moins forte que le cèdre et le larix. Outre cela , le chêne est plus sujet à se fendre, à se tourmenter, et à devenir cassant, par l’effet de la sécheresse : conséquemment , le chêne ne doit être employé pour former les planchera, que dans le cas où les circonstances locales l’exigent impérieusement.

Si la nécessité veut que l’on fasse usage du chêne, il faut choisir le bois de l’espèce à gros glands, qui est plus léger, plus liant, plus ferme, plus élastique, plus droit, et d’une texture plus uniforme que celui de l'espèce à petits glands.

Quel que soit d'ailleurs le bois que l’on emploie pour former un plancher , il faut : 1“ que toutes les solives soient d’une même qualité de bois , également fort, également droit, également sec ; 2“ toutes les solives doivent être bien dressées , d’un équarrissage égal et très-régulièrement espacées.

L’espacement auquel on donne généralement la préférence, est celui qui rend les vides égaux en largeur aux pleins; dans ce cas, l’expérience a prouvé que les solives de bon bois auront une solidité suffisante, si, étant équarries régulièrement, on leur donne, en longueur, 24 fois leur épaisseur.

Lcsexpérienccs faites par plusieurs savants ayant démontré unanimemeM que les pièces de bois horizontales, engagées solidement par leurs bouts, sont capables de supporter, avant de se rompre, un poids double de celui qu’elles soutiendraient si leurs extrémités

étaient seulement appuyées, il importe donc essentiellement de fixer fortement les deux bouts de chaque solive.

Les anciens, au lieu d'insérer les solives dans les murs, les appuyaient sur des modillons saillants, auxquels des liens métalliques les fixaient inébranlablement. Cette méthode coûteuse a l'avantage de ne pas affaiblir les murs.

Le modernes obtiennent un effet analogue , à l’aide des lambourdes. On appelle ainsi (pl. Il, fig. 9, 10) les pièces de bois aaaa posées de long des murs. Les lambourdes sont encastrées de 3 ou de 4 pouces dans l'épaisseur des murs ; et sont soutenues par des corbeaux de fer scellés à environ 6 pieds de distance les uns des autres.

Les solives sont encastrées dans les lambourdes à queue d’aronde et à recouvrement, ainsi que les figures 9, 10 l'indiquent. Les lambourdes ont ordinairement une largeur égale à celle des solives et un tiers de plus d’épaisseur. Les têtes de solives doivent être solidement chevillées.

Partout où il y a des cheminées on doit laisser un vide B (fig. 7) dans la charpente du plancher. La pièce cc se nomme chevitre, et est assemblée à tenons et mortaises avec des solives <W, dont l’équarrissage doit avoir un pouce de plus dans les deux sens.

Il faut éviter que les solives aient aucun mouvement oscillatoire. A cet effet, lorsqu’elles sont fort longues, on place de distance en distance, dans les vides, les morceaux ee, nommés étrésiUons, que l'on fait entrer de force pour contrebuter les solives. Le meilleur moyen de donner aux planchers toute la fermeté possible, est de remplir tous les intervalles en maçonnerie.

Les planchers ainsi formés se nomment planchers hourdés pleins.

Le célèbre Sansovino a mis en usage, à Venise, une méthode d’affermir les planchers, qui portent encore son nom. On couvre chaque intervalle par de fortes planches posées en long, bien chevillées, et l’on pose dessus un second rang de planches, qui croisent [icrpendiculairement les premières.

Les vides B, qui correspondent aux cheminées , sont remplis par une grande dalle de granité , ou bien par de petites voûtes bandées en briques ou en moellons. A Paris , on se contente d’une maçonnerie en plâtre , soutenue par deux ou trois barres de fer plates et coudées, qu'on appelle bandes de trémie.

Lorsqu'un plancher doit couvrir une chambre ou une salle qui ait une largeur plus grande que la longueur des pièces de bois disponibles, on se sert de poutres , qui ne sont autre chose que de plus fortes solives, que l'on place régulièrement à 10 ou 12 pieds l'une de l’autre, et qui sont destinées à supporter des rangées de solives placées perpendiculairement à la longueur des poutres sur lesquelles reposent leurs extrémités. Les espaces compris entre les poutres se nomment travées. Communément on donne à la longueur des poutres 18 fois leur épaisseur.

Serlio a inventé une combinaison fort ingénieuse pour former des planchers avec des poutres ou des solives qui ne sont pas assez longues pour aller d'un mur à l'autre. Les poutres ou les solives qui composent cc plancher (pl. II, fig. 6) se croisent perpendiculairement et peuvent former des carrés plus ou moins grands à volonté. Chaque pièce repose, d’un côté sur le mur, et, de l'autre côté , elle est assemblée ou à tenon , ou à # mi-bois, sur le milieu d'une autre pièce qu’elle rencontre perpendiculairement. La méthode de Serlio est plus simple, plus solide, plus régulière qu'aucune de celles qui ont été proposées intérieurement pour former les planchers avec des pièces de bois d'une longueur qui ne peut atteindre les deux murs opposés.

En Hollande , on se sert de la méthode indiquée ( pl. II . fig. 5). Les pièces de bois aa

sont posées sur les murs en travers des angles; les pièces bb appuient un de leurs bonis sur le mur, cl sont assemblées de l’autre dans les pièces correspondantes cc; les autres sont réunies enlre elles à tenons et mortaises.

