CHAPITRE PREMIER
Du goût et des convenances.
Du goût.
On dit que le bon goût doit présider constamment aux travaux des artistes; mais que signifie cette dénomination : lion goût en Architecture? Nous croyons qu'elle n'indique mitre chose que discernement et finesse de jugement; ce qui suppose que l’homme qui en est doué a de la pénétration, des idées claires, précises, bien ordonnées, et beaucoup de connaissances acquises. Si, en effet , la justesse du raisonnement, jointe à l'habitude d’observer, forment le bon goût, il faut, pour l'obtenir, voir les plus belles productions de l'art et réfléchir beaucoup sur ce que l'on a vu.
Pour observer avec fruit, il ne faut point sc laisser maîtriser par une admiration
aveugle qui approuve tout sans discerner ce qui est excellent de ce qui est ou médiocre ou mauvais. Aucune œuvre humaine ne peut avoir une perfection absolue ; les plus grandes beautés se trouvent souvent mélées avec des defauts très-repréhcnsiblcs. La célébrité d'un monument, la réputation d'un artiste, ne doivent jamais autoriser ce que la raison réprouve. Cependant combien d'abus, combien de défauts ont été admis en Architecture par des artistes qui se sont rendus esclaves de l'autorité d'un nom ou d'une chose célébré !
L'observation raisonnée est profitable et instructive , non-seulement par les beautés qu'elle fait apercevoir, mais aussi par les défauts qu'elle signale. D'une part, elle nous ofiro des modèles à imiter; de l'autre, elle nous indique ce que nous devons éviter.
L'imitation est digne d'éloge, pourvu qu'elle ne soit ni servile ni inconsidérée, et qu'elle ait le flambeau de la raison pour guide. C’est en imitant les chefs-d’œuvre de l'antiquité que le célèbre Palladio a surpassé tous ses devanciers , et qu’il n'a été atteint par aucun des architectes qui l'ont suivi.
Un architecte qui voudrait s'affranchir de toute imitation, quel que soit son génie, s'exposerait évidemment à s'égarer dans de fausses routes ; car en Architecture le cercle des inventions louables est singulièrement resserré par les convenances de toute espèce que l'on ne peut négliger sans commettre des fautes blâmables. Il faut donc imiter, mais avec discernement ; et, pour pouvoir le faire, on doit se procurer la connaissance des plus célèbres productions d’Architecturc dans tous les genres, si ce n’est en nature, du moins en dessin. C’est en les comparant et en les soumettant à un jugement impartial et éclairé par les règles de l'art que l’artiste fécondera son imagination et parviendra à choisir, pour chaque espèce d’édifice, la distribution et la conformation qui lui conviennent particulièrement.
Des convenances.
Les convenances ayant la plus grande influence sur les œuvres de l'Architecture, il ne sera pas inutile de les examiner en détail.
Ces convenances sont ou générales ou particulières. Les premières embrassent tous les édifices, quelles que soient leur nature cl leur destination; les autres dépendent spécialement de cette nature et de cette destination.
Les principales convenances générales sont la solidité, l'économie , la régularité. Un édifice ue |ieul évidemment manquer à une d'elles sans être défectueux.
Solidité.
Il ne suffit pas qu'un édifice soit solide en réalité , il finit anssi qu'il le soit en apparence. 11 est ridicule d'affecter une hardiesse de construction qui ne soit pas exigée par la nécessité. En effet, si le défaut de solidité est un vice, pourquoi faire ostentation de ce qui est vicieux? Pourquoi vouloir faire perdre à l'édifice l’avantage de paraître solide s'il l'est effectivement?
Celte affectation extravagante ne peut dériver que d'un goût dépravé. C'est le caractère des charlatans de vouloir exciter l'admiratiou aveugle du vulgaire par des choses qui contrarient la raison ; l'homme sage et éclairé méprise de semblables succès.
L’affectation d'une solidité excessive n'est pas moins blâmable ; car non-seulement elle absorbe en pure perte une quantilé exubérante de matériaux, un travail et une dépense inutiles , mais elle rend les édifices lourds , sans grâce et sans élégance.
Les monuments égyptiens étaient excessivement pesants , les gothiques trop légers et trop élancés. Plusieurs édifices modernes réunissent tout à la fois les deux défauts opposés. Dans plusieurs églises, par exemple, la hardiesse et la légércté gothiques se font remarquer dans la coupole , tandis que la lourdeur égyptienne apparaît dans d'énormes piliers qui interceptent la vue et diminuent l’espace dans les nefs. Un édifice sera louable toutes les fois qu'à l'instar des beaux monuments grecs et romains, son ensemble et scs parties ne seront ni trop massifs ni trop grêles.
Il faut que la distribution soit faite de manière que chaque partie contribue à la solidité du tout, qu’elles se lient et s'enchaînent mutuellement. Quand plusieurs étages seront superposés, il faut que les murs se correspondent exactement du haut en bas, et que les vides se trouvent sur les vides et les pleins sur les pleins. On doit opposer aux poussées les massifs les plus vigoureux; et, réciproquement, on doit concentrer et diriger les poussées vers les points les plus capables d'y résister. Dans tous les cas il ne faut jamais perdre de vue les principes élémentaires' de construction qui ont été développés dans la première partie.
On doit prévenir, autant que possible, les accidents destructeurs qui peuvent survenir aux édifices. Les anciens ont cru et plusieurs auteurs modernes ont répété qu'on peut diminuer les effets des tremblements de terre en établissant des réservoirs d’eau dans lès caves. Nous ignorons le degré de foi que mérite cette proposition.