Les pièces qui composent cet assemblage Forment des angles plus ou moins aigus et des compartiments irréguliers : toute la charge du plancher est supportée par le petit nombre de pièces qui reposent sur les murs, tandis que dans le système de Berlin les angles sont droits, les compartiments carrés, et toutes les extrémités du système en long et en large reposent également sur les murs.

La méthode que nous venons d’indiquer a été mise en usage à Paris et modifiée avec plus ou moins de régularité , mais aucune de ces modifications n'est exempte des défauts que nous venons de signaler. Voilà pourquoi nous croyons qu’il est convenable, sous tous les rapports . de donner la préférence au système de Serlio.

Quelques planchers ont été construits sans poutres ni solives ; on les a formés de trois rangs de planches (pl. 11, fig. 4) assemblées à rainures et languettes; ces planches sont posées en travers les unes sur les autres. Des lambourdes qui s’appuient le long des murs, ont une entaille horizontale pour recevoir les extrémités des trois rangs de plauches. On donne à celte sorte de planchers un bombement d’une ligne environ par pied.

Depuis environ 30 ans on construit assez fréquemment à Paris des planchers formés par des armatures en fer, dont on remplit les intervalles par des parallélépipèdes creux en poterie. Les fig. 11 et 12, pl. U, représentent une de ces armatures qui est composée de deux barres ; l’une, courbée en arc , est retenue par l’autre ; les bouts sont assemblés à rodants, comme la figure A l’indique.

Ces barres sont liées entre elles, 1" par des brides ou petites moises , placées à distances égales, qui empêchent que les bandes ne s’écartent; 2” par des poleleU intermédiaires qui interdisent leur rapprochement. Pour un plancher qui a 20 pieds de largeur, on donne à chacune des barres d’une armature 30 ügnes de largeur , sur 1 pouce d'épaisseur, posées du plat; la fiêchc de l’arc est de G pouces.

Les armatures (fig. 12) placées à 4 pieds de distance l’une do l’aulre sont liées entre elles par des barres bb de 18 lignes de largeur sur 9 ligues d'épaisseur, terminées par des crochets qui fixent les grandes barres droites.

Chaque armature est surmontée par un tirant, (fig. 11) en fer plat, fixé, ainsi que la barre droite de l’armature, par un ancre aa à l'extérieur du mur.

Le dessus des planchers doit être eouverl par un pavé en maçonnerie ou par un parquet en menuiserie.

Les anciens ne négligeaient ni soin ni dépense pour donner aux puvés tout l'éclat et toute la solidité dont ils étaient susceptibles. Leurs pavés étaient formés ou de dates en marbre, posées sur un massif continu en maçonnerie, ou bien en béton.

Pavés en béton.

Voici les détails que Vitruve donne, au 1" chap du VII* liv. , sur la construction des airs ou pavés antiques en béton :

•> Le pavé doit-il être construit au rez-de-chaussée? On examinera en premier lieu si v le sol a partout la consistance nécessaire, sans cela il faudra le consolider en le ballant; puis, pour le disposer à recevoir le massif du pavé, il suffira de faire une première couche de maçonnerie en blacaille.

Si le pavé doit reposer sur un plancher, il faudra observer qu’aucun mtir ne se trouve sous sa portée, car si celte partie résiste et que le surplus fléchisse, il eu résultera néccssaircincul des crevasses dans le pavé.

.. Il faut faire attention île ne pas employer (les planches d'une espèce de bois sujet à gauchir et à se tourmenter par l'humidité ; cL quand un ne peut sc dispenser de s’cn servir, il faut les tenir très-minces, et les assujettir fixement par un grand nombre de doux.

« Les planches seront couvertes par un lit de fougère ou de paille pour les garantir des effets caustiques de la chaux; dessus ce lit sera placée la première couche, appelée tlatumen ; elle sera formée avec des pierres de grosseur à pouvoir être contenues dans la main. La seconde couche, qui sc nomme rudus, sera composée de béton, formée avec des recoupes de pierres , lesquelles , si elles sont neuves , ne veulent dans leur mélange qu'un tiers du volume en chaux ; et si elles sont vieilles , elles en veulent les deux cinquièmes. Celte couche doit être battue cl comprimée avec des battes en bois jusqu'à rc que le massif soit réduit aux •} de son é|>aisseur primitive, qui était d’abord d'un pied.

« La troisième couche , appelée nucléus, doit avoir 6 doigts d'épaisseur , et être composée de trois parties de tuileaux pilés avec une partie de chaux. C’est sur cette troisième couche que l'on pose le pavé, à la règle et au niveau ; ce pavé peut être ou en carreaux ou en mosaïque.

« Le pavé en carreaux, quelle que soit leur forme, triangulaire, carrée, rhomboïde, hexagone, doit être soigneusement frotté à sa .superficie , pour faire disparaître toutes les inégalités et réduire le plan parfaitement lisse.

« Les petits cubes qui composent le payé en mosaïque doivent avoir les angles bien égaux; et pour que leur surface supérieure se trouve daDS un même plan, il faudra les frotter autant qu'il sera nécessaire.

« On fait aussi des pavés à la tiburtine, c'est-à-dire, avec des petites briques posées de champ et disposées eu épi. Il faut que ce pavé soit dressé avec soin à la régie pour qu'il n’y ait ni enfoncements ni saillies; on le recouvre ensuite avec un enduit en mortier de chaux et sable, sur lequel on tamise de la poudre de marbre et on lui donne le poli en le frottant.

•> Si le pavé placé sur un plancher doit sc trouver à découvert, il faut alors apporter encore plus de soin à sa construction , d'autant plus qu'il sc trouvera immédiatement oxposé aux mauvais effets de la gelée et des brouillards; et le plancher éprouvant de fréquentes contractions et dilatations par l’humidité et la sécheresse, pourra s'affaisser, se courber, et endommager le pavé.

• Si la nécessité oblige de construire celte espèce de pavé, les précautions suivantes le rendront moins défectueux. Après avoir cloué une première suite de planches sur les solives, on en posera une seconde en travers, qui sera dûment clouée et chevillée; on posera ensuite la première couche , formée avec deux tiers de recoupes de pierres neuves, un tiers de tuileaux pilés et mélangés avec un volume de chaux égal aux deux cinquièmes du tout. La seconde couche étant posée et inassivée, il faut que l'épaisseur totale ait au moins 1 pied : sur la troisième couche, on fixera des petites cubes d’environ 2 pouces en tous sens. Le pavé doit avoir une pente de 2 pouces sur 10 pieds; s’il est bien exécuté et bien dressé, il ne sera sujet à aucune dégradation. Pour que le mortier qui unit les petits cubes ne souffre point de la gelée, il faudra, tous les ans , avant l'hiver, en imbiber la superficie avec de la crasse d'huile.

> Il est un moyen de donner au pavé une solidité encore plus grande : il consiste à placer entre la seconde et la troisième couche une assise de grandes briques carrées de deux pieds , dont on creusera le contour en farine de canal, et cela pour pouvoir lier fortement l'une à l'autre par l'introduction d'un mastic composé de chaux broyée avec de l'huile. Lorsqu'on mettra en œuvre ces briques, ou rendra leur union parfaite en tes frottant sur les joints finie contre l'autre. Aussitôt que le mastic aura fait prise , il ne

sera plus possible à l'eau ni à aucune autre substance de s’insinuer par les joint?. Audessus de cette assise de briques , on formera la troisième couche de béton , puis on posera le pavé en petits cubes ou bien en briques de cbamp et en épi, et cette construction aura un longue durée. »

Vitruve décrit, au chapitre 4 * du VII livre , une sorte de pavé dont les Grecs faisaient usage dans leurs salles à manger et dans les appartements d'hiver, au rez-dc-ebaussée :

« On creuse, dit-il , 2 pieds au-dessous du niveau du pavé de la salle; et, après avoir battu le sol pour le consolider, on étend dessus une couche de béton ou un pavé en briques, dont le milieu, étant plus élevé, forme des pentes de chaque côté qui aboutissent dans un canal ou égout. On étend sur ce massif un lit de charbon bien battu , que l’on couvre d’un enduit composé de chaux, de sable fin et de charbon pilé. Ce lit, qui a un demi-pied d'épaisseur, doit être dressé par dessus au niveau et à la règle , et être poli. Ce pavé noir a la propriété d'absorber les liqueurs que les convives pourraient répandre, et de ne faire éprouver aucune fraîcheur à ceux qui marchent dessus.

A Naples, où la plupart des maisons sont couvertes de terrasses, on forme le pavé de ces terrasses, nommé laslrico, de la manière suivante : D’abord on bouche avec de la chaux les joints du plancher, et on étend dessus un lit de petites pierres à sec, de 2 pouces environ de grosseur; puis on dépose dessus une couche de béton, formée de chaux et de Inpillo ( petites pierres volcaniques de la grosseur d’un œuf de pigeon). Cette couche a d’abord 7 ou 8 pouces d'épaisseur, que la massivation diminue d'un quart. Les ouvriers qui font celle opération se servent de battes en bois, et frappent d’abord fortement dans un sens, et ensuite ils croisent leurs coups en sens opposé, mais avec moins de vigueur; ils répètent ce travail jusqu'à trois fois, en mettant un jour d’intervalle entre chaque battue. Enfin, ils couvrent le laslrico de terre et le laissent ainsi couvert près de deux mois. Le laslrico acquiert une telle dureté qu’on se sert des vieux débris, en guise de pierre de taille, pour faire des marches d’escalier et des appuis de croisées.

Le pavé nommé à Venise lerrazzo a beaucoup d’analogie avec les pavés antiques décrits par Vitruve ; mais il a une épaisseur moitié moindre^ car elle excède rarement 4 pouces ; d’ailleurs, il n’a que deux couches au lieu de trois. Aussi , le lerrazzo n’est pas à beaucoup près aussi solide et aussi durable que les pavés antiques, dont on admire encore des restes parfaitement conservés au Colisée , aux thermes de Caracalla et de Titus, à la ville Aérienne, à Pompera et dans plusieurs autres endroits.

Le lerrazzo, lorsqu’il est fait avec soin et qu’il est bien entremêlé, forme un pavé bien moins coûteux que ceux de marbre et qui a le même éclat.

Si le lerrazzo doit être fait au rez-de-chaussée , après avoir convenablement battu le terrain , on forme un massif continu de maçonnerie d’une médiocre épaisseur. S'il doit être posé sur un plancher, il faut que les solives soient plus fortes qu'aux planchers ordinaires , et qu'elles soient espacées tant plein que vide; les planches doivent avoir un pouce environ d'épaisseur et être bien clouées : on couvre ces planches d’un lit de paille. La première couche est composée d’un mélange de briques pilées grossièrement , de recoupes en pierres et de bonne chaux, mêlées à portions égales : on l’étend de niveau à l'aide de rateaux à dents de fer; puis, après l'avoir laissé reposer un jour ou deux, on la bat fortement avec une barre de fer coudée et un peu arrondie. Les coups se frappent d'abord parallèlement dans un sens, et ensuite, après un jour d'intervalle, on recommence à battre dans un autre sens, en croisant les premiers coups; on continue à frapper par intervalles jusqu'à ce que les coups ne laissent presque plus de traces.