Il est un appareil de sOrcté dont une longue expérience a sanctionné l'efficacité etqu’on ne doit point omettre d’adapter aux édifices importants : je parle des paratonnerre». On appelle ainsi une tige métallique qui s’élève perpendiculairement sur le sommet des combles et qui est continuée sans interruption jusqu'au sol. Cet appareil, inventé par le célèbre Franklin , a la propriété de soutirer insensiblement l'électricité répandue dans l’atmosphère et de l’ensevelir dans le terrain.
On doit observer qu'il n'est pas prudent de placer au sommet des édifices aucune barre métallique verticale qui ne soit continuée jusqu’au sol.
On devrait mettre en usage plusieurs moyens qui ont été proposés et qui ont été trouvés efficaces, pour s’opposer, jusqu’à un certain point, aux terribles ravages des incendies.
M. Ilarlley a fait construire auprès de Londres, en 1777, une maison dont toutes les pièces de bois qui formaient les planchers et le comble étaient revêtues de lames de fer battu plus mince qu’une feuille de papier; elles avaient 2 pieds de longueur cl un et demi de largeur; on les plaçait à recouvrement et on les clouait sur le bois. Ce revêtement était couvert d'une couche de vernis. On fit plusieurs expériences qui constatèrent l'incombustibilité de la maison de M. Hartlry
Cette méthode a l'inconvénient d'élre dispendieuse. Milord Mahon en a imaginé une plus économique ; voici en quoi elle consiste : Toutes les portions de bois qui entrent dans l’édifice doivent être entièrement enveloppées d’une couche de mortier composé d’une portion de sable , de deux portions de chaux et de trois portions de foin haché ; on pose des lattes sur les poutres et les solives pour que le mortier puisse s’y attacher convenablement. Lorsque l’enduit a été étendu , on le saupoudre avec du sable. Dans la connexion des pièces de charpente, on a soin que leur union soit assez intime pour empêcher le passage de l’air. Milord Mahon fit allumer un très-grand feu dans une maison construite suivant sa méthode , et elle n’en fut nullement endommagée.
Le mémoire intéressant de M. Hemptine, inséré dans le tome IV des Annales de l’In- .dustrie , contient des recherches très-curieuses sur cet objet utile.
MM
Économie.
L'économie est aussi nécessaire dans les plus grands monuments que dans les constructions les plus modestes; elle n'exclut [joint la grandeur, la richesse et la magnificence, lorsque la raison les guide et qu'elles sont commandées par les autres convenances, mais elle rejette sévèrement l'inutile profusion.
La première règle d’économie est qu'aucun objet ne doit être introduit dans la contexture d’un édifice s'il n'a un but distinct d’utilité et de convenance. Ainsi tous les ornements qui le surchargent sans rien ajouter ni à sa commodité ni à sa solidité réelle ou apparente et sans avoir une signification analogue à sa qualité, sont essentiellement vicieux, parce qu’ils sont superflus. Ainsi, un édifice devrait être tel qu'on ne pût rien y retrancher sans altérer sa beauté et son intégrité essentielle.
Secondement, on doit épargner les matériaux et surtout les matériaux coûteux autant que la solidité peut le permettre; mais il faut que celte épargne soit judicieuse, et elle ne le serait aucunement si, par exemple, les supports qui doivent soutenir de grandes charges ou de fortes poussées étaient formés par des matériaux faibles et sans consistance. Elle ne le serait point non plus si un péristyle (qui forme le plus bel ornement de l'Architecture) était formé par des matériaux dénués de force, de beauté et de grandeur. La véritable économie consiste donc dans l'art d'employer convenablement les matériaux, c’est-à-dire dans l'art de proportionner leur qualité et leur quantité aux emplacements qu'ils doivent occuper et aux efforts qu’ils doivent éprouver. Ainsi, les supports trèschargés seront formés par de gros blocs de pierre dure. Les parements apparents seront en marbre partout où les convenances exigeront de la magnificence ; mais les matériaux les moins coûteux pourront élrc mis eu usage dans les lieux non apparents et qui ressentent faiblement les charges et les actions destructives.
Il est une économie dans la dépense primitive, qui, en rendant moins durables les édifices, produit une grande augmentation dans les réparations, soit par leur fréquence, soit par leur importance. Cette sorte d'économie est souvent vicieuse et n'est tolérable que lorsqu'il s'agit de constructions entreprises par pur esprit commercial.
Régularité.
Les constructions rurales les plus simples admettent de la régularité. En parcourant l'Italie on est frappé de la disposition symétrique , élégante et pittoresque que présentent plusieurs fermes, plusieurs granges, plusieurs greniers, qui ornent le paysage de la manière la plus agréable.
Si la plus humble fabrique doit avoir toute la régularité que comporte sa destination , à plus forte raisou les constructions plus importantes ne doivent jamais être dépourvues de celle qualité essentielle, d'autant mieux que la régularité s’allie très-bien, dans le plus grand nombre de cas , avec la solidité et avec l’économie.
Les trois convenances principales dont nous venons de parler donnent naissance à d’autres convenances qui en dérivent immédiatement. Telles sont la simplicité, la symétrie , la correspondance des parties , l'harmonie des proportions.
Simplicité.
Le mot simplicité, suivant l'acception que nous lui attribuons ici , présente l'idée diamétralement opposée à l'inutile profusion et à la confusion. Ainsi un édifice , quelle
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que soit sa grandeur , quelle que soit sa magnificence, sera doué de simplicité si rien de superflu ne se fait remarquer, si le spectateur saisit avec clarté le rapport des parties arec le tout et des parties entre elles , si 1'utilité et la convenance de chaque objet peuvent se démontrer sans hésitation.