La seconde couche est formée de tuileaux pilés et d’une quantité à peu près égale de chaux éteinte; cette couche est comprimée cl étendue à l’aide des tri elles à long

manche. Sur cette couche on sème des petits fragments de marbre différemment colorés, qu'on y fait entrer en roulant dessus un cylindre de pierre ; on bat ensuite cette seconde couche comme la première , et après dix ou douze jours on la frotte avec un morceau de grès inséré dans un manche de bois. Le grès use la superficie raboteuse des morceaux de marbre et la rend unie; mais comme il forme des petites cavités dans le ciment qui les entoure , on bouche ces cavités avec du ciment très-fin , auquel on donne la couleur que l'on veut faire dominer dans le pavé. On lustre le tout avec une truelle polie ; et enfin on finit le pavé en étendant dessus une ou deux couches d’huile de lin trèschaude. Le pavé , ainsi construit, parait être composé d'un seul bloc de granité.

Quelquefois, au lieu de semer confusément les fragments de marbre, on les dispose régulièrement, et l’on en forme une espèce de mosaïque. A cet effet l'on sc sert: 1“ d'un carton piqué sur lequel est tracé le dessin que l'on veut configurer sur le pavé ; on le ponce avec du charbon pilé ; 2° de carions découpés qu’on applique sur le tracé et qui ne laissent paraître que ce qui doit être de même couleur, de sorte que l’on peut aisément y placer les petits morceaux de marbre de cette couleur ; on les enfonce dans l’enduit en frappant avec un morceau de bois plat. 11 faut changer de carton à chaque couleur, jusqu'à ce que tous les compartiments soient garnis ; puis on passe le cylindre de pierre sur le pavé, on frotte avec le grès et l'on polit avec la truelle; ensuite , pour rendre les contours plus nets , on les trace avec une pointe d’acier et on remplit le trait avec du noir de fumée broyé avec de l’huile de noix. -

Carrelage.

Le carrelage est le genre de pavé le plus usité à Paris. 11 est forme par des briques hexagones ou carrées, scellées sur une couche de poussière et de piètre.

Les carreaux de forme carrée servent pour paver les boutiques et les cuisines; ilsont de 6 à 8 pouces sur chaque face et 1 pouce d'épaisseur. Les appartements sont pavés en carreaux hexagones, qui ont de h à 6 pouces en tous sens et 8 lignes environ d'épaisseur.

Les carreaux de Bourgogne sontordinairement mieux cuits, plus forts et plus durs que ceux provenant des fabriques établies dans les faubourgs et dans les environs de Paris; mais ceux-ci sont en revanche mieux moulés.

Dn ouvrier et un garçon consomment environ trois heures de temps pour former un carrelage soigné d'une toise superficielle, avec des petits carreaux hexagones, y compris le temps de monter la poussière et le gravois , et de faire et de dresser l’aire. Ce carrelage exige environ un pied cube de piètre.

On fait usage de carreaux de latence blanche ou colorée pour paver les planchers et revêtir les murs des lieux d'aisance. Ces mêmes carreaux servent aussi à revêtir le dessus et le devant des fourneaux , ainsi que l’intérie ur des jambages de cheminées.

Les vestibules, les paliers des escaliers, les salles à manger, ont ordinairement un pavé composé de carreaux octogones en pierres de liais, qui forment un compartiment régulier avec de petits carrés en ardoise posés en lozange.

Parquets.

L’observation a fait connaître que les planches de sapin ou de chêne qui onl beaucoup de longueur et de largeur, et peu d’épaisseur, sont sujettes à sc gauchir et à se bomber dans le milieu, quoiqu’elles soient réunies à rainures et à languettes. On a cherché conséquemment à éviter cet inconvénient par l'emploi de petites planches, qui n’ont que

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5 ou 4 pouces de largeur sur 15 ou 18 lignes d’épaisseur , cl on les a disposées en compartiment à point de Hongrie ou en épi (fig. 18, pl. II). Cette disposition fort simple est en même temps solide et agréable à la vue.

On appelle parquets d'assemblage ceux usités dans les beaux appartements. Ils sont composés d'un certain nombre de cadres (fig. 19) nommés fetiilles, qui ont 3 pieds de longueur et de largeur, et de 15 à 20 lignes d'épaisseur. Chaque feuille contient un entrelacement de traverses assemblées à tenons et mortaises ; elles laissent entre elles des carrés que l’on remplit par de petits panneaux ajustés, dans les traverses, à rainures et h languettes. Le bois doit être bien sec, et ne doit être mis en œuvre, pour former les paquets, que 3 ou 4 ans après qu'il a été débité.

Les feuilles qui doivent composer un parquet se posent sur des lambourdes placées en travers sur les solives, bien arrêtées et dressées par dessus; on les dispose carrément ou en lozange.

On fait dans les salons très-ornés des parquets composés de bols différemment colorés, qui produisent de riches compartiments. Il faut que toutes les pièces soient assemblées à rainures et à languettes, avec beaucoup de soin.

Sofptes et plafonds.

Dans le quatorzième et le quinzième siècle les planchers des appartements laissaient apercevoir en dessous les poutres et les solives dont ils étaient composés; mais ces pièces de charpente étaient richement ornées de moulures , de dorures et de peintures. On couvrit ensuite celle charpente de tableaux placés dans des encadrements sculptés et dorés, ainsi qu'on le voit dans les salles magnifiques du palais ducal à Venise, et dans plusieurs églises de celte même ville et de Rome. Quelquefois on appliquait au-dessous des planchers un revêtement en bois qui imitait les caissons réguliers des voiltes. Un des beaux plafonds de ce genre est celui de Saintc-Marie-Majcure, à Rome, qui c$t formé par cinq rangs de caissons carrés ornés de moulures, de rosaces et de rinceaux dorés sur fond blanc.

Pour former les plafonds ordinaires, en Italie, on recouvre le dessous du plancher de roseaux entrelacés avec des cordes de jonc , et on applique sur ces roseaux une couche de mortier rude, puis une ou deux autres couches de mortier plus fin. A Paris, on cloue sous les solives de minces laites en bois; on applique sur ces laites jointives deux couches, ayant ensemble 10 lignes environ d'épaisseur; clics sout composées d'un mortier de chaux, de bourre et d’argile douce.

Des combles.

Les combles sont destinés à couvrir les édifices, et à empêcher que l’eau ne puisse pénétrer dans l’intérieur. Les combles les plus solides et les plus durables sont ceux (pl. IX, fig. 4) formés par des voiltes cxlradossécs en pente, surtout s’ils sont recouverts en dalles de pierre ou de marbre, comme le pratiquaient les anciens, et comme on le voit à l’église cathédrale de Milan.

Les combles dont on fait le plus fréquemment usage sont en bois. Des armatures triangulaires placées régulièrement à distances égales, en forment la carcasse et se nomment fermes. Les fermes sont reliées par des pièces horizontales et parallèles, nommées pannes. Sur les pannes sont clouées perpendiculairement des pièces de moindre équarrissage, parallèles cl également distantes entre elles. Ces pièces, appelées chevrons, sont recouvertes ou par des planches, ou par un carrelage de grandes briques, sur les-

quelles on pose les tuiles, qui forment le complément du comble. Dans lu fîg. 1, pi. XI, AA indique une ferme, bbbb les pannes , cccc les chevrons.

Lu solidité et lu régularité exigent que les combles soient formés par des plans droits mus inflexion depuis le sommet jusqu'à la gouttière. Cette disposition produit plusieurs avantages : 1- elle donne aux fermes une forme triangulaire qui , comme nous l'avons dit page 58, a la propriété de rendre tout système de charpente aussi fort et aussi inébranlable qu'il peut l'être; 2" elle fcst le [dus favorable au libre écoulement des eaux pluviales; 5" elle permet de ne donner aux combles que l'élévation strictement nécessaire, et elle affranchit de la fâcheuse alternative de présenter, dans quelques parties, une inclinaison démesurée, et dans d'autres, une pente insuffisante. Aussi cette disposition est celle que les anciens et les grands maîtres des écoles d'Italie ont constamment adoptée.

11 résulte de ce que nous venons de dire, que les combles à la .Vantard, ou mansardes (pl. XI, fig. 6), qui représentent dans leur profil ■» pentes, sont une invention essentiellement défectueuse , qui ne doit être tolérée que dans les constructions les plus modestes, dont l’unique but est d’obtenir avec la moindre dépense possible le plus grand nombre de chambres ou de cabinets habitables: mais elle doit être réjelée non-seulement dans la construction de tout édifice public , mais encore dans celle des maisons ornées et apparentes. En parcourant les rues de Paris on est affligé d'observer que des énormes toits à la lUansard semblent écraser les plus somptueux édifices de cette grande capitale. Ces combles, défigurés par une multitude de fenêtres et de lucarne*, surmontés par des cheminées très-élevées, présentant des pentes et des flexions irrégulières, et, ayant une teinte noire, font un étrange contraste avec la légèreté et la richesse des autres parties.

Dans le cas où l'on serait obligé de rendre habitable le dessous du comble, il sera plus convenable de former uue voûte régulière en briques, ou bien une voûte postiche, soit avec des cintres en planches, soit avec des armatures en fer.

En comparant les combles en usage en Italie et dans les départements méridionaux de la France, avec ceux que l'on construit habituellement à Paris, on reconnaît évidemment combien les bois résineux, tels que le larix et le sapin, sont préférables au chêne pour eu former la charpente. En Italie, celte charpente, aussi simple que régulière, résulte d’un petit nombre de parties , dont la réunion ne présente ni tenons , ni mortaises, ni entailles profondes; les bois qui les composent n'étant pas sujets à se tordre, cl ayant les fibres droits , sont équarris à vives arêtes ; et leur ensemble présente un air de propreté qui satisfait la vue. A Paris, les charpentes sont composées d'une multitude de petites pièces de bois de chêne , grossièrement équarrics , remplies de Haches, et souvent courbées irrégulièrement. Les pièces assemblées à tenons et mortaises offrent une complication de blochels, de jatnbettes, de / aux-entraits , de liens, d'esseliers, et de plusieurs autres parties ayant des dénominations diverses et qui sont cependant nécessaires pour empêcher le déversemeut des fermes par l’effet du bois qui tend à gauchir cl à se tourmenter.

L’inclinaison des combles doit varier suivant les climats. Dans les pays chauds et secs, comme par exemple en Égypte, de simples plates-formes ou terrasses suffisent pour couvrir les édifices. Dans les pays où les pluies sont plus ou moins fréquentes, il faut que les combles aient une inclinaison suffisante pour que l’eau s’écoule avec facilité et ne puisse s'insinuer dans l’intérieur.