Il faut que l'œil soit frappé par l'élégance et la beauté de ce qu'il voit , et qu'en même temps la raison soit satisfaite par la persuasion que les belles formes que présente l'édifice sont commandées par sa nature et par les convenances qui lui sont propres. Combien Part est aimable quand il prend les apparences de l'utile et du nécessaire! Il produit d'autant mieux son effet qu'il se laisse moins apercevoir.
Voltaire décrit ainsi le Temple du goût :
Simple en était la noble architecture;
Chaque ornement, à sa place arrêté,
Y semblait mis par la nécessité :
L’art s’y cachait sons l’air de la nature.
L’œil satisfait embrassait sa structure,
Jamais surpris et toujours enclianté.
Voici par contrcposition le portrait que le bon goût fait de son antagoniste :
Toujours accablé d’ornements ,
Composant sa voix , son visage »
Affecté dans ses agréments Et précieux dans son langage ,
11 prend mon nom , mon étendard.
Mais on voit assez l’imposture;
Car il n’est que le fils de l’art ,
Moi je le suis de la nature.
Toutes les portions d'un édifice qui font corps ensemble et qui doivent être aperçues en même temps doivent résulter du plus petit nombre de divisions possible; il faut que chacune d'elles soit bien motivée, qu'elles s’enchaînent- mutuellement et qu’elles produisent des masses fortes et bien prononcées.
Cette parcimonie dans la division des parties est le seul moyen de donner aux édifices ce caractère imposant qui frappe, qui étonne et qui commande l'admiration. Les détails trop rapprochés fatiguent, confondent l'imagination et affaiblissent les sensations en les multipliant.
Les jeunes artistes croient trop souvent qu’un édifice ne peut être beau, ne peut être magnifique s'il n’est surchargé d’ornements et de détails. Cependant les richesses dans les beaux-arls comme dans l'ordre social , ne sont vraiment utiles que lorsqu elles sont distribuées avec discernement, et elles deviennent souvent nuisibles lorsqu elles sont prodiguées inconsidérément.
Deux choses donnent surtout il un édifice le caraclère d'une noble simplicité, savoir . 1° la continuation des lignes ; 2" les repos , c’est-ii-dire 1 intromission de grandes parties lisses entre celles qui sont ornées.
Continuation des lignes.
Continuation des lignes signifie, en Architecture, cette régularité dans les formes et dans les alignements qui fait qu’aucun objet n'est et ne semble interrompu ou brisé par d’autres, que tous s’enchatncnt avec un accord parfait.
Un péristyle offre un exemple de la continuation des lignes dans I acception que nous
lui attribuons. En effet, nous voyons d'abord que toutes les parties qui composent les bases des colonnes, c'est-à-dire, les plinthe) , les loret, les scoties, les astragales , se trouvent chacune dans des mûmes plans horizontaux , et de plus les surfaces qui composent ces membres sont continues et nullement interrompues ; un raisonnement identique s'applique aux fûts des colonnes, aux chapiteaux , et à toutes les moulures qui composent l'entablement ; de sorte que nulle part on n'aperçoit des mutilations, et toutes les parties analogues se correspondent exactement : il y a donc continuation de lignes.
Cette continuation de lignes n’aura pas lieu, si un même plan horizontal supporte de» colonnes de différentes dimensions : dans ce cas, les membres analogues ne correspondront pas au même niveau , et les entablements des petites colonnes seront coupés par les fûts des grandes.
Toute personne qui a du goût doit comprendre combien la continuation de lignes est précieuse en Architecture: elle favorise tout à la fois la solidité et la régularité. Les architectes les plus célèbres y ont attaché l'importance qu'elle mérite. Les artistes médiocres l'ont trop souvent sacrifiée à leur mauvais goût. Combien de corniches , combien de frontons ne voit-on pas interrompus pour y placer un écusson ou quelques ornements insignifiants. Ces mutilations vicieuses détruisent non-seulement la belle simplicité, mais elles dénaturent les objets auxquels elles sc rapportent. 11 est évident qu'un fronton brisé dans le milieu ne peut plus servir à l'usage auquel il est destiné par son essence même , qui est de mettre à l'abri de la pluie les objets qui se trouvent au-dessous, et de former l'indication d'un toit. Si, d'après les mêmes principes, l'on examine tous les autres membres d'Arrhitecture sur lesquels le mauvais goût exerce de barbares mutilations , on scr a convaincu qu'elles tendent toutes à empêcher que ces divers membres ne remplissent l'objet auquel ils sont destinés.
La bonne Architecture , ainsi que la belle nature, rejette les monstruosités, soit par excès, soit par défaut. Ainsi on ne doit se permettre aucune espèce de ressaut qui ne soit exigé par quelque convenance indispensable. Nous assimilons les ressauts superflus aux bosses, aux goitres, et aux autres gibbosités monstrueuses qui différaient le corps humain.
Il est essentiel que, dans un édifice , les parties se correspondent sur des lignes verticales et horizontales prolongées autant que possible, et que son ensemble présente l'aspect d'un seul corps dont tous les membres se combinent, se rapportent et s'enchaînent mutuellement, ainsi que la nature en présente l'exemple dans ses plus belles productions. Un édifice dénué de cet accord, de cette harmonie, ne réveille que des idées vagues et décousues , et est incapable de produire sur le spectateur des impressions fortes et durables.
De» repos.
Les repos, ou l’intromission des surfaces lisses entre les ornements, sont tellement importants, que sans leur secours les ornements produisent une confusion qui fatigue les yeux, et ne peuvent leur plaire, comme on le remarque dans les édifices gothiques, dont la multitude des détails s'entremêle et sc confond.
Il est facile de s’imaginer combien la sensation produite par un ornement doit être plus forte et plus agréable s’il se détache nettement sur un fond uni qui laisse apercevoir distinctement la beauté de sa forme et la justesse de ses proportions, surtout si d'autres ornements trop rapprochés n’affaiblissent point l'attention : il est évident que ce même ornement perdra une grande partie de son mérite, s-il se trouve enveloppé et confondu dans une foule d’autres ornements.
Une trop grande multitude d'ornements , loin d'embellir un édifice, nuit à son effet. Si nous comparons la magnifique cathédrale de Milan au Parthénon ou temple de Minerve à Athènes , nous trouverons que le premier de ces deux édifices est incontestablement plus grand et plus riche: mais quel est le plus noble, le plus élégant, le plus beau, le plus agréable à la vue? Toutes les personnes de bon goût répondront certainement, le Parlhénon. Si nous comparons encore un édifice du Palladio avec un analogue du Borromini, nous remarquerons que tous les ornemenls du premier se rapportent à un objet ou d’utilité ou de convenance, et que parfois si quelque ornement de luxe vient s’y placer, il est conforme aux convenances de l'édifice, et ses formes sont puisées dans l'imitation de la belle nature. Une quantité exubérante de détails couvre le second sans l'embellir , d’autant plus que la plupart ne sont que le résultat des écarts d’une imagination déréglée. Lequel devons-nous préférer?
On doit user de la plus grande parcimonie dans l'usage des ornements , et on doit les disposer avec art pour qu’ils puissent produire tout l'effet dont ils sont susceptibles sans engendrer de confusion. Dans tous les cas, les ornemenls subalternes ne doivent jamais nuire aux principaux. Ainsi , toutes les fois que l’on applique des ordres d'Architecturs à une façade, il faut éviter de placer dans les entre-colonnements des parties saillantes qui nuiraient infailliblement à l’ordre d'Architeclure eu attirant les regards et en détournant l'attention. Nous aimons à voir les fenêtres dans les entre-colonnements ou lisses ou environnées d'une simple bande; et si l'on y place quelques bas-reliefs, ils doivent être creusés dans le mur et n'avoir aucune saillie au dehors.
Symétrie et variété.
La symétrie, qui est une dépendance nécessaire de la régularité, veut : 1* que tous les objets soient placés avec ordre et distinction ; 2° qu'ils soient bien alignés ; 3° que les espacements soient exacts et réguliers; 4" qu’on fasse correspondre au milieu d'une façade l’objet le plus apparent, soit par sa grandeur, soit par sa richesse; 5* que les objets distribués des deux cûtés se correspondent exactement, soit par le même éloignement du centre, soit par les mêmes formes, soit enfin par les mêmes dimensions; 6" que les divers objets superposés se trouvent sur les mêmes lignes verticales.
La symétrie n'exclut point une certaine variété, pourvu qu'elle s’accorde avec la simplicité et avec toutes les autres convenances. L’architecte ne doit point se livrer aveuglément à son imagination ; mais il ne doit point non plus l'cmpècher d’agir lorsqu'elle est guidée par la raison. Un grand objet dénué de variété pourra surprendre au premier abord, mais il finira par ennuyer; car tout le monde sait que l'ennui est fils de la monotonie.
La simplicité veut des repos ; la variété les exige de même. Ces deux convenances sont également ennemies de la confusion ; car la variété en particulier ne peut briller si les objets n'excitent des sensations claires et distinctes.
La variété est souvent exigée par les autres convenances. Ainsi, dans un grand édifice, par exemple, il faut qu'il y ait une progression de richesse proportionnée à l’importance des lieux. Il est évident que, dans un appartement, les salles doivent être plus ornées que les antichambres; dans une église, le sanctuaire doit être plus magnifique que les nefs.
On éprouve un grand plaisir lorsqu’en parcourant un grand édifice, on rencontre des objets qui , en augmentant de grandeur, d'élégance et de richesse , réveillent continuellement l'admiration et empêchent qu’en s’évanouissant elle ne laisse un libre accès à
l'ennui ; ce qui arriverait sans doute si tous ces objets avaient une trop grande ressemblance et qu’ils fussent également riches.
Unité et correspondance de» parties.
Les productions de l'Architecture, ainsi que celles de la poésie et des beaux-arts en général, veulent l'unité et la correspondance des parties, c'est-à-dire la subordination des parties à l'ensemble et leur corrélation réciproque.
Ainsi, quand un édifice aura des compartiments petits et mesquins, il sera défectueux; de même qu'il sera ridicule quand quelques-unes de ces parties auront des dimensions colossales et hors de proportion avec l’ensemble. 11 faut savoir saisir un juste milieu , et se laisser guider par un jugement sain et par l'examen critique des meilleurs monuments.
La correspondance des parties exige que sur une même ligne il n'y ait qu’un seul ordre de colonnes et de pilastres, et que de petites colonnes ne soient point entremêlées avec de colossales, comme on le voit trop fréquemment.
On devrait aussi éviter le défaut qu'on observe dans la façade des Tuileries , dout le pavillon du milieu a des colonnes à tous les étages, tandis que les autres pavillons ont un seul ordre qui s'élève du rez-de-chaussée jusqu'au toit : ainsi , cette grande façade manque d’unité. On ne peut excuser ce défaut en disant qu'elle a été faite à plusieurs reprises et en divers siècles. Les architectes qui ont été chargés d'augmenter successivement ce palais, auraient dû ou changer entièrement sa décoration extérieure, ou adopter le style que le premier constructeur avait choisi.
L'unité et la correspondance des parties exigent en outre que dans un édifice les membres de même nature conservent les mêmes proportions. En effet, si les proportions d une ouverture ou d'un entre-colonnernent satisfont la vue. il est évident que les parties correspondantes qui auront d’autres proportions sembleront comparativement ou trop lourdes ou trop élancées , cl le défaut sera d’autant plus sensible que les objets analogues seront plus rapprochés et qu’il y aura plus de différence entre les rapports qui constituent leurs proportions.