Daus les pays froids, les pluies sont plus fines et plus fréquentes que dans les pays chauds; l’air est plus humide, la ucigc tombe en abondance et séjourne longtemps sur les toits : ainsi, daus ces localités, les combles doivent avoir une plus grande élévation,

soit pour mieux supporter la charge de la neige, soit pour faciliter l'écoulement de l’eau

pluviale.

En Grèce, le triangle qui représente la coupe d'un comble avait une hauteur égale à un neuvième environ de la base. En Italie, la hauteur moyenne est d’un cinquième. Palladio la fixe à deux neuvièmes. A Paris, la hauteur des toits bien proportionnés est d’un quart de la base. Dans le nord de l'Europe , un triangle équilatéral présente une élévation convenable pour le climat.

L’architecture gothique introduisit en France des combles pyramidaux d’une hauteur démesurée. Dans le 13* et le 14* siècle, la hauteur des combles était égale à la longueur de la base; on adopta ensuite le triangle équilatéral, puis on imagina de tronquer la partie supérieure du triangle, que l’on couvrait en plomb. Mansard inventa ensuite les combles à quatre pentes, dont la partie inférieure était ordinairement garnie de fenêtres saillantes, surchargées d'ornements du plus mauvais goût. Vinrent ensuite les combles cintrés en planches, et ceux à armatures de fer. Enfin le goût s'étant progressivement épuré, et les architectes ayant pris pour modèle les constructions antiques et celles des grands maîtres italiens, ils ont adopté les combles à pentes régulières et modérément élevés. Les combles de plusieurs monuments publics récemment construits présentent la belle et régulière disposition et l’exécution soignée des charpentes d'Italie.

Les pièces principales d’une ferme n'ont point strictement besoin d’un aussi fort équarrissage que les poutres d'un plancher de même largeur; car la forme triangulaire du système et la connexion de ses parties lui donnent une grande force; et, d'une autre part, elles n'ont point à éprouver les charges irrégulières et les ébranlements qui fatiguent souvent les planchers.

Il faut , autant qu'il est possible , que les pièces de bois soient de la même qualité , et que leur dessiccation soit également parfaite. Le poids du toit doit être également réparti sur les murs principaux de l'édifice. Palladio conseille d’élever les murs intérieurs de manière à leur faire supporter une partie du toit et à diminuer d’autant la charge des murs principaux. Celte précaution peut prévenir les accidents funestes qui arrivent quelquefois lorsque les extrémités des fermes sont pourries.

Quelques constructeurs soigneux ont adopté la méthode d'interposer des lames de cuivre ou de plomb dans les joints des pièces qui composent les grandes charpentes.

Il est essentiel d’observer qu'un toit, indépendamment de sa fonction principale, qui est celle de couvrir l’édifice auquel il appartient, pour le garantir des intempéries des saisons, est destiné en outre il relier les murs et à empêcher tout écartement et tout rapprochement.

La fig. 5, pl. XI, représente une ferme de comble de l’église de Saint-Paul, hors des murs de Rome. Ce comble , dont une portion a prés de dix siècles , est sans doute le plus ancien qui existe. La hauteur de cette ferme est environ les deux neuvièmes de la base, qui a 73 pieds de longueur. Elle est composée : 1“ d'un entrait aa, ayant 21 ponces sur 14 d’équarrissage; 2* de deux arbalétrier» bb, dont l'équarrissage est de 15 pouces sur 14 : 3* de deux pièces cc de 10 pouces ~ dequarrissage dans les deux sens; des boulons les réunissentà chacun des arbalétriers; 4" d'un faux-entrait dtl , ayant 11 pouces sur 10 j d'équarrissage; 5“ d'une aiguille pendante ff, ayant 1 1 pouces sur 10 d'équarrissage : de fortes chevilles en bois la traversent pour soutenir les entrait».

Deux fermes semblables sont posées à 14 [muccs de distance l'une de l’autre; l’aiguille pendante ffse trouve suspendue entre les deux. Les extrémités de chaque entrait sont fortifiées à l'endroit de leur portée par des especes d' encorbellements en bois />/>, qui doublent les bouts. Ces pièces sont réunies aux arbalétriers et à l'entrait par des liens

de fer inclinés. Les fermes accouplées sont éloignées l’une de l'autre d’environ 9 pieds. Les pannes nn sont soutenues par des tacqucts; elles ont 8 pouces d'équarrissage dans les deux sens ; le faîtage r est composé de deux pièces accouplées. Les chevrons sont éloignés l’un de l’autre de 8 pouces , et leur équarrissage est de 5 pouces sur 4. Ces chevrons sont recouverts par de grandes briques d'environ 1 pied sur 7 pouces; elles forment une espèce de carrelage avec mortier dans les joints. Sur le carrelage est établie la couverture en tuiles plates avec rebords, dont les joints sont recouverts par des tuiles creuses renversées.

La plupart des charpentes, en Italie , sont combinées d’après ce système, qui offre toute la régularité et toute la simplicité qu'on peut désirer.

Lorsqu'elles n'ont que de 18 à 20 pieds de portée, chaque ferme résulte d’un entrait et de deux arbalétriers. Lorsque cette portée augmente, on ajoute {pl. XI, fig. 1, 2,3) un poinçon p dans le milieu, contre lequel les arbalétriers s’appuient et qui soutient l'entrait à l'aide d’un lien en fer. Deux contre-fiches bb sont appliquées d’un côté au poinçon , et de l’autre elles contrc-butlcnt les arbalétriers.