Le vice de corres[>ondancc que nous venons de signaler est un de ceux qui apportent plus de difformité aux constructions gothiques et à celles qui datent de l’époque de la renaissance des Arts ; car on s’est occupé à corriger les accessoires avant d'adopter la réforme des proportions principales.
Les lois de l'unité prescrivent que l'extérieur concorde autant que possible avec l'intérieur; c'est-à-dire que l'un et l'autre aient un caractère analogue qui soit en harmonie avec le style adopté et avec la destination de l'édifice. Il est rare cependant de trouver des façades qui aient cette prérogative; c'est surtout aux façades d'églises que l'on observe plus fréquemment le défaut opposé à ce précepte. Le contraste entre l'extérieur et l'intérieur est surtout choquant aux églises gothiques auxquelles on a voulu adapter une façade moderne , comme on en voit un exemple frappant à l'église de Sainl-Eustache à Paris.
l : n édifice, quelle que soit son espèce, doit avoir un caractère distinctif, ou de gravité, ou d'élégante simplicité, ou de magnificence, qui doit dériver de l'usage auquel il est destiné ; tous ses membres, tous scs ornements doivent avoir ce même caractère, sans quoi l'édifice n'aura pas l'unité requise. Cela ne signifie pas que toutes les parties de l'édifice doivent être ornées également et uniformément; il faut au contraire que quelques-unes surpassent les autres en grandeur et en richesse; l'Architecture, ainsi que la Peinture, veut des oppositions et des clair-obscurs, pourvu cependaut qu'ils ne détruisent jamais ni l'harmonie ni l'unité.
De 4 proportion ».
L'art des proportions est une des branches les plus importantes de l'Architecture ; ses vrais principes sont encore inconnus; les uns ont voulu les dériver géométriquement, d'autres ont affirmé que les rapports qui, dans la Musique, produisent des sons harmonieux, sont ceux qui satisfont également la vue quand ils sont appliqués aux membres d' Architecture. Plusieurs ont cru trouver dans le corps humain des proportions applicables aux ordres d’Architeclurc. Toutes ces opinions sont purement idéales et ne sont basées sur aucune démonstration solide. L’observation des beaux monuments antiques est encore la seule maîtresse de cet art.
Ce ne fut qu’après avoir observe attentivement, mesuré et comparé ces monuments , que Serlio , Philibert Delorme , Vignola , Palladio , Scamozzi et quelques autres architectes choisirent et fixèrent les proportions qui leur semblèrent les plus parfaites pour chaque ordre en particulier et pour les autres membres d’Architccture. Ces auteurs célèbres ne sont pas toujours d’accord entre eux. Vignole veut, par exemple, que les entablements de tous les ordres aient en général une hauteur égale au quart de celle des colonnes, tandis que Palladio et Scamozzi fixent celte hauteur au cinquième. Chacun de ces fameux architectes peut citer en faveur de son opinion plusieurs monuments antiques très-estimés. Cette divergence n'est pas assurément la seule que l’on retrouve en étudiant les ouvrages de ces grands maîtres.
L'architecte qui veut acquérir l'art des proportions doit étudier avec impartialité les ouvrages que nous venons de citer, les comparer entre eux et avec les monuments. Les OEuvres de Roland-Fréart de Cambrai , de François Blondel et de Desgodets lui faciliteront cet examen. Mais l'étude la plus profitable est celle d’observer en nature les proportions des monuments célèbres qui abondent en Italie plus qu'ailleurs. Il faut avouer que les livres et les gravures ne peuvent suppléerqu’imparfailcmcnt aux connaissances qu’on acquiert par la vue de ces monuments; car quelque exactes, quelque parfaites qu’on suppose les descriptions et les représentations graphiques , clics ne pourront jamais produire des impressions aussi fortes et aussi durables que les objets mêmes.
Lorsqu'après avoir fait un choix raisonné de proportions , on voudra en faire l'application à un édifice , on doit avoir égard à l'emplacement que chaque objet doit occuper et aux altérations que les effets d’optique peuvent y produire. Il faut en général que ces objets , vus à la distance convenable , semblent avoir les mêmes rapports de dimension que l'on aura adoptés. Il est évident que si l’on suppose que les objets dont nous parlous prennent une autre position plus éloignée ou plus rapprochée, plus haute ou plus basse, ces mêmes rapports devront éprouver des modifications analogues , qui d’ailleurs exigent beaucoup de prudence et de discernement.
Des convenances particulières.
Les convenances particulières dépendent de la destination que doit avoir un édifice déterminé, et de l'emplacement qu'il doit occuper.
Convenances qui dépendent de la destination d'un édifice.
Chaque espèce d’édifice a une essence distincte qui dérive de 1 usage auquel il doit servir. Ainsi , la grandeur , les formes , la distribution de toutes les parties , doivent se référer à celte essence. Par exemple , l’essence distinctive d'une salle de spectacle est que,
ato DU GOUT ET DES CONVENANCES,
dan» un espace donné, elle puisse contenir le plus grand nombre d'individus, que tous soient placés commodément, de manière à pouvoir bien entendre et bien voir, et enfin que l'entrée, la sortie, la circulation, puissent s’opérer librement et sans confusion. Ainsi, si l'une de ces conditions principales est négligée, le plan sera vicieux. Le même raisonnement s'applique également à toutes les autres espèces d’édifices.
Avant de tracer un plan il faut donc analyser avec le plus grand soin toutes les conditions exigées pour la destination de l'édifice ; car si l’on ignore ou si l'on oublie une seule de ces conditions, il en résultera nécessairement des erreurs plus ou moins graves dont le remède sera souvent difficile, s'il n'est impraticable.
Il faut non-seulement que la distribution principale remplisse toutes les conditions susdites , mais il faut aussi que toutes les parties subalternes, que les ornements mêmes coopèrent d’un commun accord à annoncer et à remplir l'objet pour lequel on a entrepris l’érection d'un édifice.
Ainsi une résidence royale doit porter dans son ensemble et dans ses parties individuelles le caractère de la grandeur et de la magnificence inhérentes au monarque qui doit l'habiter. Un temple doit , par sa noble et majestueuse simplicité, inspirer le respect et le recueillement. Un théâtre, un lieu de récréation doit, parl'élégance et la nouveauté des formes, par la légèreté et la variété des ornements, occuper agréablement l’esprit. Un monument destiné à transmettre à la postérité les souvenirs des événements mémorables et les hauts faits des héros, devrait, Indépendamment de l'inscription, indiquer ce qu'il doit exprimer. En un mot, un édifice d’une nature quelconque doit avoir complètement le caractère qu’exige son but particulier.
Ce principe, tout évident qu'il est par lui-même, éprouve de fréquentes transgressions. On remarque dans plus d’une église catholique, la frise de l’ordre dorique ornée de têtes de bœufs décharnées qui étaient un des emblèmes des sacrifices usités par les païens. Nous voyons souvent sur les maisons de simples particuliers des trophées militaires, comme si c’étaient les habitations de vaillants guerriers. Une foule d'inconvenances du même genre se rencontrent dans un grand nombre d'édifices.
Il est un autre abus des plus tenaces, quoique très-condamnable ; c'est celui de donner aux personnages que l'on représente sur les monuments, des costumes qui diffèrent entièrement de ceux dont ils ont fait usage. Par cette manie on trompe la postérité et Ton offense notre siècle. Comment serions-nous parvenus à connaître les coutumes et les usages des peuples qui nous ont précédés, si, comme nous le faisons, ils eussent démenti , sur les monuments, le caractère et les usages de leur époque?
La colonne Trajane à Rome est précieuse, non-seulement parce que c’est une œuvre accomplie de l'Architecture et de la Sculpture, mais aussi parce quelle nous offre des instructions nombreuses et authentiques sur les manières de s’habiller, de s’armer, de faire la guerre, usitées dans ce temps.
L'abus dont nous nous plaignons est d'autant plus vicieux, que, par un étrange contre sens, on amalgame souvent le costume grec et romain avec quelques parties de l'ajustement moderne. .
Quelle est donc la cause de cette inconvenance si fréquemment répétée , lorsque de grands artistes nous ont démontré avec succès qu’on peut très-bien s’en abstenir?
En quoi la forme de nos fusils, de nos canons, de nos drapeaux, est-elle inférieure aux balistcs, aux arcs, aux carquois, aux lances et aux enseignes romaines? Mépriserions-nous tellement les formes de toute espèce que notre siècle a adoptées, pour avoir honte du les faire counaltre à nos descendauls ?
La vraie cause de cet abus dérive de l'habitude de se traîner servilement sur les traces
des anciens. Quelques artistes croient ne pouvoir rien faire de bon, s'ils ne copient en tout les Grecs et les Romains.
Sans doute, l'artiste doit puiser avec discernement dans les restes précieux qnc le temps a bien voulu conserver pour son instruction , et il pourra adopter tout ce qui peut être convenablement appliqué à ses propres productions ; mais il ne doit pas copier matériellement, comme un élève qui imite le modèle que le maître lui a donné.
L'architecte qui veut produire de belles choses doit être lui-même le critiqne le plus sévère de scs propres dessins ; et il ne doit rien admettre définitivement sans avoir soumis à un examen rigoureux le motif qui lui a suggéré ce parti, et avoir reconnu qu'il n’offense aucune convenance.
La qualité et la couleur des matériaux doivent aussi être appropriées à la destination de l'édifice. Un monument funèbre, par exemple, exige des matériaux très-durables et des couleurs obscures; au contraire, les salles de société , les lieux des récréations, aiment des couleurs gaies , brillantes et variées : les (teintures mêmes doivent être soumises à celte loi de convenance; ainsi on ne doit point figurer de métaux là où ils ne sont pas convenables, de même que l'on ne doit point donner l'apparence du marbre aux objets qui raisonnablement doivent être de bois.
Nous devons faire observer en outre que, lorsqu'on est libre de choisir des teintes et des nuances , il faut avoir égard aux effets d'optique. Tout le monde sait que des couleurs fortes semblent rapprocher un objet, et qu'à l'opposé les couleurs légères et vaporeuses produisent l'effet contraire. 11 faut aussi que les teintes soient harmonieuses, et il faut éviter de sculpter des ornements fins et délicats dans les marbres ou les autres matériaux qui auraient des couleurs obscures et mélangées, parce qu'on ne les distinguerait pas avec netteté et qu'ils ne produiraient que confusion.
Convenances dépendantes du local.
Le plan d'un édifice doit être subordonné au local qu'il doit occuper. Les grandes constructions, ainsi que celles destinées à être vues de loin, doivent être divisées en grandes masses bien distinctes; les petits détails, les ornements délicats sont déplacés dans ce eas; ils ne peuvent être appliqués convenablement qu'à un édifice de médiocre grandeur et destiné à être vu de près.
Les ornements doivent avoir, en général, des formes plus mâles et moins recherchées à l'extérieur qu'à l'intérieur. On doit éviter d'en faire usage dans les lieux qui ne sont point abrités. Les situations qui leur conviennent le plus sont celles qui se tronvent dans les renfoncements et immédiatement au-dessous des parties saillantes. Les anciens ont mis beaucoup de discernement dans la collocation des bas-reliefs et des autres ornements qui décoraient leurs édifices. Ils les plaçaient dans les limpans des frontons, dans les frises des entablements, parce que dans les uns et dans les autres ils étaient également défendus par les corniches qui les couvraient immédiatement. Par la mémo raison , les soffites des corniches étaient richement décorées de modifions et de rosaces. Les soffites des péristyles, les archivoltes des arcades, étaient aussi décorées avec magnificence.