Quand la portée est fort grande et est de 10 à 80 pieds, alors on fortifie les fermes ainsi qu'il suit : 1° on double le dessous des extrémités des entraits par des pièces saillantes pp (pl. XI , fig. I); 2" on double les arbalétriers jusqu’à environ la moitié de leur longueur, par des pièces net posées en dessous ; 3* on ajoute un faux entrait ce; 4” on place un poinçon r au milieu , et deux faux poinçons qq qui servent à soutenir l’entrait en trois points, et le faux entrait au milieu, et cela par le moyen d’étriers en fer; 5” on adapte quelquefois des contre-fiches qui peuvent s'appuyer soit contre le poinçon , soit contre les faux poinçons, pour contre-buter les arbalétriers.

Les arbalétriers sont réunis à l’entrait par des entailles à crémaillère , et retenus par des liens en fer placés perpendiculairement à la pente des arbalétriers, qu’ils fixent d'une manière invariable. Quand il n'y a pas de poinçon , les arbalétriers se réunissent au sommet par un simple joint aplomb, et sont quelquefois fixés plus solidement par une bande de fer.

Si le comble a une grande largeur, il serait trop difficile et trop coûteux de former les entraits et les arbalétriers d’une seule pièce ; alors on peut les composer de deux ou de trois pièces réunies à trait de Jupiter, chevillées et affermies par des liens de fer, ainsi que nous l’avons expliqué page 56.

Quand la portée des fermes dépasse 80 pieds, on forme un grand cintre par l’assemblage de deux ou de trois rangs de pièces réunies en crémaillère ( page 57), ainsi qu'on le pratique pour les ponts en bois à grande ouverture. L’arc sert à soutenir l'entrait et les arbalétriers , à l'aide d'un certain nombre de moises qui embrassent tout à la fois un des arbalétriers, l'arc et l’entrait. Cet entrait , ainsi que les arbalétriers, sont composés de plusieurs pièces réunies à trait de Jupiter. En suivant la méthode que nous venons d’indiquer, on a construit à Moscou la charpente d'un grand manège qui a 220 pieds de largeur et 1800 de longueur.

Par des méthodes analogues , on a construit en Suisse des ponts en bois ayant de trèsgrandes ouvertures, parmi lesquels ont cite le pont de Schaffhousc, composé de deux grandes arches , dont une avait 190 pieds. Les pièces principales sont composées de deux ou de trois rangs de gros morceaux réunis à crémaillères , et convenablement chevillés et boulonnés.

Frontons.

La forme la plus simple que puisse avoir un comble est celle qui résulte de deux plans

droits «t (Seaux formant un angle au .sommet. On nomme fronton la partie triangulaire des murs en retour, comprise entre la ligne horizontale qui indique la naissance du toijl cl son sommet. Une corniche marque plus particulièrement la ligne horizontale que nous venons d'indiquer (pl. XI, fig. 7). Des corniches ornent aussi les côtés inclinés du fronton , avec cette différence , que la corniche horizontale ne doit point avoir la moulure quo l'on nomme cimaise, et qui termine ordinairement les corniches dans le haut ; les cimaises des corniches inclinées se raccordent dans les angles avec les extrémités de la corniche horizontale , de manière à former un profil régulier. Si les corniches inclinées d'un fronton sont ornées de modiltons ou de dcuticulcs, leurs faces latérales devront être taillées d’aplomb , et correspondre exactement aux modifions qui ornent la corniche horizontale.

Les frontons indiquant les extrémités d'un comble régulier à deux pentes, doivent avoir les mêmes proportions : aussi voyons-nous que les frontons des temples grecs ont une hauteur égale à un neuvième de la base ; que ceux des monuments de Rouie antique ont un cinquième ou deux neuvièmes de cette même base ; et que ceux construits à Paris ont un peu plus de hauteur.

La destination originaire des frontons que nous venons d'indiquer, doit guider l'architecte dans leur emploi : ainsi un fronton sera bien placé partoutou rat'sou/Mô/crnr/H il pourra indiquer l'extrémité d'un toit ; en toute autre situation il sera déplacé et inconvenant. Si l'on examine d'après ce principe la multitude innombrable de frontons qu'on a prodigués dans presque tous les édifices ornés, nous serons forcé de convenir que la plupart sont inutiles et inconvenants.

A quoi servent, par exemple, les frontons qui sont disposés avec autant de monotonie que d'inutilité le long des façades de la grande galerie du Musée? A quoi sert lu triple fronton qui surmonte les cariatides dans la cour du Louvre? A quoi servent les frontons dans les intérieurs?

Cette même destination originaire des frontons indique la forme et les proportions qu'ils doivent avoir constamment. Ainsi, 1" un fronton surbaissé à la grecque sera inconvenant et défectueux lorsqu'il sera appliqué à un édifice dont le comble aura une plus grande élévation. Ils ne peuvent donc convenablement être mis en usage à Paris.

2° Un fronton brisé , c’est-à-dire dont les parties inclinées sont mutilées vers le sommet, est un contre-sens et en même temps une monstruosité.

5" Lés frontons doubles ou triples, insérés Tun dans l'autre, forment une complication aussi inutile qu'elle est de mauvais godt.

4° Les frontons circulaires qui indiquent une voûte surbaissée sont admissibles dans les endroits où une semblable voûte pourrait avoir quelque utilité (en supposant qu'elle ne subsiste pas réellement) ; mais cette forme, moins simple que le triangulaire, est aussi moins agréable à la vue.

line balustrade placée au sommet d'un édifice indique , soit en apparence, soit en réalité, un comble plat à terrasse. Cette indication exclut les frontons qui, dans ce cas, semblent interrompre la terrasse et gêner la communication. Tel est le cas du fronton qui s'élève au milieu de la colonnade du Louvre. Ce fronton est inconvenant , quoiqu'il produise un assez bel clfet.

La construction des frontons demande un soin particulier pour que les pierres inclinées qui forment les angles ne puissent se mouvoir, et ne soient poussées parles autres pierres que leur position tend à faire glisser vers le bas.

Les anciens, pour donnera celle partie faible toute la stabilité qu’elle requiert, y employaient des blocs de grande dimension, dans lesquels ils sculptaient les deux extré-

mités réunies tle la corniclic horizontale cl île l'oblique. Les pièces qui venaient ensuite étaient fortement reliées avec celles-ci à l'aide de goujons et de crampons en bronze.

On trouve dans les ruines antiques des blocs angulaires de frontons , dont le poids est de 12 h 15 milliers. On voit un bloc de cette espèce, très-bien sculpté, à Rome, dans le jardin Colonna, sur le Mont-Quirinal.

Le fronton de la colonnade du Louvre est couvert par deux énormes pierres de Saillancourt, qui s'étendent du sommet jusqu'à l'extrémité de ce fronton.

On couvre ordinairement les parties inclinées des frontons avec des lames de plomb, pour empêcher que l’eau ne puisse s’insinuer dans les joints des pierres qui en forment la cimaise.

Combles à croupes (PL XI, fig. 9,10).

Les combles à croupes sont ceux qui ont quatre pentes , dont deux correspondent aux murs de retour; toutes ces pentes doivent être droites, également inclinées et sans aucune flexion. Les portions des combles qui composent les deux pentes dans le sens de la largeur du batiment sont des plans triangulaires AA; les deux autres plans BB sont des trapèzes, quand le bâtiment a plus du longueur que de largeur; et ce sont des triangles de même dimension que les autres, si le bâtiment est carré. Dans ce dernier cas , le comble a la forme d’une pyramide surbaissée à base carrée.

Lorsque le bâtiment est polygone, le toit est une pyramide à base également polygone, composée d'autant de faces triangulaires que le polygone a de côtés.

La réunion des plans qui composent un comble à croupe, forme à chacune de leurs rencontres une arête à laquelle doit correspondre une demi-ferme en charpente ; on donne le nom <¥ arêtier à cette demi-ferme diagonale, qui ne diffère des autres que parce qu'elle est un peu plus longue, et que l'équarrissage des pièces qui la composent est aussi ordinairement un peu plus fort.

Entre les arêtiers doivent être placées régulièrement les autres fermes à la manière ordinaire; quelquefois la distribution des fermes, également espacées, exige que des fragments de ferme plus ou moins longs, appelés empanons, aillent s'appuyer contre l’arêtier , comme on le voit en bb cc (pl. XI, fig. 9) ; dans ce cas l’arêtier se trouve placé entre deux empanons égaux , 66 et cc, perpendiculaires l'un à l'autre, et qui arc-boutcnt l'arêtier de deux côtés.

Des noues.

L’angle a (pl. XI, fig. 11) formé par la rencontre de deux corps de bâtiments A et B, se nomment noue; une ferme diagonale bd doit correspondre à cct angle. L’équarrissage des pièces qui la composent sera un peu plus fort que celui des pièces correspondantes dans les autres fermes.

On doit remarquer que le dessus des arbalétriers de celte ferme diagonale sera taillé en angle rentrant du côté b et en angle saillant de l’autre côté d, et cela pour que les pannes des deux côlés puissent s’appuyer également dessus.

Des noutets.

Quelquefois deux combles (pl. XI, fig. 12) de différentes dimensions sc rencontrent et se compënèlrent mutuellement; il en résulte une coupure triangulaire ab dans le grand comble , qui est couverte par une espèce de ferme couchée sur la pente de ce

toit; on lui donne le nom de mulet, et les deux côtés ab de l'angle s'appellent brancha de nottlel.

Comble * à batte circttlaire.

Les combles à base circulaire peuvent avoir ou une (orme sphérique ou une forme conique; dans l'un et dans l'autre cas ils sont formés (pi. XI, fig. lôj par un certain nombre de demi-fermes dont la projection correspond au rayon du cercle. Ces demifermes viennent s’assembler soit dans un fort poinçon central , soit dans les colonnes verticales qui forment une espèce de cylindre placé dans le milieu.

Des fermes en planches.

Les fermes formées par deux ou trois rangs de planches (voyez page 46) superposées pleins sur joints et bien chevillées, sont les plus convenables, soit pour les combles à hase circulaire, soit pour ceux en forme de TOûte à berceau. Les combles des anciens dômes de Saint-Marc à Venise sont de ce genre, et ont servi de modèle pour former celui de l’église de la Salule et de la plupart des autres coupoles de celte ville.

Philibert Delorme publia en 1561 un ouvrage (1) dans lequel il fait l'application de cette méthode aux toils des maisons, auxquels il donna une forme cintrée. Cette méthode fut depuis mise en pratique avec utilité à Paris.

Serlio parle d'une voûte composée de cintres en planches, qui n'étaient réunies que par des cannes revêtues en plâtre ; elle était encore très-solide , quoiqu’elle eût plus de 300 ans ; et il en cite une autre , construite de la même manière , qui avait résisté à un très-grand incendie.

Philibert Delorme fixe les dimensions des planches de ces toits ainsi qu’il suit :

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