Les massifs qui supportent ou qui semblent supporter de grandes charges doivent avoir un caractère de simplicité et de gravité. Ainsi le soubassement d'un édifice sera, en général , moins orné que le haut , parce qu’il doit offrir l'aspect d’une plus grande solidité.
La convenance que tous les objets doivent avoir avec le lieu qu’ils occupent sera telle,
aia DU GOUT F.T DES CONVENANCES,
qu’il n’y en aura aucun qui ne puisse l’occuper raisonnablement. En conséquence les frontons ne seront convenables (comme nous l'avons déjà dit) que dans les emplacements où iis peuvent indiquer un toit, ou bien au-dessus des objets qui doivent être mis à l’abri de la pluie ; ainsi ils ne pourront être placés dans les intérieurs. Cependant on met actuellement des frontons partout , sans s’inquiéter s’ils sont convenables ou non ; ainsi on les adapte aux portes intérieures, aux retables des autels, et jusqu'aux petits tabernacles de ces mêmes autels.
On fait un emploi encore plus abusif des ordres d'Architecture, parce qu’il est bien difficile de persuader aux artistes cette maxime, que la chose la plus belle devient défectueuse lorsqu'elle est employée avec inconvenance.
L'abus des ordres est d'autant plus intolérable que l'on se permet d’en altérer les formes et les proportions de la manière la plus arbitraire , altérations qui ne se distinguent de celles qu’on se permettait dans les siècles les plus barbares que par une exécution plus soignée et des accessoires d'un meilleur choix.
Les inconvenances que l'on commet dans la décoration des voûtes et des plafonds ne sont pas moins fréquentes. Les peintures et les sculptures qu'on y adapte devraient toujours représenter des sujets aériens, ou mieux encore des compartiments analogues à la structure de ces parties importantes des édifices , tels que ceux que nous avons indiqués page 112. Dans tous les cas, ou doit éviter les décorations trop minutieuses, trop variées et trop surchargées de détails; car il faut se ressouvenir qnc la position du spectateur qui contemple une voUte ou un plafond est toujours incommode et devient pénible lorsqu’elle est de longue durée.
La distribution doit avoir égard surtout aux circonstances physiques. La salubrité, la lumière, la conservation des objets que l’édifice contiendra, sont des considérations trop importantes pour être négligées.
Il faut, autant que possible, élever le niveau du rez-de-chaussée au-dessus du sol. Celte élévation produit le double avantage d'éviter l'humidité et de donner plus de majesté à l’édifice.
Les temples antiques s'élevaient sur un soubassement continu, ainsi qu'on le voit pl. XV III , fig. 4 et pl. XVI , fig. 3. On a adopté cette même disposition dans un grand nombre d'églises modernes dont la façade est précédée d'un perron plus ou moins élevé. Les raffinements du luxe et de la mollesse s’opposent jusqu'à un certain pointa l'adoption d'un parti analogue pour les théâtres, les hôtels et les palais ; car on exige maintenant qu'on puisse descendre de voiture à couvert. Cette exigence a été poussée quelquefois si loin , que pour y satisfaire l'on a masqué sans scrupule des riches façades par des (entes postiches, ou par des auvents qui , en couvrant une partie, y détruisent l'effet de l'ensemble.
Il serait à désirer que tous les édifices importants pussent être isolés de toute part , et eussent devant eux un espace libre, proportionné à leur grandeur, qui permit de pouvoir les envisager du point de vue le plus favorable. Cette condition n’est pas moins favorable à la salubrité qu’au bel effet de l’édifice; car la circulation de l’air étant parfaitement libre, les miasmes impurs et méphitiques ne pourront y séjourner et seront dissipés à l’instant. Il n'y a d'ailleurs rien de plus désagréable que de voir un bel édifice enseveli dans une enceiutc étroite, informe et malpropre, comme on en trouve des exemples dans la plupart des grandes villes. 11 est des cas nombreux où les démolitions sont plus nécessaires à l’embellissement des villes que de nouvelles constructions. Depuis une trentaine d'années, Paris a reçu de grands embellissements de ce genre.
Une lumière abondante, introduite avec art, ajoute beaucoup an mérite des distri-
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butions internes. Les grandes salles, les galeries destinées pour les collections de toutes espèces, les bibliothèques, veulent recevoir la lumière du haut. Dans les églises et dans les grands salons on n’a pas ordinairement assez d’égard au mode d’éclairer les peintures et les sculptures qui les décorent ; aussi il est rare qu’on puisse voir ces objets, souvent trés-précieux , d'une manière commode et avantageuse.
Les peintures posées entre deux fenêtres rapprochées ne peuvent, en général, produire l'effet dont elles sont susceptibles, parce que la lumière qui frappe directement le spectateur l'éblouit et l'empéche de voir distinctement l'objet qu'il a en face. Les fenêtres trop rapprochées dn mur sont défectueuses, parce qu’en rendant visibles les aspérités de sa surface elles produisent un effet désagréable.
Toute espèce d'édifice doit avoir, relativement à sa grandeur, des dégagements amples et commodes, des communications libres et fréquentes. Une circulation facile est nécessaire dans les édifices les plus simples; à plus forte raison, elle est indispensable dans les monuments somptueux , et spécialement dans ceux qui admettent un grand nombre de personnes.
Dans la distribution des édifices on doit avoir soin de multiplier et de varier les points de vue, et de leur donner toute l'étendue et toute la beauté que la nature de l’édifice peut comporter. Les points de vue bien préparés et ménagés avec art ajoutent un grand prix à la belle distribution.
Les points de vue doivent présenter la plus grande surface et le plus grand éloignement possible. Il faudrait aussi , en couvrant artistement quelques parties , et masquant les extrémités, donner lieu à l'imagination du spectateur de s'étendre, et, par une agréable tromperie , attribuer aux objets qu'il admire une étendue et une magnificence apparente supérieures à la réalité. Les points de.vue extérieurs doivent, en se combinant avec les intérieurs , coopérer à produire des effets aussi agréables que variés.
On doit supprimer tout ce qui, n'étant pointessentiel , pourrait nuire aux points de vue intérieurs ou extérieurs. Ainsi, par exemple, s’il s'agissait d'établir un édifice dans le pourtour d'une grande cour , il serait convenable de supprimer le corps de bâtiment qui regarde immédiatement ou la place ou la rue, et le remplacer par une grille ou par une colonnade à jour. L’ensemble de cet édifice présentera alors à l'œil une décoration à la lois plus variée et plus étendue.
Les points de vue doivent avoir la plus grande variété possible ; ils doivent présenter nne progression, ou d’élégance, ou de grandeur, ou de magnificence , qui , en stimulant la curiosité , augmente sans cesse le plaisir de l’observateur. Ils doivent le placer entre le désir d'admirer de prés les objets qu'il entrevoit, cl le regret d'abandonner trop tét , ceux qu'il a sous les yeux.
Par ce que nous avons exposé dans ce chapitre, on voit que les convenances, soit générales, soit particulières, ont toutes pour but de donner aux édifices la solidité, la commodité, et la beauté que comporte son essence.
Les convenances dépendantes de la solidité seront satisfaites : l’ si l'on a saisi le juste milieu entre la hardiesse inconvenante et la lourdeur superflue; 3° si Ton n'a jamais perdu de vue les principes fondamentaux de construction , qui ont pour base les lois de la Mécanique et de la Physique; ô” lorsque Ton a prévu toutes les causes qui peuvent altérer, déformer et ruiner les édifices , et qu'on a employé tous les moyens que l'art suggère pour les affaiblir , quand on ne peut s’en affranchir entièrement.
Les convenances qui se rapportent à la commodité seront également satisfaites : 1* si Tédifice a toutes les qualités essentielles requises par sa destination ; 3" si Ton a eu les égards exigés par les circonstances locales et physiques, pour éviter celles qui sont nui-
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sibles , et tirer le parti le plut avantageux de celle» qui tout utiles; 3“ si toutes les parties ont les dimensions qui leur sont le plus favorables; 4° si enfin les communications et les dégagement» sont libres et commodes , et si chacune des parties qui favorisent la circulation , occupe l'emplacement qui lui convient le mieux.
Les convenances qui se réfèrent à la belle apparence des édifices et de leurs parties seront remplies : 1“ si les proportions sont harmonieuses; 2" si la simplicité a été combinée avec la variété ; 3* si les formes de,. objets sont ,-gréables à la vue et parfaitement appropriées à leur but; 4* si de nombreux points de vue présentent non-seulement la plus grande surface possible, mais font imaginer au spectateur plus qu’il ne voit en effet; s'ils sont variés et présentent une progression d'objets intéressants.
Telles sont les conditions que la distribution des édifices devrait remplir en général ; mais elles sont, comme nous l’avons déjà dit, subordonnées à leur essence particulière. Voyons maintenant quelles sont les conditions exigées par chaque espèce d’édifices individuellement.
Les édifices qui font l’objet spécial de l'Architecture civile peuvent se classer en sept genres, ainsi qu’il suit :
raimta genre. Habitation» , qui se divisent en maisons bourgeoises, en hôtels et en palais. Chacune de ces trois espèces se subdivise de nouveau en habitation» de ville et en habitations de campagne.
BivxiàuK cesse. Édifice t destiné» aux amusement» publics. Les théâtres, les amphithéâtres, les cirques, les naumachies, les salles de danse et de concert, les vauxhals, sont les principales espèces de ce genre.
TnoisiixE genre. Édifices qui servent aux grande» réunions. Les basiliques, le* curies des anciens sont de ce genre , ainsi que les édifices modernes qui les ont remplacées , et qu'on désigne par le nom de tribu naux , de bourses, de chambres pour les corpa législatifs.
QUATRièm genre, Monument» destinés d l’instruction publique, tels que le» collèges, les universités, los académies, les bibliothèques, les collections de Physique , d' Anatomie, d'Histoire naturelle, les musées qui contiennent les chefs-d'œuvre de Peinture, de Sculpture et tes antiques qui ont rapport aux objets d'érudition.
cinquième genre. Édifices consacrés aux approvisionnetnents , à la salubrité et sûreté publiques. Ce genre contient les espèces suivantes : les marchés , les abattoirs, les entrepôts , les greniers d’abondance, les châteaux d’eau, les fontaines, les lavoirs et les égouts, les bains, les hôpitaux, les cimetières, les prisons, les maisons de correction, , les corps-de-garde , les dépôts des appareils contre les incendies et les casernes.
smàiE genre. Monuments destinés à conserver la mémoire des hommes et des choses mémorables. Les arcs de triomphe, les colonnes monumentales, les mausolées , appartiennent à c« genre.
septiIxe genre. Monuments consacrés au culte. Ce genre renferme les églises et tes nombreux accessoires qui les accompagnent.
Nous analyserons brièvement les principales conditions que chacun des édifices que nous venons de nommer doit remplir, et nous accompagnerons cette analyse d’exemples chobis parmi les monuments les plus accrédités.